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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

31.03.2026 à 14:12

Péril en la demeure à la Pointe Langevin : Les résident(e)s crient au secours

Germain Dallaire

Il y a un peu plus d'un an, j'ai publié un article concernant la situation plus que précaire des résident(e)s de la Pointe Langevin située au confluent de la rivière Péribonka et de la petite rivière du même nom. Aujourd'hui, quelques mois avant le renouvellement du décret (pour 10 ans) concernant la gestion des berges de ce qu'on devrait appeler le réservoir Rio Tinto, les résidents de la Pointe Langevin alertent devant leur effacement total du débat public. Ils alertent avant leur effacement tout court.

Rappelons en gros les faits. Du côté nord de la Pointe Langevin arrive la petite rivière Péribonka qui frappe de plein fouet, en sens inverse, la rivière Péribonka. Cette dernière est harnachée depuis les années 50 et son débit est maintenu à un niveau anormalement élevé, particulièrement en hiver. Les effets ravageurs de ce débit élevé sont d'autant plus importants que le niveau du réservoir Rio Tinto est en moyenne dix pieds plus haut que celui du lac avant juin 1926.

Jusqu'en 2018, Rio Tinto réalisait des travaux réguliers permettant de stabiliser un tant soit peu l'érosion de la Pointe Langevin. En 2017, une crue exceptionnelle a provoqué des dégâts importants amenant même Rio Tinto à acheter à sa valeur marchande une propriété au bout de la Pointe. Avant le décret de 2018, Rio Tinto s'était engagé à poursuivre les travaux. Une fois que le décret a été adopté, Rio Tinto a effectué un virage à 180 degrés en se désengageant totalement de ce qui se passe à la Pointe Taillon. Voilà ce que vaut la parole de cette multinationale. Si le Saguenay lac Saint-Jean est un royaume comme aiment bien le dire les bleuets, Rio Tinto en est le roi. Pour cette multinationale, c'est le beurre, l'argent du beurre et même plus. Suffit de rappeler que Rio Tinto profite d'une subvention annuelle de 1,2 milliard aux frais des québécois à cause de son avantage comparatif au niveau de l'électricité, de son exemption touchant les GES et des congés d'impôt. Pour ce qui est du programme de stabilisation des berges, c'est un programme volontaire même si, comme tout monde le sait, il est la conséquence directe du niveau artificiellement élevé du réservoir Rio Tinto. Un programme qui, de surcroît, leur coûte sûrement moins cher que le salaire d'un haut dirigeant de Rio Tinto.

Depuis bientôt dix ans, les résident(e)s de la Pointe assistent impuissants à une érosion constante. Ils voient littéralement le sol se dérober sous leurs pieds. Suite au désengagement de Rio Tinto, c'est la ville de Dolbeau et le Ministère de la Sécurité Publique qui ont pris charge de la situation. Ils ont installé une clôture annonçant une zone dangereuse et Dolbeau a dévalué les propriétés pour aussi peu que 2 000$ pour trois d'entre elles. En 2017, Rio Tinto avait déjà détruit une résidence. En 2019, Dolbeau et le Ministère en ont détruit une autre. Ce printemps, une troisième démolition est prévue.

Rio Tinto, après une phase intense de rencontres avec les notables du coin, a fait connaître son programme pour le renouvellement du décret. La question de l'érosion autour de la Pointe Langevin y brille par son absence. Dire que les résidents sont inquiets est un euphémisme. Ils craignent que le programme de Rio Tinto, fort de l'appui des notables, conduisent à un statu quo jusqu'en 2037, un luxe qu'ils ne peuvent tout simplement pas se permettre. Près de dix ans de stress, ça gruge d'autant plus que la majorité de la vingtaine de résidents est à un âge relativement avancé.

Le Ministère de l'environnement a tenu une consultation préliminaire fin 2024-début 2025. 50% des commentaires portaient sur la Pointe Langevin. Tout est possible avec la CAQ, y compris de ne pas tenir de BAPE et renouveler le décret sur la base du programme produit par Rio Tinto.

Personne n'a les capacités de produire des imposants rapports comme le fait l'armée de communicants bien cravatés et bien gominés mais surtout bien payés par Rio Tinto. Personne… sauf des gens enracinés dans leur milieu qui le connaissent intimement et parlent avec leur cœur. Les résidents de La Pointe sont de cette pâte. Malgré la fatigue et le stress accumulés au cours des dernières années, ils puisent dans leur réserve d'énergie pour alerter la population, les organismes, les élus et les médias de l'injustice qu'ils subissent. Ils demandent à toutes et on tous 1-de refuser de renouveler le décret tant que la situation de Pointe Langevin n'est pas résolue. 2- Changer les règles de fonctionnement du programme de stabilisation des berges pour éviter que Rio Tinto puisse modifier unilatéralement le territoire couvert par le programme.

Leur campagne fonctionne. Il y a des oreilles à l'affût. L'allié de Rio Tinto est le silence et son ennemi principal est le mouvement social. Ils ont obtenu l'appui du Mouvement Onésime-Tremblay, de Climat Québec et d'un bon nombre de citoyennes et citoyens. Les rencontres avec les médias se multiplient. Toutes et tous, nous pouvons faire avancer les choses. Pour plus d'information, vous pouvez aller sur la page Facebook du comité (Érosion Pointe à Langevin) ou encore leur écrire directement à comitépointelangevin@gmail.com.

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31.03.2026 à 14:12

Lettre à mon fils et à tous ceux et celles qui ne sauront peut-être jamais que notre territoire est (était) un jardin...

François Véronneau

Quelle tristesse de voir les terres que nos ancêtres ont cultivées avec amour sacrifiées au profit de compagnies privées et étrangères.

Salut mon Grand,
J'aurais pu t'envoyer un courriel ou un texto pour te dire la profonde inquiétude qui m'habite. Mais je crois que mon écriture la plus lisible, griffonnée sur cette feuille de papier que tu recevras dans une enveloppe adressée à ton nom, servira beaucoup mieux mon dessein.

Je voudrais d'abord évoquer ces noms d'il y a quelques générations, ceux de tes ancêtres, François-Xavier Véronneau, Ernestine Bernard, Ernest Véronneau ou Théoline Morel, fiers agriculteurs-paysans dans la campagne maskoutaine des XIXe et du XXe siècles. Leur empreinte dans cette terre si fertile est toujours perceptible, indélébile, imprégnée dans le paysage. Comme celui de ton grand-père Laurent, fier défenseur du fait français au Québec, de la souveraineté et de la nationalisation de l'électricité. Jamais il n'aurait oublié sa campagne natale de Saint-Hugues, et ses vallons sinueux le long de la rivière Chibouet.
Dès ta plus tendre enfance, j'ai voulu t'initier aux beautés du territoire, te montrer les nombreux profils du mont Yamaska, te faire découvrir le contraste des champs à perte de vue. Marcher aussi dans les boisés où l'érable est roi. Je t'ai appris à reconnaître le chant des oiseaux des prés, le vol caractéristique des rapaces, la majesté des voiliers d'outardes et d'oies blanches. Parcourir en canot le lit sinueux de la rivière Noire.

Mais aujourd'hui mon fils, ce territoire parsemé de villages séculaires et pittoresques, écrin d'un paysage jusqu'ici préservé, est menacé. Hydro-Québec, fleuron de l'hydro-électricité patrimoniale des Québécois, a en effet décidé au printemps 2026 de lancer un appel d'offres afin d'implanter des parcs d'éoliennes dans la vallée du Saint-Laurent. Cette première ronde de soumissions pourrait amener une augmentation de la production d'électricité de jusqu'à 6400 mégawatts (MW) d'ici 2035, dont 675 MW en Montérégie.

À ce jour, trois municipalités de la MRC des Maskoutains sont visées, Saint-Dominique, Saint-Valérien-de-Milton et Saint-Liboire. Une vingtaine d'éoliennes de 6 à 7 MW pourrait y être implantée. Ce sont des promoteurs privés, choisis à partir de soumissions (possiblement Innergex, une entreprise québécoise, ou Invenergy, une entreprise américaine), qui, à raison d'une contribution à 50 % des coûts en partenariat avec la MRC des Maskoutains (également à 50 %) et possiblement les communautés autochtones, seraient les maîtres d'œuvre et les bénéficiaires de ces éventuels projets. Hydro-Québec s'engage de son côté à racheter toute l'électricité produite.

Les éoliennes de 6-7 MW n'ont rien en commun avec les moulins à vent que combattait Don Quichotte… Elles mesurent de 200 à 220 mètres (m) de hauteur totale. À titre de référence, le sommet du mont Yamaska culmine en moyenne à 330 m de hauteur. Le mât de ces géants se dresse à 130 m de hauteur et mesure 7 m de diamètre à sa base. Une fondation en béton armé de plus de 30 à 40 m de diamètre, totalisant entre 600 et 800 m³ de volume, est enfouie sous la surface, et souvent pieutée au roc, pour assurer la stabilité de l'ouvrage. Comme ces éoliennes peuvent projeter des blocs de glace si les pales ne sont pas chauffées en hiver, une zone de sécurité de 417 m de diamètre est souvent établie autour de chacune d'elles. Des chemins d'accès doivent aussi être aménagés pour leur implantation et leur entretien. Enfin, un réseau électrique enfoui relie ces éoliennes au poste de transformation.
Bien que les promoteurs s'acharnent à convaincre les autorités chargées de la protection du territoire agricole et les agriculteurs (CPTAQ, UPA)2 de l'absence d'impacts négatifs de leurs futurs parcs éoliens, on peut en douter. Pensons seulement au paysage massacré pour des décennies ; aux restes éventuels des fondations de béton qui contamineront les terres ; aux impacts sur la nappe phréatique, à ceux de la rotation des pales sur la faune ailée et à ceux des infrasons sur les élevages riverains ; à la zizanie entre les bénéficiaires du projet et ceux qui s'y opposent ; à la dévaluation des habitations situées à la limite des distances séparatrices établies ; etc.

Quelle tristesse de voir les terres que nos ancêtres ont cultivées avec amour sacrifiées au profit de compagnies privées et étrangères. Crois-moi, mon fils, l'éolien n'a pas sa place en territoire agricole et habité. J'espère que ma lettre t'aura touché et qu'elle t'aura convaincu de l'urgence de se battre pour empêcher cela. L'intégrité et la beauté de notre territoire en dépendent.

François Véronneau
Saint-Pie, MRC des Maskoutains
1-https://www.hydroquebec.com/achats-electricite-quebec/plan-approvisionnement.html
2-Dossiers 451029-451030-451031-45103, Analyse et refus, CPTAQ/Kruger, Jardins de Napierville

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31.03.2026 à 14:11

Quand l'illusion d'égalité entre les parties vole en éclats

Guylain Bernier, Yvan Perrier

Dans le conflit de travail au CPE Le Jardin de Robi, le tribunal administratif du travail a déclaré « suffisants » les services à maintenir pour assurer le bien-être de la population pendant « la grève en cours […] pour éviter que ne soit affectée de manière disproportionnée la sécurité sociale ou économique de la population, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité. »

photo CSN De nombreuses travailleuses du Jardin de Robi ont assisté à l'audience.

Ce que la décision prévoit comme services à offrir durant la grève

Durant la présente grève, « [l]es services de garde éducatifs seront offerts trois jours par semaine, les mercredis, jeudis et vendredis de 8 h 30 à 15 h 45 ». Les membres du tribunal mentionnent ceci : « [b]ien que les heures d'ouverture soient réduites et qu'il y ait une absence complète de services les lundis et mardis, l'entente permet aux parents et aux enfants d'avoir une stabilité et une prévisibilité. »

Inspiré par un élan de sagesse douteuse, qui ne déplaira pas au premier ministre du Québec, François Legault et à son ministre du Travail, Jean Boulet, les juges du tribunal administratif ont précisé ceci :

« Cependant, en ce qui concerne un éventuel nouvel arrêt de travail, advenant que la grève actuelle prenne fin, le Tribunal déclare que les services prévus dans l'entente intervenue entre les parties sont insuffisants. »

Nous laissons aux organisations syndicales le soin d'approfondir la portée sociale et juridique de cette décision. Une chose semble claire, une grève de deux jours sur une semaine de cinq jours de travail correspond, minimalement, à un arrêt de travail collectif « amputé » dans sa portée réelle. Il s'agit, à proprement parler, d'une « grève partielle » dont l'efficacité, pour la partie syndicale, est susceptible d'être fortement affectée pour ne pas dire grandement réduite.

Au sujet de l'impact de cette inique Loi 14 sur la Charte des droits et libertés de la personne : S'agit-il d'une nouvelle ère ?

Mais est-ce vraiment une nouvelle ère ou tout simplement un résultat inévitable qui planait depuis quelques décennies ? Chose certaine, la nouvelle ère présumée repose sur des actes concrets de législation, après avoir défini les Chartes canadienne et québécoise des droits et des libertés. D'ailleurs, Guy Rocher (1996) pour nous aider ici, soutient une expansion du droit public (qui gère les relations entre les citoyenNEs et l'État) sur le droit civil (les relations entre les citoyenNEs), y compris une montée des droits et libertés individuels. Cet état de fait se comprend, d'abord, dans la mesure où la vision de la société canadienne (et même québécoise) campe dans l'image d'une société capitaliste néolibérale, qui contribue à définir les rapports entre les personnes et les biens, mais aussi entre les personnes elles-mêmes, à cause de la primauté accordée à la propriété privée et au marché. Cette vision sert les tribunaux et se veut difficile à concilier avec une autre plus collectiviste du droit public, d'où des frictions avec le droit du travail et particulièrement avec les entités collectives, comme les syndicats, lors des négociations de travail. Par ailleurs, cette vision capitaliste de la société est également atomisée, faisant en sorte que « l'intérêt général » est souvent particularisé.

Si Rocher affirmait dans les années quatre-vingt-dix que la Charte canadienne était plus individualiste que la Charte québécoise, qui était alors plus « centrée » entre la personne et la collectivité, il semble donc qu'avec des gouvernements provinciaux successifs davantage favorables à l'idéologie économique en marche, la Charte québécoise tend désormais résolument vers la droite néolibérale qui flirte avec certains aspects de l'idéologie dite illébérale en regard, plus spécifiquement ici, avec la remise en question de certains droits et libertés.

Pour conclure

Avec cette décision du tribunal administratif du travail, l'illusion d'égalité entre la partie patronale et la partie syndicale lors d'une grève - illusion postulée par l'idéologie libérale - vient tout simplement de voler en éclats.

Guylain Bernier
Yvan Perrier
29 mars 2026
20h15


Références :

https://www.tat.gouv.qc.ca/uploads/tat_registres/1461070.docx_01.pdf. Consulté le 26 mars 2026.

https://www.tat.gouv.qc.ca/menu-utilitaire/actualites/cpe-le-jardin-de-robi-le-tribunal-declare-suffisants-les-services-a-maintenir-pour-assurer-le-bien-etre-de-la-population-pendant-la-greve-en-cours. Consulté le 28 mars 2026.

Rocher, Guy. 1996. Études de sociologie du droit et de l'éthique. Montréal : Les Éditions Thémis inc., 327 p.

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