LePartisan.info

REVUES

Lien du flux RSS
REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

29.09.2026 à 14:03

Il faut bien calmer la colère des dieux !

Mohamed Lotfi

Qu'arrivera-t-il à ce livre ? Quelle machine dira son dernier mot ? Pour ma part, je refuse d'ouvrir une enquête devant une belle phrase dont le génie ne fait aucun doute, d'en chercher le véritable auteur pour décider ensuite si j'ai le droit de m'en émouvoir.

Il faut bien calmer la colère des dieux. C'est une vieille habitude. Les dieux ont toujours eu faim, et les hommes ont toujours su leur trouver à manger. À Aulis, on sacrifiait une fille pour faire lever le vent. À Tenochtitlan, on inondait un temple de sang pour nourrir le soleil. Dans les deux cas, le rite servait quelque chose de concret. Il débloquait une flotte, il garantissait une saison.

Puis vint un anthropologue, René Girard, qui perça ce mécanisme à jour. Dans La Violence et le Sacré, et dans Le Bouc émissaire, il proposa une thèse dérangeante. Les sociétés archaïques, rongées par des tensions internes qu'elles ne savent pas nommer, trouvent dans le meurtre collectif d'une victime un exutoire. La foule choisit cette victime presque au hasard, souvent un marginal, un étranger, quelqu'un qui se distingue trop ou pas assez. Elle l'accuse de tous les maux, puis la sanctifie une fois morte. La paix revient, la communauté croit avoir apaisé les dieux, et le meurtre se répète, se ritualise, devient sacrifice. Pour René Girard, le mythe et la religion naissent de ce mensonge fondateur, celui d'une foule qui ignore avoir tué un innocent et qui rebaptise son crime en geste sacré. Aujourd'hui, le sacrifice a changé de forme, jamais vraiment de fonction.

Nul besoin pourtant de remonter aux pyramides aztèques ou aux plaines d'Aulis. Au Moyen-Orient, en ce moment même, des vies humaines s'éteignent pour assouvir des appétits que rien ne rassasie, ni la vengeance, ni l'idéologie, ni la soif de pouvoir. On appelle cela un conflit, une guerre, un dommage collatéral, Naza. Les mots changent, le sang ne change pas de couleur. Et nous regardons cela depuis nos salons, avec la même distance polie que les Européens du seizième siècle lisant les récits des conquistadors décrivant les sacrifices aztèques. Le sacrifice n'a pas disparu. Il s'est simplement fait discret, télévisé, découpé en segments de deux minutes entre deux publicités.

C'est dans ce monde-là, encore capable du pire sans sourciller, mais exigeant la pureté, qu'une tempête d'une tout autre échelle s'est levée cette semaine. Une tempête de salon, sans un mort, sans un blessé. Mais une tempête qui, à sa façon dérisoire, obéit exactement au même mécanisme. Il ne s'agit plus de calmer des dieux de sang. Il s'agit d'apaiser des dieux de papier, ceux de la littérature, de l'authenticité, de la vertu numérique. Voici l'affaire Orélien.

Un roman s'appelle C'était ça ou mourir. Son héros va d'Haïti au Canada. Son auteur aussi. Le livre connaît un succès rapide, 35 000 copies vendues en deux semaines, un prix, une place pressentie parmi les grands. Des droits vendus dans une vingtaine de pays avant même la parution. Il fallait bien que ça se paie.

Un lundi, jour de la remise du prix, l'affaire éclate en ligne. Un compte anonyme, un logiciel de détection, un verdict statistique. Le roman serait presque entièrement écrit par une IA.

Le compte s'appelle « Balance ton Claude ». Le détecteur parle, le score tombe, très élevé. Son propre fabricant prévient pourtant qu'il ne doit pas servir d'arbitre final. Le verdict se veut sans appel, mais son auteur, justement, demande qu'on fasse appel.

Un observateur note le comble. On redoutait que l'IA nous détruise avant la fin de la décennie. La voilà chargée de dire qui est écrivain. On lui prêtait un pouvoir de destruction, elle obtient celui de décerner les titres.

