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04.02.2026 à 12:47

Procès en appel d’Elias d’Imzalène : chronique d’une mascarade « antiraciste » annoncée

blackfedayin
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Le procès en appel d’Elias d’Imzalène a fourni aux organisations déterminées à faire taire les voix critiques du colonialisme génocidaire israélien une nouvelle occasion de révéler au grand jour l’étendue de leur inconséquence sur les questions « antiracistes ». Droit dans ses bottes et stoïque tout au long de l’audience malgré les multiples provocations, Elias d’Imzalène est demeuré fidèle à ses principes, assumant ses positions antiracistes et anticolonialistes face à des « parties civiles » pour qui ce procès en appel s’est transformé en véritable naufrage…   Une « intifada judiciaire » au service du colonialisme sioniste Les 7 et 8 janvier 2026, se tenait à Paris le procès en appel d’Elias d’Imzalene, militant anticolonialiste poursuivi pour avoir eu l’outrecuidance de dénoncer publiquement le génocide en Palestine ; un génocide commis par l’Etat colonial sioniste, avec la complicité des gouvernements occidentaux, dont le gouvernement français. Côté « parties civiles », une dizaine d’avocats mandatés par des organisations dont l’«antiracisme » s’arrête aux portes de Gaza et de la Cisjordanie… Ces mêmes organisations qui prétendent qu’on a le droit de critiquer le gouvernement israélien tout en menant une « intifada judiciaire » implacable contre toute personne cherchant à exercer ce droit… Une propagande médiatique moins efficace que prévue ? Mal préparés, brouillons et désorganisés, les avocats des parties civiles ont avant tout cherché à s’appuyer sur l’intense campagne de propagande et de dénigrement médiatique ayant précédé l’audience. En effet, au cours de l’année 2025, Elias d’Imzalene a été mentionné dans plusieurs livres, reportages et autres « enquêtes » (souvent truquées) tandis que son visage apparaissait en…
Texte intégral (2561 mots)

Le procès en appel d’Elias d’Imzalène a fourni aux organisations déterminées à faire taire les voix critiques du colonialisme génocidaire israélien une nouvelle occasion de révéler au grand jour l’étendue de leur inconséquence sur les questions « antiracistes ». Droit dans ses bottes et stoïque tout au long de l’audience malgré les multiples provocations, Elias d’Imzalène est demeuré fidèle à ses principes, assumant ses positions antiracistes et anticolonialistes face à des « parties civiles » pour qui ce procès en appel s’est transformé en véritable naufrage…

 

Une « intifada judiciaire » au service du colonialisme sioniste

Les 7 et 8 janvier 2026, se tenait à Paris le procès en appel d’Elias d’Imzalene, militant anticolonialiste poursuivi pour avoir eu l’outrecuidance de dénoncer publiquement le génocide en Palestine ; un génocide commis par l’Etat colonial sioniste, avec la complicité des gouvernements occidentaux, dont le gouvernement français. Côté « parties civiles », une dizaine d’avocats mandatés par des organisations dont l’«antiracisme » s’arrête aux portes de Gaza et de la Cisjordanie… Ces mêmes organisations qui prétendent qu’on a le droit de critiquer le gouvernement israélien tout en menant une « intifada judiciaire » implacable contre toute personne cherchant à exercer ce droit…

Une propagande médiatique moins efficace que prévue ?

Mal préparés, brouillons et désorganisés, les avocats des parties civiles ont avant tout cherché à s’appuyer sur l’intense campagne de propagande et de dénigrement médiatique ayant précédé l’audience. En effet, au cours de l’année 2025, Elias d’Imzalene a été mentionné dans plusieurs livres, reportages et autres « enquêtes » (souvent truquées) tandis que son visage apparaissait en couverture de Marianne, magazine dont la dérive « netanyahuesque » a fait l’objet de critiques acerbes de la part de ses propres salariés…

Aussi, lors de la première journée d’audience, les avocats des « parties civiles » se sont essentiellement concentrés sur la réputation prétendument « sulfureuse » d’Elias d’Imzalene ; un catalogue de mensonges et de contre-vérités en total décalage avec la personnalité et combats d’Elias, connu pour son engagement de longue date dans les luttes menées contre les injustices perpétrées à l’égard des « damnés de la Terre ».

