Jamais, sous la Cinquième République, le passé colonial français n'avait été réhabilité à ce point. Cette situation est l'une des conséquences de l'involution des rapports de forces politiques caractérisée par la puissance du Rassemblement national et ses capacités à mener des campagnes politico-culturelles qui lui ont permis d'élargir son audience. Plus généralement, soutenues par les milliardaires Vincent Bolloré et Pierre-Edouard Stérin, les extrêmes-droites disposent de relais sans précédent dans les médias et plusieurs maisons d'édition. Fayard et Grasset servent ainsi la bataille prétendument civilisationnelle menée par l'un et l'autre. De là, le retour de la mythologie impériale-républicaine forgée par les élites de la Troisième République selon laquelle la colonisation française avait pour ambition de civiliser les « races inférieures », comme Jules Ferry le déclarait en 1885. De là, aussi, pour des raisons électoralistes, le ralliement des droites de gouvernement. Cette offensive renforce et s'accompagne d'un racisme et d'une islamophobie toujours plus agressives qui légitiment des dispositions discriminatoires et liberticides à l'endroit des personnes racisées et perçues comme musulmanes.
Olivier Le Cour Grandmaison, écrivain et professeur de sciences politiques et de philosophie politique à l'Université d'Evry-Paris-Saclay nous éclaire sur ce passé colonial.