LePartisan.info

REVUES

Lien du flux RSS
En kiosque le premier vendredi du mois.

01.07.2026 à 02:30

Règlements de contes

Gaëlle Desnos

Dans Fables bucoliques autogérées (Éditions Delcourt, 2026), du camarade Popolitique, les végétaux ont des opinions, les animaux des griefs, les monstres une conscience sociale et les icônes pop des paniques morales. Une BD aussi féroce que savoureuse où nature et personnages fictifs partent en vrille pour mieux regarder notre époque brûler. Tout commence comme une fable écolo bien élevée. Une forêt jadis paisible est en proie à un incendie ravageur. Les animaux assistent, horrifiés, à (…)

- CQFD n°253 (juin 2026) /

Texte intégral (642 mots)

Dans Fables bucoliques autogérées (Éditions Delcourt, 2026), du camarade Popolitique, les végétaux ont des opinions, les animaux des griefs, les monstres une conscience sociale et les icônes pop des paniques morales. Une BD aussi féroce que savoureuse où nature et personnages fictifs partent en vrille pour mieux regarder notre époque brûler.

Tout commence comme une fable écolo bien élevée. Une forêt jadis paisible est en proie à un incendie ravageur. Les animaux assistent, horrifiés, à l'effondrement de leur monde. Seul un petit colibri, héroïque, s'élance vers le brasier avec quelques gouttes d'eau dans le bec… Puis la morale nunuche de l'histoire à laquelle s'attend le lecteur prend un grand coup de pelle : lesdites gouttes ont été collectées auprès « des gens qui font pipi sous la douche pour sauver la planète ». Le colibri ne sauvera pas la forêt. Il mourra comme tout le monde, mais « couvert de pisse ».

Popolitique règle chaque page comme un piège désopilant en six cases : le temps d'installer une situation l'air de rien, de désarçonner un peu et d'aussitôt mordre, jusqu'à l'histoire suivante. Rien que des mini-fables dans lesquelles animaux, végétaux, personnages mythologiques et icônes de la pop culture cessent d'être de gentils symboles sans relief pour adopter les comportements névrotiques des humains contemporains. On y croise Prométhée, qui tente de saboter son supplice à grand renfort d'alcool et de tabac, espérant transformer son foie en plat suffisamment toxique pour écœurer l'aigle chargé de le grignoter jusqu'à la fin des temps. Le personnage de Sacha, qui découvre avec effroi que l'extinction massive des espèces concerne aussi les Pokémons. Ou encore un dinosaure de Jurassic Park, pris de logorrhées réactionnaires, racistes et sexistes, parce que, ressuscité après 200 millions d'années, forcément, le logiciel idéologique n'est plus vraiment à jour. Un bestiaire halluciné, qui raconte un monde capitaliste aussi absurde que dévasté où même les mythes antiques, les créatures disparues et les héros de l'enfance cherchent péniblement une issue de secours.

Trait simple, aplats de couleurs vifs et francs : la BD va droit au but. Inutile de surcharger le dessin, les références fonctionnent d'autant mieux, la charge critique et humoristique aussi. « À leur naissance, les baleineaux pèsent deux tonnes et demie pour une longueur de sept mètres », légende Popolitique au-dessus d'une case poétique où une baleine bleue et son petit dérivent ensemble au milieu de l'océan. Et la vignette suivante, d'ajouter doctement : « Ce sont les plus gros bébés de la planète, juste après les hommes blancs cis hétéros qui se sentent opprimés. » Rien n'est épargné : les évidences, les postures morales, les petits conforts idéologiques sont retournés, raillés. Entre deux traits d'humour, l'auteur glisse l'air de rien, un petit arsenal théorique : Guy Debord, Karl Marx, Philippe Descola… Une référence, un gag, un taquet. Et c'est reparti.

Gaëlle Desnos

01.07.2026 à 02:30

Changement de bordée !

Quel mercato en cette saison printemps-été 2026 ! Sonia, notre stagiaire de mars-avril, a passé le relais à Samuel, recrue de mai-juin. Pendant que lui prend ses marques, elle, sillonne la France, lancée dans un grand raid de concours d'entrée en écoles de journalisme. Dans le même temps, la valse des secrétaires de rédaction a battu son plein. Après un et demi de bons et loyaux services, Livia a quitté le navire fin février. Notre valeureux Niel, plume régulière du journal, est monté à bord (…)

- CQFD n°253 (juin 2026) /

Lire plus (305 mots)

Quel mercato en cette saison printemps-été 2026 ! Sonia, notre stagiaire de mars-avril, a passé le relais à Samuel, recrue de mai-juin. Pendant que lui prend ses marques, elle, sillonne la France, lancée dans un grand raid de concours d'entrée en écoles de journalisme. Dans le même temps, la valse des secrétaires de rédaction a battu son plein. Après un et demi de bons et loyaux services, Livia a quitté le navire fin février. Notre valeureux Niel, plume régulière du journal, est monté à bord deux moins durant, le temps de cirer le pont avant la venue d'Orianne. Ah, Orianne ! Accoudés au bastingage de notre vieux rafiot de la presse indé, regard d'enfants rêveurs, nous murmurions son nom à l'horizon, espérant la voir surgir de la brume. Elle a finalement pu embarquer ce mois-ci. Et elle n'est pas arrivée seule ! À ses côtés trotte Thelma, fidèle compagnonne canine, muse à quatre pattes et nouvelle vedette de la rédac. Une arrivée qui a, il faut bien le dire, légèrement ébranlée… Thelma. Pas la boule de poils à truffe humide : notre Thelma ! L'humaine épatante qui s'occupe si bien du web et des réseaux sociaux de CQFD depuis presque un an. Vous suivez toujours ? Parfait, parce qu'en juin, Louise et Axelle viendront à leur tour grossir les rangs de notre équipage, bien décidées elles aussi à apprendre les ficelles de ce vénérable métier de gratte-papier qu'on appelle, dans les bons jours, journalisme. Alors bienvenu aux nouveaux et aux nouvelles. Merci aux anciennes et aux anciens. Et pour celles et ceux qui restent, qu'il vente, qu'il pleuve, que ça tangue sévère ou que le calme plat menace : bravo !

01.07.2026 à 02:30

Contre le business du patrimoine sacré, le peuple maya se mobilise

Thelma Susbielle

Sur l'un des sites archéologiques les plus rentables du monde, la colère gronde. Dimanche 26 avril 2026, au pied de la célèbre pyramide de Kukulcán au Mexique, les descendants mayas de ceux qui ont bâti ce chef-d'œuvre ont brisé le décor de carte postale pour dénoncer la dépossession économique et culturelle programmée. Reportage sous 37 degrés à l'ombre. Par une chaude matinée d'avril, ils sont des dizaines à faire la queue pour obtenir leur billet d'entrée pour Chichén Itzá (Mexique). (…)

- CQFD n°253 (juin 2026)

Texte intégral (644 mots)

Sur l'un des sites archéologiques les plus rentables du monde, la colère gronde. Dimanche 26 avril 2026, au pied de la célèbre pyramide de Kukulcán au Mexique, les descendants mayas de ceux qui ont bâti ce chef-d'œuvre ont brisé le décor de carte postale pour dénoncer la dépossession économique et culturelle programmée. Reportage sous 37 degrés à l'ombre.

Par une chaude matinée d'avril, ils sont des dizaines à faire la queue pour obtenir leur billet d'entrée pour Chichén Itzá (Mexique). Comme chaque jour de l'année, ce site d'archéologie maya s'apprête à accueillir plusieurs milliers de visiteurs. Par an, plus de deux millions de touristes le visitent, faisant de Chichén Itzà l'un des monuments les plus visités du pays. Et au vu du prix d'accès (697 pesos, environ 34 euros), c'est une vraie machine à cash. Tous les bénéfices reviennent à l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire (INAH), une instance fédérale. Mais ce dimanche 26 avril 2026, les vacanciers sont accueillis par un comité inhabituel. Sur les marches menant au site, une centaine de personnes brandissent des pancartes : « Non au CATVI, non à la cage où est enfermée la renaissance maya », « Moins de béton, plus de respect », « Où sont passés les pauvres ? »

Nettoyage social pour l'image

La raison de cette manifestation ? Une décision administrative brutale vise à limiter drastiquement la présence des artisans et vendeurs mayas qui exercent à l'intérieur du site depuis plus de 30 ans. Sous prétexte de « moderniser » l'accueil et de fluidifier le flux de visiteurs, les autorités mexicaines ont ouvert le CATVI, un nouveau Centre d'accueil touristique. L'entrée historique a été détournée au profit de ce nouveau complexe extérieur, reléguant les vendeurs locaux dans de petits stands de type marché. L'argument de l'INAH est d'un cynisme absolu : la présence de ces artisans donnerait une « mauvaise image » du site. Pour les 2 000 familles des communautés de Pisté et de Xcalacop, cette mise à l'écart est un arrêt de mort économique. Alors que les millions de pesos des billets d'entrée s'envolent directement vers les caisses de l'État fédéral, l'artisanat reste le seul moyen pour les locaux de capter quelques miettes de cette manne touristique.

« Plus jamais un Mexique sans nous »

Dans un communiqué cinglant adressé à la présidente Claudia Sheinbaum et aux barons du tourisme, la communauté maya dénonce des manœuvres de division, des promesses de prêts opaques et des pressions sur les voyagistes, sommés de contourner les circuits traditionnels. Les pertes économiques atteignent déjà 50 %. « Ni la conception ni l'exploitation du CATVI n'ont fait l'objet d'une consultation, au mépris de la convention 169 de l'Organisation internationale du travail », dénoncent les manifestants.

Le paradoxe politique est total : l'État privilégie les infrastructures de luxe tout en limitant les droits des autochtones de mener leurs propres commerces. Le Maya préhispanique, mort et muséifié, est glorifié pour attirer les gros sous tandis que le Maya contemporain, vivant et précaire, est méprisé et chassé de sa propre terre sacrée.

Face au mur institutionnel, la communauté a durci le ton en bloquant temporairement les accès au site depuis le 20 mai. Elle exige l'arrêt immédiat des expulsions et une table ronde de négociations. En écho aux luttes néo-zapatistes, le peuple maya tente de faire entendre sa voix : « Plus jamais un Mexique sans nous. »

Thelma Susbielle

⬅️ 6 / 10 ➡️

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
April - Libre à lire
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview