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L’expertise universitaire, l’exigence journalistique

01.10.2026 à 15:39

Le régime iranien va-t-il perdre son influence sur l’Irak ?

Pierre Firode, Professeur agrégé de géographie, membre du laboratoire Médiations (Sorbonne Université), Sorbonne Université; Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay
L’Iran mobilise les milices irakiennes dans ses opérations visant l’Arabie saoudite, ce qui suscite un mécontentement de plus en plus sensible des leaders irakiens.

Texte intégral (2072 mots)

L’ESSENTIEL

  • L’escalade iranienne au Moyen-Orient fragilise les milices chiites irakiennes proches de Téhéran.

  • Des figures chiites de premier plan dénoncent l’implication de l’Irak dans la guerre et l’influence iranienne.

  • L’escalade actuelle risque d’affaiblir l’influence iranienne auprès d’une partie de la population chiite et de favoriser le renforcement de l’État irakien.


Près de six mois après le déclenchement de la guerre en Iran, le résultat de l’opération lancée par la coalition américano-israélienne a de quoi surprendre. Non seulement le régime iranien tient, mais il parvient à déployer sa capacité de nuisance tant à l’échelle régionale que mondiale. Après la fermeture du détroit d’Ormuz, la République islamique est parvenue, par l’intermédiaire de ses proxys houthistes à bloquer le détroit de Bab-al-Mandeb et semble en capacité de paralyser les exportations saoudiennes de pétrole, comme le montre l’attaque menée par des milices irakiennes pro-iraniennes, le 11 septembre, sur le principal oléoduc est-ouest du pays.

Dans le domaine diplomatique, Téhéran semble également enchaîner les succès et sortir de son isolement, ainsi que l’indique la rencontre des ministres des affaires étrangères iranien et chinois, le 16 septembre à Pékin, au terme de laquelle la Chine a réaffirmé son « soutien à l’Iran » dans la défense de ses « intérêts légitimes ». Ces événements récents incitent certains observateurs à conclure au renforcement du régime, voire à la victoire de l’Iran dans la guerre en cours.

Pourtant, en rompant le cessez-le-feu au début du mois de juillet 2026 puis en frappant certaines infrastructures énergétiques saoudiennes, l’Iran s’est lancé dans une phase offensive qui implique un coût politique élevé pour la République islamique. Ainsi, les frappes sur l’Arabie saoudite, parce qu’elles ont été menées depuis le territoire irakien, ont suscité de vifs débats politiques en Irak et ont poussé les leaders chiites à envisager le désarmement des milices pro-iraniennes.

Même si ces tensions internes au monde chiite ne retiennent pas beaucoup l’attention des médias occidentaux, elles révèlent des mutations durables et profondes qui vont toutes dans la direction d’un affaiblissement de l’Iran au sein de l’arc chiite.

L’escalade iranienne et la fragilisation des milices de l’« axe de la résistance »

Il ne faudrait pas conclure de l’offensive houthiste sur Bab-al-Mandeb que l’« axe de la résistance » se renforce partout à la faveur de la guerre. À l’inverse des houthistes qui s’alignent, semble-t-il, sur les décisions de Téhéran, plusieurs acteurs situés dans d’autres pays de l’« arc chiite » prennent leurs distances avec Téhéran et sa stratégie d’extension du domaine de la guerre.

En Irak, l’escalade iranienne pousse le gouvernement d’Ali Al-Zaïdi, pourtant dominé par les partis chiites, à désarmer la coalition de milices chiites pro-iraniennes du Hachd al-Chaabi (créée en Irak avec le soutien de l’Iran pour combattre Daech) ou à les intégrer à l’appareil d’État.

L’ultimatum lancé par le gouvernement aux milices pro-iraniennes en juin 2026, qui les oblige à intégrer l’appareil d’État ou à se désarmer d’ici le 30 septembre 2026, poursuit un objectif clair : empêcher Téhéran d’actionner ces milices pour frapper l’Arabie saoudite et le Koweït, ce qui entraînerait l’Irak dans un processus d’escalade avec les monarchies du Golfe.