La stratégie visant à diaboliser à outrance le militant anticolonialiste a fini par agacer le président du tribunal qui a dû rappeler que l’objectif de l’audience n’était pas de savoir si Elias d’Imzalene était un « gentil garçon » (ou pas) mais plutôt de déterminer si l’utilisation du mot « intifada » relevait d’une forme d’incitation à la haine raciale ou religieuse…

De l’art de choisir les « bons » témoins « arabo-musulmans »…

Affaiblis par leur piètre prestation lors du premier jour du procès, les avocats des « parties civiles » n’avaient plus d’autre choix que de faire appel à des témoins triés sur le volet. Des témoins qui, à travers leurs livres et articles publiés dans la presse dominante et leurs très nombreuses apparitions dans les médias (y compris sur le service public) ou encore à l’Assemblée nationale, ont joué un rôle majeur dans la cabale médiatique contre Elias d’Imzalène et, à travers lui, les voix qui se sont élevées pour dénoncer le génocide sioniste en Palestine. A la barre, les deux témoins ont tenu à rappeler leurs origines « arabo-musulmanes ». Pourquoi cette insistance ? Pour redorer l’image des organisations des « parties civiles » dans le champ antiraciste et démontrer qu’elles n’ont aucune forme d’hostilité envers les personnes d’origine « arabo-musulmane » ? On se souvient qu’en 2017, Mohamed Sifaoui, qui a longtemps été un des journalistes préférés des soutiens inconditionnels d’Israel, avait quitté la LICRA (« partie civile » au procès d’Elias) avec fracas en déclarant notamment que la LICRA était «largement noyautée par des individus, des femmes et des hommes, qui n’ont strictement rien à faire dans des organisations antiracistes ». Dans la même déclaration, Mohamed Sifaoui affirmait que la LICRA « n’est pas encore prête à accueillir des cadres d’origine maghrébine », y compris des maghrébins « laïques et démocrates, des progressistes luttant contre l’antisémitisme n’y ont pas leur place. D’ailleurs c’est ce qui explique probablement leur absence criante », concluait le journaliste.

On se rappelle également Zineb El Razoui, journaliste et essayiste qui était adulée du temps où elle appelait la police à « tirer à balles réelles » sur les « racailles des quartiers » mais qui a disparu des radars médiatiques et s’est même vu retirer le prix Simone Veil accordé par la Région Île de France après avoir « osé » s’émouvoir des massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza…

Il ne fallait donc pas se tromper sur le choix des témoins…

Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur

Invité à s’exprimer à la barre, Omar Youssef Souleimane, qui se présente lui-même comme un journaliste et essayiste d’origine syrienne, a affirmé qu’il était obligé de se grimer lorsqu’il assistait à certains rassemblements ou manifestations en soutien au peuple palestinien, contre le génocide à Gaza et le nettoyage ethnique de la Cisjordanie. Manque de pot : pour l’écrasante majorité des gens, Omar Youssef Souleimane est un illustre inconnu… Cette réalité, Omar Souleimane l’avait découverte au moment du procès en première instance. Ignoré par la plupart des gens qui étaient dans l’assistance ce jour-là, le journaliste-essayiste a dû inventer une « exfiltration » par la police qui n’a jamais eu lieu… Rien d’étonnant de la part d’un journaliste qui, dans ses « enquêtes », multiplie les imprécisions et les contre-vérités.  Dans le cadre de la promotion de son dernier livre, publié par une maison d’édition qui appartenant au milliardaire françafricain Vincent Bolloré, Omar Souleimane dénonçait ainsi le rôle d’un certain « Elias el Hajri » qu’il présentait comme le suppléant du député de la France insoumise Louis Boyard. Vérification faite, la personne attaquée ne s’appelle pas Elias (mais Omar voit des « Elias » partout) et n’a jamais été le suppléant de Louis Boyard. A la barre, Omar Souleimane a dû se prêter à un exercice auquel il n’était pas préparé. En effet, ayant longtemps été habitué à pérorer sur les plateaux de télévision sans aucune contradiction, le journaliste-essayiste a dû répondre aux questions des avocats d’Elias d’Imzalène sur l’origine et le sens du mot « intifada » ainsi que les nombreuses contre-vérités qui apparaissent dans son livre. Acculé, Omar Souleiman, que l’on n’avait jamais vu autant agacé, est ressorti de la salle d’audience la mine déconfite et sans avoir eu besoin d’une quelconque « exfiltration » par la police. Comme à son habitude, Omar Souleimane a proposé une autre version du déroulé de son audition au tribunal ; une version que l’on retrouve dans les colonnes du journal Marianne. Mais oui, Marianne ! Vous savez, ce journal dont la directrice de rédaction, Eve Szeftel avait participé, en juillet 2025, à un voyage tous frais payés par le gouvernement israélien afin de mieux relayer auprès de l’opinion publique française la propagande de l’armée génocidaire ? Bien évidemment Eve Sfetzel s’était abstenue d’indiquer à ses lecteurs qui avait payé les frais du voyage, déclenchant ainsi une motion de défiance de la part de sa propre rédaction. On comprend mieux pourquoi les articles d’Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur sont régulièrement publiés dans Marianne

Nora Bussigny ou Alice au pays des « islamo-wokistes »

Après Omar Youssef Souleimane, c’était autour de Nora Bussigny, « journaliste d’investigation », de se présenter à la barre en tant que témoin. Craignant sans doute de ne pas être reconnue, Nora Bussigny a préféré laisser à la maison la perruque rose qu’elle revêtait jadis dans le cadre de ses opérations d’« infiltration » des groupuscules « wokistes »… A la barre, Nora Bussigny a tenu à indiquer qu’elle ne saurait être suspectée de « racisme antimusulman », étant elle-même d’origine marocaine… Oui, Nora parle bien de « racisme antimusulman » et non d’ « islamophobie», terme qu’elle rejette catégoriquement. Comme la LICRA et la plupart des organisations s’étant portées « parties civiles » dans le cadre du procès intenté à Elias d’Imzalène. Et comme la LICRA, Nora Bussigny a une fâcheuse tendance à assimiler les critiques envers l’Etat d’Israel à de l’antisémitisme…

Invitée par un des avocats d’Elias d’Imzalène à situer politiquement les journaux auxquelles elle contribue régulièrement (« Le Point », « Franc-Tireur ») Nora Bussigny finit par concéder, non sans difficulté, qu’ils ne sont pas très à gauche ; « je les situerai au centre-droit » finira-t-elle par admettre dans un geste de contrition auquel ses très nombreuses apparitions médiatiques ne l’avaient pas habitué. En effet, comme Omar Youssef Souleimane, Nora Bussigny s’est vu dérouler, pendant plusieurs mois, le tapis rouge dans les médias, et même à l’Assemblée nationale, souvent sans aucun contradicteur pour nuancer, interroger, remettre en cause les déclarations de la « journaliste d’investigation ». Ainsi, lors de son audition à l’Assemblée Nationale, Nora Bussigny a pu déclarer tranquillement qu’Elias d’Imzalène était poursuivi pour « apologie du terrorisme », ce qui est totalement faux. Mais Nora n’a pas jugé utile de faire une déclaration publique pour corriger les contre-vérités qu’elle avait contribué à propager. A la barre, elle indiquera avoir demandé que sa déclaration erronée concernant les chefs d’accusation reprochés à Elias d’Imzalène soit amendée dans le procès-verbal de l’audition. Ce qui ne fut pas fait, évidemment. On aura connu des « journalistes d’investigation » plus rigoureux. Pour Nora Bussigny, l’audience devant le tribunal s’avèrera beaucoup moins facile que prévue ; loin de la « promenade de santé » que les avocats des « parties civiles » lui avaient probablement prédite… Perturbée par des questions des avocats d’Elias d’Imzalène auxquelles elle ne s’attendait vraisemblablement pas, Nora Bussigny, pourtant diplômée en lettres modernes alla même jusqu’à confondre le subjonctif et le conditionnel… Astafourlay !

Quand les pourfendeurs des discours de « haine » et du « laxisme de la justice » squattent les plateaux d’un média raciste et d’un délinquant sexuel…  

Face à la prestation calamiteuse de leurs témoins, les avocats des parties civiles ont renoué, en fin d’audience, avec leurs vieilles recettes : accuser Elias d’Imzalène de tous les crimes de France et de Navarre. N’ayant honte de rien, une des avocates alla même jusqu’à suggérer qu’Elias d’Imzalène pouvait même être considéré comme le responsable (intellectuel ?) d’une agression homophobe en région parisienne. La raison ? Islam, charia, toussa, toussa.

Quand on connait le pedigree de certains des avocats présents dans la salle d’audience du côté des « parties civiles », il n’y a rien d’étonnant.  Ainsi, Muriel Ouaknine-Melki, avocate représentant l’organisation juive européenne (OJE), dont elle est la présidente, est une habituée des plateaux de C News, chaine du milliardaire françafricain Vincent Bolloré et temple de la haine (islamophobe, négrophobe) dans le paysage audiovisuel français. Les multiples condamnations pour incitation à la haine raciale d’Eric Zemmour, ex-chroniqueur star de C News, ainsi que les rappels à l’ordre de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) en raison des propos racistes tenus sur les antennes de la chaine n’ont pas suffi à convaincre Me Ouaknine-Melki, pourfendeuse autoproclamée des discours de « haine », de boycotter la chaine d’information du groupe Bolloré. Pire, le 15 janvier 2026, Muriel Ouaknine-Melki était présente sur le plateau de C News, et plus précisément dans l’émission de Jean-Marc Morandini, au lendemain de la condamnation définitive de ce dernier pour « corruption de mineurs »… Au cours d’une émission animée par un délinquant sexuel condamné à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende notamment pour avoir envoyé des messages de nature sexuelle à trois adolescents entre 2009 et 2016 mais aussi pour avoir invité chez lui un adolescent de 16 ans avant de lui demander de se masturber, Me Ouaknine-Melki dénoncera le laxisme de la justice française envers les jeunes (d’origine arabo-musulmane bien évidemment) qui, à son goût, causent trop de troubles en marge des matches de la Coupe d’Afrique des Nations. Un réquisitoire implacable et en toute décontraction contre la justice « laxiste » sur le plateau d’un animateur inscrit au fichier des  délinquants sexuels…

Muriel Ouaknine, avocate et présidente de l’Organisation Juive européenne (« partie civile » au procès en appel d’Elias d’Imzalène) sur le plateau de C News, dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini, le 15 janvier 2026 (capture d’écran).

 

Feindre de s’insurger contre les discours « haineux » tout en squattant régulièrement le bastion médiatique de la haine en France, fustiger le « laxisme » de la justice en France sur le plateau d’un délinquant sexuel notoire : voilà un bon aperçu de la double personnalité de Muriel Ouaknine-Melki qui pourrait intéresser les journalistes sérieux dans le cadre d’une « enquête ». Reste à savoir si Omar Youssef Souleimane et Nora Bussigny, les « journalistes d’investigation » préférés de la LICRA et de l’OJE, pourront relever le défi…

Prochain rendez-vous : septembre 2026

Les avocats des deux parties n’ayant pas pu plaider à l’issue de la deuxième journée de ce procès en appel, la date de la prochaine audience a été repoussée à septembre 2026. Combien d’émissions Muriel Ouaknine-Melki fera-t-elle d’ici-là sur la chaine C-NewsHaine et dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini ? Suspense…

Black Fedayin

14.01.2026 à 21:04

En Iran comme ailleurs : Soyez libres — mais restez pauvres

Arland Mehmetaj
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Depuis la fin décembre 2025, l’Iran est secoué par une insurrection populaire d’ampleur nationale. Partie des ruelles du Grand Bazar de Téhéran, elle s’est rapidement propagée aux grandes villes et aux provinces, entraînant commerçants, étudiants, travailleurs et classes populaires dans un même mouvement. Les premiers mots d’ordre portaient sur ce qui, partout ailleurs dans le monde, déclenche les colères sociales : inflation galopante, effondrement du rial, explosion du prix des denrées, disparition de toute sécurité économique. Très vite, pourtant, la révolte a débordé ce cadre pour devenir une contestation globale du pouvoir politique, économique et social. Ce soulèvement rappelle une évidence trop souvent oubliée par les commentaires occidentaux : il est impossible de séparer la lutte pour la survie matérielle de la lutte pour la liberté politique. La “révolte du pain” : fondement matériel de quasiment toute insurrection Les premières étincelles sont venues d’un espace longtemps perçu comme conservateur : le bazar. Commerçants et artisans, pilier historique de l’économie iranienne, ont fermé boutique et pris la rue et on ne peut clairement pas les accuser d’un goût prononcé de l’agitation. La raison était bien plus simple : la misère gagnait leurs foyers, leurs employés et leurs clients. La dévaluation brutale de la monnaie, la perte du pouvoir d’achat et l’effondrement des perspectives ont mis en évidence que l’ordre économique existant ne protège plus personne, pas même ceux qui en étaient autrefois les relais les plus fidèles. C’est un fait. Cependant, réduire ce que ce mouvement deviendrait au fil du temps…
Texte intégral (1991 mots)
Depuis la fin décembre 2025, l’Iran est secoué par une insurrection populaire d’ampleur nationale. Partie des ruelles du Grand Bazar de Téhéran, elle s’est rapidement propagée aux grandes villes et aux provinces, entraînant commerçants, étudiants, travailleurs et classes populaires dans un même mouvement. Les premiers mots d’ordre portaient sur ce qui, partout ailleurs dans le monde, déclenche les colères sociales : inflation galopante, effondrement du rial, explosion du prix des denrées, disparition de toute sécurité économique. Très vite, pourtant, la révolte a débordé ce cadre pour devenir une contestation globale du pouvoir politique, économique et social.
Ce soulèvement rappelle une évidence trop souvent oubliée par les commentaires occidentaux : il est impossible de séparer la lutte pour la survie matérielle de la lutte pour la liberté politique.
La “révolte du pain” : fondement matériel de quasiment toute insurrection
Les premières étincelles sont venues d’un espace longtemps perçu comme conservateur : le bazar. Commerçants et artisans, pilier historique de l’économie iranienne, ont fermé boutique et pris la rue et on ne peut clairement pas les accuser d’un goût prononcé de l’agitation. La raison était bien plus simple : la misère gagnait leurs foyers, leurs employés et leurs clients. La dévaluation brutale de la monnaie, la perte du pouvoir d’achat et l’effondrement des perspectives ont mis en évidence que l’ordre économique existant ne protège plus personne, pas même ceux qui en étaient autrefois les relais les plus fidèles. C’est un fait.
Cependant, réduire ce que ce mouvement deviendrait au fil du temps à une simple « crise du coût de la vie » serait une erreur, certes. Ne pas comprendre son hétérogénéité, aussi. Mais refuser d’y voir une révolte matérielle serait une falsification encore plus grave. La lutte pour le pain n’est pas un prélude honteux à la politique : elle en est l’une des formes premières. L’insécurité économique n’est pas un décor secondaire de l’oppression iranienne ; elle en est l’un des instruments centraux. Hélas, le voir là-bas, c’est aussi, à une autre échelle et dans un contexte différent sur la forme, l’admettre ici et ailleurs. La bourgeoisie occidentale et ses chiens de garde veillent à ce que ça ne soit pas le cas.
Liberté abstraite et cécité occidentale
Face à cette réalité, une partie des discours médiatiques et politiques occidentaux s’emploie donc à réordonner la colère iranienne selon des catégories lui correspondant davantage ici. La révolte serait avant tout une « quête de liberté » contre l’autoritarisme religieux ; les causes économiques, elles, relèveraient du contexte, de l’arrière-plan, presque de l’anecdotique.
Cette hiérarchisation n’est pas neutre. Elle correspond à une vision libérale et bourgeoise de la liberté, profondément marquée par la position sociale de ceux qui l’énoncent. Dans les démocraties occidentales, il est plus confortable de célébrer certaines luttes, soigneusement sélectionnées au préalable, pour les droits civiques, la liberté d’expression ou l’émancipation culturelle que d’affronter ce que disent réellement les soulèvements populaires : que la liberté est vide lorsqu’elle ne garantit pas les conditions matérielles de l’existence. Comme la démocratie n’est que de façade si elle ne garantit pas les conditions matérielles de participation politique réelle des masses.
Ce prisme ne produit que des illusions. L’une d’elles consiste à considérer la liberté comme une affaire d’idées, de symboles et de valeurs, détachée des salaires, du logement, de l’accès à la nourriture ou aux soins. Or, pour des millions d’Iraniens, la domination politique – par la classe bourgeoise natio-cléricale intérieure comme par les politiques impérialistes extérieures – se vit aussi dans la précarité quotidienne et dans l’impossibilité de vivre dignement.
La police libérale de la colère
C’est dans ce contexte qu’interviennent énormément de prises de positions politiques, d’Éditos comme d’analyses partielles et partiales qui, au mieux relativisent, au pire nient, le caractère économique de soulèvement en Iran, et même son autonomie. La prise de position de Kamel Daoud notamment dans une tribune publiée dans Le Point va, sans surprise, dans le même sens.
Sous couvert de défendre la dignité politique du peuple iranien, Daoud s’en prend frontalement aux analyses économiques du soulèvement, qu’il qualifie d’« explication alimentaire », allant jusqu’à y voir une forme de condescendance, voire de « racisme feutré ». En lisant Daoud parler de « condescendance » et de « racisme feutré » de quelqu’un d’autre, on pourrait presque se demander s’il s’agit d’une tribune ou d’une assignation pour le plagiat. S’il dénonce, ou veut en garder le monopole, y compris sur celui du plagiat.
Blague à part, l’argument mérite d’être pris au sérieux — précisément pour ce qu’il révèle – et c’est la seule chose qui est importante dans le contexte français. Car ce que Daoud choisit d’invisibiliser, c’est que la séparation entre liberté politique et condition matérielle est clairement un privilège de classe. Il faut n’avoir jamais connu la précarité structurelle pour croire que lutter contre la pauvreté ne relève pas d’une lutte pour la liberté. Il faut être protégé de la faim pour imaginer que le pain serait un sujet secondaire, presque indigne du politique.
En dénonçant les analyses matérialistes comme réductrices, Daoud ne défend pas une émancipation plus exigeante ; il reconduit, en bon chien de garde de la bourgeoisie et sa démocratie impériale, une hiérarchie libérale des luttes où seules les revendications formulées dans un langage abstrait, moral ou culturel sont jugées nobles par les « démocraties » occidentales. La liberté devient alors un concept désincarné, comme le concept de la « démocratie représentative», acceptable précisément parce qu’il ne remet pas en cause les structures économiques — ni en Iran, ni en France, ni ailleurs à l’échelle mondiale.
L’économie comme instrument de domination et les Libertés réelles
Ce sont précisément les conditions économiques — capitalisme, corruption, captation des richesses par les élites politico-religieuses, sanctions économiques internationales (souvent absentes des analyses occidentales) et destruction du pouvoir d’achat — qui rendent l’oppression iranienne totale, quotidienne, inévitable. Ne pas pouvoir se nourrir, se soigner ou se projeter n’est pas un simple « contexte » de la domination et son arrière-plan totalement secondaire par rapport à d’autres types d’oppression et de répression subies par la population.
Accuser les analyses matérialistes de réduire les Iraniens à leurs « ventres » relève d’un renversement classique : reprocher à ceux qui prennent la misère au sérieux de manquer de respect, tout en refusant d’en faire un objet politique central. Or, ce n’est pas parler du pain qui est condescendant ; c’est parler de liberté en faisant abstraction des conditions de ceux à qui elle est matériellement refusée.
Les révoltes iraniennes montrent une vérité que les discours dominants occidentaux ne veulent surtout pas admettre. C’est le fait que la liberté commence réellement là où la pauvreté cesse d’être une “fatalité” organisée. Elle commence quand vivre ne se résume plus à endurer. Les libertés ce n’est pas ce que les discours prétendent mais ce que le vécu est réellement. Les manifestants iraniens n’opposent pas lutte économique et lutte politique ; ils les articulent, parce que leur expérience quotidienne leur a appris qu’il n’y a pas de liberté possible dans le dénuement systémique.
Si ce message dérange, c’est parce qu’il met à nu ce qu’on nous vend comme une certitude confortable Celle selon laquelle la liberté pourrait exister indépendamment des rapports de classe. En Iran comme ailleurs, la révolte rappelle une évidence matérialiste : l’émancipation humaine est indivisible. Elle inclut le droit à la parole – d’ailleurs, bien plus réel pour Kamel Daoud que tous les sans-abris de Dunkerque à Perpignan mis ensemble – mais aussi le droit de manger, de se loger, de vivre sans peur du lendemain. C’est important. En parler est crucial.
Et s’il faut encore le rappeler, c’est peut-être parce qu’il n’y a, décidément, que pour la bourgeoisie occidentale que lutter pour le pain n’est pas lutter pour la liberté

