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Revue Européenne des Médias et du numérique

11.06.2026 à 08:30

LBO sur Electronic Arts : les nouvelles promesses du jeu vidéo

Alexandre Joux

Super LBO, super prêt bancaire, super valorisation… le rachat par endettement d’Electronic Arts donne une prime aux grands éditeurs de jeux vidéo, les plus à même de pouvoir bénéficier du potentiel de réduction des


Texte intégral (1790 mots)

Super LBO, super prêt bancaire, super valorisation… le rachat par endettement d’Electronic Arts donne une prime aux grands éditeurs de jeux vidéo, les plus à même de pouvoir bénéficier du potentiel de réduction des coûts grâce à l’IA.

Le rachat d’Activision par Microsoft, finalisé en 2023, avait défrayé la chronique du fait des montants en jeu : quelque 75 milliards de dollars (voir La rem n°67, p.83). Mais l’opération restait classique dans ses intentions. Un acteur des consoles de jeu, Microsoft, rachetait un éditeur majeur du jeu vidéo pour garantir, à terme, des exclusivités à sa console, et répondre ainsi à la PlayStation de Sony, qui a bâti son succès sur le lien entre hardware et contenus dédiés (voir La rem n°60, p.67). Par ailleurs, le montant était élevé, car l’annonce de l’opération, le 18 juin 2022, s’est faite à la fin d’un super-cycle d’investissement dans le jeu vidéo, porté par la hausse du temps passé à jouer et par la hausse du nombre de joueurs dans le monde depuis les confinements de 2020.

À l’inverse, l’annonce du rachat d’Electronic Arts (EA), un autre géant mondial du jeu vidéo, le 29 septembre 2025, est tout sauf classique, en partie par son montant de 55 milliards de dollars, mais surtout par la nature des acquéreurs et par les modalités de son financement. Elle atteste le retournement en cours sur le marché du jeu vidéo.

Depuis 2022, le marché du jeu vidéo est victime des anticipations trop optimistes de la période post-Covid et subit les effets d’une surproduction de jeux qui ne parviennent pas à rencontrer leur public (voir La rem n°72, p.76). Cette situation se retrouve dans les résultats d’Electronic Arts, présentés le 31 mars 2025. Pour son exercice 2024-2025, Electronic Arts voit son chiffre d’affaires baisser de 1,3 %, à 7,4 milliards de dollars, tandis que ses profits chutent fortement, de -12 %, à 1,12 milliard de dollars. Les ventes de jeux n’ont représenté que 1,7 milliard de dollars de chiffre d’affaires quand les autres dépenses, essentiellement des achats dits « in-game », représentent 5,4 milliards de dollars, soit 75 % de ses revenus. EA se finance grâce au succès de ses licences sportives, un catalogue qu’il exploite dans le temps, avec notamment la franchise mondiale EA Sports FC (ex-Fifa), mais aussi avec d’autres compétitions, EA éditant le jeu vidéo des ligues de football américain, de hockey et de Formule 1. Ses coûts reposent donc, en grande partie, sur les frais de développement qui permettent de faire vivre le back catalogue, les jeux déjà sortis et enrichis au fil de l’eau pour déclencher les achats in-game. Les frais de développement concernent aussi les nouveaux jeux, qui sont très coûteux, mais finalement moins rentables que le back catalogue. Surtout, leur succès n’est plus garanti, le marché souffrant d’une offre pléthorique. Ainsi, la dernière grande sortie d’EA est « Battlefield 6 », le 10 octobre 2025, dont le budget de développement est estimé à 400 millions de dollars (Ars Technica cité par Les Échos). « Battlefield 6 » doit faire face depuis novembre 2025 au nouvel opus de « Call of Duty », le jeu leader dans la catégorie des FPS (first-person shooter, jeu de tir à la première personne). « Battlefield 6 » est parvenu à s’imposer, puisque les ventes de « Call of Duty, Black Ops 7 » en Europe sont inférieures de 63 % à celles de son concurrent, selon The Game Business : le succès de l’un entrave celui de l’autre, soulignant les risques pris par les éditeurs au regard des coûts de développement de ces jeux haut de gamme dits « AAA ». Ces informations expliquent en grande partie la transaction révélée le 29 septembre dernier.

En effet, Electronic Arts est racheté en leverage buy-out (LBO), une opération où des acteurs prennent le contrôle d’une entreprise grâce à une levée de fonds, avec une perspective de rentabilité à court terme. La nature de ces acteurs détonne également. Il s’agit de trois fonds : le fonds américain Silver Lake, spécialiste des opérations de LBO ; le fonds souverain saoudien PIF (Public Investment Fond), déjà présent au capital d’Electronic Arts ; enfin, le fonds Affinity, créé par Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, grâce à des apports de fonds souverains du Moyen-Orient, dont le PIF, la Qatar Investment Authority, ou encore le fonds émirati Lunate. Ces trois fonds sont des acteurs non cotés qui prennent le contrôle d’une entreprise cotée au Nasdaq, sur la base d’une valorisation qui correspond à vingt fois l’Ebitda d’Electronic Arts, quand le Nasdaq valorisait l’entreprise en moyenne à quatorze fois son Ebitda. Les fonds paient donc cher, ce qui fait du rachat d’Electronic Arts la plus importante opération de LBO jamais réalisée, à 55 milliards de dollars. Comme ces fonds ont vocation à quitter rapidement Electronic Arts avec une plus-value, ils anticipent une meilleure rentabilité des actifs. Ce pari est risqué, mais le risque ici est apprécié, car l’opération de rachat est atypique pour une autre raison : les trois fonds apportent 35 milliards de dollars de liquidités et ils complètent cet apport par un emprunt de 20 milliards de dollars accordé par la seule banque J.P. Morgan. Jamais aucune banque n’avait pris un tel risque sur une opération de LBO où, généralement, un pool de banques intervient. C’est que les trois fonds ainsi que J.P. Morgan sont convaincus d’un avenir exceptionnel pour les grands acteurs du jeu vidéo, porté notamment par l’IA.

Si l’opération aboutit, le rachat effectif étant prévu au premier trimestre 2027, Electronic Arts sera lesté d’une lourde dette et aura des actionnaires ayant vocation à revendre leur participation – au moins Silver Lake, alors que l’actionnaire saoudien (PIF), déjà bien représenté, pourrait au contraire chercher à affermir définitivement son contrôle sur l’un des plus grands éditeurs de jeux vidéo dans le monde. Reste qu’Electronic Arts a vocation à générer des profits pour rembourser les dettes dont il sera lesté. Pour ce faire, il devra abaisser ses coûts, un processus déjà entamé depuis 2023, puisque le groupe a conduit trois plans de licenciement et fermé des studios afin de s’adapter à la nouvelle réalité du marché du jeu vidéo post-Covid. Cette optimisation des coûts devra se faire, en revanche, sans dégrader la qualité des expériences de jeu offertes. Or, Electronic Arts, en tant qu’éditeur de très grandes franchises, a des coûts de développement très élevés. C’est sur ce segment de coût que des économies très importantes sont anticipées par les fonds. Les « grands » jeux nécessitent le développement de décors, de personnages, ainsi que des tests de qualité importants et à grande échelle. Toutes ces fonctions sont en grande partie transférables à l’IA. Par exemple, l’éditeur japonais Square Enix a déjà indiqué que ses tests qualité seraient à terme réalisés à 70 % par l’IA. Electronic Arts parie, de son côté, sur la réduction drastique de son budget de recherche et développement, estimé à 2 milliards de dollars par an (25 % du chiffre d’affaires). L’IA devrait remplacer ici le travail des développeurs pour la plus grande partie des tâches. Les grands éditeurs vont donc pouvoir bénéficier d’une réduction massive de leurs coûts de fonctionnement, car ce sont les acteurs qui, sur le marché du jeu vidéo, dépensent le plus en développement. Le prix payé pour Electronic Arts anticipe ce nouveau marché du jeu vidéo.

