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23.06.2026 à 22:00

La DGSE, une institution en voie de normalisation ?

Deux représentations contradictoires de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) coexistent aujourd’hui dans le grand public. D’un côté, la célèbre série Le Bureau des légendes , portée notamment par un acteur de premier plan, Mathieu Kassovitz, a participé à populariser l’institution. De l’autre, la DGSE reste associée à une succession de scandales, du sabotage en 1985 du Rainbow Warrior (un navire de l’association écologiste Greenpeace qui milite à cette époque contre les essais nucléaires français) en Nouvelle-Zélande qui fait deux morts, à la condamnation de son ancien directeur général Bernard Bajolet pour complicité de tentative d’extorsion en janvier 2026. Damien Van Puyvelde s’attache dans cet ouvrage à retracer l’histoire de la DGSE de ses origines pendant la Seconde Guerre mondiale (même si d’autres instances de renseignement militaires sont créées auparavant) à nos jours.   Un service de premier plan en France Compétente à l’extérieur du territoire national, la DGSE est aujourd’hui le service de renseignement français le plus connu et le plus important. Elle comprend ainsi environ 7 800 agents et son budget s’élève à plus d’un milliard d’euros (en incluant toutefois les coûts exceptionnels liés à la construction de son nouveau siège). À titre de comparaison, son homologue chargée de la sécurité intérieure (la DGSI) dispose d’un budget cinq fois moins important. En revanche, ses moyens restent inférieurs à ceux de ses équivalents états-unien mais aussi britannique ou allemand, même si les comparaisons sont parfois rendues difficiles par la nature classifiée de ces données et surtout par les périmètres des différentes agences qui ne se recoupent pas exactement. La grande spécificité de la DGSE vis-à-vis des autres services de renseignement français, voire étrangers, réside dans sa nature « intégrée ». Concrètement, cela signifie que la DGSE dispose tout d’abord de l’ensemble des techniques de renseignement, dont les « sources » humaines, l’espionnage des télécommunications, les satellites, mais aussi de moyens d’action clandestine : elle est officiellement habilitée à mener « toute action » confiée par le gouvernement 1 . Cela peut se traduire par des opérations d’influence, du sabotage voire des assassinats ciblés sous l’égide de son bras paramilitaire, le service Action. La DGSE constitue ainsi d’après Damien Van Puyvelde un outil complémentaire à la diplomatie et aux forces armées, spéciales ou non, pour les autorités françaises : ces dernières peuvent engager des opérations qui sont considérées comme nécessaires pour défendre les intérêts du pays mais par ailleurs illégales ou hostiles envers d’autres États. Leur caractère clandestin permet à l’État français de nier en cas de besoin son implication - le « déni plausible » -, sauf en cas d’échec majeur, comme dans le cas du Rainbow Warrior où les autorités néo-zélandaises établissent très rapidement la responsabilité de la DGSE. L’action clandestine est d’après l’auteur au cœur de la culture de l’institution : la DGSE valorise beaucoup plus le terrain que l’analyse stratégique.   Une organisation aujourd’hui moins isolée de la fonction publique Depuis sa création formelle en 1982, en remplacement du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), la DGSE a connu un certain nombre de réformes organisationnelles, dont les deux plus importantes sous les directions de Claude Silberzahn au début des années 1990 et Bernard Émié au début des années 2020. Sans rentrer ici dans les détails de son organigramme ou dans l’action de ses directeurs successifs, explicités par Damien Van Puyvelde, on peut souligner quelques transformations de fond de la DGSE. Le chercheur souligne ainsi la relative démilitarisation de l’institution : les civils sont aujourd’hui très majoritaires, environ 75 % des effectifs, et les directeurs généraux sont depuis 1989 tous des préfets ou des diplomates, à l’exception d’un court intérim en 2017. Par ailleurs, même si la DGSE est formellement sous la tutelle du ministre des Armées, elle s’est en réalité rapproché des plus hautes instances politiques de l’État, dont le président de la République, auxquelles elle répond. L’évolution de la fréquence des rencontres entre le directeur général et le président de la République en atteste : d’une fois tous les deux ou trois mois en moyenne entre Pierre Lacoste et François Mitterrand à une rencontre hebdomadaire entre Bernard Émié et Emmanuel Macron. D’après Damien Van Puyvelde, le renseignement n’est plus considéré par les autorités comme une action un peu honteuse mais comme une véritable politique publique. La DGSE s’est également rapprochée du reste de la « communauté du renseignement » (expression qui désigne toutes les organisations chargées du renseignement comme la DGSE, la DGSI, la Direction du renseignement militaire, etc.) et de la haute fonction publique dans son ensemble. En parallèle de ces transformations organisationnelles, les priorités de la DGSE ont également évolué en fonction du contexte international. Si les zones prioritaires de l’institution semblent rester globalement les mêmes, au premier chef l’Afrique et le Moyen-Orient, la menace terroriste, et dans une moindre mesure les prises d’otage, est par exemple passée largement au premier plan depuis les années 2000. Les informations apportées dans l’ouvrage sont toutefois plus parcellaires à ce sujet et ne permettent pas complètement de mesurer d’éventuelles bascules, par exemple vers l’Indo-Pacifique ou la Russie.   Communication ou transparence ? Dès le milieu des années 1980, de premières formes d’ouverture vers l’extérieur de la DGSE peuvent être observées. Elles demeurent toutefois restreintes à une poignée d’individus précisément ciblés, comme des parlementaires ou des journalistes. Ces efforts de communication restent globalement limités jusqu’aux années 2010 : un chargé de communication est alors nommé (2011), des relations plus étroites avec le monde universitaire sont nouées (2017) et des productions à destination du grand public sont réalisées avec le concours plus ou moins étroit de l’institution 2 . Ces productions audiovisuelles contribuent à incarner l’institution aux yeux du grand public, par l’usage de plans extérieurs des bâtiments, ou par les témoignages d’agents en fonction dans le documentaire et peuvent donner l’impression de mieux comprendre l’institution. Pour autant, il ne faudrait pas y voir une représentation exacte et fidèle de la DGSE : la chercheuse Pauline Blisthène, citée par Damien Van Puyvelde, parle ainsi d’un « simulacre de transparence ». Il s’agit plutôt d’un effort de communication qui doit contribuer à donner une bonne image du service (auquel contribue également la filiation très appuyée avec la France libre) voire faciliter le recrutement de nouveaux talents.   En définitive, cet ouvrage d’une grande clarté constitue une synthèse parfaitement accessible au grand public. Les spécialistes des questions de renseignement ou ceux en recherche d’analyses plus poussées risquent peut-être en revanche de rester sur leur faim. Au-delà des difficultés à enquêter sur un objet aussi opaque qu’un service de renseignement, la construction assez peu problématisée du livre et certaines formulations très descriptives des titres s’expliquent par le projet éditorial. En effet, la publication s’intègre originellement dans une collection plus large, baptisée « Concise Histories of Intelligence », qui vise à comparer différents services de renseignement, occidentaux ou non, en adoptant la même construction pour chacun des livres de la série. Les anglophones pourront s’y référer et tirer plus ample profit du projet comparatiste. Notes : 1 - Code de la Défense, cité p. 58 2 - Des cinq saisons du Bureau des légendes en 2015-2020 au documentaire DGSE : la fabrique des agents secrets en 2024

Texte intégral (1408 mots)

Deux représentations contradictoires de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) coexistent aujourd’hui dans le grand public. D’un côté, la célèbre série Le Bureau des légendes, portée notamment par un acteur de premier plan, Mathieu Kassovitz, a participé à populariser l’institution. De l’autre, la DGSE reste associée à une succession de scandales, du sabotage en 1985 du Rainbow Warrior (un navire de l’association écologiste Greenpeace qui milite à cette époque contre les essais nucléaires français) en Nouvelle-Zélande qui fait deux morts, à la condamnation de son ancien directeur général Bernard Bajolet pour complicité de tentative d’extorsion en janvier 2026.

Damien Van Puyvelde s’attache dans cet ouvrage à retracer l’histoire de la DGSE de ses origines pendant la Seconde Guerre mondiale (même si d’autres instances de renseignement militaires sont créées auparavant) à nos jours.

 

Un service de premier plan en France

Compétente à l’extérieur du territoire national, la DGSE est aujourd’hui le service de renseignement français le plus connu et le plus important. Elle comprend ainsi environ 7 800 agents et son budget s’élève à plus d’un milliard d’euros (en incluant toutefois les coûts exceptionnels liés à la construction de son nouveau siège). À titre de comparaison, son homologue chargée de la sécurité intérieure (la DGSI) dispose d’un budget cinq fois moins important. En revanche, ses moyens restent inférieurs à ceux de ses équivalents états-unien mais aussi britannique ou allemand, même si les comparaisons sont parfois rendues difficiles par la nature classifiée de ces données et surtout par les périmètres des différentes agences qui ne se recoupent pas exactement.

La grande spécificité de la DGSE vis-à-vis des autres services de renseignement français, voire étrangers, réside dans sa nature « intégrée ». Concrètement, cela signifie que la DGSE dispose tout d’abord de l’ensemble des techniques de renseignement, dont les « sources » humaines, l’espionnage des télécommunications, les satellites, mais aussi de moyens d’action clandestine : elle est officiellement habilitée à mener « toute action » confiée par le gouvernement1. Cela peut se traduire par des opérations d’influence, du sabotage voire des assassinats ciblés sous l’égide de son bras paramilitaire, le service Action. La DGSE constitue ainsi d’après Damien Van Puyvelde un outil complémentaire à la diplomatie et aux forces armées, spéciales ou non, pour les autorités françaises : ces dernières peuvent engager des opérations qui sont considérées comme nécessaires pour défendre les intérêts du pays mais par ailleurs illégales ou hostiles envers d’autres États. Leur caractère clandestin permet à l’État français de nier en cas de besoin son implication - le « déni plausible » -, sauf en cas d’échec majeur, comme dans le cas du Rainbow Warrior où les autorités néo-zélandaises établissent très rapidement la responsabilité de la DGSE. L’action clandestine est d’après l’auteur au cœur de la culture de l’institution : la DGSE valorise beaucoup plus le terrain que l’analyse stratégique.

 

Une organisation aujourd’hui moins isolée de la fonction publique

Depuis sa création formelle en 1982, en remplacement du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), la DGSE a connu un certain nombre de réformes organisationnelles, dont les deux plus importantes sous les directions de Claude Silberzahn au début des années 1990 et Bernard Émié au début des années 2020. Sans rentrer ici dans les détails de son organigramme ou dans l’action de ses directeurs successifs, explicités par Damien Van Puyvelde, on peut souligner quelques transformations de fond de la DGSE. Le chercheur souligne ainsi la relative démilitarisation de l’institution : les civils sont aujourd’hui très majoritaires, environ 75 % des effectifs, et les directeurs généraux sont depuis 1989 tous des préfets ou des diplomates, à l’exception d’un court intérim en 2017. Par ailleurs, même si la DGSE est formellement sous la tutelle du ministre des Armées, elle s’est en réalité rapproché des plus hautes instances politiques de l’État, dont le président de la République, auxquelles elle répond. L’évolution de la fréquence des rencontres entre le directeur général et le président de la République en atteste : d’une fois tous les deux ou trois mois en moyenne entre Pierre Lacoste et François Mitterrand à une rencontre hebdomadaire entre Bernard Émié et Emmanuel Macron. D’après Damien Van Puyvelde, le renseignement n’est plus considéré par les autorités comme une action un peu honteuse mais comme une véritable politique publique. La DGSE s’est également rapprochée du reste de la « communauté du renseignement » (expression qui désigne toutes les organisations chargées du renseignement comme la DGSE, la DGSI, la Direction du renseignement militaire, etc.) et de la haute fonction publique dans son ensemble.

En parallèle de ces transformations organisationnelles, les priorités de la DGSE ont également évolué en fonction du contexte international. Si les zones prioritaires de l’institution semblent rester globalement les mêmes, au premier chef l’Afrique et le Moyen-Orient, la menace terroriste, et dans une moindre mesure les prises d’otage, est par exemple passée largement au premier plan depuis les années 2000. Les informations apportées dans l’ouvrage sont toutefois plus parcellaires à ce sujet et ne permettent pas complètement de mesurer d’éventuelles bascules, par exemple vers l’Indo-Pacifique ou la Russie.

 

Communication ou transparence ?

Dès le milieu des années 1980, de premières formes d’ouverture vers l’extérieur de la DGSE peuvent être observées. Elles demeurent toutefois restreintes à une poignée d’individus précisément ciblés, comme des parlementaires ou des journalistes. Ces efforts de communication restent globalement limités jusqu’aux années 2010 : un chargé de communication est alors nommé (2011), des relations plus étroites avec le monde universitaire sont nouées (2017) et des productions à destination du grand public sont réalisées avec le concours plus ou moins étroit de l’institution2.

Ces productions audiovisuelles contribuent à incarner l’institution aux yeux du grand public, par l’usage de plans extérieurs des bâtiments, ou par les témoignages d’agents en fonction dans le documentaire et peuvent donner l’impression de mieux comprendre l’institution. Pour autant, il ne faudrait pas y voir une représentation exacte et fidèle de la DGSE : la chercheuse Pauline Blisthène, citée par Damien Van Puyvelde, parle ainsi d’un « simulacre de transparence ». Il s’agit plutôt d’un effort de communication qui doit contribuer à donner une bonne image du service (auquel contribue également la filiation très appuyée avec la France libre) voire faciliter le recrutement de nouveaux talents.

 

En définitive, cet ouvrage d’une grande clarté constitue une synthèse parfaitement accessible au grand public. Les spécialistes des questions de renseignement ou ceux en recherche d’analyses plus poussées risquent peut-être en revanche de rester sur leur faim. Au-delà des difficultés à enquêter sur un objet aussi opaque qu’un service de renseignement, la construction assez peu problématisée du livre et certaines formulations très descriptives des titres s’expliquent par le projet éditorial. En effet, la publication s’intègre originellement dans une collection plus large, baptisée « Concise Histories of Intelligence », qui vise à comparer différents services de renseignement, occidentaux ou non, en adoptant la même construction pour chacun des livres de la série. Les anglophones pourront s’y référer et tirer plus ample profit du projet comparatiste.


Notes :
1 - Code de la Défense, cité p. 58
2 - Des cinq saisons du Bureau des légendes en 2015-2020 au documentaire DGSE : la fabrique des agents secrets en 2024

22.06.2026 à 10:00

Martin Heidegger et le temple maudit

Depuis les années 1960, la pensée du philosophe Martin Heidegger a séduit nombre d’architectes, d’urbanistes et autres théoriciens de ces domaines, y trouvant une poésie du « bâtir », une pensée de l’« habiter » en phase avec la critique du modernisme technocratique caractéristique de cette époque. Suivant sans doute les recommandations du philosophe marxiste de l’urbain, Henri Lefebvre, les concepteurs y ont trouvé un moyen de penser les « lieux » contre la déshumanisation à l’œuvre dans la production d’un espace moderne inspiré par Le Corbusier. Les conférences heideggeriennes auraient dû finir par être oubliées par les architectes et les urbanistes lorsque la modernité fut (presque) achevée, mais c’était sans compter sur le recyclage écologique du maître ancien 1 . Heidegger a encore bonne presse dans les mondes de l’architecture, qui sont complètement passés à côté des débats sur ses engagements nazis ou sur la composante réactionnaire de sa pensée des lieux. Relire Heidegger, en chemin Le dernier petit livre d’histoire philosophique de l’art de Georges Didi-Huberman revient sur la pensée esthétique et architecturale du philosophe allemand sans « entrer dans l’arène des interminables arguties concernant l’adhésion du philosophe à l’idéologie nazie » 2 . Il y parvient cependant, le front baissé sur le « chemin qui mène au temple d’Apollon Épikourios, à Bassae  », un temple grec qui aurait pu intéresser le philosophe allemand 3 . Le philosophe des images raconte ainsi une randonnée dont il a rapporté quelques belles photos en noir et blanc qui ponctuent son récit et accompagnent ses réflexions. En avançant, il pense aux Chemins qui ne mènent nulle part , le livre d’Heidegger contenant ses analyses sur « L’origine de l’œuvre d’art » 4 . Le marcheur se souvient d’avoir lu ce texte lorsqu’il était étudiant, sur les conseils du philosophe Henri Maldiney. Ayant lu et relu ce texte, le spécialiste des images reconnaît y avoir trouvé alors une approche « radicale » de l’œuvre d’art allant bien au-delà des questions de représentation ou de diffusion, pour engager une recherche de la vérité fondamentale ou ontologique, presque salutaire. Mais, Didi-Huberman est aujourd’hui tenté d’ouvrir une relecture critique des œuvres choisies par le vieux maître allemand. Il s’arrête ainsi sur « le plus commenté de ces exemples » : « les souliers de Van Gogh » évoqués dans l’Introduction à la métaphysique par le philosophe allemand, en 1935 5 . L’historien-philosophe cite Heidegger qui voit à travers le tableau de Van Gogh « une paire de gros godillots paysans » 6 , qui invente une scène de retour au foyer après une dure journée de labeur dans les champs de pommes de terre 7 . À distance de toute « modernité picturale » — comme celle de Klee suggère ingénument Didi-Huberman —, le discours d’Heidegger y voit le signe de la fin d’un monde traditionnel et dénonce ainsi une « décadence spirituelle de la terre [venant frapper] le peuple métaphysique » 8 . Toutes ces pensées ramènent Didi-Huberman sur le chemin du temple d’Apollon dont l’observateur restitue l’histoire et, surtout, constate son état d’« éboulis ». C’est ce mot que lui évoque le spectacle de ses ruines et des blocs de pierre amoncelés tout autour. Le mot « rime puissamment avec le mot oubli », lequel conduit à « l’oubli de l’être », le combat qui occupe toute la vie d’Heidegger 9 . Un oubli qui culmine chez Marx, écrit le philosophe allemand, et qui dans les mondes de l’art, s’incarne tout particulièrement dans les expositions internationales transportant les souliers de Van Gogh de musées en galeries tandis que la culture — prétendument paysanne — qu’ils incarnent en aurait disparu. Il en va tout autrement pour le temple d’Apollon, une « œuvre qui n’avait pas quitté sa terre natale, son origine grecque, son sol escarpé, son monde intouché — et, pourtant, elle s’écroulait », rétorque Didi-Huberman 10 . Le philosophe-historien abandonne la piste des souliers pour suivre ce que dit Heidegger du temple grec : « axe qui se dresse », « surplomb ouvert », œuvre d’art par excellence qui « s’enfonce dans la massivité et la gravité de la pierre », etc., pour y opposer ironiquement les contradictions manifestées par le temple de Bassae qui lentement s’effondre 11 . La terre ne ment pas ? La « terre » est au cœur de la réflexion de Heidegger, si bien que son critique cherche à comprendre ce qu’en dit le philosophe. Ce n’est évidemment pas le « matériau », tel le sol sur lequel repose l’édifice 12 . C’est plutôt la « terre natale », une terre mythique qui ne correspond pas plus à la Grèce réelle qu’à l’Allemagne. Partant de là, fort subtilement, Didi-Huberman relie les paroles et les pensées du maître ancien à leur contexte d’énonciation, de la dénazification dont le philosophe réchappe… à la croisière en Grèce que lui offre sa femme en 1962 qu’il trouve trop grouillante ou métissée 13 . Tandis qu’Heidegger rêve sa Grèce et ses temples, Didi-Huberman observe une « “tragédie”  […] où l’autorité de l’architecture voit ici sa prétention à demeurer, à s’ériger, à protéger, contredite par une temporalité adverse qui la fissure de partout et, littéralement, la déconstruit » 14 . Au passage, il n’oublie pas de relire la conférence architecturale de 1951, « Bâtir Habiter Penser », en relevant ses formules ambiguës, notamment le fait de « rester enclos ( eingefriedet ) dans ce qui nous est parent ( in das Frye ), c'est-à-dire dans ce qui est libre ( in das Freie ) » 15 . Autant de réflexions qui incitent le critique à rebrousser chemin dans la généalogie de cette pensée : « La phénoménologie du temple grec, telle qu’elle est décrite dans L’origine de l’œuvre d’art , semble