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28.03.2026 à 10:50

Jour 1 de l’élection d’Eric Ciotti : double agression fasciste dans le Vieux-Nice

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Lundi 23 mars à 19 heures, après un rassemblement contre l’extrême droite et l’élection d’Eric Ciotti à la mairie de Nice, un groupe d’une dizaine de personnes encagoulées est venu tabasser deux fois en une demie heure des personnes présentes, dont des syndicalistes étudiants, dans le Vieux-Nice. Nous avons rencontré plusieurs des victimes des agressions perpétrées par ces fascistes. Elles nous racontent le récit détaillé des faits. D’après les témoignages.. Read More

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Texte intégral (1714 mots)

Lundi 23 mars à 19 heures, après un rassemblement contre l’extrême droite et l’élection d’Eric Ciotti à la mairie de Nice, un groupe d’une dizaine de personnes encagoulées est venu tabasser deux fois en une demie heure des personnes présentes, dont des syndicalistes étudiants, dans le Vieux-Nice. Nous avons rencontré plusieurs des victimes des agressions perpétrées par ces fascistes. Elles nous racontent le récit détaillé des faits. D’après les témoignages recueillis, il pourrait s’agir de membres d’Aquila popularis. Les gants coqués et les cagoules montrent la préméditation de l’attaque.

Par Edwin Malboeuf

Lundi 23 mars à 18 heures. La CGT Spectacle a lancé un appel à se mobiliser contre l’extrême droite après l’élection d’Eric Ciotti à la mairie de Nice. Rendez-vous est donné place Saint-François, dans le Vieux-Nice. Le rassemblement compte environ 300 personnes. Richard*, 34 ans, passe par hasard avec un ami aux alentours de 19 heures à la fin du rassemblement. « J’ai passé la journée a la plage, j’étais pas dans l’esprit d’aller manifester, je rentrais chez moi. J’arrive vers 18h56 place Saint-François, j’ai été étonné de voir la manifestation, j’ai balancé ça : « Ciotti, tête de prépuce »».

Dans le même temps il repère une dizaine d’hommes vêtus de noir, cagoules au ras du cou, postés près des arches de la place un peu en contrebas. « Ils ont du voir et entendre ce que j’ai crié. En passant devant eux, je dis à mon ami : « Regarde y’a plein d’identitaires qui attendent ». Ils nous suivent jusqu’à la rue Droite [une centaine de mètres plus loin]. Je me dis à cette heure-ci ça devrait aller, je suis à mille lieues d’imaginer qu’ils vont faire ça. Mon ami me dit « ils nous suivent ». Mais je minimise. Ils montent leur cagoule quand ils nous suivent. Ils se rapprochent et au moment où j’enlève mes lunettes j’entends : « Pourquoi t’enlève tes lunettes ? », et ils arrivent en courant. J’ai senti deux coups de poing dans mon dos, qui me ratent, j’ai senti le vent passer tellement ils étaient puissants. Puis, je me suis pris une balayette, je tombe au sol. Je me fais rouer de coups, puis coup de pied dans la tête. Mon ami avec qui je marchais a subi le même sort, il a réussi à s’échapper. Le tabassage a duré une trentaine de secondes ».

Un groupe voit se dérouler l’action depuis la place et accourt. « Ils ont crié et ça les a fait partir ». Les deux hommes s’en sortent avec des blessures. Mal à la main gauche, bosse au-dessus de la tempe pour Richard, contusions à la cheville pour son ami. « Ils étaient trois-quatre sur chacun de nous », décrit-il. Les deux n’ont pas porté plainte pour le moment.

« On est chez nous ici »

Le groupe parvenu à les faire fuir sont des membres du Front populaire étudiant (FPE), syndicat étudiant de gauche, qui vient de remporter les dernières élections étudiantes localement. Parmi eux, Guillaume*, Stéphane* et Marie* racontent la suite des événements. « On est arrivé à 18h30 pour le rassemblement contre l’extrême droite, avec d’autres membres du Front populaire étudiant mais sans drapeau, ni rien. Mon seul signe distinctif c’est que j’avais le triangle rouge. Le rassemblement se termine vers 19 heures ».

Stéphane explique : « J’ai vu au loin deux mecs au sol, on a tous suivi pour arriver au secours. On était une quinzaine. On les avait repérés sous les arches de la place Saint François. Il n’y avait aucun policier. Deux de nos amis sont allés discuter avec l’un deux qu’ils connaissaient. On se fait face pendant quelques secondes. Un des membres de leur groupe dit : « Qu’est-ce qu’il y a on est chez nous ici ». Pas d’insultes pas de violence de notre part. Puis ils commencent à partir. On se met à discuter avec P. qui veut faire le pacifique. Il ouvre sa sacoche on voit qu’il a un couteau ». P. a été identifié par les jeunes du FPE, et nous avons pu vérifier son identité. Il est passé par l’UNI, syndicat étudiant d’extrême droite, aujourd’hui à la Cocarde étudiante, et est en école de journalisme à l’EDJ de Nice. D’après nos sources, il serait également membre d’Aquila popularis, groupuscule nationaliste révolutionnaire né en 2022. En juillet 2024, un article de Libération, photo à l’appui, le montre à la permanence d’Eric Ciotti, après son élection aux législatives. D’après les témoignages recueillis, il n’a pas porté de coups, mais se trouvait avec le groupe qui a mené les attaques. Il était par ailleurs le seul à visage découvert.

Cagoules et gants coqués, signes de la préméditation

Stéphane poursuit : « Leur stratégie c’était de nous prendre en tenaille. On essaie de les éviter pendant un moment. Là on s’est mis en sécurité sur [le boulevard] Jean-Jaurès au niveau de l’arrêt de tram. Il doit être 19h30. Certains d’entre nous prennent le tram, d’autres rentrent chez eux. Ensuite, on a voulu récupérer des collègues sur la place Saint-François. Une dame qui sortait de son commerce qui avait vu la scène nous dit : «  Ils sont encore là »».

« A ce moment on voit un mec au téléphone qui s’apparente à l’un des leurs. On se dit faut qu’on y aille. On voit les 9 débarquer en ligne de l’autre côté de la place ils enfilent des gants coqués, certains ont des cagoules. On remonte vers le Subway, ils nous suivent avec cris, insultes, on essaie de marcher vite. Pas de tram, pas de commerce ouvert, rue vide, le seul endroit où on peut se réfugier c’est le Subway. Tout le monde y rentre, moi j’arrive en dernier, on vérifie que tout le monde rentre. J’essaie de fermer la porte ils arrivent à l’ouvrir. Ils essaient de me choper et chopent mon ami. Il se fait sortir. Il y a des coups de poings avec gants coqués à la tête, au torse, aux côtes, il se fait mettre au sol. Vêtements déchirés. Au même moment, je reçois deux coups de poing à la tête pour moi. J’ai essayé de me débattre comme je pouvais. A ce moment ils reculent. On était 8 dans le Subway. Personne n’a frappé en premier chez nous. C’était gratuit. Cela a été rapide ça a duré une minute les coups ».

La police est prévenue par la vendeuse du Subway. Stéphane se met de la glace sur le visage. Tout le monde se remet du choc. Des policiers municipaux arrivent dans les cinq minutes. Ils recueillent ce qui s’est passé. « Sur le moment j’étais rouge sur le visage. J’ai mal à la pommette, yeux gonflés injectés de sang. »

Les jeunes du FPE ont probablement été reconnus par les agresseurs. D’après les témoignages recueillis il s’agirait de membres d’Aquila popularis. Ils portaient des vestes noires, des cagoules et des gants coqués, signes de la préméditation de l’attaque en bande. Deux plaintes ont été déposées par les victimes. Avant cela, le parquet avait déjà ouvert une enquête pour « violences en réunion et participation à un groupement en vue de la commission de violences ». L’infraction sur le procès-verbal de Stéphane indique : « Violence aggravé par deux circonstances suivie d’une incapacité n’excédant pas 8 jours ».

Ces agressions surviennent quelques mois après celles du 13 décembre 2025 où des groupes cagoulés s’en sont pris à des personnes racisées dans le Vieux-Nice. Ce soir-là, Aquila popularis fêtait ses 3 ans. Un mois après, ils ont ouvert un local, Lou Barri, dans le quartier Riquier. Le 16 février, le groupe postait sur X, un message menaçant à l’encontre d’un membre de la France insoumise, suite à la mort de Quentin Deranque : « Le parti de la soumission n’assume plus sa proximité avec les assassins de la Jeune Garde. Pourtant c’était il n’y a pas si longtemps Olivier ? Un conseil, faîtes vous petit. Nice n’est pas à vous et ne le sera jamais. » L’élection d’Eric Ciotti semble laisser libre cours au déploiement de bandes violentes d’extrême-droite. Mercredi 25 mars, France 3 Cote d’Azur révélait que des stickers à l’effigie d’Hitler : « Nice c’est l’Allemagne », ont été découverts dans le Vieux-Nice.

* Les noms ont été modifiés par souci de conserver l’anonymat des personnes.

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11.03.2026 à 12:14

Comment faire campagne face à l’extrême droite ? L’exemple de Nice Front populaire

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L’heure est grave à Nice. Le duel Christian Estrosi-Eric Ciotti prend toute la lumière médiatique. En face deux listes de gauche. L’une alliant le PS, le PC et les Écolos, l’Après, Debout, Génération.s (Unis pour Nice), l’autre se voulant citoyenne et soutenue par la FI, le NPA et Ensemble (Nice Front populaire). Un chemin étroit se dessine pour cette dernière, dans cette campagne où s’agite la peur de voir Eric.. Read More

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Texte intégral (3367 mots)

L’heure est grave à Nice. Le duel Christian Estrosi-Eric Ciotti prend toute la lumière médiatique. En face deux listes de gauche. L’une alliant le PS, le PC et les Écolos, l’Après, Debout, Génération.s (Unis pour Nice), l’autre se voulant citoyenne et soutenue par la FI, le NPA et Ensemble (Nice Front populaire). Un chemin étroit se dessine pour cette dernière, dans cette campagne où s’agite la peur de voir Eric Ciotti, allié au RN, prendre les rênes de la ville. Une campagne de terrain mêlant porte-à-porte, cafés populaires, conférence de presse en plein air, et qui porte en son sein la promesse de « rendre le pouvoir aux citoyens ». Par Edwin Malboeuf

 

« Bonjour, on vient pour les élections municipales, vous pouvez ouvrir la porte ? » Ce dimanche 18 janvier à 16h30, quartier populaire de l’Ariane, une dizaine de militants de la liste Nice Front populaire (NiFP) sonne aux immeubles. Action du jour : porte-à-porte. Le but est simple. Présenter la liste et des axes de campagnes (logement, transport) et demander aux citoyens s’ils sont bien inscrits sur les listes électorales. « Passez cinq minutes par porte, c’est plus qualitatif que quantitatif aujourd’hui. Dans ce quartier, on a plutôt tendance à voter pour des listes comme les nôtres » détaille Olivier Salerno (LFI), numéro 2 de la liste derrière Mireille Damiano, tête de liste, présente ce jour-là, durant le briefing.

Les accueils des résidents sont divers. Certaines personnes ne sont pas de l’Union européenne et ne peuvent donc pas voter. « Vos idées comptent tout de même », dit Mireille Damiano, en distribuant un questionnaire pour l’amélioration du cadre de vie du quartier. D’autres ne sont tout simplement pas intéressés « J’ai 45 ans, je n’ai jamais voté », répond dans l’entrebâillement de la porte, un homme avec sa famille. D’autres encore tendent l’oreille. « C’est bon à savoir, on va aller voter. C’est quand ? ». Hatem Dridi, numéro 6 sur la liste, donne en guise d’argument, l’un des récents faits d’armes de la tête de liste. « Grâce à Mireille Damiano, avocate, on a fait retirer le drapeau israélien du fronton de la mairie ». « Je ne savais pas, je ne suis pas allé en centre-ville depuis longtemps ». Car c’est cela aussi l’Ariane. Un quartier populaire, enclavé, coincé entre les montagnes et le Paillon, le fleuve niçois, à l’est de Nice, desservi par une seule ligne de bus, et dont le tram se fait attendre depuis ses débuts. Christian Estrosi s’y est toujours opposé. Une injustice sociale pour tous ces contribuables, dont la plupart des services publics font défaut dans ce quartier. Le porte-à-porte continue :« Oui j’ai déjà entendu parler de vous, ma grande sœur m’en a parlé », répond une jeune femme, lunettes de vue sur le haut du crâne. « Nous proposons un programme de changement radical. Quand les gens d’un quartier pensent quelque chose, il faut qu’ils puissent porter un projet. Créer des vrais comités de quartier pour que ces projets voient le jour », détaille Mireille Damiano. A l’Ariane, aux dernières élections, il y a eu 60% d’abstention.

