Version smartphones allégée
🟥 Accueil 🟨 Médias 🟦 International
Lien du flux RSS
En kiosque le premier vendredi du mois.

▸ les 10 dernières parutions

14.02.2026 à 00:30

Fuck the pol'ICE

L'équipe de CQFD
img

Il suffit de les voir pour saisir le basculement fasciste en cours. Cagoules, lunettes noires, treillis militaires voire, carrément, cosplay d'officiers nazis, voilà des mois que les agents de l'ICE quadrillent les rues des grandes villes américaines, brutalisant au gré de leurs pulsions mortifères quiconque croise leur route. En ce début 2026, à la longue liste d'arrestations violentes et de mort·es, s'ajoutent deux décès : ceux de Renée Good et d'Alex Pretti. Les images de leur mise à (…)

- CQFD n°249 (février 2026) /
Texte intégral (521 mots)

Il suffit de les voir pour saisir le basculement fasciste en cours. Cagoules, lunettes noires, treillis militaires voire, carrément, cosplay d'officiers nazis, voilà des mois que les agents de l'ICE quadrillent les rues des grandes villes américaines, brutalisant au gré de leurs pulsions mortifères quiconque croise leur route. En ce début 2026, à la longue liste d'arrestations violentes et de mort·es, s'ajoutent deux décès : ceux de Renée Good et d'Alex Pretti. Les images de leur mise à mort, en plein jour, à bout portant, glacent le sang. Et nos médias nationaux se sont indignés, à juste titre, de ces exécutions sommaires, ainsi que des éléments de langage MAGA osant accuser de violence les deux défunt·es. Ah ça, on peut faire confiance aux éditorialistes de tous bords (ou presque) pour afficher un dégoût de circonstance quand Trump, le dictateur fou, et sa meute de chiens enragés, donnent libre cours à leur brutalité. C'est que, dans la patrie des droits de l'Homme, on ne verrait pas ça !

Et pourtant. C'est bien de ce côté-ci de l'Atlantique que des bacqueux hors de contrôle tabassaient le jeune Mehdi dans les rues de Marseille en 2023. De ce côté-ci aussi que nos policier·es, biberonné·es au racisme et à l'ultraviolence, assassinaient Zyed, Bouna, Amine, Babacar, Steve, Souheil, Nahel et tant d'autres avant eux. Et encore de ce côté que d'authentiques rafles de personnes exilées étaient organisées l'année dernière à Calais ou à Briançon. Ce mois-ci, pendant que toute la presse s'offusquait de la violence de l'ICE, El Hacen Diarra, 35 ans, était roué de coups jusqu'à la mort par des policier·es du 20e arrondissement de Paris, sans l'ombre d'un motif d'interpellation. Comme d'habitude, les preuves vidéo des caméras-piéton des agent·es ont depuis « disparu »… Mais de toute façon, un tel dispositif pourrait bien devenir inutile puisqu'à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez propose d'offrir aux gâchettes de la République une « présomption de légitime défense ».

Il va sans dire qu'en la matière, les USA ont franchi un palier répressif. Reste que l'indignation des médias et des responsables politiques franchouillards se révèle à géométrie fort variable quand c'est chez nous que les chiens de garde tuent et mutilent.

Tout n'est pourtant pas si noir. Car s'il y a bien une leçon à retenir des événements de Minneapolis, c'est que les mobilisations collectives et la solidarité sans faille des habitant·es ont pour l'instant permis de remporter une demi-victoire. Et cerise sur l'espoir, on a même pu récemment compter sur « the Boss » Bruce Springsteen pour encourager la rage et l'insoumission du peuple de la liberté. Dans son morceau « Streets of Minneapolis », véritable hymne anti-ICE, il laisse monter la clameur des voix de manifestantes et manifestants, hurlant en chœur « ICE Out ! » Merci Boss.

14.02.2026 à 00:30

JO d'hiver 2030 : un conflit ? quel conflit ?

Laëtitia Giraud
img

En 2030, les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver se tiendront dans les Alpes françaises. Cocorico ! Mené en douce, ce projet est plutôt un concentré de tout ce qui se fait de pire en matière d'atteintes au droit, à la démocratie et à l'environnement. Alors, pourquoi diable ne nous révolte-t-il pas plus ? Le 26 janvier dernier, le tribunal administratif de Marseille a jugé qu'il était nécessaire « qu'un débat public soit mené au plus vite » concernant les Jeux olympiques et (…)

- CQFD n°249 (février 2026) / ,
Texte intégral (1891 mots)

En 2030, les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver se tiendront dans les Alpes françaises. Cocorico ! Mené en douce, ce projet est plutôt un concentré de tout ce qui se fait de pire en matière d'atteintes au droit, à la démocratie et à l'environnement. Alors, pourquoi diable ne nous révolte-t-il pas plus ?

Le 26 janvier dernier, le tribunal administratif de Marseille a jugé qu'il était nécessaire « qu'un débat public soit mené au plus vite » concernant les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de 2030. Cette décision, qui résulte d'un recours déposé par des membres du Collectif citoyen JOP 2030 et des organisations de la société civile, a le mérite de faire émerger l'une des principales irrégularités de ces JOP : l'absence de consultation du public. Et ce à toutes les étapes du projet. Depuis la candidature déposée par la France en 2023 auprès du Comité international olympique (CIO) jusqu'au vote (en procédure accélérée) de la loi spéciale « JO 2030 » le 13 janvier par l'Assemblée nationale, nada. Les différentes instances d'organisation, l'État, les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur, n'ont même pas fait semblant de vouloir recueillir l'avis des premières et premiers concerné·es : nous tous·tes.

À croire qu'ils auraient peur d'entendre ce que nous avons à leur dire : « ce projet est une hallucination, c'est quelque chose qui ne devrait pas exister », résume Delphine Larat, juriste et co-fondatrice du Collectif citoyen JOP 2030. Le tribunal de Marseille énonce même que « les conséquences liées à la réalisation des ouvrages doivent être regardées […] comme étant de nature à affecter l'intérêt national ». Reste à préciser de quel intérêt nous parlons. Celui qui consiste à faire de la France une vitrine de son « savoir-faire » et à « prolonger le formidable élan engagé avec Paris 2024 »1 ? Tout un programme.

« Personne n'a accès à rien, ni la population, ni même les députés : c'est nous qui devons leur fournir l'information ! »

Au lieu de se questionner sur l'intérêt public, c'est-à-dire celui de l'État, ne pourrait-on pas plutôt se demander si les JOP servent l'intérêt général ? À savoir celui de toutes les personnes, en France ou ailleurs, qui sont concernées par ce que les JOP 2030 vont leur faire – et leur font déjà. Détricotage en règle des libertés publiques et de la protection de l'environnement dans la loi spéciale du 13 janvier2. Gabegie financière, alors que le gouvernement se fait un malin plaisir de brandir l'épouvantail de la dette pour justifier de son programme de casse sociale. Et enfin, non-sens écologique d'un évènement sportif qui contribuera à accélérer le changement climatique dans des territoires de montagne déjà disproportionnellement impactés par ses effets.

