22.09.2026 à 14:14
Marc Bonhomme
L'Aut'Journal reprend un court article de Thomas Piketty publié dans le journal Le Monde qui pose les jalons des transformations nécessaires et les conditions économiques indispensables pour arrêter le train infernal menant vers la terre-étuve.
D'un, « même menée à très grande échelle, la transformation des systèmes énergétiques ne suffira pas.a limitation du réchauffement à moins de 2 °C exige la sobriété, définie comme une transformation structurelle de l'économie. Cela passe par la poursuite de la réduction historique du temps de travail, un changement des habitudes alimentaires permettant une reforestation d'ampleur, et une forte diminution du poids des secteurs matériels dans l'économie. » Piketty donne les exemples des vêtements jetables et des téléphones portables dernier cri. Ce serait rester à la surface du problème. Les piliers de la consommation de masse qui enchaînent les ménages prolétariens au capital bancaire sont la « villa campagnarde » et l'auto solo — d'où le dilemme entre fin du monde et fin du mois — à remplacer par le logement social communautaire et le transport en commun mur à mur. Ajoutons-y le régime alimentaire végétarien implicitement avancé par l'auteur.
De deux, « [l]'éducation, la santé et la culture apportent un bien-être à la fois plus réel et plus durable : trois fois moins d'intrants matériels et d'émissions carbone par euro de produit intérieur brut (PIB) que l'industrie, la construction ou l'agriculture intensive. »Dans le mil. Voilà ce que saccage l'austérité néolibérale devenant « austorité » avec la militarisation du monde pavant la voie au néofascisme dans laquelle le Canada et le Québec embarquent à pieds joints. Soulignons que les services publics, acquis des « trente glorieuses » arraché peu ou prou à la domination du marché et qui pourraient s'étendre au transport et à l'alimentation de base, sont autant de producteurs de liens sociaux, de solidarité entravant l'individualisme et la course effrénée à la consommation. La somme des services publics bonifiés et gratuits plus l'indispensable consommation matérielle libérée de l'agriculture industrielle et carnée, de la mode et de l'obsolescence planifiée seront quantitativement équivalent et qualitativement supérieure au revenu du ménage moyen des pays riches. Piketty a raison de s'attaquer au mythe de la prétendue automaticité capitaliste de la dématérialisation de l'économie. Et il a encore plus raison de souligner la fausseté de la substitution des biens matériels et de l'énergie fossile par les services et l'énergie renouvelable alors qu'il n'y a qu'empilement. Cette substitution est antinomique à l'accumulation du capital, donc à la croissance du PIB, commandée par la loi de la compétition entre les capitaux.
De dire Piketty, « [p]our changer de cap et mener à bien les transformations nécessaires (énergie, éducation, santé), les moyens à mobiliser sont considérables : environ 10 % du PIB mondial par an jusqu'en 2050. Il faudra mettre les plus riches à contribution » …pour dire le moins. Sera nécessaire une stratégie qui combine justice climatique avec justice sociale parce que les ultrariches sont essentiellement responsables des émanations de GES par leur consommation mais surtout par leur contrôle de l'économie à commencer par les transnationales pétrolières et bancaires. Au cœur de cette stratégie se trouve « la mobilisation syndicale et citoyenne » […] Le point essentiel est qu'une telle transformation doit aller de pair avec la démocratie économique, l'autogestion, l'égalité politique et territoriale et la démarchandisation. » Pourquoi ne pas dire clairement que des politiques révolutionnant la structure économique en termes d'énergie, de transport, d'agriculture, d'habitat et d'urbanisme implique une rupture avec les rapports sociaux capitalistes ?
De nuancer Piketty,« [p]our avancer, il faudra convaincre les classes populaires et moyennes du Nord et du Sud que le statu quo n'est pas tenable et conduit à l'enfer climatique, social et migratoire. » En effet, la consommation des classes moyennes (les 40% dans la séquence mondiale 10 riche – 40 moyen – 50 pauvre) joue un rôle involontaire dans les émanations de gaz à effet de serre (GES) à cause d'une structure subie de la consommation, particulièrement dans les secteurs transport et habitation. L'attachement à cette structure, considérée comme un acquis alors qu'elle est une dépendance surtout par l'endettement des ménages, reste un obstacle à leur mobilisation. Toutefois, pour se donner les moyens de mettre en œuvre les drastiques réformes de la structure économique nécessaires au tournant climatique, Piketty semble se satisfaire d'une redistribution fiscale des revenus sans atteinte à la propriété des moyens de production malgré qu'il parle de « démocratie économique » et « d'autogestion ». Piketty donne l'impression d'être davantage obnubilé par l'échelle des revenus (et des patrimoines) plus que par la dichotomie entre la masse des prolétaires et l'archi-concentration et centralisation du capital. Il en découle qu'il esquive la nécessité du renversement du capitalisme.
Pour QS c'est la concertation avec l'entreprise privée pour perpétuer une croissance compétitive
On pourrait définir Thomas Piquetty comme un réformiste radical tendant la main à l'écosocialisme lequel prône une société en décroissance matérielle de prendre soin des gens et de la terre-mère. On ne peut pas en dire autant du plan de transition 2035 « Préparer l'avenir » de Québec solidaire. Le débat à trois sur l'environnement à la Maison du développement durable — l'absence de la CAQ et du PCQ les disqualifie en partant — a donné l'impression que les trois partis présents baignent dans les mêmes eaux. Pourtant les Libéraux se contentent de maintenir la même cible de réduction de GES à 37.5% déjà insuffisante que la CAQ a pourtant retardée de 2030 à 2035. En plus, ils se dispensent de présenter un plan d'ensemble que seuls ont fait QS et le PQ. Bizarrement, le PQ a fait connaître son plan, dont la mesure vedette est une passe mobilité à 95$ par mois, avant le début de la campagne pour marquer que ses priorités étaient ailleurs. Fort à propos, QS a fait remarquer que les positions pratiques du PQ sont loin d'être écologiquement conséquentes tellement priment les intérêts des entreprises.
Quant n'est-il de QS ? D'entrée de jeu dans la présentation de son plan, le parti affirme qu'« il ne s'agit pas de choisir l'un [l'environnement] ou l'autre [la croissance économique]. » Adieu décroissance matérielle. Pour le parti « la crise climatique est le résultat de mauvais choix économiques ainsi que de politiques inefficaces et mal ciblées » et non pas une crise de système. Pour QS, l'environnement est « une occasion stratégique de développer un véritable avantage concurrentiel : en misant sur notre énergie et en devenant une économie à faible émission de carbone, le Québec peut attirer les investissements étrangers ». Voilà le Québec inscrit dans la grande foire mondiale de l'intelligence artificielle s'orientant de plus en plus vers une économie de guerre ce dont il n'est nulle question dans le plan qui aligne pourtant plus de cent mesures. Comment alors remettre en question par des BAPE le Plan d'électrification 2035 de 200 milliards $ avec ses champs d'éoliennes et sa nouvelle Baie James de l'entente de Churchill Falls aux dépens des peuples autochtones ? Pour un parti se disant de gauche, il vaut mieux taire cette triste affaire.
Pour y arriver, dit le plan, il y faut « une politique industrielle fondée sur le partenariat [… pour] coordonner les investissements, la formation, la recherche, les infrastructures, les marchés publics, l'innovation et les chaînes d'approvisionnement. Cette coordination exige une collaboration permanente entre l'État, les travailleuses et les travailleurs, les entreprises, les mouvements sociaux et communautaires, les milieux de la recherche, les Premières Nations et Inuit, les municipalités et les régions. » Au sein de cette vaste concertation qui noie le poisson, les acteurs clefs dans une société capitaliste sont les détenteurs de fonds c'est-à-dire les entreprises, plus particulièrement les transnationales étrangères et les institutions financières d'ici et d'ailleurs, et l'État. Un gouvernement Solidaire garantirait-il un État de gauche ? De prime abord, il se confronterait à la pétrolière moyenne puissance canadienne soutenue par la grande puissance étatsunienne. On peut toujours imaginer une politique de division trumpiste mais certainement pas pour une indépendance à gauche. Quant à l'État profond, il est maillé par mille liens avec le réseau capitaliste sans compter qu'il est prisonnier de la dette publique et de la politique d'investissements des entreprises. À moins de vouloir confronter le capital. Mais QS veut la concertation pas l'affrontement. La messe est dite.
