29.09.2026 à 19:58
Entrevue avec Karine Cliche, candidate de Québec solidaire dans Sainte-Rose

Karine Cliche est une militante de terrain pour la justice sociale et l'environnement, engagée à Québec solidaire depuis 2017. Installée à Sainte-Rose depuis plus de 20 ans, professeure de cégep et profondément impliquée dans sa communauté, elle porte une voix forte pour l'écologie, la solidarité et l'équité. De nouveau candidate, elle veut rassembler les forces progressistes et agir concrètement pour un avenir plus humain et durable.
Voici l'audio :
et la vidéo
et le texte de l'entrevue
Entrevue avec Karine Cliche, candidate de Québec solidaire dans Sainte-Rose
André Frappier : Bonjour. On est aujourd'hui avec Karine Cliche, qui est militante et candidate pour Québec solidaire dans les élections. Je suis André Frappier, et je réalise cette entrevue pour Presse-toi à gauche. Bonjour Karine, merci d'être avec nous aujourd'hui. D'entrée de jeu, j'aimerais que tu nous expliques un peu qui tu es, ton milieu de travail, ton militantisme, à quoi il est rattaché et, surtout, ce qui t'a amenée à adhérer à Québec solidaire. Y a-t-il eu un déclencheur, un événement qui t'a stimulée à militer à QS ?
Karine Cliche : Merci, c'est beaucoup de questions. J'ai beaucoup de choses à dire là-dessus, mais d'abord, merci pour cette initiative de faire ces entrevues et de nous donner une tribune avec Presse-toi à gauche. C'est vraiment apprécié, et c'est très le fun.
Je suis militante. Je pense que je suis née militante, je suis née féministe. Il n'y a pas eu un moment précis où ça s'est concrétisé : ça s'est fait tout au fil des années.
Je suis prof de cégep au cégep Montmorency, en langues. Je suis professeure d'espagnol : j'ai une formation en littérature hispanique, en littérature coloniale, puis un doctorat presque terminé en sociolinguistique. Ça m'a amenée à voyager beaucoup en Amérique latine et à m'impliquer dans différentes causes avec les peuples autochtones.
J'ai différents chapeaux. Ça fait plus de 20 ans que j'habite dans Sainte-Rose, et j'en suis candidate pour la deuxième fois. Je suis maman monoparentale et impliquée dans beaucoup de causes sociales, dans des mobilisations citoyennes, dont certaines que j'ai mises sur pied.
Mon implication avec Québec solidaire date d'environ 2017. En 2018, je me suis impliquée dans la campagne avec le candidat d'ici, dans Sainte-Rose : c'était une petite campagne, mais quand même. Ensuite, j'ai été candidate en 2022, dans une campagne vraiment le fun, d'assez grande envergure pour les novices que nous étions. Puis j'ai fondé l'association de Sainte-Rose, et on est restés vraiment actifs ces quatre dernières années, avec la même gang. Ça a été très dynamique jusqu'à cette élection-ci, où je suis donc candidate pour la deuxième fois dans Sainte-Rose. C'est une campagne très différente, parce qu'on a maintenant l'expérience et des ancrages dans la circonscription.
Voilà, c'est à peu près ça, pour répondre brièvement.
André Frappier : C'est déjà pas mal. Maintenant, on va entrer un peu plus dans la campagne comme telle. Comment t'es-tu impliquée ? Pourrais-tu nous expliquer comment tu as porté les enjeux de la plateforme de Québec solidaire sur le terrain ? Comment connecter avec les organisations populaires, féministes ? Penses-tu que ce qu'on a élaboré comme plateforme correspond à ce que la population, les jeunes, les femmes attendent comme perspective ? Comment as-tu senti cette campagne, dans ce sens-là ?
Karine Cliche : Il y a beaucoup de niveaux à cette question. Je vais y aller avec un petit historique de ce qui m'a amenée à continuer avec Québec solidaire, par rapport à mon implication ici dans Sainte-Rose, puis faire le lien avec la plateforme actuelle et la façon dont ça se traduit dans la campagne.
À Sainte-Rose, j'étais déjà implantée, comme je l'ai dit, depuis plus de 20 ans. Je suis incapable de rester les bras croisés. Même localement, je crois beaucoup à l'implication locale, au pouvoir de la mobilisation citoyenne. Je pense que c'est un pouvoir sous-estimé, qui porte des messages, mais surtout qui a une portée d'action vraiment claire.
Je me suis beaucoup impliquée localement, surtout sur le thème de l'environnement. À Sainte-Rose, on a beaucoup de boisés. À Laval en général, il y a beaucoup de boisés urbains, des berges, des îles, la rivière des Mille Îles, des friches. Tout ça est porté par les citoyens, par des collectifs, par des groupes citoyens qui font des mobilisations et qui arrivent à changer les choses. Je suis aussi impliquée, à l'échelle du Québec, dans un réseau de mobilisation environnementale..
C'est un type de militantisme qui m'a beaucoup parlé, et c'est comme ça que j'ai commencé à me faire connaître dans le quartier et dans la circonscription. Par exemple, pour l'île Gagnon : en 2020, cette île était menacée par une espèce de Disneyland, un projet immobilier complètement démesuré. On s'est dit : « Voyons, ça n'a pas de bon sens. » Mais se dire que ça n'a pas de bon sens ne suffit pas, il faut agir. J'ai donc lancé une mobilisation, les gens se sont ajoutés rapidement, et on a gagné cette cause. On attire les projecteurs, on lève les drapeaux rouges, les médias s'en mêlent, les politiciens sont dans l'embarras et n'ont pas le choix de reculer. Des choses sortent au grand jour, dont les citoyens n'étaient pas au courant.
Cette île est encore intacte aujourd'hui. On a même réussi à faire changer des règlements. Puis j'ai mobilisé, avec quelques compatriotes, d'autres groupes citoyens éparpillés dans Laval, qui essayaient tant bien que mal de protéger leur petit boisé, leur berge, ou de s'opposer à un projet immobilier qui allait détruire une petite forêt urbaine. Je me suis dit : si on se connaît tous, on peut être les yeux et les oreilles les uns des autres partout à Laval. On a donc formé une coalition, qu'on a constituée en OBNL l'an dernier. Nous sommes maintenant la Coalition de mobilisation citoyenne environnementale de Laval, dont je suis cofondatrice et co-porte-parole.
André Frappier : Intéressant.
Karine Cliche : On est super actifs, chacun selon ses disponibilités et ses connaissances. Et comme on est en réseau, on peut partager nos savoirs et nos expériences. Si quelqu'un dans l'est de Laval s'inquiète d'un projet de cinéma, par exemple, la Cité du cinéma, ou si, dans l'ouest, il y a un autre projet immobilier démesuré, on peut se parler et se soutenir. On a donc une portée plus grande. Quand l'implication se fait à plusieurs niveaux, ça porte fruit.
C'est pour ça que je voulais connecter avec d'autres paliers, pour que ça ait plus d'effet : d'où mon implication politique. Il y a la mobilisation citoyenne, il y a la militante de terrain, mais les lois se votent quand même à l'Assemblée nationale. Créer des ponts entre tout ça, c'est ce qui permet de faire avancer les choses, pour que ça ne fonctionne pas en vase clos, avec des tapes dans le dos quand ça va bien. Il faut que ça ait une portée plus large. Tous les acteurs progressistes doivent être connectés d'une certaine manière pour effectuer les changements auxquels on rêve et pour lesquels on travaille.
C'est pourquoi je me suis engagée en politique : essayer de créer un lien avec tout ça et l'amener dans le parti. Québec solidaire est le seul parti progressiste, le seul à gauche, même si on peut lui reprocher bien des choses. Comment peut-il être plus à l'écoute de la base, qu'elle soit communautaire, syndicale, citoyenne, de mobilisation ? Il faut que cette connexion existe, que personne n'avance dans son silo, parce que sinon ça entrave les possibilités d'avancement. Je ne sais pas si j'ai bien répondu à la question.
André Frappier : Tu es en mobilisation à l'année, pas juste en campagne électorale.
Karine Cliche : À l'année, effectivement, pas juste en campagne. La campagne, c'est juste une fenêtre de plus qui s'ouvre, où les gens sont plus réceptifs à la politique, au moins.
André Frappier : Tu dois aussi avoir des discussions sur le programme de QS. Correspond-il aux attentes des mouvements féministes, des femmes ? Est-ce que le discours que tu tiens, les propositions de QS, ça colle bien avec la réalité ?
Karine Cliche : Je dirais qu'en grande partie, oui. Je comprends le dilemme de la position de Québec solidaire : essayer de toujours trouver un juste milieu pour plaire au plus grand nombre. Il y a un côté électoraliste dont on ne peut pas complètement se sortir. Je comprends cet aspect-là, d'où l'importance de la complémentarité de tous les acteurs, qui peuvent profiter d'un point de vue ou d'une situation différente de ceux qui portent davantage le message politique, pour faire passer d'autres messages.
Sur le féminisme et la condition des femmes, il y a des propositions vraiment intéressantes. On a poussé pour la loi Gabie-Renaud : la CAQ en prend le mérite, mais c'est Ruba Ghazal qui a beaucoup porté cette mobilisation. Il y a aussi les maisons d'hébergement : une femme sur deux n'y a pas accès en ce moment, faute de places. Là-dessus, Québec solidaire s'est prononcé pour des investissements.
Les dix jours de congés payés, aussi, c'est innovateur. Pour une femme en situation de violence qui veut s'en sortir, ce n'est pas juste une question de volonté : il faut mettre en place les conditions. Offrir dix jours de congés payés, c'est l'aider à ne pas avoir à choisir entre sa sécurité financière et sa sécurité personnelle. Et le fait que ce soit un parti qui s'affiche ouvertement féministe, aucun autre parti ne le fait. Ce sont de bons points, qui vont chercher le monde et qui répondent à des besoins présents. C'était quoi, le reste de ta question ?
André Frappier : Non, mais je pense que tu as bien répondu.
Karine Cliche : Si Québec solidaire se démarque, est-ce qu'il pourrait aller plus loin ? Oui, mais comme je le dis, je comprends les limites électoralistes avec lesquelles il doit jongler. Là où on est rendu dans la société, avec le déplacement de la fenêtre d'Overton, je le vis dans mon porte-à-porte : je pense que la plateforme répond quand même assez bien, parce que la réalité de la société en ce moment, c'est qu'on fait face à quatre nuances de droite. Ce n'est pas facile. D'un point de vue de parti politique, il faut s'adapter ; d'un point de vue de mobilisation, c'est autre chose. Pour moi, ce sont deux choses différentes.
André Frappier : C'est une bonne question, parce qu'on est effectivement dans une période de montée de la droite et de l'extrême droite. Dans les partis en lice à ces élections, il y a des propositions extrêmement dangereuses, qu'on n'aurait pas imaginées il y a quelques années. Québec solidaire, qui est à gauche dans cette campagne, a un défi énorme : contrer tout ce discours anti-immigration, et anti-femmes aussi, dans certains cas.
Karine Cliche : Oui, et même anti-modèle québécois : on coupe dans le filet social, dans la fonction publique, même dans ce que le Parti québécois défendait il y a plusieurs années. Le modèle qu'on a bâti au Québec devrait être une fierté. On coupe non seulement des services, mais des postes, des jobs. Si une compagnie privée ferme et coupe 500, 600, 800 emplois, on en fait tout un tollé : « Oh mon Dieu, le gouvernement va les aider. » Mais couper dans la fonction publique, ce n'est pas grave, on « coupe dans le gras ». Pourtant, ce sont aussi des emplois, et c'est notre filet social et les services qui vont avec.
André Frappier : Une des questions centrales dans la campagne de QS, c'est le logement. Je ne sais pas comment ça s'articule à Laval, mais une chose que j'ai remarquée, à moins que j'aie manqué des bouts, c'est qu'on n'a pas beaucoup parlé des logements réservés aux Airbnb, qui sont un vrai fléau et qui enlèvent des logements à la population. Comment ça se voit à Laval ? Quelles sont les grandes problématiques à ce niveau ?
Karine Cliche : L'image qu'on a de Laval, c'est beaucoup de bungalows, mais un tiers de la population vit quand même en logement. Ce n'est pas vrai que tout le monde est propriétaire. Le territoire est aussi très diversifié : 30 % est agricole, et on a quand même un wannabe centre-ville. La réalité de Laval-des-Rapides est très différente de celle de Sainte-Rose ou de Saint-François, dans la circonscription des Mille-Îles, dans l'est.
Les Airbnb, ici, j'en entends peu parler, parce que ce n'est pas une région touristique. Les gens ne se disent pas « je veux absolument passer une semaine de vacances à Laval », ça n'arrive pas souvent, on va se le dire. Mais l'accès à la propriété et la hausse des loyers, oui, c'est une préoccupation, parce qu'on a une mixité sociale : ce ne sont pas des zones de très riches et des zones de très pauvres, c'est assez mélangé. Notre proposition de 50 000 logements sociaux et communautaires touche donc aussi Laval.
Et l'itinérance prend beaucoup d'ampleur à Laval. Ça fait plus de 20 ans que j'habite à Sainte-Rose et je n'y avais jamais vu de personnes en situation d'itinérance, sauf depuis deux ou trois ans. C'est impactant. Sur les 50 000 logements sociaux, on en prévoit 6 000 dédiés spécifiquement à aider les gens à sortir de la rue.
Voilà à peu près le topo pour Laval. On est toujours dans une craque : coincés dans l'ombre de Montréal et des Laurentides, on est un lieu de passage, pas quelque chose de « sexy » où les gens veulent s'arrêter. On n'est plus non plus une ville-dortoir comme avant : il s'est développé beaucoup de choses à Laval, même sur le plan culturel. Mais il y a toutes sortes de lacunes : un seul cégep, un seul hôpital, une surpopulation, etc. Je suis sortie du logement, mais voilà pour la question locale.
André Frappier : Ça répond à ma question. On est à quelques jours de l'échéance, dans la dernière partie de la campagne. Dans quelques jours, ce sera le vote. Comment vois-tu cette fin de campagne, toi qui es une militante communautaire, mobilisée sur son terrain ? L'enjeu n'est pas seulement électoral : c'est plus à long terme. Comment amener les gens à comprendre qu'il faut une perspective citoyenne, commune, au-delà des élections, quel que soit le résultat ? Comment vois-tu l'avenir du travail de Québec solidaire, face à toutes les embûches devant nous ?
Karine Cliche : Pour la première partie, sur le dernier stretch de la campagne, je suis encore impressionnée par le nombre d'indécis. À ce stade-ci, ils sont très nombreux, mais aussi relativement faciles à faire basculer. Je pense que les gens sont un peu blasés, tannés ; ils voient ça comme un éventail où tout se ressemble. Mais du moment où on arrive à expliquer clairement ce que propose Québec solidaire, même dans les derniers milles, il y a encore bien des choses possibles, et les gens peuvent encore faire leur choix.
Il faut aussi garder en tête qu'il y aura un après. On ne sait pas ce que vont donner les élections. On a fait une belle campagne. Comme je disais, c'est une fenêtre ouverte pour mieux communiquer, et les gens sont plus réceptifs. Mais l'après-élections sera tout aussi important : continuer le travail de terrain, la mobilisation, et penser aux quatre prochaines années. Ce travail doit se poursuivre non seulement au niveau politique, mais avec le communautaire, les syndicats, les groupes locaux, les groupes environnementaux, la société civile, pour continuer de lutter contre ce fascisme, cette droite qui s'installe un peu trop. Je pense qu'il y a moyen d'y arriver si tout le monde travaille en cohésion et continue d'avancer.
André Frappier : Ce qui est intéressant, dans cette perspective, c'est que l'échéance n'est pas seulement électorale : c'est un combat à plus long terme, un combat de changement de société.
Karine Cliche : Absolument. Les élections sont une étape parmi d'autres.
André Frappier : Tu l'as très bien expliqué. Je voudrais terminer sur une note intéressante, sur un sujet dont on parle peu, surtout maintenant, avec les changements climatiques et la montée de la droite partout dans le monde : la solidarité internationale. C'est quelque chose que tu as déjà touché, que tu connais par rapport à l'Amérique latine. Pourrais-tu nous en parler un peu ?
Karine Cliche : Oui, c'est le fun, parce que je n'ai pas souvent l'occasion d'en parler. Ça a été pour moi un moment déclencheur, lors d'un de mes séjours de travail de terrain en Amérique du Sud, pour mes projets de recherche et d'études. J'ai passé six mois en Bolivie, à un moment politique vraiment crucial, où il y a eu un changement de gouvernement qui a beaucoup brassé. Il y avait un gouvernement de droite, celui de Sánchez de Lozada, qui a fini par fuir face à toute la pression sociale autochtone. Puis est arrivé Evo Morales, le premier président autochtone de la Bolivie.
J'étais à La Paz et je voyageais un peu. J'ai vu la puissance de la mobilisation du peuple : une force qui te prend aux tripes, une détermination et une solidarité incroyables. Ces gens arrivaient de petits villages, ils avaient marché pendant trois ou quatre jours, avec femmes et enfants. Les femmes sont une force incroyable. Ils arrivaient avec des roches et des bâtons pour se défendre. Ils avaient la force du nombre et la détermination face aux forces policières, à l'armée, à un gouvernement financé et appuyé par les États-Unis. Et ils ont réussi à renverser le gouvernement, qui s'est sauvé en pleine nuit. Ils ont même réussi à faire changer de camp les policiers : tout le système policier du pays a pris le parti des manifestants, du peuple, des Autochtones, et les a protégés de l'armée.
On voyait ça de loin, parce que La Paz est faite comme un entonnoir dans les montagnes. Les dynamites sautaient partout, parce qu'il y avait des mineurs qui venaient avec roches, bâtons, mais aussi de la dynamite. J'ai même participé.
La leçon que j'en ai tirée, et ce qui m'a vraiment allumée, c'est la force d'un peuple qui s'unit, la force mobilisatrice des citoyens. Mais il faut aller chercher cette force, il faut aller chercher la solidarité. Parfois, je me dis qu'on est peut-être juste trop gâtés, trop bien, ici. Je fais le parallèle avec notre petit confort, avec le petit chèque de 500 $ que la CAQ distribuait : ce sont des mesures accessoires qui, malheureusement, fonctionnent quand la droite populiste s'installe. Mais avoir vécu ça a été pour moi un vrai déclencheur : on ne peut pas ne rien faire, on ne peut pas lâcher. Il y a toujours quelque chose de possible, selon les contextes et les enjeux. Ça a été une expérience extraordinaire.
André Frappier : Je te remercie. Ça nous amène à comprendre que les combats qu'on mène, les difficultés qu'on a, on est capables de les surmonter si on se met ensemble et si on décide de faire un combat.
Karine Cliche : Oui, et ça ne veut pas dire que ce n'est pas possible au Québec. C'est même encore plus possible ici.
André Frappier : Effectivement. On a des embûches, on a une droite montante, mais la question, c'est de comprendre qu'on doit se mettre ensemble pour la combattre à plus long terme, et de continuer le combat après les élections, pas seulement d'attendre tous les quatre ans, à chaque campagne électorale.
Karine Cliche : Absolument. Les élections sont un outil parmi tant d'autres, un timing, une ouverture, une fenêtre qui s'ouvre. Mais il y a tellement d'autres choses qui doivent converger pour faire avancer le progressisme, la gauche, pour avoir une société plus juste.
Je me permets un parallèle avec d'autres collectifs qui se sont mis sur pied, comme le Parti de la rue [nom à vérifier]. Quand je l'ai mis sur pied, il y a deux ou trois ans, tu connais bien ça, tu étais là dans les premiers temps avec moi, c'était dans cette optique : créer des ponts avec des militants et des militantes un peu découragés, désabusés, qui faisaient partie de Québec solidaire, mais ne pas les laisser partir. Se dire : « Non, on ne part pas, on ne se disperse pas, on reste ensemble et on voit ce qu'on peut faire comme militants politisés. » Créer des ponts entre la gauche sociale et la gauche politique, pour continuer à faire avancer la cause et à nourrir le parti, avec une branche plus à gauche, plus radicale, pour créer un équilibre à un moment où le parti annonçait une centralisation qui déplaisait à une grande frange des militants. Et comme les réseaux militants n'avaient plus ce rôle au sein de Québec solidaire, il fallait permettre cette connexion entre la gauche de terrain, la gauche des mouvements sociaux et la gauche politique qui porte le message.
Il y a donc des connexions à faire à tous les niveaux de la société, pour qu'on puisse aller au bout de nos idées et faire avancer les choses. Il ne faut pas que ça reste au niveau du discours. C'est un problème que je vois parfois : à gauche, on fait de beaux discours, on écrit de bien beaux textes, mais ça reste souvent en vase clos, au niveau de l'idéologie. Il faut que ça ait des répercussions sur le terrain, et c'est en se mettant tous ensemble qu'on peut le faire. L'Assemblée nationale y contribue aussi, en votant des lois, en influençant les lois : ça permet des changements. On a donc besoin de tout le monde, de façon complémentaire. Il faut arrêter le discours du genre « ma gauche est meilleure que la tienne », « ta gauche n'est pas assez à gauche » ou « ta gauche est trop à gauche ». On a besoin de tout le monde, même si on n'est pas tous d'accord, même si on n'a pas exactement la même vision. Ce n'est même pas grave : il faut faire avancer les choses dans la société, pour amener des changements sur le terrain, à tous les niveaux.
André Frappier : Tu as soulevé un excellent point. Il est important de rappeler que ça rejoint l'histoire de Québec solidaire, qui a toujours fonctionné avec des collectifs, des regroupements, des affinités politiques, pour donner une coloration multiple et enrichir le débat. Dans un parti de gauche, c'est ce dont on a besoin : que les gens se regroupent par affinités politiques ou sociales, ou de n'importe quelle autre façon, pour aller plus loin dans la réflexion et le débat. Et je pense que le Parti de la rue avait cet aspect-là, qui lui a donné sa force. Je te remercie beaucoup, Karine, d'avoir donné de ton temps ce matin. Je sais que tu es très occupée et que les prochains jours seront encore intenses. Merci pour cette entrevue, et bonne fin de campagne.
Karine Cliche : Merci à toi, André, et merci à Presse-toi à gauche. C'est une formule vraiment intéressante, qui nous donne du temps pour approfondir personnellement nos implications. J'ai beaucoup apprécié. Merci à toi aussi pour ton temps, et à toute l'équipe de Presse-toi à gauche. On continue de se revoir dans la rue.
André Frappier : Merci, au revoir.
Karine Cliche : Au revoir.
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