30.09.2026 à 21:36

L'État canadien a été construit sur l'oppression nationale : de la nation canadienne-française, des peuples autochtones et Inuit et du peuple acadien. Toute remise en question de cet État devra nécessairement passer par la contestation de ces rapports de domination imposés par les élites politiques et économiques sur la majorité populaire. La bourgeoisie canadienne et les élites politiques québécoises qu'elle a su intégrer à son État résisteront farouchement à toute tentative de séparation du Québec ou à la reconnaissance de l'autodétermination des nations opprimées.
Au niveau provincial, le bloc fédéraliste, fracturé en trois partis politiques, craint comme la peste l'intervention du peuple du Québec dans sa propre histoire où il oserait prétendre exercer sa souveraineté populaire. Le parti au pouvoir, la CAQ, assume son fédéralisme ; son autonomisme ne sert qu'à couvrir son mépris de toute affirmation d'une souveraineté populaire du peuple du Québec. En pleine déconfiture, il s'accroche désespérément à la peur d'un éventuel référendum sur l'indépendance du Québec.
Le Parti libéral du Québec se présente comme le champion du fédéralisme canadien tout en maintenant un lourd silence sur les attaques par l'État canadien contre les droits et compétences du Québec, sur son cours militariste actuel et sur sa capitulation devant les monopoles des énergies fossiles. Il cherche à utiliser la vieille tactique éprouvée lors des deux référendums précédents, en menant, ces dernières semaines, une campagne destinée à attribuer les difficultés économiques, sociales et environnementales qui frappent déjà le Québec à la tenue éventuelle d'un référendum afin de protéger les rapports de domination que l'indépendance vise précisément à remettre en cause.
Le Parti conservateur du Québec se présente comme le défenseur le plus résolu de la soumission du Québec au fédéralisme canadien. L'habillage de cet appel à la soumission du Québec sous les oripeaux d'un autonomisme qui a démontré sa stérilité et son impasse ne devrait pas faire illusion. Son programme économique au service de l'approfondissement de la crise climatique, de l'affaiblissement de nos services publics et de l'élargissement de la domination du capital privé est l'expression du glissement vers l'extrême droite qui se manifeste au niveau international. Le refus du référendum s'inscrit parfaitement dans l'affaiblissement de l'État du Québec que son programme nous propose.
Les élites québécoises fédéralistes, qu'elles soient autonomistes ou de stricte obédience fédéraliste, politiques ou économiques**,** sont des associés juniors de la bourgeoisie canadienne et de sa domination sur le peuple du Québec. C'est pourquoi toute expression de souveraineté populaire leur apparaît comme un désastre qu'il faut à tout prix éviter.
La tâche de l'heure : construire une majorité populaire pour l'indépendance du Québec
Construire une majorité populaire pour l'indépendance, c'est refuser la domination des élites fédéralistes. Il faut également dépasser les discours qui justifient l'indépendance par la seule volonté de gérer un État au service des intérêts des élites nationalistes. Pour construire une majorité indépendantiste, il faut montrer que l'indépendance est un instrument au service de celles et ceux qui vivent et travaillent ici, quelle que soit leur origine, et que l'émancipation nationale est inséparable de l'émancipation sociale. Cette fusion du national et du social a été au cœur des mouvements de libération nationale les plus durables du XXᵉ siècle. Concrètement, elle implique de lier l'indépendance au droit au logement, à la défense et à l'expansion des services publics, à la transition écologique, à l'égalité réelle entre les femmes et les hommes, et à la lutte contre le racisme systémique. Ce programme n'est pas un programme de gauche plaqué sur la question nationale. C'est la traduction de ce que signifie rompre réellement avec les structures de domination que perpétue l'ordre fédéral.
Contre la domination fédéraliste, définir une majorité indépendantiste par une démarche de souveraineté populaire.
Le modèle référendaire québécois, tel qu'il est encadré par la Loi sur les consultations populaires, repose sur une logique fondamentalement descendante. Un gouvernement élu décide seul du moment, de la question et du cadre du vote. La population est ensuite convoquée à trancher, en quelques semaines de campagne, une question formulée sans elle et sur un projet de société dont elle n'a pas délibéré collectivement. Ce processus place la majorité populaire dans une position de réceptrice plutôt que d'actrice : on lui demande d'approuver ou de rejeter un projet qu'elle n'a pas contribué à construire.
Or, la conscientisation politique, c'est-à-dire la transformation profonde du rapport qu'un peuple entretient avec sa propre capacité à se gouverner, ne se produit pas en quelques semaines de débats télévisés. Elle exige du temps, des espaces de délibération réels, une expérience collective du pouvoir et de ses possibles. Une campagne référendaire peut mobiliser des convictions déjà formées ; elle ne peut pas, à elle seule, en créer de nouvelles. En 1995, la quasi-victoire du Oui a reposé sur une montée en puissance émotionnelle dans les dernières semaines de campagne, montée qui exprimait un désir profond d'émancipation, mais qui s'est fracassée sur l'absence d'un projet de société suffisamment construit et approprié par la base pour résister à la pression du camp du Non. La mobilisation était réelle ; l'enracinement, insuffisant.
Le problème central n'est pas simplement de savoir si le Québec doit être indépendant, mais de savoir quel Québec indépendant nous voulons construire : quelles institutions le gouverneront, selon quelles valeurs, au service de quels intérêts, avec quels droits garantis pour quelles communautés. Cette question ne peut pas être tranchée par un parti politique, même souverainiste, même progressiste. Elle appartient au peuple dans son ensemble et ne peut être résolue que par un processus délibératif long, ouvert et véritablement constituant.
Une assemblée constituante n'est pas un simple comité d'experts chargé de rédiger une constitution. C'est un espace démocratique de construction collective, où des citoyennes et citoyens ordinaires, élu·es, représentatifs de la diversité réelle de la société, débattent, négocient et décident des fondements du vivre-ensemble. Ce processus est en lui-même un acte d'émancipation politique : les gens cessent de se percevoir comme des administrés soumis aux décisions d'une élite parlementaire pour commencer à se vivre comme les auteurs légitimes de leur propre ordre politique. Il crée également l'espace dans lequel les forces sociales progressistes peuvent inscrire leurs exigences dans le projet fondateur, dépassant ainsi le dilemme récurrent de la gauche souverainiste, contrainte de choisir entre soutenir un projet d'indépendance dont le contenu social reste vague ou s'en écarter au risque d'affaiblir le camp du Oui.
C'est aussi le seul moyen de construire une relation véritablement nouvelle avec les nations autochtones. La question autochtone ne peut pas être réglée après l'indépendance, ni confiée à la bonne volonté d'un gouvernement souverainiste. Elle doit être au cœur du processus constituant lui-même, avec une participation pleine et entière des Premiers Peuples à la définition des fondements juridiques et institutionnels du nouveau Québec.
Ce n'est qu'une fois que le peuple du Québec, dans toute sa diversité, aura eu l'occasion de débattre et de construire collectivement le projet de société qui accompagnera l'indépendance que la question référendaire retrouvera toute sa force mobilisatrice. C'est une telle démarche que les élites fédéralistes et leurs partis craignent**,** car elle remet en cause leur pouvoir et leurs intérêts. C'est aussi d'une telle démarche que se détournent les élites nationalistes qui se voient à la tête d'un État indépendant, car le projet n'est pas un projet de transformation radicale de cette société pour leur permettre de faire face aux problèmes de notre époque chaotique, mais pour protéger leur pouvoir dans l'avenir.
C'est pourquoi la construction d'une majorité indépendantiste et la victoire au référendum sur l'indépendance passent par l'autonomie politique des classes ouvrières et populaires et par une démarche de définition d'un projet de société égalitaire, démocratique, féministe et décolonial afin de rendre à la perspective de l'indépendance son caractère propulsif et libérateur.
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