10.08.2026 à 07:42
Khrys
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
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As countries around the world look to follow Australia’s lead in restricting young people’s access to social media, a new report by the eSafety Commissioner might give them reason to pause, at least temporarily.
Des records absolus de température sur terre et en mer, des forêts en feu, des fleuves à sec, une surmortalité importante, et un seuil de + 2 °C qui pourrait être franchi pour la première fois dès le début de l’année 2027.

Eight of the biggest oil companies amassed profits of more than $90bn (£67bn) in just three months as the Iran conflict sent energy prices soaring and the emissions-fuelled climate crisis caused deadly heatwaves.
Starting last week, the German automaker started blasting a promotion for the new Spider-Man movie into its customers’ cars without warning — because nothing says riding in luxury like a full-vehicle pop-up ad. BMW, showing that it was about as in-touch as its drivers are familiar with turn signals, teased the promotion as a “special surprise.”
Voir aussi “C’est du délire” : tollé mondial pour BMW qui affiche une pub Spider-Man au démarrage de ses voitures (lesnumeriques.com)
Selon une nouvelle étude publiée dans Nature Sustainability et relayée par Live Science, environ un cinquième des réservoirs dans le monde sont déjà à haut risque de remplissage par les sédiments, et d’ici 2060, la moitié pourraient devenir inopérants.
Authorities issue alert saying indoor spaces without airconditioning are ‘dangerous’ as temperatures pass 40C for fifth straight day
Le village indonésien de Somang, dans l’ouest de l’île de Java, était englouti sous les eaux d’un réservoir créé en 2023 pour approvisionner Jakarta. Mais la baisse du niveau de l’eau due à la sécheresse fait réapparaître les ruines de bâtiments.
Six expéditions archéologiques sont en cours en Crimée, sous l’égide de Moscou. Des agents russes sont accusés de fermer les yeux sur le pillage de sites antiques en échange de pots-de-vin, laissant disparaître de précieux vestiges.
Des mois de vagues de chaleur et de sécheresse ont fait chuter le niveau du Danube à des niveaux critiques dans toute l’Europe.
En quelques jours, la Hongrie s’est improvisée laboratoire grandeur nature de la sobriété électrique. Pas par amour soudain de la décroissance, mais parce que le Danube, épuisé par la sécheresse, ne fournit presque plus assez d’eau pour refroidir Paks, l’unique centrale nucléaire du pays.
Voir aussi Hungary faces energy crunch as drought shuts down Paks nuclear plant, PM says (politico.eu)
Budapest loses 40 percent of the country’s electricity generation as water levels continue to drop.
Un projet financé par l’UE et publié en open source peut-il vraiment rester ouvert s’il exige des puces propriétaires ? Le système de vérification de l’âge européen impose l’attestation matérielle, excluant de fait les ROM personnalisées et les environnements Linux indépendants.
Un incident de sécurité impliquant au moins un drone a entraîné la suspension temporaire du trafic à l’aéroport de Leipzig, hub militaire utilisé par l’Otan et pour l’Ukraine, près duquel un avion a heurté un objet volant. Les enquêteurs confirment que le drone portait une charge explosive.
German singer-songwriter Danger Dan and pianist Igor Levit were invited to perform a song titled “Keine Angst” (No Fear) for the 100th episode of a political satire TV show called “Die Anstalt” (The Institution). But shortly before the recording of the program, public broadcaster ZDF withdrew the invitation.
Une enquête OSINT retrace la diffusion des appels au passage et décrit un réseau horizontal, sans commandement apparent, capable de se reconstituer rapidement.
En réponse aux mesures similaires imposées par Rome après l’afflux massif de migrants à Ceuta, l’Espagne va instaurer des contrôles temporaires aux frontières à ses ports et aéroports pour les voyageurs en provenance d’Italie.
Inoffensifs pour l’humain, ces reptiles, qui peuvent dépasser les 2 m de long et sont capables de nager sur de longues distances, représentent toutefois une grande menace pour le lézard des Pityuses (Podarcis pityusensis). Une espèce endémique d’Ibiza et véritable emblème de l’île, qui se retrouve aujourd’hui menacée d’extinction.
Les villes d’Agadir et de Marrakech testent un nouveau revêtement poreux à la place du bitume conventionnel. La surface perméable pourrait refroidir les routes jusqu’à 9°C, notamment grâce à l’évaporation de l’eau.[…] Petit bémol, cependant : une étude de l’université Rutgers a montré que si le béton perméable dégage 25 % à 30 % de chaleur en moins les jours de pluie, il peut en dégager légèrement plus que l’asphalte conventionnel par temps sec et ensoleillé.
Island’s government says no approval given after Greenland Energy brings kit ashore for exploratory drilling
Fire experts warn such markets could incentivize arson.
So far, there’s been no widespread disruptions to water supplies or treatment.
Trump’s DOJ says citizens should no longer be able to enforce environmental laws.
A federal docket shows the Foundation retained Littler Mendelson, the firm Starbucks used against its baristas, to face its employees’ union.
Face à la pire épidémie de rougeole depuis trente-cinq ans, Robert F. Kennedy Jr. a fait un choix radical : ne rien faire, sans le dire.
As Abelardo de la Espriella takes office as president vowing a new military offensive, the country’s last leftwing rebels are getting ready to fight back
the $2,000 figure covers the successful runs rather than every attempt the model made […] Outside researchers have also noted that OpenAI staff helped prepare the papers and formalize the arguments, with the company saying the mathematical content came from Astra. And nobody outside the company can run the model that did the work, so the result cannot be reproduced independently, only checked.
Studies show, over and over, that when we engage in AI-assisted learning we give up sooner. One found that after just “10 minutes of AI-assisted problem-solving, people who lost access to the AI performed worse and gave up more frequently than those who never used it”. An MIT study showed that test groups who used ChatGPT had the lowest brain activity and “consistently underperformed at neural, linguistic, and behavioural levels”. We undergo not just cognitive offloading, but cognitive surrender : we forget what was possible.

The next time you ask Claude about where to bank, its answer may have been influenced by this bot-targeted content.
Dans un message publié sur ses réseaux sociaux, le premier ministre israélien a affirmé que Tel-Aviv rejetait le plan de Donald Trump pour Gaza, malgré des garanties sur le désarmement du Hamas. A l’approche des élections législatives, Benyamin Netanyahou ménage ses alliés d’extrême droite qui restent opposés à tout accord de paix dans l’enclave.

Dans la foulée de la décision de l’Unesco, le gouvernement israélien a annoncé, ce 30 juillet, une allocation de 112 millions de shekels (31,8 millions d’euros environ) à l’Administration civile israélienne pour restaurer et développer des sites archéologiques, y compris dans des secteurs relevant théoriquement de l’Autorité palestinienne.
Alors qu’Israël occupe de larges pans du Sud-Liban, des villages se retrouvent coupés du monde, d’autres rasés, leurs champs et vergers brûlés.
In country after country, more women are dying from the heat than men. But researchers say biology isn’t the main reason. Age, working conditions, and unequal access to rest may drive the gap.
De nombreuses normes de conception reposent encore sur le modèle du « corps masculin par défaut », qui suppose une utilisation rapide des toilettes, en position debout et avec un temps de passage minimal. Lorsque les espaces sont aménagés en fonction du corps et des habitudes des hommes, les retards sont facilement imputés au comportement des femmes
With less than a third of cycling journeys taken by women, Colombia’s capital, Bogotá, is installing bike lanes, teaching cycling and making sure ‘stereotypes are left behind’
« Chaque postier sera intégralement rémunéré malgré la suspension temporaire de son activité », écrivait la direction de la Nouvelle-Aquitaine dans un courrier du 26 juillet […] mais « les heures non réalisées seront reportées ».
Dans les Pyrénées-Orientales, des habitants ont reçu l’ordre d’évacuer des jardins communaux afin que soit créée une « ceinture de protection » contre les incendies. Ils dénoncent la violence de cette décision et l’hypocrisie des autorités locales.

En raison des changements climatiques en cours, la manière de gérer l’eau en France sera déterminante au cours de ce XXIème siècle. Le temps ayant passé, il convient de rappeler la manière dont fut géré le bassin versant de la Seine au XXème siècle. Comparé à la non gestion du cours de la Loire, il donne à voir les bons choix en la matière.
De premières vendanges ont débuté ce 6 août en Champagne. Jamais elles n’avaient eu lieu aussi tôt dans l’année, le signe d’un été record en chaleur et en sécheresse.
30 000 personnes ont été appelées à se confiner pendant plusieurs heures, dimanche 2 août, en raison de l’incendie d’un entrepôt classé Seveso, à Gandrange (Moselle). Un nouvel épisode révélateur de la vulnérabilité des industries à la sécheresse et aux canicules ?
Le jeune homme de 17 ans est le seul homme sélectionné dans l’équipe de France aux Championnats d’Europe qui se déroulent actuellement à Paris. […] Longtemps exclusivement féminine, la natation artistique s’est ouverte récemment aux participants masculins.
Le portrait des deux acteurs a été remplacé par celui de Géraldine Nakache et Mélanie Laurent.
45 membres d’un canal Telegram masculiniste ont été interpellés après une enquête du parquet de Paris. 34 seront jugés notamment pour provocation à la haine envers les femmes.
Selon le quotidien « La Provence », le quinquagénaire, déjà connu pour des faits de violence sur son ex-compagne, était colistier du candidat Rassemblement national dans la commune de Bollène, lors des élections municipales de mars.
Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont été récemment visés par des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Sans grande visibilité directe pour certaines au moins, elles arrivent quand même à se faire une place dans l’actualité via leur dénonciation par les autorités, les candidats et les médias.
D’abord en pause puis remis à l’ordre du jour cet été, le projet lancé par la présidente de l’Assemblée et chiffré à 52,8 millions d’euros cristallise les critiques.

La France subit, en matière de mortalité des nouveau-nés, « une dégradation sanitaire préoccupante, remontant à quinze ans ».

Voir aussi Publié discrètement, un rapport interroge les causes de la forte mortalité infantile en France, avec les chiffres les plus préoccupants Outre-mer (la1ere.franceinfo.fr) et le rapport : Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique (igas.gouv.fr)
Saisie par les députés « insoumis », écologistes et communistes, notamment au sujet de la création d’un « état d’alerte de sécurité nationale », l’instance n’a censuré aucune mesure de ce texte
Par un mécanisme d’inversion du blâme, les politiques environnementales et les écologistes sont accusé·es d’entraver la prévention des risques et d’accroître la vulnérabilité des populations.
Le DJ a connu un « torrent de harcèlement » après son tweet en réponse à l’hommage de Jordan Bardella à Kavinsky : « Merci de vous abstenir de cet hommage : la musique électronique vous déteste » […] il est devenu la cible de nombreux messages d’insultes et de menaces, dont il cite des exemples : « On s’en souviendra et tu seras le premier qu’on viendra chercher. »
À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de 1000 personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique.
À l’AfricaMuseum de Tervuren, en Belgique, des archives géologiques héritées du Congo belge attisent les convoitises de KoBold Metals, une start-up minière étasunienne dopée à l’IA et soutenue par des milliardaires de la tech.
Meta was paying out-and-out neo-Nazis to post on Facebook, an investigation from Australia’s ABC News found. These pages and individual creators posted content that appeared to be in clear violation of Facebook’s own hate speech policies. Nonetheless, they were able to earn money on their posts through the platform’s “Content Monetization” program — which is invitation-only.

« J’exige qu’elle soit “shut down” [qu’on peut ici traduire par “réduite au silence”] pour trahison envers la France », a écrit le milliardaire au sujet de Marine Tondelier, dans un message vu plus de 400 000 fois.
Suggested Grokipedia edits haven’t been addressed since April, according to a report.
How Silicon Valley tech firms remade US defense contracting. And then opened the Pentagon’s checkbook—wide.
Jack Dorsey’s Bluetooth messaging app surged during India’s internet blackout — and the government’s response suggests a new tech battleground.
Longtemps restée dans l’ombre de son mari, Suzanne Césaire a pourtant, dans sa courte carrière littéraire, tracé les lignes d’une identité martiniquaise singulière, ancrée dans son rapport à la terre.
Ces canicules vous les avez voulues, vous les avez cherchées, et c’est aussi un peu pour ça qu’on les a eues, ah ah !
Une méduse de la taille d’un dé à coudre est capable de vivre éternellement, du moins en laboratoire.[…] Dans leur environnement naturel, en revanche, leur prétendue immortalité se heurte à une limite beaucoup plus terre à terre : les prédateurs peuvent tout simplement les dévorer.
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
09.08.2026 à 10:00
Framasoft
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 30 septembre 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.
L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique.
« Le discours selon lequel l’intelligence artificielle révolutionne la science est désormais quasiment incontournable », rappelle William Burns, consultant en politique scientifique, pour Tech Policy Press. « L’histoire raconte déjà que l’IA n’est pas seulement l’avenir : elle révolutionne les découvertes scientifiques ». Même des gens assez critiques de l’IA et de ses développements disent qu’elle possède des « capacités prometteuses » pour la recherche scientifique, justifiant son développement. Pourtant, l’IA, telle qu’elle est actuellement déployée en science, occulte plus qu’elle ne révèle, exacerbant les problèmes qu’elle prétend résoudre.
Les chercheuses Lisa Messeri et Molly J. Crockett affirmaient l’année dernière dans Nature que « la prolifération des outils d’IA en science risque d’introduire une phase de recherche scientifique où nous produisons davantage, mais comprenons moins ». Mais surtout, l’usage de l’IA pourrait compromettre la capacité à produire des connaissances fiables, sur lesquelles repose tout l’édifice scientifique. Cette crise annoncée prolonge celle que traverse la recherche depuis le début du XXIe siècle, notamment liée à la stagnation des découvertes pharmaceutiques. Burns rappelle par exemple que le Projet Génome Humain dans les années 90 a été lancé en promettant une prolifération de nouveaux médicaments qui n’est jamais advenue. Un chercheur d’une grande entreprise scientifique expliquait en 2008 que « rien de ce que les entreprises ont fait pour accroître la production de nouveaux médicaments n’a fonctionné, y compris les fusions, les acquisitions, les réorganisations et l’amélioration des processus ».
Le microbiologiste américain, Carl Woese, opposant à l’ingénierie biologique, estimait, en 2004, que la crise de l’innovation était liée à la généralisation de l’ingénierie du vivant. En 2011, l’économiste Philip Mirowski estimait que le néolibéralisme, obsédé par la technologie, avait tué la rigueur scientifique. La promesse de renouveau scientifique par l’IA s’inscrit pleinement en prolongement de cette crise. En 2023, l’OCDE expliquait que l’IA pourrait venir aider une science devenue « plus difficile ». À l’image d’AlphaFold, le système de pliage des protéines de Google DeepMind, pour lequel Demis Hassabis et John Jumper ont reçu le prix Nobel de chimie en 2024.
AlphaFold a permis de prédire la structure de 200 millions de protéines, mais il serait expérimentalement impossible d’en vérifier n’en serait-ce qu’une fraction. Pour ce faire, « il faudrait généralement isoler des protéines des cellules en quantités importantes – un processus capricieux – puis les soumettre à des techniques telles que la diffraction des rayons X et la résonance magnétique nucléaire. Ces étapes pourraient prendre des années, même pour une seule protéine ». Néanmoins, la philosophe Daria Zakharova a affirmé dans un pré-print que si les prédictions d’AlphaFold sont considérées comme fiables et sont utilisées par les scientifiques, cette « connaissance » est bien imparfaite. « D’un point de vue strictement matériel, AlphaFold n’est pas une représentation du comportement des protéines, mais plutôt du comportement des puces de silicium (sur lesquelles repose le calcul). En ce sens, les inventeurs d’AlphaFold ont avancé l’hypothèse que des puces de silicium pourraient imiter les protéines. Cela soulève la question de savoir comment des matériaux sans lien entre eux, tant chimiquement que spatialement et temporellement, pourraient s’imiter. Au minimum, des preuves substantielles seraient nécessaires pour le prouver. Pourtant, lorsque des efforts ont été déployés pour le vérifier, les résultats ont été mitigés », rappelle Burns. Une étude récente de Garrido-Rodríguez et ses collègues a par exemple soutenu que le calcul d’AlphaFold ne « correspondait pas aux modèles déterminés expérimentalement », faisant référence à une classe de protéines omniprésentes et biologiquement vitales appelées serpines. « De toute évidence, des recherches plus approfondies pourraient être nécessaires sur la fiabilité de l’IA en tant qu’outil prédictif ». Pour Burns, les preuves ne sont pas suffisamment solides à ce stade. Bien sûr, le repliement des protéines est complexe. Leur modélisation est ancienne et repose sur des hypothèses manifestement différentes de leur réalité. Longtemps, ces modèles servaient à interpréter des données d’observation issues de la diffraction des rayons X, et non à créer un modèle informatique, comme avec AlphaFold. Le problème, estime le chercheur en cancérologie et lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine 2019, William G. Kaelin Jr., c’est que la publication doit construire son savoir sur des briques plutôt que sur de la paille.
Au Royaume-Uni, la UK Biobank, une entreprise publique qui détient des données génétiques sur un sous-ensemble de la population britannique, aurait conclu en mars dernier un partenariat avec des sociétés pharmaceutiques et Calico, filiale d’Alphabet, qui auront accès à ces données pour des études menées avec l’IA. Le projet a été décrit par le Financial Times comme « un exemple emblématique de la manière dont les ordinateurs avancés et les modèles d’intelligence artificielle peuvent exploiter de vastes ensembles de données biologiques pour étudier en profondeur le fonctionnement du corps humain et ses dysfonctionnements potentiels ». Une question se pose cependant : l’exploitation de ces ensembles de données est-elle susceptible de produire des connaissances fiables, même en théorie ? En 2017, ces données ont été décrites comme « non représentatives de la population générale… Les participants à la UK Biobank vivent généralement dans des zones socio-économiquement moins défavorisées ; sont moins susceptibles d’être obèses, de fumer et de consommer de l’alcool quotidiennement ; et présentent moins de problèmes de santé auto-déclarés ». La structure de ces ensembles de données de santé, et d’autres similaires, qui ne sont certainement pas secrets, suscite des doutes. Même les observateurs optimistes doivent l’admettre : si les données sont inadéquates et l’IA opaque, quelle est la valeur épistémique réelle de ces projets ? Le prix Nobel Kaelin Jr. a conseillé : « La question… devrait être de savoir si… les conclusions sont susceptibles d’être correctes, et non de savoir s’il serait important qu’elles soient vraies. »
Si l’on veut sauver la science de son malaise actuel, des solutions sont déjà possibles, conclut Burns. « Des propositions comme la « slow science » d’Isabelle Stenger semblent valoir la peine d’être tentées, car elles pourraient élargir la charge de la preuve aux affirmations scientifiques et encourager un esprit de service public parmi les scientifiques. Pourtant, si une rénovation épistémique a eu lieu jusqu’à présent dans le domaine scientifique, elle est restée extrêmement timide et n’a pas produit d’effets escomptés.
Il faut dire que pour les investisseurs, l’idée que l’IA puisse nous sortir de l’impasse actuelle et donner naissance à toutes sortes d’inventions rentables est doublement séduisante. L’IA est une méthode qui ne nécessite que des capitaux pour sa mise en œuvre et qui peut être réalisée à grande échelle, contrairement à la recherche empirique, centrée sur l’humain et fastidieuse, où l’ingéniosité et la chance (qui ne s’achètent pas si facilement) semblent prédominer. Mais investir dans l’IA est aussi un moyen efficace de maintenir le statu quo, tout en semblant le bouleverser, car il pose l’hypothèse d’un avenir technologique sans les changements systémiques qu’impliquent d’autres réformes.
Dans cette optique, nous devons résister au spectacle. L’IA fait vendre une vision du progrès où les algorithmes peuvent révéler les secrets plus rapidement, mieux et à moindre coût ; pourtant, les secrets de la nature ne sont pas si facilement révélés, et la connaissance sans compréhension n’est pas une connaissance du tout. »
S’il y avait besoin d’une explication supplémentaire, Alberto Romero dans sa newsletter algorithmic Bridge, revient sur une étude du MIT et de Harvard, où les chercheurs se sont demandé si les modèles d’IA pouvaient passer de la simple prédiction au « développement de modèles fiables », en les faisant travailler sur un problème de physique assez classique ? Mais au lieu de tester avec le langage, qui est assez complexe et difficile à analyser, ils se sont concentrés sur la physique classique. Ils voulaient voir si le modèle utiliserait les lois de Newton pour prédire les vecteurs de force à l’origine du mouvement de révolution de la terre autour du soleil ou s’il inventerait simplement ses prédictions sans comprendre la physique réelle. Ils ont conclu que les modèles d’IA font des prédictions précises, mais ne parviennent pas à encoder le modèle universel de Newton et recourent plutôt à des heuristiques spécifiques à chaque cas, non généralisables et fortement incohérents. L’étude montre que « les modèles d’IA sont tout simplement incapables de coder un ensemble de lois robustes pour régir leurs prédictions : ils sont non seulement incapables de retrouver des modèles du monde, mais intrinsèquement mal équipés pour le faire ». Un modèle d’IA d’apprentissage profond est peut-être architecturalement incapable de développer des modèles du monde corrects estiment-ils. Même le rêve que l’IA puisse être utilisée pour améliorer la prédictibilité des modèles climatiques est battue en brèche. Dans leur livre, AI Snake Oil (voir notre recension), les chercheurs Arvind Narayanan et Sayash Kapoor montraient que son amélioration était assez limitée et qu’elle pourrait même atteindre un palier indépassable, à mesure que les phénomènes deviennent plus extrêmes. La croyance dans un progrès scientifique exponentiel porté par l’IA ne sert qu’à raviver les promesses des technosciences comme le disaient déjà Marc Audétat et les chercheurs invités dans Sciences et technologies émergentes : pourquoi tant de promesses ? (Hermann, 2015, voir notre recension). L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique.
MAJ du 25/01/2026 : L’IA va-t-elle tuer la science ou, au contraire, engendrer une révolution scientifique ? C’est la question que pose l’astrobiologiste Sara Imari Walker dans un article pour Noema. Si l’IA peut résoudre le problème du pliage des protéines comme le promettent beaucoup de recherches, que pourrait-elle accomplir d’autre ? Mais si « AlphaFold prédit les structures 3D, il n’explique ni la physique sous-jacente, ni les mécanismes de repliement, ni les ensembles conformationnels dynamiques. Il fonctionne bien pour les protéines composées de la vingtaine d’acides aminés présents dans la biologie terrestre. Pour étudier les protéines issues des centaines d’acides aminés contenus dans les matériaux météoriques, ou pour concevoir de nouvelles protéines thérapeutiques, ce modèle a besoin de données supplémentaires. La limitation ne réside ni dans l’algorithme ni dans sa capacité de mise à l’échelle : les données nécessaires n’existent pas. »
Si l’on considère la science uniquement comme la méthode scientifique (observation, hypothèse, vérification, analyse), alors l’automatisation semble inévitable, avance-t-elle. Les algorithmes d’IA réalisent de manière démontrée bon nombre, voire la totalité, de ces étapes, et leurs performances s’améliorent lorsqu’ils sont guidés par des scientifiques.
Pourtant, si la mise à l’échelle était notre seul besoin, l’IA actuelle offrirait une solution banale à la science : nous pourrions faire plus grâce à des modèles à plus grande échelle. Cependant, l’optimisme autour de l’IA ne se limite pas à l’automatisation et à la mise à l’échelle ; il concerne aussi la théorie de l’esprit. La science diffère radicalement de l’expérience : elle est fondamentalement intersubjective. Si une chose n’existe que dans un seul esprit et ne peut être partagée, elle ne peut devenir une connaissance scientifique. La science exige la vérification mutuelle des observations, la construction d’un héritage de découvertes passées et l’élaboration d’un consensus intergénérationnel sur la réalité. Les modèles scientifiques doivent donc être exprimables par des symboles, des mathématiques et le langage, car ils doivent être reproductibles et interprétables d’un esprit à l’autre. La science est par définition instable car elle n’est pas une caractéristique objective de la réalité : elle se comprend plus justement comme un système culturel évolutif, nourri par la représentation consensuelle et adaptable aux nouvelles connaissances que nous produisons. Notre principal mode de communication des idées scientifiques est la représentation symbolique. Nous communiquons des modèles du monde, et non le monde lui-même.
Plus fondamentalement, le discours actuel, optimiste, voire arrogant, autour de l’IA et de l’intelligence artificielle générale laisse entendre que ces algorithmes seront « plus qu’humains » dans leur capacité à comprendre et à expliquer le monde, dépassant ainsi ce que certains perçoivent comme les limites de l’intelligence imposées par la biologie humaine. Or, cela est impossible, de par les fondements mêmes de la théorie du calcul et l’héritage de l’abstraction humaine dont ces technologies sont directement issues. Comme l’écrit le physicien David Deutsch, si l’univers est effectivement explicable, les humains sont déjà des « explicateurs universels », car nous sommes capables de comprendre tout ce qu’un système informatique peut comprendre : en termes de capacités de calcul, ordinateurs et cerveaux sont tout aussi universels.
Les changements de paradigme révèlent que la puissance de la pensée scientifique ne réside pas dans la vérité littérale des théories, mais dans notre capacité à identifier de nouvelles façons de décrire le monde et dans la persistance des structures que nous décrivons à travers différents schémas de représentation.
Ceci nous amène à comprendre pourquoi l’IA ne peut remplacer les scientifiques. Les controverses et les débats sur le langage et la représentation en science ne sont pas des anomalies ; ils sont inhérents à un système sociétal qui détermine les modèles qu’il privilégie. Les milliards de paramètres d’AlphaFold 3 suggèrent que la parcimonie et la simplicité ne sont peut-être pas les seules voies possibles pour la science. Si nous voulons des modèles qui cartographient le monde avec la plus grande précision possible, la complexité est peut-être nécessaire.
C’est cette profondeur de sens, inhérente à nos théories, que la science découvre en construisant de nouvelles perceptions sociétales. Une vision superficielle, où la science se contente de créer des modèles prédictifs dépourvus de profondeur et de signification, ne peut la saisir. Lorsqu’un scientifique élabore une théorie, même avant l’évaluation par les pairs, il y a un acte intentionnel d’explication et un travail intérieur de confrontation avec l’intuition et sa représentation. Les modèles d’IA, en revanche, génèrent des prédictions par reconnaissance statistique de formes, un processus très différent.
« La question fondamentale n’est pas de savoir si l’IA peut faire de la science, mais si les sociétés peuvent construire des représentations partagées et des significations consensuelles avec des algorithmes dépourvus de la création intentionnelle de sens qui a toujours été au cœur de l’explication scientifique. » L’IA transformera-t-elle la science ? Certainement. Remplacera-t-elle les scientifiques ? Certainement pas, clame Sara Imari Walker. Si nous nous méprenons sur la nature de la science, en confondant l’automatisation des méthodes avec le projet humain de construction, de débat et d’affinage collectifs des représentations symboliques qui nous permettent de comprendre la réalité, l’IA risque d’annoncer la mort de la science : nous manquerons alors l’occasion de l’intégrer pleinement aux systèmes culturels de la science.
« La science ne se résume pas à la prédiction et à l’automatisation ; l’histoire nous enseigne qu’elle est bien plus que cela. Elle repose sur un consensus explicatif et une négociation humaine permanente quant aux descriptions du monde que nous adopterons collectivement. Cette négociation, cette articulation intersubjective des observations en une signification partagée, est fondamentalement sociale et, pour l’instant, fondamentalement humaine. »
MAJ du 26/01/2026 : L’IA peut-elle générer de nouvelles idées en science ?, interroge Cade Metz pour le New York Times, en revenant sur une polémique récente où une startup, Harmonic, affirmait que son IA aurait résolu un problème de math resté insoluble (voir les explications de Numerama). En fait, des mathématiciens et des chercheurs en IA ont rapidement souligné que le système avait identifié des solutions existantes, enfouies dans des décennies d’articles de recherche et de manuels, par exemple en trouvant une solution enfouie dans un article en allemand. “Un chercheur expérimenté est toujours nécessaire pour interroger le système, lui expliquer ce qu’il doit rechercher et, finalement, extraire les informations pertinentes du reste des données produites”.