exactement répondre à ces conditions fondamentales : profondeur de l’enracinement, solidité du monument minéral, élévation lumineuse et céleste […] . Or c’est tout le contraire qui est vrai, s’agissant du temple d’Apollon Épikourios. » 16 L’édifice que contemple Didi-Huberman fait tout l’inverse « de ce que Heidegger attendait d’un temps grec » ! Il va même beaucoup plus loin, en s’écroulant, il « est en train, sous nos yeux, d’apporter son démenti, silencieux mais implacable, à tous les métaphysiciens de la “terre ferme”  » 17 . D’ailleurs, il n’y a même pas de terre ferme sous le temple. Après avoir montré que les Grecs d’aujourd’hui ou d’hier — même présocratiques — savent tous que la « terre grecque a tremblé de toujours » 18 , Didi-Huberman revient à son temple qui peut témoigner de sa « pleine conscience du danger sismique [puisqu’il a] ménagé un substrat artificiel destiné à [l’isoler] de la roche » 19 , comme le Parthénon, ajoute-t-il. Des constats qui incitent l’auteur à penser que les « métaphysiques du “ciel pur” et de la “terre ferme” abusent de leur prétention à dire la vérité de l’être », considérant même qu’à force de déplorer l’oubli de l’être : « elles en oublient l’éboulis », « l’essentielle impureté du monde et la puissance d’étrangeté des mouvements de dissémination » 20 . Ce que cache le temple Une fois cette démonstration faite, le philosophe des images peut s’attaquer à ce qui se cache derrière le temple grec idéalisé par Heidegger : le « peuple allemand », « un temple allemand qu’il s’agissait de bâtir, physiquement ou spirituellement », et finalement réalisé par « Albert Speer sur le modèle d’un temple grec emblématique », avec grand renfort de « projecteurs de DCA, dirigés verticalement vers le ciel » 21 . Les « équivoques philosophiques de Heidegger » sont ainsi mises à jour, et notamment celle qui laisse apparaître le recyclage de certains thèmes de son discours du rectorat de 1933 — c'est-à-dire d’allégeance au régime nazi — dans son texte sur « L’origine de l’œuvre d’art » 22 . Mais, une fois cette seconde démonstration faite, Didi-Huberman ne s’appesantit par sur le nazisme du philosophe, mais décide de suivre le chemin inverse en redescendant « vers la question même de l’œuvre d’art, motif initial de cette réflexion » 23 . « Pourquoi l’art ? Pourquoi la Grèce ? Il n’y a qu’une seule réponse à ces deux questions conjointes : parce que l'Allemagne. » 24 . Et, l'auteur se fait historien d’une tradition bien ancrée établissant une sorte de continuité entre les civilisations grecques et allemandes 25 . La puissance de cette tradition incite donc Didi-Huberman à chercher des interprétations contraires à celle de Heidegger chez Hegel, Nietzsche, Warburg 26 et, bien évidemment, avec Benjamin : « Si grec veut dire origine — ce qui, d’un certain point de vue, pourrait évidemment faire sens —, c’est à la condition de comprendre ce mot à la façon dont Walter Benjamin, et non Heidegger, entendait le mot Unsprung : non pas la source unique, non pas la “racine” de toute chose, mais le “tourbillon dans le fleuve du devenir, [qui] entraine dans son rythme la matière de ce qui est en train d’apparaître”. » 27 Le philosophe des images poursuit son cheminement en interrogeant la langue de Heidegger 28 , « Langue de dénégation », qui se tait sur les événements et sur son engagement au grand dam de Paul Celan ou de Theodore Adorno 29 , quant à Hannah Arendt, elle se démarque de la pensée politique de son ancien maître, en notant qu’une philosophie de l’un ou de « l’homme » ne peut jamais apporter de « réponse philosophiquement valable à la question : qu’est-ce que la politique ? » 30 . Il revient à Didi-Huberman de conclure ce parcours au milieu des éboulis, en affirmant : « Rien n’est un. Tout est pluriel — agrégat ou montage de pluralités. L’origine n’est pas une, l’art n’est pas un. Le temps n’est pas un, et l’être non plus. Rien n’est plus dangereux, surtout, que de croire définir les sociétés humaines sous l’espèce de quelque peuple un. » 31 Telle semble être la leçon du vieux temple qui tremble encore au bout d’un chemin qui nous mène ici, aujourd’hui et demain encore. Notes : 1 - Cf. Thomas Bernhard, Maîtres anciens , Folio, (1985) 1988, qui décrit Heidegger en philosophe kitsch. Voir aussi C. Camus, « Heidegger : recycler l’irrécupérable ? », Exercice(s) d’architecture #8, mars 2020. 2 - p. 86 3 - p. 11-12 4 - Le texte date de 1936 et figure dans un recueil accessible en français dans l’édition 1962 des Chemins… 5 - p. 20-21. Jürgen Habermas a également évoqué le scandale que représentait à ses yeux la réimpression après-guerre de ce texte transpirant « l’idolâtrie de l’ethno-nationalisme völkisch », J. Habermas, « Espace public et sphère publique politique. Les racines biographiques de deux thèmes de pensée », Esprit , Août-septembre (2005) 2015, p. 20-21. 6 - Didi-Huberman note que cette interprétation du tableau a été contestée par l’historien de l’art Meyer Shapiro, un débat auquel Derrida a participé, en excusant Heidegger (p. 23). 7 - p. 21 8 - Heidegger, cité, p. 22 9 - p. 27 10 - p. 29 11 - p. 34 12 - p. 37 13 - p. 42-45 14 - p. 52 15 - Heidegger cité, p. 53 16 - p. 61 17 - p. 62-63. Des métaphysiciens parmi lesquels, on peut compter Husserl que Didi-Huberman mentionne en précisant que ses propos sont sans doute connus par Heidegger, qui a effacé son nom de la réédition d’ Être et temps en 1941, insiste-t-il. 18 - p. 66 19 - p. 71 20 - p. 75 21 - p. 79-81 22 - p. 82-83 23 - p. 87 24 - p. 90 25 - Didi-Huberman cite Madame de Staël décrivant ce pays comme une « nation métaphysique par excellence » (citation de De l’Allemagne , p. 90). 26 - p. 91 et 96 27 - p. 102, citation de W. Benjamin, Origine du drame baroque allemand (1928). 28 - En s’appuyant notamment sur le travail de Georges-Arthur Goldschmidt, Heidegger et la langue allemande, 2016. 29 - p. 106 30 - Arendt citée, p. 111-112 31 - p. 112

Texte intégral (2267 mots)

Depuis les années 1960, la pensée du philosophe Martin Heidegger a séduit nombre d’architectes, d’urbanistes et autres théoriciens de ces domaines, y trouvant une poésie du « bâtir », une pensée de l’« habiter » en phase avec la critique du modernisme technocratique caractéristique de cette époque. Suivant sans doute les recommandations du philosophe marxiste de l’urbain, Henri Lefebvre, les concepteurs y ont trouvé un moyen de penser les « lieux » contre la déshumanisation à l’œuvre dans la production d’un espace moderne inspiré par Le Corbusier. Les conférences heideggeriennes auraient dû finir par être oubliées par les architectes et les urbanistes lorsque la modernité fut (presque) achevée, mais c’était sans compter sur le recyclage écologique du maître ancien1. Heidegger a encore bonne presse dans les mondes de l’architecture, qui sont complètement passés à côté des débats sur ses engagements nazis ou sur la composante réactionnaire de sa pensée des lieux.

Relire Heidegger, en chemin

Le dernier petit livre d’histoire philosophique de l’art de Georges Didi-Huberman revient sur la pensée esthétique et architecturale du philosophe allemand sans « entrer dans l’arène des interminables arguties concernant l’adhésion du philosophe à l’idéologie nazie »2. Il y parvient cependant, le front baissé sur le « chemin qui mène au temple d’Apollon Épikourios, à Bassae », un temple grec qui aurait pu intéresser le philosophe allemand3.

Le philosophe des images raconte ainsi une randonnée dont il a rapporté quelques belles photos en noir et blanc qui ponctuent son récit et accompagnent ses réflexions. En avançant, il pense aux Chemins qui ne mènent nulle part, le livre d’Heidegger contenant ses analyses sur « L’origine de l’œuvre d’art »4. Le marcheur se souvient d’avoir lu ce texte lorsqu’il était étudiant, sur les conseils du philosophe Henri Maldiney.

Ayant lu et relu ce texte, le spécialiste des images reconnaît y avoir trouvé alors une approche « radicale » de l’œuvre d’art allant bien au-delà des questions de représentation ou de diffusion, pour engager une recherche de la vérité fondamentale ou ontologique, presque salutaire. Mais, Didi-Huberman est aujourd’hui tenté d’ouvrir une relecture critique des œuvres choisies par le vieux maître allemand. Il s’arrête ainsi sur « le plus commenté de ces exemples » : « les souliers de Van Gogh » évoqués dans l’Introduction à la métaphysique par le philosophe allemand, en 19355. L’historien-philosophe cite Heidegger qui voit à travers le tableau de Van Gogh « une paire de gros godillots paysans »6, qui invente une scène de retour au foyer après une dure journée de labeur dans les champs de pommes de terre7. À distance de toute « modernité picturale » — comme celle de Klee suggère ingénument Didi-Huberman —, le discours d’Heidegger y voit le signe de la fin d’un monde traditionnel et dénonce ainsi une « décadence spirituelle de la terre [venant frapper] le peuple métaphysique »8.

Toutes ces pensées ramènent Didi-Huberman sur le chemin du temple d’Apollon dont l’observateur restitue l’histoire et, surtout, constate son état d’« éboulis ». C’est ce mot que lui évoque le spectacle de ses ruines et des blocs de pierre amoncelés tout autour. Le mot « rime puissamment avec le mot oubli », lequel conduit à « l’oubli de l’être », le combat qui occupe toute la vie d’Heidegger9. Un oubli qui culmine chez Marx, écrit le philosophe allemand, et qui dans les mondes de l’art, s’incarne tout particulièrement dans les expositions internationales transportant les souliers de Van Gogh de musées en galeries tandis que la culture — prétendument paysanne — qu’ils incarnent en aurait disparu.

Il en va tout autrement pour le temple d’Apollon, une « œuvre qui n’avait pas quitté sa terre natale, son origine grecque, son sol escarpé, son monde intouché — et, pourtant, elle s’écroulait », rétorque Didi-Huberman10. Le philosophe-historien abandonne la piste des souliers pour suivre ce que dit Heidegger du temple grec : « axe qui se dresse », « surplomb ouvert », œuvre d’art par excellence qui « s’enfonce dans la massivité et la gravité de la pierre », etc., pour y opposer ironiquement les contradictions manifestées par le temple de Bassae qui lentement s’effondre11.

La terre ne ment pas ?

La « terre » est au cœur de la réflexion de Heidegger, si bien que son critique cherche à comprendre ce qu’en dit le philosophe. Ce n’est évidemment pas le « matériau », tel le sol sur lequel repose l’édifice12. C’est plutôt la « terre natale », une terre mythique qui ne correspond pas plus à la Grèce réelle qu’à l’Allemagne. Partant de là, fort subtilement, Didi-Huberman relie les paroles et les pensées du maître ancien à leur contexte d’énonciation, de la dénazification dont le philosophe réchappe… à la croisière en Grèce que lui offre sa femme en 1962 qu’il trouve trop grouillante ou métissée13.

Tandis qu’Heidegger rêve sa Grèce et ses temples, Didi-Huberman observe une « “tragédie” […] où l’autorité de l’architecture voit ici sa prétention à demeurer, à s’ériger, à protéger, contredite par une temporalité adverse qui la fissure de partout et, littéralement, la déconstruit »14. Au passage, il n’oublie pas de relire la conférence architecturale de 1951, « Bâtir Habiter Penser », en relevant ses formules ambiguës, notamment le fait de « rester enclos (eingefriedet) dans ce qui nous est parent (in das Frye), c'est-à-dire dans ce qui est libre (in das Freie) »15.

Autant de réflexions qui incitent le critique à rebrousser chemin dans la généalogie de cette pensée :

« La phénoménologie du temple grec, telle qu’elle est décrite dans L’origine de l’œuvre d’art, semble exactement répondre à ces conditions fondamentales : profondeur de l’enracinement, solidité du monument minéral, élévation lumineuse et céleste […]. Or c’est tout le contraire qui est vrai, s’agissant du temple d’Apollon Épikourios. »16

L’édifice que contemple Didi-Huberman fait tout l’inverse « de ce que Heidegger attendait d’un temps grec » ! Il va même beaucoup plus loin, en s’écroulant, il « est en train, sous nos yeux, d’apporter son démenti, silencieux mais implacable, à tous les métaphysiciens de la “terre ferme” »17.

D’ailleurs, il n’y a même pas de terre ferme sous le temple. Après avoir montré que les Grecs d’aujourd’hui ou d’hier — même présocratiques — savent tous que la « terre grecque a tremblé de toujours »18, Didi-Huberman revient à son temple qui peut témoigner de sa « pleine conscience du danger sismique [puisqu’il a] ménagé un substrat artificiel destiné à [l’isoler] de la roche »19, comme le Parthénon, ajoute-t-il. Des constats qui incitent l’auteur à penser que les « métaphysiques du “ciel pur” et de la “terre ferme” abusent de leur prétention à dire la vérité de l’être », considérant même qu’à force de déplorer l’oubli de l’être : « elles en oublient l’éboulis », « l’essentielle impureté du monde et la puissance d’étrangeté des mouvements de dissémination »20.

Ce que cache le temple

Une fois cette démonstration faite, le philosophe des images peut s’attaquer à ce qui se cache derrière le temple grec idéalisé par Heidegger : le « peuple allemand », « un temple allemand qu’il s’agissait de bâtir, physiquement ou spirituellement », et finalement réalisé par « Albert Speer sur le modèle d’un temple grec emblématique », avec grand renfort de « projecteurs de DCA, dirigés verticalement vers le ciel »21. Les « équivoques philosophiques de Heidegger » sont ainsi mises à jour, et notamment celle qui laisse apparaître le recyclage de certains thèmes de son discours du rectorat de 1933 — c'est-à-dire d’allégeance au régime nazi — dans son texte sur « L’origine de l’œuvre d’art »22.

Mais, une fois cette seconde démonstration faite, Didi-Huberman ne s’appesantit par sur le nazisme du philosophe, mais décide de suivre le chemin inverse en redescendant « vers la question même de l’œuvre d’art, motif initial de cette réflexion »23. « Pourquoi l’art ? Pourquoi la Grèce ? Il n’y a qu’une seule réponse à ces deux questions conjointes : parce que l'Allemagne. »24. Et, l'auteur se fait historien d’une tradition bien ancrée établissant une sorte de continuité entre les civilisations grecques et allemandes25. La puissance de cette tradition incite donc Didi-Huberman à chercher des interprétations contraires à celle de Heidegger chez Hegel, Nietzsche, Warburg26 et, bien évidemment, avec Benjamin :

« Si grec veut dire origine — ce qui, d’un certain point de vue, pourrait évidemment faire sens —, c’est à la condition de comprendre ce mot à la façon dont Walter Benjamin, et non Heidegger, entendait le mot Unsprung : non pas la source unique, non pas la “racine” de toute chose, mais le “tourbillon dans le fleuve du devenir, [qui] entraine dans son rythme la matière de ce qui est en train d’apparaître”. »27

Le philosophe des images poursuit son cheminement en interrogeant la langue de Heidegger28, « Langue de dénégation », qui se tait sur les événements et sur son engagement au grand dam de Paul Celan ou de Theodore Adorno29, quant à Hannah Arendt, elle se démarque de la pensée politique de son ancien maître, en notant qu’une philosophie de l’un ou de « l’homme » ne peut jamais apporter de « réponse philosophiquement valable à la question : qu’est-ce que la politique ? »30.

Il revient à Didi-Huberman de conclure ce parcours au milieu des éboulis, en affirmant :

« Rien n’est un. Tout est pluriel — agrégat ou montage de pluralités. L’origine n’est pas une, l’art n’est pas un. Le temps n’est pas un, et l’être non plus. Rien n’est plus dangereux, surtout, que de croire définir les sociétés humaines sous l’espèce de quelque peuple un. »31

Telle semble être la leçon du vieux temple qui tremble encore au bout d’un chemin qui nous mène ici, aujourd’hui et demain encore.


Notes :
1 - Cf. Thomas Bernhard, Maîtres anciens, Folio, (1985) 1988, qui décrit Heidegger en philosophe kitsch. Voir aussi C. Camus, « Heidegger : recycler l’irrécupérable ? », Exercice(s) d’architecture #8, mars 2020.
2 - p. 86
3 - p. 11-12
4 - Le texte date de 1936 et figure dans un recueil accessible en français dans l’édition 1962 des Chemins…
5 - p. 20-21. Jürgen Habermas a également évoqué le scandale que représentait à ses yeux la réimpression après-guerre de ce texte transpirant « l’idolâtrie de l’ethno-nationalisme völkisch », J. Habermas, « Espace public et sphère publique politique. Les racines biographiques de deux thèmes de pensée », Esprit, Août-septembre (2005) 2015, p. 20-21.
6 - Didi-Huberman note que cette interprétation du tableau a été contestée par l’historien de l’art Meyer Shapiro, un débat auquel Derrida a participé, en excusant Heidegger (p. 23).
7 - p. 21
8 - Heidegger, cité, p. 22
9 - p. 27
10 - p. 29
11 - p. 34
12 - p. 37
13 - p. 42-45
14 - p. 52
15 - Heidegger cité, p. 53
16 - p. 61
17 - p. 62-63. Des métaphysiciens parmi lesquels, on peut compter Husserl que Didi-Huberman mentionne en précisant que ses propos sont sans doute connus par Heidegger, qui a effacé son nom de la réédition d’Être et temps en 1941, insiste-t-il.
18 - p. 66
19 - p. 71
20 - p. 75
21 - p. 79-81
22 - p. 82-83
23 - p. 87
24 - p. 90
25 - Didi-Huberman cite Madame de Staël décrivant ce pays comme une « nation métaphysique par excellence » (citation de De l’Allemagne, p. 90).
26 - p. 91 et 96
27 - p. 102, citation de W. Benjamin, Origine du drame baroque allemand (1928).
28 - En s’appuyant notamment sur le travail de Georges-Arthur Goldschmidt, Heidegger et la langue allemande, 2016.
29 - p. 106
30 - Arendt citée, p. 111-112
31 - p. 112

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