Une étude du Boston Consulting Group (BCG), révélée le 16 décembre 2025, confirme cette évolution. Au premier semestre 2024, 6 % des titres mis sur le marché (à partir de données récupérées sur la plateforme de téléchargement de jeux pour PC Steam) avaient été fabriqués en partie grâce à l’IA. Au troisième trimestre 2025, c’était 21 % des titres. Parmi ces titres, l’IA était utilisée à 88 % pour la création d’actifs (notamment visuels), très nombreux dans les titres AAA. Les premiers bénéficiaires de la « révolution » IA sont donc clairement identifiés. Ils ont, en outre, un autre avantage : l’IA générative va accélérer le processus de simplification de la production des jeux vidéo initié avec les moteurs de jeux comme Unreal et Unity. Les sorties de jeux vont donc se multiplier, permettant au cloud gaming de devenir très concret selon le BCG, grâce à des catalogues gigantesques jouables à distance. Dans un univers d’hyperabondance, les détenteurs de licences que sont les grands éditeurs auront pour eux l’avantage de leurs marques, un moyen efficace de capter l’attention des joueurs.

Sources :

  • Debès Florian, « Jeu vidéo : un rachat record
    se prépare autour d’Electronic Arts », Les Échos, 29 septembre 2025.
  • Richaud Nicolas, « Electronic Arts : une sortie
    de la Bourse à 55 milliards de dollars », Les Échos, 30 septembre 2025.
  • Woitier Chloé, « L’Arabie saoudite et le gendre de Trump font main basse sur le géant du jeu vidéo EA », Le Figaro, 30 septembre 2025.
  • Drif Anne, « Le méga-deal d’Electronic Arts propulse les prêts LBO vers des sommets », Les Échos, 2 octobre 2025.
  • Vidal François, « Electronic Arts ou l’art du deal
    en 2025 », Les Échos, 9 octobre 2025.
  • Richaud Nicolas, « Avec “Battlefield 6”, Electronic Arts défie “Call of Duty” et lance la bataille de Noël », Les Échos, 10 octobre 2025.
  • Dring Christopher, « Call of Duty : Black Ops 7 european launch sales are 63 % down over Battlefield 6 », thegamebusiness.com,
    November 21, 2025.
  • Richaud Nicolas, « L’intelligence artificielle générative embrase le monde du jeu vidéo »,
    Les Échos, 12 décembre 2025.
  • Pagano Ernesto, Paizanis Giorgo, Joniskis Povilas, et al., « Video Gaming Report 2026: How platforms are colliding and why this will spark the next era of growth », Boston Consulting Group, bcg.com, December 16, 2025.

04.06.2026 à 08:30

Paramount s’empare de Warner – HBO

Alexandre Joux

Si Netflix était parvenu à se mettre d’accord avec Warner Bros Discovery pour racheter ses studios et HBO Max, finalement Paramount Skydance aura réussi à l’emporter, après une OPA qui soulève des questions de concurrence.

Warner Bros Discovery est


Texte intégral (2304 mots)

Si Netflix était parvenu à se mettre d’accord avec Warner Bros Discovery pour racheter ses studios et HBO Max, finalement Paramount Skydance aura réussi à l’emporter, après une OPA qui soulève des questions de concurrence.

Warner Bros Discovery est une illustre société d’Hollywood pour son studio de cinéma créé en 1923. Aujourd’hui son chiffre d’affaires dépend trop fortement de la télévision, malgré le succès de HBO Max, son offre de streaming vidéo. En 2024, les revenus du streaming atteignent 677 millions de dollars, contre 1,6 milliard de dollars pour les acti­vités des studios, et 8,1 milliards de dollars pour les chaînes de télévision. Autant dire que Warner Bros Discovery dépend en grande partie de ses activités dans la télévision payante, menacées par le développement du streaming vidéo, qui a dépassé désormais la consommation de programmes en linéaire aux États-Unis. Le groupe de médias a, certes, investi dans le streaming, mais tardivement (HBO Max sera lancé au Royaume-Uni seulement en mars 2026), parce qu’il a protégé ses activités historiques le plus longtemps possible, ce qui lui vaut d’être en retard sur ses deux premiers concurrents sur le marché américain : Netflix et Disney+, déjà largement mondialisés.

