20.09.2026 à 18:33
L'Autre Quotidien

La scène - 不体失創造
Futaishitsu Souzou est un double album de 11 titres, dont les derniers remixes de « Tainomiya » et « Tada Hitotsu no Shiorenai Yume (Le seul et unique rêve qui ne s’estompe jamais) » — des morceaux initialement proposés en téléchargement gratuit comme cadeaux de fin d’année en 2021 et 2022 respectivement. L’album a été entièrement autoproduit par la scène 裸身. Eiji s’est chargé des arrangements, de l’enregistrement, du mixage et du mastering. Avec Hiroshi Kurosawa: guitare électrique sur “Reiyou”, “Hido no Neiki”, “Futaishitsu Souzou”. Field recording sur “Tada Hitotsu no, Shiorenai Yume" et
Yotaro Matsuda: conque sur “Tamaja”
La scène 裸身 s’intéresse depuis longtemps à l’art réduit à sa forme la plus simple et plus élémentaire, à l’image de son nom qui fait référence au mot japonais « rashin », signifiant « corps nu ». Souvent, on perçoit cette transcendance dans le jeu de guitare planant et flamboyant qui fend ces morceaux en deux, œuvre du guitariste invité Hiroshi Kurosawa (d’Asylum). Par moments, la musique rappelle le rock psychédélique planant du Paisley Underground ; à d’autres, elle explose avec une intensité vibrante, grouillant de bruit et de larsens, qui s’inscrit dans la lignée d’exemples tout aussi délirants issus de la scène underground japonaise; on se souvient des Rallyzes Denudes . Et pourtant, « la scène 裸身 » est une entité à part entière, une vibration unique et singulière, une manifestation onirique d’un art visionnaire hermétique qui, prenant ses démons à bras le corps, les déshabille voile par voile, autant pour en afficher les couleurs autrement cachées, que pour les exorciser . Carton plein !
Pour tous ceux/elles qui croient encore que le psychédélisme parle seulement anglais, on conseille de relire Julian Cope et son Japrocksampler chez Le mot et le Reste. Et cela donne quelque peu envie de retourner voir des concerts, les leurs en particulier. Et plus vite que ça !
Jean-Pierre Simard, le 21/09/2026
la scène - 不体失創造 (Futaishitsu Souzou) - Inner Pleasure / An’archives
20.09.2026 à 17:50
L'Autre Quotidien

co Gustav Willeit
Nichées dans la pente abrupte d’un vignoble surplombant la vallée de l’Eisacktal, ces deux structures monolithiques apparaissent comme des installations sculpturales au sein d’un paysage culturel façonné par la viticulture et les forêts — telles des roches artificielles positionnées avec précision, se dressant de manière imposante et sobre au cœur de la nature. Ces deux tours forment un ensemble en forme de cour, conçu comme un havre de paix pour ceux qui recherchent le calme et la tranquillité. Leur conception obéit à une philosophie architecturale claire : un plan au sol compact, une sensation d’espace généreuse.
À l’extérieur, les tours présentent une apparence austère et monolithique grâce à leur enveloppe minérale en béton brut apparent ; des accents subtils sont apportés par des éléments de protection solaire horizontaux en porte-à-faux ainsi que par des baies vitrées et des portes en aluminium brut s’étendant du sol au plafond. À l’intérieur, en revanche, elles dévoilent une atmosphère étonnamment chaleureuse, définie par un jeu précis entre la lumière, les matériaux et les vues. L’organisation verticale sur trois niveaux, sur une emprise au sol compacte, répond à toutes les exigences de la vie contemporaine, tandis que l’intérieur est habillé de bois, créant une ambiance chaleureuse et douillette. La pierre typique de la région, utilisée pour la toiture, renforce encore le lien entre ce bâtiment moderne et les traditions architecturales locales.
L’organisation verticale sur trois niveaux, sur une emprise au sol compacte, répond à toutes les exigences d’un mode de vie contemporain. Au rez-de-chaussée, l’espace de vie et de cuisine, minimaliste et de grande qualité, se fond harmonieusement avec la terrasse privée et la verdure environnante. Un escalier sculptural, en suspension, longe le mur du fond pour mener aux étages supérieurs. Parmi les touches artisanales, on note une cuisine simple et compacte, conçue comme un bloc de laiton destiné à accueillir deux à quatre personnes, des robinetteries en cuivre et un coin salon sobre, aux tons gris. Le premier étage est conçu comme un espace bien-être exclusif : une baignoire îlot fait de la salle de bains une expérience intime, tandis que de vastes baies vitrées ouvrent la vue sur le paysage. Tout en haut, sous le toit en pente raide, se trouve l’espace nuit, qui séduit par ses baies vitrées du sol au plafond et ses vues ciblées : tandis qu’une tour dirige le regard vers les profondeurs de la vallée de l’Eisacktal, l’autre s’ouvre directement sur l’impressionnant massif du Schlern.
C’est notamment par contraste avec le paysage alpin qu’émerge un équilibre captivant entre brut et géométrie, lourdeur et légèreté, nature et forme bâtie. La piscine intégrée au paysage ouvre la vue sur la vallée de l’Eisacktal, tel un élément aquatique serein sur le versant, alliant la baignade moderne à l’histoire architecturale et culturelle du lieu. Val Mira est bien plus qu’un hébergement exclusif : c’est une déclaration architecturale qui met l’accent sur une gestion respectueuse des ressources et de l’environnement. Le projet invite les hôtes à découvrir le rythme de la nature, les changements climatiques et la course du soleil au sein d’une succession verticale alliant sécurité et espace — un lieu qui tire sa force de la sobriété et place le silence de l’environnement alpin au centre de l’expérience.
Détails du projet :
Architecte : Andreas Grubuen Architekt
Commanditaire : Lang Stefan
Etat du projet : projet réalisé
Reportage photo : Gustav Willeit
20.09.2026 à 15:44
L'Autre Quotidien

Rita, lui, Fred Chichin, a la tête du malin qui vend des montres. Casquette, jeans et grande pelure façon Prince sur le dos, charmant. Mitsouko, elle, Catherine Ringer, loge comme elle peut dans une petite bouille d'ours des yeux de pie, vifs, et une bouche qui doute énormément. C'est une dure en collant rayé pyjama. Elle a la main posée sur le genou de son copain.
Elle : «Maintenant, si on ne nous laisse pas faire du direct, on passe pas à la télé ! On en a marre d'être là comme des crétins à s'agiter en faisant des ronds avec la bouche : soit on passe notre clip, soit on nous laisse jouer, on s'en fout si le son n'est pas bon ! La télé, c'est marrant : avant, on m'engueulait parce que je venais sapée comme un pot de fleurs. Maintenant on m'engueule si je me pointe en jeans : "Mais t'es folle, ma pauvre fille, regarde-toi, t'as l'air de rien, va vite te passer un coup de peinture sur la tête."»
C'est comme la dent. La fameuse dent tombée qui a fait de Catherine la plus délattée des chanteuses au monde. Elle a fait boucher le trou, ça y est, avec de la pure porcelaine. Encore un peu et ça devenait un gimmick. Eh bien, c'est fini, ça et d'autres choses. Imaginez le chanteur des Pogues avec le sourire speakerine ! Son édentition doit être assurée, peu importent les pépettes gagnées. L'album noir et blanc des Rita Mitsouko s'appelle The No Comprendo pour cette histoire de dent inattendue, entre autres.
Vedettes paradoxales d'entrée, avec un clip payé par la RATP (coco) et un disco cancéreux, Catherine Ringer et Fred Chichin remettent ça, zinzins, avec The No Comprendo. Album pas facile. Peu importe, au fond, si, pour enfoncer ce clou de la singularité, ils se sont, aux yeux des prudents, balancé un peu trop de coups de marteau sur les doigts. Dans ce pays, on ne saurait être trop imprudent, puisqu'à force de calculs on n'a jamais rien eu. Les Rita Mitsouko sont des gens exceptionnellement libres de leurs mouvements dans l'Hexagone riquiqui des Stéphanie Mas et des Indo. Cette liberté, ils l'ont achetée en se déclarant neutres, par quelque arrogante timidité, dans la guerre franco-française de la chanson française et du rock. Ils sont ce qu'on veut.
Elle : «On est dans la variété, par réalisme. Groupe de rock, c'est un créneau. Il n'y a pas de place pour tout le monde. Un groupe de rock : Téléphone ; un groupe pop, Indochine ; et un groupe de hard, Trust. Enfin, y a des places à prendre, maintenant...»
Christian Perrot pour Libération, le 20/11/1986
Rita Mitsouko - The No Comprendo - Virgin