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Revue Européenne des Médias et du numérique

22.05.2026 à 08:00

IA générative : des défis pour l’avenir de l’internet ouvert

Jacques-André Fines Schlumberger

Les services d’IA générative amplifient la centralisation de l’accès à internet

Le rapport de l’Arcep analyse l’influence de l’intelligence artificielle générative sur les principes fondamentaux d’un internet dit


Texte intégral (1042 mots)

Les services d’IA générative amplifient la centralisation de l’accès à internet

Le rapport de l’Arcep analyse l’influence de l’intelligence artificielle générative sur les principes fondamentaux d’un internet dit « ouvert ». Il s’est notamment appuyé sur ImpactIA, une étude technique réalisée de février à septembre 2025 par le PEReN, le Pôle d’expertise de la régulation numérique de l’État, dont l’objet fut d’analyser les 16 000 réponses à quelque 800 questions, portant sur quatre thématiques, « politique, sciences, histoire et générale », posées (dix fois en demandant les sources et dix fois sans) à chacun des trois outils d’IA génératives – Mistral, Gemini et Perplexity. Les résultats sont utilisés, dans le rapport, pour illustrer certains enjeux soulevés par les auteurs.

Ces derniers se sont attachés, en particulier, à examiner la compatibilité entre l’émergence des services d’IA générative et le principe de neutralité du net – principe formulé, dès 1974, par les concepteurs de l’architecture TCP/IP, Vinton Cerf et Bob Kahn, popularisé en 2003 par Tim Wu, professeur de droit à l’université Columbia et consacré par l’Europe en 2015. Selon ce principe de neutralité du net, les équipements qui composent le réseau – les routeurs, les serveurs, le matériel, etc. – doivent se borner à acheminer les paquets de données sans discrimination et sans en altérer le contenu. Tim Berners-Lee, inventeur du système hypertexte public, ne disait pas autre chose lorsqu’il rappelait que « si le Web devait devenir une ressource universelle, il devait pouvoir se développer sans entraves », ajoutant qu’« un point unique de contrôle centralisé aurait constitué un goulot d’étranglement limitant son développement ». Sur le plan juridique, l’Union européenne a ainsi consacré ce principe en droit positif avec le règlement (UE) 2015/2120, adopté en novembre 2015, qui impose aux fournisseurs d’accès à internet des obligations de traitement égal du trafic, quel que soit son contenu, son émetteur ou sa destination. L’enjeu est double, selon l’Arcep ; il vise tout à la fois à favoriser l’innovation sur les marchés numériques et à créer un socle pour l’exercice des libertés fondamentales sur internet, parmi lesquelles la liberté d’expression, la liberté d’entreprendre et la liberté d’information. Conçue pour encadrer les fournisseurs d’accès à internet, la neutralité du net s’est toutefois révélée insuffisante à mesure que l’écosystème numérique se transformait. Depuis les premières années 2000, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les systèmes d’exploitation ou encore les boutiques d’applications comme Apple Store et Google Play se sont progressivement imposés comme des intermédiaires incontournables pour accéder aux contenus et aux services en ligne. Ces acteurs ont occupé un rôle que l’Arcep qualifie de « portes d’entrée logicielles », car, sans être des opérateurs de réseau, ils exercent un rôle d’aiguillage comparable, structurant, filtrant ou hiérarchisant l’accès des utilisateurs aux ressources du web.

