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Le Grand Continent - Groupe d'Etudes Géopolitiques


Texte intégral (1859 mots)

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Goudronnée, asphaltée, poussiéreuse… En 2026, la route n’est pas exactement l’endroit rêvé pour exercer sa plume d’écrivain. Pourtant, de nombreux auteurs ont célébré leur route : pour Proust, c’est « la vieille route de Balbec », « plantée de vieux ormes » ; pour Kerouac, c’est sur les routes américaines, traversées à « toutes berzingues », qu’il faut brûler la vie par les deux bouts. De manière bien plus tragique, la poétesse italienne Antonia Pozzi, morte suicidée, avait fait de ses poèmes les bornes kilométriques d’un long chemin vers la mort, rassemblés dans La Route du mourir. La route, ou comment le bitume en surchauffe fait se rencontrer la vie et la mort. Charles Dantzig, quelle est route de votre Grand Tour ? 

La Highway 1, la route nationale qui relie San Francisco à Santa Barbara jusqu’à Los Angeles, en Californie. Cette route, qui a la particularité de se déployer le long de l’océan Pacifique, a été inaugurée en 1937, à l’initiative d’un médecin de Monterrey, John L. D. Roberts, qui voulait visiter plus facilement ses patients. 

Une route, c’est plusieurs lieux à la fois. C’est un ruban d’asphalte qui vaut pour lui-même, mais c’est aussi les deux destinations qu’elle réunit. En l’occurrence, les deux villes reliées par la Highway 1 sont des apothéoses de civilisation. San Francisco est la ville des poètes, des grands sanctuaires du savoir que sont les universités. Los Angeles, de son côté, est une ville qui semble appartenir à la Lune, avec ses immenses avenues, ses 200 kilomètres de routes : c’est le parfait paradis artificiel. Les autoroutes et les autoponts s’y entremêlent avec enchantement, tout en restant toujours à sens unique. Les individus sont comme des atomes ou des globules rouges, à bord de leur voiture. Le solitaire que je suis apprécie particulièrement cet aspect-là : les routes sont comme d’immenses plaines d’asphalte, empruntées par les anges.

À bord de quel véhicule parcourez-vous la Highway 1 ? Et quelle est votre bande-son ?

Je l’ai descendue une fois en Mustang. En ce qui concerne la musique, il faut surtout  faire attention. Une fois, alors que je manipulais mon téléphone portable pour créer une playlist, j’ai failli me tuer. La chanson qui s’accorde le mieux à cette route-poème, c’est It Happened in Monterey, de Frank Sinatra.

La Highway 1 longe l’océan Pacifique. Parlez-nous de cette rencontre entre la mer et la terre.

Précisément parce qu’elle est proche de la mer et épouse sa forme littorale, la Highway 1 est l’une des plus belles routes du monde, avec la route qui longe la côte amalfitaine, au sud de l’Italie, et la route de la Méditerranée, en Croatie. Elle est même légèrement dangereuse, puisqu’elle frôle des précipices et des ravins. Outre l’eau et la terre, la Highway 1 côtoie également les airs, avec certaines portions nettement au-dessus du sol grâce à des autoponts. Les Américains ont un mot pour désigner ces paysages majestueux : « dramatic ». La violence des vagues rend effectivement cette traversée un peu « dramatique ». La Highway 1, avec ses sinuosités et la grandeur des paysages environnants, a tout pour déclencher cette peur légèrement enfantine qui fait son charme.

C’est d’ailleurs sur la Highway 1 que vous faites disparaître le personnage principal de votre roman Un film d’amour. La route est-elle pour vous le lieu de la fin du monde ?

La Highway 1 est associée à l’idée de mort brutale dans mon esprit, car c’est là que meurt le personnage de mon roman, parmi les otaries, en contrebas d’un ravin, sur une petite plage. Mais pas à celle de la fin du monde. Au contraire, les paysages qu’elle traverse sont si élémentaires, archaïques et primordiaux qu’ils survivront à la fin du monde. Les êtres humains disparaîtront, mais eux resteront. 

Quand je suis sur cette route, je pense aux films post-apocalyptiques américains, où les infrastructures humaines sont recouvertes de lianes et de végétation incontrôlable et où les villes sont désertées, à l’exception de quelques tigres et autres animaux sauvages. La Highway 1 nous permet peut-être de frôler la fin du monde, de l’entrevoir, mais surtout de prendre conscience de ce qui disparaîtra et de ce qui perdurera.

À défaut de fin du monde, peut-on parler de solitude ?

Sur la Highway 1, vous risquez de ne croiser qu’une voiture par heure. La raison en est simple : une voie plus rapide se trouve à vingt kilomètres de là et permet aux Californiens de se rendre bien plus rapidement à Los Angeles ou à Santa Barbara.

On apprécie d’autant mieux ce dialogue intime qui s’instaure avec les éléments du paysage. Soudain, une montagne violette émerge, rappelant l’Iran ou l’Arabie saoudite. C’est un lieu qui se trouve au seuil de la création du monde. Il y a peu de constructions, à l’exception de quelques villages. Les collines qui descendent vers la mer ressemblent à d’immenses pattes de diplodocus avec leurs extrémités caillouteuses.

Cette impression est bien sûr trompeuse : l’homme est à l’origine de cette route, c’est lui qui l’a construite. Mais l’impression de contempler l’origine du monde demeure. La nature crée en quelque sorte elle-même des routes, avec des paysages irréguliers, des sommets vertigineux, puis des blancs, et ainsi de suite.

À quel moment de votre traversée éprouvez-vous le plus la force littéraire de ce paysage ?

Je parlais du vide de la nature. La nature est imparfaite : elle contient des béances, des non-dits, des pages blanches. C’est à la littérature de les combler, à la manière d’une route tracée. Une route est l’armature poétique d’un paysage désordonné. La littérature joue le même rôle : elle raconte, elle fabule, elle met en forme ces terres vierges. 

En quoi cette route raconte-t-elle les États-Unis ?

Le poète Charles Olson disait que les États-Unis n’avaient pas le sens de l’histoire, qu’ils avaient remplacé par la géographie, par la maîtrise de l’espace. La Highway 1 en est la preuve. Les historiens ne jurent que par la causalité rassurante. Les Américains y prêtent assez peu attention : ils dévorent les paysages, les parcourent à grandes enjambées et les vivent. Pas forcément pour y accomplir de grandes choses. 

Non loin de la Highway 1 est situé le château de William Randolph Hearst, l’homme de presse et de cinéma qui a inspiré Orson Welles pour son film Citizen Kane. C’est un monument de mauvais goût avec sa façade factice et ses allures de pièce montée, comme un gâteau à la crème indigeste. Il rappelle une certaine esthétique trumpienne d’aujourd’hui. Mais j’aime cette vanité un peu candide. D’autant qu’à la différence de la Floride, par exemple, il reste des zones sauvages où l’on peut presque imaginer les populations d’avant l’arrivée des pionniers. Ce qui n’est pas le cas de la baie de San Francisco, où l’on trouve une végétation importée à la fin du XIXe siècle. 

La région est ensuite habitée par le fantôme de nombreux grands artistes. Henry Miller, l’auteur cosmique, vivait à Big Sur ; Orson Welles et sa femme, Rita Hayworth, étaient installés non loin. Ce n’était pas la jet set de Beverly Hills, plus en phase avec l’industrie hollywoodienne classique. Orson Welles en a même été chassé. Il est frappant de constater que la Highway 1 a accueilli, dans ses méandres, les réprouvés des industries culturelles grand public.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Cette époque est révolue. Il y a peu de place aujourd’hui pour cette contestation intellectuelle et artistique américaine. Je suis d’ailleurs étonné de voir que les têtes de proue des manifestations anti-Trump sont toujours des artistes très âgés, comme Jane Fonda, Bruce Springsteen, Bette Midler ou Julia Roberts. Où est la jeunesse contestataire américaine ? La marge a-t-elle été anéantie par le rouleau compresseur capitaliste ? 

Votre attachement à la Highway 1 peut-il être interprété comme un éloge de la marge ?

Oui, et surtout comme une utopie du chez-soi aménageable. La route n’est pas incompatible avec l’idée d’intimité et de singularité. Ceux qui l’aménagent, le plus souvent pour leur propre compte, offrent également quelque chose aux autres usagers. En France, par exemple, François Ier aimait beaucoup transiter d’un château royal à l’autre. C’était avant que les rois ne s’installent durablement dans un même lieu avec leur cour. Il se plaignait beaucoup de la chaleur lors de ces traversées et, pour rafraîchir ses équipages, il a demandé qu’on plante des platanes le long des routes françaises. 

La route n’est pas seulement une voie utilitaire. C’est aussi le reflet d’une vision. 

Avez-vous déjà trouvé le bonheur sur la Highway 1 ?

Je trouve le plaisir avec des gens, mais le bonheur, je le trouve sans eux. La solitude me va comme un gant. Le peu de bonheur que j’ai pu réellement toucher du doigt, c’était sur cette route californienne. Je ne retourne que rarement sur les lieux où se sont cristallisés mes meilleurs souvenirs, peut-être par superstition. 

Mais sur la Highway 1, je me l’autorise, avec toujours l’espoir que cette étincelle de bonheur rejaillisse. Je pense que cette étincelle est liée à la solitude de ce voyage.


Texte intégral (1196 mots)

L’« économie de résistance » est une doctrine qui date de 2014 en Iran. Ce n’est toutefois qu’en 2020, après le retrait des États-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) sous l’administration Trump, que les dirigeants iraniens ont commencé à mettre en œuvre un programme de réduction massive de la dépendance du pays vis-à-vis de l’étranger, afin de renforcer sa résilience face aux sanctions.

La guerre et le blocus maritime américain mettent actuellement cette stratégie à l’épreuve.

  • Selon un rapport de la Foundation for Defense of Democracies, le blocus américain sur les ports du pays coûterait 435 millions de dollars (soit environ 380 millions d’euros) par jour à l’Iran en pertes d’activité économique 1.
  • Les exportations de pétrole sont à l’arrêt depuis le début du mois d’août, alors que les terminaux d’exportation semblent être largement inactifs. C’est notamment le cas de l’île de Kharg, le premier terminal du pays, où aucun super pétrolier n’a été visible sur les images satellites prises entre le 1er et le 9 août 2.
  • Les réserves de pétrole iraniennes en mer sont tombées à 60 millions de barils, soit trois fois moins qu’en avril.

Les décennies de sanctions subies par le régime iranien lui confèrent une certaine résilience.

  • Du côté américain, l’administration républicaine semble ne disposer d’aucune option viable en matière d’escalade militaire, tant les stocks de munitions et d’intercepteurs sont réduits, et les troupes éprouvent déjà la fatigue après plus de six mois de déploiement. Dans une lettre adressée au Pentagone, le sénateur démocrate Blumenthal demande par exemple des explications sur la manière dont la prise en charge des marins et des membres d’équipage à bord de l’USS Lincoln, déployé dans le détroit depuis environ sept mois sans interruption, est assurée. Ceci témoigne de la pression qui pourrait s’accentuer sur l’administration. 
  • C’est dans ce contexte que les déclarations de Trump, axées désormais sur la pression économique peuvent être comprises. Le 9 août, le président américain a déclaré : « Nous ne menons que des négociations partielles avec eux. Nous nous contentons d’observer l’Iran avec son énorme inflation et le fait qu’il n’ait pas d’argent. »
  • Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, a lui aussi menacé l’Iran d’un « isolement économique comme le monde n’en a jamais vu ».
  • Du côté iranien, le régime semble ne pas avoir encore tranché sa stratégie : certaines voix sont favorables à la conclusion d’un accord avec les États-Unis, tandis que d’autres comptent sur un affaiblissement de l’administration lors des élections de mi-mandat de novembre. C’est dans ce contexte que Majid Shakeri, conseiller du président du Parlement iranien Mohammad Ghalibaf, a déclaré : « La voie vers la victoire n’est ni le combat, ni un accord, mais la gestion d’un processus qui n’est ni la guerre, ni la paix, jusqu’à la victoire. » Confirmer publiquement des négociations avec les États-Unis relèverait de la pure folie. » « L’approche gagnante repose sur le déni, l’ambiguïté et la patience stratégique. »

Cette stratégie pourrait toutefois être mise à l’épreuve par un durcissement des sanctions économiques de la part des États-Unis. Dans ce cas, Téhéran pourrait chercher à sortir de l’impasse actuelle par une escalade, soit directement, soit via les Houthis, ce qui restreindrait encore davantage les flux énergétiques régionaux. Le 13 août au soir, deux navires ont été visés dans le détroit, une opération que les Émirats arabes unis ont dénoncée comme une attaque de l’Iran.  

  • Le ralentissement des exportations de pétrole et de produits pétroliers prive Téhéran de l’un de ses principaux leviers de stimulation de la croissance. Pour s’adapter, le régime iranien a limité l’accès aux devises étrangères, réduit les investissements et rationné l’accès à certains biens 3.
  • L’inflation annuelle est supérieure à 80 % depuis trois mois – avec des pics à 260 % pour les huiles et les graisses, 147 % pour le lait et le fromage et 117 % pour le pain et les céréales –, et le rial iranien continue de perdre de la valeur par rapport au dollar.
  • Si les statistiques officielles du chômage restent stables, autour de 7 %, certains des emplois toujours occupés pourraient avoir perdu une part importante de leur valeur ajoutée depuis le début de la guerre 4.
Sources
  1. U.S. Blockading Ships Entering or Exiting Iranian Ports Along Strait of Hormuz, Foundation for Defense of Democracies, 13 avril 2026.
  2. Iran’s Oil Terminals Look Idle as US Keeps Up Naval Blockade », Bloomberg, 10 août 2026.
  3. Iran Is Defying U.S. Pressure by Becoming a ‘Survival Economy’ », The Wall Street Journal, 11 août 2026.
  4. Iran’s 7 % unemployment rate masks deeper jobs crisis, experts say », Iran International, 8 août 2026.

Texte intégral (6853 mots)

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Que peut bien dire Heidegger de l’offshore ? La question semble incongrue. D’un côté, le penseur de la Forêt-Noire, qui lisait Parménide et Hölderlin et fit de l’« habiter » le trait fondamental de la condition humaine, après s’être compromis avec le régime nazi.

« Habiter, écrit-il 1 dans sa fameuse conférence de Darmstadt de 1951, est la manière dont les mortels sont sur terre ».

De l’autre côté, les trusts des îles Caïmans, les sociétés-écrans panaméennes, les cabinets d’avocats à la mode et les comptables véreux, les passeports achetés, les fortunes sans adresse qui glissent d’une juridiction à l’autre à la vitesse d’un ordre de virement, tout ce que les anglophones nomment l’« offshore world ».

Cette incongruité est pourtant féconde. 

Deux discours tentent de cartographier l’univers mouvant de l’offshore. Le premier est celui des économistes et des régulateurs, qui cherchent à figer les milliards, les encours et les juridictions, mais voient souvent leur objet se dérober à mesure qu’ils le mesurent.

Le second est celui des journalistes et des procureurs. On y dénonce les kleptocrates, les blanchisseurs et les oligarques, mais on risque ainsi de réduire un système global à quelques figures criminelles particulièrement voyantes. 

Entre les deux, pourrait être utile de glisser une pensée de ce que l’offshore est. C’est ici que Heidegger devient pertinent et on peut l’embarquer, bien malgré lui, de sa cabane de Todtnauberg vers le large des îles Caïmans. 

La maison inhabitée

La distinction que Heidegger construit dans la conférence « Bâtir habiter penser » de 1951 entre le lieu (Ort), la place (Platz) et l’espace (Raum) offre une grille de lecture pour envisager le monde du offshore

Son diagnostic final surtout pourrait décrire ce que que bâtissent les grandes fortunes, un monde couvert de résidences et vide de demeures : « La véritable crise de l’habitation réside en ceci que les mortels en sont toujours à chercher l’être de l’habitation et qu’il leur faut d’abord apprendre à habiter » 2.

Un lieu donne à voir ce paradoxe. 

Jamais la Principauté de Monaco n’a été si opulente. Son produit intérieur brut a franchi pour la première fois en 2024 la barre des dix milliards d’euros 3, ses établissements financiers conservaient, à la fin de la même année, 176 milliards d’euros d’actifs 4, plus de deux résidents sur cinq y sont millionnaires (la plus forte densité au monde 5) et son immobilier est le plus cher de la planète 6.

Et pourtant, qui habite cette cité-État aujourd’hui à son apogée ?

Ce n’est pas une question ironique ou un calembour. La crise de l’habiter semble atteindre son paroxysme à Monaco où le prix du mètre carré a franchi la barre des 70 000 euros 7

« Monaco double de population au lever du jour pour se vider à la nuit tombée. Ceux qui la font vivre ne peuvent pas y résider. Ceux qui peuvent y résider n’y séjournent guère. »

Olivier Vallée

Au recensement de 2025, on comptait 38 857 résidents de 144 nationalités différentes, répartis sur deux kilomètres carrés. Les nationaux, 9 333 Monégasques, soit moins d’un quart de la population, n’y sont devenus la première communauté que depuis peu, et l’État les loge pour une large part dans des appartements domaniaux à loyers modérés, le marché libre leur étant devenu inaccessible 8. Des 59 724 salariés du secteur privé qui font tourner l’économie de la cité-État, neuf sur dix n’y résident pas. Plus de 16 000 arrivent chaque matin de la seule ville de Nice, d’autres milliers de Beausoleil, de Cap-d’Ail ou de Vintimille, avant de repartir le soir 9

Monaco double ainsi de population au lever du jour pour se vider à la nuit tombée. Ceux qui la font vivre ne peuvent pas y résider. Ceux qui peuvent y résider n’y séjournent guère. « Les mortels habitent alors qu’ils sauvent la terre », écrivait Heidegger 10.

La résidence fiscale apparaît ainsi comme le contraire de cette disposition. Elle a d’ailleurs son histoire et son infrastructure. Le casino et la Société des Bains de Mer, créée en 1863 par le prince Charles III pour asseoir les revenus de la Principauté sur les jeux, et qui est toujours majoritairement détenue par l’État monégasque 11, ne sont que des places. Elles voisinent désormais avec les banques spécialisées qui relient Monaco à cette finance exonérée des réglementations bancaires et fiscales ordinaires. 

« Même la visite de Léon XIV au printemps 2026, la première d’un pape dans la Principauté depuis le XVIe siècle, a sonné comme un rappel de cette vacance. »

Olivier Vallée

Les autorités s’emploient, certes, laborieusement à sortir la cité-État de la « liste grise » du GAFI, l’organisme intergouvernemental qui lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, où elle est inscrite depuis juin 2024 12.

Pourtant, même la visite de Léon XIV au printemps 2026, la première d’un pape dans la Principauté depuis le XVIe siècle, a sonné comme un rappel de cette vacance. En appelant ses hôtes, lors de la messe célébrée au stade Louis-II, à rejeter « l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent », le pape s’adressait à une maison somptueusement inhabitée 13.

Que nous est-il permis de connaître ?

Pour continuer ce raisonnement, il est important d’enrichir la philosophie de Heidegger avec les apports les plus récents de la sociologie et des sciences politiques qui étudient la géopolitique du phénomène offshore

En commençant par le travail de Ricardo Soares de Oliveira, politiste et excellent connaisseur de l’Afrique lusophone et de ses mutations, qui part de l’observation de la migration des fonds africains vers les centres financiers du Golfe et de l’Asie pour décrire la dimension profondément liquide de cette seconde planète. 

Dans une publication novatrice 14, Soares de Oliveira rappelle, après la CNUCED, que près de 88,6 milliards de dollars s’échappent chaque année de l’Afrique, et montre que ces flux passent de plus en plus par Dubaï, Singapour ou Hong Kong. Il retrace la manière dont le pétrole offshore du golfe de Guinée a alimenté la fuite des capitaux vers des comptes secrets de banques internationales qui échappent au fisc et à la justice grâce aux sanctuaires légaux de l’off-shore financier. Cette migration des capitaux du Sud appelle une étude systématique de l’extraversion clandestine des flux financiers des États africains et de leurs partenaires, multinationales ou négociants 15.

« Une toile tissée depuis les fonds domiciliés aux îles Caïmans, jusqu’aux marchés « frontières » du Vietnam et du Myanmar. Au centre, de « grosses araignées », aux nœuds, de « petites araignées », avocats, comptables, secrétaires de sociétés, qui tissent, transportent et dissimulent. »

Olivier Vallée

De son côté, la sociologue Kimberly Kay Hoang, de l’université de Chicago, s’intéresse au tropisme asiatique des très grandes fortunes personnelles et familiales, ainsi qu’à la globalisation des élites 16 qui évoluent sur cet espace que l’écrivain britannique Oliver Bullough a baptisé « Moneyland », pays virtuel sans territoire ni drapeau où résident des fortunes plutôt que des personnes.

Le modèle qu’elle propose est celui d’un capitalisme arachnéen (spiderweb capitalism17. Une toile tissée depuis les fonds domiciliés aux îles Caïmans, au Samoa ou au Panama, via des sociétés-relais de Singapour et de Hong Kong, jusqu’aux marchés « frontières » du Vietnam et du Myanmar. Au centre, de « grosses araignées », aux nœuds, de « petites araignées », avocats, comptables, secrétaires de sociétés, qui tissent, transportent et dissimulent 18. Cette toile forme l’infrastructure d’une richesse immatérielle qui se joue des frontières.

Ce phénomène, devenu une dimension essentielle de la géopolitique contemporaine, doit cependant être appréhendé dans la longue durée. L’historienne Vanessa Ogle a montré comment l’« archipel » des places offshore s’est constitué dans les années 1950-1970, quand la décolonisation et l’État fiscal d’après-guerre resserrent leur emprise sur la mobilité du capital privé. Ces sites anciens destinés à la sécurisation et à la discrétion des fortunes familiales et dynastiques suscitent aujourd’hui un intérêt nouveau parce qu’on leur associe la kleptocratie, l’économie illicite, l’évasion fiscale, la traite des êtres humains et le financement du terrorisme 19.

« L’offshore se donne à connaître comme un délit d’identité. »

Olivie Vallée

La connaissance de ces dérivés du capital, grâce aux travaux d’économistes comme Gabriel Zucman, progresse. Hoang concède pourtant : « Jusqu’à récemment, nous ne disposions pas d’études universitaires exhaustives permettant de comprendre l’ampleur et le fonctionnement du système offshore ». C’est que les grands maîtres de cette économie occulte, comme l’avoue la sociologue, restent cachés, discrets, voire simplement inconnus.

Faute d’accès aux grosses araignées, l’enquête se rabat souvent sur ce qu’on pourrait appeler une ethnographie de guichet. Elle observe le système depuis ses intermédiaires et ses back-offices, pour y déceler, au plus profond de la machinerie administrative, les ressorts de l’inavouable désir de l’offshore. Le risque de la méthode est connu. À force d’interroger les seconds couteaux, on conforte le préjugé d’un offshore réduit à la dissimulation, coffre-fort de la race olympienne des mégariches 20.

Délits d’identité 

Si les grosses araignées se dérobent à l’entretien, leurs traces peuvent devenir publiques. Ce que les universitaires ne peuvent pas atteindre par l’enquête de terrain, le journalisme d’investigation le reconstitue par le document, la fuite et le registre foncier. Or ce que leurs dossiers révèlent d’abord, ce sont des identités : des passeports multiples, des noms d’emprunt, des vies dédoublées. L’offshore se donne à connaître comme un délit d’identité.

Ce sont des collectifs de journalistes qui ont porté les fameux Panama Papers, la publication des 11,5 millions de documents du cabinet Mossack Fonseca transmis à la Süddeutsche Zeitung puis exploités en 2016 par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) 21. Ils ont mis en évidence l’importance des cabinets juridiques qui, sous l’adresse de Panama City, font la lessive de l’argent sale réexpédié vers d’autres places bancaires moins exposées aux regards des institutions de Washington.

L’OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project), plateforme de journalisme d’investigation fondée en 2007 et partenaire de l’ICIJ, traque pour sa part les dictateurs, les chefs du crime organisé et les fonctionnaires véreux. Elle a récemment décrit un cas d’école, celui de deux frères iraniens, Hossein et Abolfazl Shamkhani, fils de l’amiral Ali Shamkhani, conseiller du Guide suprême donné pour mort lors des frappes de juin 2025 sur l’Iran, avant d’être tué pour de vrai dans celles de février 2026.

À la tête d’une flotte écoulant les pétroles iranien et russe, ils achetaient des villas à Dubaï allant jusqu’à 29 millions de dollars sous les noms d’emprunt de Hugo et Sami Hayek 22. L’enquête complétait le portrait de ces existences dédoublées en mentionnant leurs passeports du Commonwealth de la Dominique.

Autre profil révélateur, plus surprenant que les oligarques kazakhs ou les trafiquants serbes, cibles fréquentes de l’OCCRP, celui de Su Jiangbo 23. Cet homme de quarante ans, recherché en Chine pour y avoir exploité un casino illégal, possède un passeport de Saint-Christophe-et-Niévès, acquis pour quelque 270 000 dollars, et a créé douze sociétés en Grande-Bretagne afin d’investir dans l’immobilier prestigieux de Londres. Quatre-vingt-cinq propriétés, aujourd’hui gelées à hauteur de 108 millions de dollars par la justice britannique.

Ces enquêtes fouillées et importantes font pourtant apparaître une césure entre l’objet offshore et les choses qui peuplent la grande maison du dehors. Chez Heidegger, l’objet est ce qui se tient devant une représentation, une catégorie, une liste, un chef d’accusation. La chose, ce qui rassemble autour de soi un monde 24. Or l’offshore n’existe jamais comme objet. Il n’existe que comme cet entrelacs de choses diverses et interreliées qui ne peut pas être réduit à un faux passeport, une villa qu’on n’habite pas, un alias qu’on utilise provisoirement, une société qui ne sert qu’en tant que société-écran. 

« Le passeport insulaire ou de complaisance n’en est pas moins une circonstance aggravante de la citoyenneté offshore, car il rappelle la fiction de l’État délivreur de papiers, qu’il refuse aux pauvres et ne peut que vendre aux riches. »

Olivier Vallée

Ces portraits dessinent ainsi un système singulier, fait de combinaisons et d’empilements d’illégalités et de pas de côté. Kimberly Kay Hoang a su mettre en valeur cette dimension insaisissable, tout en se gardant de poser un signe d’égalité entre offshore et criminalité. 

Ses araignées « jouent dans le gris », entre le licite et son ombre. Le passeport insulaire ou de complaisance n’en est pas moins une circonstance aggravante de la citoyenneté offshore, car il rappelle la fiction de l’État délivreur de papiers, qu’il refuse aux pauvres et ne peut que vendre aux riches. Le politiste Ronen Palan y voyait à juste titre la « commercialisation de la souveraineté étatique » 25.

Ces biographies répondent bien à une dynamique de déterritorialisation 26. Les investissements dans les places urbaines ou les îles privées ne servent pas le projet d’habiter. Ils contribuent à définir une nouvelle identité globale qui rapproche les nomades fiduciaires (les « millionnaires nomades » dont Palan a fait un type sociologique) et les distingue du magma sédentaire.

L’insistance sur l’argent sale et sur ses personnages antipathiques ne doit pourtant pas tromper. Le gros de l’offshore passe par la sphère financière la plus ordinaire, site de globalisation et d’unification des flux, où s’opère le grand drainage des richesses depuis les périphéries vers les centres. Gabriel Zucman estime qu’environ 8 % du patrimoine financier des ménages de la planète est logé dans les paradis fiscaux 27. Planification fiscale licite, abusive ou frauduleuse, système bancaire parallèle 28, grande criminalité financière, toutes ces pratiques empruntent les mêmes véhicules, des comptes et des structures domiciliés dans une juridiction autre que celle où réside leur bénéficiaire, gérés par les banques les plus célèbres du monde 29

« La donnée offshore demeure structurellement évanescente, car son mode d’être est le retrait. L’objet se dérobe précisément là où l’on prétend le mesurer, ce qui témoigne de sa nature non statistique. »

Olivie Vallée

Leur service, devenu courtois et efficient, fait la correspondance, au sens ferroviaire autant que bancaire, entre le monde ordinaire et son double exceptionnel. Les îles Caïmans, les Bermudes et les Bahamas jouissent de ce statut de juridiction offshore, que partagent aussi la Suisse, l’Irlande ou le Belize.

Une étude de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution recense ainsi treize pays ou juridictions où les encours bancaires transfrontaliers dépassent en moyenne 100 000 dollars par habitant 30. Ce seuil est un plancher, qui laisse dans l’ombre les masses réellement en circulation. À Monaco, centre financier qui reste encore mineur, l’attestation bancaire exigée des candidats à la résidence suppose depuis 2017 un dépôt minimal d’un demi-million d’euros, que certains banquiers proposent aujourd’hui de relever fortement 31.

Le délit d’identité se prolonge ainsi dans un angle mort. Personne n’arrive à voir l’ensemble de ce système, pas même la Banque des règlements internationaux (BRI), qui ne publie plus que des agrégats anonymisés sur les flux vers les centres offshore et dont les statistiques laissent échapper des centaines de milliards de dollars.

Les dispositifs de conformité, comme la vérification des personnes politiquement exposées ou la procédure Know Your Customer, ne sont appliqués avec rigueur qu’aux clients particuliers de la Banque Postale ou du Crédit Agricole, tandis que les fortunes de l’ombre transitent par les Émirats arabes unis avant d’être réorientées vers Singapour ou l’île de Man. La donnée offshore demeure structurellement évanescente, car son mode d’être est le retrait. L’objet se dérobe précisément là où l’on prétend le mesurer, ce qui témoigne de sa nature non statistique.

Le lieu, la place, l’espace 

Ni les ingénieurs financiers ni les pourfendeurs de la corruption ne parviennent donc à saisir ce que les philosophes appelleraient la « choséité » de la chose offshore, ce qui fait qu’elle est ce qu’elle est. Les uns et les autres s’en tiennent aux étants dénombrables (comptes, juridictions, milliards), sans interroger leur manière d’être.

Un bref détour par Deleuze indique la direction qu’il prendre. Sa géo-philosophie invite à « brancher la pensée sur le dehors », ce que, disait-il, les philosophes n’ont à la lettre jamais fait, « même quand ils parlaient de politique, même quand ils parlaient de promenade » 32. Mais ce dehors reste chez lui sans relief 33. Pour y distinguer quelque chose, il faut revenir à Heidegger, au lieu, à la place et à l’espace.

Les lieux, d’abord, nous sont donnés. Dès 2000, le recensement de référence du FMI dénombrait près de soixante-dix pays et territoires abritant un centre financier offshore, Monaco compris 34. « Le lieu n’existe pas avant le pont », écrit Heidegger 35. C’est la chose qui institue le lieu, non l’inverse. Le trust, la société-écran, la licence bancaire ou le registre maritime de complaisance sont les ponts qui font naître, au milieu des mers, des lieux de plein exercice juridique.

La place est ensuite à côté du lieu, ou en lui, comme la rive genevoise du Rhône, le Delaware, ou ces placements immobiliers de Londres et de la Côte d’Azur qui se distinguent du lieu tout en le révélant.

Enfin, l’espace excède les frontières des lieux et les bornes des places. Il s’étend le long des connexions bancaires, des mouvements de capitaux, des swaps et des flux de Clearstream. « Un espace est quelque chose qui est ménagé, rendu libre, à savoir à l’intérieur d’une limite », écrit encore Heidegger, et la limite n’est pas ce qui marque la fin de quelque chose mais « ce à partir de quoi quelque chose commence à être » 36.

L’offshore prend cette définition grecque au pied de la lettre. C’est le rivage, le « shore », qui le rend possible. La limite de la souveraineté politique devient le commencement d’une nouvelle forme d’autorité supérieure.

L’offshore appelle ainsi, selon le mot du dernier Heidegger une « phénoménologie de l’inapparent », une science de ce qui ne se montre qu’en se retirant.

Olivier Vallée

Comment dès lors reconnaître l’offshore pour ce qu’il est ? Non comme une substance que l’on pourrait localiser, mais comme un espace toujours à distance de lui-même, une faille. Le discours qui veut le saisir, comme celui de la géopolitique, relève moins de la carte que de la topologie 37. Le coup de force de Heidegger, explique Dominique Pradelle, est d’avoir soustrait l’espace à la géométrie comme à la perception 38. L’espace n’est pas ce que je perçois, mais ce dans quoi les choses dont je me sers prennent sens. Il se constitue de proximités vécues, non de coordonnées 39. La banque privée genevoise est, pour le nomade fiduciaire, plus proche que la mairie de son arrondissement. Être et Temps nommait « é-loignement » cette abolition pratique de la distance, l’architecture financière l’a réalisée.

Tout se rassemble ici. L’offshore est un monde d’instruments tenus à portée de main. La juridiction est à la fortune ce que le marteau est à la main  ; elle s’efface dans l’usage et ne redevient visible qu’en cas de panne, gel d’avoirs, fuite de documents, inscription sur une liste grise.

L’offshore appelle ainsi, selon le mot du dernier Heidegger, une « phénoménologie de l’inapparent » 40, une science de ce qui ne se montre qu’en se retirant. Les statistiques lacunaires de la BRI, les prête-noms de Dubaï, les alias des frères Shamkhani, les sociétés-écrans de Su Jiangbo sont sa manière de paraître, car son essence est de se dérober.

Reste l’avertissement de Heidegger prononcé à Darmstadt en 1951, qui a donné à cet essai son point de départ.

La véritable crise de l’habitation ne consiste pas dans le manque de logements. Les mortels « en sont toujours à chercher l’être de l’habitation » et il leur faut « d’abord apprendre à habiter ». 

L’offshore est la forme inachevée de cette crise, planétaire, liquide, inapparente. Des tours de Dubaï aux penthouses de Bankside, des terrasses du Larvotto, vendues 70 000 euros le mètre carré, aux yachts amarrés à Port Vauban, il bâtit sans relâche la grande maison du dehors, que personne, jamais, n’habitera.

Sources
  1. in Essais et conférences, Paris, Gallimard, 1958.
  2. PIB 2024, novembre 2025 (10,28 milliards d’euros, en hausse de 8,8 %).
  3. Malgré la liste grise, la place financière monégasque a battu des records en 2024 », Monaco Hebdo, 13 juin 2025.
  4. The Wealthiest Cities Report 2025.
  5. Observatoire de l’immobilier 2025, février 2026 (57 569 euros le mètre carré en moyenne à la revente, 71 167 euros au Larvotto).
  6. Observatoire de l’immobilier 2025, art. cité), contre 9 600 euros pour les appartements anciens vendus à Paris au quatrième trimestre de la même année (Notaires du Grand Paris, février 2026).
  7. Recensement de la population 2025, mai 2026.
  8. Observatoire de l’emploi 2025, mai 2026.
  9. À Monaco, la Société des Bains de Mer prospère et s’exporte », Le Revenu avec AFP, 20 septembre 2024.
  10. Monaco Moves Closer to FATF Grey List Exit », NEWS.MC, 21 juin 2026.
  11. Pope Leo XIV Urges Monaco Residents to Use Wealth for Good, Reject Idolatry of Power and Money Fueling Wars », Associated Press, 28 mars 2026.
  12. Le développement économique en Afrique. Rapport 2020, Genève, Nations unies, 2020).
  13. The Journal of Modern African Studies, vol. vol. 60, n° 3, 2022, pp. 265-296.
  14. Dealing in Desire : Asian Ascendancy, Western Decline, and the Hidden Currencies of Global Sex Work, Oakland, University of California Press, 2015.
  15. Spiderweb Capitalism : How Global Elites Exploit Frontier Markets, Princeton, Princeton University Press, 2022.
  16. Scientia, 29 novembre 2023.
  17. The American Historical Review, vol. 122, n° 5, 2017, pp. 1431-1458 ; « “Funk Money”. The End of Empires, the Expansion of Tax Havens, and Decolonization as an Economic and Financial Event », Past & Present, n° 249, 2020, pp. 213-249.
  18. Capital Without Borders), qui étudie de l’intérieur les professionnels de la gestion de fortune, Andrea Binder (Offshore Finance and State Power) qui analyse les rapports ambigus entre finance offshore et pouvoir étatique, Quinn Slobodian (Crack-Up Capitalism) qui décrit un capitalisme de la « zone » qui fragmente la souveraineté territoriale et Atossa Araxia Abrahamian (The Hidden Globe) qui cartographie le monde des enclaves, pavillons et passeports qui échappe aux cartes traditionnelles.
  19. The Sunday Times, 28 mars 2026.
  20. Être et Temps, trad. François Vezin, Paris, Gallimard, 1986. Sur la chose comme rassemblement, voir aussi « La chose », in Essais et conférences, op. cit.
  21. International Organization, vol. 56, n° 1, 2002, pp. 151-176, et The Offshore World : Sovereign Markets, Virtual Places, and Nomad Millionaires, Ithaca, Cornell University Press, 2003.
  22. L’Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie, Paris, Éditions de Minuit, 1972.
  23. La Richesse cachée des nations. Enquête sur les paradis fiscaux, Paris, Seuil, 2013 ; nouvelle édition revue et augmentée, 2017.
  24. et al., « Shedding Light on Dark Markets : First Insights from the New EU-wide OTC Derivatives Dataset », ESRB Occasional Paper Series, n° 11, septembre 2016.
  25. Finance offshore et paradis fiscaux : légal ou illégal ?, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2022.
  26. Débats économiques et financiers, n° 34, ACPR-Banque de France, 2019.
  27. Règle des 500 000 euros pour s’installer à Monaco : faut-il rehausser ce montant ? », L’Observateur de Monaco, 5 juillet 2023.
  28. in L’Île déserte et autres textes, Paris, Éditions de Minuit, 2002.
  29. offshore. L’Anti-Œdipe, op. cit. ; Mille Plateaux, Paris, Éditions de Minuit, 1980.
  30. Offshore Financial Centers. IMF Background Paper, Washington, 23 juin 2000.
  31. Ibid. Sur cette pensée de l’espace chez le dernier Heidegger, voir aussi « L’art et l’espace » [1969], trad. Jean Beaufret et François Fédier, Saint-Gall, Erker-Verlag, 1969, repris in Questions III et IV, Paris, Gallimard, 1976.1990.
  32. Heidegger’s Topology. Being, Place, World, Cambridge (Mass.), MIT Press, 2006.
  33. Les Temps Modernes, n° 650 (« Heidegger. Qu’appelle-t-on le Lieu ? »), 2008/4, pp. 75-100.
  34. Être et Temps, § 22-24, et Didier Franck, Heidegger et le problème de l’espace, Paris, Éditions de Minuit, 1986.
  35. in Questions IV, op. cit., Paris, Gallimard, 1976.

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