La loi du silence

Pourtant, pas de révolte populaire à l'horizon. Que se passe-t-il au pays des réfractaires ? La faute aux organisateurs qui maintiennent l'opacité autour des décisions, selon Delphine Larat. « Personne n'a accès à rien, ni la population, ni même les députés ! C'est nous qui devons leur fournir l'information. C'est quand même absolument anormal comme situation » dénonce celle qui a rédigé plusieurs rapports d'analyse à destination des élu·es, notamment au sujet des dépenses publiques liées aux Jeux d'hiver. « Cette affaire de candidature aux JO 2030, c'est un serpent de mer depuis le début », poursuit-elle. Pour rappel, la candidature, portée par les présidents de régions Laurent Wauquiez et Renaud Muselier, est déposée en 2023. La France est alors en compétition avec la Suisse et la Suède. Or, dans ces deux pays, la candidature est soumise à un vote préalable de la population. « Ils ne sont pas fous, eux », glisse Delphine Larat. Suisses et Suédois·es sont donc écarté·es par le CIO – le risque est trop grand ! – laissant la candidature française seule en lice. Mais pas si vite… Pour s'assurer de son maintien, et entériner l'attribution des JOP d'hiver aux Alpes françaises, le Comité exige l'établissement de garanties financières. Problème : celles-ci engagent l'État français mais aussi, et surtout, les collectivités territoriales.

Selon le premier inventaire chiffré des infrastructures pour les JO, dont le contenu n'a été rendu public que le 14 janvier dernier, 1,4 milliard d'euros seraient confiés à la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) pour leur réalisation.

La ferveur mystique autour des Jeux olympiques continue de provoquer l'adhésion

Un tiers des financements publics de ce budget serait imputé aux collectivités territoriales, à qui personne n'a demandé leur avis. Une situation que certain·es élu·es dénoncent, comme le président du département de Savoie Hervé Gaymard, qui a claqué la porte du Comité d'organisation des JOP en décembre 2025 refusant de « servir de variable d'ajustement ».

Produire le consentement

Dans les autres départements hôtes des JOP 2030, et notamment les Hautes-Alpes, le conflit semble difficilement émerger. En cause, le manque d'information mais aussi la dépendance à l'économie du tourisme d'hiver dans ces territoires de montagne. « Le modèle tout ski, on n'a rien d'autre, raconte Marine*, résidente du village du Monêtier-les-Bains dans la vallée de Briançon. On est dans une fuite en avant. Tout le monde en dépend mais en même temps il n'y a pas de réflexion pour autre chose. » Le programme « Avenir montagnes » lancé par l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) en 2021 en est une bonne illustration. Ce plan d'investissement, qui vise à accompagner la transition économique et écologique de ces territoires, n'est financé qu'à hauteur de dix millions d'euros pour couvrir 98 sites. À titre de comparaison, les JOP 2030 se chiffrent à plus de trois milliards d'euros pour consacrer ce fameux « modèle tout ski » dans les sites olympiques.

« Des évènements comme les JO, ça engage nos territoires pour 20, 30 ans. On a l'habitude de leurs héritages, et bien souvent, ce sont des dettes. »

La ferveur mystique autour des Jeux olympiques continue donc de provoquer l'adhésion. Le discours généré autour de « l'héritage » de l'évènement sportif, qu'il soit matériel ou immatériel, produit le consentement des territoires qui accueillent les épreuves. Ceux-ci sont alors prêts à laisser de côté leurs doutes, pourvu que les retombées économiques liées aux investissements massifs et les gains en visibilité soient bien là. Et tant pis si les habitant·es ne sont pas associé·es au processus décisionnel. « Il faut bien que quelqu'un prenne les décisions », argumente Marie Bellon, maire de Villar-Loubière et présidente de l'Association des maires ruraux dans les Hautes-Alpes (AMR 05). Pour elle, la sélection de son département pour les JOP 2030 est une aubaine pour un territoire « qui n'a encore jamais accueilli de Jeux d'hiver ». Tant pis aussi si l'argument de la nécessité économique de ces JOP ressemble étrangement à du chantage à l'emploi. Arnaud Murgia, maire de Briançon, menaçait en décembre dernier au micro d'Ici Provence : « Qu'est-ce qu'on fait ? On se met tous au chômage ? » Avant de comparer le destin de son territoire à celui des bassins miniers désindustrialisés.

Refuser cet héritage

Si la comparaison semble exagérée, on peut comprendre la pression autour du maintien de l'économie du tourisme, principal pourvoyeur d'emploi du département. Pour les élu·es, il s'agit de naviguer entre l'économiquement possible et l'écologiquement souhaitable. Un équilibre précaire qui les conduit souvent à une posture de déni et d'irresponsabilité. Pierre Leroy, adjoint au maire de Puy–Saint-André, une commune à proximité du site olympique de Briançon, le déplore : « Des évènements comme les JO, ça engage nos territoires pour 20, 30 ans. On a l'habitude de leurs héritages, et bien souvent, ce sont des dettes. Alors comment peut-on aujourd'hui le refuser ? »

Portés par des élu·es, des collectifs et des associations, des recours ont été déposés devant différentes juridictions, et jusque devant le Comité d'Aarhus, instance onusienne compétente en matière de démocratie environnementale. Delphine Larat précise sa stratégie : plutôt que d'attendre que les chantiers se lancent, « il faut en couper la tête dès le début ». Autrement dit, attaquer le projet au fond, ainsi que sur la forme, « puisqu'il y a de nombreuses irrégularités au niveau du droit ». Mais pas si simple de construire la solidarité dans la lutte, quand les Jeux s'étalent sur trois territoires distincts. Cette fois, il s'agit de travailler à la coordination des différentes mobilisations. Et de continuer à visibiliser les errements de cette mauvaise farce mortifère. Les blagues les plus courtes ne sont-elles pas les meilleures ?

Laëtitia Giraud

* à sa demande son prénom a été modifié.


1 Avis de la Commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport du Sénat sur le projet de loi relative à l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2030, rendu le 11 juin 2025.

2 Voir « “On dérégule à tous les niveaux” : les députés votent le projet de loi sur l'organisation des JO d'hiver 2030 dans les Alpes françaises », Vert (19/12/2025).

14.02.2026 à 00:30

Alep : les quartiers kurdes assiégés

Arnaud Thomas
img

Malgré ses engagements à protéger les minorités ethniques présentes sur son territoire, le nouveau gouvernement de transition syrien a envoyé ses troupes assiéger deux quartiers kurdes de la ville d'Alep le 7 janvier dernier. Récit de ce troisième épisode de violences contre les peuples de Syrie. Je boucle mon sac en cinq minutes : quelques vêtements chauds, mon appareil photo et un kit de premiers secours. Quelques jours plus tôt, le 7 janvier, la nouvelle est tombée : les quartiers de (…)

- CQFD n°249 (février 2026) / ,
Texte intégral (690 mots)

Malgré ses engagements à protéger les minorités ethniques présentes sur son territoire, le nouveau gouvernement de transition syrien a envoyé ses troupes assiéger deux quartiers kurdes de la ville d'Alep le 7 janvier dernier. Récit de ce troisième épisode de violences contre les peuples de Syrie.

Je boucle mon sac en cinq minutes : quelques vêtements chauds, mon appareil photo et un kit de premiers secours. Quelques jours plus tôt, le 7 janvier, la nouvelle est tombée : les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh, au nord de la ville d'Alep, sont assiégés par l'armée du nouveau gouvernement syrien.

Dans la ville où je me trouve, une partie de la population organise au pied levé un convoi de véhicules pour apporter du soutien médical aux défenses kurdes

Après les massacres d'Alaouites et de Druzes en mars et juillet 2025, le pouvoir s'attaque à une ancienne cible : les Kurdes. Les quartiers visés, majoritairement peuplés par cette communauté, sont contrôlés par l'Administration autonome du nord-est de la Syrie, aussi appelée « Rojava ». Tout laisse à penser que de nouveaux crimes vont être commis, et déjà des images d'habitant·es pris au piège au milieu des combats nous parviennent. Dans la ville où je me trouve, non loin d'Alep, une partie de la population organise au pied levé un convoi de véhicules pour apporter du soutien médical aux défenses kurdes.

Le 10 janvier au matin, on se retrouve devant le point de ralliement, au Centre d'art de la ville. La logistique et la quantité de matériel médical sont impressionnantes. Chacun s'affaire à organiser le chargement et au moment de prendre la route, les gens se serrent dans les bras.

Sur le trajet, à mesure des villes que nous traversons, des dizaines de voitures civiles se joignent à nous. Cette solidarité vient gonfler notre détermination à percer le siège des quartiers nord d'Alep. Mais au moment de franchir l'Euphrate, frontière naturelle entre les deux administrations, une annonce tombe : la route devant nous est bombardée. Les voitures s'immobilisent. Que faire ? Chacun consulte son téléphone à la recherche d'informations. Des images de tanks, de drones turcs, de dizaines de milliers de combattants syriens auxquels font face quelques centaines de combattant·es kurdes, nous parviennent. Les visages se ferment. Autour de moi, l'idée d'une possible défaite semble faire son chemin. Nous décidons de continuer prudemment.

Juste après Der Hafer, dernier village tenu par l'Administration autonome, les forces syriennes ont ordre de ne laisser passer aucun véhicule. Le convoi doit à nouveau s'arrêter. On espère pouvoir négocier et reprendre la route dès le lendemain. Malgré la tension, l'atmosphère se relâche un peu : des braseros sont allumés, et la soirée s'anime de danses et de chants.

Le lendemain, six ambulances venues d'Alep croisent notre check-point : elles rapatrient les corps de civils et de forces de sécurité kurdes... Dans nos rangs, la décision est alors prise de se séparer : une partie des véhicules, dont le mien, fait demi-tour pour escorter ce triste cortège jusqu'au Rojava. Nous sommes le 11 janvier, et plus tard dans la journée, nous apprendrons l'invasion totale des quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh. Ainsi se jouait le premier acte d'une annexion qui se confirmerait les semaines suivantes : le 30 janvier, un fragile cessez-le-feu est déclaré, mais entre les deux administrations les tensions restent vives.

Arnaud Thomas

14.02.2026 à 00:30

Les licenciements de Noël d'un hôtel marseillais

Laëtitia Giraud
img

Au pied des marches de la gare, la direction de l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles a tenu à marquer les fêtes de fin d'année par une délicate décision managériale en licenciant six salarié·es, tous·tes syndiqué·es. Récit d'un mauvais tour de passe-passe. Le froid de ce début d'année 2026 glace les os. Dans le mistral marseillais, au pied de la gare, une vingtaine de personnes est regroupée devant l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles. Elles sautillent pour se réchauffer au (…)

- CQFD n°249 (février 2026) /
Texte intégral (672 mots)

Au pied des marches de la gare, la direction de l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles a tenu à marquer les fêtes de fin d'année par une délicate décision managériale en licenciant six salarié·es, tous·tes syndiqué·es. Récit d'un mauvais tour de passe-passe.

Le froid de ce début d'année 2026 glace les os. Dans le mistral marseillais, au pied de la gare, une vingtaine de personnes est regroupée devant l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles. Elles sautillent pour se réchauffer au son des casseroles frappées en rythme et du micro dans lequel cri Toufik Ghodbane, employé de l'hôtel fraîchement licencié : « De l'argent il y en a ! Dans les poches d'Alboran ! »

« On n'est pas des chiffres, mais des êtres humains. »

Comme cinq de ses collègues, il a appris le 26 décembre dernier son licenciement pour motif économique. La bûche de Noël même pas digérée. L'hôtel, dont le groupe Alboran est propriétaire, affiche pourtant de bons chiffres, selon Karima Malagouen, responsable des petits déjeuners depuis de longues années et également licenciée : « Le 17 décembre on a même eu droit à une fête du personnel, où la direction nous a remis des diplômes. J'en ai eu un pour mes quinze ans d'ancienneté, où il était écrit : “Félicitations pour votre engagement et votre implication”. Et même pas dix jours plus tard, ils me dégagent ! » Masterclass d'hypocrisie.

Le sens du timing

La décision est d'autant plus incompréhensible qu'en mars dernier, le groupe Alboran avait acté l'internalisation de cette équipe de douze femmes de chambre et équipier·es jusqu'alors prestataires, dont les six licencié·es faisaient partie. Furieuse de se sentir déconsidérée, l'équipe au complet part en grève le 29 décembre. Le 2 janvier, la DRH daigne enfin rendre visite, pour leur rappeler que « le personnel a les plus hauts salaires de femmes de chambre de la ville de Marseille selon leur étude de marché », raconte Gaëlle Barbero, juriste du syndicat Confédération nationale du travail-Solidarité ouvrière (CNT-SO). Sous-entendu : de quoi vous plaignez-vous ?

