Lien du flux RSS
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

▸ les 20 dernières parutions

23.07.2026 à 17:30

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Un policier indien frappait des manifestants lors d'une marche du Cockroach Janta Party (CJP) à New Delhi, en Inde, le 20 juillet 2026.   © 2026 Kabir Jhangiani/NurPhoto via AP

(New York, 23 juillet 2026) – Les forces de sécurité indiennes ont utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques pour réprimer des manifestations d’étudiants et d’autres jeunes, pour l’essentiel pacifiques, à New Delhi le 20 juillet, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi devrait mener sans délai une enquête impartiale sur tout recours inutile et excessif à la force, autoriser les manifestations pacifiques et cesser de suspendre l’accès aux services Internet mobiles, ce qui expose la population à des risques supplémentaires.

Les manifestations, qui ont débuté en juin pour réclamer des comptes concernant la mauvaise gestion des concours d’entrée en médecine, se sont élargies pour inclure des revendications contre le chômage et la corruption du gouvernement. Le « Cockroach Janta Party (CJP) » (« Parti populaire des cafards »), un mouvement créé par des membres de la génération Z après que le juge en chef de la Cour suprême eut comparé des jeunes chômeurs à des cafards, avait appelé à une marche pacifique vers le Parlement le 20 juillet. De nombreuses personnes, dont des policiers, ont été blessées ; une jeune manifestante se trouve dans un état critique.

« Les jeunes Indiens voulaient défiler pacifiquement vers le Parlement pour demander des comptes à leurs dirigeants élus », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Au lieu de cela, la police a répondu avec des coups de matraque et des tirs de gaz lacrymogènes, et les autorités ont imposé des coupures d’Internet. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf témoins, parmi lesquels des organisateurs de la manifestation, des journalistes et des étudiants manifestants ; l’organisation a également analysé et vérifié dix vidéos publiées sur les réseaux sociaux.

Le 21 juillet, des dirigeants de l’opposition politique ont critiqué la répression policière, qualifiant le gouvernement d’« insensible » et d’« autoritaire ». La police de Delhi a temporairement placé en garde à vue plusieurs figures de proue de l’opposition après une manifestation de près de trois heures devant la résidence de Modi. La Cour suprême a refusé d’examiner un recours concernant des allégations d’abus policiers à l’encontre d’étudiants manifestants. Le juge en chef a déclaré : « Ne nous faites pas perdre notre temps. »

Depuis juin, les manifestants occupaient Jantar Mantar, un observatoire du XVIIIe siècle qui constitue un lieu de manifestation emblématique situé à quelques kilomètres du Parlement. Les manifestations ont pris de l’ampleur le 18 juillet après que la police de Delhi eut expulsé de force de Jantar Mantar l’activiste Sonam Wangchuk, qui menait une grève de la faim depuis le 28 juin, et l’eut admis dans un hôpital public.

La police de Delhi a affirmé que les manifestants avaient fait preuve d’un « comportement indiscipliné, agressif et violent », qu’ils avaient attaqué des policiers à coups de pierres et d’autres objets, qu’ils avaient vandalisé ses véhicules et qu’ils avaient recouru à des « violences à grande échelle », blessant des policiers. Human Rights Watch a vérifié une vidéo montrant des manifestants en train de frapper et de se jeter sur un policier, qui tombe à terre.

Le Cockroach Janta Party et les manifestants ont rejeté la version de la police faisant état de violences à grande échelle, affirmant que les forces de l’ordre avaient recouru à la force sans aucune provocation. « Des manifestants étaient simplement assis par terre, suppliant la police de ne pas les frapper, leur demandant : “Pourquoi nous frappez-vous ?” », a déclaré un avocat âgé de 34 ans basé à Delhi. « La foule cherchait bien plus à dialoguer avec la police qu’à riposter. Ils ne ripostaient pas et n’essayaient pas d’esquiver les coups de matraque, ils encaissaient simplement les coups. »

« Je ne m’attendais pas à ce que la police soit aussi brutale », a déclaré un photojournaliste de 24 ans qui couvrait la manifestation. « J’ai des photos de manifestants qui restaient simplement là, debout, tandis que la police les frappait. J’ai vu des policiers frapper des femmes. Les femmes suppliaient, les mains jointes, et pourtant les policiers continuaient à les frapper. »

