
23.04.2026 à 09:55
Quelles sont les modalités de soutien à la culture des communes et intercommunalités rurales ? Comment se structure la vie culturelle dans les territoires à faible densité ? L'enquête de l'OPC, menée en 2024 et 2025 auprès d’un panel de collectivités en Auvergne Rhône-Alpes, met en lumière des dynamiques variées.
L’article L’intervention culturelle dans les territoires ruraux : enquête en Auvergne-Rhône-Alpes est apparu en premier sur Observatoire des politiques culturelles.
L’Observatoire des politiques culturelles réalise, avec l’appui du ministère de la Culture (DEPS et DGDCER) et dans un cadre partenarial élargi avec les principales associations de collectivités et de responsables culturels, un baromètre annuel sur les budgets et choix culturels des collectivités territoriales et de leurs groupements. Pour combler le manque de travaux sur les dimensions culturelles des territoires éloignés des grands pôles urbains, leurs modalités de soutien à la culture et leur effort budgétaire dans ce domaine Les données sur les budgets culturels des communes de moins de 3 500 habitants et des intercommunalités correspondantes ne sont pas disponibles., l’OPC a décidé de porter une attention particulière aux petites villes et aux espaces ruraux et à faible densité, en leur dédiant un volet du baromètre : cette enquête a été menée, en partenariat avec l’Association des maires ruraux de France (AMRF), en 2024 et en 2025 auprès d’un panel de communes et communautés de communes rurales issues de quatre départements d’Auvergne-Rhône-Alpes (Ain, Allier, Isère, Haute-Loire) Liste des communes répondantes : Bellenaves, Buxières-les-Mines, Cérilly, Culoz-Béon, Dompierre-sur-Besbre, Le Chambon-sur-Lignon, Mazeyrat-d’Allier, Mens, Retournac, Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, Saint-Rambert-en-Bugey, Sermoyer. Liste des communautés de communes répondantes : Bocage Bourbonnais, Bresse et Saône, Bugey Sud, Dombes, Entr’Allier Besbre et Loire, Haut-Lignon, Haut Pays du Velay, Oisans, Pays de Tronçais, Plaine de l’Ain, Rives du Haut-Allier, Saint-Pourçain Sioule Limagne, Sucs, Trièves, Vals du Dauphiné..
Selon l’Insee, une commune rurale est une commune peu dense ou très peu dense au sens de la grille communale de densité. Les communes rurales représentent 88 % des communes françaises et 33 % de la population. Ces territoires ruraux présentent une grande diversité. Certains sont dynamiques sur le plan démographique et économique quand d’autres sont en déclin. Une politique de redynamisation de ces territoires a été mise en œuvre en 2023 avec le plan France ruralités autour d’actions dans de nombreux domaines : logement, santé, mobilité, commerce, etc. En matière culturelle, des mesures favorisent notamment l’ingénierie et l’innovation territoriale, le développement de Micro-Folies, la sauvegarde du patrimoine rural. La ministre de la Culture a également lancé en janvier 2024 le « Printemps de la ruralité » sous forme d’une consultation nationale sur la vie culturelle dans les territoires ruraux.
Démarche d’enquête et profils des questionnaires exploités :
Plusieurs critères ont été mobilisés pour constituer le panel de communes de ce volet auralpin du baromètre :
Concernant les communautés de communes du panel : les profils d’intercommunalités rurales ont été privilégiés, en recherchant une correspondance commune/communauté de communes.
L’enquête repose sur un questionnaire en ligne qui a été adressé par courriel** principalement aux élus pour les communes et aux techniciens (directeur·ice des affaires culturelles, chargé·e de mission culture, directeur·rice général·e ou autre responsable de service en l’absence d’interlocuteur culturel) pour les intercommunalités.
Le questionnaire porte sur plusieurs dimensions liées aux budgets réalisés***, aux modalités d’intervention et aux positionnements en matière culturelle.
Les données ont été traitées avec le logiciel Sphinx, de manière anonyme et agrégée. Les résultats présentés reposent sur des données déclaratives.
26 questionnaires ont été collectés en 2024 : 11 communes (leur population varie entre 650 et 3 426 habitants) et 15 intercommunalités. La correspondance commune/communauté de communes existe dans l’échantillon pour 10 territoires.
21 questionnaires ont été collectés en 2025 : 8 communes (leur population varie entre 985 et 3 426 habitants) et 13 intercommunalités. La correspondance commune/communauté de communes existe pour 7 territoires.
20 cibles ont répondu aux deux éditions de l’enquête.
Les données et graphiques présentés dans l’article renvoient soit à l’enquête 2024 soit à l’enquête 2025. Le nombre de réponses diffère selon les passations. Par ailleurs, une partie des questions étant facultative, le nombre de réponses traitées peut également varier d’un graphique à un autre au sein d’une même enquête.
L’enquête met par ailleurs en exergue une difficulté d’une partie des répondants à faire remonter des données stabilisées sur les périmètres proposés, notamment pour ce qui relève des données budgétaires.
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* Par ailleurs, le panel est constitué de communes majoritairement adhérentes à l’Association des maires ruraux de France.
** D’avril à août en 2024 et de fin mars à septembre en 2025.
*** À la différence du volet national du baromètre et du volet territorialisé des villes petites et moyennes de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui traitent de budgets primitifs.
Le baromètre fournit des informations sur les moyens humains consacrés à la culture. En 2024, 58 % des collectivités répondantes indiquent employer un ou plusieurs agents territoriaux dédiés à la culture Par exemple : responsable de service, chargé·e de développement culturel, chargé·e de mission patrimoine-culture, coordinateur·rice de réseau de médiathèques ou de structures d’enseignement artistique, responsable d’équipement, de musée, programmateur·rice, personnel technique, enseignant·e en école de musique, agent de lecture publique…. Les communautés de communes sont plus nombreuses à déclarer en employer que les communes. De plus, dans notre échantillon, les déclarations d’un nombre d’agents élevé – supérieur à 8 équivalents temps plein annuel – sont systématiquement le fait des intercommunalités.
Action culturelle/éducation artistique et culturelle, livre/lecture et spectacle vivant sont les trois domaines d’intervention culturelle les plus investis par les collectivités répondantes.
La quasi-totalité des intercommunalités de l’échantillon déclare intervenir en matière d’action culturelle/EAC, alors que les communes sont plutôt investies en matière de fêtes et traditions locales, de livre/lecture, de spectacle vivant.

Concernant les équipements à vocation culturelle gérés ou soutenus par le bloc local, l’enquête confirme que la bibliothèque reste l’un des principaux équipements à vocation culturelle de proximité en milieu rural.
Les intercommunalités gèrent ou soutiennent plus souvent des établissements d’enseignement artistique et des équipements de lecture publique, alors que les communes privilégient les salles polyvalentes (c’est le cas de la quasi-totalité des communes de l’échantillon), également les bibliothèques, les salles d’exposition et les musées/édifices patrimoniaux recevant du public.
Plus de 20 % des répondants déclarent par ailleurs gérer ou soutenir un tiers-lieu accueillant des activités culturelles.
Seules deux communautés de communes déclarent ne gérer ou soutenir aucun équipement à vocation culturelle.

Le baromètre interroge les représentants des collectivités sur l’évolution de la dynamique intercommunale en matière culturelle sur leur territoire, en 2023-2024 puis en 2024-2025.
Sur chacune des deux enquêtes, un maximum de 5 % des répondants évoquent un affaiblissement de la dynamique intercommunale en matière culturelle.
En 2023-2024, 50 % des répondants témoignent d’une stabilité de la dynamique et 46 % de son renforcement. Les communautés de communes sont majoritaires à déclarer un renforcement dans ce domaine, tandis que les communes évoquent plus souvent un maintien de la dynamique à un même niveau d’intensité.
En 2024-2025, les déclarations de renforcement sont en retrait (29 % des répondants) et la grande majorité des collectivités (67 %) indiquent désormais un maintien de la dynamique intercommunale à un même niveau d’intensité.
Par ailleurs, les processus de transferts culturels semblent avoir déjà abouti pour les collectivités rurales de notre échantillon puisque, en 2024, seuls 3 des 26 répondants en déclaraient au cours des cinq dernières années, en matière de lecture publique notamment.
Comment nos interlocuteurs perçoivent-ils la place donnée à l’intervention culturelle et au soutien à la vie culturelle ? En 2024-2025, 14 % considèrent qu’elle est moins une priorité qu’avant ; 43 % considèrent qu’il n’y a pas eu de dépriorisation et que l’intervention culturelle et/ou le soutien à la vie culturelle est autant une priorité qu’avant pour leur collectivité. 38 % estiment qu’il s’agit encore plus d’une priorité qu’avant. Ces ressentis sont légèrement moins favorables que ceux déclarés pour la période 2023-2024 L’enquête a également cherché à savoir si, en 2023-2024, la crise énergétique a eu des conséquences sur l’intervention culturelle et/ou le soutien à la vie culturelle des communes et intercommunalités. L’impact est jugé faible pour 42 % des répondants et fort par 15 % d’entre eux. 19 % considèrent qu’il n’y a pas eu d’impact et près d’un répondant sur quatre ne se prononce pas. La crise énergétique semble avoir eu un impact modéré sur la vie culturelle des territoires de l’échantillon.. Dans l’enquête 2024 comme dans l’enquête 2025, les intercommunalités sont plus nombreuses que les communes à déclarer que l’intervention culturelle et/ou le soutien à la vie culturelle sont plus une priorité qu’avant.

Quels sont les objectifs politiques qui orientent en priorité les choix culturels des exécutifs des communes et intercommunalités rurales ? Les réponses – demandées sous forme de trois mots-clés – sont représentées sur le nuage de mots ci-dessous. En 2025, pour l’ensemble de l’échantillon, plusieurs orientations (les occurrences les plus fréquentes) se dégagent autour de logiques territoriales (« attractivité », « proximité » font partie des termes les plus cités) – notamment pour les intercommunalités –, d’accessibilité (« accès », « accessibilité », « [culture] pour tous »…) et d’éducation. C’est-à-dire des orientations relativement « classiques » dans la structuration historique du soutien à la vie culturelle.

La plupart des répondants témoignent par ailleurs d’un volontarisme des communes et intercommunalités en matière culturelle et patrimoniale, à travers notamment une logique d’appui à la vie associative (cf. infra) et des manifestations dans ces domaines. Certains évoquent « le choix d’investir dans la culture pour favoriser le vivre ensemble et les échanges ».
Quelques collectivités indiquent également la réalisation d’un diagnostic culturel (ayant par exemple donné lieu au recrutement d’un chargé de mission dédié), l’élaboration d’un projet culturel de territoire, et des actions de valorisation patrimoniale (par exemple à travers une candidature au label Pays d’art et d’histoire). Dans plusieurs cas, des personnes soulignent des investissements importants en faveur de la lecture publique sur leur territoire : construction et rénovation de bâtiments, réalisation d’une maison communautaire culturelle de proximité intégrant une médiathèque…
Les répondants apportent également des informations sur les contraintes au développement de la vie culturelle dans leur territoire. Les plus citées sont liées à un manque de moyens financiers – et humains – et à d’importantes contraintes budgétaires Les charges liées aux communes qui exercent une fonction de centralité sont également soulignées (« Les communes faisant fonction de centralité pourraient être soutenues davantage dans leurs politiques associatives et culturelles. »)., ainsi que des difficultés à mobiliser et intéresser la population (désintérêt perçu pour la culture par exemple) et un essoufflement du bénévolat. Un désintérêt ou manque d’implication de certains élus est également évoqué parfois : « ce n’est pas une priorité du mandat » ; « manque de pratiques culturelles de la majorité des élus » ; « manque d’implication de la part des élus ».
Sont cités de manière plus ponctuelle :
Le baromètre apporte d’abord des informations sur les budgets globaux réalisés de fonctionnement (non uniquement culture) La moyenne des budgets globaux de fonctionnement dans l’échantillon avoisine les 12 millions d’euros et la médiane les 9 millions.. Ceux-ci sont très majoritairement à la hausse entre 2022 et 2023. Une dégradation se dessine entre 2023 et 2024, avec un tiers des répondants qui déclarent une baisse de ces budgets globaux. Cette contraction se ressent également entre 2023 et 2024 sur les budgets globaux réalisés d’investissement (non uniquement culture) : alors qu’une collectivité sur deux déclarait une hausse entre 2022 et 2023, à peine plus d’une sur quatre en déclare entre 2023 et 2024 et la part des baisses déclarées a plus que doublé entre les deux enquêtes.
Les budgets consacrés à la culture sont très différents d’une collectivité à une autre et ils peuvent également varier fortement selon les années. Entre 2022 et 2023, 54 % des collectivités déclarent une augmentation de leur budget réalisé de fonctionnement qui concerne la culture et le patrimoine Il était demandé d’inclure la masse salariale dans les montants déclarés de budgets culturels de fonctionnement.. Entre 2023 et 2024, elles sont 59 % à déclarer une hausse, principalement du fait des communautés de communes qui déclarent plus souvent des augmentations alors que les évolutions des communes sont plus fractionnées entre hausse, stabilité et baisse.
Les déclarations de baisse des budgets culturels réalisés de fonctionnement avoisinent les 20 % de répondants. Entre 2023 et 2024, les baisses déclarées sont un peu plus fortes (systématiquement supérieures à 15 % du budget) que sur la période 2022-2023.
Dans notre échantillon, la moyenne des budgets culturels de fonctionnement déclarés se situe un peu au-dessus des 75 000 euros pour les communes. Elle avoisine les 440 000 euros pour les communautés de communes en 2023 et les 570 000 euros en 2024.


