
27.05.2026 à 12:16
Pablo Pillaud-Vivien
Avec son encyclique Magnifica Humanitas, le pape offre une lecture ambitieuse des transformations du monde contemporain. Entre critique du capitalisme numérique et réflexion sur la dignité humaine, Léon XIV tente de penser l’intelligence artificielle comme une question profondément politique.
Pour la gauche, il est inattendu, surprenant même, de lire une encyclique papale qui développe une pensée politique du progrès. Pourtant, il faut se souvenir que l’Église catholique n’est ni fondamentalement technophobe ni hostile par essence aux sciences. Elle a connu des affrontements avec la pensée scientifique – celles de Galilée ou Darwin par exemple – mais elle a aussi accompagné et structuré des espaces de savoir, des universités médiévales aux institutions contemporaines. Jean-Paul II témoigne de cette tradition dans son encyclique de 1998 : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. » C’est depuis cette histoire qu’écrit Léon XIV.
Dans cette encyclique (lettre officielle du pape adressée aux évêques pour exposer une position sur des questions doctrinales, morales ou sociales) massive, touffue, le Vatican se confronte au basculement en cours dans notre monde : l’intelligence artificielle, la numérisation intégrale des sociétés, la concentration du pouvoir technologique. Pour le pape, ces transformations ne sont pas de simples évolutions techniques mais des mutations politiques majeures. Il alerte contre une délégation croissante des capacités humaines (décider, juger, travailler, créer) à des systèmes pilotés par quelques grandes entreprises. Il insiste sur la dignité de la personne irréductible à la donnée ou à la performance, et appelle à réinscrire la technique dans un cadre démocratique et social. Pour lui, il ne s’agit pas de ralentir l’innovation mais de contester le pouvoir qu’elle organise. Léon XIV ne vise pas seulement les machines mais un monde où quelques acteurs privés concentrent la puissance économique, cognitive et culturelle.
Le pape se place d’abord sur un terrain anthropologique. Il interroge : qu’est-ce qu’un être humain ? Que devient-il dans un monde saturé de calcul et d’automatisation ? Le politique, lui, ne peut pas contourner une autre question : à quelle condition la technique est aussi une possibilité d’émancipation, de transformation sociale ? Le pape répond sans ambages : aucune opportunité ne vaut si elle détruit les conditions de l’expérience humaine.
Ce texte révèle la capacité de l’Église catholique à nommer un problème contemporain fondamental. Il l’interroge avant de le résoudre ; il pose des conditions avant les solutions. Contre l’évidence, il refuse de voir dans la numérisation du monde une modernisation inévitable. Le texte s’octroie le temps de la réflexion avant de critiquer la concentration des grandes plateformes. Léon XIV formule la question : qu’est-ce qu’une société qui délègue ses capacités de décision, d’attention, de mémoire et de jugement à des infrastructures privées, aux logiques propres ?
En 1891, au moment où le capitalisme industriel bouleversait le monde social, Léon XIII intégrait la question ouvrière à la doctrine de l’Église. En 2026, Léon XIV tente de penser le capitalisme computationnel, non pas contre la modernité, mais contre l’idée que le marché puisse définir ce qu’est l’humain.
Dans un entretien accordé au Grand Continent, le jésuite et conseiller du pape, Antonio Spadaro, explique que l’enjeu n’est pas de « ralentir » la technologie mais d’empêcher une réduction de la personne humaine à la performance, à la donnée, au calcul. Il mesure que le conflit du siècle ne portera pas seulement sur la répartition des richesses, mais aussi sur la définition de l’expérience humaine.
L’encyclique de Léon XIV rappelle qu’une politique se doit de commencer par une position sur ce qu’est l’être humain : pas un consommateur augmenté, pas un entrepreneur de lui-même, mais un être social, vulnérable par essence, dépendant aussi, notamment des autres, irréductible à ses fonctions économiques. En revanche, ces rappels n’entrent pas en contradiction avec une politique du progrès ; ils en fixent plutôt les conditions. On peut ne pas partager la théologie de Léon XIV. Encore heureux. Mais, dans ces temps troublés y compris pour la pensée politique, l’encyclique de l’actuel pape repose deux questions essentielles : qui sommes-nous et dans quel monde voulons-nous vivre ? Y réfléchir, l’envisager, c’est déjà commencer à trouver les voies et moyens d’y parvenir. Nous savons déjà que là sont les combats décisifs.
27.05.2026 à 12:14
la Rédaction
Gabriel Attal ne cache pas, depuis qu’il n’est plus premier ministre, qu’il ne souhaite pour rien au monde endosser l’héritage d’Emmanuel Macron. « Le monde de 2027 n’a rien à voir avec le monde de 2017 », dit-il. En même temps, difficile de vouloir le beurre et l’argent du beurre tout en reniant la crémière. Encore plus quand on est à la tête du groupe parlementaire et du parti présidentiel fondé par la crémière ! Qu’importe, Gabriel Attal entend faire du macronisme à la carte. Le dernier exemple en date est parlant : subitement, tous les réseaux sociaux du type « Macron président » ont été renommé « Attal président ». Tout l’historique a été effacé, les photos ont été changées, bref, on repart à zéro, sauf pour ce qui est des abonnés : 35 000 sur Instagram et 50 000 sur X. Pratique ! Pour ce qui est du consentement desdits abonnés, on repassera. L’intéressé, lui, n’y voit aucun problème : « Ces comptes ont toujours été les comptes officiels de campagne du parti que je préside aujourd’hui. […] [Ils] ont changé sept fois de nom ces dernières années. » OK boomer ! Allez Gabi, il suffit de hacker les comptes du Havrais et l’Élysée est à toi !
27.05.2026 à 12:11
Collectif
En rebond du rassemblement contre le racisme à Saint-Denis, en avril dernier à l’appel du maire Bally Bagayoko, les signataires de cette tribune appelle à la mobilisation générale pour la justice, la paix et la solidarité.
Après la réussite forte et inspirante du rassemblement initié à Saint-Denis/Pierrefitte-sur-Seine, à l’appel de Bally Bagayoko, maire de la commune nouvelle de Saint-Denis/Pierrefitte-sur-Seine, où plus de 15 000 personnes ont répondu présentes le 4 avril 2026, nous appelons à amplifier cette mobilisation.
Cet appel s’adresse à toutes celles et ceux qui refusent de renoncer : humanistes, antifascistes, antiracistes, à toutes celles et ceux qui assument de combattre les actes et les propos racistes qui se généralisent jusqu’au sommet de l’Etat. Parce que le racisme est systémique, la réponse doit être politique. Nous ne pouvons accepter les lois qui discriminent des parties de la population et banalisent le racisme, ni les complaisances, les silences et les renoncements de beaucoup face aux discours médiatiques et politiques qui portent la haine et le rejet.
Nous appelons la jeunesse à se lever, les universitaires à éclairer, les artistes à créer et à dénoncer, les médias républicains à informer avec responsabilité. Nous appelons les féministes, les personnes sans papiers, les acteurs et actrices engagés pour la paix, contre les dominations et les injustices. Nous appelons les syndicalistes, les associatifs, les habitantes et habitants des quartiers populaires comme de tous les territoires, les intellectuel.les, les sportifs et sportives, les créateurs et créatrices, et toutes les forces vives de la société.
Face à la montée du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie, de la négrophobie, de l’antitsiganisme, du racisme anti-asiatique et de toutes les formes de haine, face à la progression des idées d’extrême-droite et des discours de division, il n’y a pas de place pour l’indifférence. Nous refusons la banalisation de ces idées et affirmons notre détermination à y faire barrage par la mobilisation.
Le 21 juin rassemblons-nous à Paris et dans toute la France pour porter haut une exigence : celle d’une société réellement égalitaire, fraternelle et libre. Une marche pour affirmer notre attachement commun aux valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité.
Ce rendez-vous est un appel à l’engagement, à la dignité, à la solidarité active. Il est un appel à construire un avenir solidaire, juste et humain, contre toutes les formes de racisme, de haine et de division.
Le 21 juin, marchons ensemble. Nombreu.ses, solidaires, déterminé.es.
– Bally Bagayoko (Maire de Saint Denis / Pierrefitte Sur Seine)
– Azzédine Taïbi (Maire de Stains)
– Mohamed Gnabaly (Maire de l’île-Saint-Denis)
– Aly Diouara (Maire de La Courneuve)
– Sofienne Karroumi (Maire d’Aubervilliers)
– Demba Traoré (Maire du Blanc Mesnil)
– Konate Bassi (Maire de Sarcelles)
– Diangou Traoré (élue à Saint-Denis)
– Aziza Nouioua (élue à Neuilly sur/marne)
– Manon Monmirel (élue à Saint-Ouen)
– Sofia Boutry (élue à Saint Denis / Pierrefitte Sur Seine)
– Leila Boustella (élue à Livry-Gargan)
– Nezha Barhandi (élue à Clichy)
– Thomas Bardoux (élu à Pantin)
– Mehmet Ozguner (élu à Bondy)
Nadège Beausson-Diagne, Artiste ; Amal Bentounsi, Militante antiraciste ; Agathe Bonitzer, Comédienne ; Bastien Bouillon, Comédien ; Rachida Brakni, Actrice ; Néhémy Dahomey, Écrivain ; Rokhaya Diallo, Journaliste, autrice et Réalisatrice ; Laetitia Dosch, Actrice autrice et metteuse en scène ; Annie Ernaux, Ecrivaine ; Malcom Ferdinand, Universitaire ; Adèle Haenel, Comedienne ; Salah Hamouri, Militant Franco Palestinien ; Pierre Lemaître, Écrivain ; Soumahoro Maboula, Presidente, association Black History Month ; Mademoiselle K, Musicienne ; Hind Meddeb, Réalisatrice ; Médine, Rappeur ; Anna Mouglalis, Actrice ; Youssouf Mulumbu, Consultant ; Akim Omiri, Humoriste ; Soa de Muse, Artiste ; Tatiana, Humoriste ; Jenna Thiam, Comédienne, rappeuse ; Assa Traore, Collectif Adama ; Françoise Verges, Autrice, militante decoloniale ; Abdourahman Waberi, Ecrivain ; Lamia Ziade, Artiste ; Elies Zoghlami, Humoriste
Nasteho Aden, présidente du carré citoyen 93 ; Jean-Pierre Amira Bendjaballah, Journaliste ; Sissoko Anzoumane, Responsable MDS et Élu 18 eme ; Nadia Azoug, Vice-présidente Département SSD 93 / 1ere Adjointe Pantin ; Anne Azoulay, Comédienne ; Pauline Bade, Thérapeute militante ; David Baiot, Acteur ; Etienne Balibar, Professeur honoraire, Université de Nanterre ; Frank Barat, Producteur ; Christian Benedetti, Acteur / metteur en scène ; Siham Bengoua, Créatrice de contenu ; Hakim Benhabib, Thérapeute/Artiste ; Eric Berr, Economiste ; David Bertrand, Directeur de Casting ; Louise Bihan, Documentariste ; Benjamin Biolay, Chanteur et acteur ; Morgane Bonnaud, Monteuse ; Said Bouamama, FUIQP ; Sigrid Bouaziz, Comédienne et réalisatrice ; Idir Boumertit, Maire de Vénissieux ; Dominique Cabrera, Réalisatrice ; Cécile Cée, Artiste ; Manon Chaillou, Intermittente du spectacle ; Annie Chazelle, Engagement auprès des familles sans papiers ; Elodie Chazelle, Architecte ; Sarah Chazelle, Distributrice de films ; Mona Chollet, Autrice ; Claudine Cordani, Journaliste ; Alexia Coutant, Attachée de presse ; Coline Crance-Philouze, Distributrice ; Xavier Czapla, Comédien ; Slimane Dazi, Comédien ; Laurence De Cock, historienne, enseignante ; Malek Délégué, Éditorialiste politique ; Caroline Deruas Peano, Réalisatrice ; Lolo Dewaere, Comédienne ; Dinaa, Artiste ; Abdoubar Djaffar, élu de Créteil; Juliet Drouar, Auteur ; Victoire Du Bois, Comédienne ; Karine Durance, Attachée de presse ; Samia El Khalfaoui, Association Stop aux violences d’état (SAVE) ; Sepideh Farsi, Cinéaste ; Eric Fassin, Professeur de sociologie à l’Université Paris 8 ; Benjamin Fiorini, Maître de conférences, Université Paris 8 ; Cécile Fisera, Comédienne ; Sandrine Floc’h, Distributrice ; Giulia Fois, Journaliste, autrice ; Jérémie Fontaine, Réalisateur ; Sophie Fustes, Musicienne ; Lena Garrel, Actrice ; Caroline Geryl, Musicienne ; Hélène Giafferi, Humaniste, antiraciste et antifasciste ; Catherine Giraud, Attachée de presse ; Emmanuel Gras, Réalisateur ; Alain Guiraudie, Cinéaste ; Yasmine Hamdan, Artiste ; Eva Huault, Actrice ; Axelle Jah Njike, Autrice afropéenne, podcasteuse, documentariste & dramaturge. ; Negin Khazaee, Cinéaste ; Camille Kouchner, Autrice, Enseignante-chercheuse. ; Ariane Labed, Actrice, réalisatrice ; Thomas Lacoste, Réalisateur, La Bande Passante ; Abdelkader Lahmar, Maire de Vaulx en Velin ; Annie Lahmer, Conseillère Régionale ; Mélissa Laveaux, autrice compositrice interprète ; Radouan Leflahi, Acteur ; Ainhoa Leguy, Étudiante ; Marie Lemarchand, Comédienne et activiste ; Albert Lévy, ancien magistrat ; Florence Loiret-Caille, Actrice ; Emily Loizeau, Artiste auteure compositrice interprète ; (Lydroppedthemic) LY, Rappeur ; Grace Ly, Autrice ; Ziad Majed, Professeur universitaire ; Bertrand Mandico, Cinéaste ; Karim Mastouri, Adjoint au Maire d’Ivry-sur-Seine ; Xavier Mathieu, Acteur ; Maxime Matray, cinéaste ; Guillaume Meurice, Humoriste ; Johanna Meyer, Distributrice cinéma ; Shanti Mouget, Danseuse ; Bruno N’Diaye, Membre du Bureau Exécutif de la Libre Pensée ; Ugo Palheta, Enseignant-chercheur ; Julie Paratian, Productrice de films ; Caroline Peano Derua, Réalisatrice ; Jean-Gabriel Périot, cinéaste ; Elisabeth Perlié, Distributrice ; Cinna Peyghamy, Artiste ; Pablo Pillaud-Vivien, Journaliste ; Princess Erika, Chanteuse et actrice ; Olivier Rabourdin, acteur ; Narivelo Randriana Riosa, élu à Meudon ; Raz, streamer politique ; Marine Riou, Exploitante de cinéma ; Pierre Schoeller, Cinéaste ; Claire Simon, Cinéaste ; Julien Simon, Acteur ; Ahlam Slama, Comédienne ; Juliette Smadja, comédienne et autrice ; Amine Snoussi, Journaliste – Le Média TV, Frustration ; Yuki Takahata, autrice traductrice ; Emily Tante, Drag-queen ; Juliette Todisco « Macho Boulot Dodo », Créatrice de contenu ; Khadija Toufik, Journaliste ; Claire Touzard, Écrivaine ; Victoire Tuaillon, Journaliste ; Piero Usberti, Réalisateur ; Youness Valo, Réalisateur ; Madhuri Van Eeckhout, 3ème assistant caméra ; Valentin Vasseur, Technicien de maintenance ; Virgil Vernier, Réalisateur ; Gisèle Vienne, Chorégraphe metteur en scène ; Bixente Volet, Réalisateur ; Alexia Walther, Cinéaste ; Kiara Wimbush, Ingénieure de recherche ; Wissam Xelka, Streamer, militant décolonial ; Omar Yaqoob, Maire de Creil.
Julie Ferrua , Co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires ; Murielle Guilbert , Co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires ; Tayeb Khouira , Secrétaire National de l’Union syndicale Solidaires ; Béatrice Orès , Porte-parole UJFP ; Véronique Poulain , Trésorière Nationale de l’Union syndicale Solidaires ; Raphaël Pradeau , Porte-parole d’Attac France ; Jonathan Ruff-Zahn , Cofondateur Tsedek ; Anzoumane Sissoko , Marche des Solidarités ; Nathalie Tehio , Présidente de la LDH ; Yoro Traore , Intercollectif des Sans-PapierS ; Youlie Yamamoto , Porte-parole d’Attac France.
26.05.2026 à 12:40
Pablo Pillaud-Vivien
Le sondage Odoxa du jour le laisse entendre : l’ancien premier ministre est empêtré dans son passé macroniste. Face à lui, quelle alternative crédible au RN ? La gauche avec le candidat insoumis ?
Le dernier sondage Odoxa déplace la ligne d’horizon. Comme toutes les photographies d’opinions, elles ne valent que dans une cohorte, dans une comparaison. Mais chacune donne des indices et dit quelque chose du moment politique : le second tour de la présidentielle a déjà commencé. Sur la ligne de départ du premier tour, le casting des sondeurs est relativement arbitraire. Sont testés Nathalie Arthaud, Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Nicolas Dupont-Aignan et Jordan Bardella. Un échantillon qui mélange candidats officiels et hypothétiques tout en écartant certains candidats déclarés.
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Le fait majeur de ce sondage tient en deux chiffres : au premier tour, Édouard Philippe perd 4 points quand Jean-Luc Mélenchon en gagne 4. Les voilà respectivement à 17% et 16% d’intentions de vote. Un point d’écart. Rien, statistiquement parlant. Tout, pour ceux qui pensent que l’avant-présidentielle et les arbitrages entre les multiples candidats à gauche comme à droite se joueront dans les sondages. Le sondage laisse entrevoir deux possibles duels de second tour.
Jordan Bardella est, quant à lui, solidement installé en tête à 32%. Le candidat du Rassemblement national reste le point fixe de l’équation. La question ne serait pas, à ce stade, de savoir s’il sera au second tour, mais qui sera en face de lui. Dès lors, le premier tour n’est plus qu’un tri politique : qui portera l’alternative ? Qui défendra la République ? La droite ou la gauche ?
Mélenchon bénéficie d’une dynamique politique : +4 points en un mois. Il capitalise sur un désir simple pour le peuple de gauche : avoir, enfin, un candidat crédible, susceptible de l’emmener au second tour. De fait, il est aujourd’hui le seul à être en ordre de marche, avec un parti structuré, un programme identifié, une expérience de vétéran des campagnes présidentielles.
À ce jour, un premier enseignement s’impose : l’alternative au macronisme peut difficilement être un macroniste. Édouard Philippe en fait l’expérience brutale. Présenté comme celui qui pourrait rassurer les classes dirigeantes tout en captant un électorat déboussolé, il s’enfonce. Édouard Philippe, ce sont trois chiffres qui lui collent à la peau comme le rappelle Le Point : 5 euros d’APL en moins, la retraite à 67 ans et la limitation des 80 km/ sur route. Autant de repoussoirs. Son « programme massif » – qu’il tarde à divulguer – pourrait l’enfoncer davantage. D’où sa prudence et son silence. Chacun sait désormais que « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ».
Au premier tour, Bruno Retailleau est crédité de 9% d’intentions de vote. Il se prépare à être éjecté, hors-jeu. Enseignement confirmé par le sondage : son électorat LR est divisé et hésite pour le second tour entre un vote RN et un vote pour Édouard Philippe. Dès lors, quand la question du second tour prendra de la force, il est à parier que ses électeurs déserteront et arbitreront dès le premier tour entre Philippe et le RN.
Après sa déclaration de candidature, et le marasme du reste de la gauche, Jean-Luc Mélenchon bénéficie d’une dynamique politique : +4 points en un mois. Il capitalise sur un désir simple pour le peuple de gauche : avoir, enfin, un candidat crédible, susceptible de l’emmener au second tour.
De fait, Jean-Luc Mélenchon est aujourd’hui le seul à être en ordre de marche. Il a un parti structuré, un programme identifié, une expérience de vétéran des campagnes présidentielles – ce sera sa quatrième. En face, Marine Tondelier n’est même pas assurée de pouvoir être candidate sans primaire (elle est contestée sur ce point au sein même de son parti), Raphaël Glucksmann n’a ni déclaration officielle, ni projet, ni appareil constitué, et François Ruffin reste plus identifié « reporter » que « président ».
Odoxa annonce qu’il testera désormais le duel Mélenchon/Bardella. La droite compte sur un front anti-insoumis pour sauver son candidat et le mettre en situation d’affronter le RN. Elle fait le pari du soutien par défaut. Pas certain que, dans une situation de forte attente pour arbitrer des choix cruciaux, que ce pari soit gagnant. Après 10 ans de macronisme qui part dans tous les sens, gageons que la campagne gagnante sera celle du candidat qui proposera des choix cohérents, clairs et rassembleurs. Gabriel Attal n’est pas cohérent, Édouard Philippe n’est pas clair et Bruno Retailleau est diviseur. Bref, la gauche a ses chances.
26.05.2026 à 12:36
Loïc Le Clerc
Pour les communistes s’ouvre la saison du congrès. Le Conseil national a exposé son « projet de base commune » et les opposants ont déposé leurs « textes alternatifs », au nombre de trois. Ce 23 mai dans le quotidien La Marseillaise, Fabien Roussel y va de son commentaire : « J’invite les communistes à adopter [la base commune] pour avoir un parti le plus uni possible dans la préparation de ce congrès ». Quand on est secrétaire général, on n’appelle pas à l’unité. On la construit. Pour ça, il faut du travail commun, des pratiques communes. Unir les communistes, l’intention n’est pas négligeable, mais 1. ça ne se décrète pas et 2. ça ne peut être le but premier du PCF dans un tel moment ! Au-delà de ces soucis internes, le PCF contribuera-t-il à unir la gauche ? Pour le moment, il regarde passer les trains. Léon Deffontaines, le porte-parole du PCF, nous en dit plus dans #LaMidinale.
26.05.2026 à 12:14
Pablo Pillaud-Vivien
Candidature à la présidentielle de Fabien Roussel, congrès du parti, état de la gauche : Léon Deffontaines, porte-parole du Parti communiste français, est l’invité de #LaMidinale.
25.05.2026 à 12:16
Catherine Tricot
Longtemps reléguée au silence, la pédocriminalité exige des politiques de prévention et de soin à la hauteur. Dans un périscolaire précarisé et sous-encadré, les pouvoirs publics ont laissé se multiplier les failles qui exposent les enfants.
La révélation de violences dans le périscolaire a pris une telle ampleur que cela devient une question politique. À ce jour, 110 écoles parisiennes sont concernées par des plaintes pour des faits d’agressions sexuelles, de viols, de violences ou de graves négligences. Devant une telle faillite, l’émotion ne peut être que vive.
En premier lieu, ce qui nous stupéfie c’est la découverte d’agressions sexuelles et de viols dans les primaires et les maternelles, voire dans les crèches. Des pédocriminels agissent au sein des écoles. Ces révélations interviennent alors même que la société française découvre l’ampleur du mal et commence à en prendre la mesure : entre 10 et 20% des enfants auraient été victimes d’agressions sexuelles ou de viols, le plus souvent dans leur famille. La pédocriminalité sort du non-dit. Comment la traiter ? A l’école, dans le périscolaire, vérifier qui est embauché est le minimum légal mais cela n’est pas toujours appliqué. Cette précaution élémentaire ne suffira pas. L’Allemagne a fait de la lutte contre la pédocriminalité une grande question publique. Un numéro vert est ouvert aux hommes (car ce sont des hommes à plus de 95%) pour trouver de l’aide quand leur pulsion les assaille. Ils ne sont plus seuls, ils peuvent être pris en charge. En levant le tabou, l’Allemagne se donne les moyens d’identifier et de traiter ces malades. En France, ce numéro existe (0 806 23 10 63) mais il manque de simplicité, reste confidentiel et la politique de soins sous-dotée. L’approche sécuritaire qui ne cesse de s’imposer renvoie les pédocriminels au silence et au secret. Face à l’ampleur du problème, persister dans cette voie ne peut que conduire à l’échec.
Ces crimes sexuels au sein d’une institution de la République commis contre des enfants sont des plus graves ; l’ampleur des mises en cause est accablante. La ville de Paris est au cœur de la tourmente. D’abord par son inexplicable et inexcusable manque de réactions, voire par son esquive. Emmanuel Grégoire semble enfin le comprendre. La route est encore longue : promettre qu’injecter 20 millions permettra de faire face n’est vraiment pas à la hauteur du problème systémique. Se donnera-t-il les moyens matériels et politiques de revisiter les choix faits par Bertrand Delanoë qui, visiblement, ne prit pas la mesure de sa décision d’appliquer dès la rentrée 2013 le décret Peillon de janvier 2013 modifiant les rythmes scolaires ? En quelques mois, il fallut recruter 1500 animateurs. Paris s’est voulue leader de cette politique ; elle le prend en boomerang aujourd’hui. Mais la question dépasse Paris. C’est partout que la fréquentation périscolaire explose. Ce sujet est national : on est passé de 800 000 écoliers fréquentant le périscolaire en 2012 à plus de 2,6 millions en 2014 quand la réforme s’imposa sur tout le territoire.
Peu de monde à l’époque contesta le choix de raccourcir les journées de classe, d’élargir le temps périscolaire, de travailler 5 jours au lieu de 4. Mais il apparaît clairement que les conséquences d’une telle évolution n’ont pas été anticipées ou écoutées au plus haut niveau de l’Etat. De nombreuses municipalités ont pourtant fait valoir leurs difficultés financières et de recrutement. Elles ont dit aussi le risque d’un accroissement des inégalités. Ce sont elles qui, en effet, ont la charge de ce temps dans l’école mais en dehors de la classe : matin, midi, soir, mercredi et vacances. La ville de Paris, riche et arrogante, a cru pouvoir faire et ne pas écouter les syndicats qui la mettaient en garde. Elle a promis monts et merveilles aux parents.
On peut interroger cette promesse : les monts et merveilles consistent-ils à ajouter toujours plus d’activités encadrées aux enfants ? Laisser les enfants respirer, leur permettre d’inventer des jeux avec les autres est peut-être une idée simple mais pas si mal. En tout état de cause, les activités encadrées doivent être conduites par des personnes qualifiées. La plupart des animateurs n’ont aucune formation, pas même le Bafa. On ajoutera que des emplois payés 800 euros par mois en moyenne, 11 euros de l’heure, avec des amplitudes horaires de 7h30 à 18h30 et des trous dans la journée n’attirent que des personnes en grande nécessité. Sûrement peu de vocations. Ces animateurs se dépatouillent et font comme ils peuvent, souvent sans référents et sans cadres.
L’actuelle crise doit conduire à de solides évolutions à commencer par l’actuel cloisonnement entre éducation dévolue à l’État et animation dévolue aux villes. Cette organisation absurde produit de très nombreux dysfonctionnements. L’administration tarde trop à en prendre la mesure. La journée des enfants, leurs besoins, doivent être pensés dans leur globalité et non coupés en tranches. Un service public unifié correspondrait à l’unité de la personne-enfant et il offrirait aux parents un interlocuteur unique, responsable. Une telle politique passe sans conteste par davantage d’adultes encadrants, formés, payés. Ridicule de prétendre le faire à coût constant et en deux temps, trois mouvements. L’essentiel de la maltraitance et de la négligence vient de cette situation enkystée mais intenable pour les enfants et pour les adultes dans l’école.
25.05.2026 à 12:14
la Rédaction
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a annoncé ce lundi sa mise en examen pour « diffamation » à la suite d’une plainte déposée par la direction de Tefal. L’entreprise lui reproche d’avoir dénoncé une « répression patronale violente » contre une militante ayant alerté sur la présence de PFAS dans la production. Une procédure que la dirigeante considère comme une atteinte aux libertés syndicales et une tentative de faire taire les critiques sur les conditions de travail et les impacts environnementaux. Cela rappelle que la CGT n’est décidément pas seulement un espace où l’on défend l’emploi et les salaires mais un syndicat qui considère sans étroitesse la défense « des intérêts moraux et matériels » de ses mandants. Les syndicats s’imposent comme des acteurs centraux des enjeux démocratiques contemporains… en particulier celui de la transformation écologique de l’industrie.
23.05.2026 à 13:15
la Rédaction
Comme chaque semaine, le débrief politique avec Catherine Tricot et Pablo Pillaud-Vivien !
22.05.2026 à 12:45
Pablo Pillaud-Vivien
Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement de Sébastien Lecornu fait ce qu’il peut. Et il peut peu.
Il fallait un dispositif exceptionnel : une conférence de presse à sept voix et des éléments de langage rodés pour tenter de masquer l’évidence. Résumons les « annonces » : face à la hausse des prix des carburants causée par la guerre au Moyen-Orient, 710 millions d’euros d’aides supplémentaires s’ajouteront aux dispositifs existants. Une prolongation des aides pour les secteurs les plus exposés. Un doublement de certaines indemnités pour les gros rouleurs modestes. Le relèvement du plafond des primes carburant défiscalisées versées par les entreprises, de 300 à 600 euros par an. L’État met un peu d’argent et attend des employeurs qu’ils mettent la main à la poche. Concrètement, la moyenne des pays de l’OCDE a consacré 0,2% de sa richesse nationale à passer cette crise. La France, c’est 0,02%. L’avant-dernière du tableau, juste avant la Grande-Bretagne.
TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER
Sur le papier, difficile d’être contre ces petites aides. Mais en vérité, difficile aussi d’être convaincu. Ces annonces disent d’abord une chose : le gouvernement est pris dans un paradoxe qu’il ne parvient plus à masquer. Voilà des années qu’il explique que les caisses sont vides, que la dette impose la rigueur, que toute dépense doit être scrutée et qu’aucun nouvel impôt n’est possible. Pourtant, à chaque crise, la seule réponse consiste en une accumulation d’aides, de chèques, de primes. Comme si la politique économique se résumait à amortir les chocs sans traiter les causes ni ouvrir de perspectives.
Oui, ces aides sont nécessaires. Oui, il faut soutenir celles et ceux qui n’en peuvent plus. Mais comment ne pas voir qu’en refusant obstinément de reconsidérer les fondamentaux de sa politique d’offre, en récusant toute nouvelle recette, le gouvernement se condamne à l’impuissance ? Les profits records de certaines entreprises comme TotalEnergies ne sont pas un détail du paysage : ils font partie de la solution. Et restent toujours hors de toute mise à contribution sérieuse.
Pendant ce temps, les Français sont à l’os. Le litre d’essence qui dépasse les 2,20 euros n’est pas une abstraction économique. C’est une violence sociale : 74% des trajets domicile-travail se font en voiture. Dans ces conditions, la baisse contrainte de 30% de la consommation de carburant observée ces dernières semaines n’est pas un effort vertueux mais un renoncement forcé. On rogne sur les déplacements, on réduit les loisirs, on s’organise comme on peut – covoiturage, télétravail quand c’est possible – mais pour beaucoup, c’est une souffrance quotidienne. Le gouvernement le sait. Il le dit même, à sa manière, en répétant qu’il ne faut pas « emmerder les Français ». Mais il en tire des conclusions étrangement limitées.
Rien n’indique qu’une solution est en vue dans le conflit et tout indique que la reconstruction des infrastructures détruites sera longue. Pourtant, le gouvernement agit comme s’il s’agissait de passer un cap en tenant quelques mois.
Car les mesures annoncées sont très en deçà des besoins et ne prennent pas la mesure de la crise qui s’annonce. Qui a nom coût de l’énergie, pénurie d’essence possible, renchérissement des engrais et des produits manufacturés… Rien n’indique qu’une solution est en vue dans le conflit et tout indique que la reconstruction des infrastructures détruites sera longue. Pourtant, le gouvernement agit comme s’il s’agissait de passer un cap en tenant quelques mois, autrement dit jusqu’à la présidentielle.
Malgré les divisions politiques, des décisions structurantes peuvent être débattues et engagées. L’exemple de la grande loi-cadre sur les transports, sans cesse repoussée, est accablant. Donner une direction claire – électrification du parc automobile, développement massif des alternatives à la voiture individuelle, aménagement du territoire en transports en commun et en bornes de recharge électrique –, voilà ce qui manque cruellement. Le gouvernement Lecornu gère l’urgence sans préparer l’avenir. Il écope la mer avec une petite cuiller dans un moment où on a besoin de visions et de projets mobilisateurs (et pas la guerre s’il vous plaît).