LePartisan.info

REVUES

Lien du flux RSS
En kiosque le premier vendredi du mois.

26.09.2026 à 02:30

« Ils se croient tout permis ! »

La Sellette

En comparution immédiate, on traite à la chaîne la petite délinquance urbaine, on entend souvent les mots « vol » et « stupéfiants », on ne parle pas toujours français et on finit la plupart du temps en prison. Une justice expéditive dont cette chronique livre un instantané. Toulouse, chambre des comparutions immédiates, septembre 2025 Les deux prévenus dans le box sont accusés d'avoir utilisé un scooter volé quelques jours auparavant. Le propriétaire, qui a reconnu son véhicule dans la (…)

- CQFD n°255 (septembre 2026) /

Texte intégral (677 mots)

En comparution immédiate, on traite à la chaîne la petite délinquance urbaine, on entend souvent les mots « vol » et « stupéfiants », on ne parle pas toujours français et on finit la plupart du temps en prison. Une justice expéditive dont cette chronique livre un instantané.

Toulouse, chambre des comparutions immédiates, septembre 2025

Les deux prévenus dans le box sont accusés d'avoir utilisé un scooter volé quelques jours auparavant. Le propriétaire, qui a reconnu son véhicule dans la rue, voit deux hommes, clé sur le contact, prêts à partir. Il fait une vidéo et appelle la police municipale, qui les retrouve et les arrête.

À l'audience – comme en garde à vue –, les deux prévenus disent ignorer que le scooter était volé. Le président s'impatiente : « On ne va pas discuter des heures. À part agacer le tribunal, ils ne vont pas gagner grand-chose. » Et il passe à la personnalité des prévenus, censée permettre l'individualisation des peines : « Lamine C. est SDF. Arrivé en France depuis deux mois, il est sous OQTF. Il n'a pas de casier judiciaire. Il consomme du cannabis.

— Pas tous les jours !

— Pas tous les jours, d'accord. »

Quant à Youssouf N., il a huit mentions sur son casier, dont trois pour vol. « Il est sorti en mars 2025 de la prison de Seysses. Il est maçon non déclaré et veut ouvrir un commerce… Eh ben, c'est mal parti ! »

Des gens rient dans la salle.

Le procureur : « Ils se croient tout permis ! Même s'ils savent que c'est un scooter volé, ils continuent de rouler avec et n'essaient même pas de le camoufler. »

Pour celui qui n'a pas de casier, il demande quatre mois avec sursis. Pour l'autre, il demande un an de prison avec mandat de dépôt.

En défense, chaque avocate rejette la faute sur l'autre prévenu.

La première défend Lamine C., qui avait les clés du scooter en main. Elle commence par se plaindre : « C'est un dossier difficile à défendre pour nous autres, avocats, car les faits ne sont pas reconnus. »

Revenant à son client : « Il m'a dit : “Je ne savais pas que Youssouf avait été condamné par la justice.” Il ignorait que traîner avec lui allait l'amener à des situations répréhensibles. Ce n'est pas parce que Lamine C. est un étranger en situation irrégulière qu'il mentirait forcément. Il est en France parce que ses parents sont décédés. Il travaille sur les marchés. Il essaie de s'en sortir. »

L'avocate de Youssouf N. contre-attaque : « C'est l'autre qui a les clés du scooter, ainsi qu'un casque ! Youssouf N. sait qu'il a un gros casier et que cette situation est problématique pour lui. Il l'a toujours dit : “Ce n'est pas moi, ce n'est absolument pas moi !” Mais comme l'autre ment, on va considérer que lui ment également ! »

Elle indique que son client a une compagne de nationalité française enceinte. Elle a fourni une attestation d'hébergement qui permettrait une peine de bracelet.

Les juges se retirent pour délibérer. Dans le public, deux habituées commentent l'audience de l'après-midi : « Ce n'est pas très passionnant pour le moment. »

Le tribunal revient et condamne Youssouf N. à 8 mois de prison avec mandat de dépôt et Lamine C. à 4 mois avec sursis. Le président précise qu'il s'agit là d'une peine extrêmement bienveillante :

« Vous êtes sous le coup d'une OQTF. Vous devez partir le plus vite possible. »

