29.09.2026 à 14:15
Entrevue avec Josée Chevalier, candidate de Québec solidaire dans Fabre

Issue d'une famille ouvrière, Josée Chevalier s'est rapidement engagée dans la défense des droits des travailleuses et travailleurs, militant pour la gratuité scolaire, de meilleures conditions de travail et la hausse du salaire minimum. Très impliquée dans le mouvement syndical, elle a été déléguée syndicale et a participé activement à deux négociations collectives. Cette féministe engagée a aussi pris en charge le comité Femmes de son milieu de travail et contribué à l'adoption d'une politique contre les violences à caractère sexuel. Enseignante au Collège Montmorency depuis plus de 25 ans, elle porte les couleurs de Québec solidaire pour offrir une véritable solution à la pauvreté, à la crise du logement et à la hausse du coût de la vie.
Voici l'audio et la transcription de l 'entrevue :
Et la vidéo de l 'entrevue
André Frappier : Alors, je suis en entrevue pour Presse-toi à gauche avec Josée Chevalier, qui est militante syndicale et militante à Québec solidaire, et qui a un long parcours syndical et politique. J'aimerais que tu nous expliques rapidement ton travail syndical et qu'est-ce qui t'a amenée à Québec solidaire.
Josée Chevalier : Bien, bonjour. Oui, moi, j'ai été déléguée syndicale pendant environ une dizaine d'années dans mon milieu. J'ai été très, très, très impliquée dans deux négociations de la convention collective pour les travailleurs et les travailleuses de mon milieu. Ça a été, sincèrement, très, très enrichissant pour moi. J'ai adoré faire ce travail, mais je me suis aperçue qu'il y a des lois avec lesquelles on ne peut pas négocier. Puis c'est ça qui m'a un petit peu amenée à aller m'impliquer à Québec solidaire, parce que je me disais que les problèmes, des fois, se situent à un autre niveau.
J'ai aussi l'idéal de dire qu'on peut encore la changer, cette société. Les problèmes qui existent, on peut arriver avec des solutions, puis aller de l'avant, puis aider. C'est pour ça que je me suis impliquée à Québec solidaire, puis c'est pour ça que je suis candidate : parce que je veux vraiment changer les choses.
A.F. : Justement, je voudrais faire un peu le focus là-dessus, parce que tu es une militante syndicale de longue date, bien impliquée, et en même temps dans un parti politique. La difficulté pour changer la société, c'est que le parti politique tout seul ne peut pas tout faire. Il faut être en alliance avec les syndicats, et à l'inverse, les luttes menées par les syndicats doivent être coalisées dans un projet politique.
Comment penses-tu qu'on peut arriver à amener une telle coalition ? Parce qu'à l'heure actuelle, les syndicats ne prennent pas position — il y en a qui l'ont déjà fait pour certains partis, mais est-ce que c'est possible plus largement ? Ce sont des organes démocratiques, les syndicats ; il y a des gens là-dedans qui peuvent pousser pour faire ces choses-là. Penses-tu que c'est possible, et comment y arriver ?
J.C. : Oui, mais je pense que ça pourrait être possible. En tant qu'ancienne déléguée syndicale, pour donner mon appui à un parti, quel qu'il soit, il aurait fallu que les partis soutiennent les travailleurs et les travailleuses tout au long des mandats — pas juste quand on est en négociation de la convention collective. C'est sûr que c'est le moment le plus important pour la population, parce que malheureusement, c'est souvent elle qui en paie le coup un peu quand on fait des grèves. On a le droit de grève, il est toujours annoncé, toujours respecté, et c'est là qu'on en parle. Mais la convention collective, les travailleurs et les travailleuses la vivent à l'année pendant quatre ans avant de la renégocier. Je pense qu'on aurait besoin d'un soutien plus fort, de sorties plus fortes des partis politiques, si on veut s'identifier à un parti.
Il y a ça, et puis ce que j'ai perçu, c'est qu'il y a comme un déconnect. On ne communique pas vraiment, on ne se rencontre pas non plus entre les périodes de négociation pour savoir ce qu'on veut, c'est quoi nos besoins, qu'est-ce qu'on peut apporter à tel ou tel mouvement politique. Donc oui, il y aurait quelque chose à faire, mais je sens les centrales très, très frileuses en ce moment à l'idée de dire qu'elles vont appuyer tel ou tel parti. Parce que les partis viennent, puis partent, puis changent aussi — des fois ils se transforment. Tu as peut-être appuyé un parti, puis dix, quinze, vingt ans plus tard, ce n'est plus le même parti, les idéaux ne sont plus les mêmes, donc tu ne veux plus être associée à certaines choses.
Et puis, un autre problème, c'est que les travailleurs ne forment pas un groupe homogène. On le voit aux dernières élections : il y a beaucoup de gens syndiqués qui ont voté selon des résultats très partagés. Donc quand tu es dans un groupe qui n'est pas homogène, c'est difficile de dire qu'on va prendre une position politique. C'est un peu ce que j'ai constaté sur le terrain.