La direction n'a pour l'instant rien proposé d'autre qu'une compensation dérisoire et « l'absence de représailles »

« Depuis le début de la grève, on demande à ce qu'ils nous fournissent des preuves de leurs réelles difficultés économiques, mais ils ne nous en donnent pas », continue Gaëlle Barbero. Les grévistes, affilié·es à la CNT-SO, soupçonnent plutôt une basique discrimination syndicale : « Le timing est parfait, ils licencient la moitié de l'équipe du nettoyage sur motif économique, et comme par hasard ils doivent organiser des élections [du personnel] en 2026. » Mais aussi : « Les licenciements interviennent juste avant la fermeture de l'hôtel pour travaux où ils vont être obligés de payer des salariés au chômage partiel. »

Si l'hôtel a fermé ses portes le 12 janvier pour le chantier, la délégation de grévistes compte reprendre la lutte dès sa réouverture, devant les prud'hommes s'il le faut. D'autant plus que la direction n'a pour l'instant rien proposé d'autre qu'une compensation dérisoire et « l'absence de représailles ». Une position que la CNT-SO rejette, appelant à obtenir un « protocole de fin de conflit écrit, conforme aux attentes légitimes des grévistes ». Avec un seul mot d'ordre, celui des banderoles du piquet de grève : « On n'est pas des chiffres, mais des êtres humains. »

Laëtitia Giraud

14.02.2026 à 00:30

Conseil de classe : punir les déserteurs

Loïc
img

Loïc est prof d'histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu'on s'est planté ? Tout va bien. Ma classe ressemble à un repère pour jeunes hyperactifs inadaptés. On y apprend tant qu'on peut, au rythme qu'on veut. Les séances sont ponctuées de débats plus ou (…)

- CQFD n°249 (février 2026) / ,
Texte intégral (738 mots)

Loïc est prof d'histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu'on s'est planté ?

Tout va bien. Ma classe ressemble à un repère pour jeunes hyperactifs inadaptés. On y apprend tant qu'on peut, au rythme qu'on veut. Les séances sont ponctuées de débats plus ou moins reliés au cours lancés inopinément par les élèves : « C'est qui le meilleur ami de l'homme ? Le chien ou le cheval ? » et de concours improvisés de lecture « à la française » de poèmes de Victor Hugo : « Demain dès l'auuuubeuuh, à l'heure où blanchit la campagnneuh ». Seul hic de la semaine : j'ai deux conseils de classe. L'occasion d'observer le gouffre qui me sépare des autres profs…

« Tout va bien. 134 heures d'absence en moyenne par élève. 35 % de la formation manqués en moyenne. Que demande le peuple ? » Projetée au tableau, la prof principale relit son appréciation de la classe. Nous voilà servi·es. « Je sais pas quoi dire de plus. Ils font ce qui veulent, ils viennent quand ils veulent. ». Les autres profs acquiescent et soufflent. « En même temps, ils ne veulent pas être dans cette filière », rajoute un autre. Le principal embraye pour clore la discussion : « C'est toujours la même chose ! Ils veulent aller ailleurs mais ne savent pas où ! Ils ne font pas les démarches. On ne peut rien faire. » Faire reposer sur les élèves le manque de sens de l'école. Merci chef. On passe ensuite au cas par cas. Pour chaque élève, le débat démarre sur le taux d'absence et les appréciations en conséquence : mise en garde, avertissement ou blâme. Jamais la discussion ne porte sur les raisons qui poussent ces jeunes des quartiers Nord à s'absenter : les galères et les drames du quotidien, ou le désintérêt légitime pour un apprentissage pas choisi. Quand j'évoque les motifs d'absence d'un élève en situation d'exil, le prof d'élec' me regarde avec les yeux ronds : « De toute façon, ils les justifient comme ils veulent leurs absences ! ». Bon républicain, le CPE tempère : « C'est important qu'ils justifient. Plus tard, ils devront faire des arrêts de travail, c'est ça l'apprentissage de la citoyenneté. » En plus, ils ne travaillent pas assez, et se marrent à l'atelier : « Travailler ? Ils ont supprimé ce mot de leur vocabulaire », raille encore le prof d'élec'. Pour celles et ceux qui souhaitent se réorienter, c'est souvent le parcours du combattant. Quand, par miracle, un établissement a de la place en CFA (Centre de formations d'apprentis), il faut ensuite qu'un patron les prenne : « Il devait commencer avec ce patron mais il n'a plus les subventions… », raconte le CPE. Du coup, l'élève reste en lycée pro. L'auditoire soupire mais ne se révolte pas. Même chose quand on discute trouble « dis » : « Il faut un an et demi d'attente pour voir un orthophoniste, un an pour poser un diagnostic. Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse... », geint le chef d'établissement. Au hasard : des manifs, des grosses grèves et des blocages de bahuts peut-être, plutôt que de taper sur des élèves qui désertent une institution défaillante ?

Le lendemain en classe, je discute avec mes élèves : « Monsieur on s'est fait chauffer le cul au conseil ! » rigole l'un deux. Et rajoute « On sera sérieux, mais APRÈS l'école ». Profite va.

Loïc

10.02.2026 à 18:31

Mauvais mariage

img
Lire plus (102 mots)

Un dessin de Truant

10.02.2026 à 18:27

Embout' sur le périph'

img
Lire plus (101 mots)

Un dessin de Tommy

07.02.2026 à 00:30

« La mère des batailles contre le libre-échange »

Livia Stahl, Niel Kadereit
img

Le 21 janvier dernier, le Parlement européen a suspendu le traité de libre-échange UE-Mercosur. Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina, analyse ce coup d'arrêt après 26 ans de négociations et de contestation paysanne qu'il cristallise. Entretien. Avec 51 autres membres de la Confédération paysanne, vous avez été placée en garde à vue le 14 janvier dernier pour votre participation à une manifestation contre l'accord avec le Mercosur. Est-ce que vous pouvez revenir sur ce (…)

- CQFD n°249 (février 2026) / ,
Texte intégral (3008 mots)

Le 21 janvier dernier, le Parlement européen a suspendu le traité de libre-échange UE-Mercosur. Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina, analyse ce coup d'arrêt après 26 ans de négociations et de contestation paysanne qu'il cristallise. Entretien.

Avec 51 autres membres de la Confédération paysanne, vous avez été placée en garde à vue le 14 janvier dernier pour votre participation à une manifestation contre l'accord avec le Mercosur. Est-ce que vous pouvez revenir sur ce qu'il s'est passé ?

« 52 paysans et paysannes, en garde à vue, ce n'était jamais arrivé à la Confédération paysanne, même du temps des fauchages de plantations d'OGM. Nous venions protester contre l'accord avec le Mercosur, mais aussi contre le système d'aide au secteur agricole dans les territoires d'outre-mer, à Mayotte, en Guadeloupe et en Guyane. Ce dernier favorise très largement les grands planteurs blancs de canne à sucre et de bananes et exclut la quasi-totalité des petits paysans, souvent noirs. Cette arrestation était scandaleuse et reflète l'escalade dans la répression et la criminalisation des syndicats. On nous a accusé de violences et de dégradations, mais concrètement la seule chose que l'on peut nous reprocher c'est d'être entrés sans autorisation dans la cour du ministère de l'Agriculture et d'y avoir mis des autocollants. »

D'ailleurs, vous racontiez que les policiers n'étaient pas très à l'aise avec votre détention...