Plusieurs manifestants ont déclaré que les forces de sécurité les avaient repoussés dans des espaces très exigus, ou avaient chargé la foule, risquant de provoquer une bousculade. « C’était étouffant, il n’y avait pratiquement pas d’espace pour respirer », a déclaré un étudiant en droit de 24 ans, décrivant une échauffourée qui a eu lieu lorsque la police a chargé des manifestants qui avaient tenté de franchir les barricades policières. « J’ai réussi tant bien que mal à rester debout, mais deux des filles qui étaient avec moi sont tombées, et des gens leur ont marché dessus. »

Human Rights Watch a vérifié six vidéos montrant des agents de sécurité utilisant des matraques ou des gaz lacrymogènes contre des manifestants, ou lançant des pierres contre eux. Une video montre une bombe lacrymogène qui atterrit et éclate au milieu d’un groupe de manifestants assis par terre. La force de l’explosion fait tomber un manifestant alors qu’il tente de s’enfuir.

Human Rights Watch a vérifié une autre vidéo montrant trois hommes en civil tenant des matraques en plastique semblables à celles utilisées par les agents de sécurité. On en voit au moins un frapper des manifestants aux côtés de policiers. Plusieurs témoins ont déclaré que des policiers en civil étaient également présents et que de nombreux policiers, ainsi que des membres de la Force d’action rapide (Rapid Action Force, RAF) chargée du maintien de l’ordre, ne portaient pas de badge nominatif, ce qui empêche de les tenir pour responsables de leurs actes. Selon des associations de défense des droits numériques, les manifestants ont également fait l’objet d’une surveillance à l’aide de systèmes de reconnaissance faciale.

Les opérateurs de télécommunications auraient reçu l’ordre de couper les services Internet mobiles dans certains quartiers du centre de Delhi le 20 juillet. Cependant, le gouvernement n’a pas respecté les directives de la Cour suprême exigeant que les ordres de suspension soient rendus publics. Un manifestant a déclaré avoir perdu ses amis dans la bousculade, puis avoir été frappé au coude par un policier avec une matraque. Mais il n’a pas pu retrouver ses amis, a-t-il expliqué, car les autorités « avaient coupé l’Internet mobile et brouillé les réseaux mobiles, de sorte qu’aucun appel ne passait ».

Les autorités indiennes recourent souvent à des coupures d'accès à Internet lors de manifestations afin de restreindre l’accès à l’information, de dissimuler les exactions commises par les forces de sécurité et d’empêcher toute documentation indépendante de ces violations, a déclaré Human Rights Watch. L’accès à Internet est pourtant largement reconnu comme un moyen essentiel de faire respecter divers droits humains garantis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et d’autres instruments relatifs aux droits humains auxquels l’Inde est un État partie. En 2016, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution condamnant sans équivoque « les [coupures d’Internet] qui visent à empêcher ou à perturber délibérément l’accès à l’information », et appelant tous les États à « s’abstenir de telles pratiques et à les faire cesser ».

Le droit de se réunir et de manifester pacifiquement est un droit fondamental protégé par le droit international des droits humains. Les Principes fondamentaux des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois stipulent que les agents ne peuvent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire. Lorsqu’ils recourent à la force, les responsables de l’application des lois doivent faire preuve de retenue et agir de manière proportionnée à la gravité de l’infraction et à l’objectif légitime à atteindre. Les Lignes directrices de l’ONU portant sur l'utilisation des armes à létalité réduite dans le cadre de l'application des lois indique que les gaz lacrymogènes ne doivent être employés que lorsque cela est nécessaire pour prévenir d’autres dommages physiques et ne doivent pas être utilisés pour disperser des manifestations non violentes.

 « La police indienne a une longue histoire de violations graves des droits humains commises en toute impunité », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les autorités devraient mener sans délai une enquête impartiale sur les exactions commises par les forces de sécurité à l’encontre des manifestants à Delhi, et poursuivre en justice de manière appropriée les responsables, quel que soit leur grade. »

………………….