Le streaming vidéo n’a donc pas encore pris le relais de la télévision chez Warner Bros Discovery, mais les investissements qu’il nécessite, en technologie et en exclusivités, ont creusé la dette de l’entreprise. Warner Bros Discovery, comme Paramount qui s’est fait récemment racheter par Skydance (voir La rem n°71, p.67), est donc dans une impasse (voir La rem n°67, p.88). Pour échapper à cette situation où la télévision, encore très rentable, entrave le développement du streaming, Warner Bros Discovery a opté, comme Comcast (NBCUniversal), pour la séparation de ses activités de cinéma et de streaming de celle de la télévision. Mais, pour les deux majors, résister seules sera trop difficile. La concentration s’impose. Ainsi, avant la fusion de Skydance et de Paramount, Disney s’était déjà emparé de la Fox en 2019 (voir La rem n°48, p.73) et Amazon avait racheté la MGM en 2022, l’année même où Warner Bros et Discovery se rapprochaient pour mieux contrer les géants du streaming (voir La rem n°59, p.69).

Cette stratégie de concentration tous azimuts a conduit Paramount Skydance à déposer une première offre de rachat pour Warner Bros Discovery en octobre 2025, valorisant l’ensemble à 50 milliards de dollars, une offre aussitôt rejetée. Quelques jours plus tard, Warner Bros Discovery officialisait toutefois sa mise en vente, avec l’objectif de faire monter les enchères. Paramount Skydance s’est de nouveau positionné, mais c’est Netflix qui l’a emporté avec la conclusion d’un « accord définitif » pour le rachat des studios Warner et de HBO Max, moyennant 72 milliards de dollars (82,7 milliards de dollars avec la reprise de dette). Dans cet accord, annoncé le 5 décembre 2025, Warner Bros Discovery conserve ses chaînes de télévision qu’il introduira en Bourse.

L’opération a immédiatement soulevé des interrogations sur sa possibilité au regard du droit de la concurrence. En effet, Netflix a plus de 300 millions d’abonnés (325 millions début janvier 2026), et HBO Max en a 128 millions. Le nouvel ensemble représentera alors quasiment 450 millions d’abonnés, contre 200 millions d’abonnés pour son premier concurrent, le groupe Disney (Disney+, Hulu), les autres acteurs de streaming vidéo payant étant relégués loin derrière. Mais Netflix ne l’entend pas ainsi. Confiant, il s’est engagé sur des indemnités de rupture de 5,8 milliards de dollars en cas de non-accord des autorités de concurrence. De fait, Netflix prend en considération d’autres chiffres et un autre périmètre du marché. Sur le marché américain du streaming, le leader n’est pas Netflix, mais YouTube, avec 28 % de parts de marché, contre 21 % pour Netflix et HBO Max réunis, 11 % pour Disney+ et Hulu, 8 % pour Prime Video d’Amazon. Cette vision large du marché du streaming vidéo – qui inclut YouTube, très utilisé pour écouter de la musique et suivre des créateurs de contenu – n’est pas nécessairement celle des autorités de la concurrence, d’autant que le problème de la concentration est encore plus flagrant sur la production de films et de séries.

En intégrant les studios Warner et HBO à ses activités de production, Netflix deviendra un géant, alors qu’il a déjà le budget de production le plus élevé du marché américain, avec 20 milliards de dollars prévus en 2026. Sur ce point, Netflix s’est voulu rassurant et s’est engagé à distribuer en salle les films des studios Warner, sachant que ces derniers ont des contrats de distribution qui courent jusqu’en 2029. Or, Netflix milite depuis toujours contre les salles de cinéma, souhaitant sortir les films directement sur son service ou très vite après leur passage sur grand écran. Dans ses accords avec DreamWorks, Sony et Universal, Netflix récupère leurs films 45 jours après leur sortie en salles aux États-Unis, un délai très court comparé aux pratiques européennes (Netflix doit attendre 15 mois en France), un délai que Netflix espère de surcroît ramené à 17 jours.

L’annonce de l’accord entre Netflix et Warner Bros Discovery a donc immédiatement suscité l’inquiétude des acteurs et réalisateurs américains qui voient, dans cette moindre concurrence, une menace pour le secteur du cinéma aux États-Unis, avec potentiellement moins de films produits et une pression plus forte sur leurs conditions de rémunération. En effet, la baisse de la concurrence n’est jamais favorable aux fournisseurs en amont de la chaîne de valeur. Le rachat de la Fox par Disney a conduit à une baisse du nombre de films financés chaque année par ces deux studios. Le rachat de la MGM par Amazon et ses « milliards » n’a pas évité des licenciements.

Mais l’alternative Paramount a fini par s’imposer, qui soulève d’autres interrogations concernant le seul marché américain. Dès le 8 décembre 2025, Paramount Skydance a répliqué en lançant une offre publique d’achat (OPA) sur l’ensemble de Warner Bros Discovery, incluant donc les chaînes câblées (dont CNN). L’offre de Paramount Skydance valorisait alors Warner Bros Discovery à 108 milliards de dollars avec un argumentaire différent de celui de Netflix. Paramount Skydance considère son offre comme plus avantageuse pour les actionnaires de Warner Bros Discovery car, une fois cédés les studios et HBO, la valeur des chaînes risque d’être limitée, entre leurs faibles perspectives de croissance et la dette de 15 milliards de dollars dont elles sont lestées. L’offre permet donc aux actionnaires de vendre tous les actifs d’un seul coup, les bons comme les mauvais. Et le passage devant les autorités de concurrence devrait être plus facilement négociable, la famille Ellison étant proche de Donald Trump, qui a déjà instrumentalisé les autorités de concurrence américaines lors du rachat de Paramount par Skydance.

La réponse de Netflix n’a pas tardé, soulignant un risque concurrentiel plus élevé, cette fois-ci sur le marché de la télévision américaine, puisque l’offre de Paramount Skydance inclut les chaînes de Warner Bros Discovery. Netflix et HBO réunis représentent 9 % du temps passé par les Américains devant leur téléviseur, en streaming et en linéaire, derrière tous les concurrents, YouTube, Disney, NBC-Universal, Fox. À l’inverse, Paramount et Warner Bros Discovery rassemblent 14 % du temps de consommation des programmes sur le téléviseur. Sur le marché de la télévision payante, l’ensemble Paramount - Warner représente 40 % du marché des chaînes payantes et, sur le marché du cinéma, 34,5 % des entrées en salle.

Les arguments de Netflix n’ont pas inquiété Paramount, très probablement certain d’avoir la faveur des autorités américaines de la concurrence grâce à Donald Trump, qui n’hésite pas à intervenir dans ce type d’opération. Il a d’ailleurs aussitôt confirmé son intention de regarder le dossier, probablement pour mettre fin à CNN, ce que pourra proposer Paramount Skydance en la fusionnant avec CBS. En effet, lors de son premier mandat, Donald Trump avait déjà tenté, en 2018, d’empêcher le rachat de Time Warner par AT&T en le conditionnant à une vente de CNN, en vain (voir La rem n°45, p.43). Le groupe dirigé par David Ellison a donc poursuivi son offensive malgré l’accord déjà conclu entre Netflix et Warner Bros Discovery.

Dans un premier temps, Paramount Skydance a sécurisé son financement grâce à Larry Ellison, le fondateur d’Oracle, qui s’est porté caution à hauteur de 40,4 milliards de dollars, tout en garantissant, comme Netflix, une indemnité de rupture de 5,8 milliards de dollars. De son côté, Netflix a revu son offre, abandonnant la part payée en actions pour proposer une offre totalement en numéraire. Mais les tensions se sont très vite accumulées. Le dirigeant de Warner Bros Discovery, David Zaslav, a été accusé de jouer contre ses actionnaires, privilégiant un poste dans la future entité au détriment de l’offre de Paramount. En février 2026, le fonds Ancora Holdings a pris 1% du capital de Warner Bros Discovery et a défendu, contre l’accord déjà conclu avec Netflix, l’intérêt de la proposition de Paramount. La pression a été suffisamment forte pour conduire Netflix à renoncer à sa clause d’exclusivité, le temps pour les actionnaires de Warner Bros de répondre aux « pitreries » de Paramount, selon Ted Tandoros, co-PDG du service de streaming vidéo. Le pitre s’en est bien sorti. Le 17 février 2026, Warner Bros a donné une semaine à Paramount, jusqu’au 23 février minuit, pour proposer une nouvelle offre, définitive cette fois-ci. Paramount a donné suite et, même si le montant n’est pas connu, il est probablement de 31 dollars par action, soit 111 milliards de dollars en tout pour Warner Bros Discovery.

