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28.06.2026 à 11:41

Aurillac, cas d’école de l’étouffement des libertés associatives.

Flo Flo

À Aurillac, la tentative d’annulation d’un concert de solidarité avec Gaza dit beaucoup plus qu’un simple conflit local autour d’une salle municipale. Elle révèle la manière dont les libertés associatives sont aujourd’hui fragilisées par la pression administrative, financière et politique. Même invalidée par le tribunal, cette censure à bas bruit reste un signal d’alerte démocratique. De la peur organisée à la liberté surveillée Le pouvoir macroniste nous a progressivement habitués à la perte de nos droits fondamentaux. Avec à chaque fois, la même tactique : effrayer la population par un langage de peur contre un « ennemi de l’intérieur » (terrorisme islamiste, djihadisme, salafisme, frérisme, islam politique, entrisme, séparatisme, barbus, voilés… bref « les musulmans »), transformer la peur en haine pour faire accepter un arsenal juridique qui détricote nos droits fondamentaux. À chaque fois, la même rengaine fallacieuse : « tu préfères ta liberté ou ta sécurité » ? Parmi ces libertés, il y en a une essentielle, qui maille nos vies sociales, politiques et culturelles, c’est la liberté d’association. Une liberté reconnue par la loi 1901, et considérée comme un principe fondamental dans la Constitution française depuis 1971. Comme pour toutes les autres libertés d’expression, cette liberté a fait l’objet d’attaques massives depuis une décennie. Le mandat de François Hollande avait déjà instauré l’Etat d’urgence, le renforcement du pouvoir policier et administratif et la normalisation de mesures exceptionnelles attentatoires aux libertés associatives[i]. On se souvient alors des premières victimes de l’état d’urgence socialiste, et de ses mesures liberticides supposées nous protéger toutes et tous contre le terrorisme…
Texte intégral (2066 mots)

À Aurillac, la tentative d’annulation d’un concert de solidarité avec Gaza dit beaucoup plus qu’un simple conflit local autour d’une salle municipale. Elle révèle la manière dont les libertés associatives sont aujourd’hui fragilisées par la pression administrative, financière et politique. Même invalidée par le tribunal, cette censure à bas bruit reste un signal d’alerte démocratique.

De la peur organisée à la liberté surveillée

Le pouvoir macroniste nous a progressivement habitués à la perte de nos droits fondamentaux.

Avec à chaque fois, la même tactique : effrayer la population par un langage de peur contre un « ennemi de l’intérieur » (terrorisme islamiste, djihadisme, salafisme, frérisme, islam politique, entrisme, séparatisme, barbus, voilés… bref « les musulmans »), transformer la peur en haine pour faire accepter un arsenal juridique qui détricote nos droits fondamentaux. À chaque fois, la même rengaine fallacieuse : « tu préfères ta liberté ou ta sécurité » ?

Parmi ces libertés, il y en a une essentielle, qui maille nos vies sociales, politiques et culturelles, c’est la liberté d’association. Une liberté reconnue par la loi 1901, et considérée comme un principe fondamental dans la Constitution française depuis 1971.

Comme pour toutes les autres libertés d’expression, cette liberté a fait l’objet d’attaques massives depuis une décennie.

Le mandat de François Hollande avait déjà instauré l’Etat d’urgence, le renforcement du pouvoir policier et administratif et la normalisation de mesures exceptionnelles attentatoires aux libertés associatives[i].

On se souvient alors des premières victimes de l’état d’urgence socialiste, et de ses mesures liberticides supposées nous protéger toutes et tous contre le terrorisme islamisme : 24 militants écologistes assignés à résidence avant la COP21, après perquisitions administratives à leurs domiciles[ii].

Ce que Hollande a initié, Macron l’a poursuivi en grand avec la loi séparatisme, qui a instauré une suspicion généralisée envers l’ensemble des associations. Concrètement, depuis cette loi, toute association financée par l’État ou une collectivité doit signer un « Contrat d’Engagement Républicain », qui l’engage – selon la formule consacrée – à respecter les « principes républicains ».

Et comme ces fameux principes républicains n’ont aucune définition juridique, leur respect par les associations est laissé à l’appréciation de l’administration.

Dit autrement, on a transformé une liberté constitutionnelle en autorisation accordée par une administration devenue police politique. Accordée… si la cause lui plaît. Et si tu demandes gentiment. Comme pour le droit de manifester.

Évidemment, cette nouvelle police politique peut compter sur la collaboration attentive de tous les élus réactionnaires du pays. Critiquer des politiques publiques ? Interdit. Interpeller des élus ou des administrations ? Sanctionné. La désobéissance civile ? Entravée. Recourir aux tribunaux contre l’État ou une collectivité ? Réprimé. Militer pour les droits des musulmans ? Pas républicain. Dénoncer le génocide des palestiniens ? Illégal.

Faire taire celles et ceux qui documentent la répression

Dans un premier rapport en 2020, l’Observatoire des libertés associatives exposait 100 cas de restrictions des libertés associatives[iii]. Dans un second rapport, « « Une nouvelle chasse aux sorcières » contre les associations — Enquête sur la répression des associations dans le cadre de la lutte contre l’islamisme »[iv] il documente une vingtaine de cas d’entrave politique et financière contre des associations auxquelles participent des personnes musulmanes.

Évidemment, il y en a bien plus sous les radars. Mais si même des mastodontes comme la Ligue de l’enseignement ou la Ligue des Droits de l’Homme sont réprimées alors qu’elles ont pignon sur rue, imagine le quotidien des collectifs qui agissent en proximité avec et pour la communauté musulmane…

Alors, pour que la répression devienne incontestable, il faut d’abord mettre à l’arrêt — voire aux arrêts — les empêcheurs de réprimer en rond.

Et c’est sans doute là l’un des effets les plus impressionnants, et les plus efficaces, de la politique fascisante de la Macronie : cibler en priorité celles et ceux qui alertent, documentent et défendent les droits des personnes attaquées. Faire taire les contre-pouvoirs, faire taire les défenseurs des personnes concernées, faire taire les antifascistes… pour installer durablement un système autoritaire.

Voilà pourquoi les moyens de répression du pouvoir se concentrent sur les collectifs et associations qui luttent contre l’islamophobie — Collectif contre l’islamophobie en France, Coordination contre le racisme et l’islamophobie… — contre le fascisme — Groupe antifasciste Lyon et environs, La Jeune Garde — et contre le génocide des Palestiniens — Comité Action Palestine, Collectif Palestine Vaincra, Urgence Palestine, Association France Palestine Solidarité.

Évidemment, les menaces et leurs effets ne se limitent pas là : ils touchent désormais l’ensemble de la société civile organisée.

Une recherche menée par un collectif autour de Julien Talpin a présenté les effets du Contrat Engagement Républicain, et ça fait froid dans le dos : après seulement trois ans de mise en œuvre de la mesure, 41% des associations citoyennes déclarent des formes d’auto-censure, et renonce ou réoriente une action pour anticiper une sanction. Pour l’ensemble des associations (et il y en a 1,5 million en France), c’est 27% qui s’autocensure[v].

La répression n’a pas seulement sanctionné des associations : elle a installé une menace diffuse, qui pousse une partie du monde associatif à renoncer lui-même à interpeller le pouvoir. Avec un discours très clair : stoppez votre critique et rentrez dans le rang si vous voulez continuer à être financés — et si vous ne voulez pas être dissous.

Cette logique produit désormais ses effets à l’échelle locale. Dans les collectivités, le soutien aux associations de défense des droits est de plus en plus conditionné à leur discrétion politique. Une question revient dans les conseils municipaux, départementaux ou régionaux : « Est-ce bien normal de soutenir une association qui fait de la politique ? »

Quand on sait que 30% des financements associatifs viennent des collectivités et qu’une association sur deux bénéficie d’une mise à disposition gratuite ou quasi-gratuite de locaux, cette question a un effet direct pour la démocratie : imposer par la pression financière une dépolitisation du monde associatif.

Aurillac, ou la censure locale à bas bruit

Tous ces ingrédients répressifs se retrouvent dans la tentative de la Mairie LR d’Aurillac d’empêcher l’organisation d’un concert de solidarité avec le peuple palestinien organisé par les collectifs Cantal Palestine Solidarité et Blouses Blanches pour Gaza 15, comme l’ont dénoncé les organisateurs dans leur communiqué de presse. La tentative a finalement échoué : saisis en urgence, les juges du tribunal administratif de Clermont-Ferrand ont donné gain de cause aux organisateurs[vi]. Mais cette victoire juridique ne retire rien au fond de l’affaire. Elle montre au contraire qu’il a fallu passer par le tribunal pour faire respecter une liberté qui n’aurait jamais dû être entravée.

La méthode se veut subtile : annuler deux jours avant l’événement la mise à disposition de la salle. Bien plus efficace que de refuser la mise à disposition dès le départ, l’annulation en dernière minute visait à empêcher les organisateurs de se replier vers un second lieu.

Le motif invoqué, « neutralité institutionnelle », est une injonction à la dépolitisation des associations, dont les mairies de droite et d’extrême-droite rêveraient qu’elles se transforment toutes en clubs de bridge, en ateliers de karaoké, ou en organes de promotion du terroir, si possible avec beaucoup de cochonaille dedans.

Évidemment, cette dépolitisation n’est qu’un trompe-l’œil, et cette répression par le bas cible bien une lutte en particulier : le soutien au peuple palestinien et la dénonciation du génocide perpétré par l’État et la société israéliens.

Cet événement n’est pas isolé. Et il n’est pas anodin, parce que beaucoup moins visible qu’une décision de préfecture ou de conseil des ministres prise à grand renfort de médiatisation.

Ici, ce qui a tenté de se jouer, c’est la censure à bas bruit de la démocratie associative et des mouvements de solidarité qui s’expriment localement. Que cette censure ait été stoppée par le tribunal est une bonne nouvelle. Mais cela ne change rien au mécanisme : une décision municipale peut produire un effet d’intimidation immédiat, désorganiser un événement, épuiser les collectifs, et déplacer sur eux la charge de défendre en urgence leurs libertés.

C’est la raison pour laquelle nous devons relayer massivement chacune de ces actions de répression politique. Faisons circuler le communiqué de presse. Et faisons aussi circuler les victoires obtenues contre ces interdictions : elles rappellent que ces entraves ne sont ni normales, ni incontestables, ni inéluctables.

Soyons solidaires de la résistance des collectifs et associations au génocide des Palestiniens, qui est, aussi, une conséquence de la fascisation de la société française !


[i] https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/12/france-renewal-of-state-of-emergency-risks-normalizing-exceptional-measures/

[ii] https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/27/les-militants-de-la-cop21-cible-de-l-etat-d-urgence_4818885_3224.html

[iii] https://alinsky.fr/wp-content/uploads/2021/12/Rapport-Observatoire_Web.pdf

[iv] https://alinsky.fr/wp-content/uploads/2022/02/Rapport_Chasse-aux-Sorcières_2022_VF.pdf

[v] https://www.associations-citoyennes.net/wp-cac/wp-content/uploads/2025/07/2025Juin-Enquetequantitativelibertesassociatives.pdf

[vi] https://actu.fr/auvergne-rhone-alpes/aurillac_15014/soiree-pour-gaza-prive-de-salle-par-le-maire-ce-collectif-obtient-gain-de-cause-devant-la-justice_64466941.html#google_vignette

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22.06.2026 à 10:35

Le prix du macronisme

Kurteas

Le macronisme promettait le plein emploi, la prospérité et la modernisation du pays. Près de dix ans après les premières réformes d’Emmanuel Macron, le chômage demeure élevé, la pauvreté progresse et les inégalités se creusent. Dans le même temps, les milliardaires français n’ont jamais été aussi riches et les mouvements sociaux ont fait face à une répression d’une ampleur inédite depuis des décennies. Retour sur un bilan bien éloigné des promesses initiales. Longtemps présenté comme le cœur du projet porté par Emmanuel Macron, le redressement économique de la France devait passer par une série de réformes destinées à relancer l’emploi, réduire durablement le chômage et renforcer l’attractivité du pays. Flexibilisation du marché du travail, réforme de l’assurance chômage, baisse de la fiscalité sur le capital, suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières, réforme des retraites : pendant près d’une décennie, ces mesures ont été justifiées par une même promesse. Celle d’une économie plus dynamique dont les bénéfices finiraient par profiter à l’ensemble de la société. Près de dix ans après l’arrivée à Bercy de l’ancien ministre de l’Économie, quel bilan peut-on tirer de cette politique ? Le plein emploi promis n’est jamais arrivé Selon les données de la DARES, la France comptait au premier trimestre 2026 environ 6,64 millions de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, catégories A à E confondues. Vingt ans plus tôt, en 2006, ce chiffre s’élevait à 4,32 millions. Cette comparaison brute mérite d’être nuancée par l’évolution démographique. La population française est passée de 62,9 millions…
Texte intégral (1898 mots)

Le macronisme promettait le plein emploi, la prospérité et la modernisation du pays. Près de dix ans après les premières réformes d’Emmanuel Macron, le chômage demeure élevé, la pauvreté progresse et les inégalités se creusent. Dans le même temps, les milliardaires français n’ont jamais été aussi riches et les mouvements sociaux ont fait face à une répression d’une ampleur inédite depuis des décennies. Retour sur un bilan bien éloigné des promesses initiales.

Longtemps présenté comme le cœur du projet porté par Emmanuel Macron, le redressement économique de la France devait passer par une série de réformes destinées à relancer l’emploi, réduire durablement le chômage et renforcer l’attractivité du pays. Flexibilisation du marché du travail, réforme de l’assurance chômage, baisse de la fiscalité sur le capital, suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières, réforme des retraites : pendant près d’une décennie, ces mesures ont été justifiées par une même promesse. Celle d’une économie plus dynamique dont les bénéfices finiraient par profiter à l’ensemble de la société.

Près de dix ans après l’arrivée à Bercy de l’ancien ministre de l’Économie, quel bilan peut-on tirer de cette politique ?

Le plein emploi promis n’est jamais arrivé

Selon les données de la DARES, la France comptait au premier trimestre 2026 environ 6,64 millions de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, catégories A à E confondues. Vingt ans plus tôt, en 2006, ce chiffre s’élevait à 4,32 millions.

Cette comparaison brute mérite d’être nuancée par l’évolution démographique. La population française est passée de 62,9 millions d’habitants en 2006 à 69,1 millions au 1er janvier 2026 selon l’Insee.

Rapporté à la population active, le taux de chômage atteint néanmoins 9,61 % au premier trimestre 2026. Un niveau proche de celui observé au deuxième trimestre 2014, période à partir de laquelle le chômage avait dépassé les 9 % sans véritablement redescendre sous ce seuil, à l’exception d’une parenthèse en 2023. En 2006, ce taux était de 6,87 %.

L’évolution apparaît également limitée lorsqu’on la rapporte aux différentes fonctions exercées par Emmanuel Macron :

  • Ministre de l’Économie (août 2014) : 9,2 % de chômage ;
  • Président de la République (mai 2017) : 9,9 % ;
  • Fin du premier mandat et début du second : 9,0 % ;
  • Premier trimestre 2026 : 9,61 %.

Après dix années de flexibilisation du marché du travail, de réformes de l’assurance chômage et d’allègements consentis aux entreprises au nom de la compétitivité, la France demeure loin du plein emploi promis.

À cela s’ajoute un angle mort rarement évoqué dans les bilans gouvernementaux : celui des radiations administratives. France Travail procède à environ 55 000 radiations chaque mois, soit près de 600 000 par an. Sans remettre en cause leur légalité, ce phénomène nourrit les interrogations sur la manière dont sont produites les statistiques du chômage et sur le nombre réel de personnes durablement éloignées de l’emploi.

Dix ans de réformes pour rester dans la moyenne

À l’échelle européenne, la France demeure légèrement en dessous de la moyenne de l’Union en matière de taux d’emploi.

En 2024, celui-ci atteignait 68,8 % en France contre 70,8 % dans l’Union européenne.

Après dix années de réformes présentées comme indispensables au retour du plein emploi, la France reste en retrait par rapport à la moyenne européenne. Les sacrifices demandés au monde du travail au nom de la compétitivité n’ont pas produit les résultats promis.

La pauvreté progresse

Les indicateurs sociaux montrent une progression continue du taux de pauvreté monétaire fixé à 60 % du revenu médian.

Selon les données Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA :

  • 2014 : 13,7 % ;
  • 2017 : 13,8 % ;
  • 2023 : 15,4 %.

Autrement dit, après près de dix années de politiques justifiées au nom de l’emploi, de la croissance et de l’attractivité économique, la pauvreté n’a pas reculé. Elle a progressé.

Le principal argument mobilisé pour justifier les réformes successives du marché du travail était qu’elles finiraient par améliorer la situation de l’ensemble de la population. Les chiffres disponibles ne permettent pas de confirmer cette promesse.

Les riches plus riches, les inégalités aussi

Le niveau de vie annuel médian progresse néanmoins sur la période :

  • 2014 : 24 060 euros ;
  • 2018 : 24 530 euros ;
  • 2023 : 25 760 euros.

Cet indicateur signifie que la moitié de la population dispose d’un niveau de vie supérieur à ce montant et l’autre moitié inférieur.

Mais cette progression ne traduit pas une amélioration uniforme des conditions de vie.

L’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, est passé :

  • de 0,282 en 2014 ;
  • à 0,290 en 2018 ;
  • puis à 0,297 en 2023.

Le rapport interdécile D1/D9, qui compare les revenus des 10 % les plus riches à ceux des 10 % les plus pauvres, reste relativement stable autour de 3,5.

En revanche, les écarts entre les revenus les plus faibles et les plus élevés continuent de se creuser :

  • 6,91 en 2018 ;
  • 7,31 en 2023.

La question n’est donc pas celle de l’absence de richesse produite mais de sa répartition. Alors que davantage de ménages basculent dans la pauvreté et que le coût de la vie continue d’augmenter, les grandes fortunes françaises ont connu une croissance spectaculaire au cours de la décennie. Bernard Arnault est devenu l’un des hommes les plus riches du monde et les groupes du CAC 40 ont distribué des montants records à leurs actionnaires.

La promesse était que les avantages accordés au capital finiraient par bénéficier à l’ensemble de la société. Dix ans plus tard, les bénéficiaires de cette politique sont identifiables. Les perdants le sont également.

Une exception sociale française ? Pas vraiment

En 2023, le taux de pauvreté monétaire atteignait 16 % en France, soit un niveau proche de la moyenne de l’Union européenne.

La France se situe également à un niveau comparable à celui de l’Allemagne sur cet indicateur.

Ce constat relativise l’image d’une exception française en matière de protection sociale. Malgré l’importance de ses mécanismes redistributifs, le pays n’échappe pas aux dynamiques de précarisation observées dans une grande partie de l’Europe.

Pauvreté, précarité, répression : l’autre bilan du macronisme

Les chiffres économiques ne racontent cependant qu’une partie de l’histoire.

Le macronisme s’est également caractérisé par un niveau de conflictualité sociale rarement atteint depuis plusieurs décennies. Du mouvement des Gilets jaunes à la mobilisation contre la réforme des retraites, en passant par les luttes hospitalières, étudiantes ou écologistes, la dernière décennie a été marquée par une succession de contestations massives auxquelles le pouvoir a répondu en privilégiant l’affrontement plutôt que la négociation.

Le mouvement des Gilets jaunes constitue à cet égard un tournant majeur. Né d’une hausse de la fiscalité sur les carburants touchant d’abord les ménages dépendants de leur véhicule pour travailler, il a révélé l’ampleur de la fracture sociale traversant le pays. La réponse du pouvoir ne fut pas une remise en cause de sa trajectoire économique mais une répression d’une ampleur inédite depuis plusieurs décennies.

Des milliers de personnes ont été blessées lors des manifestations, plusieurs ont subi des mutilations irréversibles et les méthodes de maintien de l’ordre françaises ont suscité des critiques répétées d’organisations nationales et internationales de défense des droits humains.

La réforme des retraites de 2023 a prolongé cette logique. Rejetée par une majorité de la population selon les enquêtes d’opinion, contestée pendant plusieurs mois dans la rue et combattue par l’ensemble des principales organisations syndicales, elle a finalement été imposée grâce à l’article 49.3.

Les principales réformes conduites sous les gouvernements Macron ont précisément concerné les mécanismes de protection du salariat : droit du travail, assurance chômage, retraites. À mesure que progressaient la pauvreté, les inégalités et certaines formes de précarité, les espaces permettant de contester collectivement cette évolution semblaient se réduire.

La question n’est donc pas seulement de savoir si les réformes ont produit les résultats annoncés. Elle est aussi de savoir quel prix démocratique a été payé pour les imposer.

Le prix du macronisme

Les soutiens d’Emmanuel Macron invoquent régulièrement la pandémie mondiale, l’inflation, la crise énergétique, le retour de la guerre sur le continent européen ou encore le ralentissement économique international pour expliquer les résultats obtenus.

Ces crises sont réelles. Mais après près de dix ans d’exercice du pouvoir, elles ne peuvent plus servir d’explication unique.

Le chômage de masse demeure, la pauvreté progresse, les inégalités se creusent et les protections collectives du monde du travail ont été affaiblies. Dans le même temps, les patrimoines des milliardaires atteignent des sommets historiques et les dividendes versés aux actionnaires battent record sur record.

Le macronisme s’est présenté comme une politique d’efficacité économique. Ses défenseurs affirment que ses bénéfices apparaîtront à long terme. Pourtant, après une décennie de réformes, les résultats observés ne peuvent plus être attribués aux seules circonstances. Ils constituent aussi le produit des choix effectués.

Pour des millions de travailleurs, de retraités, de chômeurs et de familles populaires, la décennie macroniste ne se mesure ni aux performances du CAC 40 ni aux classements internationaux sur l’attractivité économique. Elle se mesure à la dégradation de nombreux services publics, à la difficulté croissante de se loger, à l’allongement de la durée du travail, à l’incertitude face à l’emploi et à l’augmentation continue des dépenses contraintes.

Le prix du plein d’essence qui a déclenché la colère des Gilets jaunes était censé n’être qu’un épisode. Dix ans plus tard, il apparaît surtout comme l’un des symboles les plus précoces d’un divorce durable entre les promesses du macronisme et l’expérience quotidienne d’une grande partie de la population. 

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17.06.2026 à 18:39

France : une justice contre la Palestine

François Burgat

Le juge français contre la Palestine ? La condamnation dont j’ai moi-même fait l’objet, le 29 avril dernier, devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence (à 17 000 euros d’amende pénale et de dommages et intérêts aux associations pro israèliennes parties civiles) pourrait constituer une bonne illustration de l’évolution préoccupante du traitement judiciaire de la question palestinienne en France. J’y reviendrai peut-être un jour. Mais un autre dossier mérite aujourd’hui davantage d’attention. Parce qu’il est …pire. Parce qu’il est plus révélateur. Parce qu’il est plus difficile à caricaturer. Et surtout parce qu’il éclaire une mutation profonde de la justice française face à la Palestine. En mars 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français, a validé la condamnation de Mohamed Makni, entrepreneur, père de famille et adjoint au maire d’Échirolles. Le propos qui lui était reproché tenait en une phrase :« Ils s’empressent de qualifier de terrorisme ce qui, à nos yeux, est un acte de résistance évident. ». Cette phrase ne provenait pas d’un chef militaire palestinien. Elle ne provenait pas davantage d’un responsable du Hamas. Elle reprenait les propos d’Ahmed Ounaïs, ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, (ancien ambassadeur de ZA Ben Ali en Russie et en Inde), une personnalité située à mille lieues de toute rhétorique révolutionnaire. Pour avoir relayé cette analyse politique, Mohamed Makni a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à quatre mois d’inéligibilité. La Cour d’appel d’abord puis la Cour de cassation ensuite…
Texte intégral (1064 mots)

Le juge français contre la Palestine ?

La condamnation dont j’ai moi-même fait l’objet, le 29 avril dernier, devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence (à 17 000 euros d’amende pénale et de dommages et intérêts aux associations pro israèliennes parties civiles) pourrait constituer une bonne illustration de l’évolution préoccupante du traitement judiciaire de la question palestinienne en France. J’y reviendrai peut-être un jour. Mais un autre dossier mérite aujourd’hui davantage d’attention.

Parce qu’il est …pire. Parce qu’il est plus révélateur. Parce qu’il est plus difficile à caricaturer. Et surtout parce qu’il éclaire une mutation profonde de la justice française face à la Palestine. En mars 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français, a validé la condamnation de Mohamed Makni, entrepreneur, père de famille et adjoint au maire d’Échirolles.

Le propos qui lui était reproché tenait en une phrase :« Ils s’empressent de qualifier de terrorisme ce qui, à nos yeux, est un acte de résistance évident. ». Cette phrase ne provenait pas d’un chef militaire palestinien. Elle ne provenait pas davantage d’un responsable du Hamas. Elle reprenait les propos d’Ahmed Ounaïs, ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, (ancien ambassadeur de ZA Ben Ali en Russie et en Inde), une personnalité située à mille lieues de toute rhétorique révolutionnaire. Pour avoir relayé cette analyse politique, Mohamed Makni a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à quatre mois d’inéligibilité.

La Cour d’appel d’abord puis la Cour de cassation ensuite ont validé cette condamnation. Il ne s’agit pas d’une décision ordinaire. Pour la première fois depuis le 7 octobre 2023, la plus haute juridiction française intervient directement dans la bataille politique et juridique autour de la qualification de la résistance palestinienne. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Depuis plus d’un siècle, la question palestinienne est traversée par une interrogation fondamentale : un peuple soumis à une occupation militaire prolongée dispose-t-il ou non du droit de résister ? Le droit international répond par l’affirmative. Une grande partie du monde arabe, africain, asiatique et latino-américain répond également par l’affirmative. La France officielle semble désormais répondre autrement. La condamnation de Mohamed Makni ne sanctionne pas un appel à tuer. Elle ne sanctionne pas davantage un appel à commettre des attentats. Elle sanctionne l’affirmation d’un lien entre occupation et résistance. Autrement dit, elle criminalise une grille de lecture politique partagée bien au-delà des seuls soutiens du Hamas.

Cette évolution n’est pas apparue spontanément.À la suite du 7 octobre 2023, le gouvernement français a choisi d’utiliser le délit d’apologie du terrorisme comme principal instrument de police du débat public relatif à la Palestine. Conçue à l’origine pour combattre la propagande de Daech et le recrutement djihadiste, cette incrimination a progressivement changé de fonction. Elle est devenue un moyen de discipliner les discours qui refusent de dissocier le 7 octobre de son contexte historique. Car le cœur du désaccord est là. Pour le narratif dominant chez les élites politiques occidentales, le 7 octobre doit être considéré comme un événement autonome, détaché de toute histoire antérieure. Pour une large majorité du reste du monde, il s’inscrit dans une séquence historique marquée par l’occupation, la colonisation, les déplacements forcés et le refus persistant des droits nationaux palestiniens. C’est cette seconde lecture qui se trouve aujourd’hui de plus en plus souvent placée sous surveillance judiciaire. La portée de l’affaire Makni dépasse de loin la personne de Mohamed Makni.

La criminalisation de toute mise en relation entre les actes commis en Israel le 7 octobre 2023 et les exigences de la résistance constitue en fait un véritable camouflet non seulement pour tous les Français d’origine étrangère qui ont choisi la voie de l’intégration républicaine, mais également pour toutes les élites politiques arabes, ou plus largement du Sud, qui partagent la lecture d’un ministre tunisien des Affaires étrangères, ancien ambassadeur de Z A Ben Ali, très éloigné de la rhétorique des Houthis yéménites. Elle est enfin un affront caractérisé à la pensée du plus prestigieux des hommes politiques français : en 1967, le Général de Gaulle, répétons-le sans nous lasser, avait très explicitement cautionné cette relation entre le droit de résister à une occupation illégale et la propension du colonisateur à qualifier cette résistance de “terrorisme”.

L’affaire Makri concerne donc tous ceux qui refusent que la Palestine soit exclue du droit commun de l’Histoire. Tous ceux qui continuent de penser que les catégories de colonisation, d’occupation et de résistance demeurent pertinentes lorsqu’il s’agit du peuple palestinien. Tous ceux qui refusent enfin qu’un débat politique soit transformé en question pénale.

La question posée par cette décision est simple :

Peut-on encore, en France, rappeler qu’une occupation engendre des résistances sans être accusé d’apologie du terrorisme ? La Cour de cassation vient d’apporter une réponse inquiétante. Cette réponse permet de penser que non seulement les juridictions françaises fonctionnent aujourd’hui sous influence du gouvernement, mais que ce gouvernement fonctionne lui-même sous l’influence du narratuf israéluen . C’est précisément pour cette raison que cette affaire mérite d’être connue et dénoncée bien au-delà des frontières de la France.

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