La Sellette

26.09.2026 à 02:30

Être ou ne pas être social-traître

Clément Amézieux

Un monde envoûté par le technofascisme où les pouvoirs économique, politique et médiatique s'entrecroisent dans un jeu de billard où tous les coups sont au moins à deux ou trois bandes ? Nous ne sommes pas dans la réalité, mais dans le dernier jeu vidéo du studio estonien ZA/UM qui, en dépit de son rachat controversé, n'a pas perdu sa pertinence. Un détective en gueule de bois, qui ne sait plus qui il est ni ce qu'il fout là, doit enquêter sur un meurtre lié à une grève de dockers. (…)

- CQFD n°255 (septembre 2026) / ,

Texte intégral (706 mots)

Un monde envoûté par le technofascisme où les pouvoirs économique, politique et médiatique s'entrecroisent dans un jeu de billard où tous les coups sont au moins à deux ou trois bandes ? Nous ne sommes pas dans la réalité, mais dans le dernier jeu vidéo du studio estonien ZA/UM qui, en dépit de son rachat controversé, n'a pas perdu sa pertinence.

Un détective en gueule de bois, qui ne sait plus qui il est ni ce qu'il fout là, doit enquêter sur un meurtre lié à une grève de dockers. L'écriture ciselée, drôle et ambiguë de Disco Elysium lui avait valu sa place au panthéon des jeux vidéo. Fort de ce succès de 2019, ZA/UM était attendu au tournant après que deux hommes d'affaires aux méthodes douteuses se sont emparés du studio, éjectant au passage les têtes pensantes Robert Kurvitz et Aleksander Rostov. Pour les gens conséquents, sa dernière création a donc tout l'air d'un concentré de social-traîtrise. Toujours est-il que Zero Parades : For Dead Spies a manifestement été conçu par des artistes (les salarié·es) qui comprennent ce qui a fait le génie de Disco Elysium. Peut-être un peu trop d'ailleurs, tant il applique la même structure.

Vous – Hershel, nom de code CASCADE, enfance bourgeoise, radicalisée à la fac, persécutée par les réactionnaires monothéistes, a fui en République démocratique du Kohila et adopté le matérialisme historique – émergez à l'étage d'un studio de développement photographique, dans la petite ville de Portofiro. Vous êtes une espionne de l'« Operant Bureau », mais n'avez aucune idée de la mission qui vous est confiée. Accessoirement, votre associé – nom de code PSEUDOPOD – est avachi en caleçon sur un fauteuil, dans une espèce de coma incurable où il aurait plongé après avoir écouté un disque : You But From a Dream d'Ultra Violeta, star planétaire de la L-Pop.

En fouinant un peu, vous apprendrez que ce monde raffole de ces productions culturelles venues de La Luz, un empire techno-fasciste qui avait autrefois colonisé Portofiro et d'autres régions, mais qui préfère aujourd'hui s'adonner au soft power. Portofiro étant sous blocus culturel depuis son indépendance, la plupart des disques de L-Pop et autres opiums du peuple y circulent sous forme de contrefaçons. Mais un rendez-vous se prépare en secret : le ministre de la Culture luzien devrait se pointer dans les prochains jours afin de négocier une levée du blocus avec EMTERR (l'Empire sans territoire, alias la Banque, alias le Capital transnational).

En cherchant plus loin, vous découvrirez que votre mission consiste à intervenir dans ces négociations pour le compte du Superbloc, ou Union suprême des Républiques prolétariennes. On retrouve dans cette enquête les instants de grâce un peu suspendus qui faisaient la grandeur de Disco Elysium. Genre : aider une petite fille à démêler un fil de pêche sur la plage après avoir subi une séance de torture dans les sous-sols d'une revue de poésie contemporaine.

Les ramifications qu'il vous reste encore à élucider sont immenses, géopolitiques, mais aussi intimes, sentimentales, et prendront même un tour métaphysique si vous choisissez de plonger Hershel dans l'épineux « problème de la Réalité ». Autre problème : acheter ce jeu vous rendra un peu complice des nouveaux patrons véreux de ZA/UM. C'est un premier dilemme à trancher.

Clément Amézieux

19.09.2026 à 02:30

« En cuisine, on souffre en silence de nos addictions »

Jonas Schnyder

Depuis mars 2026, Radio Galère diffuse tous les deuxième et quatrième lundis du mois Brigade Pirate, une nouvelle émission sur les réalités des métiers de la restauration. Une immersion riche en témoignages et anecdotes, entre amour de la cuisine et violences au travail. C'est au début de l'année 2026 que Lara Pop's (pseudo) se décide à lancer un podcast sur les coulisses des métiers de la restauration dans lesquels elle travaille depuis plus de 18 ans. Diffusés sur Radio Galère (88 .4 à (…)

- CQFD n°255 (septembre 2026) /

Texte intégral (1976 mots)

Depuis mars 2026, Radio Galère diffuse tous les deuxième et quatrième lundis du mois Brigade Pirate, une nouvelle émission sur les réalités des métiers de la restauration. Une immersion riche en témoignages et anecdotes, entre amour de la cuisine et violences au travail.

Karl Grux

C'est au début de l'année 2026 que Lara Pop's (pseudo) se décide à lancer un podcast1 sur les coulisses des métiers de la restauration dans lesquels elle travaille depuis plus de 18 ans. Diffusés sur Radio Galère (88 .4 à Marseille FM :DAB+), les épisodes thématiques abordent différents aspects du métier (droits syndicaux, consommation de drogues, inégalités hommes-femmes, violences managériales…) à partir des témoignages des personnes concernées et de collectifs en lutte. Une volonté affichée de sortir les dossiers au grand jour pour changer les mentalités. Entretien.

D'où t'es venue l'envie de faire ce podcast ?

« C'est avant tout une déclaration d'amour aux métiers de la restauration (snack, brasserie, bistrot, restaurant...).

« Les médias vendent du rêve mais la cuisine ce n'est pas “Top chef !” »

J'avais envie de raconter nos aventures quotidiennes, autant pour parler de la passion et de la sensualité qu'il y a à faire à manger pour les autres, que pour parler des problèmes graves auxquels on se confronte. Les médias vendent du rêve mais la cuisine ce n'est pas “Top chef !” Durant toutes ces années, j'ai vu trop de choses choquantes et j'ai trop souvent fermé ma gueule, comme cette fois où un supérieur passe derrière une pâtissière et lui met une fessée par surprise, sans que personne ne réagisse. J'y repense encore aujourd'hui. J'ai vu trop d'injustices, de violences et de choses choquantes, que ce soit l'agressivité dans le travail, la consommation de drogue (qui concerne toute la hiérarchie), des gens se faire virer du jour au lendemain, la pénibilité dans le travail sans aucune reconnaissance.... Je voulais faire quelque chose de toutes ces dingueries, donner la parole aux personnes concernées et contribuer à changer les mentalités dans le métier. »

C'est quoi ces mentalités dont tu parles ?

« Nos métiers de la restauration, dans le service ou en cuisine, sont passionnants, mais on s'abîme beaucoup, principalement à cause des conditions de travail scandaleuses : horaires à rallonge, cuisines pas aux normes, notamment l'été quand il fait super chaud, contrats défavorables où la pause repas est déduite de ta paye alors que t'as même pas forcément le temps de la prendre, sous-effectif permanent... Mais il y a aussi la maltraitance managériale, et la teuf (alcool et drogues) que les patrons nous laissent faire – quand ils ne nous y incitent pas directement, “en compensation”, en disant que c'est open bar toute la nuit pour les employés, ou en devenant tout d'un coup sympa, alors qu'ils ont mal parlé toute la journée. Et l'état d'esprit c'est de ne pas se plaindre, de serrer les dents et de souffrir en silence. Personne ou presque ne se plaint car c'est vu comme normal, alors on avance avec nos nerfs. Cela vient en grande partie du milieu hôtelier, qui est très hiérarchique et militaire, et au sein duquel ton apprentissage passe par le fait de fermer ta gueule pour apprendre, et de te construire là-dedans. Alors qu'on devrait se soutenir collectivement, nourrir les solidarités face aux patrons et aux chefs qui abusent, prendre soin de nous et défendre nos droits. »

C'est là qu'on a besoin de culture syndicale ?

« Dans un épisode, j'ai invité des personnes de MEP Marseille2 avec lesquelles je parlais du fait de travailler dur, ce qui n'était pas si grave s'il y avait de la reconnaissance à nos efforts.

« On est très peu à connaître nos droits »

L'une d'elles m'a répondu que la reconnaissance, c'était la carotte pour nous pousser à être productifs mais que ça ne remplit jamais ton frigo. On est très peu à connaître nos droits. Elles ont raconté l'histoire d'une Italienne dont la période d'essai sur son contrat a été écourtée par rapport à ce que dit la loi, de manière à pouvoir mettre fin plus rapidement et facilement à son embauche. Elle est allée en justice avec le collectif et a gagné, c'était une belle victoire.

J'ai moi-même beaucoup appris en faisant ces émissions. Je pense en particulier au droit de retrait, qui nous permet légalement de ne pas travailler dans le cas d'un contexte de travail jugé dangereux. Si on bosse dans une cuisine défectueuse, où les fils électriques touchent le sol humide, ou si tu reçois des décharges électriques à chaque fois que tu utilises un robot – situations classiques. Mais trop souvent encore, utiliser ce droit de retrait va donner l'impression aux collègues qu'on les lâche, alors qu'il faudrait s'allier pour que le patron résolve les problèmes dénoncés. On doit pouvoir s'outiller, apprendre et se défendre pour savoir quand on nous ment – ce qui arrive régulièrement – et ce qui est illégal. »

La consommation de drogues semble être un gros sujet dans le métier...

« Dans nos métiers, la frontière entre fête et travail est vraiment floue, et la gestion des addictions compliquée. Le rythme est souvent frénétique, des montagnes russes émotionnelles, entre moments calmes et intensité, qui nous font passer par tout un panel d'émotions. Et quand le service est terminé, même fatigués, on en veut encore. C'est souvent un travail d'équipe qui rend difficile le fait de quitter le groupe, alors on fait des prolongations.

En tant que meuf, à moins d'être cheffe, c'est parfois compliqué d'être simplement vue comme une coéquipière de taf : tu peux vite être sexualisée

Ça commence en mode festif mais ça peut rapidement devenir une compensation à la dureté de la journée, puis un moyen de tenir le coup, une addiction, et la fête n'est plus drôle. Récemment, dans Le Monde3, ils pointaient la responsabilité des patrons dans la consommation d'alcool et de cocaïne, qui touche toute la hiérarchie. C'est dramatique mais des plus banalisé : en cuisine, on souffre en silence de nos addictions. On a l'habitude d'aller bosser en étant massacrés, c'est notre quotidien, ça nous abîme et des vies sont détruites à force. »

Face à ces difficultés, est-ce qu'il y a des différences entre hommes et femmes ?

« C'est flagrant dans la gestion de ces consommations : un mec qui consomme tout le temps et en souffre ne va pas en parler, même pas à ses potes, car c'est de la faiblesse ; alors qu'entre meufs, on va plus avoir tendance à en parler, même si ça reste une honte et un tabou. Après, en tant que meuf, à moins d'être cheffe, c'est parfois compliqué d'être simplement vue comme une coéquipière de taf : tu peux vite être sexualisée, avec des questions intrusives, alors que t'as juste envie de bosser tranquille. Ce sont des mentalités à changer, les meufs en ont marre mais elles ouvrent de plus en plus leur gueule. Ceci dit, je me suis fait de nombreux frères en cuisine, et d'avoir “connu la guerre” avec eux, ça a rendu nos amitiés fortes. »

C'est quoi les autres sujets que tu abordes ?

« On a fait un épisode sur les meufs dans les restaurants étoilés, qui sont des lieux où les égos peuvent être terribles, et les chefs soi-disant intouchables car ils ont trop de pouvoirs sur leurs équipes et sur leurs établissements. J'aimerais aussi beaucoup faire une émission sur les personnes sans-papiers dans la restauration. J'ai entendu tellement de choses moches, même de patrons a priori sympas.

Après, l'émission ne se résume pas à des coups de gueule. Le projet est au contraire de toucher, faire réfléchir au sein du métier et au-delà. On met énormément d'amour dans une assiette destinée à quelqu'un qu'on ne connaît pas, on donne beaucoup de nous-mêmes malgré les difficultés. Il faut en parler pour changer les mentalités et qu'on puisse continuer à faire ces métiers qu'on aime. Pour la suite, je ne sais pas si j'aurai le temps de continuer à porter le projet seule, alors si des personnes veulent rejoindre la brigade pirate pour amener de l'énergie, parler d'autres sujets, et contribuer à libérer la parole des travailleurs de la restauration, n'hésitez pas à embarquer car la lutte ne fait que commencer4. »

Jonas Schnyder

1 . Le podcast est disponible sur le site de Radio Galère : radiogalere.org/emission/les-cuisiniers-pirates-de-marseille.

2 . Collectif de lutte syndicale de travailleur·ses de l'hôtellerie, de café et de la restauration. Sur Insta : mep_marseille.

3 . « “Je prenais une trace avant le service, cachée dans les toilettes” : comment la cocaïne sature le monde de la restauration », Le Monde (11/07/2026).

4 . Pour contacter la Brigade Pirate : brigadepirate@proton.me.

⬅️ 9 / 10 ➡️

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
✝ Période
 
  ARTS
Actualitté
Autre Quotidien (L')
Beaux Arts
Collateral
Recours au poème
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Libre à lire (April)
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview