31.03.2026 à 14:23
Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent
MONTRÉAL, le 24 mars 2026 — Hier soir, à la suite d'une occupation pacifique du pavillon principal du Cégep de Saint-Laurent par des membres de l'association étudiante, l'administration du Cégep a appelé la SPVM.
14 policiers ont encerclé notre campement avec un avis d'éviction un peu avant 19h et ont évincé les étudiants présents qui peignaient des affiches et mangeaient leur souper. Les étudiants sont sortis sans résistance malgré s'être faits bousculés dans la sortie.
Plus tard dans la soirée, la population étudiante et employée du cégep a reçu un MIO de la part de la direction. Celui-ci annonçait la levée des cours du 24 au 27 mars inclusivement et contenant les citations suivantes : « Les événements malheureux d'aujourd'hui amènent la direction à revoir le modèle de gestion de la grève des étudiants et des étudiantes dans un souci de bienveillance et de sécurité pour tous et toutes. [...] Par conséquent, les personnes étudiantes ne sont plus tenues de se présenter au Cégep pour le piquetage quotidien nécessaire à la levée de cours. Nous vous remercions de votre collaboration. » C'est une tentative claire de taire la population étudiante et insinue que nous ne voulons que manquer des cours. Mais nous avons des demandes claires, dont aucune n'a été cédée par l'administration.
Ce matin, en dépit des avertissements de la direction, le piquetage a recommencé dès 5h30.Un campement a été monté vers 6h15 et nous avons atteint une centaine de grévistes vers 7h30. Comme hier, les gens ont collectivement apporté du thé, du café et des pâtisseries.
Des étudiants musiciens ont apporté des instruments, ralliant les grévistes dans une ambiance festive. Une ligne humaine a été formée devant la porte principale pour bloquer l'entrée de la direction. Les étudiants étaient bien habillés et prêts à tenir la ligne pendant aussi longtemps que nécessaire.
Vers 9h15, avec la coopération de la police, les grévistes ont quitté le terrain du cégep pour manifester dans les rues environnantes. Nous avons monté la rue Du Collège, tourné sur Saint-Germain, descendu sur Decelles et sommes retournés au cégep par l'avenue Sainte-Croix. Nous avons scandé des slogans comme « à nous la rue » et autres chants anti-austérité avec un accompagnement musical étudiant. Nous allons continuer à nous exprimer tout aussi haut et fort tant que nos demandes ne sont pas entendues.
***** AU CÉGEP SAINT-LAURENT, ON TIENT LA LIGNE
MONTRÉAL, le 25 mars 2026 — Ce matin, le piquetage au Cégep de Saint-Laurent a recommencé vers 5h du matin. Les étudiants, comme pendant le reste de la grève, sont arrivés avant l'aube pour monter les infrastructures permettant la continuation du piquetage. Hier, la barricade symbolique devant le cégep avait été partiellement construite à l'aide d'une quarantaine de bacs de recyclage du cégep. Ceux-ci ont été déplacés par l'administration pendant la nuit vers l'intérieur du bâtiment dans la Grande salle, lieu auquel les étudiants n'ont toujours pas accès. Dans les mots d'Élisabeth « Zaz » Daragon, membre de l'AECSL, « les bacs de recyclage ont plus de droits que nous. C'est ridicule. » Malgré le froid et le mépris, la population étudiante toujours aussi mobilisée a fait preuve de créativité et de volonté pour reconstruire et même étendre la barricade à l'aide de nouveaux matériaux trouvés sur le campus du cégep.
Sur la ligne de piquetage, des tentes ont été érigées, des tables et chaises ont été amenées et des bannières ont été montées. L'ambiance reste toute aussi festive et militante ; il y a de la musique, de la nourriture, des jeux et des activités. Des pancartes portant des messages anti-austérité décorent la barricade et une planche de contreplaqué récupéré peint avec le nom de l'AECSL en fleurs orne l'entrée au stationnement. Les étudiants sont motivés et prêts à rester aussi longtemps que nécessaire.
Les négociations avec l'administration ont été rouvertes aujourd'hui. Celle-ci a encore une fois demandé à l'AECSL de laisser entrer le personnel administratif et de gestion. Nous avons refusé. L'administration manque de transparence et ne se sent clairement pas redevable envers les étudiants. Mais le cégep sans les étudiants, ce n'est qu'une bâtisse qui croule remplie de bacs de recyclage. Nos revendications sont claires et raisonnables. Nous ne bougeons pas tant qu'elles ne sont pas mises en place.
Source : Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent
***** TOUJOURS EN GRÈVE DANS LA PLUIE FROIDE DU MOIS DE MARS
MONTRÉAL, le 26 mars 2026 — La ligne de piquetage au Cégep de Saint-Laurent tient toujours. Suite à la répression policière de lundi et après quatre jours de grève, à travers la pluie et le froid, les étudiants restent mobilisés et vaillants dans leur lutte. La barricade tient et tiendra jusqu'à ce que nos demandes soient entendues.
Ce matin, comme tous les jours, il y avait du café et des viennoiseries pour l'ensemble des grévistes. La musique et les jeux continuent tout autant que la mobilisation étudiante. Des véhicules passants klaxonnent pour montrer leur soutien. De plus, nous avons reçu une visite du Centre de Formation Politique qui a donné un atelier sur la mobilisation en plus des Cols bleus qui ont joué de la musique en solidarité avec notre ligne.
Nous sommes sortis dans les rues manifester vers 13h30. Accompagnés musicalement par des étudiants, nous avons fait entendre notre mécontentement dans la rue sous les applaudissements des passants.
L'administration reste intransigeante face à nos revendications. Nous avons été clairs : nous demandons un local pour du personnel infirmier, le retour des locaux d'étude à la bibliothèque, la conversion des postes précaires en postes permanents et que l'administration prenne position clairement et publiquement contre les politiques austères du gouvernement. Ceci n'est pas déraisonnable. Pourtant, l'administration refuse de céder. Nous sommes prêts à la manifestation du 27 mars à 13 au Square Dorchester et comptons amener un gros contingent d'étudiants pour exprimer nos griefs face à la CAQ côte-à-côte avec nos camarades d'autres associations étudiantes et syndicats.
L'Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent tient aussi à prendre publiquement position contre les interventions policières contre la Société générale des étudiantes et étudiants du Collège de Maisonneuve et l'Association générale étudiante du Collège Lionel-Groulx en plus des membres de l'AECSL présents à leurs actions. Il est inacceptable de traiter ainsi des étudiants faisant usage de leurs droits de grève et de manifestation. Cette répression dramatique de la part des forces policières et du gouvernement est un symptôme des problèmes endémiques à cette administration.
***** BILAN DE LA SEMAINE DE GRÈVE DU CÉGEP DE SAINT-LAURENT
MONTRÉAL, le 27 mars 2026 — La semaine de grève de l'Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent vient à sa fin. La barricade a été déconstruite et le campement a été levé. Le cégep retrouve son état normal et les activités reprennent dès demain. Nous avons participé aujourd'hui à la manifestation de la CRUES (Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale) ayant commencé au Square Dorchester à 13h. Notre contingent était fort, composé de plus d'une centaine d'étudiants et accompagné de nos emblématiques musiciens. Nous avons manifesté ensemble avec des délégations du Cégep du Vieux-Montréal, du Cégep de Maisonneuve, du Collège Lionel-Groulx, et bien d'autres, en plus de plusieurs universités, afin de faire entendre nos voix plus fort par leur mise en chœur.
La grande leçon que nous avons apprise de cette grève, c'est que la population étudiante laurentienne est forte, créative et vaillante. Nous avons fait preuve de volonté en nous levant au petit matin pour tenir la ligne de piquetage dès 5h30 et jusqu'à 18h tous les jours. Nous avons fait preuve de ressource en construisant notre barricade à partir de clôtures, de bacs et de palettes récupérés sur le terrain du cégep. Nous avons fait preuve d'inventivité en trouvant des façons de se garder au chaud et au sec tout en restant dehors à la merci des éléments jour après jour. Nous avons fait preuve de solidarité en se tenant les coudes et en organisant des petits-déjeuners et des dîners communautaires. Nous avons fait entendre nos voix à travers des manifestations proches du cégep et loin, au centre-ville avec nos camarades. Nous avons tissé des liens sociaux sur la ligne de piquetage ; nous avons dansé, chanté, joué et manifesté ensemble tout en n'oubliant pas que nous étions présents pour une cause et un combat qui nous rassemblent tous. Nous sortons de cette grève plus forts, plus soudés et prêts à continuer la lutte.
Nous ne perdons pas de vue que l'administration n'a toujours pas cédé à nos demandes. Nous demandons toujours un local pour le personnel infirmier, le retour des locaux d'étude à la bibliothèque, la conversion des postes précaires en postes stables et une prise de position claire et publique contre l'austérité de la part du Cégep. Nous reviendrons le premier mai.
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31.03.2026 à 14:22
Jean-François Delisle
Rien n'illustre mieux la distance qui sépare la classe politique d'une bonne partie de l'électorat que le discours qui sert à justifier les compressions budgétaires, discours tenu par l'actuel ministre caquiste des Finances, Éric Girard. Il s'agit peut-être d'un « budget jetable après usage », comme certains commentateurs l'ont soutenu. Mais il se situe dans la droite ligne de l'ensemble des budgets présentés par les ministres des Finances depuis les années 1980, c'est-à-dire axé pour l'essentiel sur l'équilibre budgétaire, et ce au détriment des mesures sociales et de la justice redistributive.
Présenté un budget « équilibré » et « responsable » est le but ultime de la gouvernance économique néo conservatrice, un objet de fierté de la part de la plupart des ministres des Finances .La qualité de vie de la population pour eux apparaît bien secondaire. C'est ce qui se cache derrière leurs exhortations aux gens à accepter « l'austérité », c'est-à-dire des politiques de pauvreté déguisées en discipline financière.
C'est là une orientation typiquement capitaliste et bourgeoise : les différents gouvernements, tant au fédéral qu'au provincial, suivent cette politique de restrictions budgétaires à divers degrés depuis la décennie 1980. On veut un État minimaliste, qui appuie l'entreprise privée et des dépenses publiques « sous contrôle ». Sans l'avouer, les différents gouvernements qui se sont succédé au Québec depuis 1981 conçoivent plus ou moins la gestion d'État sur le modèle du privé.
La coupure entre une bonne partie de la population et la classe politique est donc flagrante. Le fait que le dernier budget Girard contient certaines mesures comme investir dans les banques alimentaires ne serait pas nécessaire si la pauvreté n'était si répandue. Le gouvernement Legault devra affronter une grève de deux semaines de la part des travailleurs et travailleuses du communautaire, ce qui en dit long sur l'étendue et l'intensité des problèmes que ceux-ci doivent affronter avec des moyens de plus en plus réduits. Il ne faut pas confondre patience et résignation.
Posons-nous la question suivante : dans une entreprise privée, combien d'actionnaires maintiendraient en poste un gestionnaire qui accumulerait des pertes due à des dépenses inconsidérées au détriment des profits ? Éric Girard aurait été vite congédié...
Cette orientation qui sévit depuis trop longtemps provient en droite ligne de l'idéologie managériale, qui s'est imposée depuis 1979, avec l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et surtout des républicains de Ronald Reagan à la Maison-Blanche en 1980. Elle prend pour modèle le fonctionnement de l'entreprise privée et veut importer, du moins jusqu'à un certain point, ses méthodes de gestion dans le secteur public. Dans cette optique, les dépenses publiques sont moins des investissements sociaux que du gaspillage. Ses tenants prônent donc un État minimal et une soumission plus poussée de la main d'oeuvre aux employeurs privés. Nous sommes là en présence d'une rupture, au moins partielle avec le keynésianisme, qui valorisait au contraire les dépenses publiques pour contribuer à maintenir un pouvoir d'achat substantiel de la population et contribuer ainsi à faire rouler l'économie. Évidemment, on ne reviendra pas à la période pré-keynésienne, les programmes sociaux et les investissements publics vont continuer d'exister, mais ils ont subi d'importants reculs depuis plus d'une quarantaine d'années (notamment le système d'indemnisation du chômage).
La population, pour sa part, est relativement insensible à l'équilibre budgétaire. Elle juge le gouvernement sur l'amélioration de ses conditions de vie. Elle croit, avec raison, que si d'aventure un coup de barre s'impose pour rétablir un certain équilibre budgétaire, le parti au pouvoir doit réduire ses dépenses aux bons endroits et avec précaution, guidé par le constant souci de ménager les services publics, ce qui n'est guère le cas actuellement. On n'a qu'à examiner l'état du système hospitalier, le recours toujours plus fréquent aux banques alimentaires et aux friperies, sans oublier la crise du logement due à la complaisance du gouvernement Legault face aux spéculateurs immobiliers. De plus, les baisses d'impôt, si chères aux néoconservateurs, privent le gouvernement de revenus substantiels. On assiste de plus à la sous-prolétarisation d'une bonne partie de la main d'oeuvre.
Dans tout ce contexte, la notion d'austérité ne représente que l'élégant manteau qui dissimule (de plus en plus mal) des politiques de pauvreté. Les inégalités sociales explosent. Les préoccupations que révèle le budget Girard apparaissent très éloignées de celles des électeurs et électrices.
C'est comme le chien qui court après sa queue : « l'austérité » aggrave la pauvreté, car elle prive le gouvernement de revenus essentiels, ce qui compromet l'équilibre budgétaire vu qu'une proportion plus ou moins considérable de gens disposent de peu de moyens pour faire rouler l'économie. Cherchez l'erreur...
Jean-François Delisle
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31.03.2026 à 14:21
Stéphanie Vallée
Alors que des voix s'élèvent en prétendant que le financement du secteur communautaire aurait atteint des niveaux « historiquement élevés » et qu'il faudrait désormais se tourner vers la philanthropie, les travailleuses sur le terrain constatent une réalité toute autre. Derrière les tableaux statistiques, il y a des femmes, très majoritairement, qui portent chaque jour un système abîmé. Elles prennent soin des populations de plus en plus vulnérables, avec des moyens qui restent insuffisants pour répondre aux besoins en croissance constante.
Les besoins explosent plus vite que les budgets
Oui, les montants gouvernementaux ont augmenté ces dernières années. Mais dans nos milieux, personne ne voit d'amélioration durable. Ce que nous voyons, ce sont des détresses plus profondes, des files qui s'allongent et des interventions beaucoup plus complexes qu'il y a dix ans. Les violences faites aux femmes, la crise du logement, la hausse du coût de la vie, l'explosion des problèmes de santé mentale, l'isolement, la pauvreté : voilà ce que les travailleuses du milieu communautaire affrontent chaque jour.
L'argent supplémentaire (lorsqu'il est reçu !) sert en grande partie à éviter l'effondrement, non à répondre pleinement à la demande. Le prétendu « financement en hausse » disparaît aussitôt qu'il entre : loyers en augmentation, assurances plus chères, coûts de fonctionnement qui grimpent, besoin de rehausser des salaires historiquement bas pour retenir des travailleuses au bord du burnout.
Sur le terrain, nous ne voyons pas l'abondance. Nous voyons l'épuisement. Ce n'est pas en multipliant les demandes de financement, par exemple aux nombreuses fondations qui lèvent la main, que les travailleuses arriveront à remplir la mission que leur ont donnée leur conseil d'administration, leurs membres issus des communautés ! Sans compter les nombreuses redditions de comptes qui viennent avec ces subventions par projets et les ententes avec la philanthropie.
