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10.02.2026 à 12:25

Appel à dons, calendriers, procès et livres à venir

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Quelques nouvelles en vidéo

- 9 février / ,
Texte intégral (1085 mots)

Si vous souhaitez vous épargner dix minutes de blabla youtubisé, cette vidéo est accessible en version écrite, intelligible et utilement synthétisée ci-dessous.

  • Nous avons encore et toujours besoin de soutien financier, notre appel à dons est donc encore là : Soutenir lundimatin
  • Les calendriers 2026 promis à nos 300 premiers donateurs sont enfin arrivés [1], si vous en faites partie, vous avez reçu un mail ou allez le recevoir avec le marche à suivre.
  • Si vous habitez Paris, vous pouvez le récupérer en mains propres, une petite fête est organisée vendredi 13 février.
  • Sur le front judiciaire, le cabinet d'architectes ChartierDalix a jugé plus raisonnable de se déclarer forfait et de retirer sa plainte en diffamation (on en avait parlé dans cette vidéo). L'audience s'annonçait pourtant passionnante, c'est dommage mais tant mieux.
  • Concernant la procédure lancée par M. Vittorio B. : malgré une victoire étincelante en novembre qui avait consacré tout le sérieux professionnel et déontologique de lundimatin et abouti à une relaxe pleine et entière (voir ce résumé ici et dans cette vidéo), un appel au civil a été interjeté par le plaignant qui va désormais tenté de faire valoir ses dommages et intérêts réputationnels. Notre avocate est confiante.
  • Notre prochain livre Arts et politiques de la désertion de la Première Guerre mondiale à nos jours de Luca Salza qui devait paraître début février, accuse un peu de retard. Quatre nouveaux bouquins plus exceptionnels les uns que les autres paraîtront ce premier semestre.
  • Nous avons encore et toujours besoin de votre soutien et il nous reste des calendriers.

Bonne semaine et merci !


10.02.2026 à 10:08

Le vent de Turin

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Du soutien populaire à la Palestine au rejet du gouvernement Meloni, la pression monte en Italie

- 9 février / , , ,
Texte intégral (2176 mots)

En sus des Quelques banalités de bases publiées cette semaine et qui reviennent sur les affrontements du 31 janvier à Turin, un second texte traduit depuis l'Italie sous la forme d'un bulletin météorologique. Du mouvement « Bloquons tout » en soutien à la Palestine au rejet du gouvernement Meloni, le pression monte en Italie.

« Ma c'è una grossa fila di persone,
camminano di fretta e cambian posizione,
fateli passare, piantatela di insistere… »

0. À Turin, le jour de la Saint-Géminien, le vent mordait. À cause des gaz lacrymogènes tirés sur la population, pour le compte du gouvernement, par des soldats excités et brutaux chargés de défendre l'ordre existant, en uniforme bleu et en tenue de guerre pour défendre le front intérieur, empoisonnant rues et poumons. Mais aussi à cause de la charge électrique dans l'atmosphère, laissée par la grande tempête de septembre et octobre, qui crépitait encore « dans la joie et dans la colère ». On avait envie d'être là, il fallait être là. Le jour de la Saint-Géminien, à Turin, le vent a sifflé [1].

1. Nous pensons que les mobilisations pour la Palestine et le mouvement « Bloquons tout » ont constitué l'irruption la plus forte et la plus claire de ce changement de pression dans l'atmosphère. Même dans des contextes « provinciaux » et tendanciellement pacifiés comme Modène, notre ville. Des journées qui ont valu des années dans la subjectivité. Elles ont laissé ouvert un saut dans la composition de la conflictualité sociale, dont le cortège de Turin doit être vu comme une étape. Un moment du processus de clarification et de maturation dans le parcours d'une nouvelle génération politique, fille de la crise — de système, certes, mais surtout d'un cycle entier de luttes — qui, pas à pas, se bat pour prendre conscience d'elle-même, de ses tâches et de ses outils dans les conditions laissées par les cycles précédents, de sa force possible, du visage de son ennemi. Nous l'écrivions il y a quelque temps déjà, et la révolution a travaillé avec méthode : dans les yeux sans peur de tant de jeunes, nous avons vu avancer la possibilité d'une rupture avec les subjectivités de la défaite, forgées dans le déclin du cycle précédent. Enfants de personne, à la recherche de leur propre tradition du feu. Un processus non encore donné, puissant mais encore fragile. Trouver le moyen de l'alimenter, de le construire, sans le transformer en une simple reproduction des cendres.

2. Respirons, ensemble, ce vent. Aussi pour ne pas laisser notre cœur et notre esprit s'empoisonner par les miasmes qui ont aussitôt infecté l'air. Ceux que politiciens, journalistes, éditorialistes, forces de l'ordre et leurs serviteurs diffusent de manière organisée, comme un mur, le long des canaux de l'industrie de la propagande que certains persistent encore à appeler « information ». Comme en ce qui concerne le génocide en Palestine, complémentaire de la répression, instrument de gouvernement contrôlé par les clans qui soutiennent l'exécutif Meloni, le gouvernement saisit l'occasion pour approfondir sa posture policière et militariser davantage le front intérieur avec le soutien des oppositions. La dynamique était déjà en cours : il l'aurait fait de toute façon, avec ou sans Turin : un prétexte aurait été trouvé à court ou moyen terme. La prochaine grève générale, le prochain blocage des ports ou des gares, l'énième « menace maranza [2] »… c'est la colère légitime exprimée par la conflictualité sociale et la tenue massive d'une manifestation populaire, plurielle et déterminée, qui lui en ont fourni l'occasion. Faut-il vraiment s'en étonner ? Faut-il dire autre chose ? Quand le peuple montre la lune, l'État sort la matraque, et les médias cadrent le marteau. Les belles âmes opportunistes de la gauche, elles, regardent ailleurs — plus précisément vers leur propre compatibilité avec les sièges du pouvoir. Le gouvernement Meloni, avec l'opposition, se démasque en révélant sa nature et ses objectifs : imposer la paix intérieure pour se préparer à la guerre extérieure.

3. Les dizaines de milliers de personnes — environ 60 000 — qui, le 31 janvier, ont rempli les trois points de rassemblement de Porta Susa, Porta Nuova et Palazzo Nuovo avant de confluer en un seul grand fleuve en crue, ont exprimé un fait politique, celui qui effraie le plus l'adversaire — comme un coup de marteau bien asséné : la possibilité concrète d'une recomposition sociale, large et articulée, mais marquée par un signe de classe, en opposition conflictuelle à l'exécutif Meloni et à ses projets bellicistes, autonome par rapport aux inutiles chauffe-fauteuils du centre-gauche. Un gouvernement — et un parlement tout entier — ennemis du peuple, complices du génocide perpétré par Israël, fidèlement subordonnés aux caprices de Trump pour mendier des dividendes tirés des horreurs de l'impérialisme américain. Dividendes cependant de plus en plus insuffisants pour maintenir à flot les bourgeoisies nationales européennes, au regard des coûts politiques, économiques et sociaux répercutés sur les populations. Il n'existe aucune recette pour faire face à l'aggravation des besoins et des contradictions populaires dans l'approfondissement de la crise, sinon la menace — sur le canal télé Rete 4 d'un pistolet braqué sur le front par un uniforme. Il n'y a plus d'autres marges budgétaires : tout est alloué aux bombes, aux projectiles et au réarmement. Des armes qui, des escouades de l'ICE aux États-Unis à celles des recruteurs en Ukraine en quête de chair à canon jeune et fraîche à envoyer en première ligne, tirent déjà dans les rues de l'Occident. Comme le savent bien aussi les jeunes et les prolétaires racisés qui vivent dans les quartiers populaires des métropoles italiennes, et tous les morts aux mains de l'État qui attendent encore justice.

4. Des familles aux collectifs, des étudiants aux travailleurs, des organisations palestiniennes aux comités de quartier et aux syndicats de base, jusqu'aux derniers espaces sociaux. La composition du cortège national a en partie repris celle, classique, des mouvements sociaux, mais elle a certainement dépassé la simple somme arithmétique des nombreuses réalités et sigles présents dans la rue. Elle l'a dépassée à commencer par la raison même de l'expulsion d'Askatasuna. Nous pensons en effet que l'intelligence collective sédimentée après le cycle de « Bloquons tout » a saisi précisément dans ce moment le sens de l'attaque du gouvernement : non seulement contre quatre murs, contre une expérience, une proposition, une histoire enracinée de lutte et de résistance qui vient de loin, mais contre la possibilité même du conflit social dans l'une de ses incarnations les plus radicales. Une attaque contre une composition dont « les jeunes de Vanchiglia [3] » incarnent, avec cohérence, la capacité à s'organiser de manière autonome, avec radicalité et pragmatisme, contre les projets du pouvoir d'exploitation, d'appauvrissement et de spoliation de nos vies, dans toutes leurs dimensions matérielles et subjectives. Ce qui a uni cet embryon de résistance de masse a été, en effet, la volonté collective de relancer avec force et sans peur une riposte, de passer à la contre-offensive, contre les gestionnaires d'un système toujours plus inhumain — le degré de pourriture, de collusion et d'intouchabilité des classes dirigeantes politiques, économiques et culturelles du capitalisme occidental que révèlent les Epstein Files n'avait été imaginé par les classes subalternes que dans des fantasmes complotistes — et arrivé en bout de course.

5. Il n'est pas nécessaire de s'attarder à décrire l'horreur matérielle et subjective que produit la société capitaliste : nous l'avons tous devant nous et en nous chaque jour, bien visible, puisqu'elle est tous les jours devant et à l'intérieur de nous. Nous observons l'obscurité à l'horizon. C'est la guerre qui nous attend, qu'ils préparent, qui brûle déjà, plus proche que nous ne le pensons. Des ruines de Gaza aux rues de Minneapolis, des tranchées du Donbass au Venezuela. C'est là-dedans, dans cette obscurité, que l'Ennemi nous conduit. C'est son Ombre qu'il projette, toujours plus proche et féroce. En restructurant filières, territoires et universités en départements et laboratoires de « l'usine de la guerre ». En militarisant l'éducation, les villes et la gestion de la dissidence interne ; en promouvant le fichage, le retour du service militaire et la déportation ; en criminalisant comme « terroriste » le conflit social. En rétrécissant ou en fermant toute dimension de liberté, de contre-pouvoir et d'organisation populaire incompatible avec leurs projets bellicistes et de profit. En nous imposant un destin : celui décidé dans les couloirs du pouvoir — démocratiques — de l'Ennemi. Comment imposer, en l'articulant dans la composition, en le déployant dans l'espace et en l'organisant dans le temps, un refus de classe autonome et massif qui rompe avec ce destin, avec ces institutions de l'adversaire, avec cette forme de vie ? C'est ce nœud que, de manière programmatique, nous saisissons dans le vent, et que nous remettons dans le vent.

6. Respirons. Ensemble, sans peur. Ce vent est celui de notre temps. Il arrive par rafales. Il a déjà tout bouleversé. Il ouvre et ferme des fenêtres, renverse tables et cadres, dérange les plans et fait vaciller ce que nous croyions rigide. Il met en mouvement un air auparavant immobile, provoque des vertiges qui ouvrent sur de nouvelles hauteurs. Il rafraîchit les esprits, revigore les cœurs. C'est à ce vent qu'il faut se mesurer. Saisissons-en l'occasion, précieuse. Non pas pour faire tourner nos moulins, petits ou grands, dont on prend souvent les ombres pour des géants. Mais pour prendre le large sur les vagues, en traçant la route dans une direction collective. Et ainsi hisser les voiles.

À la conquête d'un rêve commun.

Kamo Modena


[1] Référence à la chanson antifasciste « Fischia il vento » (Le vent siffle) de l'époque de la résistance. Un des appels à la manifestation nationale pour Askatasuna s'appelait « Torino è partigiana », (Turin est une ville partisane), en référence au passé de la ville, rempart de la résistance le fascisme tout le long de son histoire. N.d.t.

[2] Equivalent du français “racaille”, mais le terme, issu de l'argot milanais, n'indique pas uniquement des jeunes des classes populaires issus de l'immigration, et fait l'objet d'une réappropriation de la part des jeunes prolétaires depuis quelques années. N.d.t.

[3] Le quartier où se trouve le centre social Askatasuna à Turin

10.02.2026 à 09:16

Ruade(s)

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« La pensée n'est pas dévastée ; elle dans le mécanisme de l'amusement général »
Nathan J. Beltràn

- 9 février / , ,
Texte intégral (957 mots)
1.

Nous n'étions rien de plus que de modestes comptables, pour mieux dire : chargés d'accomplir une tâche dont l'enchaînement, rigoureusement calé sur une case de registre, ne pouvait rien saisir de la « réalité » de ce qu'elle enregistrait ; cet objet - que vous nommez tantôt corps, tantôt élément de preuve, selon un choix de mots qui me paraît fortement situé, voire problématique - la reprise méthodique, par souci de précision, en a effacé le fond. Si bien que ce que vous désignez comme des preuves et des corps, nous n'en avons pas la moindre trace matérielle ; ce que vous qualifiez de crime n'a pas de lieu, ou alors ce lieu nous l'avons oublié. Nous ne savions pas qu'il s'agissait de « corps », pas davantage qu'il s'agissait d'« amis » ou de « preuves ». Je ne vous l'apprends pas. Chacun fait son geste sans en voir l'aboutissement global.

2.

Ne prenez pas ce ton, cette cérémonie, le souvenir n'est-il pas convivial ? Nous fêtons, convivialement, le souvenir de l'horreur, nous nous parerons bientôt des costumes et, il est bien spécifié sur l'affiche : pour la chasser, nous rejouerons la scène.

Si bien, il faut dire que les lieux ont disparu. Comme dirait l'autre : rongés par la guerre, par cette guerre-ci qui chasse l'autre, enfin par l'économie. Se le remémorer lors des promenades familiales, la commémoration même comme promenade familiale. Ne la ramenez pas quand, comme vous, on observe la chute des choses, le spectacle de la chute des choses depuis sa fenêtre, d'une manière qui me semble peu en règle avec celle du guichet...


3.

Vous causez encore de corps et de corps et de corps, mais je vous le répète : « il n'y a pas de corps, il n'y en a plus », vous-même n'en avez plus, moi-même je n'en ai plus. On s'habitue, messieurs, mesdames, très facilement à ce « pire », on s'habitue très facilement à la « maladie nouvelle ». Très facilement à l'oubli de la teneur des jours, des autres et des mots.

C'est une logistique globale, le transit des marchandises et des dites chairs massacrées ? On ne voit pas la différence au loin. Ne prenez pas ce ton, tout le monde ne s'amuse-t-il pas ? Dois-je préciser que les balles sont fausses ? Ce n'est qu'un jeu. Ce n'est pas bien différent du Cowboy et de l'Indien.


4.

Il ne faudrait pas, par soi-disant sursaut de conscience, insulter nos actions, lesquelles vous façonnent, tant bien elles viennent par-ci et par-là à vous « broyer ». Il faut savoir faire preuve de résilience. Tenter de redonner la parole, de redonner des noms à ceux-là ne sert à rien, je vous l'ai déjà expliqué : de loin, on ne distingue aucune différence. Et pas davantage de près. Pas davantage dans l'être non dense, dans l'être dont le fond est atteignable du regard. L'institution nouvelle de l'art et la délicatesse ne dirait pas différemment de moi.


5.

La pensée n'est pas dévastée ; ne s'insère-t-elle pas, dans le mécanisme de l'amusement général, lequel nous conduirait, si le corps des cadavres existait et était trouvable, à la cérémonie du piquetage de drapeaux au-dedans d'eux ? Geste qui prouverait une sensibilité dont vous croyez que nous manquons faute de corps morts. Si bien, mesdames et messieurs, si les choses sont telles que vous le pensez, la violence, par un simple effet de levier sur nous, modestes comptables, finirait par fermer le cycle de la statistique : si témoin il y a, il se retrouvera nécessairement sans lieu, n'est-ce pas ?


6.

MALADIE NOUVELLE

on en oublie la teneur des jours, des autres et des mots. Rien n'est à remiser

pourtant on :

cherche
absolument
à arracher le goût perdu aux lieux où il peut être
au fond, on fait

ce qu'on peut,
on donne de son nerf à qui lit.
: imperfection du geste.


7.

c'est une chierie d'attendre, à peine tremblé, tu crispes & plantes le s
oc en toi. Retournez aux gouffres, crie-t-on, des fils se nouent à vos côtes
hélas : : la sueur n'y fait rien, ou que peu :
un fil n'a

ni la verve ni l'haillon pour tirer le sang.

Il aurait fallu t'arracher de là & montrer à leurs faces ce qui tremble

encore, dit l'intruse, sa paume percée & nue.


8.

débris d'os brisés par les danses peau fendue frappant l'sol y laisse son sang du moins les en tache les os j'veux dire, pis la treille chutée
se cabre alors la femme qui danse & danse encore comme pour

guetter la flaque la

voir
ruiss'ler

Nathan J. Beltràn
À Cédric Demangeot, en écho
Illustration : Bernard Chevalier

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