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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

29.09.2026 à 14:17

Se tirer dans le pied

Jean-François Delisle

Les idées les plus contradictoires se croisent dans cette campagne électorale peu ordinaire ; elles illustrent bien la confusion qui règne au sein de la société québécoise sur le sujet capital de la gestion des finances publiques. Celles les plus strictes mais en apparence les plus claires comportent cet effet paradoxal de générer beaucoup d'incertitudes.

Rappelons que quatre partis sur cinq, le Parti québécois (PQ), la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti conservateur (PC), le Parti libéral (PL) proposent à divers degrés un « budget équilibré » et ce même au prix de compressions budgétaires plus ou moins drastiques. Seul Québec solidaire (QS) prêche pour des investissements sociaux conséquents. « C'est possible » constitue son slogan . Toutefois, le parti est en net recul dans les intentions de vote, passant de 16% en 2022 à 13% sekon ce que révèle, le dernier sondage en date, ce qui est tout de même un progrès par rapport à ceux du début de la campagne, lesquels indiquaient avec constance des intentions de vote figées à 10% seulement en faveur du petit parti de gauche.

Les autres s'engagent à couper dans les finances publiques sans trop faire de mal aux fonctionnaires, sauf peut-être Éric Duhaime, chef des conservateurs qui promet de compenser les pertes d'emplois par le recours au secteur privé, qu'il élève au rang de solution miracle. « Dégraisser » l'appareil d'État en faisant disparaître des postes de fonctionnaire est aussi le slogan des autres partis, répété jusqu'à l'obsession. Seul Québec solidaire a le courage de défendre les travailleurs et travailleuses du secteur public et les investissements gouvernementaux pour aplanir les problèmes sociaux qui nous affligent. Tout au plus pourrait-on lui reprocher un certain excès d'optimisme, mais au moins il indique la bonne direction à prendre. C'est possible est un slogan rafraîchissant par comparaison du discours monochrome (et monotone) des autres formations.

Je parlais de contradictions au début de cet article. En voici une, et de taille. Tout le monde réclame, et à juste titre, des services publicxs plus efficaces et plus complets. Quand un problème criant survient, on exige que le gouvernement le règle. Pour y arriver, il faut des investissements publics et du personnel approprié. Mais pour les obtenir, on doit accepter de payer des impôts et des taxes en conséquence, ça tombe sous le sens. Il faut un nombre proportionnel de fonctionnaires qui planifient, gèrent et mettent en application les décisions adoptées par les instances gouvernementales. Le privé, dans les tâches d'intérêt public oû il a remplacé le public, n'a pas prouvé une efficacité supérieure à celle du public. En fait, c'est plutôt l'inverse.

Reprenant le constat de plusieurs observateurs et spécialistes du fonctionnement de la sphère publique, Patrick Audy, vice-président du Syndicat de la fonction publique du Québec, affirme, dans une entrevue accordée au mensuel l'Aut'Journal du numéro de septembre, que les coupes budgétaires, pratiquées depuis déjà longtemps par les gouvernements qui se sont succédé à la tête de l'État québécois ont compromis les services aux citoyens et citoyennes. Il pointe le coût humain de cette orientation restrictive sur les employés : en particulier une pression plus grande sur ceux-ci, au point que la santé psychologique de plusieurs d'entre eux s'en ressent. Il ajoute aussi que dans la mesure oû l'appareil d'État s'alourdit, c'est bien davantage la haute administration qu'à la base.

Certains partis (comme le PQ) s'engagent à ne pas supprimer d'emplois en coupant dans les effectifs de la fonction publique et à maintenir les services à la population. On doit en conclure qu'ils veulent procéder par attrition. Mais le seul fait de ne pas investir dans de nouveaux services équivaut à un recul à la fois dans l'emploi et dans les services aux gens. Cela revient à constater que les usagers n'ont pas fini de subir d'interminables attentes au téléphone lorsqu'il veulent parler à un préposé...
On doit faire remarquer qu'au cours de la campagne qui achève, on a a peu parlé du vieillissement de la population. Certes, les chefs ont proposé des solutions à ce sujet, mais partielles et limitées. Pourtant, il est notoire qu'une partie considérable des personnes à la retraite touche de trop modestes pensions de vieillesse, faute d'avoir assez contribué lorsqu'elles travaillaient, ce qui rend leurs fins de mois souvent très serrées,. Vu l'obsession de la grande majorité des politiciens et politiciennes en faveur de l'équilibre à tout prix des finances publiques, les personnes à la retraite ne peuvent guère espérer une augmentation de leur chèque de pension. À ma connaissance, même Ruba Ghazal n'a guère évoqué ce problème, qui risque de devenir aigu à la longue.

