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REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

31.03.2026 à 14:09

La Suisse rend des trésors pillés du Bénin

Patricia Bechard

La Suisse s'apprête à restituer au Nigeria 28 bronzes issus de l'ancien Royaume du Bénin, pillés lors de l'expédition britannique de 1897. Cette décision, fondée sur un travail inédit de recherche de provenance, marque une avancée significative dans les politiques de restitution et la reconnaissance des violences coloniales.

Tiré de MondAfrique.

La décision marque un tournant discret mais significatif dans la gestion du patrimoine africain conservé en Europe. Trois musées suisses ont acté la restitution prochaine de 28 objets en bronze issus de l'ancien Royaume du Bénin, aujourd'hui situé dans le sud du Nigeria. Ces pièces, pillées lors de l'expédition punitive britannique de 1897, seront soit physiquement rapatriées vers Abuja, soit juridiquement restituées tout en restant exposées en Suisse sous forme de prêts de longue durée.

Cette double modalité illustre une évolution des pratiques muséales. Elle traduit une volonté de concilier restitution patrimoniale et continuité de l'accès public aux œuvres, tout en reconnaissant explicitement leur origine et les conditions violentes de leur acquisition.

Les objets concernés – défense royale sculptée, cloche d'autel ornée d'un léopard, pendentifs en cuivre et autres artefacts – témoignent de la richesse artistique et symbolique du Royaume du Bénin. Ils avaient été saisis lors d'une opération militaire britannique qui s'était soldée par la destruction de la capitale du royaume et le pillage systématique du palais royal. Par la suite, ces œuvres ont été dispersées sur le marché de l'art européen, intégrant collections privées et institutions muséales.

Longtemps, leur présence en Europe a été considérée comme acquise. Mais depuis plusieurs années, les débats sur la restitution des biens culturels spoliés ont profondément évolué, portés par des revendications politiques, académiques et éthiques.

La restitution annoncée repose sur un travail méthodique de recherche de provenance, mené dans le cadre d'un projet réunissant huit institutions suisses sous la coordination du Musée Rietberg, en collaboration avec des partenaires nigérians.

Ce travail d'enquête visait à retracer l'origine des objets, leur trajectoire depuis leur création jusqu'à leur entrée dans les collections suisses, et à déterminer dans quelles conditions ils avaient été acquis. Ce type de recherche, longtemps marginal dans les musées ethnographiques, est désormais au cœur des politiques de restitution.

Au total, 96 objets issus du Royaume du Bénin ont été identifiés dans les collections des institutions participantes. Parmi eux, plusieurs pièces conservées notamment au Musée d'ethnographie de Genève (MEG), au Musée Rietberg et au Musée d'ethnographie de l'Université de Zurich ont été formellement ou très probablement liées au pillage de 1897.

Sur les neuf objets conservés au MEG, trois ont ainsi été jugés suffisamment documentés pour justifier une restitution. Les autres institutions ont suivi la même logique, en s'appuyant sur des critères de preuve similaires.

Les directrices des musées concernés ont souligné dans un communiqué commun leur responsabilité éthique. Elles ont affirmé leur volonté de participer à la préservation et à la transmission de la mémoire nigériane, tout en engageant un dialogue avec les communautés d'origine. Cette prise de position s'inscrit dans un mouvement plus large de relecture critique des collections européennes.

Parmi les œuvres emblématiques concernées figure la défense d'autel Aken'ni Elao. Sculptée vers 1735, cette défense d'éléphant richement ornée était destinée à un autel royal du palais du Bénin. Elle était associée au culte des ancêtres royaux, où les objets sacrés servaient à honorer les souverains défunts.

L'analyse stylistique et historique attribue cette pièce à la guilde Igbesanmwan, un groupe d'artisans spécialisés travaillant exclusivement pour l'Oba, le roi du Bénin. Transmise de génération en génération jusqu'au règne d'Oba Ovonramwen, dernier souverain avant l'expédition britannique, elle constitue un témoignage rare de la continuité des traditions artistiques du royaume.

Autre objet notable, un masque de ceinture en alliage cuivreux, réalisé selon la technique de la cire perdue. Porté par des initiés de haut rang au sein du palais royal, cet ornement symbolisait le statut et l'autorité. Comme de nombreuses pièces issues du pillage de 1897, il a été rapidement mis sur le marché de l'art à Londres, avant de circuler en Europe et d'intégrer une collection suisse.

Des objets utilisés dans des rituels

La cloche d'autel Eroro illustre également la dimension symbolique de ces objets. De forme quadrangulaire et décorée de bas-reliefs représentant des figures du royaume et un léopard – symbole du pouvoir royal – elle était utilisée dans des contextes rituels. Les recherches ont établi qu'elle datait d'avant 1897, ce qui renforce la probabilité de son acquisition dans le contexte du pillage.

Ces objets ne relevaient pas de la production artistique ordinaire. Dans le Royaume du Bénin, les artisans spécialisés travaillaient sous l'autorité directe du roi. Les bronzes, souvent offerts à des dignitaires ou utilisés dans des rituels, participaient à la structuration du pouvoir et à la transmission de la mémoire royale.

La restitution de ces pièces ne constitue donc pas seulement un transfert matériel. Elle engage une dimension symbolique forte, liée à la reconnaissance des violences coloniales et à la réappropriation d'un patrimoine historique.

Cette démarche s'inscrit dans un contexte international marqué par une multiplication des restitutions. Plusieurs pays européens, dont la France, ont récemment engagé des processus similaires. Le Sénat français a ainsi adopté une loi visant à faciliter le retour d'œuvres acquises dans des conditions contestées pendant la période coloniale.

Le cas du Bénin est souvent cité comme pionnier dans ce domaine. Il a été l'un des premiers pays à obtenir des restitutions significatives de la part d'anciennes puissances coloniales. Cette dynamique contribue à redéfinir les relations culturelles entre l'Europe et l'Afrique, en introduisant des logiques de coopération et de reconnaissance mutuelle.

Au-delà des enjeux juridiques et diplomatiques, ces restitutions interrogent la fonction même des musées. Elles posent la question de la légitimité des collections constituées dans des contextes de domination, et de la manière dont ces institutions peuvent évoluer pour intégrer ces héritages.

En choisissant de restituer ces bronzes, tout en maintenant certains objets en prêt, la Suisse adopte une approche pragmatique. Elle reconnaît la propriété des œuvres par le Nigeria tout en préservant leur visibilité dans les espaces muséaux européens.

Ce modèle hybride pourrait préfigurer les formes futures de circulation du patrimoine. Il repose sur un équilibre entre restitution, coopération scientifique et partage culturel.

Dans ce cadre, la restitution des bronzes du Bénin apparaît comme une étape structurante. Elle ne clôt pas le débat, mais elle en redéfinit les termes, en inscrivant la question patrimoniale dans une perspective de responsabilité historique et de dialogue international.

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31.03.2026 à 14:09

Qui l'eut cru ?

Zaz Pitit Dessalines

Face aux intempéries
l'imperméable je l'ai revêtu.
À contre-courant je me suis débattue.
Ma détresse, je l'ai tue.

Les obstacles sur mon chemin se sont accrus.
Mourir de chagrin, j'y ai cru
quand la source d'inspiration a décru.

La mort en face, je l'ai vue.
L'ombre du passé, je l'ai revue.
Un pied dans la tombe, je me suis vue,
prise au dépourvu, dans cet air de déjà-vu.

J'errais parmi les rebuts de la société, sans but.
La mer à boire, je l'ai bu, à mes débuts.

La poussière, plus d'une fois, je l'ai mordue.
Mes biens, une fois de plus, j'ai tout perdu.
Bien qu'en cours de route, je me suis perdue,
me dépasser j'ai dû
m'accrocher au fil suspendu.

Sans toit, dans la rue, j'ai vécu.
Du mal de vivre, j'ai survécu.
Mes peurs handicapantes, je les ai vaincues.

Sous la brume, du chemin, j'ai parcouru
pour retrouver, ce qu'hier avait disparu
de mon champ de vision incongru.

Aujourd'hui, je me rue sur cette avenue.
J'accueille à bras ouvert, sans retenue
la lueur d'espoir revenue
illuminer ma cour intérieure bien entretenue.

À l'abri des regards inconnus,
cette fleur méconnue
est parvenue à mettre à nue
ce qu'elle est devenue

Dorénavant elle connait sa plus value
n'a plus peur des passages occlus.
Elle marche la tête haute vers son salut.
Elle évolue.

Zaz pitit Dessalines

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31.03.2026 à 12:54

Basse-cour - Chronique d'une désillusion journalistique | À paraître le 8 avril

Héloïse Bargain, Éditions Écosociété

De Radio-Canada au Moscow Times en Russie, Héloïse Bargain relate son parcours de journaliste avec un esprit critique abrasif et une verve remplie d'humour. Un reflet souvent peu reluisant de la pratique du journalisme aujourd'hui. Idéalistes s'abstenir.

Le livre Basse-cour - Chronique d'une désillusion journalistique, d'Héloïse Bargain, paraîtra en librairie le 8 avril prochain.

À propos du livre

« Je m'en vais, régurgitant et ravalant ce dont je me suis goinfrée pendant sept ans. J'ai brûlé mon cul et ma jeunesse sur cette chaise en mousse des milliers d'heures pour allaiter le monstre et le spectacle de l'information en continu. [...] Après avoir passé la journée à découper des vidéos d'enfants morts en discutant de bol poké, on finit par rentrer chez nous se brûler un peu plus le cul et l'esprit devant une télé de CHSLD pour se faire accroire qu'on a encore fait "un ostie de bon show" et, même si on le veut, on ne change pas la machine. C'est elle, et elle seule, qui nous avale, nous digère et nous conchie. »

Voici comment s'ouvre le livre d'Héloïse Bargain. Dans un récit abrasif et plein d'humour, elle nous propose une incursion inédite dans les salles de nouvelles pour nous faire vivre de l'intérieur le quotidien d'une journaliste. Partant d'une vision critique d'un journalisme souvent tourné vers le spectacle et l'opinion, un journalisme qui peut aussi manquer, parfois, de rigueur et de sensibilité, Basse-cour raconte les désillusions qui ont jalonné son parcours, du Nouveau-Brunswick au Manitoba, en passant par Moscou.

Publireportages sur des cabanes à patates, passions macabres pour les faits divers, enquêtes impossibles à mener faute de temps, sujets pertinents mis de côté, burn-out (les journalistes sont quatre fois plus exposés à la dépression que le reste de la population)... Comme elle le souligne d'emblée, sa critique est destinée au système médiatique comme entité et non à ceux et celles qui le composent. Les noms et les lieux ont presque tous été changés, mais les anecdotes qu'elle raconte, elles, sont véridiques et illustrent de façon incarnée différentes facettes du journalisme d'aujourd'hui : « Les écrans sont allumés sur de grands tableaux bleus classant dans un top 20, comme aux courses de chevaux, les articles les plus populaires. En tête de course, ce n'était [pas] la fuite des Panamas Papers [...], mais plutôt "Une dame de Sherbrooke trouve un serpent caché dans un ananas"  ».

Avec un talent littéraire certain, l'autrice déploie également un bestiaire dans lequel, à défaut d'être elle-même devenue un chien de garde de la démocratie – comme les journalistes aiment se représenter –, elle se reconnaît plutôt dans la musaraigne, un animal qui peut littéralement mourir de peur : en cas de stress intense, son rythme cardiaque s'accélère tellement qu'elle se brise la cage thoracique et meurt sur le coup. De quoi faire un bon topo, d'ailleurs...

À propos de l'auteur

Héloïse Bargain a été journaliste pour Radio-Canada (au Manitoba, en Acadie et à Montréal) ainsi que pour le Moscow Times (en Russie). Après trois démissions et un épuisement professionnel, elle quitte définitivement le métier. Basse-cour est son premier livre.

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