31.03.2026 à 14:22

Rien n'illustre mieux la distance qui sépare la classe politique d'une bonne partie de l'électorat que le discours qui sert à justifier les compressions budgétaires, discours tenu par l'actuel ministre caquiste des Finances, Éric Girard. Il s'agit peut-être d'un « budget jetable après usage », comme certains commentateurs l'ont soutenu. Mais il se situe dans la droite ligne de l'ensemble des budgets présentés par les ministres des Finances depuis les années 1980, c'est-à-dire axé pour l'essentiel sur l'équilibre budgétaire, et ce au détriment des mesures sociales et de la justice redistributive.
Présenté un budget « équilibré » et « responsable » est le but ultime de la gouvernance économique néo conservatrice, un objet de fierté de la part de la plupart des ministres des Finances .La qualité de vie de la population pour eux apparaît bien secondaire. C'est ce qui se cache derrière leurs exhortations aux gens à accepter « l'austérité », c'est-à-dire des politiques de pauvreté déguisées en discipline financière.
C'est là une orientation typiquement capitaliste et bourgeoise : les différents gouvernements, tant au fédéral qu'au provincial, suivent cette politique de restrictions budgétaires à divers degrés depuis la décennie 1980. On veut un État minimaliste, qui appuie l'entreprise privée et des dépenses publiques « sous contrôle ». Sans l'avouer, les différents gouvernements qui se sont succédé au Québec depuis 1981 conçoivent plus ou moins la gestion d'État sur le modèle du privé.
La coupure entre une bonne partie de la population et la classe politique est donc flagrante. Le fait que le dernier budget Girard contient certaines mesures comme investir dans les banques alimentaires ne serait pas nécessaire si la pauvreté n'était si répandue. Le gouvernement Legault devra affronter une grève de deux semaines de la part des travailleurs et travailleuses du communautaire, ce qui en dit long sur l'étendue et l'intensité des problèmes que ceux-ci doivent affronter avec des moyens de plus en plus réduits. Il ne faut pas confondre patience et résignation.
Posons-nous la question suivante : dans une entreprise privée, combien d'actionnaires maintiendraient en poste un gestionnaire qui accumulerait des pertes due à des dépenses inconsidérées au détriment des profits ? Éric Girard aurait été vite congédié...
Cette orientation qui sévit depuis trop longtemps provient en droite ligne de l'idéologie managériale, qui s'est imposée depuis 1979, avec l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et surtout des républicains de Ronald Reagan à la Maison-Blanche en 1980. Elle prend pour modèle le fonctionnement de l'entreprise privée et veut importer, du moins jusqu'à un certain point, ses méthodes de gestion dans le secteur public. Dans cette optique, les dépenses publiques sont moins des investissements sociaux que du gaspillage. Ses tenants prônent donc un État minimal et une soumission plus poussée de la main d'oeuvre aux employeurs privés. Nous sommes là en présence d'une rupture, au moins partielle avec le keynésianisme, qui valorisait au contraire les dépenses publiques pour contribuer à maintenir un pouvoir d'achat substantiel de la population et contribuer ainsi à faire rouler l'économie. Évidemment, on ne reviendra pas à la période pré-keynésienne, les programmes sociaux et les investissements publics vont continuer d'exister, mais ils ont subi d'importants reculs depuis plus d'une quarantaine d'années (notamment le système d'indemnisation du chômage).
La population, pour sa part, est relativement insensible à l'équilibre budgétaire. Elle juge le gouvernement sur l'amélioration de ses conditions de vie. Elle croit, avec raison, que si d'aventure un coup de barre s'impose pour rétablir un certain équilibre budgétaire, le parti au pouvoir doit réduire ses dépenses aux bons endroits et avec précaution, guidé par le constant souci de ménager les services publics, ce qui n'est guère le cas actuellement. On n'a qu'à examiner l'état du système hospitalier, le recours toujours plus fréquent aux banques alimentaires et aux friperies, sans oublier la crise du logement due à la complaisance du gouvernement Legault face aux spéculateurs immobiliers. De plus, les baisses d'impôt, si chères aux néoconservateurs, privent le gouvernement de revenus substantiels. On assiste de plus à la sous-prolétarisation d'une bonne partie de la main d'oeuvre.
Dans tout ce contexte, la notion d'austérité ne représente que l'élégant manteau qui dissimule (de plus en plus mal) des politiques de pauvreté. Les inégalités sociales explosent. Les préoccupations que révèle le budget Girard apparaissent très éloignées de celles des électeurs et électrices.
C'est comme le chien qui court après sa queue : « l'austérité » aggrave la pauvreté, car elle prive le gouvernement de revenus essentiels, ce qui compromet l'équilibre budgétaire vu qu'une proportion plus ou moins considérable de gens disposent de peu de moyens pour faire rouler l'économie. Cherchez l'erreur...
Jean-François Delisle
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