Pour résumer, des investissements publics s'avèrent nécessaires pour augmenter le pouvoir d'achat de plusieurs catégories de citoyens et de citoyennes. Qu'on doive procéder méthodiquement et de manière éclairée ne fait aucun doute. Mais il faut changer de direction et seul présentement Québec solidaire le propose. Ceux et celles qui adhèrent, même sincèrement ,aux propositions néolibérales se tirent dans le pied.

Jean-François Delisle

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29.09.2026 à 14:16

L‘indépendance, un boulet électoral ? Une contre vérité ?

Germain Dallaire

Dans la foulée du report du référendum par le PQ, une petite musique est en train de s'installer qui voit l'indépendance comme étant un boulet pour tout parti qui la met de l'avant. En dévoilant le 21 septembre un sondage montrant le PQ à 29% et la souveraineté à 26%, Reynald Harvey de Segma Recherche l'a exprimé de façon cavalière en décrivant la souveraineté comme le sabot de Denver du PQ.

Germain Dallaire

Quand j'entends ça, j'ai un souvenir dans la tête. C'est celui du virage dans les intentions de vote en faveur du PQ lors de la campagne électorale de 2014. Le PQ était en avant dans sondages lorsque Mme Marois a présenté Pierre Péladeau à la presse pour annoncer sa candidature. On s'en souvient, Péladeau a levé le poing en l'air en professant sa conviction souverainiste. S'en est suivi ce que j'appellerais une fièvre souverainiste. Personnellement, je l'ai senti dans mon entourage et il faut croire que les médias aussi puisque les journalistes se sont mis à questionner Mme Marois sur la souveraineté. Pas tout à fait prête à répondre à ces questions, Mme Marois s'est quasiment mise à bafouiller disant une chose et son contraire le lendemain. Résultat : les appuis au PQ se sont mis à décliner conduisant à l'élection d'un gouvernement libéral majoritaire.

On peut spéculer sur l'interprétation de ces événements. Pour leur part, les médias qui ne manquent pas une occasion de cogner sur la tête du PQ ont expliqué la défaite péquiste par la charte des valeurs. Personnellement, je considère que l'élection s'est jouée dans les jours suivant le poing levé de Péladeau. En se contredisant sur l'indépendance, Mme Marois s'est discréditée. Comment la cheffe d'un parti peut elle être aussi bouillonne sur le principal objectif de son parti ?

Ce qui nous ramène à la période actuelle. Bien entendu, le PQ de 2026 n'est pas celui de 2014. Il a fait ses devoirs et a élaboré un projet détaillé de pays. Mais ne suffit pas de l'avoir, encore faut-il le mettre de l'avant. Depuis que PSPP a décidé de reporter le référendum après le départ de Trump, tout est sur pause. Le programme du PQ se limite à l'administration d'une province. Sentant bien le PQ sur la défensive concernant l'indépendance, ses adversaires concentrent leurs attaques sur le référendum promis après le départ de Trump. Résultat, PSPP continue de reculer et le mot référendum devient presque tabou. Au deuxième débat, il a utilisé le terme « référendum consultation » ce qui s'apparente à un pléonasme. Au troisième débat, il était encore plus défensif, se contentant de parler de « période de réflexion ». Bien sûr, un peu comme un boxeur devant un adversaire qui recule, les adversaires ont redoublé d'ardeur. Comme pour Pauline Marois en 2014, l'attitude de PSSP jette le discrédit sur son objectif principal ce qui m'amène à poser la question qui tue : le projet d'indépendance est-il un boulet ou encore, ne serait-ce pas plutôt la timidité de sa défense par le parti qui en est son principal porte-parole ?

Pendant ce temps, Mark Carney avance au pas de charge avec son projet de loi C-39 sapant les droits environnementaux et syndicaux. Décidément, Trump fait des p'tits et son orientation risque de lui survivre. Le PQ s'est lui-même menotté, non seulement avec son report du référendum en des temps « plus sereins » s'apparentant à un mirage mais aussi avec son orientation néolibérale. Fût un temps où l'indépendance du Québec signifiait l'affirmation de valeurs de solidarité incluant le syndicalisme et la défense de l'environnement. Le Québec ne serait-il devenu qu'une grande entreprise ? Faut-il le rappeler, PSSP aime bien se décrire comme un entrepreneur.

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29.09.2026 à 14:16

Québec 2026 : Les élections de la courte échelle

Pierre Mouterde

Tout le monde connaît l'expression, faire la courte échelle : en l'absence d'une véritable échelle permettant de grimper aussi haut qu'on le souhaiterait, on peut s'arranger pour se fabriquer une courte échelle, en se hissant sur les mains ou les épaules d'un quidam de passage et en tentant vaille que vaille de se rapprocher de la cible espérée. Mais au petit bonheur la chance, et sans garantie de succès !

Eh bien au sortir du dernier débat des chefs de la campagne électorale québécoise de 2026, c'est plutôt l'impression que l'on garde ! La plupart des chefs n'avaient-ils donc, en guise de propositions, que de bien « courtes échelles » à nous proposer pour nous permettre d'être à la hauteur des défis collectifs qui sont les nôtres aujourd'hui ?

Des défis pressants

Tout pourtant de l'actualité ne cesse de nous le rappeler. Des défis collectifs pressants nécessitent de la part de la petite communauté québécoise à laquelle nous appartenons, des transformations majeures : logements trop chers et itinérance grandissante ; hausse marquée du panier d'épicerie et ménages recourant toujours plus aux soupes populaires ; explosion du prix du diesel et difficulté pour les petites entreprises à tenir le coup. Le tout aggravé, par les effets perturbateurs de la guerre tarifaire trumpienne, par les guerres en Iran et en Ukraine destabilisant les chaines de valeurs, par les feux de forêts de l'été nous rappelant l'approfondissement de la crise climatique, ou encore par la bulle financière et spéculative portée par une IA, dont on réalise chaque fois plus comment, à ne pas être controlée par une puissance publique digne de ce nom, elle ne peut qu'être éminement dangereuse. Et c'est sans parler de cette propension des gouvernements, provincial et fédéral (pensez à la loi C39 de Mark Carney, ou à la loi 3 de la CAQ), à réduire les espaces démocratiques, à faire fi des mesures de protections de l'environnement, à jouer la carte de la guerre ou de celle de la répression des syndicats ou des mouvements sociaux.

Tous autant que nous sommes, avons en tête quelques-unes de ces données, et personne sur la petite planète terre n'échappe complètement à ce cocktail de questions préoccupantes qui toutes nous renvoient à un sentiment de dépossession grandissante, à un manque flagrant de contrôle et de souveraineté démocratique sur l'ensemble de nos vies. Aussi y-a-t-il quelque chose de pathétique en cet automne électoral 2026 à voir les 4/5 de nos chefs de partis passés complètement à côté de ces enjeux de fond et s'en tenir le plus souvent à des propositions "à courte vue" totalement déphasées vis-à-vis du brutal contexte qui est devenu le nôtre aujourd'hui.

Des propositions à courte vue

Celui qui remporte la palme, c'est bien sûr le parti conservateur d'Éric Duhaime qui n'a rien trouvé de mieux que de s'en prendre, par des coupes massives dans la fonction publique à la puissance collective incarnée par l'État québécois, la seule qui pourrait pourtant représenter un certain rempart aux maux qui nous assaillent aujourd'hui. Et qui en rajoute, en vantant sans nuances les mérites du libre marché capitaliste, tout en les mâtinant de propos grossièrement conservateurs sur les familles ou les immigrants bénéficiant du droit d'asile. Mais il n'est pas le seul à aller dans cette direction. Tous à l'exception de QS, lui emboitent le pas, certes avec plus de modération, mais en allant dans la même direction. Qu'il suffise de penser —8 ans plus tard et malgré l'image de renouveau que Christine Frechette veut insuffler— au bilan de la CAQ en termes de santé ou de gestion étatique (Voir SAAClic, Northvolt, etc. ) ! Ou encore pensez au parti libéral de Charles Milliard qui tout en ne changeant rien à son credo économique néolibéral, reste aveugle, autant aux volontés de souveraineté tant justifiées des Québécois qu'aux formidables déséquilibres produits par le fédéralisme canadien. Et bien sûr, il faut se référer aussi à Paul Saint-Pierre Plamondon qui tout en surfant sur l'idée d'une souveraineté « light » déliée de toute dimension sociale inclusive, parle aussi de réduction de la fonction publique et n'a jamais abandonné son discours anti immigrants, s'en tenant à l'incompréhensible chiffre de 35 000 permanents par an.

Le rempart dont nous aurions besoin

Il n'y a en somme que QS qui ne joue pas à la courte échelle. Et qui sort du lôt —notamment à travers son projet de taxation des très grandes fortunes—, en osant s'engager dans la seule direction qui nous permettrait de garder espoir et renverser la tendance, c'est-à-dire dans la voie du renforcement des services publics comme d'une souveraineté populaire et démocratique élargie.

Mais il faut quand même le dire, QS le fait de manière si prudente, si modérée et si polie, qu'on ne peut que se demander si elle peut faire écho comme il le faudrait à ces besoins de changement qui sourdent pourtant avec tant d'angoisse de toutes les sphères de la société. Au-delà du succès d'estime que sont toujours prêts à lui reconnaître les journalistes de bonne foi, qu'on n'oublie donc pas le 5 octobre de lui apporter l'élan et la force qui lui manquent encore pour demeurer, avec une vigueur renouvelée, ce rempart dont tous et toutes avons un urgent besoin !

Pierre Mouterde
Sociologue et essayiste Québec,
le 26 septembre 2026

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