19.02.2026 à 14:54
🧯Continuer à combattre les fascismes
19.02.2026 à 14:54
🧯Continuer à combattre les fascismes
L’étudiant de 23 ans, membre de plusieurs organisations d’extrême droite lyonnaises a succombé à ses blessures samedi 14 février. Il avait été pris dans un affrontement de rue, deux jours auparavant, dans des circonstances que l’enquête de police en cours devra élucider.
Dans les jours qui ont suivi, une offensive politique de grande ampleur s’est abattue sur La France insoumise (LFI). Accusée d’abriter dans ses rangs des proches des meurtriers du jeune homme, la formation est désormais désignée par la droite, l’extrême droite et une partie de la gauche comme la seule responsable du climat de violence politique actuel. Mercredi 18 février, ses locaux parisiens ont été évacués à la suite d’une alerte à la bombe.
La veille, l’Assemblée nationale observait une minute de silence en hommage à l’étudiant proche des milieux néofascistes. Les victimes tuées par des militants d’extrême droite, ces dernières années, n’ont pas reçu les mêmes honneurs. Pourtant, « si on fait un bilan sinistre des décès causés par les radicaux depuis 1986, affirme l’historien Nicolas Lebourg, la gauche a tué 6 personnes, la droite 59. »
Dans une gigantesque manœuvre d’inversion des responsabilités et des valeurs, la droite au pouvoir franchit ainsi une nouvelle étape dans la banalisation de l’extrême droite et du fascisme. Cette tentative d’éjecter de l’arc républicain la seule formation politique qui se positionne encore clairement dans le camp de l’antifascisme a tout pour nous inquiéter.
Dans un contexte où rumeurs et fake news se propagent à vitesse grand V sur les réseaux sociaux, il nous a semblé important de partager avec vous, lectrices et lecteurs, des ressources fiables sur le mouvement antifasciste mais également sur la violence fasciste telle qu’elle se manifeste en France. Car, comme l’écrit un de nos confrères dans Politis, « condamner la mort de Quentin Deranque n’implique en rien de renoncer à combattre l’extrême droite ».

Dans un article publié deux jours après la mort de l’étudiant d’extrême droite Quentin Deranque, Libération revient sur l’histoire politique récente de la ville de Lyon. Théâtre d’une « violence politique débridée », elle voit s’affronter physiquement, depuis plusieurs années, groupes néonazis et collectifs antifascistes.
À Lyon, le média local Rue89 Lyon a recensé 102 attaques commises par les groupuscules d’extrême droite dans la ville depuis le début des années 2000 – 70 % d’entre elles sont restées impunies.
Le procès dit « des sept antifas », qui s’est tenu à Lyon en novembre 2021, est une bonne illustration du deux poids, deux mesures avec lequel les autorités traitent la question des violences politiques. Dans un épisode du podcast Les Pieds sur terre (France Culture) diffusé pour la première fois en 2021, deux militants antifascistes poursuivis par la justice racontent la répression ciblée dont ils ont été victimes. « On a véritablement le sentiment d’une différence de traitement suivant qu’on soit sur des mouvements antifascistes ou des mouvements qui se revendiquent eux-mêmes d’extrême droite », décrypte leur avocate, qui dénonce « un traitement d’enquête très partial ».


Quentin Deranque est désigné comme proche du collectif de femmes d’extrême droite Némésis. Il aurait été appelé en renfort pour protéger ses membres de possibles attaques alors qu’elles manifestaient devant Sciences Po Lyon contre la venue de Rima Hassan. Dans un entretien donné en 2024 à L’Humanité, la politiste Magali Della Sudda explique que le projet politique de ce groupe fémonationaliste est « l’instrumentalisation de la cause des femmes » dans le but d’exprimer des idées racistes. Elle rappelle dans cette interview que les ligues de femmes nationalistes sont un phénomène ancien. Elle raconte cette histoire dans un long article publié dans le numéro 15 de La Déferlante (août 2024).
Le média Les Jours a publié en 2022 une série d’articles très fouillés sur le mouvement antifa, notamment sur les femmes, de plus en plus nombreuses dans ses rangs. Pourtant, elles sont invisibilisées dans les discours politiques et médiatiques, traduisant, selon l’une d’elles, « une volonté de la part de l’État […] d’alimenter une image masculine des antifas pour les mettre sur un pied d’égalité avec les fafs ».

Dans le dernier épisode de l’émission « À l’air libre », produite par Mediapart, Sébastien Bourdon, journaliste et auteur de Drapeau noir, jeunesses blanches. Enquête sur le renouveau de l’extrême-droite radicale (Le Seuil, 2025), Ugo Palheta, sociologue et auteur de Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen (La Découverte, 2025), et Isabelle Sommier, sociologue et co-autrice de Violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Presse de Sciences Po, 2021), décryptent le mécanisme d’instrumentalisation du drame survenu la semaine dernière à Lyon. Cette dernière voit dans la mort de Quentin Deranque « l’illustration d’une polarisation grandissante de tensions sociales considérables dans notre pays depuis 2017 » et rappelle que 70 % des agressions politiques sont le fait « d’activistes de droite », qui s’en prennent à des personnes racisées (70 %) ou à des adversaires idéologiques (30 %).

Depuis quelques jours, les éditions Libertalia proposent la consultation en libre accès d’un ouvrage signé du collectif La Horde publié en 2023 et intitulé Dix Questions sur l’antifascisme. Dans ce livre court et très abordable, militants et militantes traitent de la question de la violence et de ses usages dans les mouvements antifas, rappelant que dans cette culture politique – contrairement à celle de l’extrême droite – elle n’est pas considérée comme une fin en soi, mais comme un moyen de se défendre et de faire reculer le fascisme. Citant la chercheuse Marie-Anne Matard-Bonucci, La Horde rappelle à toutes fins utiles que « nulle famille politique n’a cherché autant que le fascisme à formuler, plus ou moins explicitement, une acceptation politique de la violence ».


Lancement du numéro 21 de la revue,
Jeu 26 Fév, 18 heures
Maison des Métallos, Paris 11e
Trois invitées se succèderont sur la scène de la Maison des métallos pour parler de justice. Chirinne Ardakani, avocate et cofondatrice de l’association Iran Justice, reviendra sur l’urgence de mobiliser le droit international pour lutter contre la montée des fascismes. L’avocate Claude Vincent s’exprimera sur l’impact des luttes féministes sur la justice française. Enfin, la journaliste et autrice Sarah Boucault autrice de De l’autre côté de l’inceste (La Déferlante Éditions), reviendra sur la difficile prise en charge des mineurs auteurs d’inceste. Ces discussions seront suivies d’un concert de Gildaa.
Comme chaque trimestre, vous retrouverez, dans le hall, un forum des associations, ainsi qu’un stand de La Déferlante, avec nos revues, nos livres et nos goodies. Sarah Boucault y dédicacera son livre.
→ Infos et billetterie par ici
Les 5 ans de La Déferlante à Strasbourg
Mer 4 Mars, 19 heures
Librairie Quai des brumes, Strasbourg
À l’occasion des 5 ans de La Déferlante, Marion Pillas, cofondatrice et corédactrice en chef de la revue, reviendra sur sa création, celle de la maison d’édition et échangera avec les lecteur·ices autour des projets en cours.
Le rire est-il féministe ?
Sam 7 Mars, 10 h 30
B!B, Dunkerque (Nord)
Dans le cadre de l’exposition La Marrade, Marion Pillas, corédactrice en chef de La Déferlante, animera une discussion sur la place du rire et de la joie dans les luttes pour les droits des femmes, avec Hanna Alkema et Camille Paulhan, co-commissaires de l’exposition, et Charlotte Bienaimé, journaliste et militante féministe.
→ Toutes les informations sur ce lien
Veille de manifestation
Sam 7 Mars, 15–19 heures
La Communale, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)
Le 7 mars, veille de la Journée internationale des droits des femmes, La Déferlante tiendra un stand au village associatif de la Communale (Saint-Ouen). Vous pourrez y retrouver revues, livres, goodies et discuter avec les membres de l’équipe présentes sur place. L’entrée est libre, sans réservation.
→ Plus d’informations à venir sur notre site