02.11.2026 à 11:15
L'Autre Quotidien

L’exposition réunit un ensemble d’une vingtaine de peintures, réalisées entre 2024 et 2026, et rend compte de l’évolution récente de son œuvre. À l’exception de My Dying Father, les tableaux exposés trouvent leur origine dans l’imagination de l’artiste. Le choix du titre nous informe aussi qu’il ne s’agit pas simplement d’un théâtre inventé, mais d’un espace mental, un lieu de projection d’images, constituées de souvenirs, de rêves ou de fictions.
Sur cette scène, où coexistent l’abstraction et la figuration, chaque peinture affirme sa propre autonomie. Ensemble, elles semblent pourtant dialoguer à travers leurs gestes, endossant des rôles changeants sans narration préétablie. Cette ambiguïté se trouve renforcée par des visages qui se transforment, se démultiplient et glissent parfois les uns dans les autres. Les mains — figures récurrentes dans son travail — instaurent quant à elles un rapport tactile aux corps et renforcent le sentiment d’intimité qui traverse son œuvre.
Dans la dernière salle, la série Le Baiser prolonge cette réflexion sur la proximité, en évoquant la tendresse et la complicité. L’artiste y emploie la feuille d’or et confère ainsi à ses compositions une dimension iconique.
Egon Klimt, le 2/11/2026
Magnus Plessen - Théâtre imaginaire -> 14/11/2026
Galerie Lelong, Matignon 38, avenue Matignon. 75008 Paris
Magnus Plessen, Your Face in my Hands, 2025 — Huile et fusain sur toile — 50 x 60 cm Courtesy of the artist & Galerie Lelong, Paris
Magnus Plessen, The Third, 2026 Feuille d’or, pastel à huile, acrylique et fusain sur bois — 50 × 60 cm Courtesy of the artist & Galerie Lelong, Paris
02.11.2026 à 10:40
L'Autre Quotidien

La première phrase du chapitre 2 n'y va d'ailleurs pas par quatre chemins:
"Enfant, comme tout le monde Lolita B. est violée par un oncle super sympa."
Impossible de résister à citer la suite:
"Ou par un père, grand-père, arrière-grand-père, frère, curé, cantonnier, policier, épiciers, pompier, ouvrier, fermier, boulanger, abbé, éducateur, moniteur, éditeur, marketeur, instituteur, professeur, acteur, chanteur […]."
La liste est longue, puis se nuance, mais la violence, elle, reste sans nuance, le poignant crée la plaie, et la plaie ne guérit jamais, on le sait. Le roman suit le parcours en dents de scie (ou plutôt tracé à coups de lame de rasoir) de l'enfant évidé, incapable de mettre des mots sur ce qui lui est arrivé, contrainte de s'imaginer complice, coupable, à jamais détruite par cette aberration plus courante que la monnaie.
Lolita B., puisqu'ainsi elle s'est elle-même nommée une fois sa vie lancée sur d'interminables déraillements, va connaître une gloire éphémère à la faveur d'une reality-show, mais ce moment de mise lumière (ou plutôt de mise en boîte sous des soleils artificiels) la brûlera plus qu'elle ne l'éclairera. J'arrête là cette vague tentative de description de l'intrigue, car ce qui captive à la lecture de De guerre ou d'ailleurs, c'est la folle et fascinante liberté avec laquelle l'auteure module son écriture, laisse se fêler ou se diffracter, ses chapitres, frotte différents registres de langue pour qu'en jaillissent d'étonnantes étincelles. La voix intérieure s'empare du récit par éclairs, chahutant tout – ainsi de la mort pressentie, souhaitée:
"On se coule juste d'un petit mouvement de rien du tout dans une couche douillette, moelleuse, et molle, molle, si molle, si merveilleusement molle, et c'en sera fini de n'être jamais assez gentille, d'être toujours coupable de quelque chose sans jamais savoir de quoi, des toujours ou jamais, c'en sera fini de l'écrabouillement et du harassement, de ce que ça coûte pour un pas après l'autre et subsister et le sourire, ah le sourire, et le corps et le visage avenant, tout ce travail et ces sacrifices réalisés pour ça, pour des résidus, des miettes d'amour données puis retirées sans crier gare, toujours alors elle pourra s'alanguir, se reposer enfin."
En moins de deux cents pages, Séverine Chevalier tisse des vies devenues, par la force des choses (ces choses que sont les hommes), bribes de vies, vies empêchées, vies vécues dans le ressassement interminable de l'empêchement. Comme la Lolita de Nabokov, celle de Chevalier n'est pas la "petite pute" cruellement mythologisée par le patriarcat. On la suit qui survit, à l'ombre de plomb d'une scène survenue un jour qui ne laisse plus passer la vraie lumière. Il est question aussi d'enfance, d'enfance abandonnée, d'impossible vengeance, et d'une cage qui n'abrite plus aucun ours mais où il ferait bon, peut-être, demeurer à jamais enfermée. Comme une bête sans maître. Il est question aussi d'alcool, d'un cubi pareil à un tonneau des Danaïdes, du lent ouvrage de l'auto-destruction. Il est question, enfin, de Horace McCoy (vous comprendrez alors le titre que j'ai donné à cette critique).
De guerre ou d'ailleurs, comme Nous aussi d'Anne Godard, dont j'ai parlé récemment, et comme aussi Pute vierge de Dominique Sigaud (qui paraîtra le mois prochain), est un livre qui parle du silence forcé, de cette pierre de silence que, faute de pouvoir lancer à la gueule du monde, on porte au fond de soi comme un infatigable cancer.
Claro, le 2/11/2026
Séverine Chevalier, De guerre ou d'ailleurs, éd La Manufacture de livres, 18,90€
26.10.2026 à 11:59
L'Autre Quotidien

photo de Michael Schwan, The Beauty of Decay
Psychedelic Furs / Wrong Train
Sur mon chapeau de jonc
plop !
c’était un camélia.
Taneda Santoka
Main et main, une maison d'homme est construite ;
Estomac et estomac, une maison d'homme est détruite.
Proverbe sumérien
Il y a deux sortes de révolutions : les révolutions en arrière et les révolutions en avant. Révolutions pour révolutions, il vaut mieux servir celles de l'avenir ; car si l'avenir a des illusions, sans doute comme toute chose humaine, le passé n'a que des ruines.
Alphonse de Lamartine, Les pensées diverses (1869)