29.09.2026 à 14:26
Couvrez cette IA que je ne saurais voir !

Mon propos porte sur l'usage de l'IA et sur le dernier livre d'Orélien. Quant aux plagiats que La Presse dit avoir relevés dans d'autres de ses œuvres et articles, c'est une autre affaire. J'ai néanmoins quelques questions.
Pourquoi Orélien en particulier ? Des milliers de livres paraissent chaque année, et plusieurs sont le fruit d'emprunts, de « collaborations » discrètes ou d'inspirations généreuses. Qu'est-ce qui a désigné celui-ci ? Un signalement ? Un flair de journaliste ? Un auteur qui dérange, qui n'appartient à aucun cercle établi, dont la réussite a surpris ? La question mérite d'être posée à voix haute, et ceux qui ont fait l'enquête devraient être prêts à l'entendre.
Pourquoi maintenant ? Un auteur publie depuis des années, ses textes circulent, et voilà qu'on découvre le pot aux roses au moment précis où son dernier livre attire une grande attention. Coïncidence ? Quand l'enquête suit le succès de si près, on peut se demander si elle serait née sans lui.
La Presse va-t-elle enquêter sur tous les livres, ou du moins sur ceux qui obtiennent un certain succès ? Va-t-on passer au crible les best-sellers de la rentrée, les mémoires de politiciens, les essais des chroniqueurs établis, les chroniques de la maison elle-même ? Si oui, tant mieux. Si non, il faut admettre qu'on ne mène pas une enquête, on choisit une cible.
La Presse, ou n'importe quel journal ou journaliste qui joue à la police, va-t-elle enquêter sur l'IA elle-même avec la même ardeur ? Je sais que le sujet n'est pas vierge. Certains reportages ont documenté l'usage de bibliothèques de livres piratées par l'IA pour entraîner ces logiciels, et des auteurs comme des journaux ont porté l'affaire devant les tribunaux. Mais comparez cette retenue à l'acharnement déployé contre un seul écrivain. Les programmes de l'IA ont été nourris de masses colossales de textes. Romans, essais, articles de presse, thèses, blogues. Quelles œuvres exactement ? Dans quelles proportions ? Avec quelle autorisation, et au profit de qui ? Si l'on tient tant à savoir d'où viennent les mots, qu'on remonte à la source et qu'on nous révèle la liste complète, y compris, qui sait, les textes des journalistes et des éditorialistes qui s'indignent aujourd'hui. Il est plus facile de faire un exemple d'un écrivain que de demander des comptes à des entreprises qui pèsent des milliards. Et un contrôle qui s'arrête à la porte des puissants pour s'abattre sur le premier auteur venu n'a rien d'une enquête, c'est de la vertu à géométrie variable.
Je ne dis pas que le plagiat, s'il est établi, doit être excusé. Il ne doit pas l'être. L'impossibilité d'enquêter sur tout le monde ne blanchit pas Orélien, mais elle oblige La Presse à expliquer pourquoi c'est lui qu'elle a choisi d'examiner.
ML
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