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Verrières monumentales, décors Art nouveau… Les plus beaux passages couverts de Paris
Avant les grands magasins, Paris avait ses passages couverts. Dès le début du XIXe siècle, ils deviennent des lieux prisés où l’on vient autant faire ses emplettes que flâner ou se montrer. Alors qu’ils furent autrefois nombreux dans la capitale, seule une poignée subsiste. Tour d’horizon !
Au tournant du XIXe siècle, Paris voit apparaître une nouvelle manière de se promener et faire ses emplettes. À l’abri des intempéries, les passages couverts offrent aux passants un espace éclairé, bordé de boutiques et de lieux de divertissement. Leur architecture, reconnaissable à leurs verrières et leurs décors raffinés, accompagne l’essor d’une nouvelle clientèle bourgeoise.
Dans les années 1820, le phénomène prend une ampleur nouvelle. De la galerie Vivienne au passage du Caire, une véritable concurrence s’installe entre ces galeries commerciales, qui voient le jour les unes après les autres. Certaines misent sur le faste de leur décor, d’autres sur leur emplacement ou leurs commerces.
La Galerie Vivienne, l’un des plus emblématiques passages couverts de Paris
© Bertrand Gardel / Hémis
Située entre la BnF Richelieu et le Palais-Royal, elle est l’élégance incarnée ! De style néoclassique pompéien, la galerie Vivienne, construite en 1823 d’après les plans de François-Jacques Delannoy, a été pensée dès le départ pour briller. En témoignent ses colonnes corinthiennes, son sol couvert d’une mosaïque en marbre coloré et son immense verrière qui s’étend sur toute sa longueur (176 mètres !). Copropriété de l’Académie des beaux-arts, le lieu inscrit aux monuments historiques depuis 1974 abrite librairies anciennes, boutiques de mode, salons de thé et restaurants. Comble du raffinement, cet incontournable passage couvert parisien a été jumelé avec les prestigieuses galeries royales Saint-Hubert de Bruxelles en 2019.
Galerie Vivienne
4 rue des Petits‑Champs ; 5‑7 rue de la Banque ; 6 rue Vivienne, 75002 Paris
Plus d’informations sur le site de la galerie Vivienne
La galerie Colbert, inscrite au titre des monuments historiques
© Bertrand Gardel / hémis
C’est la petite sœur de la galerie Vivienne. Lorsqu’elle apparaît quatre ans après, en 1827, à quelques mètres de son aînée, elle lui fait sans conteste concurrence. Conçue par Jean Billaud, la galerie, richement décorée de marbre, de colonnes et de luminaires en formes de globe, doit son nom à l’ancien hôtel Colbert, érigé à cet emplacement en 1634 par Louis Le Vau. La véritable star ici, c’est la rotonde qui dévoile en son centre une statue représentant Eurydice mourante, du sculpteur Charles-François Nanteuil-Leboeuf. Le tout est baigné de lumière grâce à une monumentale coupole de 17 mètres de diamètre, qui a inspiré celle de la Galleria Vittorio Emanuele II à Milan. Siège de nombreuses institutions culturelles, la galerie Colbert abrite, entre autres, l’Institut national d’histoire de l’art et l’Institut national du patrimoine. Pas de place pour le shopping !
Galerie Colbert
1 passage Colbert, 75002 Paris
La Galerie Véro-Dodat est l’un des passages couverts les mieux conservés de Paris
© Bertrand Gardel / hémis
Avec son carrelage noir et blanc, on croirait entrer dans un échiquier géant ! Fondée par deux charcutiers dont elle porte les patronymes, la galerie Véro-Dodat ouvre ses portes en 1826, et connaît un grand succès de fréquentation grâce aux Messageries Laffitte et Gaillard, situées juste en face. Les voyageurs qui attendaient leur diligence en profitaient pour déambuler dans les magasins qu’abritait alors la galerie. Le marchand d’estampes Aubert, éditeur du Charivari et de La Caricature, exposait en vitrines de nombreux caricaturistes comme le célèbre Honoré Daumier. La folle élégance de la galerie Véro-Dodot, de style néoclassique, a même attiré le créateur de mode Christian Louboutin qui y a installé sa boutique historique en 1991, toute de rouge vêtue.
Galerie Véro-Dodat
19 rue Jean-Jacques Rousseau ; 2 rue du Bouloi, 75001 Paris
Le Passage des Panoramas, l’un des premiers passages couverts d’Europe
© Sylvain Sonnet / hémis
1799 : sa date de construction fait de lui le doyen des passages couverts parisiens. Il figure même parmi les premiers d’Europe ! Son nom provient de l’attraction commerciale élaborée par l’ingénieur et peintre Robert Fulton (inventeur du bateau à vapeur) qui prenait la forme de tableaux panoramiques visant à subventionner ses inventions. Par la suite, d’autres panoramas ont été installés, notamment Paris vu du toit des Tuileries de Pierre Prévost, à l’intérieur des deux rotondes qui faisaient 17 mètres de diamètre et 7 mètres de hauteur. Mais pour s’immerger dans l’âge d’or de ce passage historique, rien de mieux que cet extrait de Nana (1880), roman culte d’Émile Zola : « C’était, sous les vitres blanchies de reflets, un violent éclairage, une coulée de clartés, des globes blancs, des lanternes rouges, des transparents bleus, des rampes de gaz, des montres et des éventails géants en traits de flamme, brûlant en l’air ».
Passage des Panoramas
10 rue Saint-Marc ; 11 boulevard Montmartre, 75002 Paris
Le passage du Caire, le plus long passage couvert parisien encore existant
© Sylvain Sonnet / hémis
Autre champion de cette sélection, le passage du Caire détient le record du plus long passage couvert encore existant dans la capitale avec ses 370 mètres. Il est ainsi baptisé en raison de l’Égyptomanie ambiante à l’époque de sa construction, qui coïncide avec la campagne de Napoléon en Égypte (1798–1801). Sa façade, ornée de trois effigies de la déesse Hathor, porte les traces de cet orientalisme patent. Constitué de trois galeries (Saint-Denis, Sainte-Foy et la galerie du Caire), le passage s’était spécialisé dans l’imprimerie et la lithographie à partir des années 1840, puis dans la fabrication de mannequins pour vitrines et, plus généralement, d’équipements professionnels pour les magasins de prêt-à-porter.
Passage du Caire
2 place du Caire ; 16 rue du Caire ; 239 rue Saint-Denis, 75002 Paris
Le passage du Grand Cerf a été réhabilité en 1990
© Soma / Alamy Stock Photo / hémis
Ouvert dès 1825, ce n’est que 20 ans plus tard que le passage du Grand-Cerf, de style néoclassique, acquiert son architecture actuelle. En particulier sa verrière, très haute – culminant à près de 12 mètres – qui donne tout son sens à son nom, hérité de l’hôtel qui se trouvait à cet endroit. Cette caractéristique lui confère une luminosité sans égal, accentuée par les façades intérieures des boutiques vitrées sur deux étages. Laissé à l’abandon pendant plusieurs années, le passage du Grand-Cerf a retrouvé aujourd’hui son éclat avec ses boutiques de créateurs de mode et de décoration. Fait étonnant, il a été surnommé le « Bitcoin Boulevard » en 2016, alors que les commerçants du passage se sont mis à accepter les paiements en bitcoin…
Passage du Grand-Cerf
145 rue Saint-Denis ; 10 rue Dussoubs, 75002 Paris
Le passage des Princes construit en 1860 entre le boulevard des Italiens et la rue de Richelieu
© Sylvain Sonnet / hémis. © Bertrand Rieger / hémis
Ultime passage couvert bâti à Paris au XIXe siècle, il est d’abord baptisé « passage Mirès », du nom de son propriétaire avant que celui-ci ne fasse faillite. Ce dernier-né n’est pas un grand succès puisque les Parisiens commencent déjà à délaisser les passages couverts en 1860. Épuré, le passage des Princes contraste avec l’opulence des galeries historiques, tout en conservant ses caractéristiques, notamment avec sa verrière à double pente. Détruit en 1985, il est entièrement reconstruit dix ans plus tard, en réemployant des éléments du décor original. Après avoir accueilli pendant 20 ans le plus grand magasin de l’enseigne JouéClub, le passage est actuellement fermé au public.
Passage des Princes
5 boulevard des Italiens ; 97 rue de Richelieu, 75002 Paris
Le passage des Deux-Pavillons, situé tout près des jardins du Palais-Royal
© Vincent Damarin / hémis
Minus ! Long de 33 mètres et large de 2 mètres, le passage reliait lors de sa création en 1820, comme son nom l’indique, deux pavillons. Malgré sa taille réduite, il fut l’objet de convoitises et d’un bras de fer commercial entre les propriétaires des grandes galeries Vivienne et Colbert, du fait de sa localisation particulière, permettant de relier les jardins du Palais-Royal à la rue des Petits-Champs. C’est le premier qui gagna la bataille, et l’inscrivit dans le décor du passage des Deux-Pavillons à travers une frise en plâtre représentant des victoires. Petit par sa taille, mais grand par sa valeur.
Passage des Deux-Pavillons
5 rue des Petits-Champs ; 6 rue de Beaujolais, 75001 Paris
La galerie de la Madeleine, terminée en 1845 et inaugurée en 1846, après l’agrandissement de la place de la Madeleine
© Sylvain Sonnet / hémis
À quelques pas de l’église de la Madeleine, la galerie du même nom, conçue par Théodore Charpentier, est ouverte en 1846. D’un côté, deux cariatides accueillent les visiteurs, de l’autre, c’est une façade en bois sculpté. À l’intérieur, sa structure détonne au regard des autres passages couverts de la capitale, avec ses verrières divisées en panneaux, appuyés sur d’élégants arcs-boutants. Peu lumineuse, la galerie s’avère austère au premier regard, mais un regard attentif laisse apercevoir toute sa richesse, et en particulier des éléments de décor Art nouveau.
Galerie de la Madeleine
9 place de la Madeleine ; 30 rue Boissy d’Anglas, 75008 Paris
30.09.2026 à 20:00
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