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08.12.2026 à 11:59

On aime #119

L'Autre Quotidien
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A ceux qui se taisent : ”Un jour tu auras droit à la parole. Que feras-tu de l'énorme cadavre du silence ?” Chawki Abdelamir (Irak, 1949)
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L'image qui nous parle

At the Cafe. 3 March 2015 © Farshid Tighehsaz

L'air du temps

James Blake - My Willing Heart

Le haïku de dés

さてどちらへ行かう
風が吹く

et maintenant
de quel côté aller ?
le vent souffle

Santoka

L'éternel proverbe

La maison où manque la mère, même si la lampe l'éclaire, il y fait nuit.

Proverbe kabyle

Les mots qui parlent

Un jour tu auras droit à la parole.
Que feras-tu de l'énorme cadavre du silence ?

Chawki Abdelamir (Irak, 1949; poète et traducteur en français de Adonis)

04.02.2026 à 08:37

Avec Frank Zappa, les freaks sortent aussi la nuit - Part 2

L'Autre Quotidien
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Le 27 juin 2026, Freak Out ! des Mothers of invention fêtera ses 60 ans. Collages sonores, improvisations inspirées, album-concept… il détonne toujours par son approche éclectique, gourmande et expérimentale de la musique, s'essayant à plusieurs genres et s'écartant des sentiers conventionnels du rock, du jazz ou du classique. L’album avait foiré aux Etats-Unis mais la Franck Zappa touch, leader du groupe, a conquis les jeunes Européens.
Texte intégral (3234 mots)

Le 27 juin 2026, Freak Out ! des Mothers of invention fêtera ses 60 ans. Collages sonores, improvisations inspirées, album-concept… il détonne toujours par son approche éclectique, gourmande et expérimentale de la musique, s'essayant à plusieurs genres et s'écartant des sentiers conventionnels du rock, du jazz ou du classique. L’album avait foiré aux Etats-Unis mais la Franck Zappa touch, leader du groupe, a conquis les jeunes Européens.

Freak Out, le kaléidoscope de la culture adolescente et consciente de la société dans laquelle elle évolue.

 Freak Out ! peut être considéré comme la première tentative de surréalisme musical. L’album présentant une instrumentation incroyable (orchestre jazz, kazoo, vibraphone) juxtaposée au format traditionnel d'un groupe de rock. Il aborde de biais tous les registres pour créer au moins une chanson qui plaira à tout le monde. D’où des titres aussi bien doo-wop, des morceaux de rock and roll, des morceaux de musique concrète, des ballades pop, du R&B, du pop rock et des compositions vocales et électroniques expérimentales. Toute la musique est écrite, arrangée et orchestrée par Frank lui-même, ce que très peu de musiciens de rock faisaient. A 25 ans, Zappa est un autodidacte passionné par l’occultisme et les sciences politiques. C’est un arrangeur et compositeur qui a intégré la musique contemporaine à révérer Stravinsky, Schoenberg et Varèse, un multi-instrumentiste convaincant (batterie, guitare, claviers, percus) qui a laissé tomber des études qui ne voulaient pas de lui pour ouvrir un studio de production musicale et se le faire fermer illico par le shérif de Lancaster qui avait pris soin de lui commander incognito la BO d’un film porno pour le mettre à l’ombre. Relocalisé à Los Angeles, Zappa s’acoquine avec le vocaliste Ray Collins, le batteur amérindien Jimmy Carl Black, le bassiste mexicain Roy Estrada, adepte du falsetto et le guitariste Elliott Ingber avec lesquels il tente de survivre en écumant les clubs et en composant à la demande. Zappa raconte même en rigolant à moitié que, Wilson les ayant vu jouer en club, les as signé en croyant que c’était un groupe de blues …

Proche des Freaks de Los Angeles qui cherchent à se différencier des hippies de la Baie, dont il trouve la philosophie trop enfumée et filandreuse, il virera tous ses musiciens accro les uns après les autres ; Zappa et les Mothers collent à la scène et sont très proche du groupe de danse expérimentale de Vito, activiste qui participera aux sessions de Freak out., au même titre que Carl Franzoni, et le sémillant Kim Fowley, autre producteur aventureux qui aura son heure de gloire plus tard avec les Runaways. En 1965/66, la chape de plomb des années Eisenhower commence à se lever et le « dirigisme éclairé » de Johnson ne fait plus recette auprès de la jeunesse qui va chercher à se révolter de toutes les manières possibles, quitte à en inventer de nombreuses et nouvelles, en refusant carrément le présent guerrier qu’on lui assène et le futur de simple consommateur qui lui est d’avance programmé, avec un système éducatif sans rapport avec son temps ni ses attentes, juste bon à fabriquer des plastic people. Ce sera le sujet de The Graduate de Mike Nichols un an plus tard en 1967.

Les USA sont la première puissance mondiale et profitent de la croissance économique pour s’attribuer domination des marchés et imposition de leur vision du monde via la culture revisitée corsetée, propagée par Hollywood. Incendiaire Zappa déclarera :

 

« La politique, c’est la branche divertissement du complexe militaro-industriel. »

 

Lyndon B. Johnson ne s’attendait pas à une remise en question aussi globale de sa vision du monde, à mener une politique de gauche ; mais l’imposition de son gant de fer politique et l’envoi massif de la jeunesse au Vietnam retournent définitivement la situation. A la suite des beatniks et des écrits d’un Theodore Roszak[1] sur la naissance de la contre-culture, se profile un nouveau nouveau monde qui prendrait conscience de lui, observerait un autre rapport à la conscience et au sacré, à la nature (écologisme) et aux autres en créant du lien et des rencontres, au lieu de tabler sur les conflits pour exister. Et hop, à la trappe la tradition WASP ! Les USA ne proposent aucune alternative ? Frank Zappa envoie la sienne qui parle de vie, d’émancipation et de ce contre quoi il faut lutter. Et, il propose même un comment avec une liste de plus de cent personnalités à découvrir (on y reviendra plus bas.)

 

[1] Naissance d’une contre-culture, Theodore Roszak (1968),  trad. de l’anglais par Julien Besse, La Lenteur, 2021.

Freak Out / The Mothers of Invention

Sortie officielle #1

Numéro de catalogue : ZR3834

Produit par : Tom Wilson

Toutes les titres : Composés/Arrangés/Orchestrés/Conduits par Frank Zappa

The Mothers

Frank Zappa : leader et directeur musical

Ray Collins : Chanteur principal, harmonica, tambourin, cymbales, épingle à cheveux et pince à épiler.

Jim Black : Batterie (chante aussi dans une langue étrangère)

Roy Estrada : basse et guitarron ; garçon soprano

Elliot Ingber : Guitare solo et rythmique alternée avec une lumière blanche claire


Les mères auxiliaires :

Gene Estes : percussions

Eugene DiNovi  +  Dr John + Les Mc Cann: piano

Neil LeVang : guitare

John Rotella : clarinette, saxophone

Kurt Reher : violoncelle

Raymond Kelley : violoncelle

Paul Bergstrom : violoncelle

Emmet Sargeant : violoncelle

Joseph Saxon : violoncelle

Edwin V. Beach : violoncelle

Arthur Maebe : cor, tuba

George Price : cor d'harmonie

John Johnson : tuba

Carol Kaye : guitare à 12 cordes

Virgil Evans : trompette

David Wells : trombone

Kenneth Watson : percussions

Plas Johnson : flûte

Roy Caton : copiste

Carl Franzoni : voix

Vito : voix

Kim Fowley : (en vedette à l'hypophone)

 

Enregistré dans les studios Sunset-Highland de TTG, du 9 au 12 mars 1966.

Ingénieur du son  : Val Valentin

Conception de la pochette : Jack Anesh

Photo de couverture : Ray Leong

Direction artistique de la couverture et texte par FZ, NT&B.

Art et notes de pochette ©1966, mmxii ZFT.

Art d'archive avec l'aimable autorisation de ZFT.

 

Continuons avec les notes de pochette / déclaration d’intention - Frank Zappa est le leader et le directeur musical de The Mothers of invention. Ses prestations en personne avec le groupe sont rares. Sa personnalité est si puissante qu'il vaut mieux qu'il se tienne à l'écart... pour le bien des jeunes esprits impressionnables qui ne sont peut-être pas préparés à l'affronter. Lorsqu'il se présente, il joue de la guitare. Parfois, il chante. Parfois, il parle au public. Parfois, il y a des problèmes.

 Sur le plan personnel, le Freaking Out est un processus par lequel un individu se débarrasse de normes obsolètes et restrictives en matière de pensée, d'habillement et d'étiquette sociale afin d'exprimer de manière créative sa relation à son environnement immédiat et à la structure sociale dans son ensemble. Les personnes moins perspicaces ont qualifié de « freaks » ceux qui ont choisi cette façon de penser et de se sentir, d'où le terme « Freaking Out » : Freaking Out. - Au niveau collectif, lorsqu'un certain nombre de « Freaks » se rassemblent et s'expriment de manière créative à travers la musique ou la danse, par exemple, on parle généralement d'un freak out. Les participants, déjà émancipés de notre esclavage social national, vêtus de leurs vêtements les plus inspirés, réalisent en tant que groupe tout le potentiel qu'ils possèdent pour s'exprimer librement. - Nous aimerions encourager tous ceux qui entendent cette musique à nous rejoindre... à devenir membre de The United Mutations... . . FREAK OUT !

Notes sur les compositions incluses dans cet album :

 

1. HUNGRY FREAKS, DADDY .... (3:27) a été écrite pour Carl Orestes Franzoni. Il est bizarre jusqu'aux ongles des pieds. Un jour, il habitera à côté de chez vous et votre pelouse mourra. Abandonnez l'école avant que votre esprit ne pourrisse à force d'être exposé à notre médiocre système éducatif. Oubliez le bal de fin d'année et allez à la bibliothèque pour vous instruire si vous avez du courage. Certains d'entre vous aiment les rassemblements de supporters et les robots en plastique qui vous disent quoi lire. Oubliez ce que j'ai dit. Cette chanson n'a pas de message. Levez-vous pour le salut au drapeau.

2. I AIN'T GOT NO HEART . (2:33) est un résumé de mes sentiments dans les relations socio-sexuelles.

3. WHO ARE THE BRAIN POLICE ? . . . (3:33) À cinq heures du matin, quelqu'un n'a cessé de chanter cette chanson dans mon esprit et m'a obligé à l'écrire. Je dois admettre que j'ai eu peur lorsque j'ai fini par l'écouter à haute voix et par chanter les paroles.

4. GO CRY ON SOMEBODY ELSE'S SHOULDER .... (3:39) est très grasse. Il ne faut pas l'écouter. Il faut le porter sur les cheveux.

5. MOTHERLY LOVE .... (2:43) est une publicité pour le corps du groupe. Elle est chantée pendant les concerts pour informer le public féminin des plaisirs potentiels à tirer des contacts sociaux avec nous. Caca trivial.

6. HOW COULD I BE SUCH A FOOL .... (2:11) est basé sur un rythme de nanigo modifié. Nous l'appelons Motown Waltz. Elle reste à 3/4 temps tout au long du morceau, mais les accents changent d'une section à l'autre. En tant qu'adolescent américain (en tant qu'Américain), cela ne vous dit rien. (Je me suis toujours demandé si je pouvais écrire une chanson d'amour).

7. WOWIE ZOWIE . (2:51) est soigneusement conçue pour attirer l'auditeur de 12 ans dans notre camp. J'aime l'accompagnement au piano et au xylophone dans le deuxième refrain. C'est joyeux. C'est inoffensif. Wooly Bully. Little Richard dit qu'il l'aime bien.

8. YOU DIDN’T TRY TO CALL  ME .... (3:16) a été écrit pour décrire une situation dans laquelle Pamela Zarubica s'est retrouvée au printemps dernier. (Wowie Zowie, c'est ce qu'elle dit quand elle n'est pas grincheuse . ... qui imaginerait que cela puisse inspirer une chanson ? Personne ne le devinerait. Aucun d'entre vous n'est assez perspicace. Pourquoi lisez-vous ceci ?) La structure formelle de You Didn't Try To Call Me n'est pas révolutionnaire, mais elle est intéressante. Vous vous en fichez.

9. ANY WAY THE WIND BLOWS . . . (2:54) est une chanson que j'ai écrite il y a environ trois ans, alors que j'envisageais de divorcer. Si je n'avais jamais divorcé, ce morceau d'absurdité triviale n'aurait jamais été enregistré. Elle est incluse dans ce recueil parce que, en un mot, les enfants, c'est... comment dire... c'est intellectuellement et émotionnellement ACCESSIBLE pour vous. Hah ! Peut-être même qu'il est dans votre ligne de mire !

10. I’M NOT SATISFIED . (2:38) est acceptable et sans danger et a été conçu ainsi à dessein.

11. YOU’RE PROBABLY WANDERING WHY I AM HERE ( AND SO AM I) . . (3:38)

12. TROUBLE EVERYDAY .... (5:49) est ce que je ressens à propos des troubles raciaux en général et de la situation à Watts en particulier. Elle a été écrite pendant l'émeute de Watts. Je l'ai brièvement présentée à Hollywood, mais personne n'a voulu y toucher... Tout le monde s'inquiète tellement de ne pas être diffusé à l'antenne. Mon Dieu, mon Dieu.

13. HELP I'M A ROCK .... (4:43)/ 14. IT CAN'T HAPPEN HERE . (3:55) est dédiée à Elvis Presley. Notez la structure formelle intéressante et l'étonnante harmonie à quatre voix vers la fin. Notez le manque évident de potentiel commercial. Ho hum.

15. THE RETURN OF THE SON OF MONSTER MAGNET . . . (12:17) - (Ballet inachevé en deux tableaux) I. Danse rituelle du tueur d'enfants. II. Nullis Pretii (Pas de potentiel commercial), c'est ce à quoi ressemblent les monstres quand on les lâche dans un studio d'enregistrement à une heure du matin avec 500 dollars de matériel de percussion loué. Un titre vif et accrocheur. Hotcha !

 

« Monsieur l'Amérique, passez devant vos écoles qui n'enseignent pas

M. Amérique, passez devant les esprits qui ne veulent pas être atteints

Je n'ai pas d'autre choix que d'essayer de cacher le vide qui est en toi.

Mais une fois que tu auras découvert que la façon dont tu as menti

Et tous les trucs ringards que vous avez essayés

N'empêchera pas la marée montante des freaks affamés papa. »

Frank Zappa/ Hungry Freaks Daddy

 

Où se retrouver dans ce panorama adolescent ? Clairement, la subversion des codes est son prénom, à mixer le rock à partir d’autres éléments que les usuels du blues, en y ajoutant l’opéra de devanture des salons de coiffure, autrement dit le doo-wop, à une instrumentation à côté de la plaque avec kazoo, xylophone, orchestre de jazz et instrumentation classique à cordes, quand ne tirant pas sur la fin vers le Freak Out attendu des percussions (Varèse quand tu nous tiens !) de The Return of the son of Monster Magnet. Mais ce qui fait dérailler le train (de l’habitude ? qui part pour Yuma à une heure précise ? ) c’est l’emploi des voix et des rythmes qui varient au gré des envies du compositeur. Personne n’a encore écrit du rock aussi barré à mélanger dans le même chaudron R&B, ballades pop, rock véhément, électronique et manip de bandes ; même les Beatles de Rubber Soul ne vont pas encore aussi loin, même s’ils envoient déjà le psychédélisme en pointillé. Le seul groupe à optique aussi large sera Soft Machine qui remplacera le doo-wop par des nursery rhymes, mais avec la même ouverture pop-jazz-contemporaine et un vocaliste indépassé Robert Wyatt.

 

Revenons enfin sur la liste des 110 noms qui se déploie sur une partie de la pochette intérieure au titre des inspirateurs de la musique jouée par les Mothers : on y trouve beaucoup d’écrivains de SF, et James Joyce, de nombreux jazzmen novateurs entre modal et free, des bluesmen à la pelle, des managers comme celui des Beatles ou des Mothers, des producteurs-chercheurs comme (leur) Tom Wilson ou Phil Spector, des artistes doo-wop, tout comme Joan Baez, Bob Dylan et David Crosby. Tous ceux-ci s’égrenant avec un florilège de musiciens contemporains qui voisinent sans hiérarchie avec Ravi Shankar, Sacco & Vanzetti, John Wayne, Yves Tanguy et même Lenny Bruce. La continuité conceptuelle se met en place ici-même qui donnera des idées à Nurse With Wounds pour sa liste d’œuvres méconnues à découvrir concernant surtout les années 70, magnifique collection de bizarreries, œuvres décalées, curiosités musicales, dans laquelle tout amateur de nouvelles sensations peut allègrement piocher s'il aime à triturer son cerveau, et parfois tomber sur une perle rare.  

Un dernier pour la route. Zappa: « La conscience, c’est comme un parachute, ça ne marche qu’une fois ouvert. » Vous voilà prévenus.

 Jean-Pierre Simard

MOFO

Et pour les fans d’exhaustivité, l’album The MOFO Project/Object  avait commémoré dignement en 2006, le 40e anniversaire de Freak Out ! Le coffret inclut le récit de la réalisation de l’album, en présentant du matériel inédit. Publié sous la forme d'un ensemble de 4 CD dans un emballage unique, il s'agit du projet/objet no 1 d'une série de documentaires audio du 40e anniversaire de FZ. Et, pour les petits budgets, il existe sous la forme d’un double CD. En juillet 2022, la petite Zappa Family trust a revendu ses archives et malles aux trésors inédits à Universal. Le label d’origine Verve Records fait désormais partie d’UMG. « Plus de cinq décennies plus tard, nous savons que sa musique et son héritage seront dans les meilleures mains possibles pour les générations à venir », à ajouté le Zappa Family Trust. À suivre.

 

Mothers of Invention - Freak Out –Verve ou Zappa Records

The MOFO Project/Object- Zappa Records

03.02.2026 à 17:54

“Bleus, blancs, rouges” de Benjamin Dierstein, le retour du frisson politique néo-polar

L'Autre Quotidien
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Pour tous ceux qui ne connaissent ni Prudhon, ni Manchette, qui ont zappé Daennincks, Vilar et Fajardie, voici une chance de comprendre l’importance du néo-polar de la fin 70, début 80 avec la nouvelle trilogie de Benjamin Dierstein : Bleus, blancs, rouges qui s’occupe de la décennie 74/ 84. Soient, pour le premier tome 794 pages bien serrées et aussi haletante que crispantes, pour redonner le ton des années de plomb.
Texte intégral (1199 mots)

Pour tous ceux qui ne connaissent ni Prudhon, ni Manchette, qui ont zappé Daennincks, Vilar et Fajardie, voici une chance de comprendre l’importance du néo-polar de la fin 70, début 80 avec la nouvelle trilogie de Benjamin Dierstein : Bleus, blancs, rouges qui s’occupe de la décennie 74/ 84. Soient, pour le premier tome 794 pages bien serrées et aussi haletante que crispantes, pour redonner le ton des années de plomb.

Benjamin Dierstein est l'une des voix fortes du roman noir politique. Il a le souffle, l'audace et la transgression d'un grand écrivain. L'auteur de La Défaite des idoles s'attaque à des chantiers ambitieux, monumentaux. Dans Bleus, Blancs, Rouges, sorti mercredi 19 février 2025 chez Flammarion, Benjamin Dierstein autopsie avec une rare minutie la France giscardienne. Il raconte les barbouzes, les proxénètes, les flics, les héros et les salauds. Il narre les coups bas, les coups tordus, les coups fourrés de la République, les excès de la Françafrique, le Paris mondain, le Paris de la pègre des Frères Zemour.

Dans ce premier tome survitaminé d'une nouvelle trilogie, Benjamin Dierstein adopte un rythme infernal qui prend le lecteur en haleine pour ne plus jamais le lâcher. Dans ce thriller politique, il use d'un style percutant et d'une écriture enfiévrée. Le langage cru, parfois malaisant, de certains de ses personnages contribue à rendre l'ambiance étouffante de ces années-là. ( Mohamed Berkani pour France Info)

On va oublier l’écriture soi-disant “malaisante” qui parle vrai, et privilégier le comment très bien développé des années de plomb, avec la fin programmée en 1974 de la Gauche Prolétarienne ( mao) pour ne pas céder à la lutte armée et qui va plonger certains à créer Action Directe, sur le modèle de la RAF allemande et des Brigades Rouges transalpines, pour faire vraiment flipper le bourgeois. Mais ce qui est bien montré ici, c’est le vrai flip gouvernemental d’un rapprochement de l’ennemi numéro 1 , Jacques Mesrine avec l’extrême-gauche et les discours des cadors de la police d’alors, les Otavioli, Broussard et Prouteau du GIGN, certains de faire leur devoir, sans prendre de gants, ni observer de très près la loi… 

Et c’est là qu’on retrouve le néo à la Manchette ou à la Fajardie d’alors, comme moyen de parler vrai dans un monde de faux-semblants délivrés par des médias aux ordres. Si vous ne voyez pas le rapprochement avec les cris d’orfraie du syndicat de police (d’extrême-droite) Alliance qui poursuite l’œuvre du SAC avec des voyous aux ordres, alors vous ne. comprenez l’emprise à laquelle les média de Bolloré vous soumettent.

Qu’ajouter ? Que le néo-polar annonçait l’arrivée de la gauche au pouvoir- pour trop de diamants offerts à Giscard par son vassal Bokassa en Centre-Afrique, et que le polar qui parle calmement de toutes les embrouilles éclaire sincèrement sur celles de la macronie au pouvoir depuis trop longtemps. Réfléchissez, tout devient soudain transparent… On vous parlera des deux autres tomes après lecture. En attendant, en route pour 794 pages à fond la caisse.

Jean-Pierre Simard, le 4/02/2026
Benjamin Diertstein - Bleus, blancs, rouges - Folio Noir

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