03.02.2026 à 15:03

“Evening float, Panther Mountain,” acrylic and oil on canvas, 40 x 30 inches
“Evening float, Moonrise”
Basé à Rhinebeck, dans l'État de New York, McGrath mélange divers médias — la plupart de ses œuvres combinent graphite, encre, huile et peinture acrylique — pour créer des compositions dynamiques empreintes de mystère. Les symboles et les objets récurrents se prêtent à un langage visuel distinctif qui capture à la fois le merveilleux et l'énigmatique.
“Late migration, No. 3,” colored pencil and graphite on panel, 10 x 8 inches
“Intro to ceremonial lighting cycles,” colored pencil, wax pastel and acrylic on panel, 14 x 11 inches
McGrath prépare actuellement des expositions individuelles à Saugerties, dans l'État de New York, et à Kent, dans le Connecticut, qui auront lieu plus tard cette année, ainsi que quelques expositions collectives. Suivez son travail sur Instagram
Wild Oak Bill avec Colossal Mag, le 4/02/2026
Les étranges récits symboliques de Michael McGrath
03.02.2026 à 14:45

La reprise de la grève des salariés du Louvre, annoncée lundi 2 février au matin, a surpris. Et ce, d’autant plus que les syndicats venaient d’obtenir l’essentiel : le maintien de la dotation publique du musée pour 2026, à hauteur de 5,7 millions d’euros. Pourquoi relancer un conflit coûteux — près d’un million d’euros de pertes de billetterie en deux mois — alors que le principal motif semblait levé ?
Parce que le cœur du conflit n’est plus budgétaire. Il est politique.
Depuis le début, le véritable point de crispation porte sur le projet dit de « Nouvelle Renaissance », vaste programme d’entrée et d’agrandissement du Louvre, dont le coût se chiffre en centaines de millions d’euros. Pour les syndicats, la priorité n’est pas à un geste architectural spectaculaire, mais à l’entretien, à la sécurité et aux conditions de travail dans un musée déjà fragilisé. Autrement dit : réparer avant d’agrandir, protéger avant de monumentaliser.
Le choix du calendrier n’avait rien d’anodin. En reprenant la grève le jour même du vote du budget de l’État, les organisations syndicales jouaient un quitte ou double institutionnel. Car un rejet du budget aurait entraîné la chute du gouvernement — et, avec elle, l’abandon quasi certain du projet « Nouvelle Renaissance ». Tout le monde le savait. L’enjeu dépassait désormais largement les murs du musée.
Une fuite est venue confirmer ce fragile équilibre. Un projet de déclaration de l’Élysée, évoquant l’abandon du programme au motif d’un concours d’architectes déclaré infructueux, a circulé. Le signal était clair : le projet tenait à un fil, suspendu à la survie politique de l’exécutif.
Mais le Parlement a finalement voté le budget lundi soir. Avec une conséquence inattendue : le sauvetage probable du grand projet présidentiel pour le Louvre. Car il faut bien nommer les choses. Plus qu’un projet culturel, la « Nouvelle Renaissance » apparaît aujourd’hui comme une ambition présidentielle . Après l’échec ou l’enlisement de réformes majeures, inscrire son nom dans la pierre semble devenu l’horizon politique ultime. Comme d’autres avant lui – Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac – le président cherche son monument.
Dans cette perspective, le Louvre n’est plus une institution à protéger mais un support symbolique. Le maintien de sa présidente à son poste, malgré les graves défaillances en matière de sécurité révélées après le vol du 19 octobre 2025, interroge. Il s’explique moins par un satisfecit de gestion que par la nécessité de préserver la continuité d’un projet devenu éminemment politique.
Ce glissement est lourd de sens. Il dit quelque chose de notre rapport au patrimoine, instrumentalisé au service d’une postérité personnelle. Il dit aussi l’inconfort d’un grand musée national sommé de servir de monument-testament, alors même que ses fondations humaines et matérielles réclament des soins urgents.
À force de vouloir laisser une trace, on risque d’effacer l’essentiel. Et de confondre la Renaissance avec un simple décor.
Jean-Claude Ribaut, pour Chroniques d’Architecture le 4/02/2026
Le Louvre victime d’une ambition monumentale
03.02.2026 à 14:37

Bénédicte Muller a reçu le prix “Toute première fois” 2025 remis par le festival BD Colomiers pour son album La tête sur mes épaules, un prix qui récompense la jeune création à travers une célébration d’un premier livre. Bénédicte Muller succède à Camille Potte [découvrir notre coup de coeur sur son album lauréat : Ballades]
Dans une famille où règne un joyeux bordel, où courent les huit enfants, les adultes, mais aussi la grand-mère ; la plus grande Martha raconte ce qu’elle a vécu avec « la Grosse Tête ». Dans cette maison dont la déco et l’énergie se rapprochent de celles des Dubouchon dans Tomtom & Nana, les personnages perdent parfois la tête, surtout les adultes, et la dessinatrice joue sur les allégories et métaphores possibles de cette situation.
Si les plus jeunes s’en amusent et voient ces têtes qui déraillent comme des jeux et des occasions de rire illustrant au pied de la lettre les métaphores et les expressions ; de son côté, Martha les voit autrement. Entre la grand-mère qui perd seulement la tête, le poids des responsabilités, du silence, les corps abîmés… l’illustratrice joue sur la taille, les perspectives et les différences visuelles pour symboliser le passage à l’âge adulte et ce glissement du regard de Martha et de « la Grosse Tête » qui se rapproche d’elle. Des mécanismes d’emprise décrits à hauteur d’enfant à travers des images et des chemins détournés, jusqu’à l’abus sexuel où la jeune fille quitte le monde de l’enfance, ne voit plus les jeux ni le décalage.
En 2019, Bénédicte Muller a publié un album jeunesse, La minuscule maman, où les rapports parents-enfants étaient inversés, car une fillette devait prendre en charge sa mère devenue minuscule face à une tristesse infinie. La jeune fille apprend à être forte pour la famille, à grandir trop vite, c’est un peu le cas de Martha ici. La dessinatrice creuse une veine bien à elle dans ces deux livres et explore les possibilités du dessin pour exprimer des sentiments ou situations complexes.
Quand les mots ne suffisent plus, ne peuvent pas être convoqués, le corps parle et la dessinatrice joue sur ces interprétations. Le langage de « la Grosse Tête » est d’ailleurs plastique, symbolique lui aussi. En parallèle, une scène où toute la bande est devant la télé et regarde La Belle et la Bête de Jean Cocteau prend une dimension particulière avec les scènes du film qui s’impriment dans les corps détournés, donnant un éclairage particulier à ce film qui parle de sexualité et secrets. Ou encore le conte aztèque raconté par la grand-mère, les armoires qui renferment les secrets de famille… Ce ne sont que quelques exemples tant cet album est riche d’inventivité.
Les jeux graphiques laisseront place au langage lorsque la narratrice se décidera à partager son lourd fardeau. À la moitié du livre, les révélations, les morceaux brisés viendront briser ce silence et nous emporter dans un tourbillon de sentiments. Le dessin aux traits fins, aux textures proches de l’aquarelle ou des pastels prolongent ces métaphores ou symboles et nous immergent dans cette époque de l’enfance où tout est possible. Des sourires inquiétants de « la Grosse Tête » où une ligne tremblotante devient effrayante ou des cases encapsulées dans une bombe, la dessinatrice perfectionne son art de l’allégorie visuelle déjà très présente dans ses travaux d’illustration pour de nombreux journaux.
Dans cet album, elle joue avec le découpage, où les pleines pages, doubles planches alternent avec un enchaînement de cases sans contours, où le blanc du papier prend parfois toute la place pour symboliser l’étouffement, l’indiscible, le poids. On est emporté par cette apnée qui dit toute la solitude de Martha et qui fait contrepoint au joyeux bordel de la maisonnée présenté au début.
Sur plus de 200 pages Bénédicte Muller explore avec beaucoup de talent les gammes qu’offre le médium pour dire l’indicible et s’attaquer à ce sujet complexe sans tomber dans le voyeurisme. La tête sur mes épaules est un très beau livre que je vous conseille de lire et de relire surtout pour en apprécier toutes les subtilités.
Thomas Mourier, le 4/02/2026
Bénédicte Muller - La tête sur mes épaules - Atrabile
Toutes les images sont © Bénédicte Muller / Atrabile
-> les liens renvoient sur le site Bubble où vous pouvez vous procurer les ouvrages évoqués ici