Puis les ennuis se cumulent. De petits extraits d'anciens textes de l'auteur, publiés avant la vague des IA génératives, ressemblent à des emprunts à d'autres plumes. Cette accusation-là est d'une autre nature. Elle se vérifie, elle. Un salon du livre annule sa participation. Le bouc part en exil, un peu comme Œdipe.

L'auteur dit ne pas voir pourquoi il ferait appel à une machine. Il dénonce une volonté de le faire taire. Sa maison d'édition française évoque une campagne de haine. Boréal, l'éditeur québécois, choisit une autre voie, celle du silence prudent, puis du retrait. On protège d'abord le catalogue, l'auteur viendra ensuite, s'il en reste quelque chose.

L'auteur de La Violence et le Sacré aurait une explication toute prête. La victime est un marginal. L'auteur est étranger au milieu qui l'acclamait, porté par un succès trop rapide. On engraisse, on immole. Rien de neuf sous le soleil aztèque.

Le sacrifice aime les jours de fête. Le prix, la rentrée, les grandes listes, le temple est plein ce jour-là. Il lui faut aussi une crise. Celle-ci est là, une angoisse collective devant l'IA, sans rite pour la conjurer.

Et ce n'est peut-être qu'un début. Le livre serait la première cible littéraire de ce type de compte. Un premier sacrifice n'est jamais le dernier. Il fonde une pratique.

Les prête-plumes existent depuis toujours. Ce qui compte, dit-on, c'est la responsabilité de l'auteur, pas la main qui tient l'outil. La littérature vit d'éditeurs qui récrivent, de relecteurs qui polissent. Personne ne leur impose de test. La machine, elle, incarne le mal qu'on préfère ne pas voir chez soi. Dans la Grèce antique, le pharmakos était une personne, souvent un marginal déjà entretenu par la cité à cette fin, qu'on chassait ou qu'on mettait à mort lors des crises collectives, famine, peste, invasion. On le chargeait symboliquement de tous les maux de la ville, puis on l'expulsait, comme si la faute de tous pouvait ainsi sortir de la communauté avec lui. C'est cette figure que René Girard reprend pour décrire le bouc émissaire, une victime chargée de tous les péchés, sacrifiée pour que la communauté croie s'être purifiée. La machine, aujourd'hui, joue ce rôle. Comme le pharmakos, elle absorbe la faute de tous.

René Girard ne dit pas que les victimes sont innocentes. Il dit que la foule agit avant les preuves. En justice, la preuve précède la sentence. Dans le rite du sacrifice, c'est l'unanimité qui précède tout.

Girard ajoute un dernier détail, peut-être le plus important. Le mécanisme ne fonctionne que dans la méconnaissance. Il faut que la foule ignore ce qu'elle fait, qu'elle croie sincèrement punir une coupable plutôt qu'assouvir une tension qui la dépasse. Nommé, décrit, mis en mots, le rite s'affaiblit aussitôt. C'est toute la force, et toute la limite, de la théorie girardienne. Elle ne peut plus opérer pleinement une fois qu'on la connaît. Nous vivons peut-être la première époque qui sait comment fonctionne le sacrifice tout en continuant, presque malgré elle, à le pratiquer. Cette exigence de pureté, c'est elle qui désigne la victime. Il suffit d'un signe, un seul, pour devenir suspect. Un texte trop lisse, un succès trop rapide, une phrase qui sonne différemment, et la foule y voit une tache, puis une faute, puis une preuve. La pureté qu'on exige n'a jamais existé chez personne, mais on l'exige quand même, et on punit ceux chez qui son absence se voit le plus. Se demander pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Précisément à la remise d'un prix, précisément au sommet d'un succès, pourquoi pas un autre livre, un autre auteur, parmi tant d'autres qui pourraient tout autant être suspectés, ces questions, en apparence anodines, sont déjà un commencement de résistance. Poser la question du bouc émissaire, c'est déjà commencer à désarmer le rite.

Les dieux, au fond, n'ont sans doute jamais rien demandé. Ce sont toujours les hommes qui parlent en leur nom, qui décident de ce qui les apaise et de qui doit payer pour cela. Le mécanisme du sacrifice n'a pas changé, seuls les autels ont changé de forme.

Qu'arrivera-t-il à ce livre ? Quelle machine dira son dernier mot ? Pour ma part, je refuse d'ouvrir une enquête devant une belle phrase dont le génie ne fait aucun doute, d'en chercher le véritable auteur pour décider ensuite si j'ai le droit de m'en émouvoir.

Je vais acheter « C'était ça ou mourir » et je le lirai avec un grand intérêt, sans attendre le verdict d'un détecteur ni celui d'une foule. Pour moi, c'est le livre qui compte, ce qu'il raconte, comment il le raconte, ce qu'il me fait ressentir. Le reste, l'emballement, les scores, les comptes anonymes, les rétractations prudentes, n'est qu'un rite de sacrifice humain de plus, à peine déguisé sous des habits modernes. C'est un rite auquel je refuse de participer. Cette chasse aux sorcières ne se fera pas avec moi.

*****

Tuer un livre sans jamais l'ouvrir au nom de la vertu, de la pureté, ce n'est pas mon genre. Apparemment, je ne suis pas le seul. Je viens de quitter ma librairie de quartier. Le livre est en réimpression. Le livre a beau soulevé la controverse, il n'est pas moins en demande, au grand bonheur de ses éditeurs. Ma copie m'attendait patiemment.

Si je me réfère à une centaine de publications sur les réseaux, la majorité des gens semblent s'arrêter, au fond, sur la qualité propre du livre « C'était ça ou mourir". Plusieurs, comme moi, l'ont acheté après les prétendues révélations. Certains professeurs l'ont mis au programme. D'autres ont acheté plusieurs copies pour en faire cadeau. Le vrai sujet, n'est-il pas là. Non pas l'auteur, non pas les enquêteurs, mais ce succès qui persiste malgré les révélations, malgré les polémiques. Un livre qui continue de se vendre, de se lire, de se transmettre après qu'on eut voulu le couler.

Pourquoi lui, et pourquoi maintenant. Je ne suis pas dans le déni, je ne nie pas qu'il existe des similitudes, des petits d'extraits de textes anciens qui ressemblent à d'autres petits extraits de textes anciens. Mais je refuse d'accorder à ces enquêtes, aussi sérieuses se prétendent-elles, l'autorité qu'on voudrait leur prêter.

La Presse n'a pas enquêté sur tous les livres, ni sur toutes les bibliothèques, ni sur les milliers de textes d'opinion publiés depuis vingt ans, corrigés, réécrits, repris par des relecteurs et des éditeurs dont le métier est justement de reformuler, de polir, de faire ressembler une phrase à une autre phrase mieux tournée. La Presse n'a pas non plus tenu compte de ce que d'autres domaines créatifs admettent depuis longtemps, en musique par exemple, où l'on parle de sample, d'emprunt, de citation, d'hommage, sans qu'on y voie chaque fois un vol. Une œuvre littéraire n'est jamais l'émanation pure et solitaire d'un seul cerveau, elle passe par des mains, par des corrections, par des influences qu'on ne cite pas toujours parce qu'on ne les reconnaît pas soi-même. L'impossibilité d'enquêter sur tous rend difficile, pour moi en tout cas, d'accepter le jugement porté sur un seul.
Je ne suis pas le seul à poser la question. Est-ce que le sujet dérange ? Est-ce que la migration, comme thème, comme humanité qu'on refuse de voir passer les frontières, dérange davantage qu'on ne le dit ? Est-ce que le succès d'un tel livre allait provoquer une prise de conscience sur un enjeu trop grand, trop réel, trop dérangeant pour qu'on le laisse prospérer sans le fragiliser d'une manière ou d'une autre ? Je ne prétends pas avoir la réponse. Mais je note la coïncidence, et une coïncidence répétée cesse d'en être une.

Quelqu'un avait-il intérêt à étouffer le message en tuant le messager ? Comme un morceau de viande jeté par terre, des vautours, qui se prétendent chiens de garde, se sont jetés dessus. Si on accuse le narrateur de plagiat, qui s'interrogera sur l'empressement de certains médias à s'emparer de l'affaire ? Le journalisme aussi à ses impératifs, et une bonne controverse se vend mieux qu'une nuance.
J'espère qu'Orélien écrira d'autres livres. J'espère que des éditeurs auront le courage de le publier encore et encore. Dans ces temps glauques, un peu de littérature et un peu de génie, ce n'est pas de refus. Peut-être que le livre porte quelque chose de plus grand que son auteur, que les idéologies, et que tous ses enquêteurs réunis, quelque chose qui leur survivra, à eux comme à la polémique elle-même.

Ironiquement, le livre commence avec cette phrase dite par son narrateur « Ce jour-là, j'ai ri.. ». Rions de nos dérisoires dérisions. Rions de ces renversements où celui qui accuse finit par ressembler à celui qu'il accusait. Rions surtout de nous-mêmes, nous qui avons failli, un instant, préférer l'indignation sélective à la lecture.
Le livre, lui, ne rit pas. On attend patiemment son retour sur les tables des librairies, réimprimé, discret, sans besoin qu'on le défende puisqu'il se défend seul. La vraie réplique à donner à ceux qui voudraient l'étouffer, ne serait pas celle-là ? Et des lecteurs qui reviennent, qui achètent une seconde copie, qui glissent le livre entre les mains d'un ami.

Nous n'avons, au fond, que deux choix. Tomber dans le panneau des vertueux, ou le lire.

Mohamed Lotfi
25- 26 septembre 2026

C'était ça ou le lire !
(Deuxième et dernière partie)

On appelait Omar Ibn al-Khattab Al Farouk, celui qui sépare, parce qu'il avait pour ambition, en tant que deuxième calife de l'islam, de distinguer le bien du mal. Omar est considéré comme le fondateur d'un système de justice rigoureux. Il était exigeant, et reconnu pour sa droiture. Un jour, deux personnes se sont présentées devant lui pour rapporter une infraction commise par un homme et une femme. Le crime était l'adultère, les deux témoins les avaient surpris en pleine action, et ils avaient couru aussitôt rapporter le péché à Omar. Ce dernier n'a pas convoqué les deux fautifs, alors même qu'il tenait entre les mains un témoignage suffisant pour procéder à leur punition en public. Non, Omar a choisi une autre justice. Il a puni les rapporteurs eux-mêmes, en leur disant qu'ils n'avaient rien à faire à colporter les défauts des autres. Il a jugé que rapporter les écarts de conduite d'autrui est plus grave que l'écart lui-même. Il n'a même pas cherché à savoir qui étaient les coupables.

Cette anecdote, transmise depuis des siècles comme un exemple de sagesse dans la tradition islamique, me rappelle étrangement ce qui arrive à Orélien.

Une machine a soupçonné une possible intervention de l'intelligence artificielle dans son dernier livre « C'était ça ou mourir ». Mais le verdict de ces machines n'est jamais sûr. On a vu des détecteurs de ce genre classer des extraits de la Bible, ou même de la Constitution américaine, comme des produits de l'IA. Des textes vieux de siècles, jugés par un algorithme incapable de faire la différence entre un style ancien et une génération automatique. Pour certains médias, comme La Presse, il fallait pourtant appuyer les accusations d'utilisation de l'IA sur autre chose de plus solide. On a donc investigué le passé de l'auteur, fouillé loin, jusqu'à retrouver d'anciens extraits de textes datant de 2012, plagiés par le même auteur alors qu'il n'était encore personne.

Cette démarche, en elle-même, est troublante. Elle rappelle le procédé qu'utilisent certaines dictatures pour faire taire leurs opposants. Il existe aujourd'hui des opposants détenus dans des prisons pour des accusations qui n'ont rien à voir avec leurs idées. Il suffit à la police de fouiller le passé de la personne visée pour y trouver un écart, une vieille photo compromettante, une déclaration maladroite, une fréquentation embarrassante, une négligence d'autrefois. Et on en trouve toujours. Personne n'est parfait.

Je ne suis pas en train de dire que le plagiat est une chose à tolérer. Ce que je dis, c'est qu'il existe une différence entre chercher la vérité et chercher un coupable. Dans cette affaire, certains cherchaient plus l'un que l'autre. Et le succès public inattendu d'un auteur n'est-il pas la meilleure occasion pour procéder à trouver le coupable ? On les reconnaît à leur empressement, à cette petite jubilation mal dissimulée derrière le vocabulaire prudent du journalisme d'enquête. Fouiller le passé de quelqu'un pendant des semaines, remonter jusqu'en 2012, jusqu'à des textes que l'auteur lui-même avait probablement oubliés, ce n'est plus vraiment de l'information, c'est un désir de punition mal dissimulé. Sinon, au risque de me répéter, pourquoi lui plus les autres ? Pourquoi maintenant ? Par cette enquête, on ne cherche pas à comprendre, on cherche à confondre. Et quand on trouve enfin la faute, on dit qu'on a eu raison d'avoir des soupçons.

La Presse, en particulier, semblait rejouer un procès déjà connu, celui de François Bugingo, dix ans plus tôt. Le parallèle n'est pas parfait, Bugingo avait fini par admettre lui-même avoir inventé des reportages entiers, ce qui n'a rien à voir avec des similitudes textuelles dans de vieux articles d'opinion. Mais l'appétit, lui, ressemble étrangement. Le même journal, la même formule, l'enquête minutieuse, le récit du mensonge dévoilé, la chute publique méticuleusement racontée. On sent, dans la manière de raconter, un commerce qui dépasse largement le devoir d'informer. Le spectacle de voir tomber quelqu'un qu'on avait, quelques mois plus tôt, couvert d'éloges.

Informer n'est pas neutre, n'est pas innocent. Informer est un commerce comme un autre. On répond à une demande par une offre, et la demande, en ce moment, c'est la chute des idoles. Oui, le scandale se vend mieux que la nuance, et il faudrait être naïf pour croire qu'aucun rédacteur en chef ne le sait pas. Ça sent la chasse aux sorcières, et une chasse aux sorcières.

Ce n'est pas seulement la faute des médias enquêteurs-accusateurs. Ils sont à l'image de notre époque, une époque marquée par l'exigence de pureté, de sécurité, de vertu. Une exigence sélective cependant, le choix de la proie n'est jamais neutre, il correspond toujours à un profil bien précis. Ces médias ont cru qu'avec des preuves de plagiat exhumées du passé, le public allait condamner l'accusé et porter le coup de grâce qui l'effacerait de la place publique. Mais il arrive que le public soit moins naïf qu'on le croit. Moins imbécile que ceux qui le prennent pour tel.

Et d'autre part, le dernier livre d'Orélien, que je suis en train de lire, se révèle une œuvre assez forte en elle-même pour ne pas avoir besoin de se défendre (lire l'extrait ci-bas).

Louis-Ferdinand Céline a manqué de peu le prix Goncourt en 1932 avec son œuvre magistrale, Voyage au bout de la nuit, préféré au dernier tour par le jury à un roman aujourd'hui presque oublié, Les Loups de Guy Mazeline. Céline a obtenu, en compensation, le prix Renaudot. Cela n'a jamais empêché le succès planétaire de cette œuvre, ni sa place parmi les plus grands romans du vingtième siècle. Même les zones sombres et les positions détestables de Céline lui-même, largement documentées par la suite, n'ont jamais effacé sa réputation d'auteur révolutionnaire pour la littérature française. Si le Goncourt ne retient pas l'œuvre d'Orélien, tant pis pour le Goncourt. Il aura manqué l'occasion d'être honoré par une grande œuvre.

Omar n'a pas voulu juger les deux fauteurs. Il a voulu, par ce refus, envoyer un message plus grand que leur faute, celui de ne pas prendre plaisir à punir l'autre pour se donner à soi-même une image de vertu. Personne n'est parfait. S'il faut fouiller dans la vie de chacun pour y trouver une faute, qui donc échappera au jugement.

Le calife avait compris, il y a quatorze siècles, ce que nos tribunaux médiatiques semblent avoir oublié aujourd'hui, que celui qui rapporte la faute des autres devrait d'abord répondre de la sienne.
C'était donc ça, au fond, ou les lire.