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Hatem Dridi et Mireille Damiano, tête de liste, en porte-à-porte à l’Ariane, janvier 2026 © Edwin Malboeuf

Rendre le pouvoir à la base

Dimanche 25 janvier, rendez-vous est donné place Saint-Roch pour exposer « la ville que nous voulons ». Mireille Damiano et Olivier Salerno détaillent plusieurs propositions du programme : comité de quartier avec pouvoir d’agir, budget participatif, transports gratuits. « La ville de Nice est trop souvent une ville qui exclut. La ville que nous voulons, nous la construirons avec les habitants et les habitantes », clame Olivier Salerno face à la soixantaine de personnes présentes ce jour. « Mettre en place une véritable démocratie active. Car nous ne parlons pas de cette démocratie participative de façade, mais d’une démocratie qui donne le pouvoir aux Niçois et Niçoises. Pour associer le plus grand nombre à la vie de la cité, il nous faut des outils. Certains existent déjà comme les conseils de quartier et de territoires. Nous les réformerons en profondeur afin de donner à ces instances, pour l’instant consultatives, un vrai pouvoir citoyen : élaboration de projet, de décision et de saisine du conseil municipal », renchérit Mireille Damiano. Puis les noms qui composent la liste de la place 5 à la place 16 s’avancent pour expliquer les raisons de leur présence. Chacun.e avait une minute : les hommes ne respectent pas le temps de parole. « La déconstruction est un lent processus », s’excuse Ciril Joanin, 16ème de la liste, et président de l’Assemblée occitane, un mouvement régionaliste de gauche. Encartés au NPA, Ensemble ou LFI, militantes féministes, associatifs, antiracistes, LGBTQIA+ : le début de liste se veut fort de sa diversité de profils. Mais comme le dit Cédric Petipas, 14ème : « C’est la seule liste à laquelle on nous demande de venir comme nous sommes, et pas pour ce que nous sommes. Nous ne sommes pas des quotas.  ».

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Les 16 premier.es de la liste Nice Front populaire, le 25 janvier 2026, place saint-Roch © Edwin Malboeuf

Une campagne qui se veut proche des citoyens

Chaque jour ou presque, les militant.es vont tracter, afficher, faire du porte-à-porte. « Une campagne inspirée par celle de Mamdani à New York, même si c’est pas les mêmes moyens », dit Olivier Salerno. Car, si les passages dans les médias ne sont pas si rares, force est d’admettre que ceux-ci n’ont d’yeux que pour le spectacle des frères ennemis Estrosi et Ciotti. En plus du porte-à-porte, la liste reprend l’idée de Viva, collectif citoyen qui avait mené la campagne de 2020 avec déjà Mireille Damiano à sa tête, d’organiser des Assemblées populaires. Cette fois-ci, ce sont des cafés populaires. L’idée est de recueillir la parole des habitant.es, leur faire écrire leurs revendications sur des papiers et de les afficher dans la rue, le temps d’un café. Pendant ce temps, les militant.es tractent. Les avis sont multiples. Dans le lot, beaucoup disent ne plus vouloir voter. « Tous pareils, de la gauche à la droite », entend-on ce 11 février à l’angle du boulevard Raimbaldi lors d’un café populaire. Ou encore : « De toute façon, à Nice, la gauche n’a aucune chance. Et je ne vote pas, je veux que tous les élus fichent le camp », s’exclame une dame, bonnet marron sur la tête. « Il y a de l’hostilité, mais globalement ça va. Les gens sont assez réceptifs », confie un des militants. « Moi c’est le mouvement du 10-Septembre [mouvement de blocage national] qui m’a mis en action. Je me suis dit qu’il fallait s’engager », poursuit-il.

Face au duel Estrosi-Ciotti, pas de front commun

En face, le duel très droitier ravit les médias avec son lot de coups bas, de traîtrises de dernière minute, et de ralliement opportun. Christian Estrosi, en poste depuis 2008, contre Eric Ciotti, son petit, qui doit l’essentiel de sa carrière politique au maire en place. Un duel de fachos, l’un qui a toujours frayé avec la ligne rouge, l’autre qui a décidé de la franchir aux dernières élections législatives en rompant le cordon sanitaire entre la droite et l’extrême droite. Pour expérimenter ce qui se dessine depuis plusieurs années voire décennies avec la radicalisation de la droite dite républicaine, une union des droites. Ou devrait-on dire une union des extrêmes droites. Le 22 mars, le risque est probable de voir Nice dirigée par l’extrême droite. Ce ne serait pas nouveau. Pour rappel Jean Médecin (maire de 1928 à 1944, puis de 1947 à 1965) a voté les pleins pouvoirs à Pétain et a participé au régime de Vichy durant la Seconde Guerre mondiale. Son fils, Jacques Médecin (1966-1990) se disait être « en accord avec 99% des thèses du Front national ». Son successeur, Jacques Peyrat (1995-2008) fut l’un des fondateurs de ce même Front national. Quant à Christian Estrosi, s’il n’a jamais franchi le rubicon, sa politique ultra-sécuritaire et raciste n’a jamais eu grand-chose à envier aux partis d’extrême droite.

Face à cela, un collectif, là aussi se voulant citoyen, s’est mis en place dès avril 2025 pour espérer tourner la page de ces décennies noires : Reprenons la main. Avec 200 signatures, il appelait à l’union de toute la gauche dès le premier tour. Les vieux caciques du Parti socialiste, des Écologistes, et du Parti communiste ont préféré un calendrier d’accords partisans, avant de penser à la société civile. Il n’y a donc pas eu d’union, chaque camp se rejetant la faute sur l’autre. Il en est peut-être mieux ainsi, tant les détestations, qui ne confinent pas qu’aux seules inimitiés égotiques mais bien à des divergences de fond notoires, sont profondes. Pour autant, la liste d’union de la gauche de droite propose elle aussi les transports gratuits (pour les Niçois.es), l’encadrement des loyers, une limitation du surtourisme. L’on peut douter de la sincérité des propositions à la lecture des formulations creuses du programme, sortes de vœux pieux adressés à qui veut l’entendre, sans précisions sur les moyens de mise en œuvre qui n’offrent que peu de garanties. On peut également douter de la volonté politique d’une liste emmenée par Juliette Chesnel-Leroux dont le fait d’armes de son dernier mandat est d’avoir fait changer le nom d’un lycée. Les slogans de campagne illustrent cette différence de radicalité. D’un côté, « Nice n’est pas à vendre » veut marquer une rupture avec la marchandisation de la ville, de l’autre on veut rendre « Nice abordable », soit tempérer quelque peu la folie spéculative de la ville. D’un côté, on voulait une liste citoyenne, de l’autre, une lutte de places et un cartel de partis.

Alors Nice Front populaire, une liste citoyenne ? Timidement pourrait-on dire. Comme en 2020, avec la liste Viva, elle se veut être un rassemblement citoyen, soutenu par des partis. Si la tête de liste est effectivement vierge de toute adhésion partisane, on trouve ensuite des militants de la France insoumise, un ex du PS, une militante du NPA, puis de Ensemble. Ensuite viennent s’entremêler des militants associatifs et syndicaux et de l’Assemblée Occitane. Tous ces logos apparaissent sur les affiches et tracts, ce qui a suscité des débats en interne, certains estimant que LFI est un repoussoir, quand d’autres pensent au contraire qu’elle amène massivement du vote, comme ont pu le montrer les dernières élections à Nice, où LFI a réalisé de bons scores. Ce qui explique sans doute que tous les médias nomment cette liste LFI-NPA, ou LFI-Viva, voire LFI tout court, au grand dam des intéressés ; jamais ou rarement Nice Front populaire. L’idée était pourtant de coller à l’esprit du Nouveau Front populaire, rassemblant partis, syndicats, associations, militants de terrain, unis contre l’arrivée probable du fascisme à la tête de l’État en juin 2024, ici à la tête de Nice et sa métropole en mars 2026.

Démocratie active : qu’est-ce donc ?

La question du tirage au sort d’une partie de la liste a été posée. Mais cette fois-ci, contrairement à 2020, aucune modalité de cette nature ne s’est concrétisée pour tenter de rendre la liste plus démocratique. Pourtant, cela figure dans l’onglet démocratie du programme : privilégier la méthode du tirage au sort pour les instances de délibération citoyenne. Actuellement, ces instances sont purement consultatives et peu investies. Elles peuvent servir en revanche de légitimation de certaines mesures dégueulasses par la municipalité, comme en 2018, lorsque Christian Estrosi avait voulu supprimer la fontaine à eau place du Pin, car les associations de riverains et le conseil de quartier avaient formulé cette requête, sous prétexte nullement caché, que cela faisait venir les sans-abris. Ici, le programme du NiFP, dans les clous de la mue communaliste de la France insoumise, se rapproche de la vision portée par Murray Bookchin (lire p.8/9). Se rapproche seulement puisque selon Pierre Sauvêtre, spécialiste du théoricien, cité par Reporterre : « De manière très simple, le communalisme, c’est l’idée de mettre en place un autre régime politique, qui se substitue au régime représentatif. » Néanmoins, on peut saluer l’effort. Le programme de la liste niçoise prévoit plusieurs choses en la matière : assemblées citoyennes, au niveau des quartiers puis de la municipalité, dotées de budgets participatifs, usage du référendum local, réduction des prérogatives du maire, locaux dédiés à la délibération. C’est par ailleurs l’une des autres mesures phares, transversales à plusieurs thématiques : la création de Maisons citoyennes. Pensées comme des lieux de création artistique et d’éducation populaire, elles s’apparentent néanmoins à une resucée des Maisons de la jeunesse et de culture (MJC) promues par Mitterrand dans les années 1980. « C’est l’idée, mais c’était bien ! », s’enthousiasme Anne-Laure Chaintron (LFI), troisième sur la liste.

Logement : que faire pour endiguer la crise ?

Les chantiers sont vastes dans cette ville gangrenée par la pauvreté où 21% de la population vit sous le seuil de pauvreté contre 14% pour la moyenne nationale. Mais aussi par le manque de logements sociaux : 14% seulement du parc locatif quand la loi oblige à 25%. Et des amendes chaque année (8 millions d’euros en 2025) qui grèvent les comptes publics. Pour se mettre en conformité avec la loi, le NiFP prévoit plusieurs mesures. Notamment, l’expropriation, ou « réquisition » selon les termes plus doux choisis par la liste, des habitats inoccupés pendant une période de cinq ans, pour les transformer en logements sociaux. « C’est une volonté politique. On prévient d’abord, le but est simplement d’avoir plus de logements à la location. Ce qu’on veut faire, c’est accompagner ces propriétaires, qui parfois ne savent pas quoi faire d’appartements qu’ils ont hérité, pour les remettre sur le marché à condition qu’ils ne soient pas en location saisonnière. Ce n’est pas possible d’avoir autant de logements qui ne servent à rien, même pas une semaine par an. Cela remettrait de la mixité sociale, car ces logements vides sont un peu partout, sauf dans les quartiers populaires », détaille Anne-Laure Chaintron. En sus, figure au programme l’encadrement des loyers, comme cela se fait à Paris. « Toutes les mesures proposées sont faisables au niveau du droit. On ne propose rien qui ne soit pas en conformité avec la loi. Déjà car on a une tête de liste avocate, et aussi parce qu’on voit ce qui se fait ailleurs », poursuit-elle. Le logement à Nice figure parmi les revendications prioritaires des personnes croisées lors des cafés populaires. Pour cause, après Paris, Nice est la ville où le marché du logement est le plus tendu. Prix à la hausse, foncier exigu, peu d’offres locatives, pression de la location touristique. A ce titre, la liste NiFP entend bien réguler la plateforme AirBnB sur son territoire, sans ambition autre que la conformité avec la loi qui prévoit désormais un quota de 90 jours par an, avec en sus une cellule de contrôle municipale dédiée. A son corps défendant, Estrosi a tenté pendant le Covid, et plus récemment de lutter contre la prédation de la location touristique. La justice a retoqué plusieurs fois ces mesures. Pourquoi ne pas bannir la plateforme tout simplement comme Berlin dès 2016 ? « La question ne s’est pas posée. Normalement le principe des locations de ce type était de pouvoir tirer un bénéfice pour une durée limitée de son logement. ».

Pour conclure, l’on peut dire que la campagne menée par la liste niçoise nourrit quelques ambitions. Transformer la ville, par le bas, en tentant de prendre en compte les aspirations citoyennes, en démocratisant la décision, en créant des espaces de lutte et de résistances populaires. A l’heure de ces lignes, un sondage réalisé par Cluster 17, sur une base de seulement 763 personnes, annonce Eric Ciotti largement en tête des intentions de vote à 41% au premier tour, devant Christian Estrosi (31%), Juliette Chesnel-Leroux (12%) et Mireille Damiano (10%). L’objectif est clair pour le NiFP : arriver en tête de la gauche pour proposer une fusion à ses conditions et dans une triangulaire à l’issue incertaine, créer la surprise, ou a minima, avoir une gauche de combat au conseil municipal. Laquelle n’a que très peu existé dans cette enceinte ces dernières décennies.

 

Cet article en accès libre est extrait du numéro 60, actuellement en kiosques dans tous le pays. Pour vous abonner et le recevoir directement dans la boite aux lettres, c’est ici : www.mouais.org/abonnements

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30.01.2026 à 11:55

Les lieux de culture attaqués : une librairie niçoise fait condamner l’État

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Il ne fait pas bon de tenir une librairie indépendante dans la France de 2026. Entre perquisitions et intimidations, l’État et l’extrême-droite se retrouvent pour attaquer ces lieux essentiel de culture résistante. Entretien avec Maud Pouyé, dont la librairie niçoise, les Parleuses, a récemment fait condamner l’État pour censure. En décembre 2022, Gérald Darmanin, qui est alors ministre de l’Intérieur, se déplace à Nice pour un événement à la gloire.. Read More

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Texte intégral (1767 mots)

Il ne fait pas bon de tenir une librairie indépendante dans la France de 2026. Entre perquisitions et intimidations, l’État et l’extrême-droite se retrouvent pour attaquer ces lieux essentiel de culture résistante. Entretien avec Maud Pouyé, dont la librairie niçoise, les Parleuses, a récemment fait condamner l’État pour censure.

En décembre 2022, Gérald Darmanin, qui est alors ministre de l’Intérieur, se déplace à Nice pour un événement à la gloire du super-hôtel de police en chantier dans cette ville. Maud Pouyé et Anouk Aubert, de la librairie féministe faisant face à ce projet, afin d’accueillir dignement le ministre accusé de viol (mais ayant bénéficié d’un non lieu en 2022) décident alors de mettre en vitrine Impunité, d’Hélène Devynck, tandis que le collectif local des Colleuses appose sur l’enseigne les slogans : « Impunité », « Sophie on te croit » et « Qui sème l’impunité récolte la colère ». « Ces messages sont collés tôt le matin à 7 heures. Puis elles repartent. Alors qu’elles reviennent pour ouvrir leur commerce à 9h45, elles trouvent leurs vitrines masquées par de grands draps noirs. Et des flics en civil qui procèdent à leur contrôle d’identité. Les collages extérieurs ont été arrachés. Ceux de l’intérieur masqués » (1). Ce qui a fait l’objet d’une condamnation par le tribunal administratif de Nice, ce mercredi 14 janvier 2026, suite à dépôt de plainte de leur part, ce tribunal ayant « déduit que l’occultation de la vitrine de la librairie « Les Parleuses » ne s’avérait pas nécessaire en l’absence de troubles à l’ordre public et que cette illégalité engageait la responsabilité pour faute de l’Etat ».

Victoire ? Mouais…. « Ces derniers mois, rapporte Blast, [les] attaques contre les libraires se sont multipliées […]. En juin, la librairie Les jours heureux de Rosny-sous-Bois était couverte de slogans hostiles au Hamas sur une partie de sa vitrine consacrée à des poètes palestiniens  ; en juillet, un libraire du Chambon-sur-Lignon était visée par la préfecture de la Haute-Loire pour sa participation à un rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien ; en septembre, c’est La Tête Ailleurs, dans le onzième arrondissement de Paris, qui fait l’objet de tags à l’acide et de menaces ; mi-novembre, la Petite Égypte, dans le deuxième arrondissement, est à son tour vandalisée à l’acide avec l’inscription « La putain du Hamas », pour avoir programmé un débat avec Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens. On pourrait ainsi aligner les exemples, des événements similaires ayant été recensés à Marseille, Rennes, Nantes, Bordeaux… » (2)

Nous retrouvons Maud à l’étage de la partie de la librairie consacrée à littérature pour enfants et ados. L’occasion de revenir sur le combat qu’elles ont mené pour leur droit à la liberté d’expression, sur ce qu’elles n’ont pas eu l’occasion de dire aux autres journalistes, et sur la joie en demi-teinte ressenti lors de l’annonce de leur victoire définitive. Car dans ce contexte global d’attaque des librairies indépendantes, si cette décision de justice est une bouffée d’air, il n’y a selon elle pas de quoi se réjouir.

« C‘est vrai que plein de gens sont passés nous voir en disant « Bravo, félicitations », mais moi je suis très gênée quand on me dit ça ». Car « déjà, on va pas se mentir, si Lorraine [Questiaux], notre avocate, ne nous avait pas pris par la main en disant « on va y aller, on va gagner, et je vous fais pas payer, je me rémunérerai avec les frais de justice », je pense qu’on n’aurait pas lancé de procédure », des procédures effectivement coûteuses et terriblement chronophages -et c’est le but. Maud se dit que derrière ces « bravos », « ce qui s’exprime, c’est que dans dans le contexte actuel des librairies indépendantes -et pas que, le contexte en général-, ça a été une espèce de respiration ». Cependant, «  je n’arrive pas à avoir la même joie que quand on a gagné le référé en 2023 ». Sans doute, nous dit-elle l’air las, car « le même jour où l’on a appris cette victoire, l’on a appris aussi que la librairie Violette & Co, que l’on a connaît bien, avait été perquisitionnée », avec pour motif invoqué la vente d’un livre de coloriages titré From the River to the Sea, de Nathi Ngubane et Azad Essa, et de la maison d’édition Social Bandit Media.

Elle revient sur ce que qu’a vécu cette librairie amie : « Elles sont dans un tunnel depuis août, dont elles ne sortent pas, et qui va crescendo. Elles ont eu des attaques à l’acide, du cyberharcèlement de l’extrême-droite, et ce qui n’a pas été trop dit à l’époque, c’est qu’elles se sont aussi fait intimider par des flics, qui se sont pointés à la librairie en leur disant que si elles n’avaient pas porté plainte, c’est bien qu’elles avaient quelque chose à se reprocher. Et là, aujourd’hui, c’était leur jour d’audition au commissariat… »

Et, selon elle, ce qui est dit trop rarement à propos de ces attaques de librairies, « c’est que ça éclipse les conséquences sur les gens qui y bossent ». Des conséquences parfois graves. « Tu es pris dans un espèce de tourbillon de stress, d’angoisse, de sollicitations, c’est épuisant nerveusement, voire a des conséquences lourdes sur la santé mentale ».

Elle évoque le cas des librairies Transit et le Sauvage, à Marseille, qui ont reçu des menaces et ont été dégradées par des tags de croix celtiques, la librairie queer les Vagues à Nantes, dont la vitrine a été fracassée…. « Dans ces dernières années, on avait fait une liste de ces attaques à notre avocate, pour qu’elle plante un peu ce décor général, au moment de l’audience, et de leur dire que leur décision sera importante, car le climat est celui-là ». Un climat d’une extrême-droite en lutte violente contre la culture. Et « quand Violette & Co est perquisitionnée et doit aller au commissariat, ça montre de quelle manière l’État ouvre les vannes et légitime, quelque part, ces violences ».

Quant à elles, elles vont très bientôt se retrouver face à un super-hôtel de police, sur une place que le maire de Nice, Christian Estrosi, a proposé de renommer « parvis Nicolas Sarkozy ». Comment le vivent-elles ? Un silence ; un ange passe. « En fait… nous allons déménager ». « On va pas se voiler la face, moi, je n‘ai pas envie de venir travailler ici ». Elles partent donc, avec leurs enfants, dans un village du Vaucluse, où elle vont reprendre une autre librairie indépendante. Une perte sèche pour la culture vivante à Nice, où, quand un commissariat ouvre, une librairie ferme.

Par Macko Dràgàn ; entretien réalisé par Tia Pantaï et Macko Dràgàn le jeudi 22 janvier 2026

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Illustration 2

(1) https://blogs.mediapart.fr/mouais-le-journal-dubitatif/blog/101222/un-hopital-ferme-un-hotel-des-polices-ouvre

(2) https://www.blast-info.fr/articles/2026/groupuscules-partis-institutions-les-droites-en-guerre-contre-les-librairies-independantes-4aNsco7VTpWQ2Ff5r-tpBw

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