« Oui, car ils ont vu des vidéos de l'action et ont constaté qu'il n'y a eu ni violences ni dégradations. Aussi, évidemment parce qu'il y a un traitement différentiel de la police, qui n'agit pas de la même manière selon qu'elle se retrouve face à des agriculteurs ou à des jeunes des quartiers populaires, surtout quand ils sont racisés. Nous sommes mieux traités parce que nous sommes majoritairement blancs et de bons travailleurs et travailleuses aux yeux des policiers.

Nous ne sommes pas contre le commerce international, mais nous pensons qu'il doit être internationaliste

Pour autant, les paysans ne constituent pas un groupe homogène pour l'État, qui ne traite par exemple pas de la même manière la Confédération paysanne que la FNSEA. Lorsque la veille, le 13 janvier, les agriculteurs et agricultrices de ce syndicat, pourtant de moins en moins majoritaire, ont déversé 30 tonnes de pommes de terre devant l'Assemblée nationale, le gouvernement leur a déroulé le tapis rouge. Je ne veux pas dire par là qu'ils auraient dû aller en garde à vue, mais cela montre bien un double standard. »

Quelques jours plus tard, le 21 janvier, le Parlement européen a voté la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) sur la régularité de ce traité, ce qui suspend son processus de ratification. Vraie victoire ou simple répit ?

« C'est vraiment une victoire commune des paysans et paysannes d'Europe et d'Amérique latine ! Lorsque nous avons reçu la nouvelle, mes collègues du Brésil et d'Argentine ont sauté de joie. Nous allons maintenant défendre cette décision : la Commission européenne, Ursula von der Leyen et le gouvernement allemand peuvent imposer une application provisoire de l'accord dès les mois de mars, et il n'en est pas question. Ce serait vraiment le pire des scénarios, mais dans ce cas-là, la colère des organisations agricoles en Europe décuplerait.

Ça fait 26 ans qu'on essaie de nous l'imposer et ça fait 26 ans qu'on résiste

L'autre scénario serait que le vote des parlementaires soit respecté, ce qui nous ferait gagner entre six mois et deux ans, le temps que le CJUE se prononce sur la conformité de l'accord avec les textes européens. Et quand bien même elle le jugerait conforme, il faudrait un nouveau vote sur le fond par le Parlement européen. Or le 21 janvier, on a vu qu'il n'y a pas de majorité garantie en faveur du traité. De toute façon, cela fait 26 ans qu'on essaie de nous l'imposer et ça fait 26 ans que l'on résiste. Pour nous, c'est vraiment la mère des batailles pour faire changer profondément la politique commerciale de l'Union européenne. Ce qu'il se passe avec le Mercosur, ça montre bien que la Commission européenne s'entête dans une stratégie de libre-échange, qui n'a plus beaucoup de soutien populaire, et qui même auprès des députés et des gouvernements fait de moins en moins consensus. »

Quel rôle ont joué les mobilisations en Europe dans la suspension de ce traité ?

« Nous nous sommes battus pour arracher cette suspension, à dix voix près, en nous rendant au Parlement pour convaincre des députés allemands, tchèques et chypriotes de voter pour la saisine de la CJUE. Seule la gauche s'est clairement positionnée contre le traité. Dans tous les partis, les députés étaient divisés en fonction de leur nationalité et du poids de l'agriculture dans leur pays. Alors que l'ensemble des députés français ont voté pour sa suspension, ils se sont parfois retrouvés en minorité dans leur groupe. C'est le cas par exemple pour les macronistes qui siègent au sein du parti libéral Renew Europe. Au-delà de ce travail de plaidoyer, les mobilisations des organisations agricoles dans les rues, en France, en Irlande, en Grèce, en Roumanie, en Pologne ou encore en Belgique ont bien pesé en mettant la pression sur les élus. »

Comment expliquez-vous que le secteur agricole et paysan arrive à remporter des batailles contre ces grands accords de libre-échange là où d'autres secteurs de l'économie n'y arrivent pas ?

« Cela s'explique en partie par nos mobilisations, mais aussi parce que de nombreux pays sont très réticents à l'idée de démanteler leur politique de soutien à l'agriculture. Les conséquences sociales peuvent être désastreuses, à la fois pour les paysans et paysannes, mais aussi pour la sécurité alimentaire de la population. À chaque fois qu'il y a dérégulation des politiques publiques agricoles, il y a des phénomènes de fluctuation des prix : ou bien ils chutent, ou bien ils connaissent une inflation énorme, et parfois les deux se succèdent. Pour cette raison, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) échoue systématiquement à conclure de grandes négociations sur l'agriculture depuis 2001. »

Et c'est pour contourner cette difficulté de mettre en place des accords mondiaux que l'Union européenne multiplie les accords bilatéraux, comme celui avec le Mercosur ?

« Ça, et le contexte international. L'Union européenne s'est construite sur les bases du libre-échange, avec la conviction que c'est par l'agrandissement des marchés qu'elle va se développer et se renforcer. Pour ce faire, l'oligarchie européenne a tout misé sur ses exportations agricoles.

L'autre pilier de la souveraineté alimentaire, c'est le contrôle démocratique des ressources, des terres et de l'eau par les populations

Mais aujourd'hui, avec l'arrivée de Trump au pouvoir, le marché américain est en train de se refermer. Ça la fait complètement paniquer, et elle tente par tous les moyens de trouver de nouveaux débouchés, dont le Mercosur. Ce n'est pas la bonne méthode selon nous pour garantir notre autonomie. »

Au contraire, que défendez-vous à La Via Campesina ?

« Nous défendons le principe de souveraineté alimentaire, c'est-à-dire le droit des peuples à définir leurs propres systèmes alimentaires, en donnant la priorité à la production locale, à la durabilité et au bien-être des populations. Ce principe se base sur le droit à mettre en place des barrières douanières et des barrières non tarifaires comme des normes, qui peuvent être sociales, sanitaires, environnementales ou autres. En ce sens, à La Via Campesina nous sommes protectionnistes, c'est-à-dire que nous considérons que la protection des marchés est légitime et nécessaire. Mais à la différence d'un protectionnisme nationaliste ou opportuniste, nous reconnaissons ce droit pour tous les pays, contrairement à la FNSEA. Eux exigent l'imposition de normes pour protéger les marchés intérieurs européens, mais dans le même temps, ils maintiennent qu'il faut ouvrir tous azimuts les marchés des autres pays. Nous ne sommes pas fondamentalement contre le commerce international, mais nous pensons qu'il doit être internationaliste. »

Et ce serait quoi une politique commerciale internationaliste ?

« Une politique qui reconnaît le droit de faire des stocks et de définir des prix plancher [voir encadré]. Un autre outil qui nous paraît intéressant, ce sont les contrats de pays à pays. Par exemple, le commerce de céréales passe par les bourses de Chicago, de Paris et d'ailleurs. Il fait l'objet de spéculations ce qui engendre des prix très volatils et beaucoup de profits pour les entreprises financières. À la place, nous sommes pour la mise en place de contrats à long terme entre les pays qui sont structurellement excédentaires et les pays qui sont structurellement importateurs, avec des prix stables indexés sur les coûts de production. Cela permettrait de sécuriser les pays importateurs afin qu'ils ne fassent plus face à des pics de spéculation comme ça a été le cas en 2008 ou plus récemment en 2022. »

Cela implique donc de sortir de l'Organisation mondiale du commerce ?

