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14.02.2026 à 00:30

Les licenciements de Noël d'un hôtel marseillais

Laëtitia Giraud
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Au pied des marches de la gare, la direction de l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles a tenu à marquer les fêtes de fin d'année par une délicate décision managériale en licenciant six salarié·es, tous·tes syndiqué·es. Récit d'un mauvais tour de passe-passe. Le froid de ce début d'année 2026 glace les os. Dans le mistral marseillais, au pied de la gare, une vingtaine de personnes est regroupée devant l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles. Elles sautillent pour se réchauffer au (…)

- CQFD n°249 (février 2026) /
Texte intégral (672 mots)

Au pied des marches de la gare, la direction de l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles a tenu à marquer les fêtes de fin d'année par une délicate décision managériale en licenciant six salarié·es, tous·tes syndiqué·es. Récit d'un mauvais tour de passe-passe.

Le froid de ce début d'année 2026 glace les os. Dans le mistral marseillais, au pied de la gare, une vingtaine de personnes est regroupée devant l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles. Elles sautillent pour se réchauffer au son des casseroles frappées en rythme et du micro dans lequel cri Toufik Ghodbane, employé de l'hôtel fraîchement licencié : « De l'argent il y en a ! Dans les poches d'Alboran ! »

« On n'est pas des chiffres, mais des êtres humains. »

Comme cinq de ses collègues, il a appris le 26 décembre dernier son licenciement pour motif économique. La bûche de Noël même pas digérée. L'hôtel, dont le groupe Alboran est propriétaire, affiche pourtant de bons chiffres, selon Karima Malagouen, responsable des petits déjeuners depuis de longues années et également licenciée : « Le 17 décembre on a même eu droit à une fête du personnel, où la direction nous a remis des diplômes. J'en ai eu un pour mes quinze ans d'ancienneté, où il était écrit : “Félicitations pour votre engagement et votre implication”. Et même pas dix jours plus tard, ils me dégagent ! » Masterclass d'hypocrisie.

Le sens du timing

La décision est d'autant plus incompréhensible qu'en mars dernier, le groupe Alboran avait acté l'internalisation de cette équipe de douze femmes de chambre et équipier·es jusqu'alors prestataires, dont les six licencié·es faisaient partie. Furieuse de se sentir déconsidérée, l'équipe au complet part en grève le 29 décembre. Le 2 janvier, la DRH daigne enfin rendre visite, pour leur rappeler que « le personnel a les plus hauts salaires de femmes de chambre de la ville de Marseille selon leur étude de marché », raconte Gaëlle Barbero, juriste du syndicat Confédération nationale du travail-Solidarité ouvrière (CNT-SO). Sous-entendu : de quoi vous plaignez-vous ?

La direction n'a pour l'instant rien proposé d'autre qu'une compensation dérisoire et « l'absence de représailles »

« Depuis le début de la grève, on demande à ce qu'ils nous fournissent des preuves de leurs réelles difficultés économiques, mais ils ne nous en donnent pas », continue Gaëlle Barbero. Les grévistes, affilié·es à la CNT-SO, soupçonnent plutôt une basique discrimination syndicale : « Le timing est parfait, ils licencient la moitié de l'équipe du nettoyage sur motif économique, et comme par hasard ils doivent organiser des élections [du personnel] en 2026. » Mais aussi : « Les licenciements interviennent juste avant la fermeture de l'hôtel pour travaux où ils vont être obligés de payer des salariés au chômage partiel. »

Si l'hôtel a fermé ses portes le 12 janvier pour le chantier, la délégation de grévistes compte reprendre la lutte dès sa réouverture, devant les prud'hommes s'il le faut. D'autant plus que la direction n'a pour l'instant rien proposé d'autre qu'une compensation dérisoire et « l'absence de représailles ». Une position que la CNT-SO rejette, appelant à obtenir un « protocole de fin de conflit écrit, conforme aux attentes légitimes des grévistes ». Avec un seul mot d'ordre, celui des banderoles du piquet de grève : « On n'est pas des chiffres, mais des êtres humains. »

Laëtitia Giraud

14.02.2026 à 00:30

Conseil de classe : punir les déserteurs

Loïc
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Loïc est prof d'histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu'on s'est planté ? Tout va bien. Ma classe ressemble à un repère pour jeunes hyperactifs inadaptés. On y apprend tant qu'on peut, au rythme qu'on veut. Les séances sont ponctuées de débats plus ou (…)

- CQFD n°249 (février 2026) / ,
Texte intégral (738 mots)

Loïc est prof d'histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu'on s'est planté ?

Tout va bien. Ma classe ressemble à un repère pour jeunes hyperactifs inadaptés. On y apprend tant qu'on peut, au rythme qu'on veut. Les séances sont ponctuées de débats plus ou moins reliés au cours lancés inopinément par les élèves : « C'est qui le meilleur ami de l'homme ? Le chien ou le cheval ? » et de concours improvisés de lecture « à la française » de poèmes de Victor Hugo : « Demain dès l'auuuubeuuh, à l'heure où blanchit la campagnneuh ». Seul hic de la semaine : j'ai deux conseils de classe. L'occasion d'observer le gouffre qui me sépare des autres profs…

« Tout va bien. 134 heures d'absence en moyenne par élève. 35 % de la formation manqués en moyenne. Que demande le peuple ? » Projetée au tableau, la prof principale relit son appréciation de la classe. Nous voilà servi·es. « Je sais pas quoi dire de plus. Ils font ce qui veulent, ils viennent quand ils veulent. ». Les autres profs acquiescent et soufflent. « En même temps, ils ne veulent pas être dans cette filière », rajoute un autre. Le principal embraye pour clore la discussion : « C'est toujours la même chose ! Ils veulent aller ailleurs mais ne savent pas où ! Ils ne font pas les démarches. On ne peut rien faire. » Faire reposer sur les élèves le manque de sens de l'école. Merci chef. On passe ensuite au cas par cas. Pour chaque élève, le débat démarre sur le taux d'absence et les appréciations en conséquence : mise en garde, avertissement ou blâme. Jamais la discussion ne porte sur les raisons qui poussent ces jeunes des quartiers Nord à s'absenter : les galères et les drames du quotidien, ou le désintérêt légitime pour un apprentissage pas choisi. Quand j'évoque les motifs d'absence d'un élève en situation d'exil, le prof d'élec' me regarde avec les yeux ronds : « De toute façon, ils les justifient comme ils veulent leurs absences ! ». Bon républicain, le CPE tempère : « C'est important qu'ils justifient. Plus tard, ils devront faire des arrêts de travail, c'est ça l'apprentissage de la citoyenneté. » En plus, ils ne travaillent pas assez, et se marrent à l'atelier : « Travailler ? Ils ont supprimé ce mot de leur vocabulaire », raille encore le prof d'élec'. Pour celles et ceux qui souhaitent se réorienter, c'est souvent le parcours du combattant. Quand, par miracle, un établissement a de la place en CFA (Centre de formations d'apprentis), il faut ensuite qu'un patron les prenne : « Il devait commencer avec ce patron mais il n'a plus les subventions… », raconte le CPE. Du coup, l'élève reste en lycée pro. L'auditoire soupire mais ne se révolte pas. Même chose quand on discute trouble « dis » : « Il faut un an et demi d'attente pour voir un orthophoniste, un an pour poser un diagnostic. Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse... », geint le chef d'établissement. Au hasard : des manifs, des grosses grèves et des blocages de bahuts peut-être, plutôt que de taper sur des élèves qui désertent une institution défaillante ?

Le lendemain en classe, je discute avec mes élèves : « Monsieur on s'est fait chauffer le cul au conseil ! » rigole l'un deux. Et rajoute « On sera sérieux, mais APRÈS l'école ». Profite va.

Loïc

10.02.2026 à 18:31

Mauvais mariage

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