22.01.2026 à 12:41
Le 20 janvier, un tribunal belge a tenu une audience à huis clos afin de déterminer s'il y avait lieu d'engager des poursuites pénales contre le dernier ancien fonctionnaire belge encore en vie pour son implication présumée dans l'assassinat, en 1961, du premier Premier ministre démocratiquement élu de la République démocratique du Congo, Patrice Émery Lumumba, après l'indépendance du pays vis-à-vis de la domination coloniale belge.
Cette affaire historique a été portée devant les tribunaux par la famille de Lumumba, dont la persévérance pourrait désormais conduire à la première affaire dans laquelle un tribunal européen poursuivrait une personne pour sa responsabilité pénale dans un crime lié à la domination coloniale européenne. Les anciennes puissances coloniales européennes considéraient Lumumba comme une menace pour leurs intérêts politiques et économiques, car il symbolisait l'autodétermination et la décolonisation de l'Afrique.
Lors d'une conférence de presse qui a suivi l'audience de cette semaine, la famille de Lumumba a décrit cette affaire comme un pas vers « la justice et la vérité ». La décision est attendue pour le 17 mars.
L'importance de cette affaire ne saurait être surestimée, car les anciennes puissances coloniales européennes restent réticentes à assumer la responsabilité juridique de leurs crimes et abus coloniaux. Les dirigeants démocratiques devraient au contraire reconnaître sincèrement les injustices historiques et prendre des mesures conformes au droit international des droits humains et aux normes en matière de justice, de dignité et de responsabilité.
Les gouvernements devraient poursuivre sur la lancée des réparations envisagées en 2025 par les Nations unies, l'Union africaine (UA), la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et au niveau national afin de remédier aux injustices raciales et économiques systémiques mondiales persistantes, enracinées dans l'héritage du colonialisme, de l'esclavage et de la traite des esclaves.
L'année dernière, les gouvernements réunis à l'ONU se sont engagés à lancer une deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine. Parallèlement, l'UA a consacré l'année à la justice réparatrice, avant de l'étendre à une décennie. L'UA s'est également associée aux efforts de réparation de la CARICOM.
Le droit international et les normes internationales en matière de droits humains imposent aux États l'obligation de fournir des recours et des réparations efficaces pour les violations flagrantes des droits humains, dont beaucoup ont été commises pendant la colonisation. Mais le manque de volonté politique continue de priver les communautés touchées de justice.
Si l'on ne s'attaque pas aux injustices historiques, les cycles d'inégalité, d'exclusion et de violence persisteront. Les réparations ne sont donc pas symboliques, mais constituent une obligation légale et un fondement nécessaire pour un avenir juste et équitable.
21.01.2026 à 22:20
Le week-end dernier, les Nations Unies ont célébré le 80ème anniversaire de la première réunion de l'Assemblée générale de l’ONU. Cette commémoration a eu lieu alors que cette organisation internationale, créée pour empêcher des crimes contre l'humanité et des actes de génocide comme ceux commis lors de la Seconde Guerre mondiale, est confrontée à des attaques sans précédent.
Les États-Unis ont joué un rôle de premier plan dans la création de l'ONU. Mais aujourd'hui, le président américain Donald Trump agit pour affaiblir cette organisation, y compris en réduisant son financement.
Tout au long de l'année 2025, le gouvernement américain a assailli les programmes de l’ONU et sapé le travail de ses agences ; selon l'administration Trump, il s’agit d’une institution « anti-américaine », dont les programmes sont « hostiles » envers les États-Unis. Lors de négociations portant sur des résolutions ou déclarations de l'ONU, les responsables américains ont tenté de supprimer des mots tels que « genre », « climat » et « diversité ». Des diplomates ont indiqué à Human Rights Watch que les responsables américains s'opposent agressivement à la terminologie des droits humains, qu'ils considèrent comme « woke » (soit « politiquement correcte »).
Dans une tentative apparente de faire de l’ombre au Conseil de sécurité de l'ONU, Trump a proposé la création d'un « Conseil de la paix » (« Board of Peace ») qu'il présiderait personnellement. Trump a invité les dirigeants de divers pays à siéger à ce Conseil ; parmi eux figurent plusieurs dirigeants de gouvernements responsables d’abus, dont ceux du Bélarus, de la Chine, de la Hongrie, d'Israël, de la Russie et du Vietnam.
Ce Conseil de la paix a initialement été conçu pour superviser l'administration de Gaza, après plus de deux ans d'attaques destructrices menées par les forces israéliennes, avec la complicité des États-Unis. Toutefois, la charte du Conseil ne mentionne même pas Gaza, ce qui suggère que les ambitions de Trump pour cet organisme se sont considérablement accrues depuis sa conception initiale.
La charte proposée pour le Conseil ne mentionne pas non plus les droits humains. L’article 9 confère au président du Conseil, Donald Trump, le pouvoir d’« adopter des résolutions ou d'autres directives […] afin de mettre en œuvre la mission du Conseil de la paix ».
Un siège au Conseil de la paix n'est pas bon marché : les frais d'adhésion s'élèvent à 1 milliard de dollars. Certains dirigeants, comme le président français Emmanuel Macron, ont déjà refusé l'offre d'y adhérer. Trump a répondu en menaçant d'augmenter considérablement les droits de douane sur le vin et le champagne français.
Le système des Nations Unies n’est certes pas exempt de problèmes, mais demeure toutefois préférable à une espèce de Politburo mondial. Au lieu de payer des milliards pour rejoindre le Conseil de Trump, les gouvernements devraient plutôt agir pour renforcer la capacité de l'ONU à défendre les droits humains.
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20.01.2026 à 23:30
(Londres) – Le 20 janvier, le président américain Donald Trump a condamné un accord qu'il avait précédemment approuvé, et en vertu duquel le Royaume-Uni compte rétrocéder la souveraineté sur les îles Chagos à la république de Maurice. Le Royaume-Uni contrôle actuellement cet archipel de l'océan Indien ; il y a un demi-siècle, les gouvernements britannique et américain avaient contraint tous les habitants à quitter leurs foyers, afin que les États-Unis puissent construire une base militaire sur l'île de Diego Garcia. Les Chagossiens n'ont jamais été autorisés à revenir.
Le président Trump a déclaré sur Truth Social que la cession des îles Chagos à la république de Maurice était « un acte d'une grande stupidité », qui s’ajoute à une « longue liste de raisons de sécurité nationale pour lesquelles le Groenland doit être acquis » par les États-Unis.
Clive Baldwin, conseiller juridique senior à Human Rights Watch, a fait à ce sujet la déclaration suivante :
« Toute décision concernant les îles Chagos devrait être centrée sur les Chagossiens, qui ont été déplacés de force par le Royaume-Uni et par les États-Unis, sans droit de retour à ce jour. Les droits des Chagossiens – notamment leur droit de retourner vivre sur leurs îles natales, et d'obtenir des réparations pour les crimes commis à leur encontre – devraient être au cœur de toute discussion. »
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