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29.09.2026 à 14:13

PDQ 39 : Alex Tyrrell et les Verts réclament une tolérance zéro envers le racisme

Alex Tyrrell, Parti Vert du Québec

Montréal, le 22 septembre 2026 - Le chef du Parti Vert du Québec, Alex Tyrrell, s'est rendu devant le poste de quartier 39 du SPVM, à Montréal-Nord, afin de présenter les engagements de son parti contre le racisme systémique, le profilage racial et les abus policiers.

Sa déclaration survient dans la foulée d'allégations graves visant des policiers ayant travaillé au PDQ 39, notamment des accusations selon lesquelles des cheveux de personnes noires auraient été coupés et conservés après des interventions policières. Le SPVM a confirmé qu'une enquête de sa Division des normes professionnelles est en cours, que le groupe concerné a été dissous et que des policiers ont été suspendus.

« Le Parti Vert du Québec propose une tolérance zéro pour le racisme au sein des forces policières, des services de santé et de l'ensemble des services publics », a déclaré Alex Tyrrell.

Le Parti Vert du Québec réclame une enquête publique sur les événements du PDQ 39, un meilleur soutien aux personnes touchées et une protection accrue des lanceurs d'alerte, notamment des policiers et employés qui dénoncent des comportements racistes ou abusifs à l'intérieur de leur organisation.

Alex Tyrrell a également dénoncé le refus du gouvernement du Québec de reconnaître le racisme systémique et sa contestation judiciaire des décisions concernant les interceptions routières sans motif. Pour le Parti Vert du Québec, ces pratiques doivent prendre fin lorsqu'elles contribuent au profilage racial.

Le chef du Parti Vert a aussi réclamé une réforme du Bureau des enquêtes indépendantes afin que davantage d'allégations graves impliquant des policiers puissent faire l'objet d'enquêtes véritablement indépendantes.

« Lorsque des policiers font l'objet d'allégations graves de racisme ou de comportements potentiellement criminels, la population doit pouvoir avoir confiance dans l'indépendance du processus d'enquête », a déclaré Tyrrell.

Le Parti Vert du Québec propose également de réduire de 30 % les budgets des corps policiers afin de réinvestir ces sommes dans la prévention, les services sociaux, les programmes destinés aux jeunes et les organismes communautaires.

« La répression ne réglera pas tous les problèmes. Il y a un rôle pour la police, mais il y a aussi un rôle essentiel pour les services sociaux, la prévention et l'action communautaire », a affirmé Alex Tyrrell.

Le Parti Vert du Québec s'oppose également au nouveau règlement montréalais interdisant notamment les insultes et certains comportements jugés offensants envers les employés municipaux, y compris les policiers. Adopté par le conseil municipal de Montréal le 21 septembre, le règlement prévoit des amendes pouvant aller de 300 $ à 1 000 $ pour une première infraction et jusqu'à 2 000 $ en cas de récidive. Des organisations de défense des libertés civiles ont soulevé des préoccupations quant à la portée du règlement et au pouvoir discrétionnaire qu'il pourrait accorder dans son application. (CCLA)

Pour Alex Tyrrell, les menaces, le harcèlement et la violence peuvent déjà faire l'objet de sanctions, mais le simple fait d'insulter ou de critiquer sévèrement un policier ne devrait pas donner lieu à une contravention. Il estime qu'un règlement formulé trop largement risque d'avoir un effet dissuasif — un « chilling effect » — sur la liberté d'expression, particulièrement pour les personnes racisées, les manifestants, les citoyens qui filment des interventions policières et les journalistes qui documentent les actions des forces de l'ordre.

Le Parti Vert exprime également sa vive préoccupation concernant les interventions policières visant des journalistes lors de la manifestation contre le sommet ALL IN sur l'intelligence artificielle, le 16 septembre à Montréal. The Rover affirme que deux de ses journalistes ont été frappés par des policiers et que le photojournaliste William Wilson, qui portait une identification de presse, a subi une commotion cérébrale. Le SPVM a confirmé avoir pris connaissance des images concernant des interventions alléguées envers des journalistes et avoir transmis le dossier à sa Division des normes professionnelles pour analyse. (The Rover)

« Les journalistes doivent pouvoir couvrir une manifestation, photographier les interventions policières et poser des questions aux autorités sans craindre d'être frappés, aspergés ou ciblés en raison de leur travail. Dans un tel contexte, donner simultanément aux policiers davantage de moyens pour sanctionner les paroles qui leur sont adressées risque d'avoir un effet dissuasif sérieux sur la liberté de la presse et la liberté d'expression », affirme Alex Tyrrell.

Pour le Parti Vert du Québec, la confiance envers les forces policières ne peut pas être construite en limitant la critique ou en protégeant les institutions contre les paroles dérangeantes. Elle doit être gagnée par la transparence, l'imputabilité, des enquêtes véritablement indépendantes et le respect des droits fondamentaux.

Selon le Parti Vert, la sécurité publique doit également reposer autant sur la prévention et le soutien social que sur l'intervention policière. Le parti propose donc une approche combinant tolérance zéro envers le racisme, enquêtes indépendantes, protection des lanceurs d'alerte, soutien aux victimes, protection de la liberté d'expression et investissements accrus dans les services sociaux.

« Il faut prévenir les crimes justement en ayant des programmes sociaux, en ayant des programmes pour les jeunes, en prenant soin de la population », a conclu Tyrrell.

Rédaction Presse toi à gauche

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29.09.2026 à 14:12

Trois offensives fédérales de dépossession énergétique

Martine Ouellet

Il est des vérités que l'on préfère ne pas regarder en face. Celle-ci en est une : le fédéral mène en ce moment contre le Québec trois offensives coordonnées de dépossession énergétique, et elles se déroulent dans un quasi-silence médiatique. Non pas parce qu'elles sont secrètes — les décisions sont publiques, les contrats existent, les chiffres sont vérifiables — mais parce que leur logique d'ensemble n'est pas mise en lumière.

Dans les conférences sur l'indépendance, on parle souvent de ce qu'on fera quand on sera indépendant. Comment on gérera les télécommunications. Comment on gérera l'immigration. Mais, dans le dossier de l'énergie, la question est différente et plus urgente : si l'on ne fait pas l'indépendance, le fédéral est en train de nous enlever nos outils. Il est en train d'agir pour brimer notre capacité même de devenir indépendants. C'est aussi gros que ça, ce qui est en train de se passer.

Trois grandes offensives du fédéral contre le Québec, avec la duplicité de la CAQ au bénéfice des lobbies pétroliers et de la privatisation. Une pour privatiser l'électricité. Une pour affaiblir Hydro-Québec. Une pour maintenir le pétrole et le gaz.
Et toujours le même homme au cœur des décisions qui affaiblissent le Québec — artisan patient d'une dépossession systématique qui ne doit rien au hasard.

tiré de l'Action nationale, septembre 2026, Vol CXVI, no. 7

Michael Sabia, l'artisan qui nous appauvrit des deux mains

Il faut que les Québécois connaissent ce personnage. Michael Sabia est un expert en privatisation. Il a commencé sa carrière avec la privatisation du CN sous Jean Chrétien. Très proche des Desmarais, il a été nommé par le PLQ de Jean Charest — lui aussi un proche des Desmarais — à la tête de la Caisse de dépôt et de placement, nomination renouvelée de façon incompréhensible par le PQ de Pauline Marois. À la Caisse, il a notamment investi massivement dans le pétrole de l'Ouest, en particulier dans Total — une pétrolière dont les Desmarais étaient encore actionnaires importants au moment où il prenait ces décisions. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de le questionner à ce sujet en commission parlementaire à l'Assemblée nationale. On le voyait bien : il n'avait aucune ouverture à l'égard des préoccupations des élus ni à l'égard du fait que ses choix allaient à l'encontre de la volonté du Québec de refuser Énergie Est. Comme PDG de la Caisse, il a également privatisé une partie du transport en commun à Montréal avec le fiasco du REM.

Il a ensuite été nommé, par le PLC de Justin Trudeau, président du conseil d'administration de la Banque d'infrastructure du Canada, un véhicule conçu pour canaliser des fonds publics vers la privatisation de services publics, notamment dans l'électricité. Il a par la suite été sous-ministre des Finances, toujours sous le PLC de Justin Trudeau, où il a mis en place une série de crédits d'impôt pour l'énergie renouvelable — des crédits qui favorisent la privatisation de l'électricité, remboursables dans plusieurs cas, ce qui les rend, en pratique, équivalents à des subventions directes. C'est assez machiavélique : utiliser l'argent des contribuables pour privatiser l'électricité du Québec au profit des Boralex, Innergex, EDF, Énergir, Brookfield (dont Mark Carney était le PDG) et TES de ce monde — et ainsi affaiblir notre vaisseau amiral collectif qu'est Hydro-Québec, sous couvert de promouvoir les énergies renouvelables.

Puis, il a été nommé, par la CAQ de François Legault, président d'Hydro-Québec, où il a négocié le désastreux contrat Churchill Falls 2.0. À titre de PDG d'Hydro-Québec, il a également fortement collaboré à l'élaboration et à l'adoption du projet de loi 69, véritable autoroute de la privatisation de l'électricité. Et il est maintenant le bras droit de Mark Carney, greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet, grand patron de toute la fonction publique fédérale. C'est le lien vivant, l'artisan d'un appauvrissement à double tranchant : il privatise ce qui devrait rester collectif et collectivise ce qui devrait rester privé — notre électricité au service des promoteurs privés, nos impôts au service des pétrolières.

Première offensive : privatiser l'électricité

La privatisation de l'électricité a surtout commencé avec la production éolienne privée, lancée par Lucien Bouchard sous le prétexte qu'Hydro-Québec n'avait pas l'expertise nécessaire. C'est en fait tout le contraire. Les expertises requises pour les parcs éoliens sont la dynamique des fluides et la gestion de contrats — deux domaines dans lesquels Hydro-Québec est une experte mondiale. Les entreprises privées auxquelles on a confié ces projets — GazMétro (dont les Desmarais étaient alors actionnaires indirects importants), Boralex (un spin-off de Cascades des frères Lemaire), Innergex ou EDF — n'ont à peu près pas d'expertise en dynamique des fluides, et bien moins qu'Hydro-Québec en gestion de contrats.

Les projets éoliens privés se sont ensuite multipliés sous Jean Charest. Sous le gouvernement de Pauline Marois, alors que j'étais ministre des Ressources naturelles, j'ai autorisé le minimum de mégawatts nécessaires pour maintenir ouverts les manufacturiers de mâts et de pales d'éoliennes établis au Québec — à l'époque, Marmen et LG Power — en alimentant une ligne de production sur deux, l'autre pouvant être dédiée à l'exportation. J'avais également entrepris toutes les démarches pour remettre entre les mains d'Hydro-Québec la propriété et l'exploitation des parcs éoliens, et ainsi mettre fin à la privatisation. J'ai malheureusement reçu une fin de non-recevoir de la première ministre. Je ne comprendrai jamais pourquoi, alors que c'était pourtant inscrit dans notre programme.

Mais, avec François Legault et Michael Sabia, l'échelle est sans commune mesure. On est passé de projets privés de 150 MW à des projets de 1 000, 3 000, voire de 6 000 MW.

La privatisation de l'électricité a pris une autre dimension avec le projet de loi 69, adopté sous bâillon — avec la complicité de la ministre Christine Fréchette, maintenant première ministre du Québec. Ce projet de loi légalise la production d'électricité pour l'autoconsommation (comme le projet TES Canada), autorise la distribution privée d'électricité et la vente directe d'un producteur à un consommateur, et oblige Hydro-Québec à transporter sur ses lignes l'électricité des producteurs privés. C'est l'ouverture au retour des trusts de l'électricité et de tous leurs abus d'avant la nationalisation. Le projet de loi permet également la vente des barrages de 100 MW et moins d'Hydro-Québec au secteur privé, et reconnaît l'hydrogène à titre de contribution à la transition énergétique — ce qui permettra à ses promoteurs d'avoir accès à des subventions et à des crédits d'impôt. Ce projet de loi est en parfaite cohérence avec les crédits d'impôt fédéraux mis en place par Michael Sabia. Ce n'est pas un hasard : c'est aussi lui l'artisan du projet de loi 69.

Ce projet de loi ouvre également la porte au découplage des usines et des barrages au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où deux géants — Résolu-Domtar et surtout Alcan/Rio Tinto — ont bénéficié de privilèges exceptionnels en conservant leurs propres barrages lors de la nationalisation de 1964, en échange d'un pacte social lié au maintien des emplois dans les usines. Or, depuis lors, les emplois chez Rio Tinto sont passés de 12 000 à moins de 3 000, alors que les privilèges d'électricité maintenus sont évalués à plus de 700 millions de dollars par année. Le pacte social est définitivement rompu. Le lock-out d'Alma, en 2012, nous a appris qu'il était plus rentable pour Rio Tinto de vendre de l'électricité que de produire de l'aluminium. Sachant que la feuille de route du nouveau PDG, M. Pécresse, démontre une expérience importante dans l'électricité privée et une quasi-absence d'expérience dans la production d'aluminium, et que le PL 69 ouvre à Rio Tinto la possibilité de vendre son électricité au plus offrant, il y a tout lieu de s'inquiéter pour l'avenir de la production d'aluminium dans la région. La même logique s'applique à Domtar-Résolu, dont le propriétaire indonésien, M. Wijaya, a déjà annoncé son intention de découpler ses barrages des usines à papier.

Fausse pénurie et fausse décarbonation

Au cœur de la justification des projets privés éoliens se trouve la thèse des 200 TWh de besoins supplémentaires avancée par Michael Sabia lorsqu'il présidait Hydro-Québec. Ce chiffre est une fiction. Les données obtenues par accès à l'information par le Journal de Montréal (1) le démontrent : 145 TWh abandonnés par les promoteurs eux-mêmes — tellement leurs projets étaient bancals —, 15 TWh refusés, 40 TWh encore à l'étude au moment de la réponse et donc susceptibles d'être refusés, et finalement 6 TWh acceptés, incluant le défunt Northvolt. Il reste un 4,5 TWh dont on ne connaît pas encore la nature. Une grosse balloune qui dégonfle, comme on dit.

La bonne nouvelle est que le Québec a suffisamment d'électricité pour décarboner son économie sans avoir à construire de nouvelles capacités. La condition première est de faire des choix judicieux sur le plan industriel. Notre électricité précieuse, il faut cesser de la gaspiller dans des projets extrêmement énergivores à faible valeur ajoutée pour le Québec — les centres de données des GAFAM, la cryptomonnaie, les usines d'hydrogène pour exportation, etc.

Il faudra aussi remettre en question les deux contrats d'exportation d'électricité vers les États-Unis totalisant 20 TWh, dont le dernier a été signé par Sophie Brochu, alors PDG d'Hydro-Québec, quelque trois à quatre mois avant qu'elle annonce une pénurie de 100 TWh. Pourquoi signer un contrat d'exportation si nous n'avons pas de surplus ? Ces contrats ont été conclus à environ 7 ¢/kWh, alors que le coût de la future production est estimé à 11 ¢/kWh. Nous perdons quelque 4 ¢ à chaque kilowattheure vendu. C'est une véritable dilapidation de notre patrimoine collectif.

Combinées à des économies d'électricité sérieuses dans les secteurs industriel et commercial, notamment grâce à la géothermie pour le chauffage et la climatisation des bâtiments et à l'installation de thermopompes efficaces dans le secteur résidentiel, ces mesures dégagent les marges nécessaires pour décarboner, c'est-à-dire convertir toutes nos sources d'énergie fossile, le gaz et le pétrole, sans brader notre territoire. Quant à l'électrification du parc automobile — voitures et camions légers confondus —, elle ne représente que 15 TWh, soit 5 TWh de moins que ce que les deux derniers contrats d'exportation d'électricité aux États-Unis représentent.

L'éolien privé et vos factures d'électricité

La privatisation de l'éolien n'est pas abstraite. Ses effets sont visibles sur chaque facture d'électricité depuis des années. Le gouvernement du PLQ de Couillard a forcé Hydro-Québec à acheter de l'électricité éolienne privée jusqu'à 12 à 13 ¢/kWh, même en période d'excédent — pendant qu'Hydro laissait sur la table de l'électricité à 3,5 ¢/kWh. La différence, ce sont les contribuables qui l'ont payée. Boralex et ses concurrents, qui n'hésitent pas à recourir aux paradis fiscaux selon une étude de l'IRIS (2), ont empoché la différence. Une grosse part des hausses tarifaires absorbées par les citoyens ces dernières années provient directement de cet arrangement. L'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) a évalué cette perte à plus de 6 milliards de dollars(3). Ce n'est pas une fatalité. C'est un choix politique.

La recette de la privatisation

Ce qui se passe n'est pas accidentel. Il y a une méthode éprouvée. J'ai commencé à l'étudier avec la tentative de privatisation de l'eau à Montréal, sous le PQ de Lucien Bouchard, à la fin des années 1990. La recette est toujours la même : on laisse le réseau public se détériorer, on coupe dans la maintenance, les pannes se multiplient, les citoyens s'impatientent, et on arrive ensuite avec la solution-miracle du privé.

Les coupures dans l'entretien du réseau d'Hydro-Québec ne sont pas un hasard. Les grandes pannes des dernières années ne sont pas une fatalité. Le gouvernement aurait pu choisir de réduire sa redevance plutôt que d'exiger des rendements faramineux d'Hydro-Québec, qui s'est vue contrainte de couper dans la maintenance. Il a choisi l'inverse. Le résultat est prévisible : une augmentation des pannes liées au manque d'élagage, une insatisfaction croissante envers Hydro-Québec, qui rend la population plus réceptive aux projets de privatisation. C'est planifié. Et ça marche.

On peut rappeler l'exemple de la pétrolière Total en France : initialement entreprise d'État, elle a connu une ouverture progressive au capital privé, jusqu'au moment où le privé a pris toute la place. Total est aujourd'hui 100 % privée. Les Desmarais en ont été les actionnaires de contrôle pendant plusieurs années, et ils connaissent la dynamique. Le même scénario se dessine ici, non pas par une privatisation frontale d'Hydro-Québec, mais par la privatisation sournoise de plusieurs pans de l'entreprise et de la production d'électricité éolienne et solaire.

La multiplication tous azimuts des parcs éoliens privés

Les projets privés actuellement en jeu représentent plus de 14 000 MW : Chamouchouane (3 000 MW au Saguenay–Lac-Saint-Jean), Alliance de l'Est en Gaspésie–Bas-Saint-Laurent (1 000 MW), un projet avec les Mi'kmaq (6 000 MW)(4), Pessamit (1 000 MW), sans compter les appels d'offres d'Hydro-Québec dépassant 1 500 MW depuis 2023 et le dernier appel d'offres en cours pour 1 500 à 3 000 MW (5). De nombreux promoteurs privés sillonnent déjà le territoire pour faire signer des ententes déséquilibrées à des agriculteurs, des MRC et des municipalités qui se retrouvent démunis face à ces approches sous pression.

Le territoire agricole québécois est un patrimoine collectif irremplaçable : il ne représente que 2 % du territoire, et chaque hectare perdu à une autre vocation est un hectare perdu pour s'alimenter. L'installation de méga-éoliennes industrielles sur des terres agricoles cicatrise ce territoire de façon durable et met en péril sa vocation nourricière. On n'a qu'à penser au risque de contamination de l'eau souterraine lors de l'installation des énormes socles de béton, aux chemins agricoles compactés et rendus inutilisables pour les opérations agricoles, aux problèmes d'infrasons documentés en France et à leurs impacts avérés sur les troupeaux, ou encore aux zones de danger de plus de 400 mètres de rayon autour des mâts liées au risque de projection de débris de pales.

Et l'argent que fait miroiter le promoteur à l'agriculteur risque bien de partir en fumée. Si le propriétaire du parc fait faillite et que le fonds de démantèlement n'est pas adéquatement capitalisé, comme on l'a vu trop souvent dans le secteur minier, c'est l'agriculteur qui héritera de la facture. Or, le démantèlement d'une seule éolienne est estimé à près d'un million de dollars. Multiplié par des centaines de machines, le passif potentiel est colossal, et personne n'en parle.

Quand Michael Sabia affirme qu'Hydro-Québec sera « maître d'œuvre » de plusieurs de ces projets, il faut lire entre les lignes. Il enrobe le tout d'un vocabulaire actionnarial qui brouille les cartes. Hydro ne sera qu'un actionnaire parmi d'autres dans une entité qui, elle, demeure privée. Le meilleur exemple est le projet Éolien des Neiges, où Hydro est coactionnaire avec Boralex et Énergir. Ce ne sont pas des employés d'Hydro-Québec qui gèrent les contrats de construction ni qui assureront la maintenance du parc, et la nouvelle entité privée sera gérée en fonction de la maximisation du profit, comme toute entreprise privée, même au détriment du développement régional, avec pour conséquence des hausses tarifaires importantes. Hydro-Québec est loin d'être « maître d'œuvre ».

TES Canada : un cas flagrant de privatisation au profit du réseau Chrétien-Desmarais

TES Canada illustre parfaitement la mécanique de cette privatisation. Ce projet, porté par France Chrétien-Desmarais et ses associés, prévoit la construction d'éoliennes privées en Mauricie pour alimenter une usine de production d'hydrogène qui sera transformé en gaz synthétique — un gaz qui coûtera dix fois plus cher que le gaz naturel actuel. Quelles usines seraient prêtes à payer ce surcoût ? Poser la question c'est y répondre. Selon plusieurs experts, aucune rentabilité n'est possible sans subventions massives tant à la production qu'à la consommation.

Il importe aussi de savoir que l'hydrogène ne mérite pas son qualificatif de « vert ». L'ensemble du procédé est tellement énergivore qu'il représente 94 % de gaspillage d'électricité. Selon un professeur émérite de Polytechnique, seulement 40 000 maisons pourraient être chauffées par le gaz réformé de cet hydrogène, comparativement à 666 000 maisons si l'électricité était utilisée directement avec une thermopompe.

Michael Sabia a pensé à tout. Seulement six mois avant la première annonce de TES Canada, alors qu'il était sous-ministre des Finances du Canada, il a mis en place cinq crédits d'impôt fédéraux pour les énergies renouvelables (éolien et solaire) et l'hydrogène, allant de 15 à 40 % des coûts, et remboursables dans le cas de l'hydrogène, ce qui équivaut à des subventions directes. Ces crédits sont évalués entre 93 et 103 milliards de dollars au niveau fédéral. Les Québécois en assumeront donc 20 milliards de dollars. Ces crédits bénéficieront également à l'ensemble des promoteurs privés d'électricité et d'hydrogène.

S'y ajoute un montant de 20 milliards de dollars de la Banque d'infrastructure du Canada pour la privatisation des énergies renouvelables (hydraulique, éolienne et solaire). De cette enveloppe de financement, consentie par une institution dont le conseil d'administration était présidé naguère par ce même Michael Sabia, 4 milliards de dollars provenant des contribuables québécois pourront bénéficier à TES Canada et aux autres promoteurs privés.

Au total, les contribuables québécois paieront 24 milliards de dollars pour financer la privatisation de leur électricité. Il faut s'arrêter sur cette absurdité : nous subventionnons nous-mêmes le démantèlement de notre modèle énergétique collectif.

Deuxième offensive : l'affaiblissement d'Hydro-Québec

Le piège Churchill Falls 2.0

Commençons par les faits. L'ancien contrat Churchill Falls de 1969 n'était nullement défavorable à Terre-Neuve ; au contraire, il était défavorable au Québec. Hydro-Québec détenait 34 % des actions pour avoir assumé 55 % des investissements et garanti 90 % à 95 % des achats. Aucun partenaire privé n'aurait accepté de telles conditions. De plus, si Hydro-Québec n'avait pas investi au Labrador, elle aurait investi au Québec dans un barrage qui lui aurait appartenu à 100 %, et nous n'aurions pas eu tout ce ressentiment terre-neuvien, complètement infondé, au demeurant. En effet, le prix négocié par Hydro-Québec à l'époque était dans le même ordre de grandeur que ce que New York aurait été prêt à payer : il n'y a donc pas eu de rabais pour Hydro-Québec. De plus, les prétentions voulant que l'électricité de Churchill Falls ait été exportée par Hydro-Québec aux États-Unis sont totalement fallacieuses. Cette électricité était destinée à la consommation locale — et elle a été consommée localement. Elle fait même partie de l'électricité dite patrimoniale en vertu de la loi. L'électricité exportée est toujours celle des derniers barrages construits : depuis Churchill Falls, il y a eu La Grande, Sainte-Marguerite et La Romaine.

Au moins, en 1999, une renégociation a accordé à Hydro-Québec un droit de veto sur les décisions importantes, lui conférant une position de force réelle à l'approche de l'échéance de 2041. À partir de 2041, Terre-Neuve ne pourrait pas récupérer ses installations sans l'accord d'Hydro-Québec. Et si elle voulait transporter l'électricité vers les marchés ontariens ou étasuniens, il lui faudrait passer par le territoire québécois. Deux solides poignées de négociation. Une position de force indéniable. Qu'est-ce que François Legault en a fait ? Il s'est mis à genoux en s'excusant pour un contrat qu'il n'avait aucune raison de renégocier.

Le résultat de l'équipe Legault-Sabia face au fédéral et à Terre-Neuve : un nouvel engagement de 195 milliards de dollars (6) en dollars courants, soit 100 milliards de dollars (7) en dollars constants. Cela équivaut à un prix réel moyen de 7,75 ¢/kWh (8) — près de 40 fois le prix actuel de 0,2 ¢/kWh —, avec une facture encore plus salée pour les générations futures, à plus de 12,0 ¢/kWh (9), le tout pour une centrale dont le Québec a déjà presque entièrement assumé les coûts. Lorsque M. Sabia a annoncé un coût net de 4 ¢/kWh, il semble avoir eu recours à une entourloupe comptable en soustrayant les dividendes à recevoir par le Québec à titre d'actionnaire.

En résumé, le coût d'ouverture anticipée du contrat de 1969 avant l'échéance de 2041 engendrerait un surcoût direct pour Hydro-Québec de 19 milliards de dollars (10). Il est évident que ce surcoût se répercutera en importantes hausses des tarifs d'électricité pour l'ensemble des catégories de consommateurs. Cela pourrait même remettre en question le tissu industriel du Québec, développé sur la base d'une électricité bon marché.

Il y a en plus dans ce désastreux contrat un « partenariat » pour la construction de deux nouveaux barrages : Churchill Falls 2.0 et Gull Island. Encore la même recette injuste : Hydro-Québec assumerait 90 % des coûts de construction et 90 % des dépassements sans plafond (11), pour seulement 34 % et 40 %, respectivement, de l'actionnariat.

Aucun investisseur privé digne de ce nom ne signerait une telle entente. Dans le monde des affaires, quand on assume 90 % des risques, on exige 90 % des bénéfices — c'est la règle élémentaire de tout partenariat. Ce qui serait qualifié d'arnaque si un chef d'entreprise le soumettait à son conseil d'administration, la CAQ ose nous le présenter comme une victoire. Il faut nommer les choses pour ce qu'elles sont : nous finançons la richesse des autres avec l'argent de tous les Québécois, et ceux qui nous gouvernent appellent ça du développement.

Et comme si cela ne suffisait pas, Hydro-Québec verserait 3,5 milliards de dollars en avances à Terre-Neuve pour un droit exclusif de négociation de 15 ans — un droit que l'on paie alors qu'elle était déjà en position de force. Pire encore : c'est cet argent que Terre-Neuve utiliserait pour financer le 60 % de son actionnariat dans le projet. Nous leur prêtons l'argent pour qu'ils possèdent davantage que nous dans un projet que nous finançons à 90 %…

Cet engagement massif risque de dégrader la cote de crédit d'Hydro-Québec — et celle du gouvernement du Québec, puisqu'Hydro est dans le périmètre comptable de l'État. Conséquence directe : des tarifs d'électricité encore plus élevés pour tous les Québécois et un alourdissement du coût de la dette pour l'ensemble des contribuables. Il n'y avait aucune raison de rouvrir en 2025 ce que 2041 aurait réglé à notre avantage.

Quel est l'intérêt du fédéral dans tout cela ? Il faut savoir que le gouvernement fédéral était à la table de négociation entre Québec et Terre-Neuve. Plus tôt l'ancien contrat sera renouvelé, plus tôt Ottawa pourra récupérer les milliards engloutis dans Muskrat Falls. De plus, les deux nouveaux barrages prévus à l'entente (Gull Island et Churchill Falls 2.0) nécessiteront une nouvelle ligne de transport d'électricité. Or, le premier ministre Legault est lui-même allé quêter du financement à Ottawa pour cette nouvelle ligne — offrant ainsi à Carney le prétexte rêvé pour que le fédéral s'immisce dans l'électricité québécoise et subordonne ainsi une juridiction strictement provinciale au palier fédéral. Ce faisant, M. Legault s'est fait le complice de la vision impérialiste de Carney pour un grand corridor pancanadien de transport d'électricité — à l'image des pipelines et du chemin de fer — visant à renforcer le « nation building canadian » au détriment du Québec.

La date d'échéance pour la signature de la nouvelle entente était fixée au 30 avril 2026. À l'Assemblée nationale, les partis d'opposition sont restés les bras croisés. De son côté, le parlement de Terre-Neuve a commandé plusieurs études externes qui confirment que le gouvernement réalise un « rattrapage » pour l'argent prétendument perdu avec le contrat de 1969. Traduit en québécois : l'entente est nettement favorable à Terre-Neuve et défavorable au Québec. Mais pour le gouvernement conservateur de Terre-Neuve, ce n'est toujours pas suffisant : en date d'écriture de cet article, il a annoncé vouloir obtenir encore davantage.

La nouvelle première ministre Fréchette, plutôt que de commander à son tour une série d'études externes et d'ouvrir un débat à l'Assemblée nationale pour faire toute la lumière sur cette entente et se donner un rapport de force face à Terre-Neuve, a choisi d'annoncer qu'elle souhaitait renégocier et signer le plus rapidement possible. Legault a commencé sa négociation à genoux, en s'excusant sans raison pour le passé — il ne pouvait finir autrement que couché. Mme Fréchette, quant à elle, commence ses négociations là où M. Legault les a terminées, en abdiquant d'entrée de jeu tout rapport de force. Espérons que les négociations n'aboutiront pas, car, dans le cas contraire, Mme Fréchette mettrait en péril Hydro-Québec et, par effet domino, toute l'économie du Québec.

L'entente de biénergie : 2,4 milliards pour maintenir le gaz d'Énergir

Dans la même logique d'affaiblissement, l'entente sur la biénergie oblige Hydro-Québec à maintenir un réseau gazier sous prétexte de mieux gérer la pointe de consommation hivernale. Ce prétexte est fallacieux : l'accumulation thermique, le délestage des grandes entreprises et d'autres solutions offrent des alternatives viables. Le véritable résultat de cette entente : les consommateurs québécois d'électricité paieront 2,4 milliards de dollars d'ici 2050 pour maintenir en vie le réseau gazier d'Énergir — alors que la décarbonation exige précisément l'inverse, puisque le gaz distribué par Énergir est issu de la fracturation et émet davantage de gaz à effet de serre que le charbon. Cette entente a été signée par Sophie Brochu, nommée PDG d'Hydro-Québec par la CAQ, mais aussi ancienne PDG d'Énergir pendant près de douze ans. Il est pour le moins incompréhensible qu'une telle transaction, au profit de son ancien employeur, ait pu être conclue.

Troisième offensive : maintenir le pétrole et le gaz

Pétrole albertain : 15 milliards de dollars québécois partis en fumée

Que ce soit sous le Parti conservateur ou le Parti libéral du Canada, le Canada est un État pétrolier. Ce n'est pas une métaphore — c'est un constat. La preuve est dans les chiffres : entre 2020 et 2024, le gouvernement fédéral du PLC a accordé environ 75 milliards de dollars en subventions directes et indirectes aux énergies fossiles. Les Québécois en ont donc payé 15 milliards de dollars.

Trans Mountain à lui seul : acheté pour 4,5 milliards de dollars, développé pour 34 milliards de dollars supplémentaires, pour un total de 38 milliards — dont 7,77 milliards assumés par les contribuables québécois. Nous avons financé à hauteur d'un cinquième un pipeline de pétrole albertain dont nous ne voulons pas et qui va à l'encontre de nos engagements climatiques. Il y a eu également le projet pétrolier Bay du Nord à Terre-Neuve, autorisé par nul autre que Steven Guilbeault, avec une aide financière fédérale de 1,2 milliard de dollars.

S'ajoutent à ces projets des dernières années deux annonces récentes de pipelines de pétrole bitumineux transprovinciaux.
D'abord, un pipeline vers l'ouest, de l'Alberta jusqu'en Colombie-Britannique, suivant à peu de chose près le même tracé que Trans Mountain : 1 200 km, un débit d'un million de barils par jour, un coût estimé pour l'instant à 44 milliards de dollars et un marché visé qui comprend la Chine, l'Inde, la Corée du Sud et le Japon. Ce projet serait financé à 90 % par des fonds publics, donc par les contribuables.

Ensuite, le pipeline Northern Shield, vers l'est : de Hardisty, en Alberta, jusqu'aux raffineries de Sarnia, en Ontario. 3 300 km, une capacité de 500 000 barils de pétrole brut par jour, un coût estimé à 100 milliards de dollars et, pour celui-ci, aucun investisseur privé n'a encore manifesté d'intérêt. Il s'agirait donc d'un investissement entièrement public, c'est-à-dire de l'argent des contribuables. La raison invoquée pour justifier ce projet est la sécurité nationale : un pipeline entièrement en territoire canadien, puisque l'oléoduc actuel menant à Sarnia transite par les États-Unis, qui pourraient faire du chantage. Mais le marché européen a lui aussi été évoqué. Une fois le pipeline rendu jusqu'en Ontario, la pression sera forte pour qu'il soit prolongé jusqu'aux ports des Maritimes pour traverser l'Atlantique — traversant donc tout le territoire du Québec, malgré une opposition citoyenne maintes fois exprimée.

Dans les deux cas, l'intérêt national est invoqué pour bénéficier des passe-droits environnementaux et de consultation désormais permis par la loi C-5. Pour ces deux annonces combinées, ce sont 28 milliards de dollars supplémentaires qui seraient assumés par les seuls contribuables québécois — autant d'argent qui n'est pas investi selon nos priorités pour nous affranchir du pétrole, qu'il soit de l'Ouest ou d'ailleurs.

GNL, Marinevest et gaz de fracturation de l'Ouest canadien

Le projet GNL Québec a été bloqué grâce à une mobilisation citoyenne massive. Mais le Canada ne renonce pas. Aujourd'hui, c'est Marinevest à Baie-Comeau qui ressurgit — un projet de gazoduc traversant le Québec et de liquéfaction de gaz de fracturation albertain pour l'exportation, l'un des gaz les plus polluants de la planète. Et cette fois, le fédéral n'hésitera pas à invoquer les dispositions de l'intérêt national canadien pour court-circuiter les processus environnementaux. Tant que le Québec demeurera une province, le fédéral s'arrogera ce droit.

L'énergie comme projet national « canadian »

Ce qui se passe au niveau énergétique ne relève pas seulement des appétits des grandes corporations. C'est une question de projet national canadien — et il faut le nommer comme tel.

Au XIXe siècle, Ottawa a cimenté sa mainmise sur le continent avec les chemins de fer. Au XXe siècle, c'est avec le pétrole de l'Ouest et ses pipelines qu'il a consolidé l'architecture économique du pays, en faisant payer l'ensemble des provinces — dont le Québec — pour bâtir une puissance énergétique dont il est aujourd'hui un grand bénéficiaire. Au XXIe siècle, c'est avec les réseaux électriques interprovinciaux que le fédéral entend compléter cette architecture. Mark Carney, quand il parle de « One canadian economy »(12), ne parle pas uniquement de pipelines et de gazoducs. Il parle aussi de réseaux électriques sous juridiction fédérale. Et la pièce manquante de cette architecture, c'est Hydro-Québec. Tant que le fédéral n'aura pas réussi à fragmenter, à privatiser ou à placer sous juridiction interprovinciale — donc fédérale — l'électricité québécoise, son projet national demeurera inachevé.

C'est là qu'entre en scène la CAQ, avec François Legault demandant des subventions fédérales pour de nouvelles lignes de transport d'électricité entre le Labrador et le Québec pour transporter l'électricité vers l'Ontario et même vers les États-Unis. Car, une fois que l'électricité voyage d'une province à l'autre, elle devient un enjeu de commerce interprovincial — et donc de juridiction fédérale. Nous avions protégé notre électricité dans notre propre juridiction depuis des décennies. La CAQ, maintenant avec Christine Fréchette, est en train de défaire ce rempart, sans que personne à l'Assemblée nationale ne semble s'en alarmer.

Les partis d'opposition ne font manifestement pas leur travail. Aucune demande de commission d'enquête indépendante, aucune contre-expertise exigée en commission parlementaire sur le contrat Churchill Falls 2.0 — qui serait un désastre pour le Québec.

Ce que ça coûte, en vrai

Les grands chiffres paralysent. 100 milliards, 93 milliards, 75 milliards, à un moment, les citoyens décrochent. Il faut traduire. Que représente ce que les Québécois versent au Canada pour maintenir le pétrole, acheter et rénover Trans Mountain, privatiser l'électricité et financer le contrat Churchill Falls 2.0 ? Des dizaines d'hôpitaux rénovés. Des milliers de places en garderie. Des routes sans nids-de-poule. Des milliers de logements sociaux. Une police verte digne de ce nom. Ce que nous payons pour enrichir des actionnaires privés et financer le projet national canadien, c'est notre système de santé que nous ne construisons pas, notre réseau scolaire que nous n'entretenons pas, notre environnement que nous laissons polluer, notre filet social que nous effilochons. C'est dans ces termes qu'il faut parler de l'énergie — pas en kilowattheures et en taux d'actualisation, mais en choix de société.

Conclusion : qui contrôle l'électricité contrôle l'avenir

Il y a une phrase que je répète depuis des mois, et la réalité lui donne chaque jour plus de sens : qui contrôlera l'électricité contrôlera l'intelligence artificielle. Les GAFAM ne se battent pas pour l'électricité par vertu environnementale. Ils le font parce que les centres de données qui font tourner l'intelligence artificielle sont des gouffres énergétiques et que celui qui contrôle l'électricité contrôle leur capacité à exister. Le Canada a compris cela. Le fédéral mène ses trois offensives en sachant très bien quels sont les enjeux.

La seule réponse à la hauteur de cette offensive, c'est l'indépendance. Pas parce que c'est une question de fierté nationale, mais parce que, sans elle, nous n'aurons bientôt plus les outils pour décider de notre propre avenir énergético-économique. Le contrat Churchill Falls 2.0, les projets d'éoliennes privées, les crédits d'impôt fédéraux, les subventions aux fossiles, tout cela se décide sans nous, contre nous, trop souvent avec la complicité passive et même active de trop d'élus québécois.

Mais il y a aussi une mobilisation citoyenne remarquable. Contre TES Canada en Mauricie, contre le GNL, contre les éoliennes privées sur des terres agricoles partout au Québec — au Centre-du-Québec, en Montérégie, dans le Bas-Saint-Laurent, dans les Appalaches, dans Lanaudière, à Charlevoix, dans la région de Québec, en Estrie. Contre les projets qui saccagent nos territoires. Cette force est réelle. Elle a déjà fait reculer des investisseurs. Elle peut encore bloquer ces projets destructeurs.

À condition qu'on ait la lucidité de nommer ce qui se passe : une dépossession organisée, méthodique, portée par un réseau d'influence qui va du château Sagard aux bureaux du premier ministre canadien, avec la complicité trop commode de collaborationnistes provinciaux qui ouvrent eux-mêmes la porte. Dire non à cette dépossession, collectivement, c'est possible. Mais soyons lucides : tant que nous serons une province canadienne, le fédéral aura toujours le dernier mot sur nos ressources, notre électricité, notre territoire. La seule façon de dire non pour vrai, pas juste ralentir, pas juste résister, mais décider, c'est de sortir du Canada. Il est grand temps de faire l'indépendance de la République du Québec.

Cheffe de Climat Québec, ancienne ministre des Ressources naturelles du Québec et ancienne gestionnaire chez Hydro-Québec.

Notes

1. https://www.journaldemontreal.com/2025/06/09/surprise-il-ny-aura-peut-etre-pas-de-penurie-delectricite-finalement
2. https://iris-recherche.qc.ca/blogue/environnement-ressources-et-energie/paradis-fiscaux-energies-renouvelables
3. https://irec.quebec/actualites/2024/03/les-quebecois-ont-paye-plus-de-609-g-pour-prioriser-lenergie-eolienne-privatisee
4. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2188536/francois-legault-gaspe-developpement-eolien
5. https://nouvelles.hydroquebec.com/nouvelles/communiques/tout-quebec/hydro-quebec-lance-nouvel-appel-offres-energie-eolienne-axe-contenu-quebecois-acceptabilite-sociale.html
6. Protocole d'entente relatif à une nouvelle initiative d'achat et de développement d'énergie à long terme entre Newfoundland and Labrador Hydro et Hydro-Québec, 12 décembre 2024, Annexe G.
7. Texte de Richard Carrier dans ce numéro de L'Action nationale.
8. Texte de Richard Carrier, « Canada-Hydro : les voies de l'avenir ? », dans ce numéro de L'Action nationale.
9. Texte de Richard Carrier dans ce numéro de L'Action nationale.
10. Texte de Richard Carrier dans ce numéro de L'Action nationale.
11. Tommy Chouinard et Hélène Baril, « Entente entre Québec et Terre-Neuve-et-Labrador : plus d'électricité, plus longtemps, mais pour plus cher », La Presse, 12 décembre 2024.
12. Discours du premier ministre canadien à la citadelle de Québec le 22 janvier 2026 : https://www.pm.gc.ca/en/news/speeches/2026/01/22/building-canada-together-prime-minister-carney-delivers-remarks-citadelle

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29.09.2026 à 14:12

Le Sommet mondial sur l'investissement de Mark Carney

Desmond Cole, Martin Lukacs

Nous publions la transcription de l'entrevue de Martin Lukacs, rédacteur en chef de The Breach, par Desmond Cole. L'entrevue porte sur le Sommet mondial sur l'investissement organisé par Mark Carney, premier ministre du Canada.

18 septembre 2026 | tiré de The Breach media
https://breachmedia.ca/how-mark-carneys-investment-summit-maple-washed-a-giant-corporate-giveaway/

DESMOND COLE : Bienvenue dans The Breach Show, une émission proposant des analyses pointues sur la politique et les mouvements sociaux au Canada. Je suis votre animateur, Desmond Cole. La semaine dernière, nous avons présenté un aperçu du Sommet mondial de l'investissement du Premier ministre Mark Carney, une initiative visant à attirer les capitaux étrangers dans ce pays. Le gouvernement Carney et de nombreux chefs d'entreprise affirment que cet événement a changé la donne pour l'économie canadienne. Est-ce exact ? Qu'est-ce que ce sommet a changé, et qui en tirera profit à l'issue de celui-ci ? Pour en discuter, je reçois Martin Lukacs, rédacteur en chef de The Breach. Bonjour, Martin.

MARTIN LUKACS : Bonjour, Desmond.

DESMOND COLE : Avant de commencer, un petit rappel à nos auditeurs : n'hésitez pas à « aimer » et à vous abonner si vous souhaitez davantage de journalisme audacieux au service du changement. Martin, si l'on en croit le Premier ministre Carney, nous sommes bel et bien de retour. Que retenez-vous donc de ces gros titres annonçant des milliards de dollars de nouveaux investissements et un enthousiasme débordant de la part du monde des affaires canadien, mais aussi de la classe politique ?

MARTIN LUKACS : Eh bien, je pense que du point de vue de Carney, cela a été un succès politique majeur. Dans le sillage des attaques incessantes de Trump contre le pays, les Canadiens ont eu droit à cette grandiose mise en scène d'un banquier-Premier ministre d'une habileté consommée, convoquant les acteurs économiques mondiaux pour sauver notre pays et notre économie. Et dans le même temps, il a envoyé un message au monde des affaires, ici et à l'étranger, selon lequel, loin de sauver le pays, il ne fait en réalité que le brader. Lors du sommet, et dans les jours qui l'ont précédé, il a multiplié les mesures favorables aux entreprises. Il a cédé nos quatre plus grands aéroports à des investisseurs privés. Il a offert un énorme allègement fiscal aux entreprises les plus rentables du pays. Il a commencé à démanteler les lois environnementales qui freinaient modestement l'industrie pétrolière et gazière ainsi que d'autres secteurs extractifs. Et il a également laissé entendre qu'il allait probablement sévir contre les droits des travailleurs afin d'empêcher toute opposition à ce type de programme. Honnêtement, il est difficile de suivre tout cela — et c'est voulu. Carney, je pense, a profité de ce moment de peur et de désorientation collectives, à la suite des attaques commerciales de Trump, pour faire passer en force un programme qui aurait autrement été très difficile à mettre en œuvre. Il convient de rappeler qu'en 2025, Carney avait déclaré avoir constaté, je cite, « l'efficacité de la stratégie consistant à inonder la zone » — ce qui, bien sûr, est l'expression utilisée par Steve Bannon pour désigner les politiques pro-entreprises mises en œuvre à un rythme effréné par Trump d'un seul coup, ou la « doctrine du choc », selon l'expression de Naomi Klein. Je pense que tout cela a permis à Carney d'envelopper habilement ce qui est un programme de droite pro-entreprises dans un drapeau à la feuille d'érable, et de faire passer ce qui est fondamentalement un acte de soumission aux entreprises pour un acte de défiance nationale. Et l'ironie de tout cela, bien sûr, c'est qu'il utilise la rhétorique du nationalisme tout en menant en réalité des politiques — qu'il s'agisse du déploiement de centres de données d'IA, d'une militarisation massive ou d'un développement pétrolier effréné — qui ne rendront pas le Canada plus autonome et indépendant des États-Unis et des grandes fortunes américaines, mais le rendront en réalité bien plus dépendant d'eux.

DESMOND COLE : Or, cette aura de nationalisme et cette rhétorique du « nous sommes tous dans le même bateau » semblent avoir porté leurs fruits, non seulement — évidemment — auprès des chefs d'entreprise qui, je pense, veulent entendre cela, mais aussi auprès d'une grande partie de la classe médiatique. Les médias n'ont pas vraiment contesté cette avalanche d'annonces, apparemment parce qu'il s'agit d'une opportunité d'investissement importante pour le Canada, et on a l'impression qu'ils ne veulent pas trop gâcher la fête. Avez-vous également cette impression ?

MARTIN LUKACS : Tout à fait, à 100 %. Ils apprécient également l'accès qui leur est accordé, et cet accès dépend de leur capacité à ne pas remettre en cause ce discours. The Breach, par exemple, n'a pas pu accéder au sommet sur l'investissement, mais il y avait une foule de journalistes des grands médias et de l'establishment, qui, pour la plupart, prenaient des airs de supporters enthousiastes et semblaient éblouis par la présence de personnalités.

DESMOND COLE : Vous avez mentionné une remarque faite par David Cochrane, animateur à la CBC, alors qu'il s'adressait à l'un des journalistes présents au sommet.

MARTIN LUKACS : Oui — il a fait une blague à l'un de ses journalistes, en lui disant en substance : « Tu peux m'acheter une mine de lithium tant que tu y es ? Peter, je sais que tu as quelques milliards à dépenser pendant que tu es au sommet, mais il y a beaucoup d'argent en jeu ici. » Achète-moi une mine de lithium ! Écoutez, je sais que c'est juste une boutade, mais je pense que cela contribue à ce sentiment que nous pouvons tous nous enthousiasmer un peu à ce sujet, qu'il y a quelque chose à y gagner pour nous tous, en tant que Canadiens. C'est une blague, mais les blagues, comme l'a dit un jour Freud, en disent long. Une grande partie de la couverture médiatique grand public s'est faite du point de vue de la classe des entreprises — elle n'a pas remis en question ce récit séduisant que Carney vend aux Canadiens. Parmi ceux qui ont remis cela en question, on trouve de nombreuses nations autochtones.

DESMOND COLE : Nous y reviendrons au fil de l'émission, mais je tenais simplement à souligner une remarque de Linda Debassige, de la Nation Anishinabek, qui regroupe des dizaines de nations anishinabek de la région des Grands Lacs en Ontario. Elle a déclaré, je cite : « Il est temps que le Canada reconnaisse que les ressources présentes sur nos terres ne leur appartiennent pas au point de pouvoir les céder ou les échanger pour attirer des investissements, mais qu'elles appartiennent aux peuples Anishinabek, qui sont les gardiens de cette terre depuis des temps immémoriaux » — compte tenu de la résistance et de la forte opposition à bon nombre de ces différents projets que Mark Carney et le monde des affaires tentent de faire passer. Je voudrais maintenant diffuser une citation de Mark Carney, dans laquelle il décrit ce qu'il a entrepris, notamment de nombreuses coupes dans le secteur public.

MARK CARNEY (extrait) : Notre gouvernement réduit les effectifs de la fonction publique de 10 % et diminue les dépenses consacrées aux consultants de 20 %. Il ne s'agit pas d'une austérité pour l'austérité.

DESMOND COLE : Je déteste ça, parce que maintenant, je ne peux plus m'empêcher de voir Carney comme un dominateur, en train de donner la fessée à des jeunes banquiers dans une pièce à l'écart du sommet, et celui qui tient le plus longtemps a le droit d'acheter nos aéroports.

MARTIN LUKACS : Oh mon Dieu.

DESMOND COLE : Je crois que c'était en fait… Je l'ai vu sur un forum Reddit du NPD. Ils l'ont posté avec la légende suivante : « Je ne suis pas du genre à juger les pratiques sexuelles, mais si tu veux assouvir tes pulsions, tu dois obtenir le consentement de ton entourage. Il doit respecter le mot de sécurité du peuple canadien. » Cela rejoint justement ce que nous disions tout à l'heure à propos de certaines oppositions à ces idées.

MARTIN LUKACS : L'autre ironie, bien sûr, c'est que l'austérité n'est pas un fétiche — c'est tout le contraire. C'est l'orthodoxie politique « normale » et « tout à fait familière » dans le pays. Les mesures que Carney met en œuvre depuis un an et demi qu'il est au pouvoir — mais de manière accélérée à l'approche de ce sommet — : privatisations, déréglementation, baisses d'impôts pour les entreprises, coupes dans les services publics et affaiblissement du pouvoir des travailleurs — constituent la combinaison classique des politiques d'austérité néolibérales. C'est ce qui domine ce pays depuis quatre décennies, transférant d'énormes quantités de richesse aux plus riches et réduisant le niveau de vie de la majorité.

DESMOND COLE : On ne sait jamais où ce podcast va nous mener, mais retenez bien ceci : austérité, banale. C'est tout ce que vous devez retenir de cette conversation. Maintenant, Martin, nous avons discuté la semaine dernière avec Nick Barry-Shaw, du Conseil des Canadiens, de la possibilité que Carney, dans le cadre de ce sommet, annonce d'une manière ou d'une autre la privatisation des aéroports. C'est ce qu'il a fait : il l'a annoncé pour quatre grands aéroports du Canada : Vancouver, Calgary, Montréal et Toronto. Il cherche à privatiser l'exploitation de ces aéroports. Voyons ce que cela pourrait signifier concrètement.

MARTIN LUKACS : À l'approche du sommet, je pense que Carney et ses ministres étaient parfaitement conscients de l'opposition publique à la privatisation, et que la privatisation des aéroports en particulier n'était pas populaire. Auparavant, le gouvernement Trudeau avait voulu s'engager dans cette voie, puis s'était rendu compte, à la lumière de ses propres groupes de discussion et sondages, que cela lui coûterait des voix aux élections ; il avait donc fait marche arrière. Carney n'a pas les mêmes scrupules, mais il essayait lui aussi de dissimuler ce programme de privatisation et, au cours des semaines et des mois précédents, avait cessé d'en parler ouvertement. En effet, le prospectus — ce document présentant les investissements potentiels remis aux investisseurs, dont les grands médias ont fait état — disait en substance : « Ne vous inquiétez pas, les aéroports ne sont pas mentionnés, vous pouvez être rassurés. » Mais en réalité, à la toute fin de ce prospectus, de manière codée, Carney avait fait allusion à la recherche de « structures de propriété alternatives » pour les aéroports. Et voilà qu'ils mettent désormais ce projet à exécution. Ils continuent de prétendre qu'il ne s'agit pas de privatisation, et l'un des moyens qu'ils utilisent pour cela consiste à recourir à toutes sortes d'euphémismes. Les libéraux adorent les euphémismes pour mener des manœuvres douteuses : ils parlent de structures de propriété alternatives, de libérer l'innovation, de maximiser la valeur, de modernisation, de réduction des risques, bla-bla-bla.

DESMOND COLE : En voilà une autre que j'ai beaucoup entendue : « Nous accordons des concessions aux entreprises. Nous ne privatisons pas. »

MARTIN LUKACS : Exact — « Ce n'est pas une privatisation, c'est simplement une concession à long terme. » Mais comme tout économiste le sait, une concession à long terme — ce qui revient essentiellement à céder la capacité d'exploiter ces actifs et d'en tirer profit pendant 99 ans, ou quelle que soit la durée finale — reste de facto une privatisation. Les détails ne sont pas encore connus, mais j'imagine qu'un consortium d'investisseurs internationaux, ainsi que certains fonds de retraite publics canadiens, serviront de couverture nationale à cette privatisation. Le public se fait toujours plumer lors des privatisations d'aéroports, et Carney affirme qu'ils vont tirer les leçons du passé — mais ils citent précisément des exemples de privatisation : l'aéroport d'Heathrow au Royaume-Uni, la privatisation des aéroports en Australie, où, comme on pouvait s'y attendre, les coûts ont augmenté, le prix des billets a grimpé, les gens ont dû payer pour des services comme aller chercher leur famille à l'aéroport, les conditions de travail se sont détériorées, la propreté s'est dégradée et, au final, il y a eu un manque de contrôle public sur un élément vraiment fondamental d'une infrastructure critique.

DESMOND COLE : Juste une petite précision à ce sujet : ce n'est pas encore une affaire conclue, n'est-ce pas ? Je suis sûr que les syndicats des aéroports auront leur mot à dire là-dessus. Il y a cette culture et ce climat qui donnent l'impression que « c'est déjà fait » pour beaucoup de ces dossiers : on annonce les choses en grande pompe, ce qui donne l'impression que, bon, c'est réglé, c'est fini. Mais il y aura une réaction du secteur syndical et, vraisemblablement, des Canadiens qui, d'après les sondages, n'apprécient pas vraiment cette idée.

MARTIN LUKACS : Oui, ce que nous avons constaté la dernière fois, lorsque Trudeau a lancé cette idée, c'est une opposition de la part des syndicats, ainsi que des autorités aéroportuaires à but non lucratif qui gèrent actuellement les aéroports. Certaines compagnies aériennes se sont également opposées à cette mesure, et le public a également manifesté son opposition. Le projet de loi sera probablement présenté à l'automne, il reste donc certainement du temps pour s'y opposer. J'ai toutefois l'impression que Carney y est totalement favorable. Il n'a pas les mêmes scrupules que Trudeau quant à l'impact sur l'opinion publique, et je pense qu'ils vont faire passer cette mesure à la force à l'automne, quelle que soit l'ampleur de l'opposition.

DESMOND COLE : Une autre annonce majeure issue de ce sommet concerne la « méga-déduction pour la productivité », un allègement fiscal destiné aux entreprises étrangères souhaitant investir au Canada. La Chambre de commerce du Canada a qualifié cette mesure de « moment que nous attendions ». Pouvez-vous aider nos auditeurs à comprendre en quoi consiste cette « méga-déduction » et quels en seront les effets ?

MARTIN LUKACS : Les libéraux adorent inventer des néologismes, et cette méga-déduction fait suite à la « super-déduction » de l'automne dernier. Tous les grands groupes de pression des entreprises la réclamaient. Il s'agit essentiellement d'un cadeau colossal fait à l'industrie pétrolière, ainsi qu'à l'élite des entreprises en général. Elle permet aux entreprises de déduire intégralement le coût de leurs dépenses — oléoducs, avions, véhicules, routes, propriétés minières — et elle coûtera au total 36 milliards de dollars aux caisses publiques au cours des cinq prochaines années. Ce sont 36 milliards de dollars en moins qui auraient pu être consacrés aux programmes sociaux dont nous avons besoin dans ce pays. Carney s'est vanté que cela allait désormais rendre le taux d'imposition effectif des entreprises au Canada deux fois plus bas qu'aux États-Unis — quelle réussite ! Et l'argument, comme d'habitude avec ce genre de politiques néolibérales, est que cela stimulera l'investissement dans le pays. Mais la vérité, comme nous l'avons vu, c'est que cela risque davantage de gonfler les dividendes des entreprises et de conduire à des rachats d'actions et à des bénéfices pour les entreprises. Pas étonnant que le lobby des entreprises se réjouisse : elles l'ont réclamé, elles en sont vraiment ravies, et ce sont surtout elles qui en bénéficieront, pas les Canadiens ordinaires.

DESMOND COLE :Vous avez mentionné d'emblée que la déréglementation environnementale et la restriction des droits du travail font partie du programme plus large que Mark Carney a défendu jusqu'au sommet, y compris lors de celui-ci. Je n'ai pas entendu beaucoup de discussions à ce sujet lors du sommet lui-même, y compris de la part du gouvernement Carney. Vos inquiétudes à ce sujet remontent-elles donc à bien avant le sommet, ou avez-vous entendu des choses lors du sommet qui suscitent de nouvelles inquiétudes ?

MARTIN LUKACS : Je pense que certaines des mesures que Carney tente de faire adopter n'ont pas réellement été prises lors du sommet, mais ont été très délibérément annoncées juste avant celui-ci, afin de montrer au monde des affaires que Carney est de leur côté. La semaine précédant le sommet sur l'investissement, une annonce très discrète a été faite : le gouvernement ne procédera plus à des évaluations environnementales des grands projets pétroliers et gaziers. Ainsi, l'organisme gouvernemental chargé de mener une évaluation environnementale et sociale globale des grands projets pétroliers et gaziers va désormais être transféré à un organisme technique composé exclusivement de personnes nommées pour des raisons politiques. Ce sera probablement le plus grand démantèlement de la législation environnementale de l'histoire du Canada, allant encore plus loin que ce qu'avait fait Harper dans les années 2000 — et le lobby pétrolier s'en réjouit. Lors du sommet, certains représentants ont déclaré que les allègements fiscaux dont ils ont bénéficié, associés à l'affaiblissement des réglementations environnementales, constituaient, je cite, « un pas en avant majeur » pour le secteur pétrolier et gazier, qui tente actuellement de mettre en place une nouvelle vague d'oléoducs qui permettrait d'exporter deux millions de barils de pétrole supplémentaires par jour hors du pays. C'est l'un des messages qu'ils ont adressés au monde des affaires. L'autre, qui selon moi n'a pas reçu suffisamment d'attention, concerne les mesures prises par le gouvernement Carney pour restreindre les droits des travailleurs en grève relevant de la compétence fédérale. Desmond, tu as déjà abordé ce sujet — nous y avons consacré un précédent épisode du Breach Show. Ils ont laissé entendre au printemps qu'ils pourraient agir en ce sens, puis ont mené des consultations tout au long de l'été, avant de publier les résultats de ces consultations une semaine seulement avant le sommet. Dans le plus pur style libéral, ils ont soigneusement manipulé les prétendues recommandations qui leur ont été transmises. À la lecture de ce document, il apparaît clairement que, probablement plus tard cet automne, les libéraux présenteront un projet de loi visant à rendre encore plus difficile la grève pour les travailleurs de ces secteurs. Ils imposeront sans doute l'arbitrage contraignant et ordonneront aux grévistes de reprendre le travail, comme ils l'ont souvent fait ces dernières années, notamment dans le cas des employés des compagnies aériennes et d'autres secteurs. Qui a le pouvoir de contrecarrer le programme favorable aux entreprises que Carney promeut lors de ce sommet et au-delà ? Ce sont les syndicats. Je pense donc qu'il s'agit d'une tentative visant à envoyer un message à la classe patronale pour lui faire comprendre que le pouvoir syndical sera empêché d'agir.

DESMOND COLE : Vous venez d'évoquer l'ère Harper. La présence de l'ancien Premier ministre Stephen Harper à ce sommet, pour clore les débats, a fait l'objet de nombreuses discussions publiques et médiatiques. Stephen Harper a prononcé le discours de clôture du sommet, et cette convergence d'objectifs entre de nombreux conservateurs et le Parti libéral incarné par Mark Carney constitue, je pense, un élément important du contexte plus large de cette affaire. Qu'en pensez-vous ? Que nous apprend la présence de Stephen Harper à ce sommet sur la stratégie globale de Carney ?

MARTIN LUKACS : Eh bien, je pense tout d'abord que Stephen Harper était présent en partie parce qu'il est président d'AIMCo, une société d'État albertaine qui gère et investit les fonds de pension. Ainsi, dans sa vie post-politique, Harper fait bel et bien partie de cette classe d'investisseurs canadiens qui s'intéresse à la privatisation des infrastructures publiques du Canada. C'est un aspect. L'autre, je pense, est, comme vous l'avez dit, une preuve de la capacité de Carney à construire cette coalition de centre-droit qui englobe les libéraux et des conservateurs de plus en plus modérés. Je crois que Doug Ford a également déclaré aux médias que Carney était « en feu » pendant le sommet. Cette coalition de droite s'est en partie construite en reprenant à son compte bon nombre des politiques de droite de Poilievre, que ce soit en matière d'immigration ou de coupes dans les services publics, ainsi que, bien sûr, les aides accordées aux grandes entreprises. Et cela a laissé Poilievre, en gros, à râler depuis la touche. Il existe un alignement profond entre les acteurs traditionnels tant du Parti conservateur que du Parti libéral. Mais ce qui m'intéresse particulièrement, c'est une sorte de réécriture de l'histoire couvrant la période entre Stephen Harper et Mark Carney — à savoir les près de dix ans du mandat de Justin Trudeau en tant que Premier ministre. Harper a été largement cité pour avoir déclaré, lors du sommet, qu'il aurait aimé avoir eu l'idée d'un tel sommet — ce qui ignore le fait que Justin Trudeau avait organisé un sommet économique réunissant les investisseurs du monde entier en 2016. Nous l'avons déjà fait par le passé, mais il semble désormais important pour Harper de faire comme si ce n'était pas le cas — de la même manière que, lorsqu'il a quitté ses fonctions en 2015, il a affirmé que nous étions sur le point de devenir une superpuissance énergétique mondiale, mais que nous avions échoué à cause des près de dix années de mandat de Justin Trudeau, qui a racheté un oléoduc. Il a racheté Trans Mountain pour rassurer tout le monde sur le fait que le doublement et l'extension de l'oléoduc permettraient de maintenir l'approvisionnement en pétrole. Je m'intéresse donc à cette idée selon laquelle nous aurions connu une stagnation économique et que le monde des affaires aurait été mis à l'écart pendant dix ans, entre Harper et Mark Carney aujourd'hui.

DESMOND COLE : Tout à fait. J'ai remarqué, non sans une certaine consternation, cette réécriture de l'histoire de la décennie Trudeau. C'est un thème récurrent dans les médias et les commentaires politiques : Trudeau aurait imposé un régime réglementaire pesant et excessif qui a entravé l'industrie pétrolière et gazière, ainsi que les grandes entreprises au-delà de ce secteur — et les versions les plus extrêmes prétendent que c'est parce qu'il était en quelque sorte un communiste caché. C'est absurde.

MARTIN LUKACS : À chaque génération, le gouvernement libéral est au service de l'élite des grandes entreprises. Mais sous Trudeau, il poursuivait une stratégie quelque peu différente pour y parvenir. Nous nous souvenons tous des gestes symboliques et chorégraphiés de Trudeau, ainsi que de certaines politiques édulcorées qui constituaient essentiellement une concession et servaient de feuille de vigne aux mêmes intérêts des grandes entreprises. Je pense que la différence, c'est qu'avec Carney, le masque est définitivement tombé. Trudeau n'était pas différent de Harper dans sa volonté d'extraire autant de sables bitumineux que possible du sol — c'était l'argumentaire qu'ils avaient présenté à la classe des grandes entreprises en 2015. Ils affirmaient que Harper ne s'y prenait tout simplement pas très bien, qu'il avait provoqué toutes sortes de résistances de la part des communautés autochtones, des écologistes et de tant d'autres, et que ce que Trudeau proposait était un argumentaire de vente plus fluide et plus efficace. En fin de compte, les politiques environnementales qu'il a mises en place — dont beaucoup sont aujourd'hui démantelées — constituaient une modeste amélioration par rapport à ce que nous avions auparavant, mais elles n'étaient qu'une sorte de concession stratégique, lamentablement insuffisante. Si ces oléoducs n'ont pas été construits, ce n'est pas parce que Trudeau n'y mettait pas assez d'efforts — c'est parce que la résistance des communautés organisées à travers tout le pays a dressé un véritable mur. Et je pense qu'à ce moment politique où nous nous trouvons actuellement, en raison de la désorientation et du choc que subissent tant de Canadiens face aux attaques de Trump, Carney dispose d'une marge de manœuvre bien plus grande et n'a pas à se contenter, comme Trudeau l'a fait autrefois, de simples promesses en l'air face aux préoccupations de la majorité des Canadiens.

DESMOND COLE : Il y a certes moins de résistance aujourd'hui, mais je voudrais conclure cette conversation en évoquant la résistance qui persiste. The Breach a participé à un contre-sommet qui s'est tenu à Toronto le week-end dernier, en opposition au programme de Carney. À l'approche du sommet de cette semaine, ce rassemblement semblait vraiment dynamique et instructif : nous avons pu entrer en contact avec de nombreuses personnes qui s'opposent à des projets tels que les centres de données d'IA, qui soulignent l'importance de faire respecter les réglementations environnementales et qui plaident en faveur d'investissements dans les services dont la population canadienne a besoin — éducation, santé, protection de l'environnement —, car ces questions ne sont pas abordées lors de ce sommet. Qu'avez-vous retenu de ce contre-sommet ?

MARTIN LUKACS : Ce fut une initiative vraiment impressionnante, mise sur pied en l'espace de quelques mois seulement, pratiquement dès que Carney a annoncé la date et le lieu de ce sommet. Une large coalition d'organisations — allant des mouvements pour les droits des Autochtones, le climat et les droits du travail à des groupes comme le Conseil des Canadiens, Eighth Fire, World BEYOND War, Courage, le SCFP, Common Horizon et bien d'autres — a organisé ce sommet sous le nom de « The Many Versus the Money ». Des centaines et des centaines de personnes se sont rassemblées pendant ces deux jours d'événements, de musique et d'ateliers artistiques, et je pense que cela a véritablement témoigné de la soif et de l'envie de critiques fondamentales à l'égard de l'orientation du gouvernement Carney. Il y avait également eu de nombreuses discussions pour savoir s'il fallait organiser un rassemblement et des actions directes visant le sommet de Carney le lundi, et c'est ce qui s'est produit : un rassemblement le lundi soir qui a débuté à Nathan Phillips Square, à Toronto. Selon les estimations, entre 1 000 et peut-être jusqu'à 1 500 personnes ont défilé depuis la place publique en direction de la Galerie d'art de l'Ontario, où Carney et ses acolytes se rassemblaient. Ils ne sont pas parvenus à atteindre leur destination — il y avait un déploiement policier massif, ainsi que des barricades —, mais cette tentative de défiance et de résistance contre le programme de Carney s'est manifestée dans les rues. Une partie de la couverture médiatique était d'ailleurs assez ridicule.

DESMOND COLE : Puis-je vérifier rapidement un fait ? Sur CBC News, lorsque Ian Hanomansing a couvert cet événement dans son émission lundi soir, il a demandé au reporter sur place si tout était calme et s'il y avait des risques que des incidents éclatent entre les manifestants et la police. Il a fait référence à des manifestations passées, comme celle de Québec en 2001, où, selon lui, les manifestants tiraient des batons de hockey sur les forces de l'ordre. Toronto, comme le savent sans doute de nombreux téléspectateurs, a connu par le passé des manifestations politiques au cours desquelles la police a perdu le contrôle. Il a dit quelque chose comme : « J'ai assisté à des manifestations comme celle de Québec vers 2001, où il y avait des gaz lacrymogènes, et où certains manifestants lançaient des batons de hockey sur les policiers. » Ce n'est pas exactement ce qui s'est passé. Ce qui s'est réellement passé, puisque nous étions à Québec, c'est que des gens avaient apporté des crosses de hockey – comme on le fait souvent lors d'une manifestation – et que, lorsque la police a commencé à leur lancer des grenades lacrymogènes, ils ont utilisé ces crosses pour renvoyer les grenades dans la direction d'où venait la police. Il n'y avait pas de batons de hockey — il s'agissait en fait d'une autre manifestation, après une défaite des Canadiens de Montréal. Mais juste pour rectifier un peu les faits, de peur que les gens ne pensent que les Canadiens se promènent avec des batons de hockey dans leurs sacs au cas où une émeute policière éclaterait — les médias avaient clairement l'intention de dépeindre les manifestants comme s'il s'était aventuré dans la fosse aux lions avec un millier des manifestants les plus sanguinaires du Canada.

MARTIN LUKACS : Et c'est drôle qu'ils aient évoqué cette image des batons de hockey, parce que — c'est vrai, c'est probablement ce que font les supporters des Canadiens de Montréal. Il n'y a vraiment rien de comparable à la soif de sang des supporters déçus des Canadiens. Rien.

DESMOND COLE : C'était vraiment ce genre de message du type « fais gaffe là-bas, mon gars » — comme si le fait d'être journaliste au cœur de cette manifestation contre l'austérité et pour les services publics risquait fort de dégénérer en une situation violente et déplaisante. Et bien sûr, tout comme ce que nous disions tout à l'heure à propos des médias, Martin, l'accent est beaucoup plus mis sur la foule qui s'en prend à la police que l'inverse — ce qui est d'ailleurs ce que l'on a tendance à observer lors de manifestations de ce genre. Et je tiens à préciser que deux personnes ont effectivement été arrêtées et inculpées lors de cette manifestation lundi soir.

MARTIN LUKACS : Au lendemain du rassemblement, j'ai entendu beaucoup de confusion quant à l'identité des organisateurs de la manifestation et de ceux du contre-sommet. C'est sans doute un sujet un peu technique au sein de la gauche, mais je pense qu'il vaut la peine d'être clarifié : la vaste coalition d'organisations à laquelle j'ai fait référence a effectivement passé beaucoup de temps à réfléchir à l'axe principal sur lequel devait se concentrer l'organisation. Beaucoup estimaient que, compte tenu de la « Carney-mania » et du fait que les organisateurs de Toronto s'étaient déjà investis à fond en septembre pour deux autres grandes mobilisations — l'une pour la justice envers les migrants, l'autre pour Grassy Narrows —, l'accent devait probablement être mis sur l'organisation de deux journées vraiment réussies de séminaires et de concerts. Il y avait un autre groupe, plus restreint, appelé « Capitalism Can't Be Fixed », qui n'a pas participé à l'organisation de la vaste coalition mais a décidé d'aller de l'avant et d'appeler à un rassemblement le lundi soir, au début du sommet de Carney. J'ai l'impression que de nombreux membres de la coalition « Many Versus the Money » ont craint que la participation ne soit pas assez forte ; ils ont donc fini par soutenir cette initiative et en ont fait une mobilisation conjointe, en mobilisant un grand nombre de leurs contacts parmi les organisateurs autochtones de première ligne pour le rassemblement commun. Il est regrettable que « Capitalism Can't Be Fixed » s'attribue le mérite de la participation de lundi, mais je pense que les chiffres auraient été plus élevés si les organisateurs de « Many Versus the Money », du contre-sommet, s'étaient davantage attachés à mobiliser le plus grand nombre de personnes possible. Pour moi, le fait qu'il y ait eu un millier de personnes est donc incroyable, et c'est le signe que beaucoup d'autres suivront. La lune de miel de Carney ne durera pas éternellement ; je pense donc que ces premiers signes d'une opposition naissante sont essentiels et importants. Il faudra beaucoup plus de cette résistance pour mettre un frein au programme de Mark Carney, qui avance à toute vapeur.

DESMOND COLE : Nous avons été submergés d'informations cette semaine avec ce sommet et ce qui semble en ressortir, et c'est formidable de votre part de prendre le temps de nous faire part de vos réflexions et de votre analyse, et de nous aider à y voir plus clair. Merci d'avoir été avec nous aujourd'hui.

MARTIN LUKACS : Merci à vous.

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