25.05.2026 à 18:49
dev
Deux ans depuis le dernier soulèvement [Un reportage Mayday podcast]
- 25 mai / Avec une grosse photo en haut, Histoire, 4
Alors que le gouvernement Lecornu vient de faire voter par le Sénat et l'Assemblée nationale un nouveau dégel du corps électoral de la Nouvelle-Calédonie satisfaisant une nouvelle fois les loyalistes
Caldoches, on a trouvé important de revenir sur la longue histoire de Kanaky.
Le 13 Mai 2024, il y a deux ans, la Kanaky entrait pendant plusieurs mois en insurrection suite à l'annonce du dégel du corps électoral. Les raisons de la colère dépassaient sans doute largement cette nouvelle mesure. Une mesure d'ailleurs semblable à ce que la France a toujours essayé de faire sur l'archipel depuis la naissance du mouvement indépendantiste Kanak dans les années 70 : Rendre minoritaire le peuple premier sur sa terre en plantant du Blanc pour garder dans le giron français ce territoire stratégique dans le Pacifique.
Pendant 1 heure on revient donc sur la révolte de 2024 mais aussi beaucoup plus largement sur l'histoire du peuplement de l'archipel, sa colonisation, la ségrégation de la population autochtone, le racisme qui structure encore largement la société calédonienne, la naissance des mouvements indépendantistes, la décennie d'insurrection dans les années 80 et les accords qui devaient amener à l'auto-détermination des premiers concernés par plus d'un siècle et demi de colonisation.
Avec des textes mais aussi beaucoup d'archives des différentes époques et des rencontres récentes qui témoignent sous forme documentaire du dernier soulèvement.
Illusatration Floriane de Lassée. – De la série « Le Caillou calédonien », la tribu de Tendo, non loin de Hienghène, 2014
25.05.2026 à 18:45
dev
Un lundisoir avec Jonathan Boismard autour de son livre Une vie de fêlé, heurs et malheurs d'un patient ordinaire
- 25 mai / Avec une grosse photo en haut, 2, lundisoir
Diagnostiqué bipolaire, Jonathan Boismard nous plonge dans le quotidien léthargique et violent d'un patient ordinaire en désaffiliation psychique d'avec l'ordre des choses. Le récit explosif et éclaté d'une vie cernée par la psychiatrie, les molécules et les injonctions à être — à peu près — fonctionnel. Son livre paraît vendredi 29 mai et il est à de nombreux égards exceptionnels. Pour en lire une meilleure présentation et des extraits, voir cet article.
Sommaire :
00:00 Teaser et intro
1:16 « Aux tarés, aux frappés, aux cinglés... »
2:09 Raconter dix ans de psychiatrie
6:24 Trouver les formes, éclater le témoignage et l'analyse
9:51 Patchword et fragments de gens (et d'expériences)
13:08 « Ça peut faire de la belle littérature la folie... »
19:30 Comment raconter adéquatement la maladie ?
25:22 Y a-t-il une bonne (ou meilleure) psychiatrie ?
26:51 Diagnostic ta mère
29:05 Tout ce que le diagnostic recouvre et étouffe
32:17 Politiser la dépression (et tout le reste)
37:12 « Elle était pas si mal cette petite phase maniaque »
41:29 « La psychiatrie c'est de la gestion, pas du soin »
44:27 Repartir du dehors et du commun, l'exemple de France Dépression
47:50 Grève intérieure : désindividualiser et politiser nos psychismes
55:08 Exploser l'idée d'une existence linéaire et délimitable
58:56 La santé mentale s'indexe sur l'adéquation au monde de l'économie
1:02:55 Le rapport médico-moral aux médicaments
01:05:48 « Se veiller et s'unir »
1:08:20 Bonus TSA (trouble du spectre autistique)
Pour vous procurer le livre, c'est par ici : lundi.am/livres
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Réflexions sur l'anarchie et la révolution - Maria Kakogianni
« Si l'école est gratuite, c'est que vous êtes le produit ! » - Vincent Legeay
Contrer le rire fasciste - Denis Saint-Amand
Astérix peut-il résister à l'empire Bolloré ? - Un court-bouillon, un lundisoir spécial BD
L'Êtrangère - Eugénie Mérieau en concert au bureau
Mondes postcapitalistes - Laurent Jeanpierre et Jérôm Baschet
Tempus - Laura Perrudin
Antitsiganisme, État-nation et éthique de la révolte - Ritchy Thibault
Féminisme, État punitif et figure de la victime - Elsa Deck Marsault
Cybernétique et techniques de gouvernement - Ivan Bouchardeau
Manuel de management décomplexé ou l'art capitaliste de discipliner le travail - Anthony Galluzzo
Comment nommer les nouvelles formes de pouvoir ? - Ian Alan Paul
Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité - Clélia Gasquet-Blanchard
La répression de l'antifascisme à l'échelle européenne - Rexhino « Gino » Abazaj
Trump : les habits neufs de l'impérialisme - Michel Feher
Comprendre le soulèvement en Iran - Chowra Makaremi, le collectif Roja & Parham Shahrjerdi
Trump après Maduro - Benjamin Bürbaumer
Manger la Hess, une poétique culinaire - Yoann Thommerel
Du nazisme quantique - Christian Ingrao
(En attendant la diffusion, on a mis un petit extrait quand même)
Terres enchaînées, Israël-Palestine aujourd'hui - Catherine Hass
Penser en résistance dans la Chine aujourd'hui - Chloé Froissart & Eva Pils
Vivre sans police - Victor Collet
La fabrique de l'enfance - Sébastien Charbonnier
Ectoplasmes et flashs fascistes - Nathalie Quintane
Dix sports pour trouver l'ouverture - Fred Bozzi
Casus belli, la guerre avant l'État - Christophe Darmangeat
Remplacer nos députés par des rivières ou des autobus - Philippe Descola
Comment devenir fasciste ? la thérapie de conversion de Mark Fortier
Pouvoir et puissance, ou pourquoi refuser de parvenir - Sébastien Charbonnier
10 septembre : un débrief avec Ritchy Thibault et Cultures en lutte
Intelligence artificielle et Techno-fascisme - Frédéric Neyrat
De la résurrection à l'insurrection - Collectif Anastasis
Déborder Bolloré - Amzat Boukari-Yabara, Valentine Robert Gilabert & Théo Pall
Planifications fugitives et alternatives au capitalisme logistique - Stefano Harney
Pour une politique sauvage - Jean Tible
Le « problème musulman » en France - Hamza Esmili
Perspectives terrestres, Scénario pour une émancipation écologiste - Alessandro Pignocchi
Gripper la machine, réparer le monde - Gabriel Hagaï
La guerre globale contre les peuples - Mathieu Rigouste
Documenter le repli islamophobe en France - Joseph Paris
Les lois et les nombres, une archéologie de la domination - Fabien Graziani
Faut-il croire à l'IA ? - Mathieu Corteel
Banditisme, sabotages et théorie révolutionnaire - Alèssi Dell'Umbria
Universités : une cocotte-minute prête à exploser ? - Bruno Andreotti, Romain Huët et l'Union Pirate
Un film, l'exil, la palestine - Un vendredisoir autour de Vers un pays inconnu de Mahdi Fleifel
Barbares nihilistes ou révolutionnaires de canapé - Chuglu ou l'art du Zbeul
Livraisons à domicile et plateformisation du travail - Stéphane Le Lay
Le droit est-il toujours bourgeois ? - Les juristes anarchistes
Cuisine et révolutions - Darna une maison des peuples et de l'exil
Faut-il voler les vieux pour vivre heureux ? - Robert Guédiguian
La constitution : histoire d'un fétiche social - Lauréline Fontaine
Le capitalisme, c'est la guerre - Nils Andersson
Lundi Bon Sang de Bonsoir Cinéma - Épisode 2 : Frédéric Neyrat
Pour un spatio-féminisme - Nephtys Zwer
Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation - Benjamin Bürbaumer
Avec les mineurs isolés qui occupent la Gaîté lyrique
La division politique - Bernard Aspe
Syrie : la chute du régime, enfin ! Dialogue avec des (ex)exilés syriens
Mayotte ou l'impossibilité d'une île - Rémi Cramayol
Producteurs et parasites, un fascisme est déjà là - Michel Feher
Clausewitz et la guerre populaire - T. Drebent
Faut-il boyotter les livres Bolloré - Un lundisoir avec des libraires
Contre-anthropologie du monde blanc - Jean-Christophe Goddard
10 questions sur l'élection de Trump - Eugénie Mérieau, Michalis Lianos & Pablo Stefanoni
Chlordécone : Défaire l'habiter colonial, s'aimer la terre - Malcom Ferdinand
Ukraine, guerre des classes et classes en guerre - Daria Saburova
Enrique Dussel, métaphysicien de la libération - Emmanuel Lévine
Des kibboutz en Bavière avec Tsedek
Le macronisme est-il une perversion narcissique - Marc Joly
Science-fiction, politique et utopies avec Vincent Gerber
Combattantes, quand les femmes font la guerre - Camillle Boutron
Communisme et consolation - Jacques Rancière
Tabou de l'inceste et Petit Chaperon rouge - Lucile Novat
L'école contre l'enfance - Bertrand Ogilvie
Une histoire politique de l'homophobie - Mickaël Tempête
Continuum espace-temps : Le colonialisme à l'épreuve de la physique - Léopold Lambert
« Les gardes-côtes de l'ordre racial » u le racisme ordinaire des électeurs du RN - Félicien Faury
Armer l'antifascisme, retour sur l'Espagne Révolutionnaire - Pierre Salmon
Les extraterrestres sont-ils communistes ? Wu Ming 2
De quoi l'antisémitisme n'est-il pas le nom ? Avec Ludivine Bantigny et Tsedek (Adam Mitelberg)
De la démocratie en dictature - Eugénie Mérieau
Inde : cent ans de solitude libérale fasciste - Alpa Shah
(Activez les sous-titre en français)
50 nuances de fafs, enquête sur la jeunesse identitaire avec Marylou Magal & Nicolas Massol
Tétralemme révolutionnaire et tentation fasciste avec Michalis Lianos
Fascisme et bloc bourgeois avec Stefano Palombarini
Fissurer l'empire du béton avec Nelo Magalhães
La révolte est-elle un archaïsme ? avec Frédéric Rambeau
Le bizarre et l'omineux, Un lundisoir autour de Mark Fisher
Démanteler la catastrophe : tactiques et stratégies avec les Soulèvements de la terre
Crimes, extraterrestres et écritures fauves en liberté - Phœbe Hadjimarkos Clarke
Pétaouchnock(s) : Un atlas infini des fins du monde avec Riccardo Ciavolella
Le manifeste afro-décolonial avec Norman Ajari
Faire transer l'occident avec Jean-Louis Tornatore
Dissolutions, séparatisme et notes blanches avec Pierre Douillard-Lefèvre
De ce que l'on nous vole avec Catherine Malabou
La littérature working class d'Alberto Prunetti
Illuminatis et gnostiques contre l'Empire Bolloréen avec Pacôme Thiellement
La guerre en tête, sur le front de la Syrie à l'Ukraine avec Romain Huët
Abrégé de littérature-molotov avec Mačko Dràgàn
Le hold-up de la FNSEA sur le mouvement agricole
De nazisme zombie avec Johann Chapoutot
Comment les agriculteurs et étudiants Sri Lankais ont renversé le pouvoir en 2022
Le retour du monde magique avec la sociologue Fanny Charrasse
Nathalie Quintane & Leslie Kaplan contre la littérature politique
Contre histoire de d'internet du XVe siècle à nos jours avec Félix Tréguer
L'hypothèse écofasciste avec Pierre Madelin
oXni - « On fera de nous des nuées... » lundisoir live
Selim Derkaoui : Boxe et lutte des classes
Josep Rafanell i Orra : Commentaires (cosmo) anarchistes
Ludivine Bantigny, Eugenia Palieraki, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre : Une histoire globale des révolutions
Ghislain Casas : Les anges de la réalité, de la dépolitisation du monde
Silvia Lippi et Patrice Maniglier : Tout le monde peut-il être soeur ? Pour une psychanalyse féministe
Pablo Stefanoni et Marc Saint-Upéry : La rébellion est-elle passée à droite ?
Olivier Lefebvre : Sortir les ingénieurs de leur cage
Du milieu antifa biélorusse au conflit russo-ukrainien
Yves Pagès : Une histoire illustrée du tapis roulant
Alexander Bikbov et Jean-Marc Royer : Radiographie de l'État russe
Un lundisoir à Kharkiv et Kramatorsk, clarifications stratégiques et perspectives politiques
Sur le front de Bakhmout avec des partisans biélorusses, un lundisoir dans le Donbass
Mohamed Amer Meziane : Vers une anthropologie Métaphysique->https://lundi.am/Vers-une-anthropologie-Metaphysique]
Jacques Deschamps : Éloge de l'émeute
Serge Quadruppani : Une histoire personnelle de l'ultra-gauche
Pour une esthétique de la révolte, entretient avec le mouvement Black Lines
Dévoiler le pouvoir, chiffrer l'avenir - entretien avec Chelsea Manning
Nouvelles conjurations sauvages, entretien avec Edouard Jourdain
La cartographie comme outil de luttes, entretien avec Nephtys Zwer
Pour un communisme des ténèbres - rencontre avec Annie Le Brun
Philosophie de la vie paysanne, rencontre avec Mathieu Yon
Défaire le mythe de l'entrepreneur, discussion avec Anthony Galluzzo
Parcoursup, conseils de désorientation avec avec Aïda N'Diaye, Johan Faerber et Camille
Une histoire du sabotage avec Victor Cachard
La fabrique du muscle avec Guillaume Vallet
Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf
L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel
À quoi bon encore le monde ? Avec Catherine Coquio
Mohammed Kenzi, émigré de partout
Philosophie des politiques terrestres, avec Patrice Maniglier
Politique des soulèvements terrestres, un entretien avec Léna Balaud & Antoine Chopot
Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia
La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir
Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi
Enjamber la peur, Chowra Makaremi sur le soulèvement iranien
Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique avec Fanny Lopez
Comment les fantasmes de complots défendent le système, un entretien avec Wu Ming 1
Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler
Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski
Retours d'Ukraine avec Romain Huët, Perrine Poupin et Nolig
Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs
Anarchisme et philosophie, une discussion avec Catherine Malabou
La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi
Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth
Françafrique : l'empire qui ne veut pas mourir, avec Thomas Deltombe & Thomas Borrel
Guadeloupe : État des luttes avec Elie Domota
Ukraine, avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin & Coline Maestracci->https://lundi.am/Ukraine]
Comment la pensée logistique gouverne le monde, avec Mathieu Quet
La psychiatrie et ses folies avec Mathieu Bellahsen
La vie en plastique, une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur
Anthropologie, littérature et bouts du monde, les états d'âme d'Éric Chauvier
La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives », avec Geneviève Pruvost
Afropessimisme, fin du monde et communisme noir, une discussion avec Norman Ajari
Puissance du féminisme, histoires et transmissions
Fondation Luma : l'art qui cache la forêt
L'animal et la mort, entretien avec l'anthropologue Charles Stépanoff
Rojava : y partir, combattre, revenir. Rencontre avec un internationaliste français
Une histoire écologique et raciale de la sécularisation, entretien avec Mohamad Amer Meziane
LaDettePubliqueCestMal et autres contes pour enfants, une discussion avec Sandra Lucbert.
Basculements, mondes émergents, possibles désirable, une discussion avec Jérôme Baschet.
Au cœur de l'industrie pharmaceutique, enquête et recherches avec Quentin Ravelli
Vanessa Codaccioni : La société de vigilance
Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.
25.05.2026 à 18:36
dev
ou le fascisme quand il fait semblant d'aimer le football
- 25 mai / Avec une grosse photo en haut, Positions, 2
Pourquoi une bande organisée d'hommes vêtus de noir, cagoulés, gantés, équipée pour le choc, finit mystérieusement décrite comme une « rixe » ? Terme admirable car il transforme une expédition politique en météo de terrasse. Il y a eu « rixe », comme il y a eu « pluie ». Personne n'est responsable du cumulonimbus fasciste, il passait par là, probablement pour admirer les reflets du canal.
Dans la nuit du 21 au 22 mai 2026, avant la finale de Coupe de France OGC Nice–RC Lens, une centaine de supporters niçois ont été impliqués dans des violences autour du quai de Valmy et du Canal Saint-Martin. Le parquet et la préfecture ont fait état de 65 interpellations, dont quatre mineurs, et de six blessés, dont un grave ; des couteaux, cagoules, gants renforcés, protège-dents et armes improvisées ont été signalés parmi les éléments saisis ou relevés. L'enquête cherche encore à établir si l'épisode relève d'une attaque de passants et riverains ou d'un affrontement convenu entre groupes hooligans. Cette nuance importe juridiquement mais politiquement, elle n'efface rien.
StreetPress [1] rapporte des témoignages décrivant une bande de hooligans niçois, avec des alliés lillois et nancéiens, ayant attaqué un bar et des passants. Plusieurs témoins évoquent des saluts nazis, des symboles nazis, des propos racistes, notamment l'idée d'aller « casser du noir et de l'arabe », ainsi que des personnes identifiées comme « gauchos » ou « antifas ». Un homme noir aurait reçu un coup de couteau dans le dos en tentant de s'interposer. Le football qui dégénère est une berceuse pour éditorialistes fatigués, le vrai objet étant une violence de bande qui trie ses cibles selon les vieux critères de la politique fasciste : race, gauche, vulnérabilité et présence dans l'espace public.
La mention de la BSN n'est pas un détail folklorique. La Brigade Sud Nice a été dissoute par décret le 28 avril 2010 [2] ; StreetPress rapporte qu'un chant « La BSN est toujours là » aurait été entendu après les violences, et rappelle que la BSN s'est ensuite recomposée autour de la Populaire Sud Nice, principal groupe ultra niçois. L'État adore dissoudre, cela donne l'illusion d'un acte chirurgical. Les groupes, eux, savent très bien que les noms meurent plus vite que les sociabilités, les locaux, les bars, les codes, les amitiés viriles et les chaînes Telegram.
Il faut donc cesser avec la thèse imbécile du « sport apolitique ». Le football n'est pas fasciste par essence. Il est un terrain social. On y trouve des traditions populaires, ouvrières, antiracistes, antifascistes, commerciales, virilistes, mafieuses, municipales et policières. À St. Pauli, l'émergence d'une culture supportériste antifasciste dans les années 1980 s'est construite face à la présence néonazie en tribune. À Clapton, Dulwich Hamlet ou Enfield Town, il existe des cultures ultras antifascistes et solidaires. À Livourne, les affinités antifascistes de tribune sont un marqueur historique. Le problème n'est donc pas « les ultras » mais bien la conquête fasciste de certains segments ultras, puis leur utilisation comme infanterie sociale.
La tribune fascisée fonctionne comme une école basse intensité de la milice : discipline de groupe, déplacements coordonnés, uniformisation vestimentaire, culte de la force, entraînement au contact, banalisation de l'attaque collective et sélection de l'ennemi. Mediapart [3] documentait déjà, à propos de Lille, les connivences entre ultras, hooligans et militants d'extrême droite. StreetPress [4] a enquêté sur le Club 15.43, décrit comme un lieu de sociabilité de l'extrême droite niçoise, avec retape auprès de supporters ultras de l'OGC Nice. Blast [5] a traité la banderole raciste lors d'OGC Nice–OM comme un symptôme supplémentaire de l'extrême droitisation des stades. On peut toujours appeler cela « passion » mais il s'agit bien d'une infrastructure.
Historiquement, rien de neuf sous le crâne rasé. Dans les années 1930, la violence fasciste française n'était pas un excès périphérique mais une méthode d'occupation de rue, de provocation, de test de l'adversaire et d'intimidation. Contretemps [6], à partir des travaux de Chris Millington sur Clichy, rappelle qu'entre le massacre de Clichy et la Seconde Guerre mondiale, d'autres morts suivirent dans des affrontements impliquant ennemis politiques et police. La rue est l'endroit où l'ordre social vérifie qui peut circuler, parler, boire, aimer, militer ou simplement exister.
Même logique dans les années 1970 : Ordre nouveau devient la cible centrale de l'antifascisme révolutionnaire, et la Ligue communiste organise des contre-manifestations à chacune de ses initiatives. Contretemps [7] décrit alors une séquence d'agression et de riposte. La formule est sèche parce que la réalité l'est : le fascisme n'est pas seulement une opinion réactionnaire, c'est une opinion qui cherche des jambes, des poings, des murs, des horaires, des quartiers, des bars et des listes de noms.
Les années 1980 et 1990 ajoutent la couche skinhead, bande, contre-culture, racisme de rue et FN en ascension. Lundi Matin [8], à propos du film Les Rascals, insiste sur cette France des bandes antifascistes, des menaces néonazies à Paris, de la violence raciste omniprésente et de l'extrême droite redevenant force institutionnelle dans les années 1980. La fiction touche ici au réel : quand les fascistes prennent confiance électorale, leurs bras deviennent plus légers. Ils se lèvent plus vite.
La liste des morts devrait suffire à enterrer le bavardage sur « deux extrêmes ». Ibrahim Ali, tué à Marseille en 1995 par des colleurs d'affiches du FN ; Brahim Bouarram, jeté dans la Seine en 1995 par des militants néonazis présents dans une manifestation du FN ; Clément Méric, militant antifasciste et syndicaliste assassiné en 2013 à Paris. Contretemps [9] rappelle ces noms parce que la mémoire dominante préfère dire « dérapage », « fait divers », « affrontement » mais jamais « continuité ». Or la continuité est précisément le sujet.
La séquence récente confirme cette continuité.
L'attaque de l'ACTIT à Paris en février 2025 [10] montrait déjà un commando d'extrême droite visant une soirée de projection antifasciste, avec la signature vocale « Paris est nazi ». Là encore, ce n'est pas une métaphore, c'est un programme miniature. Entrer, frapper, terroriser et repartir en marquant symboliquement le territoire.
Conceptuellement, il faut nommer trois opérations.
Très bien, n'amalgamons pas. Séparons donc très proprement les supporters de football des hooligans fascisés, puis traitons les seconds pour ce qu'ils sont : des entrepreneurs de terreur raciste.
Il faut distinguer contradiction principale et contradictions secondaires.
Ugo Palheta [11] définit l'antifascisme non comme simple opposition morale à l'extrême droite, mais comme lutte politique visant aussi à enrayer le processus de fascisation et à saper les conditions sociales, politiques et idéologiques dans lesquelles les mouvements fascistes prospèrent. C'est exactement ce que le commentaire libéral refuse de voir : les bandes ne tombent pas du ciel. Elles poussent dans un compost fait d'impunité, de virilisme, de racisme d'État, de concurrence sociale, d'affaiblissement des organisations populaires et de banalisation médiatique de l'extrême droite.
Le regain d'agressivité des groupuscules d'extrême droite s'inscrit dans une séquence de fascisation et de durcissement autoritaire ; les groupes identitaires peuvent agir comme supplétifs des logiques policières, notamment contre les migrants. On peut discuter les termes, mais le mécanisme est visible : quand une bande fascisée patrouille, elle ne défie pas l'ordre. Elle l'imite. Elle l'exécute en version sale, enthousiaste et privatisée.
Le football fournit alors une couverture commode. Le déplacement de supporters permet la mobilité. Le maillot fournit l'alibi affectif. La rivalité sportive donne une première couche de justification. Les autorités, elles, préfèrent traiter cela comme un problème de maintien de l'ordre sportif plutôt que comme une production politique de violence raciste. C'est pratique : on interdit l'alcool, on encadre les bus, on compte les fumigènes, puis on découvre avec une surprise d'enfant qu'un groupe équipé pour la chasse ne venait pas uniquement comparer les mérites tactiques d'un 4-3-3.
Il faut aussi refuser l'autre piège : faire comme si toute conflictualité de rue était symétrique. Libcom [12], à propos des campagnes antiracistes de supporters de Leeds, rappelle que les violences racistes liées aux groupes fascistes ne relevaient pas seulement de rencontres consenties entre hooligans, mais d'agressions raciales contre des individus ou communautés entières ; d'où la nécessité, pour des fans antiracistes, de nommer les groupes fascistes comme enjeu central de la bataille culturelle. La symétrie est une paresse de dominant car elle met sur le même plan ceux qui veulent chasser et ceux qui veulent ne pas être chassés.
Reste notre tâche. Elle n'est pas de supplier l'État de « mieux dissoudre » ce qu'il laisse repousser. Elle n'est pas de confier aux directions de clubs, souvent obsédées par l'image plus que par les victimes, le soin de distinguer passion populaire et terreur politique. Elle est de reconstruire une culture antifasciste populaire, enracinée, documentée, capable de nommer les groupes, leurs lieux, leurs relais, leurs habitudes et leurs alliances ; capable aussi de défendre l'accès à l'espace public pour celles et ceux que ces bandes veulent faire disparaître. Pas une esthétique de posture mais une hygiène collective.
La morale provisoire tient en une ligne : quand une centaine d'hommes organisés débarquent pour « casser du noir et de l'arabe » et des « gauchos », le sujet n'est pas la mauvaise réputation du football. Le sujet est la bonne santé du fascisme de rue. Et comme toujours, il porte très mal la lumière.
[1] https://www.streetpress.com/1779462134-blancs-crane-rase-centaine-hooligans-nicois-terreur-bar-paris-hooligan-ultra-extreme-droite/
[3] https://www.mediapart.fr/journal/france/151021/lille-supporters-ultras-et-extreme-droite-font-mauvais-menage
25.05.2026 à 18:36
dev
« Je crois que je deviens féministe » Leïla Chaix
- 25 mai / Avec une grosse photo en haut, Littérature, 2
Leïla Chaix est pas mal de choses, notamment écrivaine (Voir OK Chaos (éditions lundimatin et Haïr le monde (éditions du Sabot). Suite et fin cette semaine, d'un sacré mal de gorge (la première partie était là).
Le médecin m'avait prévenue, la ponction ne fait pas de miracle, ça peut augmenter la douleur, mais après ça rentre dans l'ordre. D'ailleurs il m'a dit on vous garde jusqu'à ce que tout rentre dans l'ordre. Ma mère vient me voir, m'amène mon sac et mon chargeur de téléphone. Une culotte propre. Elle me dit que j'ai meilleure mine. Ma voix n'est toujours pas revenue. Mon père est dans un autre hosto, pas celui-là. Je force un sourire pour le selfie que ma mère envoie à mon frère. J'ai beaucoup de mal à parler, mais les douleurs ont disparu. On passe un peu de temps ensemble. J'essaye de manger une compote, je me sens relativement mieux. Elle s'en va visiter mon père, qui est à Saint-Laurent du Var. J'envoie des messages aux âmi..es et à l'amiant. Je leur annonce que je vais mieux. Je crois que je suis délivrée. Sauf qu'en milieu d'après-midi les douleurs redeviennent atroces : l'oreille me lance énormément, je sens que l'abcès se débat, qu'il est troué mais encore là, les amygdales et ganglions rénvahissent tout l'espace en gorge. Déglutir redevient affreux puis impossible. Tout recommence. J'ai envie de chialer, ça brûle. Ça fait très mal. Ma tête est lourde et traversée de part en part par des rayons qui irradient. Je demande des antidouleurs qui soient plus forts mais qui ne me fassent pas vomir. Ça sera encore du Tramadol mais avec anti-nauséeux. Ça met du temps à faire effet. J'ai mal aux dents, dans le palais, la langue, l'oreille, l'amygdale. Je sens ma chair, le cartilage et certains nerfs, endoloris. Tout se réveille. Emma (ma jeune voisine de chambre) est maintenant prête à s'en aller. Elle s'en va en me souriant, me dis courage. Je la salue chaleureusement entre deux spasmes de douleurs. J'ai comme un oursin dans la gorge.
C'est un sacré mot amygdale. Moi qui aimerait tant me vouer à l'amitié.
Me voilà seule dans ma petite chambre d'hôpital. Je commence à sentir l'effet du Tramadol : je suis perchée et détachée, je flotte et je suis insensible. Je ne ressens plus de douleur mais ne suis plus présente du tout. Mon égo ne s'est pas dissout, mais ma façon d'être affectée a disparu. Cette auto-absence me déprime. Je ne peux pas allonger le lit, car à l'horizontal j'éructe des glaires. Je me redresse à l'aide de la télécommande. Je somnole et le soir arrive. Je suis dans un télé-coma. Je ne peux à nouveau rien boire, rien avaler. Impossible de déglutir. Je crache encore énormément. J'essaye d'aller à la salle d'eau, de me lever pour être humaine. Il faut que j'ingère le bain de bouche conseillé par les infirmières. Les murs sont verts, et je me vois dans le miroir. Je suis bouffie ! J'ai rien mangé depuis 2 jours mais je suis bouffie. J'essaye de regarder ma langue. J'arrive pas à ouvrir la bouche. Le peu que j'en vois elle est jaunâtre. Ça sent mauvais. Je parviens à passer la brosse avec un peu de dentifrice dans l'entrouverture de ma bouche. Ça me fait mal. Je brosse mes dents difficilement. Ma gorge est enflée, ça se voit. Je tente de faire des gargarismes mais en fait je me bave dessus. Je pisse un coup. Je ne dors pas. Je divague dans ma somnolence. Il y a en moi (et malgré moi) des tas de dialogues et des scènes qui se rejouent, s'écrivent, roulent et se disputent. J'entends des choses. Les jours sont longs au mois de mai. Heureusement j'ai mon bandeau d'œil pour m'offrir un peu de pénombre.
Je ne veux pas rentrer chez moi. Je veux rester à l'hôpital. Dehors je ne sais rien gérer. Je voudrais ne pas me vouer. Ne pas m'offrir. J'ai besoin de me reposer. Me retirer. Ne rien faire d'autre. Je redoute déjà la sortie. Je dors un peu. Je n'ai plus mal. Vers 20h l'infirmière revient, elle balance les antibiotiques à travers mon intraveineuse. Bénédiction. Je n'ai rien besoin d'ingérer car j'entre dans un rapport direct avec les liquides qui sillonnent et se déversent dans mon sang. Comme une rivière dans un fleuve. Je n'ai plus mal mais j'expectore des glaires difficiles à sortir. Ils sont verdâtres, gluants, épais. Pour les sortir je dois racler et sentir les lames de rasoirs. Ça fait désormais 24 heures que je suis arrivée ici. On peut dire que les choses avancent. Je ressens de la gratitude et de l'injustice. Je sens que ma vie sera changée. Je regarde quelques vidéos, des mash-ups d'actualités. Les centrales pétrolières qui pètent, Gaza, l'Iran, Pascal Praud et Donald Trump. Les forêt qui brûlent par millions d'hectars complètement calcinés. Une russe qui parle de la guerre, qui n'en dit rien, mais qui craint d'avoir des problèmes. J'éteins et je somnole, assise. On me perfuse le Tramadol vers minuit, avec l'anti-nauséeux. C'est merveilleux.
Quelques heures plus tard dans la nuit, j'allonge le lit comme par réflexe. Ce revirement d'orientation me fait tousser – douleur aiguë – je crache et j'aperçois dans le noir (le crachoir beige) que les glaires apparaissent foncés. Plus foncés que les précédents, dont j'aperçois encore la trace. Mais tout est en nuances de sombre. J'allume la lumière, c'est du sang. Rouge hyper-vif. Le même que dans Sleepy Hollow. Putain de merde, ça recommence. Le drapeau rouge et l'angine blanche. Ça me fait peur. J'appelle l'infirmière pour savoir. Elle me dit que tout est normal, que c'est l'abcès, ça va aller. Puis elle me laisse. Je ré-éteins donc la lumière, et redresse le lit mécanique. Je crache du sang et des glaires jaunes. Ça fait très mal et ça libère. Ma gorge se rouvre un petit peu. De l'air y passe. Je ne dors pas, autant écrire. Je rallume alors la lumière, je crache du sang et j'écris tout. Dans le petit carnet fuchsia, acheté début mars à Caussade. On s'était vaguement embrassé, sans trop y croire. On pensait qu'on allait se revoir. On ne s'est d'ailleurs pas revu.es. C'est mieux comme ça. J'écris et je ne pense pas à toi. Je pense à moi. À toutes ces merdes qui m'arrivent. Mon nouvel ami me l'a dit, comme les potes me le disent toujours, « ça fera une super chronique ». Je me concentre et je raconte. Je crache du sang. Je remplis des pages et des pages avec le stylo plume volé à l'Intermarché du quartier où tu vivais temporairement. Le Vallon des Auffes à Endoume. J'écris jusqu'à en avoir mal. Jusqu'à me sentir un peu mieux. Quand ma main ne peut plus écrire je me rendors.
En me réveillant le matin, je vais bien mieux. J'ai dormi si profondément ! J'arrive à boire et déglutir ! Une gorge qui fonctionne : quel bonheur. Enfin je peux bien avaler et respirer. J'arrive à manger une compote. J'ingère doucement la matière froide, je la sens descendre et glisser dans l'œsophage. Bonté divine. Je mange pour la première fois depuis trois jours. Je sens l'absence de cet abcès, qui a laissé derrière lui tout un espace miraculeux. Printemps des veuves. Durant ce doux sommeil profond, réparateur, je crois que j'ai rêvé de toi. Tu étais beau. T'avais les cheveux longs et clairs sur t-shirt noir. Tu étais debout et inquiet, car tu voulais plaire à ***, cette haute gradée du milieu. Et il y avait Yon aussi. Ça m'a fait plaisir de vous voir. Je pense à toi et d'un seul coup, ça me fait pleurer à chaudes larmes. Sur les souvenirs qui disparaissent, sur tout ce qu'on ne cultive plus, sur tout ce qui était si drôle. Ça me surprend. Au fond c'est cette difficulté à être ou devenir ami..es – à être égaux – qui me rend triste. Que toutes les violences subies composent encore notre matière jusqu'à dicter ce qu'on peut faire, ce qu'on croit pouvoir devenir. Que nous ayons si bien appris à se conformer au spectacle exaspérant et tortionnaire qui n'arrange au fond que les hommes, en vous mutilant vous aussi. Que nos enfances dominées, que tous ces mensonges se déguisent en une culture éducative. En civilisation moderne. Je n'en peux plus. Tout ça pour qu'on ne puisse pas entrer réellement en relation. Être en rapport. Devenir dangereux.ses.
C'est le matin et je vais bien. Ma voix est presque revenue. L'infirmière vient et me propose le Tramadol. J'accepte sans trop réfléchir, spontanément, par politesse, et elle injecte. Bouffées de chaleur insupportables. Quelque chose en moi se décolle, se dissocie. Je la rappelle pour qu'elle arrête, je m'en excuse. Ça lui est complètement égal. Elle ferme le tuyau de la poche qui s'écoulait jusqu'à mes veines. J'arrive à aller prendre une douche. Je suis moi-même. Je me sens éveillée, présente. Mon corps arrive à fonctionner. Je me sens bien moins lamentable. C'est une victoire mais je veux rester. Ma vie dehors est trop confuse. Je me disperse et me diffuse. Je me répands. J'avais besoin d'un contenant. Mon téléphone est l'appendice qui me relie encore au monde. J'essaye de réduire les écrans, d'accepter le vide et l'ennui. Mais mes relations sont médiées par ce cordon. Il faudrait pouvoir arrêter. Retrouver des formes d'existence analogiques. Non numériques. Je me sens techno-dépendante, comme tout le monde.
La semaine dernière je me trouvais au Cours Julien, dans le centre branché de Marseille. Au milieu des Batucadas et des clients, dans une ambiance Barcelonnaise et excessivement touristique. J'étais attablée dans un bar d'artistes branchés. Engagé comme un forcené contre la gentrification, mon amiant m'y avait rejoint, et il avait été déçu. Ce genre d'ambiances le dégoûtent. Je suis malheureusement soluble dans l'ethos des mulets stylés. Et j'ai beau être mal à l'aise face à la folklorisation de l'esthétique contestataire, à l'auto-pacification et le devenir inoffensif de nos luttes contre-culturelles, il m'arrive de collaborer. C'est le risque en étant artiste. Nos styles de vie se recyclent en des placebos politiques. On croit qu'on a des opinions, qu'on incarne une alternative, mais en fait on est des tote-bags. Rébellion représentation. Nos idées deviennent une version dans le marché de l'underground. La répression demeure subtile. Tu performes la contestation. Tu partages tu clickes tu exprimes. Ton existence est corsetée, et difficile à modifier. Tu ne menaces rien. Tu t'accroches à ton algorithme, tes petits droits, tes privilèges. Tu en profites.
Quelques jours avant l'hôpital (une énième fois) j'avais enlevé Instagram de mon portable. Auto-exploitation induite, collaboration à des forces qui artificialisent nos vies, uniformisent l'écosystème, remplacent et tuent. Sensibilités gentrifiées. Anesthésiées. Devenir client, publicitaire, de sa propre étrange existence. Avoir la chance de ne pas être celleux qui crèvent, être légèrement au-dessus. On cherche encore à ressentir. On aimerait sortir du déni. C'est un problème existentiel. Confondre la représentation et la transformation réelle. C'est un problème matériel. Choisir ses cibles. Choisir aussi sa solitude et ses supports. Ça veut dire qu'il faut être capable, dans tous ses actes, de vivre selon ses principes. De tuer et donner naissance, d'entretenir et de permettre – de perdurer.
c'est incessant
et la bagarre est permanente
c'est le djihad
« ça veut dire combat
intérieur »
De certaines choses nous sommes complices. J'entends fréquemment rappeler que notre culpabilité (en tant que personnes blanches par exemple) ne sert à rien. Je trouve ça faux, ça peut servir. C'est une étape, certes agaçante, insuffisante, mais également inévitable. Il faut ajouter à cela l'orgueil d'une haine bien dirigée. Comprendre que le combat se mène contre la version de nous-même qui croit bénéficier du monde. Savoir à quelle classe j'appartiens. La classe des bêtes, des animaux et des fantômes. Cette masse spectrale et chtonienne, qui est sans nom.
La matinée s'écoule lentement, et je divague. Je repense au centre de Marseille. À cet ami dont le cerveau attire le mien par une attraction magnétique. Comme deux aimants. Nos villes sont en train de devenir des simulations numériques. L'expropriation permanente. On adhère aux technologies qui ravagent nos écosystèmes. Cet endormissement qui s'opère avec nos corps qui disparaissent, glissent et consultent, clickent, achètent. Anesthésie des aptitudes. Une intraveineuse de confort, de cécité. On se vautre dans cet entre-deux qui est une participation à l'entreprise coloniale de remplacement capitaliste et progressiste. La destruction des habitant..es. Instagram et le Cours Julien, c'est la même chose. Circuits de récompense comblés, temporairement. Nous prenons alors l'habitude d'être sans monde.
Quelques jours avant mon abcès, je croyais que j'avais fini mon troisième livre. Ce livre s'appelle Œsophage. Déglutition miraculeuse. Je suppose que je sors demain. Quelle joie de redevenir normale, d'avoir une gorge qui laisse enfin passer des choses. J'attends le docteur.
On a parfois besoin de mots. Je suis choquée. Parce que je ne savais pas nommer ce que j'avais (aucun mot à part angine blanche), parce que j'avais honte des symptômes et peur d'être illégitime, d'exagérer, je n'osais simplement décrire le fait que je ne pouvais pas avaler ma propre salive. Méconnaissance et confusion. Peur d'en faire trop. Je suis une femme. Je n'osais simplement pas dire, ni même observer ce symptôme, le reconnaître. Or après coup je l'ai appris, c'est un des indices de l'abcès amygdalien : la salivation excessive. Je ne voulais pas être une femmelette. Fallait que j'endure. Je suis faite pour ça, endurer. Je suis forte et je suis agile. Faute de savoir et d'assumer, faute d'oser, je me résignais et j'encaissais. Car je craignais d'être douillette, parce que ça n'avait aucun sens et pas de nom, pas encore de validation. C'était informe. À cause de la honte et la peur qu'on m'a quasiment inculquées. Je consentais.
On tape à la porte et tout de suite, je vois la chirurgienne entrer. C'est l'ORL. Elle veut regarder dans ma gorge. J'arrive à ouvrir mes mâchoires. Je peux parler, manger et boire. La docteure dit que je peux sortir. Je suis prête, je le sais, j'en ai marre. Je ne peux plus les supporter, toutes ces personnes qui font les soins en se racontant leur week-end. Ces odeurs de désinfectants et de calmants ; ces couleurs ternes, ces fenêtres qu'on ne peut pas ouvrir. Ça y'est je suis mûre pour partir. Nous sommes le lundi 11 mai. Pendant la pandémie de Covid, le déconfinement aussi est tombé un lundi 11 mai. Et c'est drôle parce que quelques jours auparavant, j'avais acheté CQFD (ce journal anar marseillais), et en le lisant distraitement, j'avais trouvé mes propres mots, copiés dans la rubrique punchline. J'en étais fière et je me disais, peut-être que je suis écrivain. Ces mots publiés (ici même). Dans l'angoisse de devoir sortir de l'appartement parisien. Effrayée de devoir reprendre un quotidien pas si intense : « va donc falloir reprendre nos vies et appeler ça des existences ».
À nouveau je me déconfine. Tout recommence. Je fais mon sac. Je signe les papiers de sortie, prends l'ordonnance. Je descends les marches, je suis moi. Je me perds un peu, je suis moi. Je trouve enfin la porte et là, je sens l'air tiède sur mon visage. Je vois les gens qui sont bizarres, tellement étranges et singuliers. Une famille entière de gitanes qui fument leurs clopes. Il y a une vieille qui me captive. Elle est tellement bronzée, ridée. Creusée par les plis si profonds. Les motifs de sa robe me bercent. Les rondeurs de son corps si vieux. Sa cigarette. Des poussettes, des vieilles et des gens. La communauté des humains, dépareillée. Je les observe subjuguée – ivre de tant d'adversité/réalité. Faut que j'arrête de la regarder. Ma mère arrive. Elle est venue me chercher en voiture.
On rentre à Vence. Je démarre ma convalescence. Sept jours sous antibiotiques. On m'a prescrit de la Cortisone. Je ne prends pas la Cortisone. Je passe une semaine avec ma mère dans l'appartement familial, où elle est seule, parce que mon père est sous surveillance cardiaque à l'hôpital. Ce patriarche provençal. Nous regardons un film par jour. Un soir nous faisons une recherche, je songe à regarder Twilight pour me vautrer dans l'imagerie hyper-hétérosexuelle. Je préviens ma mère : c'est de la merde. Ça l'indiffère, elle est ouverte. Finalement nous sommes sauvées, parce qu'on tombe sur un autre film THE CHRONOLOGY OF WATER. Par Kristen Stewart, justement. On le regarde. C'est fascinant. Toute la tension visuelle, hyper-active, m'aspire et m'emporte entièrement. Les flash, les fragments, les images. Les tiraillements et la douleur. L'intensité. C'est un père qui viole ses deux fille. La mère dissociée totalement. C'est l'histoire d'une femme écrivain, qui le devient. J'adore le film. Le lendemain assises au café, ma mère me dira tout le mal qu'elle pense du père ; mais aussi (et ça me surprend) tout le mal qu'elle pense de la mère.
Quelques jours passent. Je traverse des états étranges. Avec l'amiant, j'essaie de clarifier les choses. Je ne veux pas de dépendance, pas de romantisme. Je veux qu'on soit bons camarades. J'ai envie de faire l'amitié. Je souffle le chaud et le froid. J'oscille entre indulgence aimante et puis rejet. Me protéger. Symptômes de stress post-traumatique. Il me rabroue au téléphone et je comprends. L'hétérosexualité, cette matrice du sexisme. Cette violence décorative et quotidienne. Auto-mutilation mentale. Diminution des capacités cognitives. Colonisation des esprits. Les femmes sont faites pour être vouées, pré-occupées, détournées de leurs capacités. Après on dit qu'elles sont stupides, qu'elles sont stressées. C'est un programme.
Je cuisine un peu pour ma mère, je sors, je me promène. De l'autre côté de la rue, chez mes parents, il y a un parc qui s'appelle le bois de la Conque. J'essaie de m'y adonner un peu à des temps de contemplation. Essayer de devenir quelconque, se fondre un peu entre les herbes et les appareils de work out. J'essaie de laisser retomber tout ce qui s'était emballé, ces derniers temps. L'envie d'aimer et d'être aimée, d'à nouveau me privatiser, de me river. Je dois rester indépendante. Préserver mon intégrité. Ça macère et ça bouge en moi. Tout ce qui fait mon rapport aux hommes. Il allait falloir que j'apprenne à vivre une vie qui m'appartienne.
Je vois des enfants dans la rue ou dans le bus, ils doivent avoir 4 ou 5 ans, ça déclenche un torrent de larmes. Je ne comprends pas. On mate un docu sur Renaud, à la télé ; l'interview de sa première femme, qui raconte l'amour si puissant et le sentiment amoureux, l'arrivée de leur fille, Lolita. D'un coup les larmes se déclenchent. Cette envie d'être enceinte de toi qui avait insisté en moi. Comme un précipité liquide, apparu dans une éprouvette. L'éprouvette de la relation et des coïts. Devenir radeau ou centrale. Réussir à faire comme tout le monde. Que de l'extrême proximité, et de l'absurdité du vide, sorte une personne. Que jaillisse quelque chose qui dure. Intégrer aussi ta famille. Je me souviens distinctement de toutes les pièces du rez-de-chaussée de la maison de tes parents. Depuis Noël, je m'y déplace, mentalement. On me disait, il faut le vouloir pour toi-même, mais moi je le voulais avec toi. J'étais entièrement disponible. Je m'étais beaucoup renseignée. J'avais acheté des DVD, et lu des livres. Et d'en avoir eu si envie, une partie de moi me juge. J'avais beau refuser de l'admettre : le couple stabilise les hommes tout en diminuant les femmes. Comment tout peut se mélanger, à ce point-là, en permanence ? L'amour, le déni et les mythes ; les mouches, l'envie et le réel. Le cul, l'accouchement, les enfants. Et finalement, l'épuisement. Le décollement. J'ai bien failli devenir une femme. J'avais envie, sincèrement. J'étais prête à l'abnégation la plus totale. C'est pourquoi quand je t'ai quitté, tu ne m'as quasiment rien dit, à part que ce sera difficile, car j'avais mis la barre très haute. Je me rends compte que je perçois l'enfantement comme le détachement absolu, la séparation absolue. Ça ne fait pas sens.
Mon cerveau ne s'arrête jamais. Je n'ai pas tellement exploité le fait que mon esprit mouline de l'abstraction en permanence, entrechoque des idées ensemble, surréagit aux stimuli par des foisonnements intérieurs et des larsens. L'écriture est un réceptacle, mais il faudrait pouvoir transcrire en permanence. Directement. Traduire les tambouilles internes. Je ne sais pas même si je pense, ou si je me trouve traversée par des pensées comme des liens et des onglets.
Je remonte enfin au village. J'ai sommeil et je pense encore à mes amours para-sociales, au poids de toutes ces données, toutes les photos envoyées, les interminables messages, conversations, captures d'écran... Ça doit peser son petit pesant de cacahuètes, dans le cloud infernal du monde. Le train passe à travers les cols et les montagnes qui verdoient entre les falaises rocailleuses. Je pense à mes dernières idylles, vécues forcément « à distance » car j'habite un caillou perché au milieu d'une vallée lointaine. Par sms puis sur Signal. Entamer des dialogues suivis, se raconter tout ce qui se passe, la moindre pensée volatile, les émoji, les vidéos et les vocaux. À n'importe quelle heure du jour. Pas trop la nuit. Attendre que le message soit lu. Attendre de voir les trois petit points parce que tu es en train d'écrire. Éteindre le tél. Ponctuer de sessions réelles ces amours par correspondance numérique. Elles sont bizarres les entrevues quand on est dans l'intense absence, le bavardage et l'hyper-communication, le reste du temps. Il faut s'habituer à l'autre. Les contraintes de la co-présence sont perturbantes. Se parler en étant ensemble, se rapprocher puis s'interrompre, sentir la peau et les odeurs, partager un espace commun, le traverser. Habiter les silences étranges. Observer la forme de l'autre, tous ses petits détails bizarres. Se supporter. Avoir des corps qui traînent ensemble, qui s'attirent et qui se déçoivent. On ne se connaît pas tellement, mais par messages on est si proches. Parfois plus intimes qu'avec ceux que l'on connaît depuis longtemps. Décompensation, addictions. Agitations. Besoin de désintox. J'étais en train d'écrire un livre à propos de l'emprise du couple. Je lis des textes qui datent un peu, à propos du mythe de l'amour comme « cage mentale ». L'enfermement dans l'obsession, la dévotion. La dépendance. Nous ne sommes pas égaux là-dedans, selon si l'on subi le sexisme. Selon si tu es fabriqué.e, modelé.e et socialisé.e par le sexisme. Selon si tu es dégradé.e, valorisé.e et imprégné.e par le sexisme. Selon si tu en es l'objet. Antibiotiques et probiotiques : nique l'amour, vive l'amitié. On s'appelle quasi tous les jours. Tu me dis que je suis un djinn.
Ce village est inaccessible. Je fais du stop après le train. Je m'arrête à cette rivière qu'on a rebaptisée ensemble. J'arrive finalement chez moi et j'ai sommeil. Il commence à y avoir des mouches et des moustiques. Premières chaleurs. Cette vieille chatte qui squatte là, et qui se lave. Les heures passent et je m'active, nerveusement. Je reprends possession des lieux. Je me repose. Le soir arrive. Je suis assise à la fenêtre. Je lis avec curiosité mais aussi avec agacement, « Les Bleuets » de Maggie Nelson. Elle a une écriture trop lisse. J'apprécie parce que c'est savant, que c'est sensible, mais ça m'emmerde. Même quand elle parle de se faire baiser, ça sonne parfaitement bourgeois. Il faut être sale pour être précise.
Je crois que je deviens féministe. Il se trouve que le féminisme contient des problèmes politiques et sémantiques. Ça m'embarrasse et ça m'obsède. Le premier tout le monde le sait : dans « féminisme » il y a Femme. Or toutes les victimes du sexisme ne naissent pas femmes, ne souhaitent pas le devenir, ou ne peuvent pas le devenir. Ce qui nous mène au deuxième problème, qui est la notion même de genre et d'orientation sexuelle. La question de l'identité, de la nécessité, du choix. Dans une société qui galère à comprendre ce que veut dire « genre », considérer que généralement, les gens se reconnaissent dans leur genre, me semble louche. Le fait est que la plupart des gens ne se posent même pas la question. Alors au fond qui est cis-genre ? Qui est hétérosexuel..le ? Je ne sais pas. Or il se trouve que pour certain.es, il ne s'agit pas de réflexion, mais d'une urgence, d'une évidence. Quand pour d'autres que ce soit le genre ou bien la sexualité, ce sont des performances variables et transformables. Je ne sais pas ce que j'en pense. Je sais que je me suis conformée, que j'ai subi et que j'ai même pris du plaisir à me vautrer dans des situations merdiques. Ce qui nous mène au troisième problème : le consentement. C'est une fabrication constante, ça se génère, un consentement. On se résigne et on consent à bien des choses. Sommes-nous la somme de tout ce que nous acceptons ? Est-ce qu'on choisi son orientation sexuelle ? Et combien de compromissions peuvent se cacher derrière un « oui » ?
La vieille chatte réclame des caresse. Elle est un petit peu repoussante. J'essaye d'être gentille avec elle, je la nourris. Je lui donne des croquettes bas de gamme, tandis qu'en moi ça continue. Le quatrième problème que je vois, c'est la tendance blanche colombe du féminisme. Ses penchants policiers, bourgeois ; racistes, donc. Et universitaire aussi. L'un des aspects problématiques du féminisme, c'est le mépris de classe qui se cache derrière une sorte de raffinement. Problème qui déborde largement le féminisme, mais l'affecte particulièrement, à cause de la misandrie. Qui sont les hommes que l'on déteste ? Quelles sont les masculinités que l'on dénonce ? Quel est ce casting permanent, auquel parfois on participe ? Ça devient une pensée stérile, désinfectante. Tant des choses révolutionnaires (existentielles) deviennent des sciences à étudier ou des musées à visiter puis des hashtag à ajouter.
Il y a un cinquième problème, qui est de taille. C'est difficile d'en parler. C'est toute la physicalité que ça implique, d'être flanquée d'un corps femme. Avoir le sexe d'une femme. Être empêtrée d'une chair chargée, graissée, huilée – habituée aux œstrogènes, un certain type de stéroïdes. Ça a quand même des conséquences, un corps mythifié, raconté, traumatisé. Valorisé et méprisé. Objectifié. Un corps fabriqué et produit, un tissu épais de mensonges et de récits. Nous ne sommes pas que des corps sociaux. Nous avons des corps organiques et des existences animales. Nous sommes des variantes telluriques, charnelles et même technologiques de notre écosystème planète. Ça n'est pas parce qu'on se bat contre tous les suprémacismes et les discours essentialistes qu'il est stratège de nier la part matérielle, moléculaire, éthologique et biologique de nos expériences sociales. Nos corps ont des masses, des volumes et des histoires. Des ADN. De la mémoire et des hormones. On ne peut pas laisser la « nature » (au sens de ce qui est vivant et que l'humain ne fabrique pas) à ces fascistes. Il y a d'énormes différences entre les corps. Nous sommes composé.es de cellules. Nous varions indéfiniment. Et si c'était la précision, plutôt que la domination, qui animait réellement l'Homme, on pourrait alors désigner une myriade prolifique de genres. La binarité se briserait à force de variabilités.
C'est difficile de changer, et pourtant c'est inexorable. Tout de suite après la sortie de l'hôpital, les premiers jours après le choc, j'arpente quasiment malgré moi de nouveaux chemins. Et même chez moi je me pose dans des nouveaux coins. Je fais des choses inhabituelles. De nouveaux circuits neuronaux se sont ouverts, et des nouvelles trajectoires. Mon expérience et ma perception de l'espace sont modifiées. Tout est nouveau. Quelques jours passent et puis les habitudes reviennent. Je recommence bêtement à faire un peu toujours les même choses. Ce serait une sacrée discipline de réussir à se maintenir dans un état de nouveauté et d'ouverture. Primitivité permanente. Ne jamais trop s'habituer, s'instituer. Entretenir avec l'espace, les créatures et l'invisible un rapport d'infinie rencontre. Entrer dans l'épaisseur des cartes et dans les veines des territoires. Dans l'outre-monde. Sortir des petits algorithmes qui partout définissent nos vies. Nos parcours sont toujours les mêmes. Même dans un minuscule village, j'ai mes trajets et mes quartiers. Peut-être que mon identité se situe dans cette infra-zone, dans cet écart entre mon corps et tous les lieux où je ne vais pas. Où je pourrais pourtant aller.
J'ai rasé entièrement mon crâne. Mon frère me dit que je suis belle. Ça n'est pas tellement la question. Certains ne me regardent plus, j'ai l'air d'une gouine et c'est très bien. L'hétérosexualité est un régime politique et un envoûtement psychique, qui se fait passer pour naturel. C'est une fabrique, une construction, ce sont des mille-feuilles de récits, qui sont produits. Mais là encore, ça passe également par le corps. Ça s'inscrit et se grave en nous. Ça nous imprime. À force de chorégraphies, d'embrigadements, de propagandes. À force de penser que le stress, c'est de l'amour. À cause de la classe des adultes. À cause des gouffres qu'on remplit et de toutes les dramaturgies. Tout ça déguisé en mariages et en mairies.
Il faut que j'aille voir mon père, qui est encore à l'hôpital. Il fait très chaud. Je suis à Nice. Je vais m'asseoir par terre dans l'ombre de l'affreux centre commercial, au coin de la gare. Deux passantes me proposent des pièces. Des flics passent sur leur segway, me disent que je ne suis pas assises au bon endroit. Je demande si c'est illégal, et par mégarde je postillonne des carottes râpées sur leurs pieds. Il me disent eh ben non madame, mais ici les clochards vomissent. Je leur dis sans les regarder que je vais finir de manger, et qu'ensuite j'irai prendre mon train. Ils disent OK comme vous voulez. Je prends mon train. J'arrive à Saint-Laurent du Var. Je marche jusqu'à la clinique sous un soleil hypersonique. Je vois mon père qui est piteux. Il ne dit rien. Je garde ma casquette sur la tête pour pas qu'il phase sur ma tonte. Je rentre dormir chez ma mère. J'ai une mycose et des diarrhées, conséquences des antibiotiques. J'ai des sueurs durant la nuit. Je me réveille dans la panique et je ne sais pas si je me trouve à l'hôpital, si j'ai une mission à remplir, si je me dois d'aider quelqu'un ou de partir, ou si j'ai juste le droit de dormir. Je me dresse d'un coup en sursaut, trempée du thorax et du dos, j'observe les rainures de lumières, d'obscurité. Passé quelques secondes je sais, j'ai le droit de me rendormir. Mais tant qu'à faire autant écrire. Le jour se lève, on est lundi. Je peux retourner à ma vie. Je suis guérie.
Leïla Chaix
25.05.2026 à 18:32
dev
Heurs et malheurs d'un patient ordinaire En librairie le 29 mai [Éditions lundimatin]
- 25 mai / Avec une grosse photo en haut, Positions
En France, 20% de la population présentent un trouble psychique et plus de 8 millions de personnes sont prises en charge pour une maladie psychiatrique ou un traitement chronique par psychotropes. Notre effondrement intérieur est massif, documenté, administré mais toujours désemparé.
Jonathan Boismard, diagnostiqué bipolaire, nous plonge dans le quotidien léthargique et violent d'un patient ordinaire en désaffiliation psychique d'avec l'ordre des choses. Le récit explosif et éclaté d'une vie cernée par la psychiatrie, les molécules et les injonctions à être — à peu près — fonctionnel.
Une lettre à sa première psychiatre, une déclaration d'amour contrarié à ses pilules, des murs et des lits qui appellent à se révolter contre l'institution, la plaidoirie d'une maladie face au tribunal de la normalité, à travers ses douze chapitres, Une vie de fêlé dresse le paysage dévasté d'un moi en crise avec et contre le monde qui l'enserre, le rabote et tente de le calibrer. C'est un reportage embarqué dans les centres médico-psychologiques autant qu'une enquête sociologique depuis la cellule d'un HP, un manifeste littéraire contre le mensonge normalisé autant qu'un appel à lutter jusqu'au plus profond de la psyché.
L'écriture est hybride mais polarisée, parfois maniaque jamais désespérée, souvent violente mais toujours drôle. Si l'auteur connaît parfaitement la littérature antipsychiatrique, il ne parle jamais de ce surplomb-là mais toujours depuis le ras du réel et de l'expérience. Parce que la ligne de front traverse les connexions synaptiques autant que la société dans sa totalité, il n'y a pas d'idéologie qui vaille, il s'agit seulement de survivre et de lutter, le reste en découle.
Disponible dans toutes les bonnes librairies vendredi 29 mai et en vente en ligne sur lundimatin ici : https://www.lundi.am/livres
Vous pouvez télécharger cet extrait en format PDF en cliquant ici ou bien le consulter en ligne ci-dessous :
Une vie de fêlé - Jonathan Boismard [Extraits] by lundimatin
ISBN : 978-2-494355-13-2 Format : 14 x 19 cm
140 pages
15 euros
Mise en vente : 29/05/26
Diffusion : Hobo Diffusion Distribution : Makassar
19.05.2026 à 11:29
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« Bolloré est désormais présent à toutes les strates qui rendent possible l'existence du cinéma français »
- 18 mai / Avec une grosse photo en haut, Positions, 2
En janvier dernier, nous publiions ce texte prémonitoire ou à tout le moins annonciateur, signé « Ciné Bagarre ». En écho à l'invitation à « Zapper Bolloré » qui a ouvert le festival de Cannes et déclenché une tempête sur une croisette peu habituée aux grandes marées, nous le republions cette semaine.
Nous ne sommes plus dans l'imagerie du camp fortifié encerclé par l'ennemi. Nous sommes déjà à l'étape suivante.
Le bastion de la gauche bourgeoise qu'est le cinéma français a ses murailles fissurées. L'ennemi a infiltré ses défenses ; il ne lui reste qu'à pousser quelques pierres pour que le mur cède et que la troupe entre avec fracas.
Pour mieux cerner la situation actuelle et à venir, un rappel (lapidaire) s'impose sur ce que signifie, concrètement, fabriquer un film.
Pour qu'un film existe, une société de production, l'entreprise porteuse du projet, doit réunir les fonds nécessaires à sa fabrication. Scénario en main, elle active ses réseaux (si elle en a), sollicite des acteurs intimement liés les uns aux autres, accumule des apports pour rendre le film finançable.
Pour cela, il n'existe pas mille solutions : des guichets publics et des guichets privés, dans un équilibre imposé entre financement public et privé, afin que le premier ne porte pas seul le risque industriel.
Côté public : principalement les Régions et le CNC, dont le budget provient d'une taxe prélevée sur chaque billet de cinéma.
Côté privé : les Sofica, les distributeurs, les chaînes de télévision, Canal+, Orange, France Télévisions (considérée comme privée dans ce système), Arte, selon un système de chronologie des médias typiquement français. Ces dernières apportant bien souvent les montants les plus élevés.
Le vice structurel du système apparaît ici : in fine, ce n'est ni la ou le réalisateurice, ni la société de production qui détient le pouvoir de décision sur un film, mais celui qui apporte le plus gros financement privé.
Pouvoir par exemple d'imposer un casting, expliquant pourquoi les mêmes visages réapparaissent sans cesse, encaissant des cachets indécents puisque sans eux, pas d'argent, donc pas de film.
Pouvoir d'exiger des modifications de scénario, sous peine de retirer le financement.
L'apporteur privé a, de fait, droit de vie et de mort sur les films.
Cela dit, cette logique n'était pas, jusqu'à récemment, une pratique systématique. L'industrie et les financeurs respectant à peu près la vision de l'auteur.
Elle constituait par contre une immense faiblesse d'un système qui a longtemps fonctionné comme une machine enrichissant un nombre considérable de personnes tout en en précarisant d'autres. Rien de neuf sous le soleil capitaliste.
Mais après l'explosion démesurée de la production post-Covid, due notamment à l'émergence des plateformes, et comme le reste de l'économie, l'industrie du cinéma est entrée en récession.
Entre érosion des financements et arrivée de nouveaux acteurs privés, Canal+, incontestablement premier financeur privé, a manœuvré pour renégocier son engagement historique, révélant à quel point la chaîne bolloréenne tient l'industrie du cinéma par la gorge.
Orange Cinéma est souvent citée comme partenaire de même plan, mais elle appartient également à Bolloré.
L'existence d'un film ne se résume évidemment pas à sa fabrication.
S'y ajoute son espérance de vie, indexée sur une donnée éminemment symbolique de l'hyper-centralisation française : le nombre d'entrées réalisées à Paris lors de la première semaine d'exploitation.
Une bonne première semaine dans la capitale prolonge la vie du film, à Paris comme en province. D'où l'importance stratégique du marketing et de la distribution dans les salles parisiennes.
Or, depuis peu, le propriétaire de Canal+, d'Orange, d'Hachette Livre, d'Universal et des points Relay (entre autres) a acquis une part significative du réseau UGC, dont il deviendra propriétaire exclusif en 2028.
UGC étant l'un, sinon le, principal réseau de salles à Paris.
Vincent Bolloré est désormais présent à toutes les strates qui rendent possible l'existence du cinéma français : financement, diffusion, distribution, exploitation.
Il faut reconnaître une chose : l'intelligence stratégique de Bolloré. Il s'est progressivement installé comme un incontournable de la création cinématographique française. Sa stratégie ne s'est pas bornée à cela. Pendant longtemps, aucune modification éditoriale n'était visible. Des films estampillés « diversité » ont continué à être financés par Canal+. Le film L'histoire de Souleymane en est un exemple emblématique.
Le changement s'est opéré par petites touches : non pas en réduisant frontalement la diversité, mais en déstabilisant une industrie en totale dépendance de son principal mécène.
Soudainement des projets auparavant habituellement financés ont été refusés. Le doute n'a pas tardé à se rependre dans une industrie tenue sous perfusion.
Quels projets vont être pris ou retoqués ? Selon quels critères ? Même l'entrisme et la copinade, piliers informels de l'obtention des financements, se sont mis à vaciller.
Dans le microcosme de la production dite « auteur », monter un film à 3, 4 ou 5 millions d'euros n'a rien à voir avec un film à 1,2 million.
Lorsqu'un financement échoue, l'effet domino peut être fatal. La plupart des petites sociétés ne survivent pas à plusieurs échecs consécutifs.
Une rumeur n'a pas tardé à circuler sur l'existence d'un double cabinet de lecture chez Canal+ : l'un, porté par Maxime Saada, maintenant une ligne de diversité ; l'autre, plus secret, non officiel, promouvant une vision catholique et conservatrice alignée sur celle de Bolloré.
Cette période de doute a enfanté ce que la création produit de pire pour survivre :l'autocensure.
L'obligation de financement du cinéma est la contrepartie historique accordée à Canal+ pour être une chaîne payante parmi les six premières chaînes françaises.
Une contrainte que Bolloré, en tant que principal financeur privé, a transformé en arme.
Aujourd'hui, le doute n'est plus une rumeur. Aborder certains sujets rend l'accès aux financements de la galaxie Bolloré quasiment impossible.
Bolloré n'a pas conquis l'industrie du cinéma. Il a profité de ses failles pour l'acheter corps et biens.
Vincent Bolloré prépare depuis longtemps l'arrivée possible du Rassemblement national au pouvoir. Après les médias d'information, il s'est doté d'un médium supplémentaire pour diffuser sa propagande civilisationnelle en contrôlant les principaux maillons de la chaîne cinématographique.
Il est indubitable qu'il utilisera à plein cette machine lorsque le moment lui sera le plus favorable.
Cela aurait-il pu être évitable ? Tout le monde sait qu'un milliardaire ne rachète jamais quoi que ce soit sans intention d'usage personnel et donc dans ce cas précis, politique.
Les pouvoirs publics, ne peuvent ignorer ce qu'il se joue. S'ils ne le voient pas, leur santé mentale devrait nous inquiéter.
Et le monde du cinéma dans tout cela, celui qui se revendique porteur de valeurs de gauche ?
Le cinéma est un art bourgeois et on s'alarme peu tant que le système fonctionne. Voir, on se tait, pour que surtout rien ne change. Les scandales MeToo, qui ont à peine égratigné cette industrie peu reluisante, en sont une preuve criante. Beaucoup préfèrent ne rien dire pour maintenir un statu quo d'enrichissement individuel. On peut imaginer la force qu'il a fallu, et qu'il faut encore, aux victimes de violences sexuelles ou morales pour parvenir à faire entendre leurs voix.
Quand la bascule se fera ne doutez pas que beaucoup accepteront cette capitulation morale : par adhésion, par confort ou par nécessité.
Si l'armée est la grande muette, le cinéma est le grand aveugle, mais il se bande lui-même les yeux.
À l'exception de celles et ceux qui ont déjà choisi la marge, de rares fictions, et le documentaire de création, peu sont prêts à ce qui va arriver.
Deux options se dessinent alors devant nous, cinéastes : renoncer à cette industrie sclérosée ou continuer à y traquer les moindres espaces de liberté.
Loin d'être contradictoires, elles montrent la nécessité qu'il y a à tisser dès aujourd'hui des réseaux affinitaires et solidaires de résistance.
Profitons de la clairvoyance que nous avons sur le monde à venir pour réinventer une manière de faire et de penser le cinéma. Il n'y a pas de temps à perdre.
Le cinéma est un contre-pouvoir, un geste d'exploration, d'ouverture, de compréhension. Un geste sans limites de fond ni de forme, qui doit refuser toute soumission.
De toute catastrophe surgissent de nouvelles formes, de nouvelles pensées.
Espérons que celles-ci deviennent l'humus du cinéma de demain : libre, indépendant, contestataire, collectif. Car si un manifeste devait émerger de tout cela il devrait sans aucun doute commencer par appuyer sur le fait que la manière de fabriquer un film ne peut être dissociée du discours qu'il porte.
Amies cinéastes, entourez-vous de celles et ceux qui partagent vos imaginaires.
Préparez-vous à un combat d'usure.
Acharnez-vous.
Créez.
Toujours.
Créez.
Ciné Bagarre
19.05.2026 à 11:22
dev
On démarra avec le fusil, en bandoulière, puis en joue,
on finit par un sabotage, pas même un explosif, juste une tentative
de bousiller le matos de l'Ennemi, réduit à sa propriété, à son art
de manipuler, son agit-prop à lui, sa pub bombardée sur
sa clientèle à chaque seconde, à toute heure anéantie.
Ne reste que Demain le feu,
puisque désarmés, même pas frontal même à l'oblique
on se paye les keufs, très cher,
ils ne sont pas donnés les salauds, le kilo de viande,
l'œil, la joue, le cul, la noyade, tout y passe, en monnaie de leur pièce.
On rappelle l'ancêtre – « il faut les tuer, pas moyen autrement,
c'est-à-dire les buter, c'est-à-dire la guerre légitime-défense-attaque
contre l'Ennemi, sa violence illégitime,
écrasante, démesurée, incommensurable,
exterminatrice, et encore il n'a pas tout donné, il lui en reste,
et les servants aspirent aussi ».
On referme le livre, on sort à poil dans la rue
avec des allumettes.
L'Époque se mord la queue.
Car en face, les plus voraces carpettes veulent un Ordre juste,
enfin apaisé sous la dictature Nationale,
sous l'effusion ordinaire du sang ordinaire,
police et auxiliaires, les balles et les coups,
et ils trouvent l'Ordure incarnée, là Maintenant, qui les fusionne,
les galvanise, hystérise, électrise, selfise,
râles de foutre et hurlements d'ovaires,
spectres frustrés compressés idolâtres,
entre BD Musclor et séries Gore en string.
Dévoreurs d'images exécrées, lacérées à jouir.
Porno-police, milices mi-flics, pleins flics nervis.
Civils si vils, matons de quartier.
Canon d'ivrognes musclés du béret, du pinard dans les veines.
Ils ont compris, ont répondu à l'appel
des « voisins vigilants »,
il y a des crimes salutaires à commettre,
des milices vertueuses à ériger en remparts contre l'abjecte,
ils sont prêts, ils cognent déjà, tirent, et l'Ordure n'y voit rien à redire,
la brutasse normale, banale quoi : « ils n'avaient rien à faire là
ces putain de mioches ».
Et il y en a un paquet, pour l'Ordure et ses nervis, qui « n'ont rien à faire là »,
de Calais à Perpignan.
Sous la force adorée de l'Ordre, la lâcheté sanctifiée :
tous ces râles et hurlements.
La Reconquista cogne d'abord les faibles, les éternels désarmés,
les « forts en gueule mais faibles en corps »,
les « Touche pas à… », ben voyons, tu vas voir si j'y touche pas,
tiens prends ça dans ta gueule.
Demain dès maintenant ne pas oublier de cogner les théoriques,
les catastropheurs, les snipers en chambre
ou commandos nocturnes, artistes de la balle au bond,
fuyards avertis, brûleurs d'émeutes en meutes,
hors compte, en pure perte et Gloire
au pavillon des combats perdus.
Ah oui, on va leur faire payer à ELLEUX aussi
leur manie de perdre avec panache,
leur impuissance verbeuse.
À l'heure du grand règlement de comptes,
à peine ressuscitée l'image
de l'ancêtre le fusil à l'épaule, puis en joue,
sur la barricade ou ailleurs, en défense de sa vie,
on termine avec des gnons, l'empreinte des poings américains
dont Nos fanatiques de l'Ord(u)re usent,
en bons acteurs fidèles et dévoués
de films d'horreur.
Ça va saigner, « il faut que ça saigne »
disaient les bouchers de la Villette
dans la chanson, ça y est,
le chansonnier est arrivé,
râclant le fond de gamelle
d'une voix de rat délavé, sinistre et fadasse,
presque honteuse de ne plus savoir hurler
devant un micro dans les tribunes d'un stade.
Elle se sent petite l'Ordure malgré tout,
pas à la hauteur de la tâche.
Elle n'aura que des coups bas à ordonner,
fraîche épluchure fanée, frelatée, planquée
à la moindre odeur de roussi
entre deux antiques reliures
qui puent la mort cérébrale.
L'Ordure s'appelle…que dalle,
son vrai patronyme,
le faux dégôute au point
que nul ne veut le nommer, sauf le jour où,
par la fureur d'un feu adverse,
il serait désigné assassin du jour, de milliers de pauvres gens
qui « n'avaient rien à faire là »,
alors nommé par son Nom,
devant le peloton d'exécution.
Enfin les fusils, réels, des partisans,
de leurs détonations chanteraient
la revanche des Anges.
« Voyez, ils veulent ma mort ! ».
Non, ils et elles veulent ce qu'un jour tu mériteras,
à hauteur des crimes approuvés, encouragés
par toi, si par malheur la faiblesse
de tes émules morts de trouille, paranoïaques,
représentés bleus blancs,
te déroule le tapis rouge, de sang,
que tu réclames, à crocs et à cri.
« face à la gauche Gaza,
nous en appelons à la France bleu-blanc-rouge »,
j'ai écouté deux fois, pour mieux t'entendre,
ces mots – ces mots assassins, les tiens-les leurs,
tes mots crachés resteront gravés
pour l'éternité
sous ton portrait fringuant,
ornant ta misérable tombe.
El sub-caporal