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17.09.2026 à 11:59

Choses qui font du bien

L'Autre Quotidien

Je pense que l'art est le seul pouvoir politique, le seul pouvoir révolutionnaire, le seul pouvoir d'évolution, le seul pouvoir de libérer l'humanité de toute répression. Je ne dis pas que l'art a déjà réalisé cela, au contraire, et parce qu'il ne l'a pas fait, il doit être développé comme une arme, au début il y a des niveaux radicaux, ensuite vous pouvez parler de détails particuliers. Joseph Beuys
Texte intégral (1071 mots)

Joseph Beuys

La chanson dans la tête

Young Marble Giants - Wurlitzer Jukebox

L'éternel proverbe

Autant de pluie, autant de fleurs.

Proverbe libyen

Le haïku de cœur

崩れても残る気品の白牡丹
La pivoine blanche tombée - 
Quelque temps encore sous le charme 

Seishi Sagawa

photo Nina Rendulic

Les mots qui nous parlent

Je pense que l'art est le seul pouvoir politique, le seul pouvoir révolutionnaire, le seul pouvoir d'évolution, le seul pouvoir de libérer l'humanité de toute répression. Je ne dis pas que l'art a déjà réalisé cela, au contraire, et parce qu'il ne l'a pas fait, il doit être développé comme une arme, au début il y a des niveaux radicaux, ensuite vous pouvez parler de détails particuliers.

Joseph Beuys

Benjamin Katz - Joseph Beuys


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22.05.2026 à 17:02

Lisa Murray : Cela aussi passera

L'Autre Quotidien

Dans son dernier projet, Cela aussi passera, Lisa Murray trouve un langage visuel pour rendre compte des aléas d’un quotidien façonné et marqué par son processus de guérison d’une maladie et d’un traumatisme.
Texte intégral (3278 mots)

Dans son dernier projet, Cela aussi passera, Lisa Murray trouve un langage visuel pour rendre compte des aléas d’un quotidien façonné et marqué par son processus de guérison d’une maladie et d’un traumatisme.

4_7 Days © Lisa Murray

Les bienfaits sociaux et émotionnels de l’art en tant que thérapie sont largement reconnus. Mais qu’est-ce qui fait de l’appareil photo un outil si efficace pour gérer des émotions complexes et des traumatismes ? « La photographie me donne la capacité de transposer sur le papier ce que je vois dans ma tête », explique Lisa Murray, une artiste multimédia dont la pratique s’articule autour de la gestion de son traumatisme. « Je trouve que la création est une activité vraiment méditative et très apaisante, car si je ne la concrétise pas, les images restent simplement dans mon esprit. »

This Too Shall Pass © Lisa Murray.jpg

Le dernier projet de Lisa Murray traite de la gestion de divers traitements médicamenteux tout au long de sa vie, en raison d’une maladie et d’une série d’événements traumatisants. Dans deux séries précédentes, Through My Child’s Eyes et For Parts Not Working, la photographe a abordé ces expériences de front. La première disséquait son combat contre le cancer du sein, tandis que la seconde traitait des blessures quelque peu invisibles résultant d’un traumatisme crânien suite à un grave accident de vélo.

Grey Matter © Lisa Murray

This Too Shall Pass a commencé un peu différemment, par une consultation chez le médecin. Après avoir souffert de migraines pendant de nombreuses années, Murray a fini par consulter un neurologue qui lui a expliqué les choses simplement : le système nerveux de chacun a un seuil de référence, et les événements de la vie peuvent le faire passer au-dessus ou en dessous de cette ligne. Lorsque le cerveau de Murray passe en dessous de ce seuil, elle a tendance à avoir une migraine. « Personne ne m’avait jamais donné de repères visuels auparavant, et tout m’a soudain semblé très clair. Il m’a dit : “Voyons si nous pouvons essayer de déplacer ce seuil.” » This Too Shall Pass est né d’un désir d’exprimer visuellement ce parcours physique et psychologique, en combinant la photographie avec des objets numérisés et des images d’archives pour créer des collages numériques saisissants.

Reality © Lisa Murray

Chaque image de cette série est chargée de sens. Par exemple, le portrait aux teintes orangées qui donne son titre à la série, This Too Shall Pass, illustre le soulagement de sortir d’une migraine. « Il y a ces incroyables auras de couleurs qui apparaissent après une migraine, où le monde est d’une beauté incroyable — les plus petites choses sont si éblouissantes », explique-t-elle. Une autre image, intitulée Reality, traite de la difficulté de se sevrer d’un traitement contre le cancer du sein qu’elle a pris pendant 10 ans. Elle représente Murray, portant une prothèse mammaire et un collier sur lequel le mot « reality » est suspendu à l’envers. « Les gens me font remarquer que je le porte à l’envers, mais chaque fois que je le mets et que je me regarde dans le miroir, je le vois dans le bon sens », dit-elle. « La photo évoque aussi le fait d’en être arrivée à un stade où je ne pense plus à subir une chirurgie reconstructive, et où je suis en paix avec ma réalité en portant une prothèse. »

Slipping © Lisa Murray

Un code binaire traverse ces images, inspiré par une découverte inattendue faite alors qu’elle travaillait avec un film moyen format. Murray a remarqué les repères techniques standard des chiffres 10 et 11 imprimés sur le bord du film, et s’est retrouvée attirée par la logique de la notation binaire. Dans les systèmes numériques, 1 signifie ON et 0 signifie OFF : une expression fondamentale de la présence et de l’absence. Pour Murray, cela a offert un vocabulaire précis pour décrire sa propre expérience. « Certains jours, je suis présente, je suis “allumée”, et d’autres jours, quand je jongle avec les médicaments et que j’essaie de revenir à ce niveau de base, je suis “éteinte” », explique-t-elle.

Open Wide © Lisa Murray

Le processus de Murray commence toujours par la photographie, mais « plus j’apprends, plus mon travail s’est élargi pour inclure des techniques mixtes, ce qui peut m’aider à exprimer mes idées de manière plus cohérente », dit-elle. Le fait de partager ce projet avec le monde fait également partie du processus de guérison. « Avec ma première série, j’éprouvais un sentiment de gêne incroyable… [Mais] si je ne m’étais pas exposée au monde, je n’aurais pas obtenu cette guérison en retour, car c’est la réaction des gens qui permet de normaliser les traumatismes. J’ai noué des liens avec tant de personnes qui vivent des expériences similaires et qui sont reconnaissantes pour le travail que je réalise. Et ces liens compensent largement l’isolement que j’ai ressenti en faisant face à mes problèmes de santé. »

Marigold Warner pour LensCulture, le 25/05/2026
Lisa Murray - Cela aussi passera

Soluble © Lisa Murray

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22.05.2026 à 10:39

De Moby Dick à Robinson Crusoé, laissez tomber les #booktok ou #bookstagram : suivez le croque-mort.

L'Autre Quotidien

Hors du monde, le 6e tome de la série Stern sort cette semaine, et les frères Frédéric & Julien Maffre continuent de nous surprendre à chaque nouvel opus. Le croque-mort, désormais sans emploi, se retrouve piégé sur une île qui tourne au huis clos horrifique avec des livres pour seule consolation. Des livres vraiment ?
Texte intégral (2671 mots)

Hors du monde, le 6e tome de la série Stern sort cette semaine, et les frères Frédéric & Julien Maffre continuent de nous surprendre à chaque nouvel opus. Le croque-mort, désormais sans emploi, se retrouve piégé sur une île qui tourne au huis clos horrifique avec des livres pour seule consolation. Des livres vraiment ?

« La crainte du danger est mille fois plus terrifiante que le danger présent. » Cette phrase tirée de Robinson Crusoé de Daniel Defoe donne le ton de ce T6, Hors du monde, où Elijah Stern sert de monnaie d’échange à un trafic d’armes et se retrouve malgré lui prisonnier d’une poignée de rebelles cubains préparant une insurrection.

Planqués sur une île au large de la Nouvelle-Orléans, le petit groupe va être progressivement décimé par une menace invisible et Stern se retrouve encore une fois là où il ne faut pas. 

À chaque nouvelle histoire, le duo tente de croiser son univers avec un nouveau genre et pour ce titre c’est le thriller qui s’invite après avoir fait évoluer leur personnage dans un polar, une comédie chorale, un western, un récit gothique et un récit de braquage [en savoir plus en parcourant notre article sur l’ensemble de la série ici]. 

Si chaque histoire peut être lue de manière indépendante, l’histoire d’Elijah Stern se dessine en filigrane, avec à chaque fois quelques bribes de son passé, de son histoire au détour d’un détail ou d’une conversation. Car les auteurs ont fait le pari de ne pas utiliser de flash-back ni d’artifice narratif pour donner corps à Stern, ses actions, ses paroles et ses lectures suffisent. 

Pour Hors du monde, Julien Maffre a travaillé ses personnages de manière à les rendre plus inquiétants et que Stern se détache particulièrement sur chaque planche. Que ce soit par la morphologie ou des jeux de lumières, il crée une dualité constante qui prendra tout son sens dans les scènes de tension.

Depuis le début de la série, il propose des visages marqués presque cartoonesques parfois dans des décors très réalistes. Son trait rehaussé de lavis avant de passer à la couleur donne un ton suranné qui colle parfaitement avec le projet de mettre en lumière un personnage qui évite l’action. 

Stern, un lecteur avant tout 

La référence au roman de Daniel Defoe n’est pas anodine car depuis le début de la série, Julien & Frédéric Maffre jouent avec les références culturelles de leur héros lecteur. Je vous propose un petit tour d’horizon de tous les easter eggs littéraires de la série. 

🪏Dans le T1, Le Croque-mort, le clochard et l’assassin, tout commence avec un livre, Moby Dick d’Herman Melville offert par Lenny à Stern contre le gîte, une découverte pour celui qui n’avait jusque là que des livres de médecine et d’anatomie visibles dans les premières planches. La lecture va changer Elijah qui ne veut plus des dime novel de Colorado Cobb proposés par le marchand —mais on y reviendra— et recherche maintenant de la littérature.  

🪏Ce sera le moteur de l’action du T2, La Cité des sauvages, l’action repose sur l’arrivée de Stern en ville pour acheter des bouquins. Une arrivée qui va déclencher pas mal de grabuge mais traversée par cette quête de lecture se terminant par la reproduction de sa liste : Jane Eyre de Charlotte Brontë, Frankenstein de Mary Shelley, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, Les Misérables de Victor Hugo, Vie et opinions de Tristram Shandy de Laurence Sterne, Robinson Crusoé de Daniel Defoe et Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Sans oublier Shakespeare en toile de fond…

🪏Les dime novel « roman à deux sous » écrits par Colorado Cobb dans le premier tome sont au cœur du T3, L’Ouest, le vrai, puisque Stern rencontre Cobb et toute l’intrigue tourne autour de ce personnage gouailleur. 

🪏Le T4, Tout n’est qu’illusion, sera l’occasion de mettre en avant Edgar Allan Poe, les livres sur la magie d’Houdini, bouquins sur la sorcellerie et Necronomicon en clin d’œil. Sans oublier la pièce de théâtre au cœur de l’intrigue et le clin d’œil à Vincent Van Gogh dans la pension de famille.  

🪏Le T5, Une simple formalité, met en scène un jeune dessinateur et son carnet de croquis qui va suivre Stern tout du long, cette fois pas de roman dans un tome où les mots sont parfois inaccessibles et la langue une barrière. 

🪏Et ce T6, Hors du monde, qui s’ouvre sur Stern qui vend ses livres pour payer l’enterrement de sa mule et qui tombe sur une bibliothèque géante perdue dans une île presque déserte… 

Stern avait Robinson Crusoé sur sa liste depuis le deuxième volume, il aura fallu quatre volumes et la perte de tout ce qui comptait pour lui pour qu’il le lise enfin ! On touche le cœur du projet de Frédéric & Julien Maffre où rien n’est laissé au hasard dans ces albums qui invitent à la réflexion. 

Thomas Mourier, le 25/05/2026
Frédéric & Julien Maffre - Stern - Dargaud
-> Les liens renvoient sur le site Bubble où vous acquérir les ouvrages évoqués.

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21.01.2026 à 11:24

Désespérance techno sud-américaine : les "Reminiscencias" de Binary Algorithms

L'Autre Quotidien

Conçu entre 2023 et 2025, le premier album studio de Binary Algorithms dépeint une histoire de décadence et de désespoir, où se rencontrent la périphérie latino-américaine, le désespoir de l'absence d'amour et la tragédie de la résistance dans les pays du Sud. Mêlant IDM, dub-techno et électro à des influences UK bass et ambient, Binary Algorithms retrace également la dichotomie des identités « latines », si souvent réduites au « tropical ».
Texte intégral (895 mots)

Conçu entre 2023 et 2025, le premier album studio de Binary Algorithms dépeint une histoire de décadence et de désespoir, où se rencontrent la périphérie latino-américaine, le désespoir de l'absence d'amour et la tragédie de la résistance dans les pays du Sud. Mêlant IDM, dub-techno et électro à des influences UK bass et ambient, Binary Algorithms retrace également la dichotomie des identités « latines », si souvent réduites au « tropical ».

Néanmoins, Reminiscencias ne se limite pas à un seul fil conducteur. Il s'agit d'une cartographie intime des lieux vécus et abandonnés, où se croisent mémoire personnelle et histoire collective. Des coins de rue marqués par l'absence, des pièces à demi éclairées où des voix résonnaient autrefois, des trajets en bus à travers des banlieues tentaculaires, le bourdonnement lointain des marchés s'estompant dans un silence de béton. Les sons qui entourent Andrés – des routes rurales aux bourdonnements sourds de la circulation sur les autoroutes fissurées – se mêlent à des fragments de souvenirs : rencontres fugaces, lettres jamais envoyées, poids des mots non dits. Ces espaces sont imprégnés d'histoires de résilience et de perte, dont l'écho dépasse largement leurs limites physiques.

Chaque composition évolue entre des structures rythmiques abrasives, des passages atmosphériques expansifs et une conception sonore raffinée, évoquant la tension entre résilience et effondrement, nostalgie et futurs qui ne se sont jamais réalisés, utopies promises et vérité impitoyable. Dans cette convergence, le LP devient à la fois un document et une réflexion — un paysage sonore façonné par le temps, la perte et les espaces laissés entre eux.

Et si la comprenette vous fait encore défaut, pensez Trump, pensez Maduro et surtout la guignol de service :Maria Corina Machado, la même affidée qui a refilé son prix à l’agent orange… Plus clair comme ça ?

Jean-Pierre Simard, le 21/01/2026
Binary Algorithms - Reminiscencias - Furatena



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09.10.2025 à 17:32

Avec Common Ground, l'ikebana tend vers l'universel

L'Autre Quotidien

Né en 2019, le projet Common Ground à l’ambition de relier les personnes séparées par l'idéologie, la géographie et la culture par le biais de la terre commune que nous occupons. "Avant qu'il n'y ait l'Amérique en tant que pays, ou les États individuels et les identités territoriales qui en découlent et les politiques qui en découlent, il y avait la terre que l'Amérique occupe", écrit Adam Silverman.
Texte intégral (1618 mots)

Né en 2019, le projet Common Ground à l’ambition de relier les personnes séparées par l'idéologie, la géographie et la culture par le biais de la terre commune que nous occupons. "Avant qu'il n'y ait l'Amérique en tant que pays, ou les États individuels et les identités territoriales qui en découlent et les politiques qui en découlent, il y avait la terre que l'Amérique occupe", écrit Adam Silverman.

Massachusetts.” Photo by Joshua White. All images courtesy of Inventory Press, shared with permission

Si l'objectif est ambitieux, le principe de Common Ground est simple : Silverman récolte de l'argile, de l'eau et des cendres de bois dans les 50 États, à Washington D.C. et dans les cinq territoires américains occupés - Porto Rico, les îles Vierges américaines, Guam, les Samoa américaines et les îles Mariannes du Nord - et mélange ensuite les matériaux de manière à ce que les substances et leurs origines soient impossibles à distinguer. Ce mélange est à la base des récipients en céramique de l'artiste, qui comprend deux séries de vaisselle et de pots cérémoniels. Il explique à propos de ces derniers : "Les formes ne sont pas subtiles et, bien qu'elles reposent sur des pieds ou des fondations solides, elles sont abîmées, marquées, penchées, montrant les processus qui les ont amenées là. Les sommets sont ouverts, symboliquement prêts à recevoir".

West Virginia.” Photo by Joshua White

Un nouveau livre publié par Inventory Press célèbre les pots de cérémonie de Silverman, qui sont associés à des arrangements réalisés par des étudiants et des professeurs d'ikebana. Common Ground : Adam Silverman + Sogetsu Ikebana Los Angeles documente le processus de l'artiste et explore l'impulsion à l'origine du projet, en particulier lorsqu'il jette un pont entre les traditions de fabrication américaines et japonaises. Les pages sont remplies de diagrammes expliquant les différences entre les matériaux, d'images de Silverman collectant et préparant ses substances, et de photos des œuvres collaboratives achevées qui montrent une myriade de créations Ikebana émergeant des récipients.

Jean-Pierre Simard, le 16/10/2023
Adam Silverman + Sogetsu Ikebana Los Angeles - Common Ground - Inventory Press

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13.01.2025 à 17:55

Comment et pourquoi s'abonner ?

L'Autre Quotidien

En faisant le geste de vous abonner, vous soutenez un magazine d’art à l’âme anarchiste qui ne courtise ni l’état ni l’industrie culturelle, et ne parle que de ce qu’il aime vraiment, sans tenir compte des chiffres de vente, des réputations à flatter, ou des publicités à engranger. En échange, vous ne raterez plus un seul de nos articles. Et vous aurez accès à l’entièreté d’un des plus beaux sites internet du monde. Merci d’avance.
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On ne vous le dit jamais, parce qu’on parle très mal d'argent, et ces quelques lignes maladroites le prouvent, mais personne ne nous paie pour réaliser L’Autre Quotidien, cet OVNI dans l’internet et la presse française, un magazine culturel très engagé à gauche qui a publié en accès libre des milliers d’articles que vous avez peut-être appréciés. D’où la nécessité de promouvoir les abonnements. Sans même parler de salaires - aucun de nous n’en touche, le journal n'a pas assez de revenus pour ça - l’entretien d’un site devenu aussi énorme que L’Autre Quotidien a un coût. Nous voulons continuer. Nous y tenons. Mais nous avons aujourd’hui besoin de votre soutien. Merci à tous ceux qui nous lisent, et nous prêtent leur attention. Vous êtes notre raison d’être. Un journal n’existe que par ses lecteurs. Ceux avec qui l’on veut partager une conversation. Et le pain quotidien.

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25.10.2024 à 09:19

Frissonner avec les particules de nuit d'Apichatpong Weerasethakul

L'Autre Quotidien

Organisée dans le cadre de la manifestation Apichatpong Weerasethakul, l’exposition “Des lumières et des ombres” dévoile une vingtaine d’installations filmiques créées par le cinéaste et artiste visuel thaïlandais ces vingt dernières années — dont une spécifiquement réalisée pour cette occasion. En écho aux pièces qui jouent de la lumière et des formes, elle se présente comme une déambulation nocturne ponctuée des illuminations des images projetées.
Texte intégral (831 mots)

Vue de l’exposition Apichatpong Weerasethakul, Centre Pompidou — Pavillon Brancusi 2024 © Centre Pompidou — Audrey Laurans

Organisée dans le cadre de la manifestation Apichatpong Weerasethakul, l’exposition “Des lumières et des ombres” dévoile une vingtaine d’installations filmiques créées par le cinéaste et artiste visuel thaïlandais ces vingt dernières années — dont une spécifiquement réalisée pour cette occasion. En écho aux pièces qui jouent de la lumière et des formes, elle se présente comme une déambulation nocturne ponctuée des illuminations des images projetées.

L’exposition Particules de nuit est spécifiquement conçue pour un lieu particulier, le pavillon autrefois construit pour abriter une reproduction de l’atelier du sculpteur Constantin Brancusi et actuellement vide en préparation des travaux de rénovation du Centre Pompidou. D’un espace voué à accueillir parfaitement la lumière du soleil, Weerasethakul en fait le lieu d’une déambulation nocturne, ponctuée de la seule lumière des images projetées.

« Voir / n’est pas voir », ces mots écrits à la plume reviennent comme une ritournelle dans Seeing Circles (2022), où l’artiste décrit un tremblement de la vision. Rappelant l’obturateur d’un appareil photo, l’œil explore par intermittence les multiples échelles du monde visible à partir de chez lui. Dans For Bruce (2022), tourné dans la nature péruvienne, le même regard examine les ondulations et les reflets du soleil à la surface de l’eau, révélant à la fois la simplicité instantanée et la complexité de regarder / voir, et peut-être de méditer. Les œuvres récentes rassemblées pour cette exposition, à l’instar de l’étude de Brancusi sur la lumière et les formes naturelles, présentent un flux varié, du scintillement du soleil amazonien aux méandres de la nuit. Comme le palimpseste d’un rêve, les images qu’elles mettent en jeu se forment puis se dissipent, prennent congé sans vraiment disparaître : elles se transforment pour se déposer ailleurs. Les réalités du présent restent inséparables des souvenirs et des mythes vernaculaires. En se déplaçant parmi ces illuminations, le public voit les frontières temporelles se dissoudre.

Dans Solarium (2023), une installation récemment créée pour la Biennale de Thaïlande à Chiang Rai, l’investigation hypnagogique d’Apichatpong Weerasethakul atteint un réalisme hallucinatoire, imaginant une vision orpheline et errante qui tourne vers elle-même sa propre quête. Le soleil de la mémoire se lève et se couche à l’horizon. Il ne reste plus à la pupille qu’à inventer une autre lumière.

Et, si vous ne connaissez pas encore son cinéma, la rétrospective actuelle à Pompibourg vaut aussi plus que le détour.

Elmer Ganterie, le 28/10/2024
Apichatpong Weerasethakul - Particules de nuit -> 6/01/2025
Centre Georges Pompidou Place Georges Pompidou 75004 Paris

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13.03.2024 à 14:30

Ce que nous défendons

L'Autre Quotidien

Tout journal est politique. Celui que nous faisons ne se cache pas cette évidence. Son existence, qui n'était pas donnée, car personne ne nous a invités, est déjà en elle-même un fait politique. Nous faisons irruption. Nous entrons par effraction dans le champ bien gardé des opinions bonnes à entendre. Sachant qu'exister, c'est résister, nous avons fait le choix d'exister. Or choisir est l'acte politique même.
Texte intégral (713 mots)

Tout journal est politique. Celui que nous faisons ne se cache pas cette évidence. Son existence, qui n'était pas donnée, car personne ne nous a invités, est déjà en elle-même un fait politique. Nous faisons irruption. Nous entrons par effraction dans le champ bien gardé des opinions bonnes à entendre. Sachant qu'exister, c'est résister, nous avons fait le choix d'exister. Or choisir est l'acte politique même. Choisir avec qui on vit et travaille est politique. Choisir l'égalité des salaires est politique. Dénoncer l'injustice est politique. Accepter (et accepter réellement) de donner la parole aux autres est politique. Proposer des haïkus dans nos éphémérides est politique. Mettre le sort d'un journal dans les mains de ses lecteurs est politique. Ce qui implique à nos yeux de répondre avant toute chose à des questions légitimes sur l'origine de ce projet, notre financement, nos objectifs, l'idée que nous faisons de notre travail.

  1. L'Autre Quotidien est parfaitement indépendant. Créé par des journalistes et géré par une association 1901 : Nuit & Jour, il n'a ni capital de départ, ni capital d'arrivée. Qui le finance ? Jusqu'à présent, ses abonnés. Est-il riche ? Non, il est pauvre. Il fait donc avec de pauvres moyens. Cela aussi, il est juste d'en prévenir.

  2. L'Autre Quotidien n'est le cache-sexe ou le compagnon de route d'aucun parti ou réseau d'influence. Il n'en est ni membre, ni évidemment porte-parole.

  3. L'Autre Quotidien ne prétend pas pour autant à la neutralité en politique. Dans le combat contre toutes les formes d'oppression, nous ne sommes pas neutres, nous sommes du côté de ceux qui s'organisent et résistent.

  4. L'Autre Quotidien n'a pas le goût de la propagande. Quant à la communication, sa sœur jumelle dopée aux méthodes du marketing, nous n'oublions pas que c'est la Préfecture de police qui a inventé le communiqué. Les gens d'en bas ne "communiquent" pas, ils s'expriment. De leur bouche une parole naît, libre des pitoyables "éléments de langage". La communication et la propagande ne sont donc pas notre affaire. La recherche de l'expression juste est notre affaire.

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09.01.2024 à 20:16

Pourquoi ce journal ?

L'Autre Quotidien

A quoi bon un journal culturel en temps de détresse ? .............et nous y sommes, ou pas loin........................ ..............certains déjà en plein dedans......................... C'est la question à laquelle nous essayons d'apporter une réponse positive dans chaque numéro.
Texte intégral (584 mots)

Chris Marker La Jetée

A quoi bon un journal culturel en temps de détresse ?
.............et nous y sommes, ou pas loin........................
..............certains déjà en plein dedans.........................


Notre projet est celui d'une presse qui mène le combat culturel pour résister à la laideur, et s'engage dans la bataille des idées au côté de ceux qui souhaitent vivre dans un monde plus libertaire, plus égalitaire et plus fraternel, contre les tenants d'une société plus autoritaire, se moquant de l'égalité, et carrément pas fraternelle. Par amour (toujours) du réseau, nous avons fait le choix d'un digital artisanal et de qualité, convaincus qu'un site web peut être une belle œuvre, comme il y a de beaux livres, de beaux objets. Des chroniqueurs nous ont rejoint. Des sites convaincus par le projet nous ont apporté leur aide et leur talent pour faire vivre les rubriques. Nous sommes toujours en chemin, mais nous pouvons grâce à eux aujourd'hui affirmer sans rougir que nous offrons déjà un journal culturel engagé sans pareil. Vous pourrez vous en rendre compte en découvrant les centaines d'articles de nos rubriques Photo, BD, Livres, Musique, Art, Science Fiction, Cinéma, Architecture, Images, Idées, Style.

Christian Perrot & Jean-Pierre Simard

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31.08.2023 à 21:25

Hommage à Mario Tronti : le Royaume est là, si nous le voulons

L'Autre Quotidien

Mario Tronti est décédé le 7 août, à l'âge de 92 ans. Pour toujours, son nom est lié à son premier livre publié en 1966, Ouvriers et Capital, qui fut plus tard défini comme « la bible de l'opéraïsme » à la racine de l’autonomie ouvrière italienne. Un livre qui, quelle qu'en soit la manière dont on veut le juger, a marqué, à proximité de 68, et surtout des grandes luttes ouvrières de 1969, une grande innovation mais aussi une rupture théorique forte dans le marxisme de la seconde moitié du XXe siècle, ce siècle dur et difficile auquel il est toujours resté fidèle. Son ami et collaborateur Marcello Tarì attire dans ce beau texte notre attention sur le dernier combat de Mario Tronti, trouver le lien entre politique et spiritualité. Réparer la blessure ouverte du choc qu'il considérait comme absurde et qui existait pourtant entre le mouvement communiste et le christianisme.
Texte intégral (5185 mots)

Je t'aimais, maintenant j'y vais
J'étais communiste
J'avais un rêve, un espoir
Adieu amour, adieu
(Baustelle, L'homme du siècle ) .

Mario Tronti est décédé le 7 août, à son domicile de Ferentillo, à l'âge de 92 ans ; un « âge de patriarches » a-t-il déclaré à l'occasion du 90e anniversaire d'Ingrao [1], tout comme il a dû le dire plus tard de lui-même avec une pincée de son ironie habituelle, à la fois aiguë et douce.

Pour une grande partie du petit et du grand public, son nom est lié à son premier livre, Ouvriers et Capital, publié chez Einaudi en 1966 [2] , qui fut plus tard défini comme « la bible de l'opéraïsme ». Un livre qui, quelle qu'en soit la manière dont on veut le juger, a marqué, à proximité de 68, et surtout des grandes luttes ouvrières de 1969, une grande innovation mais aussi une rupture théorique forte dans le marxisme de la seconde moitié du XXe siècle, ce siècle dur et difficile auquel il est toujours resté fidèle.

Le premier ouvrage

Dans ces pages, Tronti a réalisé ce qu'on appelle la « révolution copernicienne » dans l'interprétation du conflit entre le capital et le travail : vient d' abord le sujet ouvrier et ses luttes, après le capital et son développement ; donc la tactique va au parti, la stratégie va au mouvement ouvrier, précisément ce qu'il appelle dans l'un des passages les plus célèbres et les plus lourds de conséquences la « stratégie du refus ».

Il y avait déjà, à y regarder de plus près, dans ce renversement de perspective, un aspect du radicalisme évangélique auquel Tronti fera plus tard directement référence : les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

Conflit extrêmement radical, expression organisée de la force des opprimés et pourtant conflit sans violence : « Le conflit est connaissance. (…) La force est le négatif de la résistance, la violence est le positif de l'agression. (…) La grève est une décision collective par excellence, une action qui interrompt les activités, c'est un dire non, non à la poursuite du travail, une lutte non-violente, un conflit sans guerre. Le conflit de classes comme alternative civilisationnelle à la guerre de massacre, car ce sont « les formes de lutte [qui] révèlent les objectifs du mouvement » [3] .

Un communisme hétérodoxe

Ouvriers et Capital a été un véritable choc également par son langage, son style et ses références théoriques : autant de matériaux étrangers à l'orthodoxie communiste de l'époque. À une culture militante qui en Italie était encore empêtrée dans le “Diamat” de Staline (soit une version ultra-simpliste du matérialisme dialectique, pour résumer) combiné à la triade Croce-Gentile-Gramsci, Mario Tronti opposait l'impact prodigieux de la pensée négative et de la culture de crise.

Nietzsche et Weber furent introduits à grand bruit dans les murs des usines, les notes de Gustav Mahler «entre un adagio désespéré et un bientôt majestueux» [4] accompagnèrent la marche des grévistes et la grande littérature de la crise, de Musil à Mann en passant par Dostoïevski imprègne même la réflexion sur le parti. Tous les concepts de l’économie politique sont devenus source de conflits et ceux-ci, sortis de l’usine, sont venus comme une lave incandescente investir la société entière. La revue culturelle du Parti communiste italien, Rinascita, n’a aimé ni l’idée ni le livre.

Mais l’histoire théorico-militante de Mario Tronti ne s’arrête certainement pas avec ce livre. Dans ces lignes, je voudrais plutôt rappeler le Tronti des dernières décennies, celui qui, après la phase de « l'autonomie du politique » des années 1970 [5], étape importante et généralement mal comprise, s'est aventuré dans l'étude de théologie politique, d'abord expérimentée dans une union inédite et audacieuse de la théorie développée par Carl Schmitt avec la tradition marxiste - "Karl und Carl", comme le dit un chapitre de son ouvrage “La politique au coucher du soleil” - puis dans la culture d'une spiritualité qui s'enfonce dans les profondeurs et les hauteurs de l'Écriture, des Pères de l'Église et de la littérature monastique.

Et enfin, le communisme messianique de Walter Benjamin, l'insurrectionnisme eschatologique d'Ernst Bloch et le saint Paul apocalyptique-révolutionnaire de Jacob Taubes, tous appelés par Tronti à apporter une correction forte à la fois à l'apocalypticisme réactionnaire exprimé par la théologie politique de Schmitt et à l'aridité du matérialisme, qu'il soit dialectique ou historique.

En fait, c'est lors d'un dialogue public que nous avons eu il y a quelques années dans un petit théâtre romain que Tronti a dit, en prononçant bien les mots, qu'« en fin de compte, le matérialisme est une chose pour les bourgeois ». C’est dans cet horizon, je crois, qu’il faut comprendre sa définition de « révolutionnaire conservateur ». Réaliste oui, matérialiste non.

Échec de la révolution et théologie politique

La théologie politique lui est certes venue de la lecture précoce que Tronti faisait, parmi les premiers à gauche, de Schmitt et des grands conservateurs, mais elle concernait aussi une évaluation plus subtile d'ordre existentiel, personnel : il fallait « corriger » le sens de l'histoire jusqu'à la subjectivité, puisque « toute la Modernité était à l'opposé de l'Annonce » [6] .

En 1980, dans un débat sur le terrorisme, répondant à Angelo Bolaffi, qui affirmait que la limite de la gauche résidait dans le fait qu'elle avait produit une théologie de la révolution, il répondit, avec une de ses réponses classiques et cinglantes :
« C'est justement parce qu'il y a eu l'échec de la révolution en Occident, que la révolution est devenue théologie » [7] . Ou du moins, c'en était devenu un pour lui. La défaite, l’échec, voire l’humiliation, sont devenus pleinement des catégories théologico-politiques puis transformés en autre chose .

Pour Tronti des années entre les deux millénaires, la dimension théologique, de symptôme et de tentative de réponse à une catastrophe historique, devait correspondre au besoin de résistance subjective, exprimé paradoxalement à travers un approfondissement de la crise. Parce que c'est le christianisme lui-même, l'Évangile, qui est « krisis», dans son vrai sens de choix et de décision. Crise de subjectivité, crise de l'histoire, crise du « monde ». Mais surtout une crise révolutionnaire parce qu'elle a été vécue pour et avec les plus petits, les expropriés, les opprimés, les humiliés et les offensés : la partie de l'humanité à laquelle Tronti s'est toujours senti intimement « appartenir », avec son point de vue partisan qu'il faut toujours lutter et encore contre la totalité de « ce monde » tel qu'il est : injuste, violent, égoïste, nihiliste, individualiste.

Le capitalisme pour Tronti n'était plus seulement un mode de production haineux, défendu par un système politico-idéologique tout aussi haineux, mais une construction anthropologique vertigineuse, une idée et une pratique destructrice de la Terre et de la Personne qui campait dans les âmes, corrompant l'âme. esprits, sapant leur capacité à discerner le bien du mal. Il ne s’agissait plus pour lui d’une crise du mode de production ou des rapports de classes, ni de celle de la politique comme gestion des affaires de l’État, mais d’une « crise de civilisation » verticale.

Le problème du marxisme, disait Tronti, était précisément de ne pas avoir été capable de proposer une anthropologie à la hauteur de son époque et du défi qu'elle représentait. Et c'est aussi dans ce sens qu'il faut comprendre sa déploration constante, comme une blessure ouverte, du choc qu'il considérait comme absurde et qui existait pourtant entre le mouvement communiste et le christianisme, arrivant à des conclusions très proches de celles du Père Turoldo, un homme, moine, partisan et poète pour lequel nous partagions une grande passion, qui écrivait un jour : « le communisme pourrait être la véritable révolution des pauvres ; à une condition, que la loi de la pauvreté ne soit pas trahie. Au lieu de cela, tout a lamentablement échoué. Le “rerum” de “Cupido” (Ndt : fait référence à la phrase de Pline le jeune : “omnium rerum cupido languescit, quum facilis occasio est”, en français : “Tous les désirs s’affaiblissent lorsqu’on a facilement l’occasion de les satisfaire” n'a pas été pris en compte, de la possibilité du péché (...) on pensait créer un communisme quelle que soit la force de la religion, alors que l'essence de la vraie religion est de "se garder pur de ce monde" [ 8 ] .

Mais l'hypothèse du paradigme théologico-politique a aussi permis la révélation d'une vérité indicible pour de nombreux militants de gauche : si avec Schmitt on supposait que « tous les concepts de la doctrine de l'État sont des concepts théologiques sécularisés », alors, selon la suggestion de Walter Benjamin, il est également vrai que « tous les concepts de la doctrine révolutionnaire sont des concepts théologiques sécularisés », comme nous l'écrivions dans un texte de 2020 intitulé Xeniteia. Contemplation et combat [9] .

Cet article était censé ouvrir un petit chantier de recherche à travers lequel, avec la contribution d'autres amis, nous voulions tenter de repenser le lien « originel » entre christianisme et communisme, notamment à travers cette tradition monastique qui a profondément inspiré la réflexion trontienne des derniers temps. décennies et sa propre vie, traversée par l'amitié avec le moine de l’ordre camaldule Dom Benedetto Calati et avec Enzo Bianchi ainsi que leurs communautés.

Le communisme comme forme de vie

« Original » car, nous en avons beaucoup parlé ces dernières années, Tronti était finalement convaincu que le communisme n'était pas réductible au marxisme, qui reste néanmoins un épisode important, mais qu'il avait une profondeur historique plus large et une dimension transcendante magnétique, indiquant une "forme de vie" que l'on contemple dans les lignes lumineuses des Actes des Apôtres et que l'on peut ensuite suivre au fil de la contre-histoire des pauvres et des opprimés : "Que l'idée du communisme ait à voir avec le christianisme primitif est un fait que le mouvement communiste du XXe siècle n’a pas envisagé. C'est une lacune grave" [10] . Et c'est d'ailleurs peut-être le seul moyen de sauver l'esprit du communisme de l'oubli annihilant auquel « ce monde », l'histoire des vainqueurs, destine ses antagonistes.

Mais donc, si d'une part la théologie politique concerne les catégories fondamentales de la politique moderne, de l'État et des conflits de pouvoir - disons, pour simplifier, les catégories du « que faire ? - d'autre part, révéler les racines théologiques du communisme signifie tourner notre regard vers le thème de la spiritualité, c'est-à-dire vers « comment le faire ? », ou vers « comment vivre » ici et maintenant, peut-être aussi vaincu que Tronti lui-même l’a admis sans hésitation, mais sans jamais abjurer l'ancienne promesse de libération.

Bref, le thème de la spiritualité comme forme de vie, puisque selon Tronti c'était le communisme pour beaucoup de sa génération : une manière d'être avant même une doctrine ou le rêve d'une institution alternative. Dans un échange de lettres que nous avions autour d'un de mes textes sur la spiritualité [11] , il écrivait : « Fondamentalement, d'une certaine manière, la civitas Dei (Ndt : la Cité de Dieu) , contrairement à la civitas hominis (Ndt : la Cité des hommes), attend toujours là la force de l'esprit qui entend y parvenir. L’homme nouveau est alors cette force proactive génératrice, et non le produit final de la réalisation. »

Encore des renversements de perspective : d'abord la force de l'esprit, puis la réalisation ; d'abord l'homme nouveau, puis les structures. Le contraire de ce qu’avaient fait les révolutions du passé. Dans lequel, au début, dit Turoldo, il y a toujours la puissante présence désorganisatrice de l'Esprit, mais les révolutionnaires ne savaient pas ou ne voulaient pas la suivre et se sont donc perdus en croyant que l'homme nouveau devait être le résultat des unités de production, comme le chantait le CSI (Consortium des Musiciens Indépendants) : « Rêve Technologique Bolchevique/Mécanique Mystique Athée/Machine Automatique-pas d'âme » (CSI, Unité de Production, 1998 ) .

Cultiver la spiritualité

En réalité, si l'on s'en tient à ce qu'écrit Tronti, la théologie politique elle-même appartient au passé [12] , il faut l'étudier et l'utiliser, pour saisir le lien entre « politique et transcendance » [13] , mais sans se faire d'illusions sur le présent, donc que ce qui reste à faire de toute urgence est la culture d'une spiritualité forte et peut-être tournée vers un autre continent, celui du « mysticisme et de la politique » que le regretté Tronti a souvent rappelé, également à travers des auteurs contemporains comme le théologien indo-catalan Raimon Panikkar, qu’il avait rencontré par l’intermédiaire de sa fille Antonia qui a une profonde connaissance de Panikkar [14] .

Il le cite par exemple lors d'une conférence tenue à Rome en 2006, dans laquelle il tentait d'expliquer ce qu'était pour lui la « spiritualité » : « La spiritualité a une longue histoire. Cela nous vient de loin. Panikkar parle de ce troisième sens qui est – dit-il – comme une lueur plus ou moins claire de conscience que dans la vie il y a quelque chose de plus que ce qui est perçu par les sens ou prévu par l'esprit. (…) ce n'est pas une extension horizontale, vers ce qu'on ne connaît pas encore ou que l'on n'est pas encore, c'est plutôt un saut vertical vers une autre dimension de la réalité (…) Rester sur terre en montant, et ça n'est pas plier sous quelque chose. Quelle est la condition pour être libre (...) Et pourtant cette conflictualité de la spiritualité - c'est de cela dont je parle. [15] .

Au lieu de continuer à étendre de manière nihiliste la sécularisation des concepts théologiques, Tronti semblait engagé dans la direction opposée, c'est-à-dire dans la rethéologisation des concepts sécularisés du politique, comme l'a souligné à juste titre le philosophe et théologien suédois Mårten Björk [16 ] .

D'autre part, c'est Tronti lui-même qui, en 1992, dans un essai intitulé de manière significative « Au-delà de l'ami-ennemi », écrivait : « Devrions-nous, en tant que philosophie du futur, assumer le projet d'une re-théologisation des concepts sécularisés ? C’est un problème de réflexion sur la politique, mais aussi de pratique de la politique. Peut-être devrions-nous revenir à la distinction entre « nouveaux cieux » et « nouvelles terres ». Il faut se donner le courage de proposer à nouveau le « royaume » utopique d'un autre monde d'hommes et pour les hommes » [17] .

Les temps de Bailamme

En fait, l'un des laboratoires de pensée les plus intéressants que Tronti a contribué à animer entre les années 80 et 90 du siècle dernier, avec des croyants et des non-croyants, était celui de la revue Bailamme qui portait comme sous-titre programmatique non " revue de théologie et politique » mais de « revue de spiritualité et politique » [18] .

Vous apprécierez la différence. Le “et” qui est placé là, au milieu, est important. Il indique une possible conjonction mais aussi un possible conflit, une tension qui n'est jamais complètement résoluble et qui, précisément pour cette raison, est capable de générer une pensée alternative et même d'orienter une vie. et en lui donnant une forme [19] .

Il existe donc deux camps : non opposés, plutôt étroitement liés et pourtant différents. D'une part celle théologico-politique des recherches sur le pouvoir et les formes de conflit qui l'entourent, sans jamais oublier la dimension transcendante qui agite et informe tout, de l'autre celle de la spiritualité comme « armure » de la subjectivité contre le culte du l'ego annoncé par le libéralisme existentiel, comme l'élan de la liberté de l'esprit dans et contre le désert mondain, comme celui de l'espoir contre tout espoir qui déchire jusqu'au plus profond, comme l'utopie concrète d'un autre monde, celui qui « devient possible » (...) seulement lorsque cela devient nécessaire" [20] . C'est tout ce dont parle son dernier grand livre, auquel il tenait beaucoup, De l'esprit libre, dans lequel il revendique le choix d'une spiritualité «non pas pour lui-même, mais contre le monde (…). Être en paix avec soi-même, c'est entrer en guerre contre le monde» [21] .

Et en parlant d'espérances, dans l'un de ses plus beaux textes récemment écrits [22] , Tronti a enfin donné sa définition de la théologie politique, qui, je crois, mérite d'être rappelée et méditée ici : « Dans le Magnificat on lit : renverser les puissants, élever les humbles. Voici le théologique. Comment faire tomber les puissants, comment élever les humbles. Voici le politique. » Encore une fois : l'Esprit inspire et guide, l'homme politique suit et tente d'œuvrer à la réalisation du royaume.

Théologie de la libération

Tronti me disait qu’il nous fallait approfondir nos connaissances sur la théologie de la libération car, écrivait-il, « il y a effectivement des combats là-bas ». Et donc : contemplation – en regardant les pères du désert – et combat – en regardant les barricades évangéliques du Sud du monde.

Son doute, que je partage, était de savoir si un discours comme celui de la théologie de la libération pouvait vraiment être implanté ici, en Occident, où les pauvres, les derniers, en tant que sujets, sont « désormais non seulement méconnus, mais aussi méconnaissables, pour “la Cause” (du communisme), comme on disait autrefois.»

Cette invisibilité de ces derniers, qu'il commença, je crois, à reconnaître grâce à l'intense amitié qu'il entretenait avec le jésuite Pio Parisi, le toucha profondément [23] . Il faut pouvoir « voir au-delà » , justement, et dans son dernier discours public de juin dernier, paraphrasant le Jésus de L’Évangile selon Saint-Jean 9.39, il exprimait ainsi son espérance, qui était aussi une incitation au combat : « celui qui ne voit pas verra , celui qui voit sera aveuglé ». [24] .

Gigi Roggero, qui était l'organisatrice de cette dernière rencontre, écrit que dans cette phrase il y a « un Jésus qui ne tend pas l'autre joue. Un Jésus très benjaminien, qui se bat pour venger le passé. Un Jésus qui divise le monde en deux. Riches et pauvres, pour le christianisme primitif. Travailleurs et capital, pour nous. Ami et ennemi, dans le lexique du réalisme" [25] .

Je crois qu'un aspect chiliastique résonne dans ce commentaire qui est effectivement présent chez un certain Tronti – aspect que, je dois le dire, j'ai moi-même cultivé depuis longtemps – et donc une impatience, donc une tentation, pour laquelle la division finale n'est pas, comme c'est le cas dans l'Évangile et comme le dit effectivement Walter Benjamin [26], entre les mains du Messie, mais il est sécularisé et donc il doit être fait ici et maintenant de nos propres mains, et tant pis, si avec l'ivraie, des blés aussi sont arrachés.

Le mystère d'une vie

Et pourtant Mario Tronti, comme toute vie humaine, est un mystère, et il y avait aussi en lui une autre tension, un corps à corps avec la Parole, à travers laquelle je crois qu'il a ressenti que la révolution dernière, vraie et définitive, la grande division eschatologique , la "rupture totale", comme le disait Bonhoeffer, n'est pas à la portée de nos possibilités et qu'il nous appartient maintenant peut-être d'agiter ce "feu dans l'esprit", qui nous a toujours conduit au combat, pour le faire brûler dans le cœur, tandis que nous tournons notre regard vers le haut, nous efforçant, certainement, de hâter l'avènement du royaume ; mais c'est une précipitation qui ne correspond pas à notre imposition au monde, à une décharge de volonté de puissance, mais plutôt à la force et à l'intensité de notre désir.

Dans cet article que nous avons écrit ensemble, à la phrase "un royaume, il nous a été annoncé, qui est déjà parmi nous", c'est sa main qui a ajouté "si nous le voulons". C'est quelque chose qui a à voir avec une conversion du cœur et un désir de communion dans l'esprit, d'où découle une politique .

C'est du moins ainsi que je comprends les paroles qu'il m'a écrites il y a deux ans : « Si je comprends bien, le sens du voyage est configuré dans le sens du retour pour combiner, dans et contre toutes les répliques de l'histoire, de la liberté et du communisme. Liberté de l'esprit pour résister au monde, communisme des esprits pour monter au royaume." Le choix du verbe est intéressant : « monter ». Mais c’est juste, parce que Son royaume n’est pas de « ce monde » et que la direction de la liberté est vers le haut.

Il y aurait encore tant de choses à dire et le moment viendra, mais maintenant, cher Mario, pendant que nous autres continuons à regarder les choses « per speculum in aenigmate » (Ndt : de manière confuse, inversée, comme dans un miroir) et nous préparons à mordre encore la poussière, peut-être que désormais vous voyez, savez et aimez déjà « facie ad faciem » dans la communion des esprits. Ainsi soit-il.

Marcello Tarì

Notes

[1] « L'époque des patriarches » dans Mario Tronti, On ne peut pas l'accepter , édité par Pasquale Serra, Ediesse, Rome 2009, pp. 133-141.

[2] Récemment réédité par la maison d'édition DeriveApprodi.

[3] M. Tronti, La politique au coucher du soleil , Einaudi, Turin 1998, pp.58-59.

[4] M. Tronti, Politique et destin , Luca Sossella, Rome 2006, p.19.

[5] M. Tronti, Sur l'autonomie de l'homme politique, Feltrinelli, Milan 1977.

[6] M. Tronti, La politique au coucher du soleil , cit., p.10

[7] Horst Mahler, Pour la critique du terrorisme . Avec une comparaison entre G. Amato, A. Bolaffi, S. Rodotà, M. Tronti, De Donato, Bari 1980, p.116.

[8] David Maria Turoldo, La prophétie de la pauvreté , Servitium, Milan 2012, pp. 31-32.

[9] Le texte a été publié sur deux sites qui ne sont plus en ligne, dellospiritolibero.it et quieora.ink, et a eu un vaste retentissement international.

[10] « Essai sous forme d'entretien avec Mario Tronti » dans La révolution en exil. Écrits sur Mario Tronti , édités par Andrea Cerutti et Giulia Dettori, Quodlibet, Macerata 2021, p.349. Ce livre a été publié à l'occasion du 90ème anniversaire de Tronti.

[11] Marcello Tarì, Vient d'abord l'esprit ,https://www.altraparolarivista.it/2022/01/22/prima-viene-lo-spirito-marcello-tari/ .

[12] M. Tronti, « Nostro Maestro Eckhart, da Agostino » dans M. Tronti, Cenni di Castella , Cadmo, Fiesole 2001. « Il y avait une théologie politique. Il n'y a pas de théologie politique. En parcourant et en utilisant consciemment les catégories du politique comme concepts théologiques sécularisés, beaucoup de choses ont été apprises. Mais c'est aussi une saison passée. C'est révolu depuis longtemps", pp.161-162.

[13] « Pourquoi la théologie politique » dans M. Tronti, De l'extrême possible , édité par Pasquale Serra, Ediesse, Rome 2011, pp.83-87, p.86.

[14] Il est utile de signaler ici la conférence que Tronti a tenue à l'église de San Gregorio al Celio, le 9 mai 2021, à l'occasion des « Dialogues monastiques » organisés par Antonia Tronti et Don Mario Zanotti et qui, cette année-là, concernaient l'œuvre de Raimon. livre Panikkar, Simplicité bénie. Le défi de se découvrir moine , Cittadella, Assise 2007. La conférence, intitulée "Le moine entre histoire et contre-histoire", peut être écoutée à cette adressehttps://www.monasterosangrerio.it/it/registrazioni .

[15] « L'esprit qui bouleverse le monde » (16 novembre 206) dans M. Tronti, Le démon de la politique. Anthologie d'écrits (1958-2013) , édité par M. Cavalleri, M. Filippini et JMH Mascat, il Mulino, Bologne 2017, p.618 et p.619. Ce texte a été recueilli par Tronti, sous un titre différent, dans son Sur l'esprit libre. Fragments de vie et de pensée, Il Saggiatore, Milan 2015.

[16] Mårten Björk, « La rethéologisation du politique. Mario Tronti et la lutte contre l'histoire » dans La révolution en exil , cit., pp.231-248.

[17] M. Tronti, Le dos tourné vers l'avenir. Pour un autre dictionnaire politique, Editori Riuniti, Rome 1992, p.26.

[18] Plusieurs de ses articles publiés dans Bailamme ont ensuite été réédités dans Avec son dos vers le futur.

[19] Il m'écrit à ce propos «Nous insistons sur ce 'et' entre politique et spiritualité».

[20] M. Tronti, De l'esprit libre , cit., p.219.

[21] Idem, p. 226-227.

[22] M. Tronti, Espoirs désespérés

[23] Tronti a parlé à plusieurs reprises de Pio Parisi en relation avec les "invisibles", par exemple dans l'Introduction au volume, édité par le Centro Studi per la Riforma dello Stato, La théologie de saint Paul peut-elle intéresser l'homme politique ? , Franco Angeli, Milan 2021. Di Parisi et un autre jésuite, Pino Stancari, racontent ici le P. 19: «Je les appelle les existants invisibles (…) les gens qu'on ne voit pas sont les seuls avec qui cela vaut la peine d'avoir une relation d'échange humain, car tous ceux qu'on voit sont perdus». À propos des «invisibles», Tronti a également déclaré: «Ce sont des personnalités en conflit avec le monde et que le monde fait payer en ne les connaissant pas ou en ne les reconnaissant pas. Les dictatures les frappent durement. Les démocraties les ignorent subtilement», dans M. Tronti, Non si puòccetto, cit., p.36. Personnellement, j'ai pris conscience de l'expérience de Pio Parisi et de Pino Stancari à travers une autre «invisible», Maria Luisa Matera.

[24] C'est le dialogue entre Tronti et le philosophe Adelino Zanini qui a eu lieu à l'occasion du Festival DeriveApprodi en juin dernier. La vidéo de la réunion, que je vous recommande vivement de regarder, est disponible ici :https://www.machina-deriveapprodi.com/post/la-politica-al-tramonto-dialogo-tra-adelino-zanini-e-mario-tronti .

[25] Gigi Roggero, En guerre contre le monde. Pour Mario Tronti, https://www.machina-deriveapprodi.com/post/in-guerra-col-mondo-per-mario-tronti .

[26] «Seul le Messie lui-même réalise tout événement historique et précisément dans le sens où lui seul rachète, complète et produit le rapport entre celui-ci et le messianique lui-même». C'est la première et brutale phrase du « Fragment théologico-politique » de Walter Benjamin, Le concept de critique dans le romantisme allemand. Écrits 1919-1922 , Einaudi, Turin 1982, p.171.

Auteur : Marcello Tarì est auteur et traducteur. Il s'est occupé des mouvements antagonistes italiens et de la théorie politique. Ses volumes sont : Ice Era Thin , DeriveApprodi 2012 et Non Existence the Unhappy Revolution , DeriveApprodi 2017. Ces dernières années, ses recherches portent sur la spiritualité et la politique avec un radicalisme évangélique. Avec son ami et professeur Mario Tronti, il a animé la rubrique Xeniteia de 2020 à 2022 . Contemplation et combat .


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01.08.2023 à 08:34

L'auto-affirmation cool des portraits textiles de Gio Swaby

L'Autre Quotidien

Des portraits de femmes noires émergent des contours minimaux tracés au fil noir dans les nouvelles pièces textiles en grand formats de l'artiste torontoise Gio Swaby. Des tissus vifs, avec un accent sur les fleurs, dominent son nouveau corpus d'œuvres intitulé I Will Blossom Anyway, qui met l'accent sur la luminosité, la joie et l'amour de soi.
Texte intégral (2155 mots)

Des portraits de femmes noires émergent des contours minimaux tracés au fil noir dans les nouvelles pièces textiles en grand formats de l'artiste torontoise Gio Swaby. Des tissus vifs, avec un accent sur les fleurs, dominent son nouveau corpus d'œuvres intitulé I Will Blossom Anyway, qui met l'accent sur la luminosité, la joie et l'amour de soi.

“Self-Portrait 6” (2023), cotton fabric and thread sewn on muslin, 28 x 38 inches

“Where I Know You From 7” (2023), cotton fabric and thread sewn on muslin, 52 x 62 inches

L'intérêt de Gio Swaby pour les textiles est lié à son enfance entourée des matériaux que sa mère utilisait souvent dans son travail de couturière. Elle est née et a grandi aux Bahamas avant de s'installer au Canada, où elle a passé la majeure partie de sa vie d'adulte, et elle s'inspire de sentiments contradictoires concernant le sentiment d'appartenance et la navigation dans ce qu'elle décrit poétiquement comme ses "nombreux moi". Elle déclare : "J'ai beaucoup réfléchi à mon propre parcours et j'ai commencé à reconnaître combien de parties de moi-même existent dans les espaces intermédiaires".

“Where I Know You From 4” (2023) cotton fabric and thread sewn on muslin, 80 x 50 inches

“Where I Know You From 6” (2023), cotton fabric and thread sewn on muslin, 40 x 78 inches

Dans ses autoportraits presque grandeur nature, l'artiste regarde directement le spectateur, mais semble toujours détendue, embrassant des moments de repos tranquilles. Des fils lâches abandonnent parfois leurs contours, se balançant ou errant sur la toile comme s'ils avaient un esprit propre, soulignant le processus jamais achevé de la croissance, de l'évolution et de la compréhension de soi.

Pour en savoir plus, consultez le site web de l'artiste et son Instagram.

Jean-Pierre Simard
L'auto-affirmation cool des portraits textiles de Gio Swaby

Where I Know You From 5” (2023), cotton fabric and thread sewn on muslin, 50 x 96 inches

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