« Oui c'est une revendication centrale de La Via Campesina, dès sa création en 1993. À l'heure actuelle, l'OMC empêche de mettre en place de vraies politiques d'intervention sur les marchés agricoles. Résultat : ce sont les grands acteurs du marché qui mènent la danse et achètent au plus bas prix leurs productions aux paysans, pour les revendre le plus cher possible aux consommateurs. Dans le fond, même des gouvernements qui ne souhaitent pas changer de modèle agricole et veulent maintenir une agriculture industrielle et productiviste ont intérêt à s'assurer des exportations stables à long terme et des importations à des prix qui correspondent aux coûts de production pour ne pas couler les producteurs nationaux. En fait, ce sont des politiques qui sont très largement soutenues par les populations pour des raisons de souveraineté et de sécurité alimentaire. Ce dont beaucoup de gens n'ont pas conscience, c'est que la plupart des pays du monde ont une capacité à produire leur alimentation, à condition qu'elle corresponde aux caractéristiques du territoire. »

Il y a des gouvernements avec lesquels vous travaillez sur ce type de réforme ?

« Oui, nous faisons un travail intéressant avec le gouvernement colombien qui partage cette volonté d'avoir une approche renouvelée des réformes agraires plus respectueuses des populations autochtones. Le nouveau gouvernement mexicain et celui d'Afrique du Sud nous appuient également. Les velléités impérialistes de Trump ont ravivé l'intérêt de nombreux pays de participer à une réflexion internationale pour décider de l'utilisation de leur territoire. Mais la politique commerciale n'est que l'un des deux piliers de la souveraineté alimentaire. L'autre, tout aussi majeur, c'est le contrôle démocratique des ressources, des terres et de l'eau par les populations au niveau local. »

Mais qui sont les méchants exportateurs du Brésil ?

Luiz Zaref, membre de la Coordination nationale du Mouvement des travailleurs sans terre (MST), le plus grand mouvement paysan d'Amérique latine nous éclaire.

« Les paysans du Brésil ou d'Amérique du Sud produisent majoritairement sur les marchés locaux. Ceux qui exportent beaucoup, ce sont les propriétaires de l'agro-industrie sud-américaine. Ce sont ceux qui produisent essentiellement du soja, du maïs et du coton qui veulent vendre davantage en Europe. Ce sont contre eux que vont devoir lutter les agriculteurs européens. Et au Brésil, ce sont les personnes les plus riches du pays : elles possèdent les terres, contrôlent la chaîne de production de bout en bout, et occupent pas moins de la moitié des sièges au Congrès. Naturellement, cela leur permet de bénéficier en plus de larges subventions de l'État brésilien. Il en va de même en Argentine ou au Paraguay. Ce sont eux qui déforestent l'Amazonie, eux qui émettent des gaz à effet de serre et aggravent le réchauffement climatique, eux qui accroissent les inégalités sociales.

Et le Mercosur, qui permettra le développement de la marchandisation des matières premières, notamment nos ressources minières, est tout en faveur de leurs intérêts. Car il concentrera entre leurs mains davantage de bénéfices, donc de terres, de ressources naturelles, et de pouvoir politique.

Au contraire, pour nous, les petits paysans d'Amérique du Sud, le Mercosur sera délétère. L'exploitation à outrance des matières premières se fera au détriment du développement du secteur industriel, alors que notre pays a au contraire besoin de développer son économie interne, de créer des emplois, et d'aller vers la souveraineté alimentaire. En outre, le Mercosur facilitera l'importation de produits laitiers européens, dont les modes de production, plus développés technologiquement, sont bien moins onéreux que les nôtres. Chez nous, la production laitière est fondée sur des fermes familiales, et constitue déjà le secteur paysan le plus pauvre du Brésil. C'est une concurrence intenable. »

Quelles mesures pour un modèle agricole internationaliste ?

Ni libre-échange sauvage, ni protectionnisme patriote : comment sortir de cette (fausse) binarité quand on veut réfléchir à un modèle agricole qui protège les travailleurs de tous les pays, salariés comme petits exploitants ? La Conf et la Via Campesina revendiquent trois mesures phares.

1 Le prix minimum rémunérateur :

C'est le prix minimum auquel chaque produit doit être acheté. Il comprend l'ensemble des coûts de production, à savoir : les charges liées à la production, la rémunération des travailleurs (le salaire et les cotisations pour le chômage, la retraite et la maladie). Aujourd'hui en France, la majorité des paysans ne se paient pas au Smic, ne prennent pas de congés, ne se mettent pas en arrêt maladie et, quand elles et ils ont du chômage, il est insuffisant. Pour rendre ce métier un tant soit peu vivable dans un monde capitaliste (en attendant la révolution), il faut commencer par la thune.

2 Le prix minimum d'entrée :

Maintenant qu'on a augmenté nos prix d'achat nationaux au « prix minimum rémunérateur », comment éviter que l'agro-industrie et les grosses chaînes de distribution aillent se fournir ailleurs ? Par le « prix minimum d'entrée » sur le territoire : il rehausse le prix d'achat des produits étrangers au niveau de celui des denrées produites en France. Ce qui donne aux producteurs étrangers une marge de manœuvre pour améliorer leurs conditions de travail, en toute souveraineté. Rien à voir donc avec les fameuses « clauses miroirs » des traités de libre-échange actuels, qui leur dictent de manière impérialiste « la bonne manière de produire ». Quand la concurrence débridée et les tarifs douaniers écrasent leurs prix de vente, ce prix minimum d'entrée permet un nivellement par le haut pour les exportateurs de tous les pays. La solidarité entre les peuples quoi. Et en prime, comme la concurrence entre produits nationaux et étrangers ne se fera plus sur les prix, elle se fera sur d'autres critères autrement plus progressistes, comme la qualité des produits, ou le mode de production mis en avant. La bonne heure !

3 Le prix minimum d'intervention :

Enfin, en cas d'offre anormalement excédentaire d'un produit sur le marché international, l'État garantira le rachat des surplus de stocks aux producteurs à un « prix minimum d'intervention ». S'il existe déjà aujourd'hui, son montant est si faible qu'il ne dépasse jamais celui du marché, quelle que soit la crise. Son montant doit être relevé. Mais attention : pour empêcher les petits malins, fans de monocultures intensives et pas chères, d'abuser de ces rachats garantis, cette mesure s'accompagnera d'un contrôle de l'offre. Pas de justice sans cadre.

[Niel Kadeiret et Livia Stahl]

07.02.2026 à 00:30

Venezuela : dans les serres de l'empire

Gaëlle Desnos
img

L'attaque du 3 janvier à Caracas est déjà passée hors des radars médiatiques. Trump a changé de sujet, le monde a suivi. Mais le Venezuela, lui, continue de ramasser les miettes de lui-même. « Des amis de Fuerte Tiuna m'ont décrit des craquements dans le ciel, des colonnes de fumée rouge et une odeur âcre de tirs. » Le 3 janvier, Carmen* a passé la journée scotchée sur son téléphone, textotant frénétiquement ses proches pour s'assurer qu'ils étaient hors de danger. Quelques heures plus (…)

- CQFD n°249 (février 2026) / ,
Texte intégral (2054 mots)

L'attaque du 3 janvier à Caracas est déjà passée hors des radars médiatiques. Trump a changé de sujet, le monde a suivi. Mais le Venezuela, lui, continue de ramasser les miettes de lui-même.

« Des amis de Fuerte Tiuna m'ont décrit des craquements dans le ciel, des colonnes de fumée rouge et une odeur âcre de tirs. » Le 3 janvier, Carmen* a passé la journée scotchée sur son téléphone, textotant frénétiquement ses proches pour s'assurer qu'ils étaient hors de danger. Quelques heures plus tôt, vers 2 heures du matin, des bruits d'explosion ont brutalement déchiré le ciel de Caracas, plongeant le sud de la capitale – autour de la zone militaire et résidentielle de Fuerte Tiuna – dans le noir complet. Les amis de Carmen « ont fui leur appartement à trois sur une moto, à l'aveugle au milieu du chaos ». Par peur d'une pénurie, les habitants du quartier se sont massés devant les commerces et les stations-service. Rapidement, la rumeur circule que le président Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, auraient été capturés… Dans l'après-midi du 3, la vice-présidente Delcy Rodríguez finit par confirmer : le couple présidentiel a été enlevé par les forces armées américaines.

Aussitôt, la presse internationale, grisée, déroule ses habituels récits calibrés façon blockbusters hollywoodiens. Des qualificatifs tels que « spectaculaire », « chirurgical », « hors-norme » viennent écraser la réalité crue d'une attaque ayant laissé derrière elle une centaine de morts. Pour autant, le fracas entendu cette nuit-là à Caracas ressemble moins au bruit d'un régime qui s'effondre qu'à une conquête impérialiste d'un genre nouveau. Car Trump a obtenu la tête de Maduro, tout en veillant à laisser intact l'appareil d'État. Ainsi, il n'a pas fait tomber le régime maduriste : il l'a acquis.

Malaise national

« Le calme plat. Le silence total. » Les jours qui ont suivi l'attaque, Rodrigo, étudiant en architecture, décrit un pays en train « d'encaisser ». Nuits désertées, boutiques fermées avant l'heure, écoles vides… Un climat pesant, dans lequel la population n'évolue plus qu'en rasant les murs, exacerbé par des contrôles policiers intempestifs. « Ça existait déjà avant, mais la fouille des téléphones à la recherche de messages incriminants s'est vraiment accentuée après le 3 janvier », témoigne Luisa*, une jeune prof de Caracas. Dans la foulée de son investiture, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a approuvé l'« état de trouble extérieur », un régime d'exception de 90 jours permettant – entre autres – aux autorités de traquer toute personne soupçonnée de promouvoir l'attaque des États-Unis. Pour Rodrigo, ce tour de vis se justifie par « la présence potentielle d'agents américains sur le territoire après ce qui s'est passé ». Mais les crispations du pouvoir ont surtout pour effet de prendre en tenaille une population déjà « très anxieuse », selon Luisa.

Trump a donc besoin d'une figure à la fois prête à composer avec lui et capable de rallier les troupes sur place

En effet, l'offensive étatsunienne vient s'ajouter aux tensions d'une société vénézuélienne à couteaux tirés, entre soutiens au régime et anti-chavistes. Depuis quinze ans, chaque grand mouvement populaire, durement réprimé, sert de tribune aux leaders de l'opposition pour exiger le départ de Maduro, nourrissant les angoisses des bases chavistes. « Même si les chavistes peuvent aussi se montrer critiques du pouvoir, dans un pays aussi fracturé, où la police est inefficace, un renversement du régime réveille la peur des vengeances interpersonnelles, analyse Fabrice Andréani, chercheur et spécialiste du Venezuela. Imagine : la personne proche du parti qui gère la distribution alimentaire et qui a refusé de servir ceux qu'elle a vu manifester avec l'opposition… Elle flippe qu'on vienne la chercher ! » Depuis l'attaque du 3 janvier, Luisa se dit inquiète, même si, pour l'instant, elle constate une sorte de « trêve silencieuse ».

Une opposition à triste figure

Maduro entre les mains de juges new-yorkais, María Corina Machado ne cache pas sa joie. Le moment ne pouvait pas être mieux choisi pour adresser ses plus vibrantes flagorneries à Trump1, dans l'espoir, sans doute, d'obtenir de lui le geste décisif qui l'installerait sur le trône. C'est que depuis 2023, Machado est la figure de l'opposition qui s'était imposée au Venezuela. Fervente anticommuniste, son lourd passé politique anti-chaviste – en 2002, elle prenait part au putsch avorté contre Hugo Chávez – la rend particulièrement hargneuse envers l'ancien et l'actuel président. Son filon : la re-démocratisation du pays et le retour des huit millions de migrants partis depuis 2014. Mais la libéralisation de l'économie – déjà bien entamée par Maduro depuis quelques années – reste sa marotte favorite.

« L'opposition que Machado prétend représenter est bien plus plurielle qu'elle »

« Le pouvoir maduriste l'a érigée en anti-héroïne de la révolution, alors mécaniquement, une partie du pays s'est agrippée à elle, affirme Fabrice. Quand le mot “socialisme” finit par rimer avec misère, répression, prison, torture ou exil, le capitalisme libéral “à l'occidentale” prend des airs de salut. » Mais, selon lui, « l'opposition que Machado prétend représenter est bien plus plurielle qu'elle ». Au vu des scores électoraux passés de Chávez-Maduro et des résultats actuels de l'opposition, le camp Machado bénéficie sans aucun doute de votes issus des rangs usés du chavisme. Quant à son tropisme pro-américain, il laisse sceptique jusque dans ses propres soutiens. Marga, une Vénézuélienne de la diaspora, résume ce malaise : « J'aime bien María Corina Machado parce qu'elle tient tête au pouvoir. J'ai voté pour son candidat à la dernière présidentielle2. Mais sa proximité avec les États-Unis et Trump me dérange. »

Le président américain l'a d'ailleurs bien compris. Dès le 3 janvier, cruel, il lâche : « C'est une femme très gentille, mais elle n'a pas de soutien interne et n'est pas respectée dans son pays. » Car au Venezuela, au-delà des sondages, le « respect » se jauge aussi du côté des hommes en armes. D'abord, les « colectivos » : ces groupes civils armés hérités des guérillas urbaines des années 1960-1980 sont des alliés historiques du chavisme. Ensuite, l'armée régulière : loyale au régime depuis que Chávez l'a replacée au cœur de l'État. Enfin, les guérillas colombiennes : implantées de part et d'autre de la frontière, elles sont les assurances vie assumées du pouvoir. Ces deux derniers acteurs contrôlent une partie des régions où se trouvent les mines et terres rares (or, coltan, cobalt, etc.) que Trump convoite avec gourmandise. « Le président américain sait qu'aucune de ces forces ne respecte Machado, analyse Fabrice. La propulser au pouvoir l'obligerait à garantir sa survie par un engagement militaire au sol. Mais sa base MAGA l'a élu sur une promesse de “paix”, contre l'enlisement dans des guerres sans fin. » Trump a donc besoin d'une figure à la fois prête à composer avec lui et capable de rallier les troupes sur place. Une figure du sérail peut-être ?

Double face

« Après le choc, le peuple s'est mobilisé pour soutenir Delcy Rodríguez et défendre la souveraineté du Venezuela ! » tient à souligner Rodrigo. La présidente par intérim et ancien bras droit de Maduro paraît en effet vouloir se poser en ultime rempart entre l'impérialisme américain et son pays. Pourtant, dès qu'on suit la piste du pétrole, son positionnement semble bien plus ambigu.

Au Venezuela, jusqu'à il y a peu, l'État détenait le monopole de la production des hydrocarbures, ainsi que l'a voulu la loi Chávez de 2001. Les entreprises étrangères restaient cantonnées à des contrats de service, tout au plus à des parts minoritaires dans des sociétés mixtes contrôlées par l'entreprise pétrolière publique (PDVSA). Mais en 2020, alors que la production est au plus bas et que les sanctions étatsuniennes font sentir leurs effets, Rodríguez pousse une nouvelle formule : « les contrats de participation productive ». « Cela permet qu'un partenaire privé finance et opère des projets pétroliers, puis se rémunère en récupérant une part de la production (jusqu'à 65 %). Sur le papier, ce ne sont pas des concessions, mais dans les faits, ça y ressemble fortement ! Et avec un flou juridique face à la loi de 2001 », résume Fabrice. Et quand c'est flou… Les investisseurs ne voient que le loup. Résultat : malgré les récentes injonctions de Trump à aller lui chercher l'or noir vénézuélien, les pétroliers américains traînent des pieds, de peur qu'un retournement politique ne vienne ressusciter la loi Chávez. Delcy Rodríguez s'est dès lors engagée à faire adopter une réforme destinée à lever les ambiguïtés et sécuriser ce type de contrat. A-t-elle vraiment le choix ? Difficile à trancher. Mais le rêve bolivarien, lui, semble bel et bien s'être noyé dans un puits de pétrole et de compromis.

Gaëlle Desnos

* à sa demande le prénom a été modifié.


1 Après avoir dédié son prix Nobel de la paix à Trump, María Corina Machado lui remet en main propre la médaille lors d'une rencontre à la Maison Blanche le 15 janvier dernier.

2 Déclarée inéligible par le pouvoir, elle n'a pas pu se présenter aux présidentielles 2024. Elle a néanmoins marrainé un vieux diplomate du nom de Edmundo González Urrutia.

07.02.2026 à 00:30

Finie la bamboche pour les gauchistes ?

Émilien Bernard
img

Ô lord, on parcourt un livre verre de pif à portée de main, et voilà qu'au fil des pages on se surprend à regarder ledit verre d'un œil suspicieux. Ne serait-il pas un frein à nos velléités d'insurrection ? C'est en tout cas ce que pensaient pléthore de théoriciens anars de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Avec de solides arguments. Le point de départ du passionnant livre de Mathieu Léonard, Sobres pour la révolution. Cela peut sembler contre-intuitif. Voire rabat-joie. On (…)

- CQFD n°249 (février 2026) /
Texte intégral (554 mots)

Ô lord, on parcourt un livre verre de pif à portée de main, et voilà qu'au fil des pages on se surprend à regarder ledit verre d'un œil suspicieux. Ne serait-il pas un frein à nos velléités d'insurrection ? C'est en tout cas ce que pensaient pléthore de théoriciens anars de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Avec de solides arguments. Le point de départ du passionnant livre de Mathieu Léonard, Sobres pour la révolution.

Cela peut sembler contre-intuitif. Voire rabat-joie. On pensait que tout le monde rêvait de trinquer au champagne sur une barricade enflammée dans les jardins de l'Élysée. Eh bien non. Dans le passé tout du moins. Ce que montre Sobres pour la révolution – les anarchistes contre l'alcool (Nada, 2026), de l'ami et camarade CQFDien Mathieu Léonard.

Remontons le temps en titubant. Le XIXe siècle a vu l'alcoolisme exploser, avec des chiffres vertigineux : de 1830 à 1900, la consommation d'alcool annuelle est passée de 15 à 35 litres d'alcool pur par personne. Pour principaux soiffards, les classes populaires. Et les penseurs libertaires de faire un constat : la « pieuvre alcool » n'est plus seulement le « symptôme des maux sociaux » (exploitation par les patrons = refuge dans la boutanche), mais « cause profonde du frein à la marche vers la liberté », résume Mathieu Léonard. Jusqu'à l'anarchiste illégaliste Étienne Monier, membre de la bande à Bonnot, qui au moment de monter sur l'échafaud refuse le verre de rhum habituellement offert au condamné : « Je ne veux pas m'alcooliser ». « Prophylaxie ultime ! », s'exclame l'auteur.

Une tendance qui n'est pas du goût de tout le monde. Les discours portant sur « le déterminisme biologique » de l'alcoolisme ou relevant du camp néo-malthusien (pas de progéniture pour les adeptes de la picole) prennent vite du plomb dans l'aile. Il faut dire que la prohibition en terre ricaine, imposée par des ligues de vertu réacs, montre qu'interdire l'alcool ne fait que le rendre plus attirant – « Nulle part ailleurs on ne rencontre autant d'ivrognes que dans les villes acquises à la prohibition », souligne Emma Goldman, militante anarchiste russe. Dans le même temps, nombre d'anars s'insurgent face au mode de vie prôné : « [Les anarchistes individualistes] veulent l'ivresse, non point la tristesse de la vie », s'écrie Lucien Ernest Juin.

La Seconde Guerre mondiale et « l'extermination de groupes jugés inférieurs par la biopolitique nazie » mettent un point quasi final aux idéaux de lutte libertaire sobre. Hormis dans quelques territoires « libérés », à l'image du Chiapas néozapatiste où règne une « loi sèche » en partie propulsée par des femmes.

Morale de l'histoire : si libération de la bouteille il y a, ce sera en s'attaquant aux causes profondes de l'alcoolisme, à savoir l'exploitation de la main-d'œuvre sous la houlette du capitalisme vampire. Quant à ma propre conviction, elle est limpide : la révolution sera anisée ou ne sera pas. Avec modération…

Émilien Bernard
10 / 10
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview