02.01.2026 à 06:00
La Déferlante
Avant de retourner à l’actualité dense de 2026, on vous propose de prendre avec nous quelques heures de répit. Et pour cela, on vous a sélectionné dans les sorties de 2025, tout ce qui nous a fait le plus de bien. Cela donne une sélection de recommandations toutes douces à explorer seul·e ou avec des proches. Une manière pour toute l’équipe de La Déferlante de vous souhaiter… une bonne année !

Faites vite ! Il reste encore quelques séances pour voir en salle ce documentaire tourné entre les deux mandats de Donald Trump à la Maison Blanche, auprès de quatre jeunes femmes féministes, écologistes, antiracistes, engagées pour la défense des plus fragiles. Nora Philippe, la réalisatrice, les a rencontrées en 2014 à New York, alors qu’elles étaient encore étudiantes au Barnard College, une université d’excellence réservée aux femmes. Finançant le tournage sur ses propres deniers, elle a essuyé plusieurs années durant la méfiance et les refus successifs des chaînes de télévision françaises, avant de sortir son film au cinéma fin 2025. Un documentaire rare sur l’engagement et sur la manière dont les luttes modèlent nos vies.
→ Girls for tomorrow, de Nora Philippe, 98 minutes. Actuellement en salle.
De retour dans sa région natale pour veiller sur un père au cœur défaillant, Cécile – une cheffe cuisinière révélée par une émission de télé-réalité – renoue avec ses amis d’enfance et son amour de jeunesse. Des retrouvailles qui font vaciller son couple et ses plans de carrière. Réalisé par Amélie Bonnin (qui est aussi notre directrice artistique), Partir un jour met en chansons et en images des questions qu’on est nombreux·ses à se poser sur les liens familiaux, le couple et le désir d’enfant.
→ Partir un jour, réalisé par Amélie Bonnin, 98 minutes. Disponible sur les plateformes VOD.

À Dunkerque, le Lieu d’art et action contemporaine (LAAC) propose jusqu’à début mars une exposition sur le rire des femmes tel qu’il se déploie depuis les slogans de manifestations jusque dans le cinéma expérimental, en passant par la bande dessinée. Richement dotée et documentée, cette exposition pose avec clarté le contexte politique et historique dans lequel elle s’inscrit et donne à voir, à travers les œuvres d’Orlan, de Niki de Saint Phalle, de Claire Bretécher et bien d’autres, toute la dimension subversive du rire des femmes.

→ La Marrade, jusqu’au 8 mars 2026 au LAAC, à Dunkerque.

Vous ne connaissez pas encore Aline Kominsky-Crumb, l’une des pionnières de la BD underground américaine ? Qu’à cela ne tienne, le fanzine Fanatic Female Frustration lui rend hommage en donnant carte blanche à douze autrices de bande dessinée (dont certaines ont été publiées dans La Déferlante). Elles y parlent sexualité, deuil, justice ou questionnement de genre avec beaucoup de profondeur. Alors qu’en ce début janvier, en remplacement du Festival d’Angoulême, les autrices de bande dessinée organisent un peu partout en France les Fêtes interconnectées de la BD, c’est le bon moment pour découvrir cette anthologie lauréate du Fauve de la BD alternative 2025.

→ Fanatic Female Frustration, à l’initiative de Lucile Ourvouai, Elsa Klée et Morgane Somville. Avec Alice Bienassis, Valentine Gallardo, Claire Malissen, Karla Paloma, Mireille Nyangono Ebene, Marthe Pequignot, Margot Preham, Caroline Sury et Mélanie Utzmann-North. Autoédité, 2024. Disponible dans certaines librairies indépendantes ou sur commande.
Logn est une femme trans de 61 ans qui vit en Islande, à l’étage d’un immeuble pour retraité·es qui fait face à la mer. Biochimiste, divorcée, mère d’un fils devenu adulte, et ancien DJ amateur, elle a attendu longtemps avant d’entamer une transition hormonale puis un parcours de chirurgie. Au sujet de sa vie d’avant, elle dit : « Je n’étais nulle part à ma place […] je n’étais pas encore devenue moi. » Dernier roman en date d’Audur Ava Olafsdottir, DJ Bambi aurait facilement pu se prendre les pieds dans les fantasmes qu’une autrice cisgenre projette sur les femmes trans. C’était sans compter sur l’humilité et la finesse de l’écrivaine islandaise qui, lors de la promotion de son livre, répondait ainsi à un libraire qui la questionnait sur la réception d’un tel ouvrage auprès du public islandais : « Chez nous, ce n’est pas comme en France. On ne se sent pas obligés d’avoir une opinion sur la vie des autres… »
→ Audur Ava Olafsdottir, DJ Bambi, traduit par Éric Boury, Zulma, 2025. 21,50 euros.

Ven 30 et Sam 31 Jan
Le Quartz, Brest
Marie Barbier, cofondatrice et corédactrice en chef de La Déferlante, animera deux tables rondes lors de ce festival qui met à l’honneur la radio et le podcast : la première sur la politisation de l’enfance, le 30 janvier à 14h15. La seconde sur les victoires politiques et militantes, le 31 janvier à 15h.
→ Plus d’informations par ici
Sam 7 et Dim 8 Fev
Le Point éphémère, Paris
La Déferlante sera présente deux jours durant dans ce salon qui regroupe des maisons d’édition indépendantes et engagées. Vous pourrez y croiser notre équipe, acheter nos revues, nos livres et nos goodies.
→ Informations à venir par ici
18.12.2025 à 17:08
La Déferlante
On dit souvent que Noël est la fête des enfants. Mais, alors que ces dernières semaines plusieurs affaires de maltraitance familiale ou institutionnelle ont été révélées dans les médias, il nous a semblé urgent d’utiliser cette newsletter pour informer les adultes, leur donner des outils de compréhension et des pistes d’action.

Le 11 décembre, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité un texte prévoyant l’assistance gratuite d’un·e avocat·e pour les 380 000 enfants placé·es en foyer ou en famille d’accueil en France, y compris les nourrissons. Cette possibilité existait déjà, mais c’était à l’enfant d’en faire expressément la demande.
→ À lire dans Libération.
Au début de décembre ouvrait à Paris le premier centre de soins réservé aux enfants bénéficiaires de l’aide sociale à l’enfance ; 90 % d’entre elles et eux ne bénéficient d’aucun suivi médical.
→ Un reportage à retrouver dans Télérama.
Dans le numéro 18 de La Déferlante (mai 2025), l’autrice Mona Chollet revenait sur l’affaire Bétharram et sur la « pédagogie noire », une culture de l’éducation qui banalise les violences faites aux enfants.
→ À lire dans La Déferlante.

Journaliste et professeure des écoles, Lolita Rivé a fait de la parole des enfants la colonne vertébrale de son travail documentaire. Dans cette série audio en six épisodes, c’est encore à elles et eux qu’elle tend le micro pour évoquer la domination adulte, et son corollaire de violences psychologiques ou physiques. Sondant les tréfonds de notre culture pédagogique, elle interroge nos réflexes d’éducateur·ices (crier, faire du chantage, parfois frapper) et, au-delà, notre difficulté d’adultes à considérer les enfants comme les petits alter ego qu’ils sont. Indispensable et bouleversant.

→ Lolita Rivé, Qui c’est qui commande ?, 6 épisodes, disponible sur YouTube ou sur les plateformes d’écoute.

La parution simultanée, en novembre 2025, de deux essais sur la protection des enfants, témoigne d’une progressive prise de conscience des violences qui leur sont faites quotidiennement. Dans Enfants sous silence (Payot), Emma Étienne, ancienne enfant victime et fondatrice de l’association Speak! traite des violences intrafamiliales à travers une approche pragmatique, inspirée de son vécu personnel et de son expérience militante.
De son côté, dans Enfantisme (La Mer Salée), Claire Bourdille, initiatrice du Collectif enfantiste, tente une approche théorique du concept qui la mobilise, et qu’elle définit comme un continuum de violences, allant de l’interdiction aux enfants de certains restaurants jusqu’aux violences sexuelles.
Très accessibles, ces deux ouvrages démontrent que, à l’instar des violences faites aux femmes, celles perpétrées sur les enfants structurent l’ensemble des relations sociales et sont d’autant plus urgentes à combattre.

→ Emma Étienne, Enfants sous silence. En finir avec le tabou des violences intrafamiliales, Payot, 2025, 18 euros.
→ Claire Bourdille, Enfantisme. Il est temps de respecter les enfants,La Mer Salée, 2025, 21 euros.
Dernier paru de notre maison d’édition, Grandir sans tabou donne tous les outils aux parents pour entamer avec leurs enfants un dialogue serein sur les relations affectives, la sexualité, le corps et le consentement. Illustré de cas pratiques et ponctué de témoignages d’expert·es, il s’adresse à toutes celles et ceux qui s’occupent d’enfants.
→ Claire Marcadé Hinge et Marianne Marty-Stéphan, Grandir sans tabou. Comment parler de sexualité avec les enfants ?, La Déferlante Éditions, 2025, 17,50 euros.
Petit ouvrage cartonné adressé aux enfants, C’est MON corps ! réussit là où beaucoup d’entre nous échouent : parler avec humour et légèreté d’intimité, de consentement, et de violences sexuelles aux enfants. À la question « Qui a le droit de toucher tes parties intimes ? », la réponse est : pas les parents, ni les cousins, ni les adultes de l’école, ni même le père Noël ! Non, la seule personne à pouvoir disposer de son corps, c’est bien… l’enfant seulement.

→ Mai Lan Chapiron, C’est MON corps !, La Martinière jeunesse, 2024, 10 euros.

En France, 10 000 mineur·es seraient en situation de prostitution, et 80 % d’entre elles et eux seraient suivi·es par l’aide sociale à l’enfance (ASE). Ces chiffres sont issus de Comme si j’étais morte, documentaire en immersion dans un foyer de l’ASE, au sein duquel éducateurs et éducatrices se démènent pour extraire des adolescentes fugueuses des réseaux de proxénétisme. Le film, tourné au plus près des personnes concernées – jeunes filles placées mais aussi travailleuses sociales et sociaux, parents, anciennes bénéficiaires de l’ASE – révèle le manque abyssal de moyens dans le secteur de la protection de l’enfance, autant que l’engagement sans bornes de ses salarié·es.
→ Comme si j’étais morte, réalisé par Benjamin Montel et Antonin Boutinard Rouelle, produit par Andréa Rawlins Gaston pour Capa Presse. Disponible en replay sur France.tv.
11.12.2025 à 17:49
Rozenn Le Carboulec
Dans un contexte de manque d’hébergements d’urgence, La Maison de Marthe et Marie propose une solution séduisante : des « colocations solidaires », qui rassemblent sous le même toit des jeunes femmes volontaires et des femmes enceintes ou de jeunes mères en situation de vulnérabilité.
Lire aussi : La Maison de Marthe et Marie, en croisade contre l’avortement
Le milliardaire catholique ultraréactionnaire Pierre-Édouard Stérin finance une myriade d’associations sur tout le territoire français. À quelle hauteur a‑t-il financé La Maison de Marthe et Marie ?
Notre enquête montre que l’association a été lauréate à sept reprises de la soirée de levée de fonds organisée par Obole, société organisatrice de La Nuit du bien commun. Quand le journal L’Humanité a publié son article sur le projet Périclès, La Nuit du bien commun a supprimé les rediffusions des soirées caritatives qu’elle organise. Il n’est plus possible d’avoir tout l’historique des montants versés au cours de ces soirées. Nous avons tout de même trouvé que La Maison de Marthe et Marie avait touché, depuis 2019, au moins 413 000 euros par ce moyen. C’est forcément beaucoup plus. En 2024, elle a par ailleurs reçu 110 700 euros du Parvis solidaire, une autre soirée caritative coorganisée par Obole – une société en partie financée par Stérin.
La Maison de Marthe et Marie se présente comme une association apolitique et aconfessionnelle, mais votre enquête montre les liens de l’association avec la sphère catholique traditionnelle…
En étudiant les documents administratifs de l’association, nous avons trouvé que parmi les membres de son conseil d’administration figurent ou figuraient des personnalités qui ont des liens étroits avec des organisations dites « pro-vie » et anti-LGBTQIA+. C’est le cas, par exemple, de Matthieu et Guillemette de Penfentenyo, qui ont partagé sur leurs réseaux sociaux des posts de La Manif pour tous, du groupuscule masculiniste des Hommen et des publications contre la prétendue « théorie du genre ». Autre exemple : Jeanne Bertin-Hugault, présidente de La Maison de Marthe et Marie de 2016 à 2018. Elle est responsable depuis 2023 de SOS Bébé, une ligne d’écoute anti-IVG, financée par Alliance Vita, organisation créée en 1993 par Christine Boutin.
« Dans le conseil d’administration figurent des personnalités proches des organisations “pro-vie”. »
Comment se manifeste le prosélytisme catholique de l’association au sein de ses structures ?
La plupart des collocations de Marthe et Marie ont noué des partenariats avec les diocèses locaux, comme à Rouen, où la colocation se trouve dans un ancien presbytère. Dans les villes où elle est implantée, l’association demande aux femmes volontaires de célébrer l’office des laudes tous les matins et a des liens avec les autorités ecclésiastiques locales. Nous avons, par exemple, découvert que le cardinal Philippe Barbarin – publiquement opposé à l’avortement et au mariage pour tous·tes – est déjà venu bénir des bébés dans la colocation lyonnaise. Dans de précédentes interviews, l’actuelle présidente de l’association a par ailleurs reconnu « une véritable dimension d’évangélisation » auprès des femmes accueillies, certaines ayant choisi après coup de demander le baptême pour leur enfant.
Votre enquête révèle que, en plus de fonds privés issus de la sphère catholique et d’extrême droite, La Maison de Marthe et Marie bénéficie de financements publics, de la part notamment de la mairie de Paris…
En épluchant les délibérations du conseil de Paris, ville où l’association est installée depuis 2014, nous nous sommes rendu compte qu’un bailleur, 3F Résidences, avait reçu énormément d’argent de la Ville pour un projet de rénovation d’un monastère, rue de Vaugirard, à Paris. À terme, ce monastère doit accueillir trois associations qui cogéreraient le lieu : La Maison de Marthe et Marie, l’Association pour l’amitié, qui organise des « colocations solidaires » entre ex-SDF et volontaires, et l’Association Simon de Cyrène, qui propose des colocations pour des personnes handicapées. Toutes les trois sont soutenues par l’écosystème Stérin. Par ailleurs, la région Île-de-France a versé 200 000 euros de subvention pour chacune de ces associations. La mairie de Paris, quant à elle, a versé 4,6 millions d’euros pour ce monastère, dont 700 000 euros fléchés pour La Maison de Marthe et Marie. Ce sont des sommes colossales. C’est surprenant, étant donné la nature de ces associations et quand on sait que le lieu appartient au diocèse de Paris. Une fois que les baux arriveront à leur terme, les lieux reviendront en propre au diocèse.
Vous avez publié plusieurs enquêtes sur cette association, en quoi votre travail pourrait faire reculer la mairie de Paris concernant ces subventions ?
À la suite de nos alertes et de nos interviews de membres du conseil de Paris et de la région Île-de-France, des élu·es du groupe écologiste ont déposé un vœu, vendredi 5 décembre, auprès du conseil de Paris, relatif au financement de La Maison de Marthe et Marie : elles et ils demandent d’empêcher l’installation de l’association comme gestionnaire. Dans ce vœu, les élu·es citent nos articles parus dans Libération, le journal numérique d’investigation Le Poulpe et La Déferlante. Trois adjoint·es à la mairie de Paris ont aussi adressé un courrier au préfet de la région Île-de-France, pour demander si La Maison de Marthe et Marie, dont les liens étroits avec des mouvements anti-avortement entrent, selon ces élu·es, « en contradiction totale avec les valeurs de la Ville de Paris et de notre République », faisait bien partie des associations appelées à gérer le monastère de la rue de Vaugirard. Si c’était avéré, la mairie de Paris s’est engagée à reconsidérer sa subvention destinée à l’association.
Comment avez-vous enquêté ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Tout au long de notre enquête, qui a duré six mois, le plus dur a été d’accéder aux informations en elles-mêmes, que l’association garde pour certaines secrètes, comme les adresses des colocations. Nous n’avons pas, par exemple, pu visiter celle de Rouen. Après la publication de notre article sur l’antenne normande de l’association dans Le Poulpe, nos interlocuteur·ices étaient très méfiant·es à notre égard et ont refusé nos demandes d’interviews. Il n’a pas été facile non plus d’accéder à la parole des femmes accueillies par l’association. Nous avons quand même réussi à obtenir des témoignages de bénéficiaires. Nous avons également trouvé des infos en sources ouvertes. Dans une interview publiée en 2012 sur le site Liberté et politique, qui a ensuite été supprimée au cours de notre enquête, l’actuelle responsable de l’antenne bordelaise de l’association affirme clairement ses positions anti-IVG. À partir du moment où La Maison de Marthe et Marie a su que nous enquêtions, certains documents jusque-là accessibles en ligne ont disparu. Cela pose question quant à la transparence de cette association, et à son affichage prétendument aconfessionnel et apolitique.
Lire aussi : La Maison de Marthe et Marie, en croisade contre l’avortement
Hors cadre est un collectif de journalistes indépendant·es qui travaillent avec de nombreux médias. En 2025, le collectif a répondu à l’appel à projets du Fonds pour une presse libre intitulé « Extrême droite : enquêter, révéler, démonter ». Pendant plusieurs mois, une dizaine de journalistes ont enquêté sur plusieurs sujets et publié des articles dans divers médias partenaires de l’opération, dont Basta!, Le Poulpe et La Déferlante. Dans ce cadre, nous avons publié dans notre numéro de novembre dernier une enquête signée Rozenn Le Carboulec et Pauline Ferrari sur les associations catholiques intégristes soutenues par des fonds privés qui interviennent dans les établissements publics et privés pour délivrer leur vision rétrograde de l’éducation à la sexualité. Le collectif Hors cadre a également publié une carte des associations financées par l’écosystème du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, réalisée en collaboration avec WeDoData.