A.F. : Oui, je comprends. Le problème est celui de la politisation, mais je me dis que pour y arriver, il faudrait peut-être innover un peu à Québec solidaire. Je pense à des choses qu'on n'a peut-être pas assez travaillées, comme des sortes de caucus syndicaux avec des membres de QS, par centrale ou intercentrale, pour discuter de ça et regarder comment, dans nos syndicats, on peut faire progresser la compréhension politique d'appuyer Québec solidaire — parce qu'il y en a qui n'iront pas spontanément appuyer QS. Je pense qu'il y a peut-être un travail à faire là-dessus, parce qu'en bout de ligne, la force de changement social, c'est la combinaison d'un parti de gauche comme QS et des forces sociales que sont les syndicats. Peut-être qu'on devrait trouver un moyen de travailler de cette façon-là. Qu'en penses-tu ?
J.C. : Oui, c'est ça. Dans le cadre intersyndical à QS, on essaie de faire ça — c'est quelque chose qu'on a déjà voulu faire, mais ce que toi tu proposes, c'est encore plus d'envergure que ce qu'on a déjà pensé ou réalisé. Mais oui, ça serait hyper intéressant, parce qu'il y a des lois et des projets de loi qui attaquent les droits syndicaux en ce moment — c'est incroyable, ça vient de partout. Tu as la montée de la droite partout en Amérique du Nord, et pas seulement en Amérique du Nord, un peu partout sur la planète. Ça met une pression extrême sur les syndicats, en plus des attaques anti-syndicales à l'intérieur même de la province. Donc je sens le mouvement syndical comme en mode de survie en ce moment : il essaie de se battre contre toutes ces lois et ces projets de loi pour continuer à défendre les droits des travailleurs et des travailleuses. Des fois, on dirait qu'on oublie que c'est ça, la première fonction des délégués syndicaux et des syndicats en soi.
Si on était capable de s'asseoir tout le monde ensemble, avec des gens qui viennent d'un peu partout, de toutes sortes de syndicats, et qu'on était prêts à vraiment les écouter et à savoir quels sont leurs besoins, je pense que ça pourrait être très, très enrichissant. Ça serait une façon de rassembler la gauche, parce qu'en ce moment elle est un peu morcelée. Ça pourrait créer un mouvement super intéressant, si on avait le soutien des syndicats.
A.F. : Oui, et peut-être qu'à l'inverse, Québec solidaire pourrait mettre plus d'emphase — pas juste en campagne électorale, mais à longueur d'année — sur la nécessité d'appuyer les syndicats et d'être avec eux dans leurs combats. Peut-être que ça aiderait.
J.C. : Oui, ça aiderait. Quand tu y penses bien, il manque à peu près 5 000 techniciens et techniciennes dans les services de garde. Mais ce n'est pas un problème d'aujourd'hui : on voyait déjà les inscriptions baisser dans les cégeps, on savait qu'à un moment donné il y aurait une pénurie. Ces personnes — ce sont surtout des femmes, on va se le dire — sont essentielles : essentielles pour que les femmes puissent aller travailler, essentielles pour donner aux enfants une bonne éducation, pour qu'ils soient stimulés, voient d'autres enfants, soient ailleurs. Mais on l'a vu venir, ce problème. À Québec solidaire, on veut valoriser et augmenter le taux horaire, tout ça, mais c'est un problème qui existe depuis longtemps.
Si on était présents entre les périodes de négociation, on pourrait régler des problèmes avant qu'ils n'en deviennent, parce qu'on les verrait venir. Les syndicats nous diraient : on voit une baisse d'inscription chez les techniciennes, par exemple, il faut faire quelque chose. Et si Québec solidaire était ouvert à proposer des solutions et à appuyer les combats de ces personnes, on pourrait faire de grandes choses et éviter les problèmes, plutôt que de les subir.
A.F. : Est-ce qu'il y a des éléments qu'on n'a pas abordés, que Québec solidaire pourrait faire pour s'allier davantage aux mouvements sociaux — une autre piste dont on n'a pas parlé ?
J.C. : Quelque chose qui me tient énormément à cœur et qu'on n'a pas eu le temps de discuter, en plus de la crise du logement — des gens qui ont vraiment de la misère à se nourrir, à se loger, à payer pour l'école des enfants, parce que même si on dit que c'est gratuit, il y a toujours des coûts qui s'y rattachent — c'est la condition des femmes.
Je trouve qu'à Québec solidaire, avec la loi Gabi-Renaud, on a un excellent départ, parce que cette loi permet aux femmes d'avoir accès aux antécédents de leur conjoint si celui-ci est violent. C'est un excellent départ, mais ça ne va pas tout régler. Je crois qu'il va falloir miser beaucoup sur la prévention, parce que, comme on dit toujours, une femme qui perd la vie, c'est une de trop. On voit que la violence faite aux femmes débute de plus en plus jeune : des jeunes femmes de 13, 14, 15 ans qui vivent des problèmes avec des conjoints violents, ça existe, les chiffres sont là, et c'est en hausse. Il faut vraiment s'attaquer à ce problème, qui est grandissant avec la montée de la droite et du masculinisme. Les femmes — pas toutes, mais certaines — sont en danger, et il va falloir agir. Il va falloir mettre l'argent dans la prévention.
Comme je le disais, la loi Gabi-Renaud, QS s'est vraiment battu pour ça, et c'est devenu un projet appuyé par tous les partis — je sais que quelqu'un s'était abstenu, mais quand même. C'est un excellent départ, mais ce n'est qu'un départ.
A.F. : Merci d'avoir participé à cette entrevue, et bon combat !
J.C. : Merci beaucoup. Ça m'a fait plaisir. Bye.
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