23.07.2026 à 06:00

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Le général Abdourahamane Tiani, du Niger, participe au deuxième sommet de l'Alliance des États du Sahel sur la sécurité et le développement, à Bamako, au Mali, le 23 décembre 2025. © 2025 Mali Government Information Center via AP

(Nairobi) – Au Niger, la junte militaire a établi un régime autoritaire, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression depuis sa prise du pouvoir il y a trois ans, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et d’autres officiers de l’armée nigérienne ont renversé le gouvernement élu du président Mohamed Bazoum. Depuis lors, la junte a consolidé des pouvoirs étendus et incontrôlés, affaiblissant systématiquement les institutions susceptibles de demander des comptes aux autorités militaires. Au cours de l’année écoulée, les autorités militaires ont dissous tous les partis politiques et plusieurs syndicats indépendants, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, détenu des journalistes en vertu d’une loi très large sur la cybercriminalité, déchu des opposants politiques de leur nationalité, criminalisé les relations homosexuelles consenties, annoncé le retrait du Niger de la Cour pénale internationale (CPI) et prolongé la transition politique du pays sans aucune perspective d’élections démocratiques.

« Trois ans après le coup d’État, la junte nigérienne a élargi ses attaques contre les droits humains », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les chefs militaires ont étendu leur propre pouvoir tout en restreignant l’espace civique et en fermant les recours judiciaires pour les victimes. »

La junte continue de détenir arbitrairement l’ancien président Bazoum, son épouse, l’ancien ministre de l’Intérieur Hama Amadou Souley et Moussa Tiangari, un éminent défenseur des droits humains. Dans des avis publiés en février 2025 et en mai 2026, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que la détention de Mohamed Bazoum et Moussa Tiangari était arbitraire, en violation du droit international relatif aux droits humains, et a appelé les autorités à les libérer.

En mars, la junte a adopté un nouveau code de procédure pénale fixant la détention provisoire dans les affaires de terrorisme à 12 mois, renouvelable une fois. Alors que Moussa Tiangari est détenu depuis décembre 2024 pour des accusations liées au terrorisme, ses avocats ont déposé une demande de libération devant la cour d’appel le 19 juin. Bien que la loi exige que le tribunal statue dans les trois jours, aucune décision n’a été rendue. Une semaine plus tard, les autorités ont modifié la loi, prolongeant la période maximale de détention provisoire à quatre ans, renouvelable une fois.

 « La coïncidence est trop grave pour être passée sous silence », a déclaré sur les réseaux sociaux Hamid Amadou N’gadé, ancien conseiller en communication du président Bazoum. « Une justice digne de ce nom ne change pas les règles après coup pour maintenir un citoyen en prison. » Les avocats de Moussa Tiangari soutiennent que la disposition révisée ne peut pas s’appliquer de manière rétroactive pour justifier son maintien en détention.

Les autorités militaires ont également adopté une série de mesures qui restreignent la liberté des médias et l’espace civique. Elles ont ciblé des journalistes pour avoir couvert ou relayé des sujets d’intérêt public en vertu d’une législation très large sur la cybercriminalité. En octobre 2025, à Niamey, la capitale, la police a arrêté les journalistes Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Souleymane Brah, Youssouf Seriba et Oumarou Kané après qu’ils aient diffusé sur les réseaux sociaux une invitation à un point presse sur un fonds de solidarité visant à collecter de l’argent pour les forces de sécurité de l’État. Les autorités les ont accusés de « complicité dans la diffusion de documents susceptibles de troubler l’ordre public », en vertu de la loi sur la cybercriminalité. En novembre, un tribunal a libéré Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé et Souleymane Brah sous caution et a maintenu Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Kané en détention, ordonnant leur transfert à la prison de Kollo, en périphérie de Niamey. Youssouf Seriba et Oumarou Kané ont été libérés le 15 juillet, cependant Ibro Chaibou demeure en détention. La loi sur la cybercriminalité, modifiée par la junte en 2024, a réintroduit des peines d’emprisonnement et des amendes pour des troubles à l’ordre public définis dans un sens large.

La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par le Niger en 1986, garantissent les droits à la liberté d’opinion et d’expression.

Les autorités ont également tenté de réprimer les critiques au-delà des frontières du Niger. Depuis la fin de l’année 2024, les autorités ont temporairement déchu au moins 18 figures de l’opposition en exil de leur citoyenneté nigérienne, sur le fondement d’une ordonnance de 2024 prévoyant la création d’une base de données nationale des personnes soupçonnées de terrorisme. En juin, les autorités ont révoqué la citoyenneté nigérienne de Mariama Djibrine, présidente d’une coalition de groupes d’opposition de la diaspora nigérienne, malienne et burkinabè qui plaide pour un retour à l’ordre constitutionnel dans les trois pays du Sahel. Ce mois-là, le ministre des Affaires étrangères a appelé les missions diplomatiques nigériennes à surveiller les critiques en ligne à l’égard des autorités militaires, démontrant une volonté de dissuader la diaspora de discuter de la situation des droits humains dans le pays.

En mars, le Niger a adopté un nouveau code pénal qui punit les relations homosexuelles consenties et les pratiques LGBT au sens large de 5 à 10 ans de prison et de lourdes amendes. Le mariage pour les personnes de même sexe est également passible de 10 à 20 ans d’emprisonnement, et les mêmes peines s’appliquent aux personnes qui facilitent, soutiennent, financent, mettent en place des organisations et des événements pour les personnes LGBT ou qui y participent.

Les médias internationaux ont rapporté que les forces de sécurité ont arrêté en juin au moins 16 personnes, y compris des hauts responsables au sein de la police, en vertu de la législation révisée. Au Niger, où les personnes LGBT sont déjà confrontées à la stigmatisation et à la discrimination, la criminalisation des relations homosexuelles a déjà des conséquences qui s’étendent au-delà des tribunaux. Plusieurs professionnels de santé communautaires ont raconté à Human Rights Watch qu’ils ont suspendu les activités de sensibilisation et de soutien pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes en raison de craintes de harcèlement ou de violences. La criminalisation par la junte des relations consenties entre personnes de même sexe enfreint ses obligations en vertu du droit régional et international relatif aux droits humains.

La situation sécuritaire dans le pays a continué de se dégrader. Les groupes armés islamistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique ont mené à plusieurs reprises des attaques meurtrières contre des civils dans la région occidentale de Tillabéri. Les forces de sécurité nigériennes ont répondu par des opérations de contre-insurrection violentes. En janvier, une frappe de drone militaire nigérien a tué au moins 17 civils sur un marché bondé dans l’ouest du Niger, en violation des interdictions de mener des attaques indiscriminées établies par le droit de la guerre.

Le retrait du Niger de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest en 2025, associé à son retrait de la CPI en juin, reflète une volonté plus large de la junte de restreindre les possibilités de responsabilisation au niveau régional et international.

Les relations internationales avec les autorités militaires nigériennes se sont souvent faites au détriment des droits humains. Certains gouvernements, dont les États-Unis, la Russie, la Turquie et l’Italie, ont donné la priorité à la coopération en matière de sécurité sans conditionner l’aide à des critères adéquats en matière de droits humains, malgré l’aggravation des violations commises par la junte.

Les Nations Unies n’ont pas systématiquement dénoncé les violations des droits humains commises par les autorités militaires nigériennes. Alors que l’ONU réexamine son approche de la région du Sahel, notamment à travers l’évaluation mandatée par le Secrétaire général António Guterres du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), les États membres de l’ONU devraient veiller à ce que la protection des droits humains et la reddition de comptes soient des piliers centraux de tout dialogue futur entre l’UNOWAS et le Niger, a déclaré Human Rights Watch.

« Les partenaires internationaux du Niger doivent se réengager pour faire face à l’intensification de la répression de la junte dans la quête de sécurité », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Ils devraient faire pression sur les autorités pour qu’elles respectent les droits fondamentaux, libèrent les personnes détenues arbitrairement, cessent de cibler les opposants politiques et les détracteurs et définissent une feuille de route crédible vers un régime civil. »

21.07.2026 à 21:40

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Un agriculteur marchait parmi les décombres après le largage d'une bombe par l'armée équatorienne dans la région de Lago Agrio, province de Sucumbíos (Équateur), à la frontière avec la Colombie, le 18 mars 2026. Le président équatorien Daniel Noboa a présenté cette opération à la presse comme la première frappe aérienne menée dans le cadre d'« opérations conjointes » avec Washington contre le trafic de drogue, annonçant la destruction d'un camp d'entraînement présumé appartenant aux « Comandos de la Frontera » (« Commandos de la frontière), un groupe armé.  © 2026 Luis Acosta / AFP via Getty Images Des citoyens ordinaires ont été victimes de torture et de détentions arbitraires lors d’une opération menée conjointement par les États-Unis et l’Équateur. Deux bateaux de pêche ont été attaqués par des drones armés d’origine inconnue au large des côtes équatoriennes et un troisième a disparu avec la majeure partie de son équipage. Un de ces incidents implique clairement le partenariat de sécurité entre les États-Unis et l’Équateur ; les autres soulèvent des questions de responsabilité auxquelles aucun des deux gouvernements n’a apporté de réponse satisfaisante.Le Congrès américain devrait prendre des mesures urgentes pour examiner ces incidents ainsi que la coopération en matière de sécurité entre l’Équateur et les États-Unis dans son ensemble.

(Washington) – Les États-Unis et l’Équateur renforcent leur coopération en matière de sécurité dans un contexte marqué par de graves violations des droits humains commises par les forces équatoriennes, des attaques inexpliquées de drones contre des bateaux de pêche et la disparition de plusieurs pêcheurs, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Le Congrès américain devrait examiner d’urgence ces incidents, ainsi que les relations générales entre l’Équateur et les États-Unis en matière de sécurité.

21 juillet 2026 A Dangerous Partnership

Ce rapport de 94 pages, intitulé « A Dangerous Partnership: Abuses, Unanswered Questions, and US-Ecuador Security Cooperation » (« Un partenariat dangereux : abus, questions sans réponse et coopération en matière de sécurité entre les États-Unis et l’Équateur »), documente de graves violations des droits humains commises dans une communauté rurale à la frontière entre la Colombie et l’Équateur, ainsi que des attaques contre des pêcheurs et la disparition de ces derniers en mer, près des îles Galápagos. Chaque incident met clairement en cause le partenariat de sécurité entre les États-Unis et l’Équateur ou soulève des questions quant à la responsabilité. Les forces équatoriennes ont torturé et détenu arbitrairement quatre ouvriers agricoles, puis ont incendié et attaqué une exploitation laitière, au cours de ce que les États-Unis ont qualifié d’« opération conjointe ». De plus, des drones d’origine inconnue ont attaqué deux bateaux de pêche, blessant plusieurs membres d’équipage. Un troisième bateau est toujours porté disparu. 

« La coopération entre les États-Unis et l’Équateur en matière de sécurité a été trop opaque et trop dangereuse pour les Équatoriens », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Avant que d’autres dommages ne soient causés, le Congrès américain devrait exiger des réponses concrètes et des garanties efficaces. » 

Ces derniers mois, les États-Unis et l’Équateur ont chacun pris des mesures visant à affaiblir les garanties en matière de droits humains relatives à l’usage de la force contre le crime organisé et se sont rendus coupables d’actes illégaux, notamment de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires ; les deux pays ont cherché à justifier ces actions en présentant de manière erronée leurs efforts de lutte contre le trafic de drogue et le crime organisé comme une sorte de conflit armé.

Entre mars et juin 2026, les chercheurs ont mené des entretiens avec 62 personnes, parmi lesquelles des victimes d’exactions commises lors d’une attaque contre un village rural et des pêcheurs dont les bateaux ont été pris pour cible, ainsi que des avocats, des témoins, des membres des communautés touchées et d’autres personnes. Les chercheurs ont examiné et analysé plus de 100 photographies et vidéos fournies par des avocats et des personnes interrogées ou publiées en ligne sur les réseaux sociaux, ainsi que des images satellite, des données de suivi des navires, des données de détection d’incendies, des dossiers médicaux et des documents judiciaires.

Human Rights Watch a demandé aux gouvernements équatorien et américain des informations sur ces incidents, mais n’a reçu aucune réponse.

Depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump et la réélection du président équatorien Daniel Noboa en 2025, la coopération en matière de sécurité entre les deux gouvernements s’est renforcée, avec pour objectifs déclarés de lutter à la fois contre la recrudescence de la violence en Équateur et contre le crime organisé dans toute la région. Les États-Unis sont devenus un partenaire clé de la réponse sécuritaire de l’Équateur, fournissant du matériel, des formations, des renseignements et un soutien militaire direct.

Entre le 1er et le 6 mars, les forces armées équatoriennes ont mené une série d’opérations conjointes avec les États-Unis dans la communauté de San Martín, une localité rurale située à la frontière entre la Colombie et l’Équateur. Des soldats équatoriens ont incendié trois propriétés, ont ensuite bombardé deux d’entre elles à l’aide de munitions larguées par voie aérienne, et ont arbitrairement détenu et torturé quatre ouvriers d’une exploitation laitière. 

« Ils m’ont torturé à l’électricité, avec un Taser », a déclaré l’un des hommes à Human Rights Watch. « Ils m’ont aspergé d’eau puis m’ont électrocuté, et je me suis évanoui. J’ai perdu connaissance au moins deux fois. »

Les autorités équatoriennes et américaines ont toutes deux déclaré qu’il s’agissait d’une opération menée en partenariat. Les autorités équatoriennes ont indiqué que l’opération visait les installations des « Comandos de la Frontera » (Commandos de la frontière), un groupe armé qui opère depuis des années des deux côtés de la frontière, et que les quatre hommes avaient été placés en détention « à des fins d’enquête » en raison de liens présumés avec ce groupe. Le chef du Commandement Sud des États-Unis, le général Francis L. Donovan, a salué cette opération, déclarant devant la commission des forces armées du Sénat américain qu’elle avait été « menée avec professionnalisme ».

Human Rights Watch n’a toutefois trouvé aucune preuve crédible indiquant que les trois propriétés détruites avaient un quelconque lien avec des groupes armés criminels. D’après l’examen de photographies, de vidéos, d’images satellite, de registres fonciers et de reçus commerciaux, ainsi que d’entretiens avec les propriétaires des lieux, des riverains et d’autres personnes, l’une des propriétés incendiées puis frappée semblait être une exploitation laitière, tandis que les deux autres semblaient être abandonnées depuis des années. Les hommes placés en détention n’avaient pas de casier judiciaire, et le parquet n’a pas engagé de poursuites, les soldats n’ayant fourni aucune preuve à leur encontre.

Entre janvier et mars, les navires de pêche La Negra Francisca Duarte II et le Don Maca ont été attaqués dans le Pacifique oriental. Un troisième navire, le Fiorella, a disparu le 20 janvier avec huit membres d’équipage à son bord. 

Les 17 et 26 mars, des membres d’équipage de La Negra Francisca Duarte II et du Don Maca, respectivement, ont déclaré avoir été attaqués par des drones armés. Les survivants ont déclaré que des ressortissants américains armés, vêtus d’uniformes de style militaire arborant des insignes du drapeau américain, les avaient placés en détention à bord d’un navire bleu et blanc situé à proximité, avant de les remettre aux garde-côtes salvadoriens. Les autorités salvadoriennes les ont ensuite autorisés à retourner en Équateur. Au moins quatre membres d’équipage ont été grièvement blessés lors des frappes de drones.

Les membres d’équipage du Don Maca ont déclaré qu’après l’attaque de leur navire, un bateau battant pavillon américain s’était approché d’eux. « Vous êtes combien ? Combien de morts ? Combien de blessés ? », leur a demandé un homme, selon leurs dires. Les survivants ont indiqué avoir embarqué à bord de ce navire tandis que des agents parlant anglais pointaient des « armes longues » dans leur direction.

Le ministère américain de la Défense et la Garde côtière ont nié toute responsabilité dans les attaques contre les bateaux La Negra Francisca Duarte II et Don Maca, ainsi que dans la disparition du bateau Fiorella. Cependant, les recherches menées par Human Rights Watch, notamment des entretiens avec 13 survivants, indiquent que les autorités américaines ont très probablement été impliquées d’une manière ou d’une autre dans ces attaques, ou en avaient connaissance. D’autres éléments de preuve examinés concordaient largement avec les témoignages des membres d’équipage.

Malgré d’importants efforts de vérification et de multiples demandes de renseignements adressées aux autorités équatoriennes et américaines, de nombreuses questions concernant ces incidents restent sans réponse, notamment le sort réservé à l’équipage du Fiorella. 

Le Congrès américain devrait exiger de l’administration Trump des réponses claires aux nombreuses questions entourant sa coopération en matière de sécurité avec l’Équateur. Il devrait également examiner s’il existe des garanties appropriées, compte tenu du nombre croissant de violations des droits humains sous l’administration Noboa. Le gouvernement équatorien devrait par ailleurs réévaluer sa conclusion selon laquelle il existe un « conflit armé » dans le pays et concentrer ses efforts sur le renforcement des capacités du secteur judiciaire pour lutter contre le crime organisé. 

« Les opérations de sécurité conjointes contre le crime organisé ne devraient pas servir de prétexte à des abus », a conclu Juanita Goebertus. 

………….

Articles

LaPresse.ca

 

 

3 / 20

 

  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Conspirationnisme
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
Wokisme
🌞