Mohamed Lotfi
27 Septembre 2026.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre


Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

29.09.2026 à 14:03

La nuit de la méduse

Mustapha Saha

Quand surgit barbarie d'infernale tanière
Quand sévissent sabreurs dans prospère savane
Quand saigne jeunesse sous funeste bannière
Quand sautent sous bombes paisibles caravanes

Quand sonne trompette de l'abject Lucifer
Quand brûlent sépulcre mausolée cénotaphe
Quand s'embrase tombeau sous flammes de l'enfer
Quand s'efface à jamais l'intangible épitaphe

Quand paradent corbeaux dans rouge crépuscule
Quand s'écroule splendeur dans sableuse bétoire
Quand retombe mémoire en sombres particules
Quand s'obscurcit soleil quand s'éclipse l'histoire

Quand saborde folie l'ancestrale culture
Quand broie dynamite statuaire stellaire
Quand macule poignard l'intouchable écriture
Quand saccage ignorance archives séculaires

Quand dérivent sur flots damnés du purgatoire
Quand dénie tragédie tarasques tutélaires
Quand s'emmurent nantis dans la ruse oratoire
Quand récuse Europe son devoir asilaire

Quand traque la Parque la traversée maudite
Quand dégorge la mer les migrants sans recours
Quand gît l'innocence sur la plage interdite
Que valent faux serments que valent beaux discours

© Mustapha Saha

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre


Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

29.09.2026 à 14:02

Où est Alexandre Boulerice ?

Marie-Ève Mathieu

En février dernier, après avoir bousculé pour la Xème fois les membres du parti de Québec solidaire en faisant un Conseil national entier pour reculer sur des principes que nous avions adoptés moins d'un an plus tôt, on nous avait promis une candidature solide et qui ferait une différence pour la campagne électorale. Les féministes s'étaient fait enfoncer dans la gorge que l'on devait absolument passer par-dessus le principe de parité. En plus, il fallait en faire un acte de foi : c'était un homme mystère.

Depuis, nous avons appris que ce serait le député fédéral du NPD, monsieur Boulerice. L'avez-vous vu sur toutes les tribunes ? Il a été plutôt discret. Certains diront que ç'aurait été indélicat, vu qu'il n'est pas le porte-parole officiel masculin. Cela amène une autre question ? Où est notre porte-parole masculin, monsieur Zanetti ? Il se fait rare ces temps-ci. Donc, nous avons cédé sur notre principe de parité et nous renonçons à notre représentation
bicéphale, qui était une particularité bien solidaire. Pour quels gains politiques exactement ? Y aurait-il une vague orange qui est passée, mais que je n'ai pas vue ?

Au contraire, aurait-on simplement utilisé la démocratie du parti pour faire une faveur à un chum ? On aurait pavé la voie pour qu'un député avec un job steady au fédéral puisse faire le saut vers un job steady au provincial. Ce qui nous amène exactement au niveau des péquistes ou des caquistes qui veulent parfois favoriser la traversée de chambre de certains collègues députés. Il est vrai que cette tactique peut ne durer que 48 heures parfois, comme avec monsieur Marissal entré au PQ et ressorti aussi vite.

Je vais me permettre un parallèle curieux. Je suis professeure de littérature et, cette semaine, les colonnes du temple littéraire ont été salement secouées. Un nominé au Goncourt a été accusé d'avoir utilisé l'IA et cela a été repéré grâce à une autre IA. Si on perd confiance dans la production littéraire pour qu'elle soit créée par des humains pour des humains, que reste-t-il du champ littéraire ? Un champ de ruines. Voilà ce qui reste. Pour participer au champ littéraire, il faut avoir une foi minimale en l'existence de champ et en sa valeur. C'est ce qu'enseignait un grand sociologue du nom de Pierre Bourdieu.

Pour agir dans un domaine, il faut y croire. Les difficultés de financement, de mobilisation et d'un message d'espoir chez les solidaires réside-t-il dans une perte de foi envers le parti ? On dit que Ruba fait une bonne campagne qui va permettre de sauver les meubles.

Pas exactement inspirant. Nous sommes remontés à 13% dans les intentions de vote. Cela pourrait se traduire entre 2 et 9 sièges si on en croit les projections de Québec 125. Les deux seuls comtés que l'on considère « solides » sont Gouin, d'abord, et Mercier en second. Boulerice, maintenant qu'on lui a confié notre meilleur château fort, va avoir un sérieux travail à faire pour redonner l'espoir à la gauche.


Voir en ligne : Presse-toi à gauche !

⬅️ 57 / 101 ➡️

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
✝ Période
 
  ARTS
Actualitté
Autre Quotidien (L')
Beaux Arts
Collateral
Recours au poème
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Libre à lire (April)
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview