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13.10.2026 à 18:05

Antisémitisme de Jordan Bardella : le RN stoppé dans sa tentative de séduction des juifs de France ?

Frédéric Strack, chercheur en sciences politiques, Sciences Po; Université de Sherbrooke

Jordan Bardella aurait écrit de nombreux commentaires antisémites il y a quelques années. Le soutien des électeurs juifs favorables au RN sera-t-il bouleversé ?
Texte intégral (2314 mots)

L’ESSENTIEL

  • Selon une enquête de Mediapart, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, aurait écrit de nombreux commentaires antisémites par le passé.

  • En France, plusieurs enquêtes montrent que le vote des juifs autodéclarés s’est déplacé vers la droite et l’extrême droite ces dernières années.

  • Pour ces électeurs, La France insoumise est perçu comme plus dangereux que le RN, malgré l’histoire de ce parti d’extrême droite, profondément lié à l’antisémitisme.


Le 28 septembre dernier, le journal Mediapart livre les résultats d’une enquête retentissante : Jordan Bardella, président du Rassemblement national, aurait écrit dans le passé nombre de commentaires reprenant des poncifs antisémites. L’intéressé dément fermement.

Cette polémique réactive des accusations de longue date d’antisémitisme envers le Front national, que l’évolution en Rassemblement national visait à écarter. La polémique place ainsi ce parti dans une position inconfortable, et met en péril des années d’efforts pour apparaître comme le seul véritable défenseur des juifs de France. L’un des enjeux de cette séquence est ainsi de savoir si ces propos sont de nature à remettre en cause la stratégie souvent commentée de « dédiabolisation ».

Un soutien paradoxal au Rassemblement national

Les accusations d’antisémitisme au sein de l’extrême droite sont connues des juifs de France. L’on pense évidemment aux commentaires de Jean-Marie Le Pen, condamné, entre autres, pour contestation de crimes contre l’humanité et pour des propos antisémites. Mais l’on peut aussi évoquer la présence, dans l’orbite du parti, de personnes négationnistes ou antisémites, comme le démontrent, dans leur enquête, Judith Cohen-Solal et Jonathan Hayoun (2019). Les accusations d’antisémitisme à l’encontre d’au moins une partie du personnel politique d’extrême droite n’ont jamais disparu.

Et pourtant, cela n’a pas empêché le Rassemblement national d’engranger le soutien croissant de juifs : longtemps fidèles à la gauche non communiste, ils se sont progressivement tournés, à partir des années 1980, vers la droite et l’extrême droite.

Le tableau suivant établit ce déplacement électoral :

Les données sont issues du rapport de 2014 de l’Ifop pour Atlantico, Les votes juifs : poids démographique et comportement électoral des juifs de France. Les blocs politiques ont été obtenus en additionnant les pourcentages des divers candidats. En raison des arrondis, les totaux peuvent ne pas être équivalents à 100. Fourni par l'auteur

Aucune donnée comparable n’est disponible au-delà de 2012, mais les données de terrain collectées (cf. les Juifs orthodoxes en France, Presses universitaires de Rennes, 2025) signalent que le déplacement vers la droite et l’extrême droite se poursuit. Par exemple, à Sarcelles, lors de l’élection présidentielle de 2022, dans quatre bureaux de vote à forte présence juive, le vote pour Éric Zemmour s’est étendu de plus de 28 % à plus de 39 %, contre une moyenne de 11,55 % pour la ville. Un tel survote s’observe aussi dans les quartiers de Strasbourg à forte présence juive. Ce déplacement se retrouve dans le reste de la population, mais, dans le cas d’électeurs juifs, il est paradoxal au regard de l’histoire du Rassemblement national ex-Front national.