Non, ce n'est pas un bon calcul.
La générosité des Québécois mise à mal ?
Certains affirment que le problème serait un manque de dons de la population. Mais les travailleuses du milieu communautaire le savent : les Québécois ne sont pas moins généreux, ils sont plus pauvres. Les loyers avalent une part incontrôlable des revenus, la classe moyenne glisse vers la précarité, et les personnes en situation de vulnérabilité n'ont plus un dollar de marge. De plus, les impôts ne devraient-ils pas suffire au financement du filet social ?
Les organismes ne manquent pas d'appui populaire. Nous le constaterons le 2 avril prochain devant l'Assemblée nationale. Les communautés s'impliquent autrement, elles donnent du temps, participent aux actions collectives. N'oublions pas qu'une personne sur trois aura besoin d'un organisme communautaire au cours de sa vie et s'y impliquera.
La philanthropie ne remplace pas la mission des organismes communautaires AUTONOMES
C'est une drôle d'analyse d'affirmer qu'un financement gouvernemental adéquat menacerait l'autonomie du milieu communautaire autonome, alors que la philanthropie offrirait une liberté accrue. Dans la vraie vie des organismes, c'est tout le contraire.
Les dons privés sont instables, souvent orientés vers des projets qui plaisent aux donateurs plutôt que vers les besoins urgents ou politiques, et exigent une compétition injuste entre organismes. Pour les petites équipes, la philanthropie implique : plus d'administration, plus de reddition de comptes dispersée, plus de recherche de fonds, moins de temps pour la mission. En résumé, comme dans beaucoup de sphères de notre société, plus tu es riche, plus tu as de ressources pour trouver du financement. Le fonctionnement, l'essence même des organismes communautaires autonomes avec leur approche globale, large, axée sur les personnes, force les équipes de travail à prioriser les personnes qui fréquentent leur organisme plutôt que de faire des campagnes de financement ou remplir des demandes aux fondations. Les équipes restreintes sont consacrées au déploiement de leur mission.
En plus, cette charité préconisée est davantage une évasion fiscale. Des personnes riches qui décident ce que la société devrait financer (ce qui veulent financer et comment ils le veulent aussi), au lieu que cet argent soit soumis aux décisions collectives en étant placé, comme il le devrait, dans les coffres de l'État. Alors, quand on parle d'autonomie, c'est de l'autonomie de qui qu'on priorise, celle des organismes communautaires autonomes ou celles des bien nantis ?
Ce dont nous manquons aujourd'hui, ce n'est pas de charité, mais de justice sociale, de solidarité collective et de décisions politiques courageuses.
– Stéphanie Vallée, co-coordonnatrice à L'R des centres de femmes du Québec. Endossent cette lettre, l'équipe de L'R des centres de femmes du Québec et son comité de coordination composé des représentantes de chaque région.
Pages reliées
La solidarité sociale n'est pas un gala de charité, Caroline Toupin, coordonnatrice du RQ-ACA
Milieu communautaire – En déficit de charité ou plutôt de reconnaissance ?, Noémie Barolet et Charles-Philippe Laperrière du Centre communautaire Val-Martin
31.03.2026 à 14:20
Mohamed Lotfi
Depuis mon arrivée au Québec en 1982, je consomme du communautaire. Depuis 1985, je n'ai pas cessé d'en produire. La notion était totalement nouvelle pour moi. J'y ai trouvé non seulement des services et des ressources, mais aussi un espace de création, de liberté et d'épanouissement.
Une manière joyeuse d'habiter le monde. Le communautaire a été ma porte d'entrée dans un Québec qui fut jadis le royaume du communautaire. Aujourd'hui, ce royaume est en train de perdre son trône. Il est, à juste titre, à boutte.
Derrière ce mot, communautaire, il y a encore des visages, des cuisines où l'on sert des repas chauds, des salles paroissiales transformées en refuges, des intervenants pour guider les jeunes vers des chemins moins dangereux. Des maisons bleus pour accueillir des jeunes femmes enceintes. Des intervenantes et des intervenants fatigués mais debout, encore, toujours.
Le communautaire est l'héritier d'un système autrefois porté par l'Église, qui veillait sur ses ouailles en les engageant dans une action à la fois spirituelle et concrète. L'action communautaire au Québec, c'est ce qui a traversé la disparition de l'Église pour continuer de servir le bien commun. Elle porte aussi, incontestablement, une part de l'héritage des Premières Nations. Ce qui relevait au départ du survivre ensemble s'est transformé, grâce au communautaire, en un véritable vivre-ensemble.
En 1994, Jacques Parizeau, au tout début de son mandat comme Premier ministre, plaçait l'action communautaire au cœur d'un projet social. Pour lui, un Québec souverain était un pays foncièrement communautaire. Dans son premier discours d'orientation, marqué par l'enthousiasme, il reconnaissait clairement le rôle essentiel du communautaire dans le tissu québécois. Il ne s'agissait pas d'un simple complément à l'État, mais d'un levier vivant, enraciné dans les réalités locales, capable de rejoindre là où les grandes structures échouent. Un discours conséquent, dans lequel Parizeau annonçait des investissements importants.
Cette reconnaissance n'était pas anodine. Elle traduisait une compréhension fine de ce que le communautaire incarne. Une proximité que les institutions ne peuvent pas toujours offrir. Une souplesse aussi. Là où les politiques publiques sont lentes, les organismes agissent vite. Là où les formulaires découragent, ils accueillent sans condition. C'est aussi là que les nouveaux arrivants peuvent cultiver leur appartenance citoyenne dans leur société d'accueil. Pour moi, le communautaire a été le meilleur remède contre le communautarisme. Contre l'enfermement.
Force est de constater aujourd'hui que le soutien politique à l'action communautaire s'est effrité. Le Québec est en train de se priver de ce qui le distingue profondément, de ce qui lui donnait une forme de souveraineté.
Le communautaire est désormais largement absent des discours politiques et médiatiques. Il est aussi de moins en moins présent dans les choix budgétaires. À titre d'exemple, le budget 2025-2026 ne prévoit qu'environ 22,9 millions de dollars pour l'ensemble du milieu communautaire, alors que les besoins sont estimés à 2,6 milliards. Dans certains cas, on observe même des reculs, comme une diminution de 4,2 millions pour les organismes soutenant l'intégration des personnes immigrantes. Ailleurs, les montants annoncés tiennent davantage du symbole que d'un réel soutien. Quelques millions dispersés entre différents secteurs, parfois à peine quelques centaines de milliers de dollars.
À cela s'ajoute une indexation insuffisante des subventions, bien en deçà de l'augmentation réelle des coûts, ce qui équivaut, dans les faits, à une coupure déguisée. Pendant ce temps, l'État impose des compressions globales et limite la croissance de ses dépenses, ce qui se répercute directement sur les organismes. Même lorsqu'il n'y a pas de coupures franches, il y a un étouffement progressif.
Oui, le communautaire est à boutte. Le slogan claque, brut, sans détour. Il ne cherche pas à séduire, il cherche à réveiller.
Les organismes communautaires répondent à la pauvreté, à l'isolement, à la détresse psychologique, à la violence, à l'insécurité alimentaire. Ils colmatent les brèches d'un système qui craque de partout. Mais leurs moyens, eux, n'ont pas suivi, ou si peu.
Pour avoir été à la fois témoin et acteur, je peux dire que les années 80 et 90 ont été un âge d'or du communautaire. La radio communautaire en portait l'écho, et les anciens regardent aujourd'hui cette époque avec une certaine nostalgie.
Lors d'un colloque tenu les 25 et 26 mars dans le cadre de la Semaine d'actions contre le racisme, Lela Savić, fondatrice, directrice générale et rédactrice en chef de La Converse, évoquait la situation actuelle. Pour elle, « le communautaire n'est pas à boutte, il est brûlé ». Son constat rejoint de nombreux témoignages recueillis ces dernières années. Des intervenants parlent d'épuisement chronique. L'un d'eux confiait que"le plus difficile est de devoir refuser une aide, fermer une liste d'attente, détourner le regard faute de moyens". Ce sont des blessures invisibles, mais profondes.
Le communautaire, ce n'est pas une abstraction. C'est une femme qui trouve enfin un endroit sécuritaire. C'est un jeune qui décroche moins parce qu'un adulte croit en lui. C'est un aîné qui mange chaud. C'est aussi un filet social qui empêche des chutes irréversibles. Quand ce filet s'effiloche, ce sont des vies qui basculent.
Le paradoxe est cruel. Plus les besoins augmentent, plus les ressources stagnent. Le financement est souvent précaire, fragmenté, conditionnel. Beaucoup d'organismes vivent au rythme des projets, des subventions temporaires et de redditions de comptes lourdes. On leur demande d'innover, tout en les maintenant dans une insécurité constante.
Certains sont aujourd'hui au bord du gouffre. D'autres envisagent carrément de fermer. Et ce ne sont pas de petites pertes. Chaque fermeture, c'est un quartier qui perd un repère. C'est une porte qui se ferme pour les plus vulnérables.
Ce qui frappe, c'est le décalage entre les discours et la réalité. On reconnaît l'importance du communautaire, on le cite comme faisant partie du modèle québécois. Mais dans les faits, on participe à son déclin.
Il y a quelque chose de profondément injuste à demander à des gens déjà engagés corps et âme de porter encore plus sans leur donner les moyens de tenir. Le dévouement ne peut pas être une politique publique. La bonne volonté ne remplace pas un financement stable.
Et pourtant, malgré tout, ils tiennent. Par conviction, par solidarité, par attachement à leur milieu. C'est admirable. Mais ce n'est pas durable.
Le slogan dit que le communautaire est à boutte. Il faut l'entendre comme un avertissement, pas comme une fatalité. Derrière l'épuisement, il y a encore une force immense. Mais cette force a besoin d'être reconnue autrement que par des mots.
Revenir à l'esprit de 1994 ne signifie pas céder à la nostalgie. Cela signifie retrouver une ambition. Celle de considérer le communautaire non pas comme un coût, mais comme un investissement. Non pas comme un dernier recours, mais comme une composante essentielle du vivre ensemble.
Le Québec s'est aussi construit à travers ces réseaux d'entraide. Les fragiliser, c'est fragiliser ce que nous sommes.
Alors la question n'est plus de savoir si le communautaire est important. Nous le savons déjà. La vraie question est simple. Sommes-nous prêts à lui donner les moyens de continuer à exister, pour vrai ?
Il y a dans le communautaire des êtres d'exception qui méritent notre reconnaissance. Organiser un gala annuel pour les récompenser, serait la moindre des choses. Une façon de célébrer une des plus belles activités humaines et lui donner une force politique. J'en ai croisé plusieurs lors de ce colloque de deux jours. Un des plus illustre est Mohamed Mimoun, appelé Momo, agent de mobilisation et de développement au Forum jeunesse de St-Michel. À lui seul, cet homme fait le travail d'une armée de fonctionnaires. La communauté lui doit beaucoup. En attendant qu'il reçoive très bientôt je l'espère la médaille de l'Assemblée Nationale, nous saluons tous son travail inestimable auprès des jeunes.
Celui qui m'a le plus impressionné à la fin de ce colloque est un jeune de 17 ans. Il s'appelle Amine Zakaria, formé en journalisme à l'école la Converse, fondée par Lela Savic. Organisme communautaire consacré aux jeunes. Son rap pour clore sa présentation est un hymne à la jeunesse québécoise.
« Je m'appelle Amine, je suis québécois et je vous emmerde ». Cette dernière phrase d'Amine, à elle seule, est la plus belle déclaration d'amour d'un citoyen issu de l'immigration à sa société d'accueil. C'est aussi le fruit d'une action magistralement communautaire.
Mohamed Lotfi
27 Mars 2026
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31.03.2026 à 14:20
Comité de mobilisation de l'ADÉPU
L'assemblée de L'Association des étudiantes et étudiants en philosophie de l'Université de Montréal (ADÉPUM) a voté le 25 mars en faveur d'une deuxième semaine de grève. À travers cette action, nous poursuivons les revendications de l'appel initial à la grève du 23 au 27 mars.
Ces dernières consistent en un soutien à la Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale (CRUES), qui milite contre les mesures d'austérité qui pèsent depuis 40 ans sur nos établissements postsecondaires. En concordance avec la CRUES, l'ADÉPUM milite également pour une réforme significative de l'aide financière aux études (AFE). Elle demande notamment le retrait du principe de contribution parentale, et que les dépenses de subsistance soient indexées au coût de la vie, car ce que l'AFE prévoit actuellement estloin de correspondre à la réalité vécue par nos membres 1. En outre, nous voulons également augmenter la pression en faveur de la rémunération des stages. Les stages non rémunérés obligatoires à la formation concernent directement notre population étudiante inscrite en enseignement de la philosophie au collégial. Pour cette deuxième semaine, l'ADÉPUM maintient son opposition militante à l'austérité dans le secteur public en solidarité avec le milieu communautaire 2 .
De plus, l'ADÉPUM affirme son opposition à la loi 94, qu'elle juge discriminatoire et antiféministe, considérant additionnellement qu'elle entrave les libertés d'expression et de croyance des travailleur·euse·s dans le secteur public. Nous voulons aussi profiter de cette seconde semaine pour s'opposer aux mesures autoritaires proposées par les projets de loi 1, 3, 7 et 13, qui limitent les droits à la manifestation et à la contestation démocratique. En même temps que le gouvernement nous oblige à travailler d'autant plus fort pour subvenir à nos besoins, il criminalise toute forme d'opposition à sa gouvernance délétère. Nous dénonçons donc avec vigueur l'ingérence dans la contestation dont fait preuve le gouvernement actuel, dans ce que nous considérons comme un effort de museler la voix d'une partie de la population.
C'est afin de souligner notre opposition, de mettre en place des initiatives de sensibilisation et d'éducation, et de cultiver une résistance aux mesures autoritaires et antidémocratiques de la CAQ que l'ADÉPUM a voté une reconduction de la grève pour une semaine supplémentaire. Il s'agira, pendant cette semaine, de mobiliser et de sensibiliser en faveur d'une mouvance sociale plus large et de développer nos liens avec le milieu communautaire.
À cet égard, nous tiendrons une école populaire, qui aura lieu pendant notre semaine de grève supplémentaire. Son but est de discuter d'enjeux qui nous tiennent à cœur et nous inquiètent, en tant que personnes étudiantes, mais aussi de tisser des liens avec les membres des communautés étudiantes, enseignantes et militantes de Montréal. Nous voulons reprendre les moyens de notre éducation entre nos mains, et les partager avec nos communautés.
Cette rupture dans la routine quotidienne nous permettra de cultiver l'esprit critique qu'appelle notre époque politique, esprit critique que le gouvernement actuel tente d'écraser. Nous visons à nous hisser nous-mêmes et nos communautés environnantes à la hauteur des mouvements sociaux qui se préparent au sein du mouvement étudiant québécois, et partout ailleurs au soi-disant Canada, au nom d'une justice sociale qui refuse en amont une telle gouvernance.
Cette grève, pour nous, s'insère dans un contexte plus large. Le financement des études postsecondaires au Canada ne suffit pas à subvenir aux besoins de base des personnes étudiantes auxquelles on chante pourtant les louanges de l'éducation. Ainsi, l'éducation postsecondaire devient une denrée rare dont peu peuvent justifier l'achat. Les personnes étudiantes doivent subir une précarité fabriquée de toutes pièces par des gouvernements qui ne considèrent leurs universités que comme des entreprises privées afin d'obtenir un diplôme désormais incapable de garantir un emploi stable, voire un standard de vie décent.
Un coup d'oeil sur une revendication majeure : financement des études et niveau de vie Alors qu'en Ontario, le gouvernement Ford coupele Régime d'aide financière aux études de l'Ontario (RAFEO), et qu'en Nouvelle-Écosse, le gouvernement Houston coupe jusqu'à l'os dans les budgets des universités, nous nous joignons aux personnes étudiantes qui refusent de subir ces attaques frontales à plat ventre. Nous saluons les manifestations en Ontario tout comme lagrève toute récente des étudiantes et étudiants en Nouvelle-Écosse, la première en son genre dans la province maritime. Ensemble, nous luttons contre les mêmes structures iniques et liberticides qui affectent l'entièreté du pays. En effet, par ce geste de solidarité interprovinciale, nous critiquons les atteintes portées à l'éducation postsecondaire au Canada, qui sévissent depuis des décennies.
Afin de pallier ces coupures, les universités canadiennes dépendent depuis trop longtemps de frais différentiels aberrants payés par les étudiantes et étudiants internationaux. Le modèle montrait déjà ses failles, mais l'année passée, lorsque le gouvernement fédéral a imposé un seuil arbitraire aux nombres de permis d'études octroyés aux étudiantes et étudiants internationaux — en les désignant comme boucs émissaires pour la crise du logement dont il est pourtant responsable — il réduisait d'autant plus la capacité des universités de financer leurs programmes, sans s'adresser à la cause première de la crise en éducation postsecondaire : le sous-financement des universités. Résultat ? Nos infrastructures s'effondrent, les heures d'ouvertures diminuent, nos programmes, lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes victimes des coupures, réduisent le nombre maximum d'inscrits et les frais de scolarité augmentent. Le modèle de financement actuel est insoutenable, d'où les coupures massives qu'annoncent les gouvernements provinciaux. Ce qu'il nous faut, au Québec comme partout au Canada, ce n'est pas l'exploitation continue de nos camarades internationaux ou domestiques, c'est plutôt un investissement massif dans le secteur public, c'est une fin à l'austérité.
La promesse de l'université est de nous éduquer sur le monde et sur nous-même. Un diplôme, nous dit-on, permet à une personne de s'orienter et de persévérer en elle-même comme dans sa communauté. Mais désormais, l'obtention d'un diplôme peine à garantir un emploi stable. Les universités deviennent des bêtes à profit, et ses étudiantes et étudiants — réduits au simple statut de clients — en paient littéralement le prix. Les personnes étudiantes se plient en deux afin de payer leurs études ; au lieu de se découvrir à l'université, elles s'y perdent sous une montagne de dettes, d'emplois à temps-partiel et de stress financier. L'aide financière aux études (AFE), ici comme ailleurs au soi-disant Canada, fait faillite. Nos membres, même s'iels reçoivent de cette aide financière, sont obligés de faire des sacrifices de plus en plus importants afin d'obtenir des diplômes qui leur assurent de moins en moins la possibilité de décrocher un emploi. C'est pourquoi nous demandons une réforme de l'AFE : nous exigeons un standard de vie digne pour nos membres et pour l'ensemble de la société. En effet, toustes méritent une éducation postsecondaire et une vie décente. Voilà un investissement dont un gouvernement démocratique digne de ce nom pourrait se vanter. Mais, au lieu de favoriser le développement de ses citoyens, il pince ses sous pour le secteur public, et déverse ses épargnes dans le secteur privé. C'est un choix qu'il fait sciemment, un très mauvais choix, que nous tenons à critiquer rigoureusement par la reconduction de notre grève.
En toute solidarité, Le comité de mobilisation de l'ADÉPU
Notes 1.Par exemple, le modèle actuel de l'AFE suppose qu'une personne étudiante vivant chez ses parents ait des dépenses mensuelles de 648$, tandis qu'une personne étudiante ne vivant plus avec ses parents compterait des dépenses de 1348$ par mois (https://crues.org/wp-content/uploads/2026/03/Analyse_de_lAFE_final.pdf ). 2 https://aboutte.info/
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31.03.2026 à 14:19
Global Sumud Canada
Global Sumud Canada - membre de la délégation canadienne de la prochaine mission civile vers Gaza - joint sa voix à celles de nombreux acteurs de la société civile québécoise et canadienne pour dénoncer cette censure politique et la dérive répressive qui vise à réduire au silence les voix solidaires du peuple palestinien.
Le 30 mars 2026
Tiohtià:ke/Moonyang/Montréal – Global Sumud Canada, qui rassemble le soutien de plus de 130 organisations de la société civile à travers le Canada, dénonce la censure et l'interdiction d'entrée imposée par les autorités canadiennes à la députée européenne franco-palestinienne Rima Hassan, empêchée de se rendre à Montréal du 29 mars au 2 avril. Cette décision constitue un acte grave de censure politique et une atteinte directe à la liberté d'expression, révélateur d'un climat de plus en plus hostile envers les voix solidaires du peuple palestinien.
Selon les informations dont nous disposons, l'autorisation de voyage électronique de Rima Hassan, pourtant acceptée le 24 mars, a été suspendue arbitrairement à la veille de son départ vers le Canada. Cette décision opaque soulève de graves inquiétudes quant à l'indépendance des institutions canadiennes, face à des pressions politiques, notamment sionistes, qui semblent influencer des décisions relevant pourtant de l'intérêt public et du respect des droits fondamentaux. Global Sumud Canada dénonce les pressions contre la venue de Rima Hassan exercée par deux organisations sionistes qui défendent les intérêts d'Israël au Canada, B'nai Brith Canada et le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA).
Rima Hassan est reconnue internationalement comme une défenseure des droits humains et une voix majeure dans la lutte pour la justice et la libération du peuple palestinien. Dans le cadre de son mandat de députée européenne, elle devait participer à deux conférences publiques à Montréal les 30 et 31 mars, dont l'une aux côtés de la porte-parole de Global Sumud Canada, ainsi qu'à plusieurs rencontres avec des organisations de la société civile et des acteurs politiques engagés.
Il est particulièrement révélateur que cette interdiction intervienne précisément alors que les conférences prévues portaient sur la censure, la criminalisation des solidarités et la montée de l'extrême droite. Le message envoyé par cette décision est qu'au Canada, les voix qui dénoncent les politiques israéliennes et les complicités internationales sont ciblées, marginalisées et réduites au silence.
Le 1er avril 2026, Rima Hassan devait également prendre part à une conférence de presse organisée par Global Sumud Canada en soutien à la prochaine mission civile maritime vers Gaza prévue en avril 2026. Ayant elle-même participé à une mission précédente en 2025, sa présence incarnait un engagement concret pour briser le blocus illégal imposé à Gaza.
En agissant ainsi, le gouvernement canadien confirme une fois de plus sa complicité dans le maintien du statu quo, alors que le peuple palestinien continue de subir des violences coloniales et systémiques, et que les appels internationaux à la justice et à la fin de l'impunité se multiplient. Mais ces tentatives de censure ne feront pas taire le mouvement. Elles confirment au contraire que la mobilisation grandit, qu'elle dérange, et qu'elle est nécessaire.
Global Sumud Canada réaffirme son engagement à poursuivre la lutte pour la justice, la liberté du peuple palestinien et à défendre, ici même, les espaces démocratiques menacés. Même si l'entrée physique de Rima Hassan a été empêchée, sa voix continuera de se faire entendre, notamment à travers la tenue de ces événements à distance.
Parce que chaque tentative de censure renforce notre détermination.
Parce que chaque voix réduite au silence en appelle mille autres.
Par la mer. Par la terre. Dans les rues. Dans les campus.
La lutte continue.
Citation
« L'interdiction d'entrée de Rima Hassan au Canada ne peut être comprise en dehors d'un contexte plus large de répression croissante du mouvement de solidarité avec la Palestine au Canada. Elle s'inscrit dans une dynamique politique où des pressions constantes exercées par des groupes pro-israéliens influencent les décisions publiques, au détriment de la liberté d'expression, du débat démocratique et du droit à la solidarité internationale. Ce deux poids, deux mesures est d'autant plus frappant que des militaires israéliens sont régulièrement invités à intervenir dans des universités et dans les médias au Canada, sans faire l'objet des mêmes restrictions ni du même traitement. » déclare Safa Chebbi, porte-parole de Global Sumud Canada
Global Sumud Canada (GSC) est la délégation canadienne de la Global Sumud Flotilla, un mouvement international d'action coordonnée et non violente — par voie terrestre, maritime et à travers les frontières — visant à mettre fin au siège illégal imposé par Israël à Gaza, à dénoncer les complicités qui permettent la poursuite de l'occupation et à se tenir aux côtés du peuple palestinien.
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31.03.2026 à 14:19
Nick Gottlieb
L'industrie et ses alliés politiques se servent une nouvelle fois des conflits mondiaux pour affirmer que le Canada doit accroître sa production de combustibles fossiles
11 mars 2026 | tiré de Canadian dimension | Photo : Un incendie ravage le dépôt pétrolier de Shahran à Téhéran après que des frappes aériennes israéliennes ont touché le site. Photo gracieusement fournie par OSINTtechnical/X.
« Alors que de graves pénuries d'énergie s'aggravent en Europe, le rôle du Canada en tant que fournisseur mondial d'énergie progressiste et fiable pourrait faire partie de la solution énergétique, déclare un porte-parole d'une coalition citoyenne canadienne. »
« Le statut du Canada en tant que source de combustible politiquement fiable en fait une cible attractive pour les investissements visant à répondre aux besoins énergétiques futurs. »
« Le Canada figure parmi les leaders en matière de fourniture d'énergie fiable… Le Canada s'impose plus que jamais comme un partenaire de choix pour l'Europe ; et l'Europe a tout intérêt à signer des contrats à long terme et à investir massivement au Canada. »
Ces déclarations pourraient donner l'impression d'avoir été faites cette semaine. Mais elles datent de 2022, lorsque l'industrie des combustibles fossiles a lancé une campagne de communication et d'influence bien coordonnée visant à utiliser la guerre de la Russie en Ukraine pour détruire efficacement le mouvement climatique occidental.
L'industrie a considéré l'annexion de la Crimée en 2014 et ses répercussions sur les marchés énergétiques et la politique européens comme une occasion manquée, et elle a passé la décennie suivante à s'assurer d'être prête pour la prochaine crise. Lorsque la Russie a déclenché la guerre, elle était prête, et elle a pu diffuser rapidement un message coordonné à travers ses réseaux d'influence, notamment via les médias, les groupes de réflexion, les associations professionnelles et l'accès direct aux responsables politiques.
Aux États-Unis, l'industrie des combustibles fossiles et la droite ont lancé une campagne accusant le « programme écologique de Biden » et appelant à une expansion radicale de la production de combustibles fossiles. En Colombie-Britannique, nos deux principaux partis se sont affrontés à l'Assemblée législative pour savoir lequel soutenait le plus vigoureusement l'industrie du GNL. En Alberta, le premier ministre Jason Kenney a appelé à l'augmentation de la production pétrolière avec le slogan « Le pétrole de l'Alberta vaut mieux que le pétrole d'un dictateur ». À Terre-Neuve-et-Labrador, le premier ministre Andrew Furey a déclaré que leur pétrole offshore était nécessaire « pour soulager certains de nos partenaires de l'OTAN de la tyrannie de la Russie ».
En bref, l'industrie a réussi à contrôler efficacement la manière dont les effets de la guerre sur l'approvisionnement énergétique mondial seraient discutés et perçus dans la sphère publique. Elle a profité de l'occasion pour faire passer un message clé : que la seule réponse appropriée en Amérique du Nord était d'augmenter de manière agressive la production de combustibles fossiles. Aujourd'hui, l'attaque illégale des États-Unis et d'Israël contre l'Iran a déclenché une nouvelle crise énergétique aux répercussions encore plus importantes. Les représentants de l'industrie, les groupes de réflexion et les politiciens favorables aux combustibles fossiles à travers le Canada tentent de reproduire la même stratégie politique.
Dans les deux jours qui ont suivi l'annonce de la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran, le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson — qui siégeait jusqu'à récemment au conseil d'administration du géant des sables bitumineux MEG Energy — a déclaré aux journalistes : « Ce que cela [la guerre] signifie concrètement pour notre position dans le monde en tant que superpuissance énergétique et des ressources naturelles, c'est que nous sommes aujourd'hui encore plus importants qu'avant le week-end. » Il a qualifié cette attaque illégale, qui a déjà coûté la vie à plus d'un millier de civils iraniens, d'« opportunité » et a décrit le Canada comme un « producteur d'énergie stable, fiable, prévisible et fondé sur des valeurs ».
La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, n'a pas tardé à réagir non plus, déclarant le 2 mars qu'un nouveau pipeline reliant les sables bitumineux à la côte ouest était nécessaire pour fournir « à nos partenaires commerciaux et alliés […] une source d'approvisionnement stable ».
La CBC contribue à blanchir ce nouveau discours — tout comme l'ancien — sans même ajouter la réserve habituelle « selon les analystes » : « L'escalade de la guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix spot du gaz naturel en Europe et en Asie, soulignant le potentiel du Canada à jouer un rôle plus important en tant que fournisseur mondial stable. »
Les conservateurs fédéraux utilisent la situation non pas pour protéger les Canadiens contre les chocs de prix, ce dont le Canada est tout à fait capable, mais pour promouvoir la déréglementation et une expansion radicale des projets d'exportation.
La rhétorique, la stratégie politique et la reprise médiatique sont toutes étrangement similaires à celles de 2022. La dernière fois, l'industrie des combustibles fossiles a remporté une victoire sans équivoque : les subventions aux combustibles fossiles ont doublé, les compagnies pétrolières et gazières ont engrangé des bénéfices exceptionnels records (qui sont allés principalement aux actionnaires aux États-Unis), et la restriction de l'offre de combustibles fossiles a disparu de la boîte à outils de la politique climatique, remplacée par une politique énergétique dite « tout ce qui précède ».
Leur campagne a également donné naissance à une nouvelle forme de nationalisme fondé sur les combustibles fossiles en Amérique du Nord, qui a contribué à la fois à l'ascension de Trump 2.0 en 2024 et au nationalisme ostensiblement anti-Trump et pro-combustibles fossiles de la campagne de Mark Carney.
Malheureusement pour l'industrie, la situation semble un peu différente cette fois-ci pour les clients potentiels susceptibles d'acheter nos produits énergétiques « fiables » et « fondés sur des valeurs ». La demande de GNL en Asie est déjà en baisse. Les partisans ont paradoxalement misé sur le fait que l'excédent d'offre de GNL émergent (avant la guerre) ferait baisser les prix suffisamment pour convaincre les pays asiatiques de construire une quantité énorme d'infrastructures gazières, les enfermant ainsi dans une dépendance vis-à-vis des exportations canadiennes pour des décennies. C'était déjà fragile il y a quelques semaines. Le premier importateur indien de GNL, par exemple, a déclaré en janvier que les prix devraient baisser à 6-7 $/mmBtu pour que la demande indienne de GNL augmente, un prix probablement inférieur au seuil de rentabilité pour les producteurs canadiens, dont les coûts sont élevés.
Mais c'est désormais absurde : les prix spot du GNL en Asie ont augmenté de 50 % pour dépasser les 15 $/mmBtu la semaine dernière.
Le calcul pour les décisions d'investissement en Asie du Sud et de l'Est, et même en Europe, est simple : investit-on dans des infrastructures de combustibles fossiles — coûteuses, exposées à la volatilité des marchés des matières premières, vulnérables aux campagnes de bombardements et aux chocs géopolitiques, et soumises aux caprices de régimes fascistes — ou investit-on dans les énergies renouvelables ?
La décision prise par l'Éthiopie en 2024 d'interdire les véhicules à moteur à combustion interne semble très prémonitoire à la lumière de la crise énergétique de 2026, et elle est probablement révélatrice de la direction que va prendre une grande partie du monde. La Chine, longtemps considérée comme un puits sans fond pour la demande en combustibles fossiles nord-américains, s'engage dans cette direction aussi vite qu'elle le peut, en partie en dépensant des dizaines de milliards de dollars dans un programme de type « prime à la casse » destiné à éliminer progressivement les véhicules à essence et diesel.
La question n'est pas de savoir si la tentative de l'industrie de reproduire sa stratégie de 2022 réussira à ramener le reste du monde vers les combustibles fossiles. Elle n'y parviendra pas. La question est de savoir si l'industrie — un bloc de capitaux intégré et transfrontalier qui s'étend à la fois aux États-Unis et au Canada — réussira à accentuer la progression du « fascisme fossile » au Canada et à lier notre destin au projet moribond d'une hégémonie américaine lubrifiée par le pétrole. C'est là qu'interviennent la gauche canadienne et le mouvement pour le climat. L'industrie a remporté une victoire décisive en 2022 et a consolidé sa position politique au cours des années qui ont suivi. C'est à nous de riposter et de veiller à ce que cette même stratégie ne puisse pas être utilisée pour contraindre le Canada à couler avec le navire américain.
Nick Gottlieb est un journaliste spécialisé dans le climat basé dans le nord de la Colombie-Britannique et l'auteur de la newsletter Sacred Headwaters. Son travail vise à comprendre les dynamiques de pouvoir qui sous-tendent les crises interdépendantes d'aujourd'hui et à explorer les moyens de les surmonter. Suivez-le sur X @ngottliebphoto.
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31.03.2026 à 14:19
Gabriela Calugay-Casuga
Le projet de loi C-12 pourrait entraîner une réduction drastique de l'immigration au Canada, créant ainsi une incertitude dans les secteurs qui dépendent des travailleurs migrants.
19 mars 2026 | tiré de rabble.ca https://rabble.ca/labour/bill-c-12-passed-senate-and-migrant-workers-are-left-in-the-dust/
Le projet de loi C-12, une loi critiquée par les groupes de défense des droits humains pour son attaque contre les migrants, a été adopté en troisième lecture au Sénat la semaine dernière. Cette évolution a été qualifiée de « dévastatrice » par Amnesty International.
Le projet de loi contient une disposition qui donnerait au gouvernement le pouvoir de bloquer les nouvelles demandes d'immigration, de suspendre le traitement des demandes existantes ou de mettre fin à des demandes si cela est dans « l'intérêt public ». Le Conseil canadien pour les réfugiés a critiqué la formulation de cette disposition, la jugeant trop vague et dépourvue de garanties, ce qui pourrait exposer certains groupes à la discrimination. Ces nouveaux pouvoirs pourraient avoir un impact sur toutes sortes de demandes d'immigration, y compris les permis de travail.
Mehak Kapoor, éducatrice en garderie en Ontario et présidente de la section locale 5575 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP 5575), dénonce la manière dont les coupes dans l'immigration nuisent à la main-d'œuvre. Elle-même immigrante, Mme Kapoor s'est retrouvée dans une situation où elle a dû démissionner et se préparer à quitter le Canada après l'expiration de son permis de travail le 16 mars.
Même avant le projet de loi C-12, les immigrants étaient déjà plongés dans l'incertitude en 2024 lorsque le gouvernement a annoncé un plan de niveaux d'immigration visant à réduire la population d'immigrants.
Le syndicat dénonce les changements apportés par le gouvernement à la politique d'immigration, qui ont créé des conditions dans lesquelles de nombreuses personnes ont dû quitter des emplois où elles effectuaient un travail précieux. Le lieu de travail de Mme Kapoor, la Learning Enrichment Foundation à Toronto, est un exemple de la façon dont l'incertitude liée à l'immigration affecte les services de garde d'enfants. Le SCFP a indiqué qu'environ 20 % du personnel de la fondation sont des travailleurs migrants titulaires de permis de travail temporaires qui expirent cette année. Le syndicat a également souligné que le secteur de la garde d'enfants à travers le Canada dépend de la main-d'œuvre migrante.
La garde d'enfants au Canada a permis à davantage de parents, et plus particulièrement aux mères, de participer au marché du travail. Mais aujourd'hui, les centres de garde d'enfants voient leurs effectifs s'amenuiser.
Jess Tomas, président du SCFP 2484, a souligné que des éducateurs qualifiés sont contraints de partir en raison des changements apportés à la politique d'immigration du Canada.
« Nous manquons cruellement de personnel. Nous ne pouvons pas prendre de congés maladie. Nous ne pouvons pas prendre de vacances. Et pourtant, ces personnes qualifiées qui sont venues ici sont renvoyées chez elles », a déclaré M. Tomas. « Et devinez quoi ? Dans cinq ans, ils vont attirer une nouvelle vague ici. Et nous aurons une nouvelle main-d'œuvre immigrée et migrante invisible qui aura été exploitée puis rejetée. »
ÉCOUTEZ : Gabriel Allahdua sur le bilan du Canada en matière de droits des migrants
Au-delà de l'impact sur la charge de travail des personnes qui restent, Mme Kapoor a déclaré que l'incertitude liée à l'immigration aura des répercussions sur les enfants qui tissent des liens avec les éducateurs.
« Quand on travaille avec des enfants, les relations comptent. Les enfants font confiance à leur éducateur. Les familles font confiance aux personnes qui s'occupent de leurs enfants », a-t-elle déclaré. « C'est tellement déchirant parce que je ne veux pas quitter mes enfants. Ce sont eux qui prononcent leurs premiers mots, font leurs premiers pas, ou apprennent mon nom et m'appellent par mon nom, ou encore quand ils entrent, me voient et courent vers moi pour un câlin. »
Alors que le projet de loi C-12 est sur le point d'être adopté, son impact sur les migrants ne manquera pas de s'ajouter aux effets du Plan des niveaux d'immigration. Lors de la conférence annuelle du CUPE Ontario destinée aux travailleurs des services sociaux, Kapoor et Tomas ont exhorté leurs collègues du syndicat à se mobiliser en faveur des travailleurs migrants. Kapoor a déclaré que le syndicat était important pour elle car il lui apportait un soutien et lui donnait une voix. Elle a ajouté que le travail visant à renforcer la solidarité avec les travailleurs migrants devait se poursuivre.
« Nous devons reconnaître que les personnes qui travaillent avec un permis temporaire sont avant tout des travailleurs. Les droits du travail, la protection sur le lieu de travail et la dignité ne devraient jamais dépendre du statut d'immigration d'une personne », a-t-elle déclaré. « Nous avons besoin de voies claires et équitables vers la résidence permanente, en particulier pour les travailleurs des secteurs essentiels comme la garde d'enfants ou les services sociaux. Si quelqu'un étudie ici, travaille ici et contribue à la communauté, il devrait avoir une réelle opportunité de rester. »
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31.03.2026 à 14:18
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Alors que la montée du prix du pétrole et la guerre commerciale font tanguer l'économie canadienne, l'Alliance interprovinciale de l'assurance-emploi, composée de syndicats et de groupes communautaires pour la défense des sans-emplois dans tout l'Est du pays, exige une réforme majeure de l'assurance-emploi et des mesures urgentes pour soutenir les multiples oublié-es de l'assurance-emploi, et en particulier les travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière.
Tiré de l'infolettre CSN En Mouvement
Photo :Présence de la CSN au Parlement du Canada.
Une délégation d'une vingtaine de personnes provenant de plusieurs provinces est aujourd'hui à Ottawa afin de livrer un message clair au ministre des Finances : il y a urgence d'agir pour nos régions ! Munis de jarres remplies de cennes noires, les membres de l'Alliance rappellent que mettre fin au « trou noir » de l'assurance-emploi ne coûterait que… quelques cennes.
Un système qui abandonne nos régions
Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse ou Terre-Neuve : partout dans l'Est du Canada, les travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière se retrouvent chaque année sans revenu pendant plusieurs semaines à cause de paramètres administratifs mal adaptés aux réalités des régions. Pourtant, ces personnes occupent des emplois essentiels à l'économie régionale : pêche, transformation du poisson, foresterie, construction, tourisme, pourvoiries, lutte contre les incendies… Le problème est connu : entre la fin des prestations d'assurance-emploi et le retour au travail, un vide se crée. C'est ce que l'on appelle le « trou noir ».
La coalition réclame une réforme en profondeur de l'assurance-emploi afin d'en élargir l'accès et de mieux contrer les aléas du travail saisonnier. À court terme, elle demande la prolongation et l'amélioration du projet-pilote qui prend fin en octobre 2026 et octroie cinq semaines supplémentaires de prestations aux travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière. Les différents groupes demandent que cette mesure soit non seulement maintenue, mais pérennisée et bonifiée de 15 semaines. L'Alliance apporte l'argent nécessaire au ministre Champagne
Pour dénoncer l'inaction du gouvernement face à ce problème de longue date, l'Alliance interprovinciale a apporté des cennes noires récoltées auprès des employeurs, des travailleuses et travailleurs et de la population des régions concernées.
« En apportant nos cennes noires au ministre Champagne, on veut rappeler que le problème du “trou noir”, ce n'est pas un problème financier ni une fatalité, mais un manque de volonté politique. Les 15 semaines supplémentaires dont bénéficieraient les travailleuses et les travailleurs de l'industrie saisonnière ne coûteraient qu'une cenne par 100 $ de revenu. Alors, voici les cennes : on attend maintenant l'action politique ! », déclare Fernand Thibodeau, porte-parole de l'Alliance interprovinciale de l'assurance-emploi.
Des travailleuses et des travailleurs laissés pour compte
Sur le terrain, les conséquences sont bien réelles. Des travailleuses et travailleurs de l'industrie saisonnière et des membres de l'Alliance sont venus témoigner pour que les députés comprennent la réalité en région :
« Le système d'assurance-emploi actuel nous abandonne complètement. On exige des heures impossibles à atteindre et on réduit nos prestations avec des calculs injustes. Les travailleuses et travailleurs de la mer méritent mieux », témoigne Mandy Symonds, de la Nova Scotian Seasonal Workers Association.
« On fournit le bois, le poisson et une destination touristique au Québec. On aime notre travail. Tout ce qu'on demande, c'est de pouvoir passer l'hiver dignement », souligne Audrey Boulianne, travailleuse de l'industrie saisonnière à Tadoussac.
« Les travailleuses et travailleurs saisonniers méritent un régime d'assurance-emploi qui tienne compte de leur véritable saison de travail et de la stabilité de l'emploi dans leur région, et non des taux en constante évolution. Il est essentiel de moderniser l'assurance-emploi et d'y ajouter des mesures de soutien en cas de crise pour protéger les communautés rurales et côtières », rappelle Johan Joensen, représentant de Fish, Food and Allied Workers Union (FFAW-Unifor) à Terre-Neuve-et-Labrador.
Une réforme nécessaire pour tous les citoyens
« De moins en moins de travailleuses et travailleurs sont couverts par l'assurance-emploi, alors même que le chômage augmente. Le gouvernement doit régler ce problème. La CSN salue la décision du gouvernement de prolonger les mesures temporaires pour faire face à la crise tarifaire, dont l'octroi de 20 semaines supplémentaires pour les travailleuses et travailleurs de longue durée, mais dénoncent que trop peu y aient accès. Par exemple, les jeunes, souvent les premiers mis à pied, n'ont pas droit à cette mesure », affirme David Bergeron-Cyr, vice-président de la CSN.
« Le régime actuel continue d'exclure celles et ceux qui en ont le plus besoin. Il est temps d'avoir le courage politique de faire une réforme en profondeur », ajoute Olivier Carrière, secrétaire général de la FTQ.
Pour l'Alliance, la question dépasse largement l'assurance-emploi : elle touche à l'avenir des régions. Sans solution, préviennent les organisations, les communautés côtières et rurales continueront de se vider, fragilisant des pans entiers de l'économie canadienne. Aujourd'hui, avec leurs cennes noires, les travailleuses et travailleurs envoient un message simple au gouvernement : les solutions existent, elles sont abordables — il ne manque que la volonté politique.
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31.03.2026 à 14:17
Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
Une délégation de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s'est présentée aujourd'hui à l'Assemblée nationale pour accueillir les parlementaires et les sensibiliser à une revendication urgente : accorder 10 jours d'absence rémunérés aux personnes victimes de violence conjugale, protégés par la Loi sur les normes du travail.
« En moins de 3 mois, on recense déjà 7 féminicides en 2026 ! Représentant une majorité de femmes, nous sommes inquiet·ète·s. Derrière ces chiffres, des femmes tentaient de survivre à de la violence conjugale. Ce qu'on demande, c'est d'accorder aux victimes le temps nécessaire pour s'en sortir, sans avoir à choisir entre leur sécurité et leur salaire. Qu'attendons-nous pour freiner l'évolution alarmante de ces statistiques ? », dénonce Isabelle Mantha, vice-présidente de l'APTS.
Québec en retard sur d'autres provinces
Aux côtés de l'Alberta, le Québec accuse un retard important. Pourtant, cette mesure déjà éprouvée ailleurs au Canada peut sauver des vies. Elle enlève l'un des obstacles qui empêchent les victimes de passer à l'action en leur permettant de se mettre en sécurité, de consulter des ressources spécialisées ou même de participer à des démarches judiciaires.
« Pour nous, cette revendication dépasse le cadre de nos conventions collectives. Protéger les victimes, syndiquées ou non, c'est l'affaire de toutes et tous. Y compris des employeurs, parce que la violence ne s'arrête pas aux portes du travail », affirme-t-elle.
Rappelons qu'à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les parlementaires ont voté à l'unanimité pour dénoncer les féminicides et améliorer la prévention. Représentant plus de 68 000 personnes - dont des professionnelles et des techniciennes en santé mentale intervenant quotidiennement auprès des victimes - l'APTS pense qu'il est temps que les élu·e·s transforment ces engagements en actions concrètes.
« Le ministre du Travail nous répond que la mesure serait trop coûteuse. Mais pouvons-nous vraiment mettre un prix sur la vie des victimes et de leurs enfants ? La vie des femmes ne devrait pas avoir à être négociée ! », conclut-elle.
Cette revendication est portée en collaboration avec l'Intersyndicale des femmes.