Face à cette nouvelle complexité, l’Arcep défend depuis plusieurs années une lecture élargie de l’internet ouvert et, dès 2018, dans un rapport intitulé « Les terminaux, maillon faible de l’ouverture d’internet », l’autorité plaidait pour que le principe de neutralité soit appliqué à l’ensemble des couches matérielles et applicatives de l’internet, et non pas aux seules infrastructures des fournisseurs d’accès (voir La rem n°46-47, p.85). Cette approche systémique se retrouve à nouveau au cœur du présent rapport, et l’ouverture d’internet repose, selon l’Autorité, sur « un continuum de conditions techniques et économiques qui doivent garantir à chaque utilisateur la liberté d’accéder, de contribuer et d’innover, quel que soit l’intermédiaire emprunté ». Or, les services d’IA générative s’inscrivent dans cette dynamique d’évolution, mais introduisent une rupture qualitative par rapport aux autres formes d’intermédiation. Là où les moteurs de recherche et les réseaux sociaux se limitaient à trier, à sélectionner et à ordonner des contenus renvoyés aux utilisateurs, les agents conversationnels produisent directement des réponses synthétiques en langage naturel, opérant la transition d’un « moteur de recherche » vers un « moteur de réponse » (voir La rem n°75, p.109). Cette logique de réponse unique concentre la médiation algorithmique en une seule interaction et n’incite pas les utilisateurs à consulter les sources d’origine. La liberté de choix se trouve alors en partie déléguée à la machine. Enfin, le déploiement de l’IA dite « agentique » – des systèmes capables d’interagir directement avec des services tiers, de réserver un trajet, d’effectuer un achat ou de générer un document – ajoute une dimension supplémentaire à cet enjeu. Ces agents ne se contentent plus d’intermédier l’accès aux contenus, ils intermédient l’accès aux services numériques eux-mêmes. L’arbitrage entre plusieurs offres, élément clé de la concurrence et de la neutralité du réseau, pourrait ainsi être internalisé au sein même du service d’IA, sans aucune visibilité pour l’utilisateur.

Pour l’Arcep, le constat est sans appel. Les services d’IA générative prolongent, voire amplifient, une dynamique de centralisation de l’accès à l’internet qui n’a cessé de s’accentuer depuis les années 2000, en totale contradiction avec l’architecture originellement décentralisée du réseau.

IA générative : des défis pour l’avenir de l’internet ouvertL’impact des services d’IA générative sur la liberté de choix, la richesse des contenus et la capacité d’innovation sur internet, Arcep, janvier 2026.

21.05.2026 à 08:00

TikTok ne sera pas fermé aux États-Unis

Alexandre Joux

Après des reports en série de la loi interdisant TikTok USA, Donald Trump a sauvé le réseau social aux États-Unis. Ses proches entrent au capital de la coentreprise qui est créée avec ByteDance pour gérer la


Texte intégral (1457 mots)

Après des reports en série de la loi interdisant TikTok USA, Donald Trump a sauvé le réseau social aux États-Unis. Ses proches entrent au capital de la coentreprise qui est créée avec ByteDance pour gérer la version américaine de TikTok.

Lors de son premier mandat, Donald Trump avait ciblé TikTok, accusé de siphonner les données des Américains au bénéfice du redoutable concurrent chinois. En 2020, le président américain publiait deux décrets imposant à TikTok de céder ses activités aux États-Unis (voir La rem n°54bis-55, p.69). L’alternance en 2020, avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, aura donné un répit à TikTok. Si les décrets de Donald Trump ont été annulés, la volonté de mettre TikTok au pas persiste. En avril 2024, le Protecting Americans from Foreign Adversary Controlled Applications Act était voté, et entrait aussitôt en vigueur grâce aux décrets d’exécution signés par Joe Biden. Il impose par la loi la cession de TikTok USA à des investisseurs américains, ou alors sa fermeture, avant le 19 janvier 2025 (voir La rem n°71, p.77). TikTok cherchera à éviter le pire, en plaidant le free speech contre toute forme de censure des applications, allant jusqu’à la Cour suprême, le 10 janvier 2025. Las, la Cour suprême confirmera le bien-fondé des décrets Biden le 17 janvier 2025. Le 19 janvier 2025, TikTok disparaissait des magasins d’applications d’Apple et de Google aux États-Unis. Pour les utilisateurs de TikTok disposant déjà de l’application, toute mise à jour devenait impossible. Enfin, TikTok a lui-même suspendu ses services dès le samedi 18 janvier 2025, offrant un écran noir à ses utilisateurs.

Mais TikTok USA sera de nouveau sauvé par l’alternance politique. Opposé à TikTok lors de son premier mandat, Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche en adversaire résolu de Meta et de son fondateur, Mark Zuckerberg, qui avait autorisé la fermeture de son compte après l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 (voir La rem n°61-62, p.51). Donald Trump préfère donc désormais TikTok, qui lui a été utile lors de sa campagne. Il réagit sur son réseau Truth Social dès le 19 janvier 2025, six jours après son investiture, et annonce qu’il va sauver TikTok. Le réseau social est présenté comme une alternative à la galaxie Meta par Trump, estimant même qu’il a contribué à sa réélection, alors que Facebook et Instagram seraient pétris de wokisme (voir La rem n°73-74, p.78). Populiste à souhait et conscient que la fermeture de TikTok pénalise ses 170 millions d’utilisateurs américains, Donald Trump propose une solution : une coentreprise entre ByteDance (le propriétaire chinois de TikTok) et des investisseurs américains. Il confirme également, dans la foulée de la fermeture de TikTok, qu’il s’apprête à publier un décret retardant de 90 jours l’entrée en application de la loi. « Welcome back », dira-t-il. Quatorze heures plus tard, l’application TikTok a rouvert aux États-Unis, le 19 janvier 2025, le jour même où la loi prévoyait sa disparition. Depuis, elle n’a jamais fermé parce que Donald Trump a tout fait pour sauver TikTok USA.

Un bon « deal » se profile alors, pour parler comme Donald Trump, puisque la vente, dont il se mêle, va impliquer ses proches soutiens. Dans un premier temps, la filiale américaine est évaluée à quelque 50 milliards de dollars, avec un accord à conclure au plus tard le 5 avril 2026. Le calendrier, cette fois-ci, ne sera pas favorable à TikTok. En relançant la guerre commerciale le 2 avril 2025 avec le « Liberation Day », Donald Trump interdit finalement tout accord avec la Chine sur TikTok USA. Fidèle à ses engagements, le président américain prolongera une deuxième fois le délai pour trouver un accord en suspendant, le 4 avril 2025, l’application de la loi pour 75 jours supplémentaires. Il faudra prolonger encore la suspension une troisième fois, avec le 17 septembre 2025 comme nouvelle date butoir.

Le calendrier va déraper de nouveau, mais, le 25 septembre 2025, un décret est enfin signé qui précise pour la première fois les conditions de la cession par ByteDance de TikTok aux États-Unis. Le principe de la coentreprise est conservé, mais ByteDance ne pourra prétendre qu’à une participation de 20 % du capital au maximum. Les 80 % de capital restant doivent être détenus par des investisseurs américains dont les principaux sont impérativement représentés au sein du conseil d’administration de TikTok USA. Le fil d’actualité ne sera pas modifié sur le réseau social, car la version américaine de TikTok bénéficiera d’une copie de l’algorithme chinois, isolée et activée depuis les États-Unis. Le décret est accompagné de messages de Donald Trump se congratulant d’une bonne discussion avec le président chinois Xi Jinping qui a donné son accord sur le principe. Entre-temps, le prix de vente de TikTok USA est tombé à 14 milliards de dollars, le « deal » devenant l’affaire du siècle pour les investisseurs américains qui parviendront à entrer à son capital. Il s’agira de proches ou d’alliés de Donald Trump.

Le 18 décembre 2025, les médias américains relayaient la conclusion d’un accord entre ByteDance et trois investisseurs pour créer la coentreprise TikTok USA, répondant ainsi aux exigences du Protecting Americans from Foreign Adversary Controlled Applications Act. Le 22 janvier 2026, ByteDance va confirmer la création de la coentreprise pour TikTok USA avec, pour principaux investisseurs, Silver Lake (qui participe aussi au LBO, leverage buy-out, sur Electronic Arts avec Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, voir infra), Oracle (son fondateur, Larry Ellison, est un soutien fervent de Donald Trump) et le fonds MGX (qui opère depuis Abu Dhabi), chacun prenant 15 % du capital de la nouvelle structure. Ils seront représentés au conseil d’administration de cette nouvelle structure, qui comptera sept membres, majoritairement américains. ByteDance y conserve une participation de 19,9 %, car le groupe chinois ne renonce pas pour autant au marché américain où il conserve ses activités commerciales, principalement le commerce en ligne et la vente de publicité. En revanche, TikTok USA sera chargé de gérer et de protéger les données des utilisateurs américains, de la modération des contenus sur le réseau social et de la gestion de la « copie » de l’algorithme chinois de TikTok. Oracle sera son partenaire pour l’hébergement et le contrôle de la gestion des données sur le sol américain. Avec TikTok USA, les amis de Donald Trump prennent donc la main sur TikTok, parachevant la mise sous tutelle des réseaux sociaux aux États-Unis. En effet, Elon Musk a déjà converti X à la révolution « Maga », même s’il prend désormais ses distances avec le président américain. Mark Zuckerberg est, de son côté, convaincu qu’une nouvelle époque s’annonce, qui lui permet de laisser libre cours à toutes les opinions sur ses réseaux sociaux, notamment celles de l’Amérique de Donald Trump, jusqu’ici trop réprimées selon lui. Il faudra un peu de recul pour savoir si le free speech américain sortira grand vainqueur de ces changements, ou si cette reprise en main des réseaux sociaux est l’amorce d’un étouffement programmé de la liberté d’expression dans la vieille démocratie américaine.

Sources :

  • Goulard Hortense, « La Cour suprême des États-Unis ne sauvera probablement pas TikTok », Les Échos, 13 janvier 2025.
  • « Donald Trump offre un sursis à TikTok, qui annonce relancer son application aux États-Unis », Les Échos, 20 janvier 2025.
  • Lentschner Karen, « Donald Trump s’érige en sauveur de TikTok aux États-Unis », Le Figaro, 21 janvier 2025.
  • Lentschner Karen, « TikTok planche sur une nouvelle application aux États-Unis », Le Figaro, 8 juillet 2025.
  • Boitel Julien, « Donald Trump place ses proches au capital de TikTok aux États-Unis », Les Échos, 29 septembre 2025.
  • « TikTok signe un accord et échappe à son interdiction aux États-Unis », libération.fr, AFP, 19 décembre 2025.
  • « TikTok tourne officiellement la page de ses déboires judiciaires aux États-Unis », Les Échos, 26 janvier 2026.

Texte intégral (1421 mots)

Pour distinguer les images du réel de celles générées par des IA génératives, leurs concepteurs – parmi lesquels Microsoft, OpenAI, Google ou encore Meta – cherchent à créer une étiquette de traçabilité pour contenu numérique. Cette norme technique ouverte viserait à certifier l’origine et l’historique des contenus numériques.

Le 7 juillet 2005, quelques minutes après les attentats de Londres, un citoyen ordinaire, Alexander Chadwick, immortalise l’évacuation des passagers d’une rame de métro dans un tunnel près de la station Kings Cross à l’aide de son téléphone portable. Pour la première fois dans l’histoire de la presse écrite, The New York TimesThe Guardian et The Times publient en Une un cliché pris par un amateur, de mauvaise qualité, les seules images disponibles étant celles des victimes et des survivants prises avec leur téléphone. Avec l’avènement grand public en 2022 des intelligences artificielles génératives, ce temps est révolu. Médias, agences de presse, constructeurs d’appareils photo et éditeurs de logiciel cherchent le moyen de certifier la véracité des images. Car, dorénavant, « il n’y a pas de solutions technologiques fiables pour déceler des images produites par l’IA par rapport à des appareils photo », avoue Éric Baradat, directeur adjoint de l’information à l’Agence France-Presse et responsable des départements Photo, Infographie, Documentation et Data.

Fondée en 2021, la Coalition for Content Provenance and Authenticity (C2PA) est une alliance industrielle, enregistrée sous la forme d’une organisation à but non lucratif qui est placée sous l’égide de la Fondation Linux. Son comité de pilotage réunit Adobe, BBC, Google, Meta, Microsoft, OpenAI, Publicis Groupe, Sony, Truepic et Amazon. Elle découle de la fusion de deux projets antérieurs : d’une part, la Content Authenticity Initiative, fondée en novembre 2019 par Adobe, The New York Times, Twitter, ainsi que les fabricants d’appareils photo Leica et Nikon et, d’autre part, le Project Providence, lancé en 2022 par Microsoft et Truepic, une technologie de vérification photo (voir La rem n°67, p.35). Ces acteurs collaborent pour « créer des normes techniques ouvertes et interopérables permettant d’établir la provenance et l’authenticité des contenus numériques ». Les travaux actuels de la C2PA se concentrent sur le développement et la publication des Content Credentials, lesquels constituent « la norme technique de la C2PA pour les métadonnées inviolables pouvant être associées à divers types de contenus, notamment les images, l’audio, la vidéo et les documents ». Ces Content Credentials permettent aux créateurs de joindre au contenu numérique des informations de provenance, telles que la date de création, les outils utilisés et les détails des modifications successives.

Au moment où une photo est prise, nécessairement avec un appareil photo compatible, ou encore générée par une IA, le matériel ou le logiciel employé crée le hash de l’image, une fonction mathématique qui en fige une empreinte numérique unique et signe cette empreinte avec une clé privée sécurisée, en y joignant un « manifeste », un document qui contient des informations comme l’appareil utilisé, la date, les coordonnées GPS, ou le modèle d’IA. Si l’image vient à être retravaillée par un logiciel type Adobe Photoshop, le certificat original n’en sera pas pour autant modifié, mais une nouvelle couche d’informations sera ajoutée avec la description des changements effectués – recadrage, modification des couleurs ou ajout d’éléments –, avant d’être à nouveau signée et liée cryptographiquement à la version précédente. Enfin, ce système permet de contrôler facilement la véracité de l’image, en s’assurant, à partir de la clef publique de l’émetteur, que la signature correspond bien à l’image affichée. Avec un seul pixel modifié sans passer par un logiciel de signature compatible, l’empreinte numérique ne correspondra plus à l’originale, et le certificat sera déclaré invalide.

Cette approche, bien que louable, soulève néanmoins quelques interrogations. Parce que les Content Credentials reposent sur des métadonnées attachées au fichier original, une capture d’écran d’une image certifiée ou la photographie d’un écran affichant l’image originale rend le nouveau contenu non conforme alors que l’image n’a pas été modifiée. À l’inverse, si une personne prend en photo un écran d’ordinateur affichant une fausse image avec un appareil photo certifié C2PA, un certificat d’authenticité sera bien généré, mais le contenu sera un faux. Une autre faille, plus complexe à mettre en œuvre, a récemment été révélée par un particulier, possesseur d’un appareil Nikon de dernière génération. Il a détourné la fonction dite d’« expositions multiples », qui sert à fusionner plusieurs clichés afin d’en obtenir un meilleur (lumière, contre-jour, etc.) dans le but d’appliquer le certificat d’authenticité d’une image sur une fausse image importée sur l’appareil. Autre problème : de nombreux réseaux sociaux comme Instagram ou X, ou encore des logiciels de messagerie instantanée comme WhatsApp, compressent les images pour économiser de la bande passante, ce qui supprime les métadonnées C2PA, alors qu’ils sont justement bien souvent à l’origine même de la diffusion de ces fausses informations.

Bien que la norme soit ouverte, les professionnels de l’image devront s’équiper d’un matériel plus récent ou de logiciels spécifiques pour créer des contenus certifiés. Le module C2PA est, par exemple, disponible sur le Leica M11-P, qui coûte 8 000 euros. Si un média souhaite intégrer la chaîne de vérification pour pouvoir signer cryptographiquement des images, il devra investir lourdement en serveurs et logiciels. En 2025, France Télévisions est ainsi devenu le premier média français à certifier les vidéos de ses journaux télévisés. Si la norme s’impose, le risque est que tout contenu non signé soit automatiquement considéré comme faux ou suspect, excluant de facto les créateurs indépendants, les artistes ou les citoyens journalistes, au risque de créer un clivage entre ceux qui ont les moyens d’utiliser la norme et les autres.

Enfin, la liste des membres de la coalition – dont Microsoft, OpenAI, Google ou encore Meta – révèle l’hyper concentration du pouvoir technologique et médiatique entre les mains des entreprises qui sont précisément à l’origine de la prolifération des outils de génération de faux contenus, et qui s’organisent entre elles pour apporter une solution au problème qu’elles ont créé. Le monde deviendrait alors dépendant de normes et de certificats gérés par une poignée de géants technologiques à la fois juge et partie. Adobe, notamment, vend à la fois les outils pour modifier les images avec le logiciel Photoshop et les outils pour certifier qu’elles ont été modifiées.

L’inconvénient majeur de la Coalition est qu’elle tente de résoudre un problème social lié à la perte de confiance et au mensonge, par une solution purement technique, laquelle compliquera, certes, la tâche des faussaires amateurs, mais qui ne pourra vraisemblablement pas empêcher la manipulation professionnelle, tout en créant de nouvelles barrières à l’entrée pour les créateurs légitimes.

Sources :

  • Coalition for Content Provenance and Authenticity (C2PA), c2pa.org
  • C2PA’s Content Credentials, contentcredentials.org
  • « Major vulnerability in Nikon’s C2PA feature on the Z6 III detected by a reader? », nikonrumors.com, September 3, 2025.
  • « France Télévisions adopte la norme C2PA pour authentifier ses contenus… et reçoit l’EBU Techonology Award », France Télévisions,
    16 septembre 2025.
  • Joly Marius, « Comment savoir si une image est authentique ? La réponse des agences de presse face à la menace de l’IA », larevuedesmedias.ina.fr, 12 janvier 2026.

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