Dans son essai, Elisa Rojas rappelle qu'existe en France une loi sur les soins palliatifs, la loi Claeys-Leonetti. Celle-ci a été expertisée et validée, et recouvre l'immense majorité des situations, à condition que l'accès aux soins palliatifs soit réellement mis en place et assuré sur l'ensemble du territoire, pour toutes les personnes qui le nécessitent, ce qui n'est pas le cas. Elle s'interroge, et nous interroge aussi, sur la manière dont le suicide est dans ce texte présenté comme une alternative acceptable, voire à encourager.
Alors que le suicide est considéré comme un échec global, une catastrophe pour la personne, son entourage, et la société dans son ensemble, un choix non rationnel dont on essaie de sauver ceux et celles qui l'ont tenté en les réanimant, le projet de loi en cours distingue une catégorie de gens pour qui le choix du suicide serait considéré comme un choix rationnel à organiser méticuleusement, certaines vies étant considérées comme non dignes d'être vécues. Elle pointe chez les défenseurs du texte la manière dont le dispositif proposé constituerait un engrenage médical et administratif. Si la liberté de dire stop, d'arrêter la démarche, est supposée exister, certains défenseurs du texte semblent la considérer comme un simple obstacle à contourner, un patient angoissé au dernier moment pouvant bénéficier d'un sédatif pour le calmer et pouvoir procéder plus avant.