31.03.2026 à 14:35

Dans le livre dirigé par Camille Froidevaux-Metterie « Les théories féministes », Seuil, 2025, les deux textes « Les échanges sexuels tarifés » de Maria Nengeh Mensah et Sex-War's : « pornographie et féminisme pro-sexe » de Julie Lavigne ont certainement été choisis en toute connaissance de cause à savoir leur positionnement clair pour un « travail du sexe » reconnu, assimilable aux divers services marchands constituant un secteur important de l'économie moderne, contre les abolitionnistes de la prostitution et de la pornographie.
Tiré de Entre les lignes et les mots
Cette dernière est une forme de prostitution, les actes sexuels imposés à l'« actrice » sont réels et constituent des films et des images pouvant être achetés et vus durant toute la vie des femmes filmées.
Ce choix est étonnant, voire choquant, puisque ces articles ne sont pas contrebalancés par la théorie féministe abolitionniste du système prostitutionnel. Dans un livre universitaire on attendrait d'abord des données qui justifient les déclarations et assertions et s'il y a choix de présenter le féminisme « pro-sexe » ou plutôt pro-prostitution, on attendrait qu'il y ait un certain équilibre entre les tenant·es d'analyses opposées, ici pro-prostitution d'un côté et féministes abolitionnistes de l'autre. Rien de cela. Et chacun des chapitres indiqués se termine sur un paragraphe confortant, renforçant la « théorie » mise en valeur et soutenue.
Ce choix est en contradiction avec l'introduction « Les idées féministes : libération, révolution, résistance » de la coordonnatrice d'un ouvrage important et dans l'ensemble passionnant. Il y est écrit : « Toutes celles qui ont pensé le système de domination mis en œuvre par les hommes pour réduire les femmes et les personnes féminisées à une condition d'objectivation (être assignée à son corps-objet) et d'aliénation (être rendue étrangère à soi-même) ont édifié le champ des théories féministes dont nous avons voulu rendre compte dans cet ouvrage ».
Ou encore « Les théories féministes aspirent toutes à démanteler le système patriarcal par la destruction de son socle – l'assignation des femmes à leur corps sexuels et maternels – ». Or, la prostitution (pornographie comprise) est une fameuse et fort violente assignation des femmes à leur corps-sexuel. Pourquoi alors choisir cette théorie d'un travail sexuel qui « empouvoirait » les femmes ?
On ne peut accepter que les prétentions théoriques piétinent la réalité et l'oppression des femmes ainsi que les violences commises contre elles.
Voyons de plus près le texte intitulé « Les échanges sexuels tarifés » :
Dès la première phrase « la compréhension des échanges sexués (en fait actes sexuels tarifés) est importante pour penser la sexualité et le pouvoir des femmes » on voit le parti pris et surtout, rien de féministe ici ! Les violences prostitutionnelles, l'achat de l'usage d'un corps par les hommes pour leur propre plaisir n'ont rien à voir avec la sexualité des femmes et leurs désirs, et ne peut être un moyen de pouvoir pour les femmes, c'est le contraire ! Elles ont à voir avec la soumission des femmes aux désirs des hommes et à leur chosification ou marchandisation. La marchandisation étant à la fois la clé de voute et le combustible du système économique dominant, le capitalisme.
Maria Nengeh Mensah professeure à l'Ecole de travail social et chercheuse à l'Institut de recherches et d'études féministes à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) est spécialiste des dynamiques d'exclusion sociale liées à la santé et à la sexualité des femmes et des minorités sexuelles et de genres. Ses travaux portent sur l'action collective contre la stigmatisation et la création de contre-discours pour la reconnaissance sociale de tous·tes.
La prostitution qui existe au service des hommes, organisée par des hommes et qui contraint des millions de femmes et d'enfants dans le monde n'est pas une histoire de minorité sexuelle puisqu'elle n'est pas la sexualité des femmes. Elle est un usage particulier de leurs corps par les hommes dans un contexte de domination masculine, cette dernière n'est jamais questionnée dans le texte. Pourtant l'autrice est dans un institut d'études féministes.
Même les analyses de la directrice de l'ouvrage qui contient ce chapitre semblent être balayées d'entrée. Dans son livre « Un corps à soi », Seuil, 2021, Camille Froidevaux-Metterie différencie clairement ce qui arrive aux filles et aux garçons et qui soumet les unes au profit des autres : « Si les corps féminins et masculins sont toujours conçus à travers le prisme de leur sexuation, dans le cadre de la binarité à perpétuer, l'opération ne revêt absolument pas le même sens pour les uns que pour les autres… L'apparition des marqueurs sexués renvoie les filles à une immédiate objectivation qui place leur corps sous le signe de la disponibilité sexuelle quand elle initie chez les garçons un processus d'incarnation-subjectivation annonciateur de leur future autonomie. Si, des deux côtés, les mécanismes de l'enfermement dans les rôles de genre fonctionnent à plein, les effets produits quant aux possibilités d'action dans le monde et aux potentialités d'épanouissement des corps-sujets sont diamétralement opposés ».
L'apparent consentement de personnes prostituées à recevoir de l'argent contre des actes sexuels suffit-il à égaliser les potentialités masculines et féminines et à épanouir le corps-sujet de la prostituée ?
Catharine Mc Kinnon, oubliée dans le chapitre incriminé, écrit : « Le désir sexuel des femmes, au moins dans cette culture (Amérique du Nord) est construit socialement de telle sorte que nous en arrivons à souhaiter notre propre anéantissement, c'est-à-dire que notre soumission est érotisée comme féminine et féminité » (Traite, prostitution, inégalité. Editeur M, Québec, 2014).
Dans l'écrit de Maria Nengeh Mensah, on comprend vite qu'il ne sera pas question de personnes en situation de prostitution, d'êtres humaines réelles en fait, comme les femmes des premières nations soumises à la traite interne au Canada (voir Last girl first : une étude sur l'exploitation sexuelle ou système prostitutionnel et son impact disproportionné sur les personnes des communautés les plus discriminées, Ed. Libre, 2023), mais il sera question d'un fantasme de transgression et de résistance « brisant la règle patriarcale du service gratuit » !
Résistance à quoi ? au pouvoir des hommes, ceux qui ont l'argent, qui paient, qui commandent l'acte, ceux qui organisent le trafic et la coercition obligeant des femmes à la prostitution et à la soumission, coups, viols, violences psychologiques ? Tout est utilisé pour soumettre les femmes au commerce juteux de la prostitution.
L'autrice du chapitre n'a donc jamais entendu ou lu les clients s'échangeant leurs impressions et leurs envies entre mecs sur les réseaux sociaux ou dans les bistrots (Victor Malarek : Les prostitueurs, sexe à vendre, les hommes qui achètent du sexe Ed. M, 2013, voir aussi le livre de Zeromacho « Des bordels au forums, paroles d'hommes » qui sortira le 13 avril, Ed. La Trêve) ?
L'autrice du chapitre n'a donc jamais entendu des survivantes de la prostitution ou des femmes essayant de s'en sortir ?
Comment accepter qu'une violence sexuelle et sexiste, qu'une exploitation sexuelle mondiale prospère contre les personnes les plus vulnérabilisées par les systèmes de domination mondialisés soit théorisée par des universitaires comme un simple commerce de services ?
Ces universitaires imprègnent les étudiant·es qui les lisent ou assistent à leurs cours, de l'idée que le féminisme pourrait promouvoir l'asservissement sexuel comme un métier complexe et une liberté. Les universitaires ont la responsabilité de former le jugement des étudiant·es et de leur transmettre des moyens d'émancipation et non, de mon point de vue, de théoriser la liberté, sous l'influence nord-américaine, non plus comme « instrument de résistance à l'oppression » mais « outil même de la servitude volontaire » comme l'écrit Muriel Fabre-Magnan dans son livre « L'institution de la liberté », PUF, 2018.
Activité gratuite dans le mariage et service commercial pour la prostitution :
Pour le plus grand bonheur des hommes violents, des proxénètes et trafiquants, un groupe de personnes, d'associations pro-prostitution et d'intellectuelles et d'universitaires qui utilisent leur réputation « scientifique » et leur pouvoir, s'annoncent féministes en faisant croire aux femmes qu'en se comportant exactement de la manière dont les hommes veulent les traiter, elles regagneraient le pouvoir, qu'il serait empouvoirant de donner volontairement aux hommes ce qu'ils exigent d'elles. Ainsi elles ne tiennent pas compte de la double appropriation des femmes par les hommes dans le système patriarcal, l'appropriation privée par le mariage (corps féminins qui produisent des enfants, l'usage sexuel des corps féminins par les hommes, le corps des femmes qui nettoie, soigne, nourrit…) et l'appropriation collective par le viol, le harcèlement sexuel, la prostitution, la pornographie. La lecture de Colette Guillaumin serait utile à l'autrice.
Dans l'article « Les échanges sexuels tarifés » les féministes abolitionnistes sont critiquées parce qu'elles ne s'en prendraient qu'à la prostitution alors que le mariage serait pire oppression puisqu'imposant un travail gratuit. Une théorie féministe ne peut qu'analyser ces oppressions et les combattre toutes le deux. Les féministes abolitionnistes sont les plus actives dans la lutte contre toutes les formes de violences sexistes et sexuelles dont le viol dans le mariage par exemple.
Beaucoup de femmes sans autonomie financière ou assumant double ou triple journée de travail ou soumise à l'emprise du mari disent être bien dans cette situation ou y rester. Est-ce pour autant que nous ne pourrions remettre en question ce système de domination ? Les féministes l'ont fait et nous avons obtenu des progrès, des changements dans certains pays
Lorsque l'argent apparaît, la violence semble disparaître…Vive le commerce qui transforme les vulnérabilités subies par un très grand nombre de femmes et leur manque de liberté, en pouvoir de gagner fièrement leur vie ! Depuis Tabet, Pheterson et Rubin, qui déjà ne voulaient pas voir que la prostitution faisait partie des violences sexistes et sexuelles, des études et l'accompagnement des personnes en situation de prostitution (femmes les plus nombreuses, mais hommes et trans aussi) ont été multipliés et montrent comment les violences physiques, psychologiques et sexuelles (dont l'inceste) subies dans l'enfance et l'adolescence sont prégnantes dans la population des personnes prostituées. Elles montrent combien les proxénètes, les trafiquants, les clients ou acheteurs d'actes sexuels sont violents, combien les dommages à la santé des victimes sont importants et irréversibles. En France on pourra consulter : l'enquête pro-santé nationale de 2011, les travaux de Muriel Salmona, de Judith Trinquart, l'enquête participative santé et prostitution de 2025 réalisée par l'INSERM, le Mouvement du Nid en association avec l'Amicale du Nid, le livre Duché-Franjou en libre lecture sur le site de l'Amicale du Nid : « Pour un accompagnement féministe et abolitionniste des personnes victimes de la prostitution, une violence sexuelle et sexiste », 2023. La prostitution qu'elle soit déclarée consentie ou pas (le forçage, la coercition, le trafic concernent la grande majorité des personnes prostituées) détruit la santé physique, psychique et sexuelle des victimes. Tout cela est aujourd'hui bien documenté et ne peut être ignoré par les chercheuses en Sciences sociales et humaines dès lors qu'elles souhaitent publier sur ce sujet, sinon leur honnêteté peut être mise en doute. La prostitution n'est pas « une autonomie sexuelle » comme c'est écrit dans le texte, c'est un problème de santé publique.
Quant est citée dans l'article Paola Tabet (2009 : « Mais le rapport de pouvoir est à la base de l'entière organisation de la société », il faut savoir en tirer les leçons. Où est le pouvoir dans les relations femmes-hommes ? Et l'argent n'est-il pas essentiellement détenu par les hommes et au centre des rapports de pouvoir (tu n'en auras pas si tu ne fais pas ce que je veux !)
Service commercial complexe ou absence de choix des victimes de la prostitution :
Le chapitre objet de ma critique présente la prostitution comme un service parmi les autres services de consommation qui exige des savoir-faire complexes, de l'endurance physique, une connaissance sexuelle et anatomique de base. Certes les femmes en situation de prostitution sont fortes de supporter toutes ces violences, elles sont très résistantes pour survivre au nombre de passes quotidien, au mépris des clients, à la saleté des clients, aux coups des proxénètes, au peu d'argent reçu pour la majorité d'entre elles à tel point qu'une partie d'entre elles ne mangent pas à leur faim (les associations féministes abolitionnistes françaises reçoivent des milliers de femmes en situation de prostitution par an et connaissent très concrètement leur épuisement et leurs difficultés).
Essayons chacune de nous mettre à la place d'une femme prostituée, de nous représenter l'intimité mise en jeu dans cette rencontre avec chaque client et la peur constante que ça dégénère en violences supplémentaires. Le seul fait d'avoir à « offrir » son « corps » à des inconnus pour de l'argent est une violence en soi, et oblige à la dissociation qui détruit la santé.
Le stigmate qu'il faut savoir combattre, oui, est d'abord celui généré par les acheteurs d'actes sexuels ou prostitueurs.
La production de tant d'effets délétères pour la santé de celles qui « fournissent ce service » suffit à en interdire l'organisation. El il faut réclamer la même interdiction si d'autres services commerciaux produisent autant de dégâts humains. Le taux de personnes prostituées ayant des symptômes de psycho-trauma, 62,5%, est beaucoup plus élevé que celui des soldats ayant participé à des combats.
Quant à la connaissance sexuelle et anatomique du corps, les accompagnant·es des personnes prostituées se rendent compte que beaucoup ne connaissent pas leur propre anatomie, n'osent pas parler de leur corps, que beaucoup ont été violées et soumises à la prostitution très jeunes et n'ont pas eu de vie sexuelle autonome.
« Une ouverture d'esprit, une inclination à composer avec le mépris » voilà ce qui constituerait la valeur d'un « travail sexuel » alors que les prostituées se sentent violées, salies, manipulées, simples objets dans les mains d'hommes qui exigent parfois, en plus, d'être écoutés dans le déversement de leurs malheurs ou leur mal-être. Mais lisez donc les témoignages, écoutez les femmes au lieu de théoriser sans savoir ! C'est particulièrement grave lorsque cela concerne aussi le domaine du travail social.
Quant à la complexité des savoir-faire, ne va-t-elle pas exiger, pour reconnaître la valeur de ce service, l'organisation d'une formation, d'une filière scolaire ? et en particulier pour les plus démunies, les plus vulnérables qui ont seulement leur corps à vendre ou les mineures mal protégées dans les établissements des services sociaux, en France par exemple, où un grand nombre d'enfants dès 12-13 ans sont soumis·es à la prostitution. Un scandale certes, une ignominie, oui, et qui existe depuis bien longtemps. La soumission à la prostitution débute le plus fréquemment avant la majorité.
Il est difficile de sortir de la situation de prostitution non parce que la situation est bonne et pleine d'avenir mais parce qu'elle use et déprime, parce qu'elle accroit les vulnérabilités et bloque toute perspective d'avenir, parce qu'il faut prendre le risque de s'affronter aux proxénètes et trafiquants et de subir leur violence ou de la faire subir à sa famille. L'avenir, le hors prostitution est incertain, non connu, non appréhendé. Alors dans cette situation, il est logique d'entendre les personnes prostituées dirent qu'elles ont choisi cette activité, que ça leur convient, et qu'elles sont libres. Pour survivre, pour « retourner au turbin » tous les jours, comme certaines le disent, il faut bien se dire que l'on sert à quelque chose malgré la violence subie. Tant que l'on est soumise au système prostitutionnel on ne peut dire autre chose. C'est sur le chemin de sortie de la situation que l'on peut analyser l'oppression subie, et comprendre comment et par qui on a subi cette violence et petit à petit se réapproprier sa vie. Voilà ce que l'on sait et ce que l'on peut dire quand on passe du temps à accompagner les personnes en situation de prostitution. Et ce n'est pas une question de charité, c'est la volonté de réalisation d'une solidarité féministe qui propose aux femmes subissant des violences, d'en sortir.
La prostitution n'est pas un choix, elle est un piège tendu autant par celleux qui prétendent que c'est un travail à reconnaître que par celleux qui organisent et suscitent ce marché, les prostitueurs (un certain nombre de femmes sont proxénètes souvent pour pouvoir sortir elles-mêmes de la prostitution). La prostitution est une guerre contre les femmes comme l'écrit dans le titre de son livre Claudine Legardinier (Syllepse, 2015).
Il ne faut pas pénaliser les victimes mais abolir le système qui les produit.
Féminisme carcéral ou luttes féministes radicales contre les violences sexistes et sexuelles :
Sous ce titre « féminisme carcéral » l'autrice présente sommairement et faussement l'abolitionnisme qu'il faut bien distinguer de la prohibition qui criminalise les victimes que sont les personnes prostituées.
Pourtant l'abolitionnisme a fait et fait débat au Canada et au Québec et des associations féministes abolitionnistes accueillant de survivantes de la prostitution ou des femmes souhaitant en sortir ont fait connaître leur travail et la nature de l'exploitation sexuelle qu'est la prostitution.
L'abolitionnisme ou l'abolition de la prostitution est plus facilement comprise si on fait la comparaison avec l'esclavage et si on regarde de près la loi abolitionniste d'abolition du 13 avril 2016 en France : abolir l'esclavage signifie libérer les esclaves, interdire le trafic, le marché des esclaves, et interdire « leur utilisation » par des esclavagistes. Reviendrait-on sur l'abolition de l'esclavage si d'anciens esclaves en difficulté de trouver de quoi vivre disaient souhaiter retourner chez leur maître ? C'est arrivé aux Etats-Unis, par exemple, quand les esclaves ont été libéré·es mais démuni·es. Certain·es ne trouvaient pas d'emplois ou étaient plus mal traité·es par les industriels du nord qui les attendaient comme main d'œuvre corvéable.
Pour abolir un asservissement il faut en interdire la pratique à celleux qui en tirent profit, avantages et pouvoir et libérer les êtres asservis. Donc pour la prostitution cela se traduit par l'interdiction du marché des êtres à prostituer et l'achat des actes sexuels si vite justifié, dans nos sociétés, par de soi-disant « besoins sexuels irrépressibles » des hommes qu'aucune théorie féministe ne peut justifier. Dans le même temps cela nécessite la reconnaissance des personnes prostituées comme victimes de violences sexuelles et sexistes avec l'accompagnement nécessaire à la sortie de leur situation.
La loi abolitionniste française du 13 avril 2016 « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » inspirée du modèle suédois (pour plus de détail voir mon livre « Non au système prostitutionnel, une analyse féministe et abolitionniste », version février 2019, en libre lecture sur le site de l'Amicale du Nid), comprend quatre piliers :
La dépénalisation des personnes en situation de prostitution puisqu'elles sont victimes du système et leur accompagnement vers la sortie de la prostitution lorsqu'elles le désirent (parcours de sortie de la prostitution), avec étude des dossiers par des commissions départementales pour attribuer allocation et papiers pour les victimes étrangères ou « importées comme marchandises » par les trafiquants.
L'interdit de l'achat d'acte sexuel, ce qui est nouveau par rapport à l'abolitionnisme de 1949 (convention internationale luttant contre le proxénétisme et le trafic et considérant les personnes prostituées comme victimes) ; une contravention de de 1500 euros maximum. La récidive est punie de 3750 euros et devient un délit. Des stages de sensibilisation des acheteurs peuvent être imposés à la demande d'un juge.
Le renforcement de la lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle
La prévention dans sa double dimension de la prévention santé des personnes en situation de prostitution et la prévention primaire des pratiques prostitutionnelles et du recours à la prostitution (prévention auprès des jeunes, ajout à l'éducation à la vie affective et sexuelle dans l'Education nationale).
Il reste à la faire appliquer complètement, cette loi, avec efficacité comme pour toutes les lois progressistes qui gênent les intérêts d'une classe ou d'un groupe, ici celui des hommes. Rares sont encore ceux qui luttent réellement contre la prostitution. Le procès de Mazan en France a montré la grande « tolérance » des hommes pour la chosification des femmes et leur viol.
Pourquoi faut-il toujours, trop souvent aussi auprès de femmes qui se disent féministes, justifier l'usage du mot victime, qualification d'une situation à un moment donné des femmes qui subissent des violences en particulier l'exploitation sexuelle ? Le terme n'est pas remis en question quand on parle de victimes de raz de marée, d'accidents de voiture ou de tuerie de masse. Etre victime n'est pas une identité.
Reconnaître une personne comme victime, c'est reconnaître qu'elle est sujet de droit, droit à ce que soit reconnu le préjudice subi. Reconnaître une personne prostituée comme victime c'est lui permettre de ne pas retourner la culpabilité contre elle comme c'est souvent le cas ; c'est lui permettre de comprendre ce qui lui est arrivé ; c'est lui permettre d'en parler et d'en faire l'analyse et contrairement à l'infantilisation, de recouvrer sa dignité piétinée par la chosification opérée par le système prostitutionnel. C'est favoriser la reconnaissance sociale tant attendue par les pro-prostitution d'un travail du sexe reconnu.
Les femmes déterminées du mouvement « MeToo » ne revendiquent-elles pas que l'on reconnaisse les violences subies, qu'on reconnaisse leur situation de victime et que l'on poursuive les auteurs de ces violences. Je ne les vois pas infantilisées, au contraire elles font face, se lèvent et doivent avoir un courage immense. Les femmes n'auraient-elle pas le droit à la justice, à la reconnaissance de crimes commis contre elles et punis ? que la honte change de camp !
Quant à l'accusation de féminisme carcéral visant les abolitionnistes : expéditif et pas sérieux !
Je doute souvent que la répression, la prison, soient les seules solutions et soient très efficaces pour changer la société mais que faire face à la criminalité, la violence contre les femmes en particulier ? Ne faut-il pas arrêter les violeurs, les auteurs de féminicides ou de violences conjugales, les pédocriminels ? Doit -on dire aux victimes : débrouillez-vous, nous préférons que votre agresseur ne soit pas arrêté parce que ce serait du féminisme carcéral ?
Les lois sont nécessaires pour faire changer les comportements, faire reconnaître les droits des femmes et les sortir de l'asservissement patriarcal, pour obtenir l'égalité réelle entre les femmes et les hommes (parité en politique, égalité au travail, dans le mariage etc.), la liberté pour les femmes (contraception et avortement), la protection (interdit du viol, des coups, de la prostitution et de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle…). Les lois qui facilitent l'émancipation sont des éléments incontournables, mais pas les seuls, pour la réinvention du monde que nous voulons, nous les féministes. Et dans nos revendications pour ces droits, notre complicité avec les appareils d'Etat ou les institutions est inexistante dans la mesure où nous sommes obligées tous les jours de revendiquer, exiger, manifester, écrire pour arracher la justice, pour animer une lutte contre l'asservissement, pour l'émancipation, qui se heurte aujourd'hui à des régressions mortifères.
Pour un féminisme conséquent, est indispensable la promotion des travaux d'universitaires qui forment au regard et à l'analyse critique de la violence prostitutionnelle comme pour les autres violences sexuelles et sexistes, au lieu de laisser penser qu'il s'agit d'une chance de reconnaissance sociale pour les femmes.
Geneviève Duché
Féministe, universitaire retraitée, ancienne présidente de l'Amicale du Nid.
Mars 2026
Transmis par l'autrice
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

