LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs REVUES Médias
Souscrire à ce flux
Regards a pour objet la diffusion d’informations et d’idées. Il contribue au débat démocratique. Il n’a aucun caractère commercial.

▸ Les 10 dernières parutions

25.02.2026 à 11:32

Au Salon de l’agriculture, la France dos au mur

Pablo Pillaud-Vivien

Cette année, il manque les vaches au Salon de l’agriculture. Et cette absence en dit plus long que tous les discours. Après la dermatose nodulaire contagieuse, derrière les éléments de langage et les déambulations politiques sous haute sécurité, il y a surtout un modèle à bout de souffle.
Texte intégral (901 mots)

Cette année, il manque les vaches au Salon de l’agriculture. Et cette absence en dit plus long que tous les discours. Après la dermatose nodulaire contagieuse, derrière les éléments de langage et les déambulations politiques sous haute sécurité, il y a surtout un modèle à bout de souffle.

Le Salon est censé être « la plus grande ferme de France ». Il est devenu le théâtre d’un malentendu national. D’un côté, une mise en scène politique qui persiste à parler de « réarmement productif », de compétitivité, de conquête des marchés. De l’autre, des agriculteurs qui disent leur fatigue, leur colère, leur sentiment d’abandon. La Confédération paysanne et la Coordination rurale ont boycotté le petit déjeuner présidentiel. La FNSEA préfère parier sur la prochaine PAC et la future présidentielle. Les lignes syndicales divergent, mais une chose est sûre : le malaise est profond.


TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER

👉 C’EST ICI ET C’EST GRATUIT


La bataille contre le Mercosur, parfois encore présentée comme une opportunité stratégique, est symptomatique : il incarne l’impasse d’un libre-échange mondialisé devenu dogme flagellant. Comment peut-on, d’un côté, exiger des agriculteurs français qu’ils respectent des normes environnementales et sanitaires parmi les plus strictes du monde et, de l’autre, ouvrir grand les portes à des importations produites dans des conditions sociales et écologiques incomparables ? Cette concurrence n’est pas seulement déloyale, elle est absurde. On ne peut pas prétendre défendre la souveraineté alimentaire et ratifier des traités pour la dissoudre.

Le problème n’est pas l’échange en soi. Il est dans le n’importe quoi du marché mondial dérégulé : produire toujours plus, toujours moins cher, pour des débouchés incertains, en écrasant les prix ici et en alimentant la surproduction là-bas. Le blé passe de 350 euros à moins de 200 euros la tonne. Les viticulteurs arrachent leurs pieds. Les éleveurs vendent à perte. Produire plus ne signifie plus gagner plus ; cela signifie souvent courir plus vite vers le précipice.

On parle souvent de crise agricole. Il faut parler de crise du métier d’agriculteur. Le nombre d’exploitations s’effondre. Les fermes s’agrandissent, s’endettent, se financiarisent. Un tiers des agriculteurs partira à la retraite dans dix ans. Qui reprendra ? À quel prix ? Avec quel horizon ?

Le Mercosur incarne l’impasse d’un libre-échange mondialisé. Comment peut-on, d’un côté, exiger des agriculteurs français qu’ils respectent des normes environnementales et sanitaires parmi les plus strictes du monde et, de l’autre, ouvrir grand les portes à des importations produites dans des conditions sociales et écologiques incomparables ?

Le revenu moyen, toutes filières confondues, masque des écarts vertigineux. Certains secteurs tirent leur épingle du jeu ; d’autres survivent à peine. Mais au-delà des chiffres, il y a une réalité sociale : des journées sans fin, une pression administrative permanente, une dépendance accrue aux banques, aux coopératives géantes, aux industriels de l’agroalimentaire et à la grande distribution. Le partage de la valeur reste le point aveugle.

La loi d’urgence agricole promise ne résoudra pas les défis et la crise si elle se limite à faciliter l’accès à l’eau, à assouplir les règles sur les phytosanitaires ou à encourager à produire davantage. La question n’est pas seulement quantitative. Elle est structurelle : que produit-on ? Pour qui ? À quel prix ? Avec quel impact écologique ? Avec quelle rémunération digne pour celles et ceux qui travaillent ?

Nous avons besoin d’agriculture. Nous avons besoin d’agriculteurs. Pas d’une agriculture sans paysans, pilotée par des tableurs et des marchés à terme. Pas d’une France qui importerait sa nourriture comme elle importe des biens industriels délocalisés. Pas d’un monde où l’alimentation serait une variable d’ajustement des traités commerciaux.

L’agriculture n’est pas un secteur parmi d’autres. Elle touche à l’intime : à notre culture et à notre santé, à nos paysages, à notre rapport au vivant. Réduire le Salon à un folklore annuel ou à une séquence de communication, c’est passer à côté d’une part essentielle du pays. C’est se fermer la possibilité de comprendre véritablement les Français, leur attachement à leurs territoires, leur inquiétude face au déclassement, leur demande de justice.

Il n’y aura pas de projet politique majoritaire qui ignore le monde agricole. Il n’y aura pas de transition écologique réussie contre les paysans. Et il n’y aura pas de République solide si ceux qui nous nourrissent ne peuvent plus vivre dignement de leur travail.

Cette année, au Salon, les vaches manquent. Mais ce qui manque surtout, c’est un cap.

PDF

25.02.2026 à 11:29

🔴 DÉBAT DU JOUR

Pablo Pillaud-Vivien

Aulas est nul, mais il va gagner Lyon À Lyon, le premier débat des municipales diffusé sur BFMTV a surtout agi comme un révélateur des faiblesses de Jean-Michel Aulas. Donné largement en tête des sondages (autour de 43% d’intentions de vote), l’ancien président du club de football, l’Olympique lyonnais, a affiché une fébrilité assez gênante…
Lire + (188 mots)

Aulas est nul, mais il va gagner Lyon

À Lyon, le premier débat des municipales diffusé sur BFMTV a surtout agi comme un révélateur des faiblesses de Jean-Michel Aulas. Donné largement en tête des sondages (autour de 43% d’intentions de vote), l’ancien président du club de football, l’Olympique lyonnais, a affiché une fébrilité assez gênante à voir. Voulant mettre en cause le maire sortant Grégory Doucet, il s’est emmêlé les pinceaux sur des éléments judiciaires : il a voulu faire le beau, il s’est pris les pieds dans le tapis. Sur le fond, tout était flou : son programme, ses priorités budgétaires ou les contours de l’alliance politique disparate qui le soutient. L’exercice a rappelé une réalité simple : un débat ne fait pas une élection… mais il rappelle cruellement qu’une notoriété, une popularité et des sondages flatteurs ne tiennent pas lieu de colonne vertébrale politique. Mais le pire, c’est que ça ne l’empêchera sûrement pas de gagner.

PDF

25.02.2026 à 10:32

En Espagne, avant de faire un Front populaire, les gauches débattent

Loïc Le Clerc

Faut-il une "coalition des gauches" pour empêcher l'extrême droite d'arriver au pouvoir ? Et si oui, dans quelles conditions, avec quelles concessions ? Voilà les questions qui travaillent la gauche espagnole.
Texte intégral (1634 mots)

Faut-il une « coalition des gauches » pour empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir ? Et si oui, dans quelles conditions, avec quelles concessions ? Voilà les questions qui travaillent la gauche espagnole.

En France, alors que la gauche est faible comme jamais dans l’histoire de la Cinquième République, les partis ont mis sur pied le NFP à deux semaines des législatives de 2024. Un accord électoral à l’arrache pour s’épargner le péril RN. En Espagne, où le clivage gauche/droite est très net et très stable – quasi 50/50 –, les prochaines élections législatives doivent se tenir en 2027. C’est donc avec plus d’un an d’avance que les partis de gauche se mettent en ébullition. Et ils ne manquent pas d’idées !

Nos voisins font face à la même menace fascisante : la droite traditionnelle (le PP) vendrait son âme aux néo-franquistes du parti Vox pour retrouver le pouvoir. Dans les sondages, cette coalition pourrait dépasser les 40% des voix – là où la coalition actuelle de Pedro Sanchez est créditée de 39% des suffrages. Le risque d’un basculement d’un gouvernement socialiste/gauche radicale vers un gouvernement droite/extrême droite est bien là.

Pour éviter ça coûte que coûte, l’initiative d’une « coalition des gauches » est venue… d’un Catalan. Et au royaume d’Espagne, ça n’est pas rien. Au Congrès (l’Assemblée espagnole), Gabriel Rufián est le porte-parole du groupe ERC (Esquerra Republicana de Catalunya, le parti de gauche indépendantiste catalan).

*** interlude technique ***

Au Congrès espagnol, on compte 20 partis. Le PP, Vox et l’Union du peuple navarrais composent l’opposition. La majorité du président du gouvernement Pedro Sanchez, elle, est une mosaïque politique faite de 6 partis de gauche nationaux et 11 partis « régionaux », plutôt indépendantistes, plutôt de gauche, mais on y trouve aussi la droite catalane et basque (entre autres, pour plus de détails reportez-vous aux « votes du deuxième débat d’investiture » de 2023).

Depuis 2023, la majorité de Pedro Sanchez tenait à trois sièges près. En octobre 2025, la droite catalane – Junts per Catalunya, présidé par Carles Puigdemont – a rompu son accord avec le gouvernement. C’est dire si la situation est sur un fil…

*** fin de l’interlude ***

Revenons à Gabriel Rufián. Le chef de file des indépendantistes catalans à Madrid « a peur ». Depuis l’été dernier, il travaille sa proposition d’un « bloc de gauche plurinational », une alliance entre tous les partis de gauche de la Péninsule, avec un programme commun et une répartition cohérente des candidatures (on ne met pas un Madrilène à Barcelone et vice versa). Selon lui, pour l’heure, « le compte n’y est pas ». Si les partis partent aux élections comme d’habitude, chacun sur son pré-carré selon ses intérêts propres, ils ne feront pas le poids au Congrès face au monolithe de la droite extrémisée. Il faudrait donc que tous ces partis, qu’ils soient « nationaux » ou « régionaux », s’unissent d’emblée aux élections, sur tous les territoires, pour « gagner des sièges sur Vox, province par province »… Ainsi, la gauche unie ferait bloc et, ensuite, on compterait les points au Congrès. Dans ce sens, pas dans l’autre.

Son tweet du 23 juillet 2025 a été un véritable tremblement de terre à gauche :

« Il est probable que des calculs et des intérêts particuliers empêcheront cet engagement historique de se concrétiser, mais alors les questions à se poser seront claires :

1) Quelqu’un aurait-il une meilleure idée (qui ne soit pas basée sur la magie) ?

2) Quel est l’intérêt d’avoir 2 ou 3 députés supplémentaires si c’est pour avoir [le président de Vox] comme vice-président ou [le secrétaire générale du PP] comme ministre de l’Intérieur ?

De toute façon, ils vont vous détruire politiquement.

Moins de pureté et plus d’intelligence. »

Les gauches réagissent, aux quatre coins de la Péninsule

Depuis l’été 2025, Gabriel Rufián ne cesse de réitérer sa proposition. Toujours avec beaucoup de verve et de dramaturgie, sans beaucoup de succès… Au sein de son propre parti, sa proposition est vivement débattue. La secrétaire générale d’ERC, Elisenda Alamany, insiste sur le fait que la stratégie de son parti est de se présenter uniquement en Catalogne : « Évidemment, nous nous préoccupons de la montée de l’extrême droite, de la façon d’améliorer la vie des gens, et nous le ferons depuis la Catalogne ». Le président d’ERC, Oriol Junqueras – emprisonné en 2018 pour la déclaration d’indépendance de la Catalogne en 2017, puis gracié par Pedro Sanchez en 2021 – valorise quant à lui le modèle d’alliance des élections européennes, entre son parti et les autres partis de gauche indépendantiste d’Espagne, notamment les Basques.

Le problème, pour ERC, ce n’est pas que Gabriel Rufián soit un électron libre, mais une star de la politique. Grâce à ses interventions très médiatiques au Congrès, ses tweets acérés, ses punchlines qui font toujours mouche, le parti rayonne bien au-delà des frontières de la Catalogne. Et Gabriel Rufián voit plus grand. Il participe à des meetings avec la gauche madrilène. Avec un zèle qui ne cache pas ses ambitions personnelles. Il est même en tête des sondages chez les 35-55 ans pour succéder à Pedro Sanchez – un Catalan, indépendantiste, à la tête de l’État espagnol, on y croit !

Pourtant, sa proposition ne trouve aucun écho. Au Pays Basque, c’est non. Arnaldo Otegi, le secrétaire général d’EH Bildu, lui a répondu : « Nous pensons que les élections offrent l’opportunité au Pays Basque de s’exprimer en tant que pays. Malheureusement, la mode est à l’expression des partis. […] Si nous allons jouer au Bernabéu [le stade du Real Madrid, ndlr], nous voulons y aller avec l’équipe basque, pas chacun dans son coin. »

Pendant ce temps-là, la gauche madrilène…

À Madrid, une autre gauche avance sans ces préoccupations « nationalistes ». Les alliés du PS au gouvernement se sont réunis le 21 février. Sumar (le parti de la ministre du travail Yolanda Díaz), IU (les communistes), Comuns (le parti de l’ex-maire de Barcelone Ada Colau) et Más Madrid (le parti de l’ex-maire de Madrid Manuela Carmena) se sont mis d’accord pour la création d’une alliance électorale. Podemos semble définitivement en dehors du jeu politique. Aux Madrilènes, sa secrétaire générale Ione Belarra rétorque : « Quatre députés courageux de Podemos valent mieux que cinq ministres de Sumar » ; et à Gabriel Rufián : « Autant voter tout de suite socialistes ». Constructif…

Gabriel Rufián entend bien prendre appui sur cette nouvelle alliance et persiste dans son idée. Voilà la base concrète qu’il lui manquait à Madrid : une gauche unie, non-socialiste, encline à prendre les causes des indépendantistes avec le plus grand sérieux. Toute la difficulté de son projet, c’est son caractère « plurinational ». En Espagne, il sera difficile de faire bouger les logiques électorales des partis « régionaux », bien souvent indépendantistes, qui pensent d’abord en termes de pays, au pluriel. Le péril de l’extrême droite est grand à Madrid, comme il est grand à chaque élection régionale, mais du point de vue d’un Basque ou d’un Catalan, ça n’est pas par une alliance de principe que la situation sera sauve.

Vous avez remarqué ? Les socialistes ne sont pas de la partie. Et c’est un des reproches fait à Gabriel Rufián : doit-on faire une union extraordinaire des gauches simplement pour que Pedro Sanchez sauve sa peau ? Le Catalan répond : « Si nous étions plus forts, nous rendrions les socialistes meilleurs [comprendre : plus à gauche, ndlr] […] Le seul débat, c’est comment on bat l’extrême droite. Le reste n’est que philosophie. » En attendant la suite, les sondages donnent raison à Gabriel Rufián : plus la gauche est unie, plus l’extrême droite recule.

PDF
6 / 10
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌓