08.04.2026 à 10:57
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Un commissariat repeint en rose pour l'occasion
- 7 avril / Mouvement, Avec une grosse photo en haut, 4
Thomas Cazenave, ancien ministre et député macroniste est désormais le nouveau maire de Bordeaux. Ses fonctions à peine prises, il a convié ce 2 avril pas moins de trois ministres (Françoise Gatel, Laurent Nuñez & Sébastien Lecornu) afin d'annoncer des mesures sécuritaires locales. Cela ne fut néanmoins pas du goût de tout le monde : un commissariat a été repeint en rose pour l'occasion. Des habitants nous ont transmis une revendication et quelques photos qui ne semblent pas avoir été générés par l'IA.
Aujourd'hui, 2 avril 2026, Bordeaux a la tristesse de voir ses rues occupées. Des flics, des flics, des flics. Tout ça parce que Cazenave veut faire sa meilleure démonstration de force avec ses potes Lecornu et Nuñez.
C'est marrant, on pourrait se dire que si on a besoin d'être escorté par autant de mecs armés, c'est qu'on est pas serein. Ils ont peur de quoi ? Que ressortent au grand jour toutes les casseroles au cul qu'ils ont, eux et un nombre non négligeable de leurs collègues de partis, malgré une justice, largement docile et partisane. Certains n'hésitent pas à dire que les vrais voyous sont en costard, c'est difficile de leur donner tort.
Il est temps de leur montrer que dans le fond, malgré les millions dépensés en médias toujours plus d'extrême droite afin d'abrutir la population et la diviser en 2, en 4, en 1000, la sécurité n'est pas tant la préoccupation principale des gens, en tout cas, moins que les salaires minables, le système de santé et d'éducation qui fait pitié, le prix à la pompe qui nous ruine, la soumission à un ordre géopolitique qui justifie la spoliation, la colonisation et les génocides.
Non, à Bordeaux on ne veut pas plus de flics, pas plus de comico, pas plus de caméras. On n'en peut plus d'assister à des contrôles au faciès H24 OKLM et à des arrestations méga violentes de gens à la rue qui galèrent. On n'en peut plus de vivre dans une société de contrôle où il faut badger, signer, s'authentifier, s'identifier, se soumettre à un ordre qui détruit nos vies et la planète.
Plus que jamais, nous devons apprendre à vivre sans keuf, à comprendre qu'ils apportent plus de merde et de violence qu'autre chose, à résoudre les conflits collectivement, à communiquer, se comprendre, se défendre même. À ne rien lâcher sur les agressions sexuelles, sur les attaques racistes, à prendre de front et par le bas le problème des inégalités sociales qui ravagent notre ville.
Bordeaux a une âme rebelle qui du Bordeluche à ses caves rock, du quartier Saint-Michel au port de Bacalan, des Gilets Jaunes aux occupations de facs, a toujours résisté à ces bourgeois qui cherchent à mettre le peuple au pas. Votre comico on l'a souillé pour vous montrez le dégout que vous nous inspirez. Vous pourrez toujours bomber le torse escortés par vos milices, mais ici c'est chez nous et ça le restera.
08.04.2026 à 10:48
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« Opération "Furie épique" et drones-martyrs Shahed, une même violence mythique se réinscrit ainsi dans la langue des machines » [Cinétract]
- 7 avril / Avec une grosse photo en haut, Positions, 2
Nous recevons et diffusons ce petit cinétract qui expose les soubassements mythologiques tant de l'opération « Furie épique » que des drones-martyrs Shahed iraniens.
La violence guerrière ne veut pas seulement être efficace, elle veut aussi être mythologique et esthétique. Derrière le drone Shahed l'horizon du témoin martyr, derrière la furie épique, le vieux désir de rejoindre la fureur d'Achille. Le drone Shahed et le nom Furie épique indiquent chacun dans une tradition différente que la guerre contemporaine ne cesse de réactiver des formes archaïques de légitimation symbolique. Une même violence mythique se réinscrit ainsi dans la langue des machines.
08.04.2026 à 10:39
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Entretien avec deux participants à la flottille partie le 4 avril
- 7 avril / Avec une grosse photo en haut, 4, International
Le 4 avril une nouvelle flottille a pris la mer pour Gaza depuis Marseille. La Grappe s'est entretenu avec deux participants avant leur départ. Ils reviennent sur l'auto-organisation de la flottille, la solidarité extrêmement puissante qui opère à l'Estaque et dans la cité phocéenne en général, ainsi que sur les stratégies et les objectifs politiques de ce nouveau convoi.
L'accueil que nous avons eu dès le début était assez incroyable. Nous partions de quelque chose d'assez solitaire cet hiver, assez glauque, dans le froid à Port Saint-Louis du Rhône, un chantier à sec peu vivant avec les bateaux hors de l'eau. Alors qu'ici, dès que nous avons commencé à mettre les bateaux à l'eau contre le quai, les pêcheur.euse.s qui étaient à coté sont venus nous voir, nous ont donné du poisson, de l'argent, nous ont dit être très touché-es par ce que l'on faisait quand on leur a expliqué que c'était la préparation de la flottille pour Gaza. Il y a par exemple un pêcheur qui vient souvent ici, qui est à la CGT et qui, dès que l'on a besoin de quelque chose, nous le ramène, des camions de palettes, des tôles… Il a pas mal de contacts et nous a permis de rencontrer beaucoup de monde. C'est très touchant de voir que beaucoup de gens peuvent se saisir de l'objet flottille que nous étions en train de préparer de notre côté. C'est passé de quelque chose de militant à une chose beaucoup plus à tout le monde.
C'était un pari politique qui était dur à prendre, nous avons mis du temps à nous décider ; c'était une occupation sans droit ni titre, il y avait donc un risque d'expulsion, nous ne pouvions pas nous permettre de mettre en danger les bateaux pour la flottille, mais en même temps nous avions besoin du lieu et nous pensions qu'il y avait quelque chose à jouer. Nous savions que Marseille était une ville particulière, c'est une ville tournée vers la Méditerranée, une ville de marins. Avec le mélange de l'identité marseillaise, de la culture de la solidarité de la mer, qui se ressent d'ailleurs dans la force des luttes en soutien à la Palestine, le nombre de collectifs impliqués dedans, nous savions que nous n'arrivions pas au milieu de nulle part. Malgré tout, ça a pris largement au-delà de nos attentes et nous avons été très touché-es par la quantité et la diversité de personnes qui sont venu-es soutenir.
Ici ça fait 13 000 mètres carrés, c'est un endroit qui est abandonné depuis plus d'une trentaine d'années. Il y a des quais, un énorme terre-plein central et des hangars partout. Comme c'est abandonné, c'était recouvert de déchets, donc on a fait un gros travail de nettoyage. C'était un lieu qui avait des usages avant, le trou dans le mur ce n'est pas nous qui l'avons fait, il était là avant. Des gens venaient se baigner, jouer à la pétanque, faire des barbecues, pêcher. Il faut savoir que c'est un enjeu le droit à la mer dans les quartiers nord de Marseille, il n'y a que la plage des Corbières, au-dessus d'ici, qui est une plage pas immense et peu accessible qui donne vraiment accès à la mer, sinon les gens galèrent. Il y a donc ici un espace immense abandonné, délaissé, sale, où les gens viennent profiter de la mer de manière pirate. Nous avons essayé de faire du lien directement entre l'usage que nous faisions de la mer en tant que flottille et l'accès, le droit à la mer pour les habitant.e.s.
C'est un lien qui a assez bien fonctionné, qui nous a permis de rencontrer plusieurs collectifs. À Marseille il y a notamment ce que l'on appelle les CIQ, les Comités d'Intérêt de Quartier, il y en a une cinquantaine dans la ville. Ce sont des associations d'habitant-es de quartier, qui ne sont pas toujours réactionnaires, mais au moins un peu conservatrices. C'est souvent des des retraité-es, qui ne font pas de politique au-delà de leurs 10 000 mètres carrés de quartier. Par exemple, le CIQ de l'Estaque-Riaux qui est celui le plus proche, nous a soutenu en disant qu'iels ne se prononçaient pas sur le fait que nous allions à Gaza car iels ne feraient pas de politique, mais trouvaient ça bien que nous faisions vivre l'endroit. Tout ça donne une diversité et une quantité de soutiens assez folles.
C'est quelque chose qui est plutôt marquant en passant les journées ici. Dans cette zone qui a l'air abandonnée, il y a toujours différents usages, il y a toujours des gens qui viennent pêcher, regarder ce qui se passe, s'intéresser aux travaux en cours ; quand on est en cuisine, toute la journée il y a des gens qui viennent apporter des provisions selon ce qu'iels peuvent emmener. Il y a un flux incessant de dons, de vêtements, de médicaments, de provisions…
R : Je trouve que c'est important de dire que ce n'est pas tant le physique qui compte, mais plutôt le mental, car c'est ça qui nous fait tenir collectivement. Lors des dernières mises en prison, c'est le fait d'être à plusieurs qui a fait tenir les gens.
Merci à Hermine Roquet M (@hermine_roquetm) pour les photos.