31.03.2026 à 14:20
Pourquoi la grève et pourquoi la reconduire ?

L'assemblée de L'Association des étudiantes et étudiants en philosophie de l'Université de Montréal (ADÉPUM) a voté le 25 mars en faveur d'une deuxième semaine de grève. À travers cette action, nous poursuivons les revendications de l'appel initial à la grève du 23 au 27 mars.
Ces dernières consistent en un soutien à la Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale (CRUES), qui milite contre les mesures d'austérité qui pèsent depuis 40 ans sur nos établissements postsecondaires. En concordance avec la CRUES, l'ADÉPUM milite également pour une réforme significative de l'aide financière aux études (AFE). Elle demande notamment le retrait du principe de contribution parentale, et que les dépenses de subsistance soient indexées au coût de la vie, car ce que l'AFE prévoit actuellement estloin de correspondre à la réalité vécue par nos membres 1. En outre, nous voulons également augmenter la pression en faveur de la rémunération des stages. Les stages non rémunérés obligatoires à la formation concernent directement notre population étudiante inscrite en enseignement de la philosophie au collégial. Pour cette deuxième semaine, l'ADÉPUM maintient son opposition militante à l'austérité dans le secteur public en solidarité avec le milieu communautaire 2 .
De plus, l'ADÉPUM affirme son opposition à la loi 94, qu'elle juge discriminatoire et antiféministe, considérant additionnellement qu'elle entrave les libertés d'expression et de croyance des travailleur·euse·s dans le secteur public. Nous voulons aussi profiter de cette seconde semaine pour s'opposer aux mesures autoritaires proposées par les projets de loi 1, 3, 7 et 13, qui limitent les droits à la manifestation et à la contestation démocratique. En même temps que le gouvernement nous oblige à travailler d'autant plus fort pour subvenir à nos besoins, il criminalise toute forme d'opposition à sa gouvernance délétère. Nous dénonçons donc avec vigueur l'ingérence dans la contestation dont fait preuve le gouvernement actuel, dans ce que nous considérons comme un effort de museler la voix d'une partie de la population.
C'est afin de souligner notre opposition, de mettre en place des initiatives de
sensibilisation et d'éducation, et de cultiver une résistance aux mesures autoritaires et antidémocratiques de la CAQ que l'ADÉPUM a voté une reconduction de la grève pour une semaine supplémentaire. Il s'agira, pendant cette semaine, de mobiliser et de sensibiliser en faveur d'une mouvance sociale plus large et de développer nos liens avec le milieu communautaire.
À cet égard, nous tiendrons une école populaire, qui aura lieu pendant notre semaine de grève supplémentaire. Son but est de discuter d'enjeux qui nous tiennent à cœur et nous inquiètent, en tant que personnes étudiantes, mais aussi de tisser des liens avec les membres des communautés étudiantes, enseignantes et militantes de Montréal. Nous voulons reprendre les moyens de notre éducation entre nos mains, et les partager avec nos communautés.
Cette rupture dans la routine quotidienne nous permettra de cultiver l'esprit critique qu'appelle notre époque politique, esprit critique que le gouvernement actuel tente d'écraser. Nous visons à nous hisser nous-mêmes et nos communautés environnantes à la hauteur des mouvements sociaux qui se préparent au sein du mouvement étudiant québécois, et partout ailleurs au soi-disant Canada, au nom d'une justice sociale qui refuse en amont une telle gouvernance.
Cette grève, pour nous, s'insère dans un contexte plus large. Le financement des études postsecondaires au Canada ne suffit pas à subvenir aux besoins de base des personnes étudiantes auxquelles on chante pourtant les louanges de l'éducation. Ainsi, l'éducation postsecondaire devient une denrée rare dont peu peuvent justifier l'achat. Les personnes étudiantes doivent subir une précarité fabriquée de toutes pièces par des gouvernements qui ne considèrent leurs universités que comme des entreprises privées afin d'obtenir un diplôme désormais incapable de garantir un emploi stable, voire un standard de vie décent.
Un coup d'oeil sur une revendication majeure : financement des études et niveau de vie Alors qu'en Ontario, le gouvernement Ford coupele Régime d'aide financière aux études de l'Ontario (RAFEO), et qu'en Nouvelle-Écosse, le gouvernement Houston coupe jusqu'à l'os dans les budgets des universités, nous nous joignons aux personnes étudiantes qui refusent de subir ces attaques frontales à plat ventre. Nous saluons les manifestations en Ontario tout comme lagrève toute récente des étudiantes et étudiants en Nouvelle-Écosse, la première en son genre dans la province maritime. Ensemble, nous luttons contre les mêmes structures iniques et liberticides qui affectent l'entièreté du pays. En effet, par ce geste de solidarité interprovinciale, nous critiquons les atteintes portées à l'éducation postsecondaire au Canada, qui sévissent depuis des décennies.
Afin de pallier ces coupures, les universités canadiennes dépendent depuis trop
longtemps de frais différentiels aberrants payés par les étudiantes et étudiants internationaux. Le modèle montrait déjà ses failles, mais l'année passée, lorsque le gouvernement fédéral a imposé un seuil arbitraire aux nombres de permis d'études octroyés aux étudiantes et étudiants internationaux — en les désignant comme boucs émissaires pour la crise du logement dont il est pourtant responsable — il réduisait d'autant plus la capacité des universités de financer leurs programmes, sans s'adresser à la cause première de la crise en éducation postsecondaire : le sous-financement des universités. Résultat ? Nos infrastructures s'effondrent, les heures d'ouvertures diminuent, nos programmes, lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes victimes des coupures, réduisent le nombre maximum d'inscrits et les frais de scolarité augmentent. Le modèle de financement actuel est insoutenable, d'où les coupures massives qu'annoncent les gouvernements provinciaux. Ce qu'il nous faut, au Québec comme partout au Canada, ce n'est pas l'exploitation continue de nos camarades internationaux ou domestiques, c'est plutôt un investissement massif dans le secteur public, c'est une fin à l'austérité.
La promesse de l'université est de nous éduquer sur le monde et sur nous-même. Un diplôme, nous dit-on, permet à une personne de s'orienter et de persévérer en elle-même comme dans sa communauté. Mais désormais, l'obtention d'un diplôme peine à garantir un emploi stable. Les universités deviennent des bêtes à profit, et ses étudiantes et étudiants — réduits au simple statut de clients — en paient littéralement le prix. Les personnes étudiantes se plient en deux afin de payer leurs études ; au lieu de se découvrir à l'université, elles s'y perdent sous une montagne de dettes, d'emplois à temps-partiel et de stress financier. L'aide financière aux études (AFE), ici comme ailleurs au soi-disant Canada, fait faillite. Nos membres, même s'iels reçoivent de cette aide financière, sont obligés de faire des sacrifices de plus en plus importants afin d'obtenir des diplômes qui leur assurent de moins en moins la possibilité de décrocher un emploi. C'est pourquoi nous demandons une réforme de l'AFE : nous exigeons un standard de vie digne pour nos membres et pour l'ensemble de la société. En effet, toustes méritent une éducation postsecondaire et une vie décente. Voilà un investissement dont un gouvernement démocratique digne de ce nom pourrait se vanter. Mais, au lieu de favoriser le développement de ses citoyens, il pince ses sous pour le secteur public, et déverse ses épargnes dans le secteur privé. C'est un choix qu'il fait sciemment, un très mauvais choix, que nous tenons à critiquer rigoureusement par la reconduction de notre grève.
En toute solidarité,
Le comité de mobilisation de l'ADÉPU
Notes
1.Par exemple, le modèle actuel de l'AFE suppose qu'une personne étudiante vivant chez ses parents ait des dépenses mensuelles de 648$, tandis qu'une personne étudiante ne vivant plus avec ses parents compterait des dépenses de 1348$ par mois (https://crues.org/wp-content/uploads/2026/03/Analyse_de_lAFE_final.pdf ).
2 https://aboutte.info/
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