S’agissant de l’évolution des budgets réalisés d’investissement qui concernent la culture et le patrimoine, on note une augmentation des baisses déclarées entre les deux années d’enquête. Plus d’un tiers des répondants continue toutefois à déclarer une augmentation de ces budgets.


En milieu rural, la dynamique culturelle et patrimoniale repose souvent sur les associations, par exemple pour ce qui est du patrimoine et des pratiques en amateur. Leur soutien par les collectivités locales est essentiel Plusieurs répondants en témoignent : « nous travaillons main dans la main avec les associations locales pour proposer des activités culturelles » ; « notre volonté est de soutenir les associations qui sont impliquées dans l’action culturelle, d’être donc un soutien et non un acteur principal de façon à diversifier les interventions et les manifestations ». Un répondant évoque l’exemple d’une sollicitation de sa commune « par une troupe de théâtre pour qu’elle rachète un ancien bar-restaurant qui occupe une place centrale dans le village pour en faire un tiers-lieu culturel ».. Comment évolue-t-il ? Un peu plus d’un répondant sur trois déclare une augmentation du montant des subventions versées aux associations culturelles et patrimoniales entre 2023 et 2024, contre un répondant sur deux entre 2022 et 2023. 24 % indiquent une baisse entre 2023 et 2024, contre 14 % entre 2022 et 2023. La situation semble donc s’être un peu fragilisée entre les deux enquêtes Précisons que certains écarts dans des montants annuels de soutien peuvent être liés à des rythmes calendaires différents au niveau des événements organisés par les associations sur le territoire (« La baisse des subventions s’explique par des événements qui n’ont lieu qu’une année sur deux. ») et à des choix de versement ponctuel de subventions exceptionnelles.. La stabilité domine dans ce domaine pour les communes de l’échantillon : 57 % d’entre elles déclarent un maintien du montant des subventions versées aux associations culturelles et patrimoniales entre 2023 et 2024.
Dans notre échantillon, le montant moyen des subventions aux associations culturelles et patrimoniales avoisine les 50 000 euros – la médiane étant deux fois plus basse –, les communes les soutenant en moyenne à près de 15 000 euros et les intercommunalités aux alentours de 80 000 euros.

En complément des subventions qu’elles leur versent, les collectivités locales apportent d’autres modalités de soutien gracieux aux associations culturelles et patrimoniales.
En 2025, les communes indiquent très majoritairement des soutiens fréquents en matière de mise à disposition de locaux, de prêt de matériel et d’aide à la communication. La mise à disposition de personnel est plus occasionnelle pour les communes. Aucune des communes de l’échantillon indique une absence de soutien parmi les quatre entrées proposées.
En ce qui concerne les communautés de communes, les modalités de soutien gracieux aux associations culturelles et patrimoniales sont plus hétérogènes. L’aide à la communication est la modalité de soutien la plus fréquemment apportée.


Les répondants ont également été interrogés sur leur perception de la vie associative et bénévole en matière culturelle et patrimoniale dans leur commune ou intercommunalité, sur une échelle de 0 (pas dynamique) à 5 (très dynamique). Avec une moyenne de 4, le baromètre témoigne d’une vie associative et bénévole riche en milieu rural. Aucune collectivité indique que la vie associative n’est pas dynamique ou qu’elle l’est faiblement.
65 % des collectivités répondantes en 2024 indiquent mobiliser des dispositifs contractuels européens, nationaux, régionaux, départementaux ou locaux pour leur intervention et/ou soutien à la vie culturelle.

Les Contrats territoriaux d’éducation artistique et culturelle (CTEAC) sont les dispositifs les plus mobilisés dans notre échantillon – en particulier par les communautés de communes –, devant le programme européen Leader Programme financé par le FEADER (Fonds européen agricole et de développement de l’espace rural) pour soutenir des territoires ruraux dont les stratégies sont définies à l’échelle locale par un ensemble de partenaires publics et privés. et le dispositif Petites villes de demain. Lancé en octobre 2020 par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), le programme Petites villes de demain vise à renforcer les capacités des communes de moins de 20 000 habitants à exercer leur rôle de centralité, à améliorer la qualité de vie de leurs habitants et l’attractivité locale ainsi qu’à accompagner leurs transitions (écologiques, démographiques, économiques, etc.) L’AFL a examiné la trajectoire financière des communes Petites villes de demain et, selon le dernier Baromètre de la santé financière des Petites villes de demain (2020-2024) paru en novembre 2025, les communes PVD se caractérisent par un niveau d’investissement plus élevé que leurs homologues hors programme (https://www.agence-france-locale.fr/app/uploads/2025/11/2025.barometre_petites_villes_de_demain_afl_anct_apvf_compressed.pdf)..

Une lecture des réponses par profils de dispositifs montre que les dispositifs culturels de l’État et des Drac sont les plus mobilisés pour le soutien à la vie culturelle, devant les dispositifs nationaux de développement territorial (ANCT notamment) et les programmes européens. Enfin, quelques répondants mobilisent des dispositifs culturels de collectivités territoriales (région, département…).
Pour une partie des territoires ruraux, le soutien à la vie culturelle repose ainsi fortement sur des dispositifs contractuels transversaux (Petites villes de demain, Villages d’avenir Dispositif piloté par l’ANCT, Villages d’avenir a été lancé en décembre 2023 dans le cadre du plan France ruralités. Il vise la revitalisation de communes rurales de moins de 3 500 habitants en accompagnant la réalisation de projets (développement de services de proximité, projets structurants de réhabilitation et de développement, mise en réseau d’acteurs locaux)., Contrat pour la réussite de la transition écologique) et peut être conditionné à l’inscription dans un projet de territoire.

La mobilisation de dispositifs contractuels européens, nationaux, régionaux, départementaux ou locaux pour l’intervention et/ou le soutien à la vie culturelle est variable d’une collectivité à une autre. En 2024, seules des intercommunalités indiquent mobiliser plus de trois dispositifs contractuels.

De manière complémentaire, le baromètre 2025 apporte des précisions sur la sollicitation d’aides financières de partenaires publics pour les activités culturelles et patrimoniales. Trois quarts des répondants indiquent en solliciter. Ces aides proviennent principalement de l’échelon départemental et de la Drac, devant la région.
Les départements sont des interlocuteurs importants pour les territoires ruraux, du fait de leurs compétences (lecture publique, schéma des enseignements artistiques…) d’une part, et du rôle de facilitateur que certains d’entre eux ont développé en matière de coopération publique et d’accompagnement des politiques culturelles locales, notamment auprès des EPCI (dispositifs territorialisés, projets culturels de territoire, etc.) d’autre part.


La sollicitation d’aides financières de partenaires privés pour les activités culturelles et patrimoniales se fait quant à elle plus rare. En 2025, seules 14 % des collectivités répondantes indiquent en solliciter (mécénat d’entreprise, fondation…).
Le baromètre apporte, enfin, des précisions sur le système de coopération publique inhérent aux politiques culturelles. En 2024, pour environ deux tiers des répondants, la coopération en matière culturelle est structurante avec le département, avec l’État (Drac…) et avec le bloc local (communes et/ou intercommunalités). Mais cette tendance cache des disparités fortes entre intercommunalités et communes. Ces formes de coopération sont plus souvent structurantes pour les communautés de communes que pour les communes : 80 % des premières l’indiquent avec le département et avec le bloc local, contre respectivement 55 % et 45 % pour les communes, et 93 % des intercommunalités le déclarent avec l’État, contre 27 % pour les communes Une enquête de l’AMF sur l’engagement des communes et leur intercommunalité pour la culture publiée en novembre 2025 souligne qu’une majorité de communes de moins de 2 000 habitants indiquent n’avoir aucun échange global avec la Drac et que « les maires de petites communes ont été nombreux à faire part de difficultés d’accès aux Drac et certains demandent une plus forte mobilisation de l’intercommunalité et des autres niveaux de collectivités » (« L’engagement des communes et leur intercommunalité pour la culture en 2025 », enquête de l’AMF, novembre 2025, p. 5, https://www.amf.asso.fr/documents-enquete–engagement-communes-leur-intercommunalite-pour-la-culture-en-2025/inc/fichier.php?FTP=81ecc3a144a811b010005432ad78d544.pdf&ID_DOC=42840).. Les EPCI de notre échantillon sont plus souvent inscrits que les communes dans ces logiques coopératives en matière culturelle. Dans les deux cas, les liens avec les entreprises locales sont principalement jugés faibles ou inexistants.
L’enquête souligne l’importance du partenariat public dans les territoires ruraux et la mobilisation de sources de financement transversales pour la vie culturelle des territoires, dans un contexte budgétaire contraint, et comme l’indique un répondant, « les conventionnements multipartenariaux et pluriannuels représentent encore un garde-fou contre les coupes budgétaires ».


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09.04.2026 à 10:55
Depuis la création de son festival L’Envers du décor, le Palais de la Porte Dorée invite des artistes à explorer et questionner la mémoire du lieu. Fidèle à sa marque de fabrique qui consiste à coucher les villes et les lieux sur le divan, l’Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine (ANPU) s’est penchée sur le cas du Palais pour en révéler l’inconscient colonial. Une démarche poético-scientifique que Fabienne Quéméneur restitue dans cet article.
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Le Palais de la Porte Dorée est à l’architecture ce que Mireille Mathieu est à la coiffure : une constance admirable, une rigidité rassurante et une incapacité de la pierre à admettre que le monde a changé. Érigé en 1931 par Albert Laprade lors d’un accouchement éclair de dix-huit mois, à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale, il devait montrer la France impériale dans toute sa splendeur. Il montre surtout aujourd’hui l’incroyable capacité d’un bâtiment à survivre à de multiples changements de plaques tectoniques idéologiques sans jamais modifier sa coupe !
Car la Porte Dorée n’est pas un simple monument, ni même un musée. C’est un complexe psychique collectif, un inconscient occidental moulé dans le béton armé, un palimpseste architectural sur lequel la République réécrit son récit migratoire à la manière d’un carnet intime gratté au Tipp‑Ex : les mots changent, les intentions aussi, mais les traces restent. Pourtant, paradoxalement, jamais le musée n’a autant attiré. Les jeunes et divers publics affluent, curieux, critiques, souvent engagés. Le projet muséal tente sincèrement de déplacer le récit national, d’ouvrir, de complexifier, d’écouter. Quelque chose bouge à l’intérieur. Mais le corps monumental, lui, ne mute pas. Il parle plus fort que les intentions et que les cartels.
Quand l’Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine (ANPU), dont la démarche artistique et de recherche est de révéler l’inconscient, les désirs et les contradictions des territoires, est appelée par la Porte Dorée en 2018, elle ne rencontre pas un bâtiment mais un patient. Un patient poli, monumental, saturé de récits contradictoires, qui parle encore couramment la langue de l’Empire tout en prétendant suivre des cours du soir de décolonisation.

Entrer dans le Palais, c’est franchir une porte surélevée qui n’a jamais été vraiment ouverte ni totalement refermée. Un entre‑deux nébuleux. Un seuil anciennement idéologique devenu narratif. Autrefois, on y exposait les « autres ». Aujourd’hui, on tente d’y raconter leur richesse. Le renversement est réel, sincère même, mais les murs contredisent.
Lors de la première intervention de l’ANPU, dans le cadre du festival L’Envers du décor en 2018, festival où des artistes investissent le Palais de la Porte Dorée avec des performances, installations et concerts pour explorer et questionner l’histoire, l’architecture et la mémoire du lieu, ce n’est pas encore le bâtiment qui est sur le divan mais ce qu’il condense : l’ex‑empire colonial français. Le Palais n’est pas né pour accueillir des récits, il est né pour imposer une vision. Une vision claire, hiérarchisée, exotique, rassurante – un PowerPoint impérial avant l’heure.
La thérapie se déploie alors sous différentes formes : visites guidées psychanalytiques, expositions cathartiques, opérations divan où les visiteur·euses sont interrogé·es sur la base d’un questionnaire de type « portrait chinois ». Puis viennent les produits coloniaux – sucre, cacao, café… – eux aussi invités à parler. À travers eux se révèle une autre couche de l’inconscient du Palais : celle de la domination rendue digeste, soluble et dégustée principalement au petit déjeuner.
Le Palais apparaît alors pour ce qu’il est aussi : une architecture‑vitrine. Un peu comme un gâteau de mariage : trop beau pour être attaqué, trop lourd pour être digéré, ou encore comme une « énorme noix de coco », dira une personne interrogée, avec une coque dure, spectaculaire et à l’intérieur une matière plus trouble, plus difficile à partager.
Ce n’est qu’en 2024 que le bâtiment accepte enfin de s’allonger à son tour. Le Palais entier sur le divan. Moment clinique rare. La thérapie pourra alors commencer.
Le bâtiment ne raconte pas ce qu’il montre. Il montre ce qu’il ne peut plus raconter.
Le nom lui‑même travaille. Dorée non par luxe, mais parce que l’entrée se situe à l’orée du bois de Vincennes. L’orée : zone floue entre dedans et dehors, civilisation et fantasme, clairière et forêt. Rien n’est plus juste. La Porte Dorée promet l’ouverture tout en organisant le seuil. Porte qui trie. Porte qui filtre. Certaines personnes, parmi les visiteur·euses, diront même qu’elle ressemble à un « rein monumental », organe chargé de filtrer le monde.
Do‑ré : deux notes, une montée, une promesse d’harmonie qui ne se fera pas.
Mettre un bâtiment sur le divan, ce n’est pas le juger. C’est l’écouter. Et surtout écouter ce qu’il ne veut surtout pas dire. Les bas‑reliefs de Janniot ne sont pas des ornements : ils sont l’inconscient architectural du Palais. Corps disciplinés. Faune exotique maîtrisée. Travail exhibé. Et ces bas‑reliefs fonctionnent comme des rêves figés. Le mythe de la domination heureuse. Le bâtiment ne raconte pas ce qu’il montre. Il montre ce qu’il ne peut plus raconter. Ce décor sculpté est une peau idéologique qui impose un récit avant même d’entrer.
Le Palais de la Porte Dorée a changé de fonction de nombreuses fois sans jamais changer de structure psychique. Né comme musée permanent des Colonies, il fut d’abord un organe de propagande impériale, chargé de rendre la domination présentable, pédagogique et décorative. Alors que l’Empire se délite, il devient le musée de la France d’outre-mer : les mots évoluent, les collections restent. Le symptôme est déplacé, non traité.
Vingt-cinq ans plus tard, le Palais se requalifie en musée des Arts africains et océaniens. Le récit politique s’efface au profit de l’esthétique. La violence coloniale est neutralisée par la contemplation.

Au tournant des années 2000, les collections les plus encombrantes sont transférées vers le musée du quai Branly. Opération chirurgicale : on déplace les objets, on laisse l’enveloppe. Le passé colonial change de lieu, mais pas de nature. La Porte Dorée se retrouve allégée, voire vidée de ses artefacts, mais toujours encombrée de ce qu’ils représentent.
Elle est alors reconvertie en Cité nationale de l’histoire de l’immigration en 2007. Renversement symbolique maximal : le bâtiment de l’Empire en expansion devient celui des arrivées. Mais les murs résistent. On ne superpose pas un récit d’hospitalité à une architecture de domination sans provoquer de friction. Le Palais devient un lieu où, pour reprendre Lacan, le réel insiste : là où le discours ne suffit plus, là où l’histoire déborde la scénographie.
À cette époque, Jacques Toubon, président du conseil d’orientation, veut changer le discours en profondeur mais « tout est un peu trop bon », certains sujets, notamment la posture coloniale de la France ou l’esclavage, restent sous le tapis. Pap Ndiaye – au passage seul dirigeant racisé de l’histoire du Palais – ne mettra en avant le sujet de l’esclavage, comme migration non choisie, qu’en 2021-2022.
Chaque fonction nouvelle n’a pas effacé la précédente : elle l’a recouverte. Comme un oignon historique, nous dira une visiteuse, où chaque époque rajoute une pelure sans jamais atteindre le centre.
Lorsque Patrick Bouchain intervient à la Porte Dorée en 2004, il ne cherche pas à guérir le patient. Il sait qu’un tel monument est incurable. Son geste est plus subtil : refuser une architecture moralisante. Pas de rédemption. Pas de pardon ou de coup de gomme en béton ciré. Pas de réel suturé.
Le bâtiment résiste. Tant mieux. Bouchain travaille avec cette résistance comme un analyste avec le symptôme. Il transforme le monument en contradicteur permanent. L’architecture n’est plus une réponse, ni même un récit, elle est une question. Elle doit permettre d’abriter le conflit.
Le bâtiment doit fonctionner comme un lieu vivant, pas comme un musée figé. La transformation principale étant d’installer la Cité de l’histoire de l’immigration, le projet est explicitement pensé comme un renversement symbolique du bâtiment colonial. Le palais ayant été progressivement fermé et compartimenté par les anciens dispositifs muséographiques, l’architecte propose de retrouver les grands volumes d’origine et de restituer certaines fresques et décors de 1931 afin de montrer l’architecture coloniale au lieu de la cacher, pour pouvoir l’interroger.
En résumé : faire d’un temple colonial un caravansérail contemporain, c’est-à-dire un espace de passage, de rencontre et de circulation culturelle.
Cela se traduit notamment par des espaces polyvalents pour des expositions, rencontres et spectacles, une médiathèque ouverte au public, des lieux d’activités culturelles et associatives, des zones d’accueil plus conviviales, comme des bancs intégrés dans le sol du forum.
Ainsi, il choisit de ne pas pratiquer de chirurgie lourde mais d’injecter avant tout des fonctions vitales dans un corps trop sûr de lui.
Autant de gestes anti‑monumentaux dans un édifice conçu pour impressionner, non pour habiter.
Dans Patrick Bouchain, il y a « pas‑trique », « pas‑rigide ». Pas de forme sacrée. Pas de plan fétichisé. Et « bouche‑un » : la bouche avant la forme, la parole avant le dessin, le conflit avant la solution. Le « Un » en psychanalyse est un mot simple en apparence, mais c’est en fait un concept redoutablement dense. Il ne désigne pas seulement le chiffre un, ni l’unité paisible. Au contraire, il pointe souvent ce qui ne se rassemble pas si facilement, un fantasme d’unité, d’un « moi cohérent » alors que le réel est fait de morceaux, de ratés et de dissonances. Le Palais de la Porte Dorée est un bâtiment qui veut faire Un comme un moi idéal, imposant, mais dès qu’on franchit la porte le Un se défait car les récits se contredisent. En introduisant de la bouche, donc de la parole, Patrick Bouchain fissure ce Un, qui dès lors ne tient plus tout seul : il parle, il se divise, il laisse passer le réel.
On ne superpose pas un récit d’hospitalité à une architecture de domination sans provoquer de friction.
Le Palais subit un affront en 2007 qui le met dans un état de dissociation cérémonielle : Nicolas Sarkozy refuse de l’inaugurer !
Ce véritable ghosting républicain s’explique car, d’un côté, le musée de l’immigration veut raconter comment la France s’est construite par la richesse et la diversité des arrivées et, de l’autre, nous avons un président qui travaille surtout sur les départs, les contrôles et les identités.
Et ce refus de Sarkozy d’inaugurer le lieu est psychanalytiquement limpide. Car inaugurer, c’est poser un acte symbolique pour célébrer une ouverture mais c’est aussi un acte de clôture, c’est dire : « maintenant, c’est réglé ». Or la rénovation de la Porte Dorée version Bouchain n’est pas inaugurable, elle est trop conflictuelle, trop ambivalente, trop peu réconciliée. Le pouvoir politique ne peut pas investir un lieu qui ne promet pas l’apaisement.
En 2009, deux ministres sont envoyés comme thérapeutes de substitution. Mais le Palais veut le père de la Nation, pas deux beaux-frères administratifs envoyés en urgence.
À la suite de ce traumatisme, le Palais développe un syndrome d’invisibilité officielle : il souffre, doucement mais sûrement, d’une absence de baptême institutionnel.
Il faudra attendre 2014 pour que François Hollande entre en scène et réalise l’acte réparateur en lui disant : « Je te vois. Je t’entends. Tu existes. » L’inauguration officielle – tardive, mais libératrice a enfin lieu. Le nouveau Palais est né !
« Tant que le réel ne parle pas, le symbolique bafouille et l’imaginaire se défend », aurait pu dire Lacan.
En 2010, des sans‑papiers occupent le Palais plusieurs mois pour demander leur régularisation. Pas des récits. Pas des archives. Pas des dispositifs. Des corps bien réels.
Le réel entre brutalement dans la pièce. Celui qui ne se représente pas. Celui qui ne se scénographie pas.
Les sans‑papiers ne sont pas un discours sur l’immigration. Ils sont l’immigration comme réel brut. Ils ne demandent pas à être compris mais à être reconnus.
À cet endroit précis, le monument Art déco vacille. Les murs décorés de bonnes intentions ne suffisent plus. Ce n’est plus le passé colonial qui insiste, mais le présent migratoire, non symbolisé, non digéré.
Après cela, quelque chose se referme. Sécurisation accrue, contrôles, restrictions. Le Palais se recroqueville sur lui-même.
Dans une lecture franchement freudienne, le Palais de la Porte Dorée fonctionne comme un surmoi architectural. Massif, vertical, décoré de bonnes intentions, il rappelle en permanence ce qu’il faudrait être – sans jamais dire comment y parvenir. Il incarne l’État dans ce qu’il a de plus familier et de plus inquiétant : un parent qui affirme aimer tout le monde, mais qui vérifie les papiers avant l’étreinte. Le surmoi ne produit pas du soin, il produit de la culpabilité. L’État ici monumentalise. Il ne réprime pas : il encadre. Il transforme le conflit en fresque, la violence en décor, l’histoire en bas‑relief.
Dans une lecture jungienne, il est surtout une Ombre, épaisse, non reconnue. Et ce qui n’a pas été reconnu continue d’agir. Plus le discours s’éclaire, plus l’ombre s’allonge. Et encore plus inquiétant, à l’avant du bâtiment !
Le Palais n’est pas hanté : il est actif.
L’aquarium tropical, lui, est toujours resté intact, figé dans son récit initial. Inconscient humide, poisseux, jamais analysé. On y montre le vivant derrière une vitre, dans un décor reconstitué, sans interaction possible.
Ironie suprême : la seule zone réellement vivante du Palais est au sous‑sol.

Le spectacle vivant n’est pas ici un supplément d’âme. Il est un outil clinique. Corps en scène contre corps en bas‑relief. Temporalité du vivant contre fixité monumentale.
Que ce soit lors des week-ends de L’Envers du décor ou dans des programmations en lien avec les expositions, danse, performance, parole incarnée réintroduisent du risque, du présent, de l’irréversible et du bricolage. Il empêche le Palais de se refermer sur lui‑même. Il force l’institution à composer avec ce qui ne se conserve pas.
C’est par le spectacle vivant que le Palais respire, que le discours change progressivement. Le vivant comme contre‑monument, comme séance collective où l’inconscient peut enfin transpirer. Là où le monument fige, la performance fait vaciller. Là où l’histoire se pétrifie, le vivant déborde.
Des créations comme La visite, danse filmée en dialogue avec la pierre et les fresques, ou Raayam Fa Roog, rituel‑performance sur les mémoires de la traite, déplacent le regard du spectateur vers des récits sensibles et conflictuels. Dans l’esprit de ces propositions, les sœurs Chevalme jouent des vocalises et des corps comme autant d’agencements de mémoire, confrontant l’épaisseur du lieu aux strates intimes et collectives des migrations. Ces nombreuses propositions ambitieuses et souvent risquées ont profondément modifié le rapport du public au lieu et permis au récit de s’ajuster.
La Porte Dorée n’a pas vocation à être apaisée. Vouloir la guérir serait une erreur clinique. Certains lieux ne guérissent pas : ils travaillent.
Freud parlerait d’analyse interminable, qui ne peut ni ne doit se fermer.
C’est un peu contre-intuitif comme proposition de thérapie mais le Palais ne devrait jamais être vraiment réhabilité, plutôt continuer à parler, voire à danser.
Si sa coupe reste inchangée, il serait bon pour la nation que son corps tremble, bégaye, accepte ses cicatrices et se fasse de nouveaux tatouages, pas pour les recouvrir, mais à côté, pour raconter de nouvelles histoires.
De nombreuses pistes ont été proposées lors de nos opérations divan comme des portes ouvertes pour respirer, de la lumière pour éclairer les zones d’ombre, une terrasse en été, un bal démasqué, un lifting, une potion magique pour dire la vérité, des séances de yoga pour plus de souplesse. Il a même aussi été proposé de le transformer en maison plutôt qu’en palais ou carrément un traitement de cheval en le détruisant pour récréer un musée de l’immigration et de la décolonisation.
Quoi qu’il en soit la question n’est pas de savoir si la Porte Dorée est coupable ou innocente. Elle ne satisfera jamais personne complètement. Elle ne demande pas à être aimée, elle demande à être lue. Elle est un symptôme historique à ciel ouvert. Un éléphant colonial dans un salon républicain.
Et ce n’est qu’en assumant ses contradictions que la France peut l’utiliser comme divan collectif géant et sortir du déni.
C’est précisément pour cela que le Palais de la Porte Dorée nous est si précieux.
Équipe impliquée pour traiter du cas de La Porte Dorée : Laurent Petit, psychanalyste urbain ; Fabienne Quéméneur, co-pilote, méta-foreuse ; Clémence Jost, psycho-aquarelliste, attachante de production ; Émilie Olivier, kinésiologue psycho-systémique ; Charles Altorffer, Urbaniste enchanteur ; avec l’aide de la psychanalyste et interpretaiseuse Hélène Genet.
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02.04.2026 à 11:04
La littérature s’augmente depuis plusieurs années de nouvelles géographies littéraires, avec des pratiques mobilisant l’oralité et mariant le texte à d’autres pratiques artistiques. Quand le littéraire s’écrit, se lit et se vit collectivement, comment contribue-t-il au renouvellement de l’enjeu du livre comme filière ? Cet article propose une exploration du continent méconnu des arts littéraires à l’occasion du Printemps des Poètes et en écho à une table ronde lors du Forum Entreprendre dans la Culture en 2025.
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Qualifier ce phénomène émergent était justement le propos de la table ronde Elle rassemblait divers professionnels du secteur pour analyser les pratiques, les enjeux de la filière et les perspectives de politiques culturelles dédiées et était animée par Arnaud Idelon, auteur du présent article., tenue le 2 juillet 2025, à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville dans le cadre du Forum Entreprendre dans la Culture. On désigne par « arts littéraires » l’ensemble des formes de création littéraire qui s’écartent du livre pour trouver d’autres modes d’existence, de diffusion et de création. Ils se vivent, non comme un refus de l’objet-livre, mais comme une mise en résonance du littéraire hors de ses pages. Ils incluent la littérature exposée, performée, lue, racontée, échangée, numérique, le rap, le slam ou le spoken word, mais aussi les formes diffusées sur les réseaux sociaux, les podcasts, les arts visuels et la scène. Les festivals Extra ! au Centre Pompidou à Paris ou Actoral à Marseille, avec des formes artistiques hybrides, à la croisée de la littérature, de la performance, des arts visuels, de la musique et du spectacle vivant, font partie des précurseurs. Depuis, d’autres événements ont pris le relais : les festivals Sturmfrei et Créatine (Île-de-France), les programmations des Maisons de la Poésie à Nantes ou Bordeaux, le festival Grand Boucan des Scènes du Golfe à Vannes, le temps fort Raffut de La Machinerie à Vénissieux, sans oublier les scènes ouvertes de Mange tes Mots, Le Bœuf Monstre ou Cri du Cœur en Île-de-France ou encore La Griffe à Lyon… Tous ont contribué à l’essor des arts littéraires en France ces dernières années et à la rencontre avec un nouveau public.
Leurs praticien·nes suggèrent des dénominations multiples : « littérature au plateau » (titre d’une journée professionnelle organisée en 2022 par l’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis), « arts littéraires » (comme le propose le Réseau international des arts littéraires [RIAL]), « néo-littérature » (Magali Nachtergael), « arts déclamatoires et sonores au plateau » (Rozenn Le Bris) ou encore « littérature exposée » (Lionel Ruffel et Olivia Rosenthal). Avec eux, comme le souligne Jean-Max Collard, directeur du festival Extra ! : « La littérature est centrale, mais effectivement elle sort du secteur du livre qui est en général le territoire assigné. Il s’agit d’affirmer un champ spécifique où la création littéraire est le point de départ d’une hybridation avec une quantité d’autres disciplines. »
Ainsi, la littérature « hors du livre » est partout : du récital de la poétesse Amanda Gorman lors de l’investiture de Joe Biden, à la publication d’un recueil de poèmes intitulé Violet Bent Backwards Over the Grass par la chanteuse et compositrice américaine Lana Del Rey, jusqu’au succès phénoménal d’« instapoets » tels que Rupi Kaur et Nayyirah Waheed.
Embrasser une histoire plus longue permet de relativiser l’ampleur que ce phénomène connaît depuis le début des années 2020. On peut ainsi avancer que la littérature est née oralement et que les pratiques performatives furent les premières formes d’expressions littéraires. Des artistes comme Anne James Chaton ou Fred Moten ont contribué à la vitalité de la littérature « hors du livre », en revenant à son oralité et sa corporéité, dans la lignée des performances poétiques des avant-gardes françaises du début du xxe siècle, de la poésie sonore des années 1960, du spoken wordbritannique et du slam dans les années 1980 aux États-Unis, puis en Europe une décennie plus tard. Comme le note Olivia Rosenthal, autrice et codirectrice du master de création littéraire de l’université Paris 8, l’historicité du phénomène est à souligner : « Nous assistons à un retour des formes orales de la littérature, formes qui mettent en scène directement l’adresse et qui, dans l’histoire littéraire, n’ont cessé de questionner le rapport entre celui qui parle et celui qui écoute. » Mais l’essor de ces pratiques est peut-être plus sensible de nos jours, tant par le bouillonnement et la pluralité des formes qui s’inventent, et l’engouement d’un public en nombre, faisant passer ces écritures en présence de la marge au centre. Aujourd’hui, les arts littéraires ne sont plus une « niche ».

Les arts littéraires viennent en particulier rencontrer les désirs d’un public plus jeune, en recherche d’un rapport à l’art plus direct et collectif qui réinterroge autant les rituels traditionnels du spectacle que la modalité individuelle de rencontre avec le texte qu’instaure la lecture. À la croisée de ces modes de réception, les arts littéraires contribuent à « dépoussiérer » la littérature et à renouveler son audience. Depuis cinq ans environ, les ventes de poésie augmentent en France de plus de 20 % par an, et le développement des arts littéraires n’y est pas pour rien selon Alexandre Bord, auteur, ancien libraire (La Librairie de Paris) et éditeur (L’Iconopop), désormais directeur commercial aux Belles Lettres et président de l’agence de booking poétique Book : « D’un côté, le lectorat habituel devient public et vient élargir ses zones de rencontre avec le texte. De l’autre, c’est le public qui devient lecteur avec des personnes pour qui le premier contact avec le texte se fera au travers de l’oralité, et qui viendront ensuite au livre. »
Pour les auteur·ices, les arts littéraires offrent aussi la possibilité de transformer leurs modes d’expression et de diffusion. Parmi les nombreux artistes et auteur·ices, quelles figures émergent ? Marin Fouqué, Diaty Diallo, Louise Chennevière, Lisette Lombé, Rim Battal, Héloïse Brézillon, Simon Johannin, Laura Tinard, Sara Mychkine, Florence Jou, Constant Spina, Shane Haddad, Eva Mancuso, Josèfa Ntjam, Gorge Bataille (alias Élodie Petit), Joëlle Sambi, Théo Casciani et tant d’autres, tantôt venu·es du livre, tantôt de la performance, des mondes de la musique ou de la scène. La nouvelle génération littéraire s’approprie sans complexe ces dimensions « hors-livre » avec créativité, pour élargir leur visibilité, trouver d’autres terrains d’expérimentation formelle mais également pour allonger la durée de vie de leurs livres. Jean-Max Collard alerte cependant sur l’injonction potentielle qui conduirait à systématiser ces formes : « Le risque est que l’on transforme ces arts littéraires en lieu de promotion. »
Pour certain·es, en se rapprochant de l’économie du spectacle vivant et des musiques actuelles, les arts littéraires permettent également l’accès au statut de l’intermittence. S’il est nourri par le bouillonnement des pratiques transdisciplinaires et la soif de découverte du public, cet engouement s’explique aussi malheureusement par des raisons structurelles et économiques qui traversent le monde culturel. Les difficultés budgétaires du spectacle vivant contribuent à valoriser des formes moins spectaculaires – et donc moins coûteuses.
En Île-de-France, le festival Sturmfrei est financé par la sous-direction de la musique de la Ville de Paris, les arts visuels au Département de Seine-Saint-Denis et la lecture publique à la DRAC Île-de-France, signe du caractère interstitiel des arts littéraires. La contrepartie ? Ces formes intermédiaires peinent à trouver leur place dans les différents champs disciplinaires du secteur culturel. Quand les festivals littéraires et médiathèques manquent de moyens et d’expertise technique pour les produire et les accueillir, les théâtres les cantonnent bien souvent à des premières parties ou programmations événementielles. Marie-Pia Bureau, directrice de l’Office national de diffusion artistique (ONDA), va dans ce sens : « Si vous me demandez des chiffres sur la prise en compte de ces formes et pratiques dans le monde du spectacle vivant, autant vous dire tout de suite que je n’en ai aucun. Tout simplement parce que ce n’est pas une catégorie perçue comme appartenant au spectacle vivant. Si le texte et les interprétations sont au centre, cela va forcément être classé dans le théâtre. Mais si la musique prend plus de place, le spectacle sortira de notre radar. En revanche, je prête à ces pratiques une attention toute particulière car il me semble qu’elles témoignent, chez les publics, d’une recherche de formes plus directement adressées, d’une forme de présence. Cela corrobore les témoignages que l’on reçoit de la part des directeur·ices de théâtre qui constatent une remise en cause des rituels du spectacle vivant (venir à telle heure, devoir se taire, devoir s’asseoir…), notamment chez un public jeune. Et j’ai l’impression que ces arts littéraires vivants proposent une expérience de représentation qui correspond davantage à une demande du temps présent. » Actrice hyperactive de la promotion des arts littéraires mais également à la direction d’un théâtre avec les Scènes du Golfe à Vannes, Rozenn Le Bris détecte les paradoxes que ces formes rencontrent : « Dans les théâtres, on estimera que ce n’est pas suffisamment spectaculaire et que ceux qui pratiquent ces formes ne sont des professionnels ni de la lecture publique, ni de l’interprétation. »
Du côté de l’édition, si certaines maisons comme L’Arche ou La Contre Allée prennent en compte les arts littéraires, en tant que circuits alternatifs de diffusion, et viennent soutenir leurs auteur·ices dans ces pratiques, les grandes maisons d’édition n’ont pas encore sauté le pas en les intégrant à leurs stratégies de diffusion. Pour Alexandre Bord, c’est l’un des chantiers à venir : « La vitalité de la littérature ne peut pas tenir simplement aujourd’hui sur le livre. Parce que pour qu’un livre existe, on demande à l’auteur de l’accompagner, sur scène et dans des librairies, de venir en parler, de rencontrer le public, et ces arts littéraires s’intègrent dans ce continuum. »
Les arts littéraires souffrent encore d’un manque de reconnaissance institutionnelle. Le Centre national du livre (CNL), par exemple, ne dispose pas de commissions dédiées ou de dispositifs d’accompagnement. Afin de faire reconnaître les singularités d’une filière en construction, producteurs, diffuseurs et artistes tentent de créer des espaces de réflexivité, d’échange de pratiques et de mutualisation. C’est le cas du RIAL Le Réseau international des arts littéraires est né d’une rencontre à l’initiative de Maison poème à Bruxelles en 2021, qui s’est ensuite prolongée d’autres temps de réflexion à la MéCA en 2023, à Extra ! en 2024 et à la Maison de la poésie à Bordeaux. qui est né du désir de praticien·es issu·es du milieu littéraire de se fédérer et d’œuvrer ensemble à accompagner l’émergence d’une nouvelle filière pour la littérature. Parmi ses membres fondateurs : l’Hôtel des Autrices (Berlin), les Scènes du Golfe (Vannes), Rhizome (Québec), Maison poème (Bruxelles), Extra ! (Paris) et Sturmfrei (Île-de-France). « Il s’agit de nous doter d’une voix unifiée, pas forcément alignée, acceptant cette pluralité, mais en capacité de faire plaidoyer », résume Rozenn Le Bris.
Parmi les chantiers identifiés : encourager les arts littéraires dans leur transversalité tout en militant pour les inscrire pleinement dans le champ littéraire. Les membres du RIAL vont même jusqu’à proposer de renommer le CNL « Centre national des littératures » pour faire bouger son centre de gravité au-delà de l’objet livre et embrasser l’ensemble du continent littéraire. « La politique de la lecture doit inclure les arts littéraires, car la vitalité de la littérature ne peut plus reposer uniquement sur le livre dans un monde dominé par les écrans », glisse Jean-Max Colard. Les agences régionales du livre – à l’instar de Ciclic en Centre-Val de Loire et sa politique volontariste dans l’accompagnement de projets littéraires transversaux – apparaissent comme des alliées de choix pour inventer des mécanismes de soutien aux arts littéraires, tandis que l’idée d’une « Maison des arts littéraires » – à l’image de ses cousines québécoises – est évoquée pour structurer la chaîne de production et servir de lieu de reconnaissance et de promotion.
Mais le principal chantier semble être celui de l’accompagnement de la diffusion et d’un long travail de pédagogie quant aux spécificités de ces formes hybrides ainsi que la formalisation d’un référentiel de rémunération qui en uniformiserait les montants quand, aujourd’hui, les artistes sont baladés entre les chartes du CNL, du CNAP ou de l’ONDA (avec de fortes disparités). Enfin, comme le rappelle Olivia Rosenthal, les masters de création littéraire et la recherche universitaire sont des acteurs clés qui intègrent déjà ces formes dans leurs études et pratiques, offrant un socle théorique et réflexif solide.
Les arts littéraires, en modifiant en profondeur les géographies usitées du littéraire, contribuent à la recomposition de ses écosystèmes. Les défis à venir sont à la mesure de l’élan. Faire reconnaître ce continent encore mal cartographié suppose que les acteur·ices de la filière (artistes, diffuseurs, éditeurs, institutions publiques et universitaires) surmontent les logiques de silos qui ont longtemps fragmenté leur action. Sans lisser les singularités de ces formes, il s’agit de réunir les conditions de leur vitalité. C’est à ce prix que la littérature, en débordant du livre sans le renier, pourra rendre durable cet enthousiasme sans précédent qu’elle suscite en devenant un art vivant.
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