Comprendre l’extrême droitisation électorale des juifs de France

En 2007, Nicolas Sarkozy avait capté une part importante des votes juifs et, à nouveau en 2012 : les électeurs juifs l’ont soutenu à 45 % au premier tour, contre 27 % pour la population générale (cf. tableau ci-dessus). Mais la question migratoire et les attaques terroristes ont en partie disqualifié la droite classique et alimentent des craintes, notamment en matière d’insécurité.

La répétition de meurtres antisémites a, par exemple, fortement marqué les esprits, comme l’indique cette personne interrogée :

« Depuis le meurtre d’Ilan Halimi, on a eu l’hypercacher, on a eu Toulouse, on a eu madame Halimi, Sarah Halimi, on a eu Madame Knoll, ça commencer à chiffrer, ça commence à chiffrer. Sans compter les attaques non fatales qui ont peut-être fait moins de bruit. »

Cet argument de la sécurité va de pair avec un autre argument marqué à droite, celui de la faiblesse de l’État, comme l’exprime un témoin :

« Quand une manifestation pro-palestinienne est interdite et qu’elle a quand même lieu, l’affaiblissement du pouvoir est évident. »

À ces actes antisémites, nombre de juifs ajoutent des attaques terroristes, les associant parfois à l’immigration, qui entraînerait insécurité physique et culturelle. Ainsi, le thème du « grand remplacement » pouvait s’observer sur le terrain dès avant 2022. Des observations participantes nous ont donné accès à des conversations où ce thème étant repris sans discussion.

À ces occasions, Éric Zemmour, pas encore candidat à l’élection présidentielle, bénéficiait d’un soutien non caché. Ce soutien s’observe aussi de manière quantitative, avec toutes les précautions d’usage pour une population aussi réduite : 67 % des juifs interrogés considèrent qu’« Il y a trop d’étrangers dans notre pays ». Or, cette position peut conduire à un vote pour le Rassemblement national : 93 % de ceux qui ont voté Le Pen sont d’accord avec cette proposition, dont 84 % sont tout à fait d’accord. Or, ce sujet est depuis plusieurs années l’un des principaux thèmes de prédilection du Rassemblement national, d’autant plus que Nicolas Sarkozy, qui bénéficiait d’un large soutien (cf. tableau) n’est plus candidat à partir de 2012.

Composer avec l’antisémitisme du Rassemblement national

Ce mécontentement favorise d’autant plus le Rassemblement national que Marine Le Pen se fait fort de défendre la liberté individuelle contre « l’islamisme », y compris le droit des juifs de vivre et de pratiquer librement, sans craindre pour leur sécurité. En outre, le travail de « dédiabolisation » du parti, et d’éloignement des personnes accusées d’antisémitisme l’a rendu plus acceptable pour une partie des juifs interrogés. Une personne interrogée nous a par exemple indiqué :

« Je pense qu’elles [les filles de Jean-Marie Le Pen] ont reçu une éducation fortement antisémite, mais je pense que Marine (…) s’est sortie de ça. (…) je ne pense pas que ce soit une grande motivation chez elle. »

Dans le cadre de leur raisonnement politique, les juifs semblent ainsi, pour une partie d’entre eux tout du moins, prioriser les sujets : la perception d’une menace actuelle continue de l’emporter sur toute autre considération, y compris des accusations d’antisémitisme remontant à une dizaine d’années. Et ce, d’autant plus que, sur le plan politique, c’est La France Insoumise qui est vue comme antisémite, bien plus que le Rassemblement national.

En effet, les études disponibles (cf. la Tentation antisémite : haine des juifs dans la France d’aujourd’hui, Wieviorka, 2005 ; Français comme les autres ?, Tiberj, Brouard, 2005 ; l’An prochain à Jérusalem ? Fourquet, Manternach, 2016), considèrent souvent trois foyers d’antisémitisme : l’extrême droite, l’extrême gauche et les personnes musulmanes. Or, l’on observe un décalage partiel entre les données disponibles et les perceptions des juifs.

Par exemple, le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme indique que la « proximité affichée avec le Rassemblement national et les autres partis d’extrême droite favorise les préjugés envers les juifs », alors que la proximité avec La France insoumise (LFI) n’influe pas sur l’antisémitisme.

Pourtant, ce n’est pas ce que les juifs interrogés observent : ils citent l’extrême gauche comme acteur politique responsable de l’antisémitisme, bien devant l’extrême droite : 92 % considèrent que LFI contribue à la montée de l’antisémitisme, contre 49 % pour le RN. Une controverse récente peut alimenter cette perception, lorsque Jean-Luc Mélenchon a paru, par sa prononciation, souligner la judéité de certaines personnalités.

Mais c’est de loin la question d’Israël qui est au cœur de la différence de perception de LFI et du RN. Une personne interrogée indique par exemple que :

« Dans le parti de Mélenchon, même si ce n’est pas dit officiellement (…), il y a quand même quelque chose qui [le] perturbe par rapport à [l’antisémitisme], une obsession d’Israël qu’on ne retrouve pas chez Le Pen. »

Certains reprochent à Jean-Luc Mélenchon d’avoir tardé à dénoncer l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et d’avoir condamné la contre-offensive israélienne à Gaza. Mais, plus généralement, c’est le soutien apporté à la cause palestinienne qui est vu, par certains, comme hostile aux juifs. Une personne interrogée est catégorique :

« Ayant la fâcheuse manie de faire passer leur jalousie pour les juifs avant l’amour pour leur patrie, certains de nos concitoyens non juifs, commettent la plus grave erreur historique depuis la collaboration vichyste : celle de soutenir une cause qui ne les regarde en rien, et qui finira par les perdre. La seule différence est qu’à l’époque de Vichy l’extrême droite attisait la haine ouvertement (…), alors que, aujourd’hui, c’est l’extrême gauche qui a pris le dessus par son soutien aveugle et inconditionnel à la cause palestinienne. »

Dans ce contexte, il n’est pas certain que les révélations concernant Jordan Bardella privent le Rassemblement national du vote d’électeurs juifs.

Quoi qu’il en soit, les conséquences électorales ne dépendront pas des juifs. L’on ne rappellera jamais assez, en effet, que la faible taille de la population juive de France (moins de 1 %), qui plus est en déclin (les chiffres sont rares et à manier avec grande précaution, mais des estimations indiquent que la population juive de France serait passée de 600 000 à la fin des années 1990 à environ 450 000 dans les années 2020), lui retire tout poids électoral : même un repositionnement d’ampleur des juifs de France n’aurait qu’un effet négligeable sur le résultat de l’élection présidentielle de 2027. Les juifs figurent, certes, parmi les premiers concernés par cette controverse, mais les éventuelles conséquences électorales seront décidées par le reste de la population française.

The Conversation

Frederic Strack a reçu des financements de l'Université Paris Panthéon-Assas pour ses études doctorales.

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12.10.2026 à 15:53

Additifs alimentaires dangereux dans nos assiettes : quand les industriels contournent les règles (du XIXᵉ siècle à nos jours)

Hachez-Leroy Florence, Historienne de l'économie, des sciences et des techniques, Université d'Artois

Les dangers des additifs sont connus dès le XIXᵉ siècle, mais les industriels n’ont eu de cesse de contourner les vagues de régulation protégeant les consommateurs.
Texte intégral (1862 mots)

L’ESSENTIEL

  • L’emploi d’additifs alimentaires est mentionné dès l’Antiquité, mais les progrès de la chimie au XIXᵉ siècle ont permis de banaliser leur utilisation.

  • Les dangers de ces additifs sont rapidement connus et des vagues de régulation se succèdent à partir de 1905 avec la loi sur l’alimentation.

  • Ces dernières décennies, la mondialisation des échanges et la consommation massive d’aliments ultratransformés ont rendu la régulation encore plus difficile.


Les controverses sur les additifs alimentaires occupent régulièrement l’actualité avec leurs scandales : colorants, conservateurs, exhausteurs de goût, sel, aluminium, etc.

L’emploi d’additifs dans l’alimentation est mentionné dès l’Antiquité, mais les progrès de la chimie ont eu pour effet d’élargir leur nombre et de banaliser leur utilisation. Un nombre considérable de nouvelles substances aux usages variés apparaissent pour améliorer les conditions de conservation, contrôler les qualités gustatives ou modifier l’aspect visuel des aliments. En 1800, environ 550 substances chimiques organiques étaient connues et leur nombre a atteint environ 150 000 au tournant du XXᵉ siècle.

Quelles furent les grandes étapes de cette régulation, et quel bilan tirer de cette action, alors que la quantité de substances utilisées n’a cessé de croître depuis le XIXᵉ siècle ?

Conserver sans intoxiquer

Les conservateurs sont les additifs les plus utiles pour prolonger la durée de consommation des aliments dans de bonnes conditions sanitaires. Les premiers usages systématiques des conservateurs de synthèse dans l’industrie sont difficiles à dater faute de sources, mais des exemples permettent de comprendre leur développement.

En 1837, les Allemands Wöhler et Liebig découvrent les propriétés chimiques de l’acide benzoïque (E 210), un conservateur alimentaire présent naturellement dans certaines plantes, dont l’amande amère. Son développement semble rapide et en 1879, les archives rapportent des discussions entre Pasteur et le préfet de la Seine pour l’autoriser. D’autres conservateurs sont utilisés comme l’acide borique, le borate de soude et l’acide salicylique dans les années 1870. L’usage du borax (E285) est aussi ancien, en particulier en métallurgie et marginalement en médecine. Son emploi dans l’alimentation, nouveau au XIXᵉ siècle est largement encouragé par les industriels. Le borax est interdit dans l’Union européenne depuis 2010, mais reste autorisé dans d’autres pays.

Couleurs et arômes artificiels

La découverte de l’aniline à partir de l’indigo, en 1826, a donné naissance à de nombreuses autres couleurs artificielles ou de synthèse. La nomenclature des substances interdites pour la coloration des aliments et de leurs papiers d’emballage témoigne de la riche palette des possibles : substances d’origine minérale comportant des composés de cuivre, de plomb et d’arsenic, le sulfate de mercure – notamment les dérivés du goudron de houille –, et colorants d’origine organique, comme la fuchsine et ses dérivés.

Les arômes suivent le même mouvement tel l’« arôme de beurre » à base d’aldéhyde benzoïque, de nitrobenzène et d’acide butyrique, ou l’arôme « noix de coco ». Ils sont complétés par les exhausteurs de goût. Identifié au XIXe siècle, le glutamate de sodium est isolé au début du XXe siècle dans une algue, son usage se répand largement. Et l’on pourrait poursuivre avec les modificateurs de texture et les émulsifiants – la margarine, en 1869 –, les épaississants, les gélifiants ou encore les phosphates, dont le phosphate d’aluminium sodique, utilisé en boulangerie dès les années 1870 aux États-Unis, la fameuse levure chimique.

La régulation à partir de 1914

Le XIXᵉ siècle n’est donc pas une période où l’on pouvait se nourrir sans danger, loin de là : des pratiques alimentaires frauduleuses et le développement des additifs alimentaires conduisaient à la mise sur le marché d’aliments toxiques.

En réaction, des vagues de régulation se sont succédé dans les pays européens dès avant 1914. En France, la dangerosité des additifs est combattue après la fraude et la falsification des denrées. La régulation est progressive, jusqu’à la loi de 1905 sur l’alimentation.

Les colorants sont encadrés à partir de 1911. Leur approbation est soumise à une double tutelle conjointe des ministres de l’agriculture et de l’intérieur, sur avis conjoint du Conseil supérieur d’hygiène publique de France et de l’Académie de médecine. On peut y voir la main d’Eugène Roux, figure emblématique de la régulation de l’alimentation, directeur du service de répression des fraudes du ministère de l’agriculture.

À partir de 1912, l’usage des additifs alimentaires est interdit, à l’exception des cas déterminés par la loi. Le législateur détaille aussi les types d’emballage et les revêtements apposés à l’intérieur.

Certaines exceptions demeurent : le plomb et l’arsenic, autorisés dans les alliages, avec des pourcentages précisés. Le cuivre, le zinc et le fer galvanisé sont explicitement exclus des processus de fabrication et de conservation à l’exception de trois secteurs : chocolaterie, confiserie et distillerie.

Mais les industriels et artisans font preuve d’une exceptionnelle inventivité pour contourner la loi : la nécessité d’écouler des stocks, le lobbying auprès des ministères, l’usage non déclaré, l’erreur de manipulation, la minimisation du risque, le financement d’études « scientifiques » manipulées et l’instrumentalisation du doute bien sûr, arme favorite déployée déjà au XIXᵉ siècle.

La régulation de l’entre-deux-guerres et de la fin du XXᵉ siècle

La régulation connaît une accélération dans l’entre-deux-guerres. Parallèlement, la recherche scientifique progresse dans la compréhension des processus de dégradation des denrées et dans leur analyse toxicologique. Les chercheurs œuvrent auprès des pouvoirs publics pour protéger les populations et faire évoluer les lois : Louis Pasteur en France, Friedrich Accum en Allemagne, et Harvey W. Wiley aux États-Unis. Ils contribuent à développer la formation des chimistes en alimentation, dont le travail au sein des administrations et des entreprises participe au renforcement des contrôles sanitaires.

Pourtant, tout au long du XXᵉ siècle, l’usage de substances nouvelles est exponentiel. En outre, l’industrie agroalimentaire rend ces additifs indispensables à l’alimentation, sans en mesurer les effets sur la santé. Les recherches sur la toxicité de ces substances, qui nécessitent des moyens considérables, dépassent alors les possibilités des institutions publiques. Après-guerre, ce sera l’un des moteurs du développement d’organisations internationales comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). De fait, à partir des années 1950, la régulation conduit à une progressive et importante diminution du nombre d’additifs autorisés, tandis qu’est posée la question de l’exposition des consommateurs à ces substances et instaurée la dose journalière admissible.

Reste que ce mouvement est très vite soumis aux coups de boutoir des industriels. Créée en 1955, la Conférence mixte FAO/OMS sur les substances ajoutées aux denrées alimentaires permet la création d’un Comité d’experts des additifs alimentaires. Ce dernier publie un premier rapport très complet sur la nature et l’usage des additifs, les recherches à mener, l’information des consommateurs à assurer, etc. Mais dès le second rapport, en 1958, une personnalité issue de la Dow Chemical Company, l’une des plus grandes entreprises chimique américaine, est nommée au sein de ce comité. Dès lors, les travaux seront teintés d’un certain « pragmatisme » afin que soient préservées les possibilités de développements commerciaux des additifs.

La situation actuelle

Qu’en est-il aujourd’hui ? La mondialisation a renforcé les lobbys industriels. La situation s’est largement complexifiée pour de multiples raisons qui s’entrecroisent :

  • interactions entre substances dont les mécanismes restent à comprendre mais suspectées dans de nombreuses pathologies ;

  • consommation d’aliments ultratransformés ;

  • effets à très long terme comme les perturbateurs endocriniens ;

  • omniprésence de ces substances, dont les plastiques, dans notre environnement avec des contaminations multiples ;

  • différences importantes de législation et de contrôle selon les pays dans un espace mondialisé, qui fragilisent les dispositifs normatifs européens.

Les travaux en santé environnementale n’ont de cesse d’alerter sur la dangerosité des intrants agricoles et des additifs alimentaires. L’histoire longue montre, s’il le faut, à quel point la régulation a été et reste indispensable pour protéger les consommateurs et l’environnement, et relève du droit à l’alimentation.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Hachez-Leroy Florence a reçu des financements de l'IUF et de l'ANR.

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12.10.2026 à 15:05

« Vous pouvez nous prendre le téléphone, mais pas la parole » : le mouvement lycéen et le sentiment de ne pas être écouté

Annabelle Allouch, Maîtresse de conférences en sociologie, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Katharine Throssell, Docteure en science politique, Marie Sklodowska Curie Fellow, Université catholique de Louvain (UCLouvain); Sciences Po Bordeaux

Les lycéens français se plaignent de ne pas être entendus par les institutions. Un sentiment qui s’exprime très fortement dans la mobilisation actuelle et se nourrit des déceptions face à Parcoursup.
Texte intégral (1442 mots)

L’ESSENTIEL

  • Le mouvement lycéen entame sa quatrième semaine d’action, avec une grande manifestation prévue mardi 13 octobre.

  • Parmi les jeunes mobilisés, beaucoup se plaignent de ne pas être écoutés par l’école et les institutions.

  • Le dispositif d’orientation dans l’enseignement supérieur, Parcoursup, cristallise le sentiment d’incompréhension.


Une chose frappe à la lecture des pancartes des mobilisations lycéennes de ces dernières semaines : au même titre que de voir leurs enseignants remplacés et de ne pas pâtir de plafonds qui tombent dans les classes, les lycéens demandent à être entendus. Comme ils le disent, ils se considèrent « non pas mal éduqués mais mal écoutés ».

Cette revendication exprime le décalage entre les multiples sources de stress qu’ils expriment (manque de professeurs et d’investissements, et insécurité face à l’avenir) et les réponses jugées inadaptées du gouvernement.

La centralité de l’enjeu de l’écoute est d’ailleurs perceptible dans la plateforme de doléances mise en ligne par le ministère (qui ne manque pas d’évoquer les cahiers proposés aux gilets jaunes) ; ainsi que par le temps « banalisé » d’écoute dans l’établissement.

Une socialisation politique par la manifestation

Les travaux d’Annick Percheron sur la socialisation politique ont mis en évidence l’existence d’une double lecture du rapport des jeunes à la politique : d’un côté, les jeunes incarnent une innocence fantasmée et, par définition, apolitique ; de l’autre, leur politisation s’associe souvent pour les acteurs publics à un nécessaire recadrage.

Ce paradoxe est parfaitement illustré par la violence de la répression de la police, et par l’un des mots d’ordre du mouvement :

« Trop jeunes pour être écoutés, mais assez grands pour se faire gazer. »

Les travaux dans ce domaine ont, par ailleurs, montré l’impact personnel et politique de l’engagement précoce dans des mouvements sociaux (par exemple, Mai-68).

La prolifération des slogans qui renvoient à cet héritage (« La génération 6/7 refait Mai-68 ») souligne à quel point ces évènements peuvent produire des récits culturels et intergénérationnels, qui contribueront à une socialisation au politique au-delà des participants eux-mêmes.

À partir de nos enquêtes respectives sur les enfants de 10 ans à 17 ans face aux crises contemporaines pour l’une et sur les pratiques politiques des lycéens et des étudiants avant et après Parcoursup pour l’autre, nous postulons que le rapport à la citoyenneté des jeunes sera affecté par deux éléments concomitants : l’expérience de ne pouvoir exprimer sa frustration dans des espaces légitimés par l’institution, qu’elle soit politique ou scolaire, et celle du sentiment de ne pas être écouté par le pouvoir politique.

Les formes de la non-écoute

Dans le cadre d’une enquête sur le rapport des adolescents aux crises contemporaines et à la démocratie, nous avons mené des entretiens avant et pendant le mouvement lycéen, auprès de manifestants et de non-manifestants.

Avant le mouvement, le sentiment de ne pas être écouté renvoyait surtout à l’institution scolaire : manque d’opportunité de débats, superficialité des instances dites de « démocratie » scolaire, etc.

Dans les entretiens récents, cette non-écoute rejaillit sur d’autres institutions, notamment la police, dont la violence constitue pour certains le révélateur de la relation asymétrique qu’ils entretiennent avec le pouvoir :« Dès qu’on s’exprime, on se fait réprimer dans la violence », explique une manifestante de 16 ans (issue d’une famille politisée). On s’insurge aussi contre les propos de certains politiques sur ce point, « “Les jeunes n’ont qu’à s’asseoir et se taire” – ça m’a révoltée ! », note une manifestante de 17 ans (venant d’une famille peu politisée).

Plus largement, cette critique renvoie à l’idée que « normalement l’État est censé écouter directement le peuple » (fille, 17 ans, famille peu politisée) et au sentiment que le voir « dériver, c’est inquiétant pour la démocratie… ça m’a rappelé ce qu’on voit en cours d’histoire » (garçon, 17 ans, famille peu politisée).

Même chez les non-manifestants, voir leurs pairs se faire gazer politise ce constat de non-écoute. Ainsi, ces manifestations semblent nourrir l’appréciation d’un écart entre une idée abstraite d’État démocratique et la réalité constatée : ce qui constitue un apprentissage politique, que l’on soit sur le blocus ou non.

Sur Parcoursup : la sourde oreille

Dans le cadre de notre enquête sur Parcoursup avec Delphine Espagno-Abadie, nous avons identifié un processus qui illustre particulièrement bien la résurgence du sentiment de non-écoute.

La réforme Orientation et réussite des étudiants (ORE) de 2018 (qui crée la plateforme Parcoursup) entraîne non seulement la multiplication des épreuves, mais aussi la reconfiguration des espaces de discussion du jugement scolaire. Cela génère une angoisse qui s’ajoute à la distance créée par la dématérialisation de l’accès dans le supérieur.

Cette mise à distance des lycéens s’incarne par des formes faibles d’explication du jugement scolaire, particulièrement réduites et standardisées en cas de refus. C’est le cas de la mention fréquente « Le niveau scolaire (ou la motivation) apparaît insuffisant pour la formation, au regard de celui d’autres candidats »). Mais comment reconnaître la légitimité d’un jugement aussi succinct ?

Les numéros verts gérés par les rectorats ne proposent pas non plus d’explicitation au jugement des formations, mais des solutions de compensation. Il s’agit moins d’écouter les plaintes des élèves que de les conserver dans les canaux de la plateforme pendant les différentes phases. Alors que la réforme devait valoriser le choix personnel et authentique du lycéen éclairé par un travail d’orientation au long cours, la faiblesse des espaces de négociation et d’écoute fait de Parcoursup un couperet, dont la sélectivité ne se justifie, par ailleurs, pas toujours par le prestige ou la rareté de la formation recherchée.

On voit alors comment un tel système peut non seulement entraîner un fort sentiment d’injustice (« Pourquoi suis-je mal classée dans une formation pour laquelle je suis motivée ? ») qui va nourrir les formes de contestation « à bas bruit » (la plainte sur les terrasses des cafés ou dans les repas de famille) comme les luttes ouvertes dans la rue, ainsi que nous le montre le mouvement actuel.

L’importance de la demande d’écoute dans les revendications lycéennes nous fournit ainsi une illustration des travaux de Laurent Lardeux et de Vincent Tiberj pour qui les revendications des jeunes sont les « révélateurs des apories de nos démocraties ». Elle nous montre aussi à quel point les apories de la démocratie sont aussi la fondation d’une socialisation politique. Comme dit une pancarte : « Si on ne nous écoute pas, on crie. »

The Conversation

Katharine Throssell a reçu des financements européens pour cette recherche en tant que Marie Sklodowska Curie Fellow.

Annabelle Allouch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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