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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

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22.09.2026 à 12:45

Un tabou médiatique : les crimes d'Israël

Denis Sieffert

Les téléspectateur·ices qui regardent « La Grande Librairie », le mercredi sur France 5, connaissent l'exercice. En guise de conclusion, Augustin Trapenard demande à l'un ou l'une de ses invité·es de prendre sa place et de dire, « droit dans les yeux », un court texte imaginé pour cette seule circonstance.

Tiré du site de la revue Politis.

Ce 9 septembre, le journaliste a cédé son fauteuil à la comédienne Adèle Haenel, autrice récente d'un premier livre (1). Celle-ci est connue pour sa parole franche (litote) et une irrépressible façon de casser les codes de la bonne société médiatique. Elle n'a pas déçu. Je n'en retiens ici que les mots qui ont fait scandale : « L'État d'Israël commet un génocide en Palestine, et la France est complice. N'acceptez pas l'inacceptable. Alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine. »

« Cette censure peut aussi nous inspirer une réflexion sur la place qu'occupe Israël dans la droitisation de notre paysage médiatique. »

Holà Adèle, comme tu y vas ! « Génocide », « Israël », « sanctions », on n'est pas loin de l'apologie du terrorisme. France Télévisions a illico effacé de son site le replay de toute l'émission. Au passage, tant pis pour les autres invité·es, dont les auteurs et autrices d'un ouvrage collectif (2) écrit en réaction à la mainmise de Bolloré sur Grasset. Honni soit qui mal y pense ! Télérama a obtenu de la direction de la chaîne publique une explication : il n'y avait pas de contradicteur pour « contrebalancer » le propos d'Adèle Haenel. Nos amis d'Arrêt sur Images soulignent le double standard que pratiquent désormais les médias de service public, et l'extrême mauvaise foi des explications fournies.

Cela peut aussi nous inspirer une réflexion sur la place qu'occupe Israël dans la droitisation de notre paysage médiatique. Rappelons pour les mémoires défaillantes que le mot « génocide » a été validé par Amnesty International, de nombreuses ONG, et par la rapporteuse spéciale de l'ONU, Francesca Albanese, autrice en mars 2024 d'un rapport intitulé « Anatomie d'un génocide ». Adèle Haenel ne l'a pas inventé. Il y a longtemps que la vie, au sens biologique du terme, est attaquée à Gaza, comme le montre encore Naza, le documentaire primé à la Mostra de Venise (3).

Mais la comédienne a poussé un peu plus loin le bouchon. Elle a appelé à des sanctions. Sa parole venait le jour même où précisément douze pays, dont la France, le Canada et le Royaume-Uni, ont imposé à Israël des sanctions sur les produits venus de Cisjordanie. Aurait-elle été exaucée ? Loin de là, car si ces dispositions ne sont pas sans effets, elles procèdent toujours de la même logique. Il s'agit de donner à voir des sanctions qui contournent la question de la responsabilité du gouvernement israélien. C'est la faute de Ben-Gvir et des colons fanatisés, jamais à l'armée d'un État, jamais au Premier ministre.

Le génocide à Gaza comme l'épuration ethnique en Cisjordanie ne seraient donc aucunement l'accomplissement méthodique d'un projet historique. C'est pourtant de cela qu'il s'agit comme le documente avec force l'enquête de l'organisation israélienne des droits de l'homme B'Tselem publié le 14 septembre. C'est ce « système politique » dénoncé par l'ONG que l'Union européenne, Paris et quelques autres capitales ne veulent pas voir. Seule, sans doute, une rupture franche et assumée de l'accord d'association qui traite Israël en parangon de vertu démocratique aurait des effets immédiats.

« La défense avouée ou inavouée de la politique coloniale israélienne fait partie aujourd'hui du corpus idéologique de la droite et de l'extrême droite. »

On ne méconnaît pas les bonnes ou mauvaises raisons de cette dérobade : de probables représailles de Trump qui se vengerait sur l'Ukraine, et un déchaînement des principales organisations juives pro-israéliennes sur le thème de l'antisémitisme, mais aussi d'une grande partie du paysage politique. Car voilà sans doute le fond du problème. La défense avouée ou inavouée de la politique coloniale israélienne fait partie aujourd'hui du corpus idéologique de la droite et de l'extrême droite. De Le Pen à Hollande. À la croisée des chemins, on trouve par exemple Aurore Bergé, ministre, mais aussi présidente du groupe d'amitié France-Israël, qui refuse obstinément de qualifier de raciste la théorie du « grand remplacement ».

Il y a dans tout cela une grande cohérence qui nous fait voyager du Proche-Orient jusqu'au cœur d'une classe politique qui n'aura pas grand mal à s'adapter à Marine Le Pen en cas de malheur. Les médias de service public s'y préparent aussi. À Radio France, on embauche le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles ; sur France 5, on « cancelle » Adèle Haenel. Cette affaire met une nouvelle fois en évidence la centralité du conflit israélo-palestinien dans nos débats. Non seulement pour ce qu'il est, mais aussi pour ce qu'il représente comme point de ralliement politique. Avec ses tabous et ses dérives.

Notes

1- Viser juste / L'Arche Éditeur. Cette censure peut aussi nous inspirer une réflexion sur la place qu'occupe Israël dans la droitisation de notre paysage médiatique.

2- La grande évasion / Collectif des États généreux / Buchet-Chastel. Sur le même sujet : Adèle Haenel censurée : le double standard du service public

3- Le film a été jugé comme « un acte de trahison » par le ministre de la Culture israélien, qui demande la déchéance de nationalité pour leurs deux réalisateurs, Yuval Abraham et Rachel Szor.

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22.09.2026 à 12:44

« Nous sommes du même camp : il est l'heure de rejoindre la presse indépendante »

Collectif

Vous seuls, lectrices et lecteurs, nous permettrez de ne pas être définitivement invisibilisés. Il ne s'agit pas de défendre nos petites chapelles mais le pluralisme des points de vue c'est-à-dire, in fine, la démocratie, la liberté et l'égalité. Nous sommes du même camp. Rejoignez-nous, relayez, donnez, abonnez-vous ! C'est l'heure.

Tiré du blogue de l'auteur.

Depuis cet été en France, nos requêtes Google ne pointent plus vers des sources. Digérant des millions de pages internet, le moteur de recherche nous apporte désormais une réponse générée par intelligence artificielle (IA). Ce faisant, Google méprise celles et ceux qui produisent l'information et s'accapare le fruit de leur travail. Si les plus gros acteurs médiatiques pactisent avec les géants de l'intelligence artificielle, les acteurs plus modestes sont ignorés et se retrouvent totalement invisibilisés. Avec l'IA, les citoyens et citoyennes sont privés d'une part de leur libre arbitre. Ils ne choisissent plus comment ils s'informent, “on” choisit à leur place.

Google n'est qu'un exemple de la manière dont les big tech vampirisent l'information et orientent le débat public. Avant lui, Facebook avait sciemment mis au ban les médias dans les suggestions faites aux internautes. Trop peu rentables commercialement.

Tout cela ne fait que renforcer un phénomène que nous ne connaissons que trop bien : l'accaparement de la production d'information par quelques-uns au détriment de toutes et tous.

Les médias indépendants n'auront jamais à leur tête un milliardaire prêt à perdre des dizaines de millions d'euros par an pour posséder un titre de presse et l'influence qui va avec. Ils ne comptent que sur vous. Dans une période où la clarté du débat public et l'honnêteté du journalisme doivent plus que jamais primer, où l'enquête doit l'emporter sur la déférence, où il faut des médias libres pour défendre les libertés, nous vous lançons cet appel solennel et collectif.

Vous seuls, lectrices et lecteurs, nous permettrez de ne pas être définitivement invisibilisés. Il ne s'agit pas de défendre nos petites chapelles mais le pluralisme des points de vue c'est-à-dire, in fine, la démocratie, la liberté et l'égalité. Nous sommes du même camp

Rejoignez-nous, relayez, donnez, abonnez-vous ! C'est l'heure.

Les signataires

La Presse libre, Coop médias, Alternatives économiques, Arrêt sur images, Basta, Blast, Bon Pote, Boudu, Cerise la coopérative, Clutch, La Déferlante, Le Média, Le Poulpe, Le Syndicat de la presse pas pareille, Le Cri, Les Jours, Les utopiques, L'Iceberg, L'Observatoire des multinationales, Marsactu, Mediacités, Mediapart, Next, Politis, Qui vive, Reflets, Reporterre, Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon, Rue89 Strasbourg, Rural, Socialter, Splann, Vert, Vertige.

Vous souhaitez rejoindre cet appel ? Vous pouvez nous contacter à dumemecamp@proton.me

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22.09.2026 à 12:43

Entretien avec des membres du syndicat « Priama Diia »

solidaritycollectives.org

L'auto-organisation anti-autoritaire en Ukraine englobe aujourd'hui un large éventail d'initiatives, de projets, d'organisations, d'idées et de pratiques.

Tiré de Entre les lignes et les mots

15 septembre 2026

Aujourd'hui, nous souhaitons vous présenter une brève interview de membres du syndicat étudiant « Priama Diia » (Action directe) au sujet de leurs récentes actions et de leurs projets, de leur point de vue sur l'activisme contemporain en Ukraine, ainsi que des pressions auxquelles le syndicat a été confronté de la part des forces de l'ordre.

« Priama Diia » est un syndicat étudiant qui s'inscrit dans la lignée d'une tradition anarchiste de base dont l'histoire moderne remonte à 2008. Après plusieurs générations de militant·es et des périodes d'inactivité, la quatrième génération actuelle de l'organisation rassemble des centaines d'étudiant·es à travers toute l'Ukraine.

L'une des récentes campagnes du syndicat porte sur la lutte pour des transports publics abordables à Kyiv — une question qui, en temps de guerre, affecte directement la capacité des personnes à étudier, à travailler et à se déplacer dans la ville.

Parlez-nous de votre rôle dans la campagne contre la hausse des tarifs des transports en commun. Pourquoi avez-vous rejoint cette campagne ?

« Priama Diia » s'est activement impliquée dans la campagne : nos militant·es ont participé à des manifestations, ont collé des affiches, ont pris part à des consultations publiques, ont adressé des requêtes officielles à l'administration municipale de Kyiv et ont relayé des informations sur les manifestations via nos réseaux sociaux. Cet engagement actif s'explique par le fait que la question de l'accessibilité financière des transports en commun touche directement les étudiant·es. Les résidences universitaires étant situées loin des universités et les moyens de transport privés étant inabordables, les étudiants sont contraints de recourir en permanence aux marshrutkas [taxis collectifs NdT] aux trolleybus et au métro pour se rendre sur leur lieu d'études. Cela signifie que le coût des transports — qui, avec les nouveaux tarifs, représentera au moins un quart d'une bourse standard — constitue une dépense constante et inévitable pour les étudiant·es. Une multiplication par près de quatre des tarifs ne fera qu'accentuer la pression financière qui pèse sur les étudiant·es, qui auront désormais encore plus de mal à subvenir à leurs besoins fondamentaux.

Qui sera le plus touché par cette hausse ?

Ce changement sera particulièrement ressenti par les étudiant·es qui vivent en périphérie ou en dehors de la ville et qui sont contraint·es de planifier minutieusement leurs déplacements et de compter chaque centime. Parallèlement, l'accès à la ville sera restreint non seulement pour les jeunes, mais aussi pour ce qu'on appelle les voyageurs/voyageuses pendulaires [for so-called pendulum migrant] : enseignant·es, infirmier·es, vendeurs/vendeuses, ouvrier·es du bâtiment, personnel technique, employés·e du secteur des services, ainsi que les personnes âgées, les sans-abri et d'autres groupes vulnérables.

Pourquoi les transports publics constituent-ils pour vous un enjeu politique ?

Les transports publics sont essentiels pour mener une vie digne en ville et pour garantir un accès égal à ses infrastructures. Lorsque nous sommes contraint·es de payer plus cher pour exercer le droit fondamental à la liberté de circulation — et, par là même, les droits au travail, à l'éducation, etc. —, notre liberté est restreinte. Le fait que les politiques néolibérales réduisent la mobilité et la liberté des couches de la population à faibles revenus constitue un problème politique. Cette décision incarne une vision particulière de qui doit avoir accès à la ville et de qui doit être exclu de la vie sociale. Les coupes budgétaires dans le domaine social peuvent limiter la capacité de la majorité des citoyen·nes à participer sur un pied d'égalité à la société, à l'économie et à la vie politique.

Les manifestations sociales en temps de guerre sont souvent critiquées sous prétexte que « ce n'est pas le moment ». Êtes-vous confronté·es à ce genre de remarques, et comment y répondez-vous ?

Nous sommes assez souvent confronté·es à ce reproche, mais alors que la guerre en est à sa cinquième année, il a perdu toute crédibilité. Ce qui profite à l'ennemi, c'est précisément l'idée que les personnes devraient mettre leur vie entre parenthèses et renoncer à leurs libertés civiles. Liberté et sécurité constituent une fausse dichotomie. Pour beaucoup, la résistance à l'impérialisme russe a acquis non seulement une signification négative, mais aussi positive : nous ne luttons pas seulement contre l'asservissement, mais aussi pour la démocratie et la justice. En d'autres termes, nous nous battons pour une vision particulière de l'Ukraine — une Ukraine indépendante, autonome, anti-autoritaire, sans classes, progressiste, féministe et socialiste, selon les termes de [Davyd] Chychkan.

En ce sens, les manifestations contre les abus de pouvoir, les lois antisociales et autoritaires, les scandales de corruption, etc., s'inscrivent dans le prolongement de cette lutte. Nous en sommes venus à comprendre que la victoire du peuple ukrainien dans cette guerre ne dépend pas de l'impunité des dirigeant·es, mais, bien au contraire, de la libre expression de la volonté populaire.

Un pouvoir qui n'a de comptes à rendre à personne facilite également l'exploitation de la guerre à des fins lucratives et aggrave les inégalités sociales, ce qui ne fait qu'accroître le ressentiment au sein de la population et déstabiliser la société civile en empêchant les gens de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Tout cela a un impact négatif sur la capacité militaire de notre pays. La contestation sociale est donc, en réalité, un sujet d'une grande actualité.

Votre stratégie militante a-t-elle évolué à la suite des pressions publiques exercées sur Maksym Shumakov, ancien militant de Priama Diia ?

La procédure pénale engagée contre Shumakov a renforcé notre méfiance envers les services de sécurité, accru nos inquiétudes quant à la sécurité de nos militant·es et mis en évidence l'importance de rester visibles. Elle a constitué le point culminant d'une pression prolongée exercée par les forces de l'ordre sur notre organisation et, plus largement, sur les initiatives progressistes. De nombreuses et nombreux camarades ont ressenti de l'angoisse face à la proximité et à l'impact personnel de ces répressions.

Cependant, la pire chose que nous puissions faire dans cette situation est de céder à la peur et de commencer à nous autocensurer. Nous ne devons pas cesser de parler des questions anarchistes et socialistes-démocratiques. De plus, nous devons examiner d'un œil critique les lois sur la décommunisation en vertu desquelles on tente d'emprisonner Maksym, car elles ont été promues par des forces réactionnaires, contiennent de nombreuses contradictions et constituent une menace pour la liberté académique. Plus largement, nous devons résister aux tentatives visant à réprimer l'activité syndicale indépendante et à marginaliser les idées de gauche, en faisant progressivement basculer la fenêtre d'Overton [métaphore désignant l'ensemble des opinions ou pratiques considérées comme acceptables par l'opinion publique d'une société donnée – NdT] en notre faveur.

Où trace-t-on la ligne de démarcation entre les restrictions nécessaires en temps de guerre et une situation où la guerre commence à servir de prétexte pour justifier la restriction des droits sociaux et politiques ?

Cette ligne se situe là où les autorités pourraient éviter de restreindre les libertés civiles, mais choisissent de ne pas le faire. L'augmentation des tarifs illustre clairement cette sélectivité dans la décision de déterminer qui doit se serrer la ceinture et qui, au contraire, bénéficie de privilèges. En particulier, le conseil municipal de Kyiv continue de pratiquer des loyers trop bas pour la location de terrains municipaux ou ne met pas en œuvre une fiscalité adéquate sur les entreprises des oligarques, qui sont pour la plupart offshore. Nous sommes constamment contraint·es de faire des concessions et on nous dit que ces changements sont « nécessaires » ou « inévitables ». Pourtant, les actions des autorités révèlent une politique délibérée visant à protéger la richesse privée tout en créant une pénurie publique.

Tout comme les pressions exercées sur le NABU et le SAPO*, la volonté d'adopter le nouveau Code civil et le limogeage de Fedorov, nous assistons à des politiques qui ouvrent davantage la voie à la corruption tout en sapant les capacités de défense de l'Ukraine et en réduisant au silence les journalistes indépendant·es et le personnel militaire. Les restrictions systématiques imposées aux plus démuni·es ne peuvent plus être justifiées par la guerre.

* Bureau national anti-corruption d'Ukraine et Parquet spécialisé dans la lutte contre la corruption

https://www.solidaritycollectives.org/en/intervyu-z-uchasni_czyami-profspilki-pryama-diya/ Traduit par DE

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