Des réformes plaisant au capital parce qu'elles contribuent à sa rentabilité sans rien résoudre
Se pourrait-il qu'une politique de centre-gauche soit acceptable par le capital ? De dire le plan, il faut « [r]éserver les aides financières gouvernementales aux entreprises respectant les normes environnementales… » On subventionnera donc les entreprises respectant la loi. Mais pénalisera-t-on celles qui ne la respectent pas ou se contentera-t-on de ne pas les subventionner ? On annonce une réforme du marché du carbone et non son abolition ce qui laisse les entreprises dans un tête-à-tête avec l'État où elles disposent de l'outil ultime de la grève et de la fuite des capitaux. Qu'en est-il des mesures médiatisées du plan Solidaire ?
Parmi les mesures annoncées par Ruba Ghazal figurent des investissements de 23 milliards pour le transport collectif, la gratuité des transports publics pour les jeunes et les aînés, et la poursuite pour quatre ans du programme Roulez vert afin d'encourager l'achat de voitures électriques. […] Québec solidaire prévoit aussi le retour de l'interdiction de vente de véhicules à essence à compter de 2035, ainsi que l'interdiction de l'immatriculation de nouveaux véhicules à essence en 2045. […] En ce qui concerne l'habitation, une enveloppe annuelle de 250 millions serait consacrée à un programme d'adaptations résidentielles destiné à favoriser « l'efficacité et la sobriété énergétiques ». Au cours des quatre prochaines années, 950 millions seraient par ailleurs alloués à des projets d'infrastructures vertes, tandis que 1 % des investissements du Programme québécois des infrastructures serviraient à verdir les villes et les municipalités.
Ces mesures sont aussi souhaitées par le capital qui se plaint amèrement des coûts de la congestion urbaine en autant que son atténuation ne soit pas un moyen d'éliminer la lucrative auto solo au cœur de la consommation de masse et essentielle aux banlieues tentaculaires avalant sols agricoles et forêts. On aboutit ainsi à un coûteux système de transport à deux niveaux, sur le sol versus celui sous terre et dans les airs sans compter le TGV — un autre 100 à 200 milliards — auquel le plan acquiesce et qui charcutera le terroir agricole au lieu de favoriser un réseau de trains réguliers prenant en charge l'essentiel du transport interurbain des passagers et des marchandises. Bien entendu, le petit capitalisme québécois préfère l'auto électrique à celle à essence étant donné la réalité des sources primaires d'énergie du Québec.
Quant à la restauration des habitations et la construction d'infrastructures, la très québécoise « industrie de la corruption » ne demande pas mieux en autant que le tout soit digestible — donc pas de de grands chantiers étatiques restaurant sur dix ans l'ensemble des bâtiments récupérables — pour qu'elle ne soit pas obligée d'investir massivement dans les moyens de production au détriment des dividendes et que le pactole privé-public dure longtemps. Mais il y a quand même les propositions de nationalisation des éoliennes et du transport interurbain. Gouvernement et Hydro-Québec se sont aperçus que les entreprises ne s'intéressent qu'aux petits champs d'éoliennes dans les milieux habités de sorte à minimiser les coûts afin d'encaisser en généreux profits les prix garantis sur 25 ans. À Hydro de développer les nécessaires grands champs hors zones habitées, et à s'entendre avec les nations autochtones, quitte à donner les contrats de construction à l'entreprise privée comme ça s'est toujours fait pour les centrales hydro-électriques et pour l'ensemble des infrastructures. Quant au transport en commun interurbain, il s'est effondré parce qu'il n'était pas rentable. Il y a toujours place pour des services étatisés socialement nécessaires — le transport à longue distances de la couche prolétarienne la plus pauvre — que le capitalisme n'arrive pas à rentabiliser. C'est aussi le cas des services de santé et d'éducation de la majorité prolétarienne mais oh combien indispensable au capital.
Le Québec est des années-lumière de prendre en main les crises climatique et de la biodiversité.
Marc Bonhomme, 20 septembre 2026 www.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com
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22.09.2026 à 14:14
Léa Beaulieu-Kratchanov
Pivot a interrogé les principaux partis sur le Bureau du Québec à Tel-Aviv, le transit d'armes à destination d'Israël et les placements de la Caisse.
16 septembre 2026 | tiré de Pivot
Léa Beaulieu-Kratchanov - Journaliste d'enquête · Pivot
La campagne non partisane Votons Palestine a récolté l'engagement de 40 candidat·es – tous·tes solidaires – sur des enjeux locaux qui concernent la Palestine. Si Israël et la Palestine ont animé les mouvements protestataires au Québec au cours des trois dernières années, la majorité des principaux partis évitent le sujet en amont des élections provinciales.
Un sondage de Léger paru en avril dernier montre que seulement 17 % des québécois·es ont une perception favorable d'Israël. Une cote en dégringolade depuis les trois dernières années qui devrait, aux yeux de Boutaïna Chafi et de ses collègues à la campagne Votons Palestine, inciter les candidat·es des différents partis politiques à prendre position sur l'enjeu durant la campagne.
Lancée la semaine dernière, la campagne Votons Palestine regroupe six organisations de la société civile : Voix juives indépendantes, Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO), le Mouvement de la jeunesse palestinienne, Greenpeace, Fermons le bureau de la honte et Désinvestir pour la Palestine.
La campagne est décrite comme citoyenne et non-partisane et demande à tous·tes les candidat·es de s'engager sur quatre points qui relèvent des compétences provinciales, soit :
– 1# Fermer le Bureau du Québec à Tel-Aviv – 2# Étendre la couverture de la RAMQ aux ressortissant·es de Gaza – 3# Poursuivre et élargir le désinvestissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec (la Caisse) – 4# Mettre fin au transit via le Québec d'équipements militaires vers Israël « Souvent, avec le palier provincial, ce qu'on se fait dire, c'est que ça relève de la compétence fédérale », avance Boutaïna Chafi. « L'idée derrière la campagne, c'est de démontrer qu'il y a une responsabilité au niveau provincial. »
Depuis le 7 octobre 2023, certains partis affichent leurs couleurs sur ces enjeux. C'est par exemple le cas de Québec solidaire (QS), qui demande notamment la fermeture du Bureau du Québec à Tel-Aviv, et, de l'autre côté, la Coalition avenir Québec (CAQ), qui défend son ouverture.
Mais pour d'autres partis, c'est beaucoup moins clair.
« Ce qu'on entend beaucoup, surtout des libéraux et du PQ, c'est que la ligne de parti n'est pas établie », analyse Boutaïna Chafi. Mais parfois, « les partis préfèrent ne pas avoir de position pour éviter de se mettre dans une situation qui pourrait être malaisante ».
Dans le cadre de la campagne, chaque député est sollicité individuellement et peut s'engager de manière totale ou partielle, soit en n'adhérant qu'à certains points. En date de publication de cet article, 40 candidat·es, tous·tes solidaires, s'étaient engagé·es, et ce, de manière totale sur les quatre demandes.
De son côté, Pivot a contacté les principaux partis politiques afin de connaître leur position.
Du lot, seul QS a fourni des réponses claires sur les quatre points, s'accordant à toutes les demandes de la campagne.
Le Parti libéral du Québec (PLQ) s'est dit préoccupé par « la situation humanitaire à Gaza et les violences qui persistent », réitérant son « appui indéfectible au droit d'Israël d'exister en paix et en sécurité » ainsi qu'au « droit du peuple palestinien à l'autodétermination », sans pour autant répondre aux questions de Pivot.
Le Parti québécois (PQ) a, quant à lui, refusé de répondre.
La CAQ et le Parti conservateur du Québec (PCQ) n'ont pas fait suite aux demandes répétées de Pivot.
« On sait qu'il y a une pression beaucoup plus importante qui est nécessaire pour que certains candidats sentent qu'ils doivent répondre à une proportion des électeurs dans leur circonscription », concède Boutaïna Chafi.
Mais l'activiste pense que cette pression pourrait monter d'ici le jour du scrutin, et ainsi forcer la prise de position de candidat·es du PLQ, qui n'a jamais eu de position très claire quant à la Palestine, ou même du PQ, qui historiquement, s'était positionné en soutien au peuple palestinien.
Bureau du Québec à Tel-AvivDepuis son ouverture officielle en septembre 2024 par le gouvernement de la CAQ, QS demande la fermeture du Bureau du Québec à Tel-Aviv, chose que le parti promet de faire dans les 100 premiers jours de mandat.
Si aucun·e candidat·e du PQ ne s'est encore engagé sur ce point, le député péquiste dans Jean-Talon, Pascal Paradis, avait en avril 2024 appelé à suspendre son ouverture, citant l'escalade des violences entre Israël et l'Iran.
Lors d'un débat électoral tenu lundi par le Conseil des relations internationales de Montréalen partenariat avec le Devoir, le candidat péquiste dans Pointe-aux-Trembles, Stéphane Paquet, s'est dit en faveur du maintien du Bureau, tempérant que ses activités devraient cependant être suspendues tant que les violences israéliennes perdurent à Gaza.
Au cours de cet échange, la CAQ et le PLQ ont quant à eux plaidé en faveur du maintien du Bureau et de ses opérations.
Au moment de son ouverture en 2024, en plein génocide à Gaza, la ministre québécoise des Relations internationales de l'époque, la caquiste Martine Biron, avait défendu que le projet était antérieur au 7 octobre et n'avait « strictement rien à voir avec le gouvernement de Nétanyahou ».
Lors d'une mêlée de presse précédant l'ouverture, l'ancien ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, avait affirmé être à l'origine du projet, qui aurait été inspiré par une mission ministérielle en Israël en 2022, durant laquelle il avait été impressionné par le secteur de la technologie et de l'innovation du pays.
« Le français n'est pas une langue officielle d'Israël. Le Liban, qui est un pays francophone, aurait été un bien meilleur endroit. » Boutaïna Chafi
En décembre dernier, Pivot avait révélé que les fonctionnaires du Bureau avaient tenté de nouer des liens avec des entreprises israéliennes de cybersécurité associées aux services de renseignements israéliens et dont les technologies pourraient présenter des risques pour les Québécois·es.
« Il est présenté comme étant un bureau qui va faire rayonner la francophonie au Moyen-Orient, alors que le français n'est pas une langue officielle d'Israël », souligne Boutaïna Chafi, « le Liban, qui est un pays francophone, aurait été un bien meilleur endroit. »
Dur de justifier l'ouverture et le maintien d'un Bureau « alors qu'on est dans un déficit budgétaire monstrueux, qui ne fait que gober plus de l'argent des contribuables et ne produit rien pour la population », argumente Boutaïna Chafi.
Comme le révélait Pivot dans une enquête sur les activités du Bureau, ce dernier cumulait des dépenses de plus de 1,5 million $ en juin 2025.
Contrairement aux autres bureaux du Québec à l'étranger qui assurent les relations de la province avec plusieurs pays de la région où ils sont installés, le Bureau du Québec à Tel-Aviv couvre uniquement Israël.
Transit d'armes au QuébecEn novembre dernier, une enquête dévoilait que des livraisons de marchandises militaires provenant de fabricants basés dans des grandes villes canadiennes, dont Montréal, avaient été expédiées vers Israël même si le gouvernement fédéral affirmait avoir suspendu les permis d'exportation d'armes au pays.
Du lot, 150 expéditions d'explosifs et de matières inflammables auraient été faites depuis les usines de General Dynamics à Valleyfield et Repentigny, vers des usines américaines qui produisent des bombes et des obus utilisés à Gaza.
Le rapport avait notamment dévoilé que des explosifs produits en Pologne, utilisés dans la fabrication d'armes en Israël, transitaient par le port de Saguenay et circulaient sur les routes du Québec.
« La seule et unique raison pour laquelle le transport de TNT de la Pologne jusqu'aux États-Unis, transite par le Saguenay, c'est parce que le port de Saguenay est un des seuls sur la côte est nord-américaine qui est un petit peu isolé des centres urbains », explique Boutaïna Chafi. « Et le fédéral, mais aussi le Québec, accepte que sa population au Saguenay soit exposée à ce genre de risque. »
Contactés par Pivot, les trois candidats péquiste, caquiste et conservateur dans la circonscription de Dubuc, où se trouve le port de Saguenay, n'ont pas fait suite aux questions de Pivot.
Pour sa part, QS soutient « la mise en marche d'un embargo bilatéral sur le transfert d'armes avec Israël, en s'assurant que les compagnies et infrastructures québécoises ne soient pas mises en œuvre pour encourager l'acheminement d'armes ou de composantes d'armes ».
Placements de la Caisse Au cours des trois dernières années, plusieurs organisations québécoises et internationales, dont les Nations Unies et Amnistie internationale, dénoncent lesinvestissements de la Caisse dans des compagnies complices du génocide à Gaza, de l'occupation illégale et de l'apartheid en Palestine.
En juillet 2025, la Caisse s'était engagée à ne faire aucun nouvel investissement en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés.
Dans un communiquéparu en juin dernier, la Caisse évaluait son « exposition géographique à Israël » à un peu moins de 250 millions $, des investissements détenus « par une poignée de gestionnaires externes » qui représenteraient 0,04 % de son portefeuille.
Une analyse signée par la Coalition du Québec Urgence Palestine et Mouvement pour une paix juste, estime plutôt qu'en 2025, la Caisse détenait 26,4 milliards $ à son actif dans 81 entreprises problématiques. Cela inclut non seulement des fabricants d'armes comme General Dynamics, mais aussi des géants numériques, comme Amazon et Microsoft, dont les technologies sont utilisées par l'armée israélienne.
Parmi les principaux partis, seul QS a répondu aux questions de Pivot concernant les investissements de la Caisse, promettant de « mettre en place les dispositifs nécessaires pour assurer le désinvestissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec », et ce, « de toutes les entreprises qui sont complices du génocide en cours ou qui en tirent profit », en plus des entreprises israéliennes.
Couverture de la RAMQAu Canada, le Québec demeure la seule province qui n'a pas étendu son régime d'assurance maladie aux ressortissant·es gazaoui·es arrivé·es depuis octobre 2023.
La plupart de ces dernier·ères ont obtenu un visa temporaire du Canada, leur octroyant une couverture de soins de santé aux frais du fédéral sur une période de trois mois. Après cette période, c'est aux provinces de reprendre le relais, ce que refuse de faire le Québec.
Les réfugié·es ukrainien·nes avaient pourtant eu accès à la RAMQ ainsi qu'à une prolongation de la couverture provinciale jusqu'en 2028.
Durant son mandat, le ministre caquiste de la Santé, Christian Dubé, avait défendu que le type de visa temporaire accordé par le fédéral ne répondait pas aux critères d'admissibilité de la RAMQ et demandait plutôt à Ottawa de prolonger sa couverture.
Dans un courriel à Pivot, QS dit, quant à lui, souhaiter « étendre la couverture de la RAMQ aux ressortissant·es de Gaza en incluant les personnes titulaires du visa de résidence temporaire ».
Ici aussi, les autres partis n'ont pas répondu aux questions de Pivot.
Reconnaissance de la PalestineEn mai 2024, le député solidaire Guillaume Cliche-Savard avait déposé une motion à l'Assemblée nationale visant à ce que la province reconnaisse l'État palestinien, bloquée par la CAQ et les libéraux.
Le chef du PQ, dont le parti avait appuyé la motion solidaire, Paul Saint-Pierre Plamondon, s'était dit en faveur d'un État palestinien
Contacté par Pivot, le parti n'a cependant pas voulu commenter la question.
Les conservateurs, qui n'avaient alors aucun siège à l'Assemblée nationale, n'ont pas répondu aux questions de Pivot à ce sujet. Cependant, le chef du parti, Éric Duhaime, s'est fréquemment prononcé en faveur d'Israël.
Ce genre de motion a pourtant été adoptée dans plusieurs autres pays, dont la Norvège, l'Irlande et l'Espagne. Une tendance qu'a finalement suivie le Canada en septembre 2025, tout comme le Royaume-Uni, la France, l'Australie et le Portugal.
Suite à la décision du fédéral, la co-porte-parole solidaire, Ruba Ghazal, avait de nouveau demandé au gouvernement de la CAQ de reconnaître la Palestine.
La ministre des Relations internationales de l'époque et députée dans Chutes-de-la-Chaudière, Martine Biron, avait affirmé prôner, tout comme Québec solidaire, une solution « à deux États ».
La solution à deux États repose sur la division de la Palestine ancestrale en deux États souverains : Israël pour les Juif·ves et la Palestine pour les Palestinien·nes. La CAQ, tout comme le PLQ, s'est néanmoins opposée à la reconnaissance officielle de la Palestine.
Dans un courriel à Pivot, QS confirme toujours soutenir une solution à deux États que le parti perçoit comme « le meilleur scénario », concédant qu'une telle perspective « demeure complexe avec la situation actuelle ».
« On se doit de réclamer des choses des personnes qui vont nous représenter dans les quatre prochaines années », conclut Boutaïna Chafi, qui espère que la solidarité envers la Palestine, particulièrement forte chez les jeunes, puisse mener certain·es candidat·es à briser le mutisme au sein de leur parti.
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22.09.2026 à 14:12
Action chômage de Québec
L'été d'Action Chômage de Québec se termine alors que le taux de chômage atteint désormais 4,8 % (août 2026) dans la région de Québec, soit plus de 21,800 chômeurs et chômeuses sur la rive nord. Ainsi, après une année de pressions sur le marché du travail et malgré une baisse de la population active (dont le départ de beaucoup de gens de la région), le taux de chômage commence tranquillement à augmenter.
Nos collègues du Conseil national des chômeurs et chômeuses (le CNC) ont d'ailleurs souligné le maintient et même l'amélioration des mesures temporaires du gouvernement fédéral. Ainsi, en cessant de prendre en compte les fins d'emploi précédentes, mais surtout en ne comptabilisant plus les indemnités de fin d'emploi, l'assurance-emploi devient enfin une politique qui permet de limiter l'appauvrissement des personnes en situation de chômage. Il ne reste plus qu'à rendre pérenne ces mesures, mais aussi ne pas oublier les industries saisonnières.
Dans ce contexte, un groupe comme le nôtre intervient comme il le peut auprès de Service Canada, mais il faut avouer que les demandes d'accompagnement pour des demandes de révision ou pour le nouveau conseil d'appel ont nettement augmenté dans les derniers six mois. Ce surcroît de travail risque d'impacter nos services, mais nous continuons tout de même à militer contre le pauvreté et étudier différents aspects du chômage.
Les travailleurs de 55 ans et plus représentent 248 380 bénéficiaires actifs de l'assurance-emploi, soit 23,5 % de l'ensemble, presque un bénéficiaire sur quatre. Toute mesure les concernant a une portée de premier ordre. Plus de 65 000 personnes de 65 ans et plus recevaient des prestations d'assurance-emploi, soit 6,2 % des bénéficiaires. Ce profil de chômeurs et de chômeuses fait souvent appel à nos services téléphoniques et c'est pourquoi nous avons élaboré un projet de recherche estival à ce propos.
Trois zones précises de désavantages
Le désavantage des travailleurs vieillissants ne se situe pas au point d'entrée du régime, mais dans trois zones qui structurent l'ensemble de l'analyse :
· La durée du soutien qui est trop courte au regard de la durée réelle de leur chômage ;
· Les transitions d'occupation et les invalidités fonctionnelles qui sont mal couvertes par un régime binaire entre pleine disponibilité et invalidité reconnue ;
· Le piège du travail à temps partiel qui érode silencieusement l'admissibilité future.
C'est pourquoi nous vous invitons à lire le rapport des 55 ans + sur le chômage et à participer aux mobilisations de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté à Lévis et à Québec.
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