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03.02.2026 à 14:10

La street photography de Pelin Guven démonte les clichés helvètes

L'Autre Quotidien
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La photographe Pelin Guven invite le spectateur à regarder de plus près les petites touches de couleur et les détails méconnus de la vie quotidienne Suisse, où la créativité jaillit en réponse à l'ordre et aux conventions. Twist !
Texte intégral (2382 mots)

La photographe Pelin Guven invite le spectateur à regarder de plus près les petites touches de couleur et les détails méconnus de la vie quotidienne Suisse, où la créativité jaillit en réponse à l'ordre et aux conventions. Twist !

Untitled 05 © Pelin Bahar Guven

Quand vous entendez le mot « Suisse », qu'est-ce qui vous vient à l'esprit ? Le Cervin, peut-être ? Heidi et les cors des Alpes ? Les coucous ? À ce propos, Harry Lime dans Le Troisième Homme s'est trompé. Le coucou est une invention allemande. Alors, les Rolex, le chocolat et le fromage ? Les trains qui circulent à l'heure et les costumes-cravates qui brassent des millions ? La Suisse est neutre, sérieuse, certains diront même ennuyeuse. Mais est-ce vraiment le cas ? Peut-être ne regardons-nous pas assez attentivement.

Pour la photographe turque Pelin Guven, déménager d'Asie en Suisse lui a apporté une toute nouvelle façon de voir les choses. Dans Absence, elle invite le spectateur à regarder de plus près ces moments qui oscillent entre se cacher et se révéler. À travers des ombres audacieuses, des touches de couleur et un œil pour les détails, elle capture un monde où des lueurs d'humour et une atmosphère mystérieuse attirent le regard.

Ayant vécu à l'étranger dans divers endroits, Guven a décidé d'immortaliser sa vie dans les nouveaux environnements qu'elle découvre. « Me déplacer dans des lieux inconnus avec mon appareil photo m'a aidée à prêter davantage attention à la lumière, aux gens, aux gestes et aux petits détails atmosphériques que j'aurais pu manquer autrement », note-t-elle. « Ma formation en psychologie a aiguisé ma sensibilité à la façon dont nous interprétons le monde : comment un geste subtil, un changement de lumière ou le plus petit indice peuvent complètement modifier notre perception. »

Untitled 06 © Pelin Bahar Guven

« Ce travail est né du calme et de l'intimité de la Suisse, ainsi que de la distance naturelle inhérente à la vie quotidienne ici. Après avoir vécu de nombreuses années dans des villes asiatiques, où les gens vivent très près les uns des autres, où les rues sont bondées du matin au soir et où la vie quotidienne se déroule naturellement dans l'espace public, déménager en Suisse a été un contraste total. Ici, les villes sont petites et calmes, et les gens préfèrent garder leurs distances. Ils sont réservés, discrets, et les interactions restent souvent minimes », observe Given. « Cette différence n'a pas seulement changé mon environnement, elle a changé ma façon de photographier. »

Lorsque la vie dans la rue est plus réservée, il faut s'adapter. Il y a des photos qui n'attendent que d'être prises, mais il faut parfois plus de temps pour les trouver. La Suisse nous a donné la police Helvetica et le couteau suisse, la clarté et l'efficacité. Elle a également donné naissance à certaines des œuvres d'art conceptuel les plus joyeuses et anarchiques de ces dernières décennies. De The Way Things Go de Fischli/Weiss, une vidéo réalisée avec une machine de Rube Goldberg déroutante, à Ever Is Over All, l'œuvre exaltante de Pipilotti Rist qui a influencé Beyoncé, en passant par l'éphémère espièglerie des performances orientées vers l'action de Roman Signer, la créativité jaillit en réponse à l'ordre et à la conformité de la vie suisse. Elle ne crie pas toujours sur les toits, mais elle bouillonne sous la surface, avec un clin d'œil et un rire, ou un éclair de surprise.

Untitled 02 © Pelin Bahar Guven

« En Suisse, je dois rechercher des détails beaucoup plus fins : un petit geste, une brève expression, une touche de couleur, ou la façon dont la lumière et l'ombre façonnent brièvement un instant avant de disparaître », explique Guven. Dans ses images, des moments de couleurs ou de motifs spectaculaires émergent des rues tranquilles. Une silhouette aux cheveux couleur flamme observe laconiquement la vue, une femme vêtue de bleu céruléen traverse l'ombre la plus profonde. « J'ai toujours été une observatrice discrète, attirée par les moments inaperçus qui recèlent une certaine tension ou beauté. »

C'est cette tension qui attire le regard. L'utilisation des ombres par Guven dans ses images est saisissante. Parfois, plus des deux tiers d'une photographie s'effacent dans un noir d'encre. L'audace de cet espace négatif contraste parfaitement avec les moments d'illumination. Les yeux d'une femme suivent le regard du spectateur derrière ses lunettes à monture métallique, renversant le véritable sujet de l'image. Dans une autre image, une tranche de pastèque brille comme un phare, chaque marque de morsure parfaitement définie, laissant imaginer son goût. « Je suis attirée par ce qui n'est pas entièrement visible. La lumière, la couleur et l'ombre m'intéressent non seulement pour ce qu'elles révèlent, mais aussi pour ce qu'elles laissent de côté. Souvent, ce qui se trouve juste en dehors du cadre, ou ce qui vient de se passer ou est sur le point de se passer, est plus intense que ce qui est directement visible », observe-t-elle.

Untitled 10 © Pelin Bahar Guven

« Nous voyons des gens dans la rue, mais nous ne connaissons pas leur monde intérieur. L'apparence suggère une chose, alors que la vérité peut être tout autre. C'est cet écart entre ce que nous supposons et ce que nous ne pouvons pas savoir qui m'attire. La surprise, l'inconnu, le simple fait de se perdre dans une ville et de tourner à gauche ou à droite par pur instinct, c'est là que je ressens un sentiment de liberté », explique Guven. En parcourant la ville avec un regard neuf, elle a capturé une série de moments qui brisent la réserve de la vie suisse, faisant un clin d'œil au spectateur, l'invitant à combler le fossé et à poursuivre l'histoire.

Magali Duzant pour Lens Culture, le 4/02/2026
Pelin Guven et la street photography suisse

03.02.2026 à 13:06

Sur la route de Memphis avec Pierre Charpin et Nathalie du Pasquier

L'Autre Quotidien
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L’exposition Andiamo réunit les travaux de Pierre Charpin et Nathalie Du Pasquier. Elle est peintre, il est designer. En 1987, Nathalie Du Pasquier (1957) décide de se consacrer pleinement à la peinture. Quelques années plus tôt, elle s’est installée à Milan et a participé, en 1981, à la fondation de Memphis : un collectif de designers « irrévérencieux », prônant un design sensuel et stimulant, en rupture avec les formes minimales et fonctionnalistes.
Texte intégral (1771 mots)

L’exposition Andiamo réunit les travaux de Pierre Charpin et Nathalie Du Pasquier. Elle est peintre, il est designer. En 1987, Nathalie Du Pasquier (1957) décide de se consacrer pleinement à la peinture. Quelques années plus tôt, elle s’est installée à Milan et a participé, en 1981, à la fondation de Memphis : un collectif de designers « irrévérencieux », prônant un design sensuel et stimulant, en rupture avec les formes minimales et fonctionnalistes.

Cette même année 1987, Pierre Charpin (1962) voit son tout premier objet édité. Né dans une famille d’artistes installés à Ivry-sur-Seine, il étudie aux Beaux-Arts de Bourges au sein du département art où il découvre le design « trublionnant » d’Alchimia et de Memphis. Le design hypercoloré des deux mouvements milanais lui ouvre un nouveau champ de possibilités expressives.

Nathalie Du Pasquier et Pierre Charpin se lient d’amitié au mitan des années 1990. Les objets, le goût du dessin, des formes, des couleurs et des surfaces sont leur point de rencontre. L’exposition conçue pour le Crédac est un dialogue entre leurs deux univers.

Elle contourne les codes et les attentes : pas de chronologie, de hiérarchie, de classement ni de répartition. Elle place leurs travaux respectifs sous une nouvelle focale, jouant sur des rapports formels ou sémantiques.

Autodidacte, Nathalie Du Pasquier s’est formée en voyageant, au contact des cultures et par l’observation. Son travail est fait du plaisir même de peindre et dessiner, par intuition et par collage, telles des pensées qui se superposent. Avec le temps, l’artiste a remplacé les objets du quotidien qu’elle peignait à ses débuts par des formes pures, abstraites, parfois issues de constructions de bois qu’elle fabrique puis qu’elle peint sur toile. Son travail réunit à la fois les surfaces planes et les volumes, en un incessant aller-retour entre l’espace bi et tridimensionnel.

Pierre Charpin UFO objet suspendu 2009 phot Marc Domage

Ces peintures, qui n’aspirent à aucune autre réalité que celle qui leur est propre, Pierre Charpin les connaît bien.

Chez lui tout naît du dessin. Des dessins réalisés avec une économie de moyens et qui ne cherchent pas à représenter une forme : ils sont formes. Ils nourrissent son design, qui est avant tout une recherche sur des figures archétypales élémentaires, les proportions, les couleurs, avant d’être une question de matière.

Pierre Charpin conçoit des objets sculpturaux tout en retenue, épurés mais sans austérité, qui tiennent leur poésie du trait de crayon qui les a fait naître.

Nathalie du Pasquier - Mucchio 2006 photo Marc Domage

L’exposition réunit des travaux de toutes les époques des deux artistes. Mêlant peintures, installations et objets, elle crée, à cette occasion, de nouvelles configurations ; leurs œuvres habitent l’espace. Elles constituent un paysage joyeux et coloré dans lequel les attributions se floutent et célèbrent les gestes et l’amitié des deux créateur·ices.

Jim Bonzaï, le 4/02/2026
Pierre Charpin et Nathalie du Pasquier - Andiamo -> 22/0P3/2026
CREDAC - La Manufacture des œillets - 1 ,Place Pierre Gosnat 94200 Ivry s/ Seine

Gauche, Pierre Charpin, Piinocchio, droite, Nathalie du Pasquier , sans titre - photo Marc Domage

03.02.2026 à 12:23

Octave Mirbeau par Catherine Delaunay

L'Autre Quotidien
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Écrivain, critique d'art et journaliste anarchiste, il était logique que Jean Rochard honore Octave Mirbeau par une production discographique comme il le fit pour Barney Bush, Gustave Courbet, Buenaventura Durruti, Federico Garcia Lorca ou Léo Ferré. Quant à la clarinettiste Catherine Delaunay, elle vit tout simplement "dans le village des Damps, en Normandie, et a découvert, par l’intermédiaire de quatre magnifiques tableaux de Camille Pissarro, qu’elle avait comme voisin (à quelque 125 ans près)" Octave Mirbeau ! Et pour fermer le cercle, il y a le trio que nous avions formé avec le pianiste Roberto Negro pour l'album intitulé Album il y a tout juste un an... Ce faisceau de coïncidences m'amène aujourd'hui à l'écoute d'un double album remarquable que Catherine Delaunay a composé et enregistré au fil du temps avec de très nombreux camarades.
Texte intégral (1252 mots)

Écrivain, critique d'art et journaliste anarchiste, il était logique que Jean Rochard honore Octave Mirbeau par une production discographique comme il le fit pour Barney Bush, Gustave Courbet, Buenaventura Durruti, Federico Garcia Lorca ou Léo Ferré. Quant à la clarinettiste Catherine Delaunay, elle vit tout simplement "dans le village des Damps, en Normandie, et a découvert, par l’intermédiaire de quatre magnifiques tableaux de Camille Pissarro, qu’elle avait comme voisin (à quelque 125 ans près)" Octave Mirbeau ! Et pour fermer le cercle, il y a le trio que nous avions formé avec le pianiste Roberto Negro pour l'album intitulé Album il y a tout juste un an... Ce faisceau de coïncidences m'amène aujourd'hui à l'écoute d'un double album remarquable que Catherine Delaunay a composé et enregistré au fil du temps avec de très nombreux camarades.

Octave Mirbeau m'apparut en 1972 avec Le Journal d'une femme de chambre que Luis Buñuel avait adapté au cinéma en 1964 et dont je connais presque tous les dialogues par cœur. La version de Jean Renoir tournée vingt ans plus tôt aux États Unis ne me fit pas le même effet. Paulette Goddard n'est pas Jeanne Moreau, mais cela me fait toujours quelque chose parce que mon père avait interviewé la première et m'avait présenté à la seconde. Quant à Mirbeau je le vis pour la première fois dans l'incontournable Ceux de chez nous de Sacha Guitry en 1915 alors qu'il lui restait à peine deux ans à vivre. Il s'éteignit d'ailleurs dans ses bras le jour de son 69e anniversaire. Écrivain, critique d'art et journaliste anarchiste, il était logique que Jean Rochard l'honore par une production discographique comme il le fit pour Barney Bush, Gustave Courbet, Buenaventura Durruti, Federico Garcia Lorca ou Léo Ferré. Quant à la clarinettiste Catherine Delaunay, elle vit tout simplement "dans le village des Damps, en Normandie, et a découvert, par l’intermédiaire de quatre magnifiques tableaux de Camille Pissarro, qu’elle avait comme voisin (à quelque 125 ans près)" Octave Mirbeau ! Et pour fermer le cercle, il y a le trio que nous avions formé avec le pianiste Roberto Negro pour l'album intitulé Album il y a tout juste un an... Ce faisceau de coïncidences m'amène aujourd'hui à l'écoute d'un double album remarquable que Catherine Delaunay a composé et enregistré au fil du temps avec de très nombreux camarades.

Les images qui illustrent le livret de 100 pages se retrouvent dans cette musique délicate et résolue : iris et tournesols de Van Gogh, charge de policiers massacrant des manifestants de Félix Valloton, tableaux de Pissaro et illustrations de Nathalie Ferlut, portraits de Monet, Séverine, Rodin, Grave, Gauguin, Debussy, Maeterlinck ! Les textes dits par la comédienne Nathalie Richard confèrent à cet hommage une sorte d'évocation radiophonique tandis que les compositions de la clarinettiste particulièrement lyriques dessinent un théâtre musical où se croisent les voix de Anamaz, Sébastien Gariniaux, Olivier Thomas, tant d'autres, et les instruments de Nathan Hanson, François Corneloup, Tony Hymas, Hélène Labarrière, Davu Seru, Pascal Van den Heuvel, Pierrick Hardy, Marie-Suzanne de Loye, Christophe Morisset, Guillaume Séguron, Timothée Le Net, Léo Remke-Rochard, Jack Dzik, Erik Fratzke, Anthony Cox, Cory Healey, Laurent Dehors, Louise Jallu, Régis Huby, Guillaume Roy, Jacky Molard, Sylvain Lemêtre et une fanfare. C'est évidemment "l'écurie" nato, un projet comme Jean Rochard sait les mener, un des rares producteurs français au meilleur sens du terme, capable d'un voyage au long cours, corps et âme, en complicité avec les artistes. Mais c'est surtout une somptueuse réalisation de Catherine Delaunay qui a le temps et la place d'exercer son art. L'homme des Damps est une vision contemporaine d'un temps révolu qui renaît par la magie d'émotions intemporelles. On y retrouve la musique française, ses sources impressionnistes et la liberté qu'offre le nouveau siècle, libéré du carcan des étiquettes. Dommage qu'il sorte après les fêtes, c'eut été un cadeau idéal pour Noël, mais on peut toujours se l'offrir ou faire des heureux parce que ce genre d'objet est indémodable comme tout ce qui fait sens et illumine nos pas.

Jean-Jacques Birgé, le 4/02/2026
Catherine Delaunay,
L'homme des Damps, 2 CD nato,

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