04.01.2026 à 13:25

Le crime d’Elias d’Imzalene: avoir eu raison trop tôt

Lignes de Crêtes
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  Les 7 et 8 janvier, la Cour d’Appel de Paris rejugera Elias d’Imzalène. Deux journées d’audience pour quelques phrases prononcées en manifestation. Deux journées pour décider si une parole militante relève de l’expression politique ou de la menace pénale. Ce procès en appel ne porte pas seulement sur des mots. Il porte sur qui a le droit de les prononcer, et à quel prix. Il porte sur la transformation progressive d’un activiste des droits humains en ennemi intérieur. Ce qui est jugé aujourd’hui, c’est une parole qui, en septembre 2024, a nommé ce que beaucoup refusaient encore de dire — et qui l’a fait trop tôt, depuis une identité immédiatement illégitime : celle d’un militant musulman. Depuis, pourtant, les lignes ont bougé. De plus en plus de voix, issues d’horizons différents, affirment publiquement que ce qui se passe à Gaza porte bien le nom de génocide. Des ONG, des juristes, mais aussi des figures intellectuelles et culturelles dont la légitimité est largement reconnue dans le monde occidental. Parmi elles, celle de Omer Bartov, historien de la Shoah, professeur émérite à l’université Brown, spécialiste reconnu des crimes de masse. À l’été 2025, dans une tribune publiée en une du New York Times, il affirme explicitement que ce qui se déroule à Gaza relève du génocide. Cette prise de position est majeure : elle émane d’un chercheur qui a consacré sa vie à l’étude de la destruction des Juifs d’Europe et qui, longtemps, s’est montré prudent dans l’usage de ce terme.…
Texte intégral (1499 mots)

 

Les 7 et 8 janvier, la Cour d’Appel de Paris rejugera Elias d’Imzalène.

Deux journées d’audience pour quelques phrases prononcées en manifestation. Deux journées pour décider si une parole militante relève de l’expression politique ou de la menace pénale.

Ce procès en appel ne porte pas seulement sur des mots. Il porte sur qui a le droit de les prononcer, et à quel prix. Il porte sur la transformation progressive d’un activiste des droits humains en ennemi intérieur.

Ce qui est jugé aujourd’hui, c’est une parole qui, en septembre 2024, a nommé ce que beaucoup refusaient encore de dire — et qui l’a fait trop tôt, depuis une identité immédiatement illégitime : celle d’un militant musulman.

Depuis, pourtant, les lignes ont bougé.

De plus en plus de voix, issues d’horizons différents, affirment publiquement que ce qui se passe à Gaza porte bien le nom de génocide. Des ONG, des juristes, mais aussi des figures intellectuelles et culturelles dont la légitimité est largement reconnue dans le monde occidental.

Parmi elles, celle de Omer Bartov, historien de la Shoah, professeur émérite à l’université Brown, spécialiste reconnu des crimes de masse. À l’été 2025, dans une tribune publiée en une du New York Times, il affirme explicitement que ce qui se déroule à Gaza relève du génocide. Cette prise de position est majeure : elle émane d’un chercheur qui a consacré sa vie à l’étude de la destruction des Juifs d’Europe et qui, longtemps, s’est montré prudent dans l’usage de ce terme.

Cette évolution traverse aussi le champ culturel. Art Spiegelman, auteur de Maus — œuvre fondatrice de la culture populaire contemporaine sur la Shoah, l’une des plus connues et des plus respectées mondialement — a lui aussi pris position. À travers des initiatives artistiques et des expositions de bande dessinée, il dénonce l’instrumentalisation de la mémoire de la Shoah et la violence en cours à Gaza.

Ces voix sont tardives — mais elles existent désormais. Elles montrent qu’Elias d’Imzalène n’était ni isolé, ni délirant, ni extrémiste. Il disait, dès septembre 2024, ce que des historiens, des intellectuels et des figures culturelles majeures de la lutte contre l’antisémitisme  affirment aujourd’hui, enfin,  ouvertement.

La différence est ailleurs.

Lorsqu’Omer Bartov écrit dans le New York Times, lorsqu’Art Spiegelman parle ou expose, leur parole est discutée, parfois contestée, mais elle n’est pas criminalisée. Elle n’entraîne ni garde à vue, ni procès, ni gel des avoirs.

Lorsqu’Elias d’Imzalène parle, en revanche, il est un homme musulman, militant, visible, issu d’une communauté déjà suspectée. Et c’est ce fait — bien plus que ses mots — qui l’a conduit devant une Cour d’Appel.

 

 Le point de départ : une parole criminalisée.

Le 8 septembre 2024, place de la Nation, Elias d’Imzalene appelle à une « insurrection des consciences ». Il s’exprime dans un contexte d’extrême violence à Gaza : bombardements massifs, effondrement humanitaire, famine documentée, morts quotidiennes.

À ce moment-là, le débat public français est verrouillé. La solidarité avec la Palestine est assimilée à une transgression. Les mots sont traqués, isolés, surinterprétés. L’appel à l’« intifada » — entendu par lui comme un soulèvement des consciences contre la position du gouvernement français — devient le cœur d’un dispositif pénal et médiatique disproportionné.

 

Le premier crime : avoir eu raison trop tôt, et avoir organisé.

Le premier crime d’Elias d’Imzalene est d’avoir eu raison trop tôt. Mais il est surtout d’avoir organisé.

Elias d’Imzalene n’est pas un militant solitaire. Il fait partie de celles et ceux, nombreux,  qui ont contribué à la création du collectif Urgence Palestine, un collectif qui a posé une ligne claire : replacer la parole palestinienne au centre de la mobilisation, refuser qu’elle soit confisquée, neutralisée ou rendue acceptable à condition d’euphémiser l’horreur coloniale.

Urgence Palestine a émergé dans un contexte de répression assumée. À l’automne 2023, le ministre de l’Intérieur soutenait l’interdiction des manifestations pro-palestiniennes. Malgré cela, la jeunesse est descendue dans la rue. Le collectif a permis de structurer cette mobilisation, de la rendre visible, massive, durable, puis d’entraîner l’ensemble des forces de gauche et de défense des droits humains.

C’est cette capacité à faire masse, à rendre la solidarité impossible à ignorer, qui n’est pas pardonnée.

 

La sanction pénale : une disproportion assumée

Elias d’Imzalene est poursuivi, jugé, condamné.

Le 19 décembre 2024, il écope de cinq mois de prison avec sursis pour provocation publique à la haine ou à la violence.

Dans son discours, il ne prononce pas le mot « juif ». Il n’appelle à aucune violence contre des personnes. Il appelle à la mobilisation contre ce qu’il désigne comme un génocide et contre l’alignement du gouvernement français.

 

La double peine : punition pénale et punition administrative

La répression ne s’arrête pas au tribunal.

En janvier 2025, un arrêté de gel des avoirs est publié au Journal officiel. Cette mesure est renouvelée.

Ce renouvellement n’est pas lié à un fait nouveau, mais à une continuité : Elias d’Imzalene a continué à s’engager publiquement.

Le gel devient alors un outil de pression politique. Il ne sanctionne pas un acte passé : il punit une persistance.

Concrètement, cela signifie un compte bloqué, une dépendance matérielle forcée, l’impossibilité de vivre et de se défendre normalement. La répression ne vise plus seulement la parole : elle organise une asphyxie et la mort sociale.

 

Une constance militante de terrain

Avant d’être un nom dans un dossier judiciaire, Elias d’Imzalene est un militant de terrain.

Il a été présent dans toutes les mobilisations antiracistes, et dans toutes les manifestations pour la Palestine, y compris les plus petites, celles qui n’attirent ni caméras ni tribunes.

Il est également présent aux côtés d’autres luttes sociales. Il était notamment au grand meeting du 15 novembre aux Invalides, organisé pour l’anniversaire du mouvement des Gilets jaunes. Un mouvement oublié de tous les politiques, qui ne rapporte plus rien à ses soutiens, si ce n’est le respect de ses propres principes, parmi lesquels la justice sociale universelle.

 

Une stratégie plus large

Elias d’Imzalene n’est pas un cas isolé.

Omar Al Soumi a lui aussi été visé par des poursuites, une stigmatisation médiatique et un gel de ses avoirs.

À travers eux, une stratégie se dessine : transformer des figures de mobilisation en exemples dissuasifs.

Le second crime d’Elias d’Imzalene est en effet d’être un homme musulman assumé.

Comme d’autres leaders de la solidarité avec la Palestine, il n’a pas pris la parole pour récupérer une cause, mais pour encaisser les coups. Depuis plus de deux ans, ces coups visent aussi une communauté musulmane systématiquement suspectée, sommée de prouver sa loyauté, régulièrement frappée d’indignité nationale.

Dans le climat politique actuel, où La France insoumise est accusée d’accepter un prétendu entrisme religieux, Elias d’Imzalene est construit comme une incarnation de cette menace fantasmée.

 

La tenaille

D’un côté, on reproche aux hommes musulmans de ne pas s’intégrer, de rester à l’écart des luttes sociales.

De l’autre, lorsqu’ils s’y engagent, ils sont accusés d’« entrisme ».

Cette double injonction ne laisse qu’une issue : le silence ou la destruction.

Ce procès dépasse largement Elias d’Imzalène.

Il concerne l’ensemble des musulmans et musulmanes de ce pays, mais aussi tous les activistes pour les droits humains. Il teste une limite : jusqu’où peut-on aller, en France, pour réduire au silence celles et ceux qui nomment un crime de masse ?

Voilà ce qui est en jeu : transformer un activiste des droits humains en ennemi intérieur — et, à travers lui, adresser un avertissement à tous les autres.

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