Autre détail important : le 20 février 2026, Paramount a pu confirmer que les autorités américaines de concurrence ne considèrent pas comme un problème son acquisition de Warner Bros Discovery. Face à un prix de vente déjà très élevé, et certainement convaincu de la politisation rampante de l’opération, Netflix a renoncé à surenchérir. Warner finira bien dans l’escarcelle de Paramount. Le nouvel ensemble devient un géant du cinéma aux États-Unis puisqu’il s’est engagé à produire jusqu’à 30 films par an, soit une sortie en salles toutes les deux semaines, alors que les studios Warner n’ont sorti que 11 films en 2025 et 9 pour Paramount. Il sera aussi un géant de la télévision. Il disposera d’un catalogue avec des licences exceptionnelles, Warner amenant avec lui « Harry Potter » et « Game of Thrones ». Paramount+ et HBO Max réunis, en revanche, resteront très loin de Netflix et de Disney+. L’ancien monde d’Hollywood consolidé devra poursuivre sa mue afin que le streaming vidéo devienne véritablement le moteur de sa croissance.

Sources :

  • Egloff Emmanuel, « Warner dit non à l’offre d’achat de Paramount », Le Figaro, 13 octobre 2025.
  • Dugua Pierre-Yves, « La mise en vente de Warner s’apprête à redistribuer les cartes du monde des médias », Le Figaro, 23 octobre 2025.
  • Benedetti Valentini Fabio, « Netflix prêt à s’offrir Warner Bros pour 83 milliards de dollars », Les Échos, 8 décembre 2025.
  • Bouchaud Bastien, « Paramount Skydance contre-attaque pour arracher Warner Bros Discovery », Les Échos, 9 décembre 2025.
  • Godeluck Solveig, « Warner Bros. Discovery : le feuilleton continue », Les Échos, 10 décembre 2025.
  • Debès Florian, « Hollywood, spectateur impuissant du combat entre Netflix et Paramount », Les Échos, 12 décembre 2025.
  • Sallé Caroline, « La grande bataille entre Netflix et Paramount pour Warner Bros. tétanise Hollywood », Le Figaro, 29 décembre 2025.
  • Benedetti Valentini Fabio, « Rachat de Warner : Paramount ne s’avoue pas vaincu face à Netflix », Les Échos, 12 janvier 2026.
  • Dugua Pierre-Yves, « Netflix sur tous les fronts pour étoffer son offre de cinéma », Le Figaro, 22 janvier 2026.
  • Florian Debès, « Un fonds activiste entre dans le dossier Warner contre Netflix », Les Échos, 12 février 2026.
  • Fabio Benedetti Valentini, « Paramount joue ses dernières cartes dans la partie pour racheter Warner Bros Discovery », Les Échos, 23 février 2026.
  • Caroline Sallé, « Avec sa nouvelle offre, Paramount joue son va-tout sur Warner », Le Figaro, 25 février 2026.
  • Solveig Godeluck, « Paramount surenchérit sur Netflix pour obtenir Warner », Les Échos, 25 février 2026.
  • Florian Debès, « Quand les géants d’Hollywood se dévorent entre eux », Les Échos, 2 mars 2026.

03.06.2026 à 08:30

La radio hertzienne face au « tout en ligne »

Françoise Laugée

Tandis que les informations à la télévision traditionnelle rassemblent encore plus de la moitié de la population en Europe (57 % en moyenne pour les pays cités), la radio hertzienne cède la place, comme l’a fait la presse imprim&


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Tandis que les informations à la télévision traditionnelle rassemblent encore plus de la moitié de la population en Europe (57 % en moyenne pour les pays cités), la radio hertzienne cède la place, comme l’a fait la presse imprimée (avec 17 % de la population en moyenne), aux informations en ligne (76 % ) et aux réseaux sociaux (44 %). Un quart des Européens s’informent à la radio en 2025, selon le Digital News Report, 2025.

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