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13.02.2026 à 11:47

Démission de Francesca Albanese : la trumpisation du Quai d’Orsay

la Rédaction
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Un montage vidéo mensonger de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, et voilà la France qui exige sa démission ? For sure !
Texte intégral (2442 mots)

Un montage vidéo mensonger de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, et voilà la France qui exige sa démission ? For sure !

par Loïc Le Clerc

Qu’il semble loin ce mois de septembre 2025 où Emmanuel Macron reconnaissait, à la tribune des Nations unies, l’État palestinien. Le geste n’était pas qu’un symbole. Il pouvait ouvrir une brèche diplomatique. Mais à force de reculer d’un pas après chaque avancée, à force de s’excuser presque d’avoir osé un geste de droit, ce « en même temps » se transforme en mauvaise conscience permanente. Le problème de ce gouvernement n’est pas tant qu’il fasse un pas – c’est qu’il passe son temps à le neutraliser.

Or voilà qu’en ce mercredi, le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, appelle à la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese. Et la France exigera officiellement cette démission le 23 février, lors de la session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Une décision grave : on ne s’en prend pas impunément à une représentante mandatée par l’ONU.

Qui est donc Francesca Albanese ? Juriste italienne spécialisée en droit international, experte reconnue des droits humains, elle est depuis 2022 rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés. Son mandat consiste à documenter les violations du droit international, quelles qu’elles soient. Elle est soutenue par de nombreuses ONG et universitaires pour la rigueur de ses rapports ; elle est également violemment attaquée pour la clarté de ses mots. Parce qu’elle nomme les choses. Parce qu’elle rappelle que l’occupation est illégale. Parce qu’elle parle de crimes de guerre lorsque les faits l’y conduisent. Parce qu’au fond, elle dit le droit international.

Qu’a-t-elle donc raconté pour recevoir les foudres du Quai d’Orsay ? Rien d’autre que son travail minutieux exige : « Le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’ont armé, lui fournissant des excuses politiques, un appui politique, un soutien financier et économique, c’est un défi. Le fait que la plupart des médias dans le monde occidental amplifient le discours pro-apartheid, le narratif génocidaire, c’est un défi. Et en même temps c’est aussi une opportunité. Car si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté internationale n’a connu les défis auxquels nous sommes tous confrontés, nous qui ne contrôlons pas d’importants capitaux financiers, ni d’algorithme, ni d’armes. Nous voyons maintenant que l’humanité a un ennemi commun, et que le respect des libertés fondamentales est la dernière voie pacifique, le dernier outil pacifique dont nous disposons pour recouvrer notre liberté. »

Mais ces déclarations, Jean-Noël Barrot ne les a pas entendues. Pour appeler à la démission de Francesca Albanese, il se base sur un montage vidéo diffusée par la députée Renaissance Caroline Yadan, où les propos sont déformés et tronqués pour lui faire dire qu’Israël serait « l’ennemi commun de l’humanité ». In fine, 53 députés macronistes se sont associés à la demande de démission de la rapporteuse onusienne. 53. Ce n’est plus un dérapage isolé, c’est une ligne politique.

Il faut rappeler que Caroline Yadan est notamment à l’origine d’une proposition de loi visant à assimiler l’antisémitisme à toute critique de la politique de l’État d’Israël – une confusion grave. Depuis des mois, elle mène campagne pour faire taire toute voix critique, jusqu’au sein des institutions internationales.

Mais cette fois, elle est suivie dans sa cabale par le parti présidentiel ainsi que par le gouvernement. Jean-Noël Barrot devient alors plus royaliste que le roi. Il justifie sa demande par « une longue liste de prises de position scandaleuses », accusant Francesca Albanese d’avoir justifié le 7-Octobre, évoqué un « lobby juif », comparé Israël au IIIème Reich. Des accusations extrêmement graves. Fondées sur des montages et des déformations. Rien qui ne résiste à l’examen des textes et des interventions complètes. L’association Juristes pour le respect du droit international a d’ailleurs saisi la justice pour « diffusion de fausses nouvelles ».

À l’heure de la désinformation généralisée, nous pensions que la Macronie avait fait de la lutte contre les fake news une priorité. La voilà qui s’appuie sur une fake news pour attaquer une représentante des Nations unies. Mieux : le porte-parole du Quai d’Orsay reconnaît que toute cette affaire s’appuie sur une fake news mais que le ministère demande tout de même à l’ONU la suspension de Francesca Albanese pour son « absence de neutralité » et son « militantisme » !

Nous assistons à une trumpisation assumée : décrédibiliser les institutions internationales, attaquer les mécanismes de contrôle, personnaliser la vindicte. Comme Donald Trump, on s’en prend à l’ONU quand elle dérange. Et puisque tout le monde tape sur l’ONU, pourquoi pas la France ?

Avec une telle attitude, la France peut bien refuser de siéger au « conseil de paix » de Donald Trump : en quoi son action serait-elle plus respectueuse du droit international ? S’en prendre à une rapporteuse indépendante parce qu’elle documente des violations massives, c’est affaiblir encore un peu plus l’architecture fragile du droit international.

Pendant ce temps, les chiffres restent. Depuis le 7 octobre 2023 :

Mais la priorité du ministre semble être le non-boycott de l’Eurovision et la mise au pas d’une experte de l’ONU.

« C’est donc ça, un pays qui se tient aux côtés d’un peuple opprimé », écrivions-nous fin janvier à propos de la mobilisation de la Catalogne. La France, elle, choisit l’antithèse : reconnaître un État palestinien d’une main, délégitimer celles et ceux qui documentent son écrasement de l’autre.

S’il y a une démission que les macronistes devraient exiger, ce n’est pas celle de Francesca Albanese. C’est celle de Caroline Yadan de leur groupe parlementaire – pour avoir fait de la manipulation un instrument diplomatique.

Loïc Le Clerc

🔴 SUCCESSION DU JOUR

Marine Le Pen out, la droite reprend la boutique ?

Après dix ans de recours, le procès de Marine Le Pen touche à sa fin. Après les réquisitoires de lundi, tout le monde s’attend à une condamnation qui l’empêchera de se présenter et de faire campagne. À droite, deux réactions dominent. Ceux qui maintiennent leur inquiétude de voir la gauche se qualifier au second tour face, probablement, à Jordan Bardella. Ceux-là veulent une primaire. Ils s’appellent Darmanin, Barnier ou Wauquiez. Le président des députés LR précise : une primaire de Gabriel Attal à Éric Zemmour. Il veut une alliance de toutes les droites jusqu’aux extrêmes contre le RN. Et il y a ceux qui pensent que Jordan Bardella ne peut convaincre et voit une opportunité soit pour gagner face à lui (Attal et Philippe), soit pour lui chiper sa place (Retailleau). Ceux-ci récusent la primaire et se lancent dans la course. Bruno Retailleau déclare sa candidature en reprenant les thèmes de droite (l’ordre) mais aussi d’extrême droite (anti-immigration, réforme de la justice, etc.). Il se veut précis et annonce faire des référendums anticonstitutionnels pour stopper l’immigration et pour durcir la justice. Il assure aussi que, malgré la signature de la France, les traités internationaux ne primeront plus sur le droit national. Idem pour le droit européen. Il veut s’attaquer à ceux qui « profitent » du système de protection sociale. Ces idées lui sont propres ? Pas du tout, on les trouve toutes dans le programme du RN. Mais Bruno Retailleau se croit plus crédible pour les mettre en œuvre. Il a le soutien d’un méritant, François Fillon.

C.T.

ON VOUS RECOMMANDE…

L’entretien de Gisèle Pelicot dans « La grande librairie ». Gisèle Pelicot, tout le monde connaît son histoire, son courage, sa coupe au carré, sa silhouette fine et son nez en trompette. Mais sa voix, on ne la connaît pas. En quatre mois de procès, elle n’a parlé que quatre minutes à la presse. Voilà donc que dans l’émission d’Augustin Trapenard, on la découvre, cette voix, déterminée mais douce, et ses gestes, empreints de sagesse et de calme. Gisèle Pelicot s’exprime pendant plus d’une heure. Elle raconte comment elle revient à la vie, comment elle retrouve la joie de vivre. Une voix essentielle.

C’EST CADEAU 🎁🎁🎁

L’astronaute Sophie Adenot a décollé pour la station spatiale internationale ce vendredi. Agée de 43 ans, elle est la deuxième Française de l’Histoire à effectuer un vol dans l’espace, après la pionnière Claudie Haigneré en 1996.

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12.02.2026 à 12:51

« Dans l’horreur du génocide à Gaza et de la répression en France, il reste un horizon »

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Omar Alsoumi, auteur de Enfant de Palestine aux éditions Les Liens qui Libèrent, est l’invité de #LaMidinale.
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12.02.2026 à 12:26

L’UE est mortelle : la preuve

Catherine Tricot
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Sous couvert de compétitivité, l’UE débat de son avenir. Protectionnisme ou libre-échange, investissements et emprunts communs ou discipline budgétaire : les lignes de fracture sont profondes et le social toujours oublié. Ce jeudi, les dirigeants des 27 pays de l’UE se retrouvent pour une journée de travail avant un sommet officiel prévu mi-mars. Ordre du…
Texte intégral (1293 mots)

Sous couvert de compétitivité, l’UE débat de son avenir. Protectionnisme ou libre-échange, investissements et emprunts communs ou discipline budgétaire : les lignes de fracture sont profondes et le social toujours oublié.

Ce jeudi, les dirigeants des 27 pays de l’UE se retrouvent pour une journée de travail avant un sommet officiel prévu mi-mars. Ordre du jour : comment développer la compétitivité européenne.


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Loin d’être une réunion technique sur la politique économique et industrielle, c’est bien le devenir de l’UE – ses objectifs et son architecture – qui est dans toutes les têtes. Les désaccords sur la conduite à tenir face aux États-Unis et à la Chine ont éprouvé l’unité des 27. 

Dans une interview à un groupe de journaux européens, Emmanuel Macron développe sa vision. Elle se veut offensive face aux deux grandes puissances. Pour le président, il faut emprunter en commun au niveau européen et massivement – 1200 milliards par an – pour investir dans les industries de la défense, de la transition énergétique (les batteries, la décarbonation notamment de l’acier, plan hydrogène, le nucléaire), dans l’IA et dans les calculateurs quantiques. « Dans un moment de course à l’investissement technologique, c’est une faute profonde que de ne pas utiliser cette capacité d’endettement », dit-il. Emmanuel Macron prône également une dose de protectionnisme et la préférence européenne.

Les « coalitions des volontaires » initiées pour l’Ukraine, proposées par l’Espagne pour le numérique, esquissent une architecture toute nouvelle de l’UE, plus souple, plus réactive. Ne porte-t-elle pas en germe une Europe à plusieurs vitesses et peut-être même l’éclatement de l’Union ? Emmanuel Macron l’entrevoit.

Pour le chancelier allemand Friedrich Merz, ces propositions ne sont pas recevables. Pas question d’emprunter, pas question de protéger l’industrie européenne : le libre-échange et les accords type Mercosur restent sa perspective. La priorité est dans l’amélioration de la productivité. Cela passe par « les réformes structurelles profondes et l’achèvement du marché intérieur ». Le Monde nous apprend que « le chancelier Friedrich Merz a négocié en amont avec Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, une feuille de route qui présente des pistes communes »

De son côté, Pedro Sanchez, le premier ministre socialiste espagnol, a saisi l’occasion d’un déplacement à Dubaï pour afficher sa détermination : « L’Espagne passe des paroles aux actes » et le sujet sur lequel il entend exercer le pouvoir politique est celui du numérique. Il propose une « coalition des volontaires » pour reprendre le contrôle face aux Gafam.

Enfin, Ursula von der Leyen invite les États à se réunir par groupes d’intérêts, neuf au minimum, pour rester conforme aux traités européens.

En résumé, plusieurs débats se profilent. 

Le premier porte sur l’analyse des faiblesses de l’Europe, débat ouvert par le rapport Draghi il y a 18 mois et dont nous rendions compte ici et . Le diagnostic d’un décrochage de compétitivité ne fait pas entièrement consensus. Et ses raisons encore moins. Mais pour la retrouver, tous veulent simplifier, débureaucratiser, alléger les normes. Les lois européennes dites « omnibus » le traduisent : il s’agit de dérégulation massive avec un abaissement de normes sociales, environnementales, fiscales… Pour Emmanuel Macron, il faut donc également investir dans les technologies du futur. Pour Giorgia Meloni et Friedrich Merz, il faut abaisser les coûts de production. Pour ces derniers, pas question de recourir à des emprunts européens. Le président français élude les désaccords entre pays européens, non seulement sur la question de l’emprunt mais aussi sur le choix des projets européens. Ce qui pourtant mériterait débat. 

On se demandera pourquoi la recherche médicale et la pharmacie ou encore l’espace ne font pas partie des axes d’investissement, alors même que la France y a des atouts… Pour l’IA, l’enjeu est peut-être moins celui de son financement que d’un pilotage des finalités : l’IA, pourquoi pas, mais pour quoi faire ? La question des finalités de l’Europe et donc du projet européen est reposée. Significativement, Emmanuel Macron rappelle qu’« on s’était réunis pour ne plus faire la guerre » mais ne parle plus que de défense militaire. Pedro Sanchez, lui, maintient la centralité de la paix.

Le second débat qui s’amorce est celui de l’organisation de l’Europe. Les « coalitions des volontaires » initiées pour l’Ukraine, proposées par l’Espagne pour le numérique, esquissent une architecture toute nouvelle de l’UE, plus souple, plus réactive. Ne porte-t-elle pas en germe une Europe à plusieurs vitesses et peut-être même l’éclatement de l’Union ? Emmanuel Macron l’entrevoit. Sa réponse passerait par une nouvelle répartition des compétences : le social serait renvoyé aux États, privés des leviers décisifs, tandis que la « stratégie », telle qu’il la conçoit (et dont il exclut le développement humain et les politiques sociales), serait consacrée à l’échelle européenne : « Les budgets nationaux sont contraints par notre capacité à adapter nos modèles sociaux au vieillissement de notre démographie ». Il ajoute que « cet investissement, si on veut qu’il préserve le marché intérieur, qu’il ne le fragmente pas un peu plus, il ne faut pas le renvoyer aux nations. Ce doit être un investissement conjoint. » Avec cette vision, c’est toute l’architecture de l’Union européenne, son rôle par rapport aux États et l’insuffisance démocratique de ses institutions et de son fonctionnement qui en serait aggravée. Si Emmanuel Macron devait être suivi, la place du choix politique dans les différents pays serait réduite à bien peu. 

Dans ce débat, une chose au moins paraît sûre. Dans un monde d’empires rivaux, de politiques de puissance et de prédation, l’Europe se détruira si elle renonce toujours plus à porter les différences sur lesquelles elle s’est, pour une part, reconstruite après-guerre et qui l’ont rendue attractive : ses droits sociaux, son modèle social, ses services publics. Et plus récemment la prise en compte des enjeux du climat et de la biodiversité.

Les débats qui s’engagent entre les dirigeants européens seront décisifs pour le futur. Ils doivent être beaucoup plus largement partagés et discutés.

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