Or, même si le gouvernement a finalement choisi de repousser la fin de l’ultimatum à l’été 2027, cette confrontation entre l’État et les milices pilotées par Téhéran semble, dans un premier temps, tourner plutôt à l’avantage de Bagdad puisque plusieurs milices ont, dès l’été 2026, choisi d’obéir au gouvernement plutôt qu’aux injonctions du parrain iranien. La milice saadriste Saraya-al Salam, chiite mais nationaliste et hostile aux ingérences iraniennes, a rapidement montré la voie en proposant, en amont de l’ultimatum, dès le mois de mai, l’absorption de toutes ses forces par l’État.

Preuve du recul de la mainmise de Téhéran sur ses milices, l’Asaïb Ahl al-Haq (AAH), milice pourtant très proche de l’Iran, annonce en juin, par l’intermédiaire de son leader Qais-al-Kazahli, son retrait du Hachd al-Chaabi et sa volonté de se soumettre à Bagdad. Même si les autres milices du Hachd al-Chaabi, comme le Kataeb Hezbollah notamment, n’ont pas encore répondu favorablement à l’ultimatum de l’État irakien, plusieurs facteurs permettent d’espérer leur alignement sur la ligne des saadristes ou du AAH.

Les milices chiites soucieuses de s’intégrer à l’État et de limiter ainsi les ingérences de Téhéran disposent d’une légitimité religieuse supérieure puisqu’elles peuvent compter sur le soutien d’Ali al-Sistani, principal marja (juriste possédant la plus haute autorité dans le chiisme duodécimain) des chiites irakiens qui a exprimé publiquement son soutien à l’État dans son effort de désarmement ou d’absorption des milices pro-iraniennes.

Rappelons d’ailleurs que le Hachd al-Chaabi avait été fondé en 2014 dans le contexte de la guerre contre Daech par une fatwa du même Al-Sistani, qui conçoit ces milices comme des outils défensifs tournés contre l’expansion de l’État islamique et non comme un outil de domination iranienne sur l’Irak – et encore moins comme une force de déstabilisation des voisins du Golfe.

De plus, l’évolution actuelle du régime iranien, dont la composante cléricale et religieuse se trouve de plus en plus éclipsée par le pouvoir militaire des Gardiens de la révolution, prive les milices pro-iraniennes d’une légitimité religieuse capable de concurrencer celle d’Al-Sistani.

Une escalade condamnée par l’opinion chiite

Dans ce contexte, le soutien indéfectible des milices du Hachd al-Chaabi à l’Iran et à sa politique d’escalade pourrait les couper complètement de leur assise populaire.

Plusieurs indices semblent confirmer que la population chiite irakienne est hostile à la l’escalade opérée par Téhéran. La condamnation très ferme des bombardements par plusieurs figures politiques chiites très populaires, comme Moqtada Sadr, semble confirmer cette hypothèse. Toujours soucieux de conserver le soutien de la rue chiite, Moqtada Sadr fustige les milices iraniennes et leur volonté d’appliquer la politique d’escalade de Téhéran. Dans un tweet du 30 juillet 2026, au lendemain de frappes américano-saoudiennes déclenchées en réaction aux attaques précédentes du Hachd al-Chaabi et qui ont fait une vingtaine de morts en Irak, le leader chiite irakien déclarait :

« Les agissements effrontés des milices et le fait que les armes ne soient pas exclusivement entre les mains de l’État ont causé et continuent de causer, sans aucune justification, le martyre des combattants des Forces populaires et des forces de sécurité. Pendant ce temps, leurs dirigeants jouissent de la sécurité, du confort et du commerce. C’est bien assez de ces comportements individuels et irrationnels. »

Ce tweet permet de comprendre la stratégie politique du leader chiite qui profite de la guerre pour revenir au cœur du débat politique. L’escalade iranienne lui permet de développer un discours hostile aux leaders « vendus » à l’Iran, qui imposent à leurs combattants une stratégie contraire à leurs propres intérêts et à ceux de l’Irak. Le tweet suggère ainsi un lien entre l’application par les Hachd al-Chaabi des ordres de Téhéran d’une part et la corruption de ses chefs d’autre part, et se fait l’écho d’un nationalisme irakien exacerbé par la politique de Téhéran consistant à impliquer l’Irak dans des affrontements qui n’apportent rien de bénéfique à celui-ci.

Les frappes menées par Téhéran depuis l’Irak sur l’Arabie saoudite fournissent l’occasion idéale pour les leaders nationalistes comme Moqtada Sadr de dénoncer l’emprise de l’Iran sur les milices irakiennes, comme le rappelle cet autre tweet du 29 juillet :

« Je condamne les agissements des milices effrontées qui entraînent l’Irak dans une guerre stérile, j’appelle le gouvernement irakien à rétablir la sécurité, à faire respecter la souveraineté et à œuvrer sans relâche pour la sécurité du peuple irakien et de ses lieux saints, sans se laisser entraîner par les superstitions sectaires répugnantes. »

Moqtada Sadr se fait le relais d’un discours que la guerre rend plus palpable et évident aux yeux des Irakiens chiites : l’action des milices iraniennes, en plus d’inclure l’Irak dans la guerre, participe au processus de confessionnalisation du pays qui le divise et fragilise sa souveraineté au profit de Téhéran.

Affaiblissement des milices, renforcement des États ?

Ainsi, les succès des proxys iraniens en Arabie saoudite se font aux dépens du soft power iranien au sein de l’arc chiite en Irak. Il convient dès lors de nuancer l’image d’une République islamique qui sortirait renforcée de la guerre. De tous les pays qui le composent, l’Irak semble être le principal maillon faible de l’« axe de la résistance » puisque les milices chiites irakiennes se trouvent face à un dilemme : soit exécuter les ordres de Téhéran et s’aliéner ainsi le soutien populaire d’une partie de la rue irakienne (y compris chiite), soit s’intégrer à l’appareil d’État irakien, mais perdre le soutien du parrain iranien.

La vivacité du nationalisme irakien, réveillé par les ingérences iraniennes, la légitimité des élites religieuses chiites irakiennes et surtout leur autonomie vis-à-vis de Téhéran semblent indiquer que ces milices refuseront les injonctions à l’escalade venues de Téhéran. Une pareille dynamique, si elle s’appliquait à d’autres milices pro-iraniennes, comme le Hezbollah au Liban, pourrait stabiliser significativement le Moyen-Orient en renforçant des États comme le Liban ou l’Irak, dont la République islamique voulait détruire la souveraineté.

The Conversation

Pierre Firode ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.


Texte intégral (1941 mots)
Le 30 septembre, à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, Benyamin Nétanyahou s’entretient avec Yaniv Hayoun (l’un des passagers ayant neutralisé le co-pilote qui venait de poignarder le pilote de l’avion) et sa famille. Le vol a finalement pu se poser sur un aéroport saoudien, et un autre vol a permis aux passagers de rejoindre Tel-Aviv. Hayoun porte encore les vêtements tachés du sang du pilote, grièvement blessé pendant l’attaque. Kobi Gideon/Government Press Office

L’ESSENTIEL

  • À l’approche des élections du 27 octobre, Benyamin Nétanyahou tente de profiter de la tentative de détournement, au-dessus de l’Arabie saoudite, d’un vol Flydubai en direction de Tel Aviv, le 30 septembre, pour conforter son image de « protecteur d’Israël ».

  • Cette image a été affaiblie par les récentes révélations sur les défaillances sécuritaires en amont du massacre du 7 octobre 2023.

  • L’opposition espère provoquer l’alternance, mais la formation d’une coalition autour de Gadi Eisenkot, fondateur du parti Yashar, lui-même militaire chevronné, s’annonce incertaine.


Ce 30 septembre, la tentative de détournement d’un vol Dubaï-Tel-Aviv transportant 170 passagers, pour la plupart israéliens, a une nouvelle fois rappelé aux Israéliens la menace constante que représentent le terrorisme et la guerre. Seuls le courage du commandant de bord et celui des passagers ont permis d’éviter une catastrophe majeure. Quelques heures plus tôt, Benyamin Nétanyahou avait publié une vidéo dans laquelle il prévenait ses compatriotes que, à l’approche des élections législatives du 27 octobre, des attaques extérieures étaient à redouter.

Dans un premier temps, ses adversaires avaient qualifié ces propos de manœuvre destinée à détourner le débat public vers les questions de sécurité et à faire oublier la responsabilité du premier ministre dans les graves défaillances qui avaient permis les attaques du Hamas du 7-Octobre. Mais les événements survenus à bord du vol Flydubai sont venus confirmer l’avertissement de Nétanyahou.

À l’approche du scrutin, le premier ministre au plus long mandat de l’histoire du pays espère toujours restaurer son image de « protecteur d’Israël ». Il n’a d’ailleurs pas tardé à intégrer cet épisode à sa campagne, en publiant sur ses réseaux sociaux une vidéo et des photos le montrant en train de féliciter un passager – qui se trouve être un de ses partisans –, qui s’était précipité dans le cockpit.

Les critiques se multiplient sur les défaillances du 7-Octobre

Malgré les récentes révélations, Nétanyahou refuse toujours d’assumer la responsabilité de l’attaque terroriste du 7 Octobre. Il s’est opposé à la création d’une commission d’enquête nationale indépendante chargée d’examiner les défaillances ayant rendu l’attentat possible et a tenté, sans succès, de mettre en place une autre commission d’enquête, qui lui aurait été plus favorable.

Le premier ministre a affirmé à plusieurs reprises que les responsables de la sécurité ne l’avaient pas averti de l’imminence de l’assaut. Selon lui, « s’ils l’avaient réveillé plus tôt » le 7 octobre, « les choses auraient été très différentes ».

Des informations récentes dressent toutefois un tableau différent. Plusieurs médias ont rapporté que les services de sécurité israéliens, ainsi que Nétanyahou lui-même, avaient reçu des avertissements explicites dans les jours précédant l’attaque de 2023. Ces alertes provenaient de hauts responsables arabes, notamment du chef des services de renseignement égyptiens, mais aussi de dirigeants étrangers, comme Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis.

Un livre récent affirme également que Nétanyahou avait reçu un avertissement direct de Yahya Sinouar, le chef du Hamas considéré comme l’architecte de l’attaque, mais que le premier ministre et ses principaux responsables de la sécurité n’avaient interprété ces avertissements annonçant un « tremblement de terre » – pour reprendre le terme employé par Sinouar – qui se préparait à Gaza que comme une demande de concessions économiques en faveur des Palestiniens.

Les responsables israéliens étaient prisonniers de ce que l’on appelle en Israël la conceptzia : un ensemble détaillé et profondément ancré de présupposés concernant les capacités et les intentions de l’ennemi. Le terme avait été forgé pour décrire les défaillances des services de renseignement israéliens avant la guerre israélo-arabe de 1973.

En 2023, la conceptzia de Nétanyahou, partagée par de nombreux responsables de la sécurité, reposait notamment sur l’idée que l’argent qatari versé au Hamas permettrait, selon les termes de ses détracteurs, d’« acheter le calme ».

Nétanyahou avait approuvé, à partir de 2018, le transfert de millions de dollars du Qatar vers Gaza. Loin de servir à venir en aide aux Gazaouis les plus démunis, une grande partie de ces fonds aurait, selon les services de renseignement israéliens, contribué au développement des capacités militaires du Hamas et de son infrastructure terroriste souterraine.

L’opposition peut-elle tirer parti de la situation ?

Aux législatives du 27 octobre prochain, Nétanyahou fait face à une opposition regroupée au sein du bloc « ABBA » (« Anyone But Bibi Again », soit « n’importe qui sauf encore Bibi »). Son principal adversaire est le parti Yashar ! dont le nom signifie « direct » ou « franc », dirigé par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal, dont le fils a été tué au combat pendant la guerre à Gaza en décembre 2023.

Les sondages indiquent régulièrement que Yashar ! devrait devenir le premier parti à l’issue des élections. Mais la formation d’une coalition pourrait se révéler difficile : le bloc d’Eisenkot rassemble des partis de droite, de gauche et du centre, qui ont peu de points communs en dehors de leur volonté de chasser Nétanyahou du pouvoir. Une coalition comparable, dirigée par Naftali Bennett et Yaïr Lapid, s’était rapidement disloquée en 2022.

Par ailleurs, plusieurs partis sionistes exigent que le prochain gouvernement soit exclusivement « sioniste » et refusent de participer à une coalition incluant le parti arabo-islamiste Ra’am.

Ra’am avait été la pièce manquante qui avait permis la formation du gouvernement Bennett-Lapid, après que quatre élections consécutives, jusqu’en 2022, eurent laissé les différents camps sans possibilité de dégager une majorité gouvernementale. Sans Ra’am, le bloc ABBA pourrait donc ne pas être en mesure de former une coalition.

Le sort de plusieurs petits partis qui doivent franchir le seuil électoral pour entrer à la Knesset constitue par ailleurs une inconnue presque impossible à anticiper. Si des voix des blocs pro- ou anti-Nétanyahou se reportent sur de petites formations qui n’atteignent finalement pas le seuil requis, cela pourrait modifier sensiblement le résultat.

Jusqu’à récemment, les sondages indiquaient de manière assez constante qu’une alternance était envisageable. Mais ces dernières semaines, l’écart entre les blocs favorables et opposés à Nétanyahou s’est resserré, notamment parce que les sondages ne prennent pas en compte les partis arabes ni le parti de centre droit Hendel/Zelekha. Reste d’ailleurs à savoir si ce dernier parviendra lui-même à franchir le seuil électoral.

L’ombre du 7-Octobre sur le scrutin

Quelques jours avant les élections, les Israéliens commémoreront dans le recueillement le troisième anniversaire de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Près de 1 200 Israéliens de tous âges avaient été massacrés lors de ce « samedi noir », environ 250 personnes avaient été enlevées, de nombreuses femmes avaient été violées et des quartiers entiers avaient été pillés et détruits.

La guerre à Gaza qui a suivi a fait plus de 70 000 morts palestiniens, de vastes portions de l’enclave ont été réduites en ruines et 1,2 million de personnes se sont retrouvées sans logement.

Le 7-Octobre est omniprésent dans la campagne électorale, particulièrement tendue. Nombre de candidats sont des proches de victimes ou des soldats blessés pendant la guerre. Un sondage réalisé auprès du nombre exceptionnellement élevé de jeunes électeurs qui voteront pour la première fois montre que le 7-Octobre a profondément fait évoluer leurs positions vers la droite.

Ce qui inquiète le plus de nombreux Israéliens, c’est que les élections débouchent une nouvelle fois sur une impasse politique. L’État hébreu a besoin, dans l’urgence, d’un dirigeant capable d’assurer sa sécurité alors que les critiques se multiplient à propos de la guerre à Gaza, que l’antisémitisme se répand à travers le monde et que surviennent désormais des incidents comme la tentative de détournement du vol Flydubai.

Nétanyahou cherchera évidemment à se présenter comme celui qui est capable de relever ces défis. Mais ses adversaires en feront tout autant.

The Conversation

Ran Porat est chercheur associé au Conseil australo-israélien pour les affaires juives (AIJAC) et chercheur à l'Institut international de lutte contre le terrorisme de l'université Reichman, à Herzliya, en Israël. Il est également un ancien officier du renseignement militaire des Forces de défense israéliennes (FDI).

01.10.2026 à 12:44

Élections au Brésil : une campagne terne et numérique qui accroît l’incertitude sur l’issue du scrutin

Sergio Abranches, Ex-professor titular do IUPERJ/Uerj e ex-professor visitante no Departamento de Economia e Administração (FEA), Universidade Federal do Rio de Janeiro (UFRJ)
À quelques jours de l’élection présidentielle au Brésil, Lula devance Flávio Bolsonaro dans les sondages. Mais le nombre élevé d’indécis et une campagne atone entretiennent l’incertitude.

Texte intégral (2414 mots)

L’ESSENTIEL

  • À quelques jours de l’élection présidentielle au Brésil, Lula devance Flávio Bolsonaro, mais près d’un tiers des électeurs restent indécis.

  • La campagne, peu visible dans les rues et largement numérique, peine à mobiliser les électeurs.

  • Les élections au Congrès seront aussi décisives pour la capacité du prochain président à gouverner.


À quelques jours du scrutin présidentiel du 4 octobre 2026, la campagne électorale brésilienne se déroule dans une atmosphère bien moins tendue qu’on aurait pu s’y attendre, compte tenu de la forte polarisation qui traverse le pays.

Les derniers sondages font par ailleurs apparaître peu d’évolutions dans le paysage politique, toujours dominé par le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva et son principal adversaire de droite, Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, aujourd’hui incarcéré.

Mais prédire l’issue de l’élection présidentielle brésilienne est un exercice délicat. Au Brésil, le vote est obligatoire pour les citoyens sachant lire et écrire âgés de 18 à 70 ans. Si aucun candidat à la présidence n’obtient 50 % des suffrages valides plus une voix au premier tour – sans compter les abstentions, les votes blancs et les bulletins nuls –, les deux candidats arrivés en tête s’affrontent au second tour, prévu le 25 octobre 2026.

Dans la situation actuelle, la tenue d’un second tour apparaît très probable. Mais, en tant que politologue étudiant les élections brésiliennes depuis plusieurs décennies, je pense qu’il est encore trop tôt pour fonder des analyses sur les simulations de second tour. Si l’on en croit les sondages spontanés, environ 30 % des électeurs restent indécis au premier tour. Dans ce type de sondage, les personnes interrogées indiquent pour qui elles comptent voter sans qu’une liste de candidats leur soit proposée. Historiquement, cette méthode donne une estimation du nombre d’indécis plus proche de la réalité.

La moyenne des 18 derniers sondages réalisés jusqu’au 22 septembre donne 39,4 % des intentions de vote au président sortant Lula, contre 33,6 % à Flávio Bolsonaro. Des chiffres assez proches de ceux du dernier sondage Quaest, publié le 21 septembre, qui crédite Lula de 37 % et Flávio Bolsonaro de 33 %.

Si l’on fait la moyenne de ces 18 sondages, les réponses spontanées montrent que 27 % des électeurs sont encore indécis. Le sondage Quaest avance une proportion plus élevée, à 35 %. On peut donc estimer que les indécis représentent entre 30 % et 35 % de l’électorat. Un niveau d’incertitude particulièrement élevé à quelques jours du scrutin.

Je pars donc de l’hypothèse que la relative stabilité des sondages – dont les variations restent dans la marge d’erreur – et la forte proportion d’indécis témoignent d’une campagne particulièrement terne. De fait, la campagne est peu visible dans les rues : on voit beaucoup moins de drapeaux et d’autocollants que lors des précédentes élections.

Une campagne en ligne qui peine à mobiliser

Deux autres hypothèses peuvent expliquer ce manque d’enthousiasme. La première est que ni Lula ni Flávio Bolsonaro ne semblent capables de mobiliser suffisamment les Brésiliens pour les faire descendre dans la rue et participer activement à la campagne. Même au sein de leurs propres cercles de sympathisants, les doutes semblent nombreux quant à leur capacité à susciter un véritable élan.

La seconde est que la campagne électorale de 2026 se déroule désormais principalement sur les plates-formes numériques. Or, une campagne essentiellement en ligne réduit les interactions en face à face et atténue l’effervescence que peuvent créer les moments spontanés lors des rassemblements. Les électeurs peuvent alors se demander si ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux reflète réellement l’état de l’opinion ou seulement ce que les algorithmes ont choisi de leur montrer. Les réseaux sociaux ont en effet tendance à créer des bulles très cloisonnées, qui laissent peu de place au débat.

Cette polarisation apparaît très nettement dans les sondages lorsqu’on examine les intentions de vote en fonction de l’orientation politique des électeurs. Parmi les lulistes, 91 % choisissent Lula, tandis que 90 % des bolsonaristes soutiennent Flávio Bolsonaro. À gauche, parmi ceux qui ne se définissent pas comme lulistes, 78 % disent qu’ils voteront pour Lula. À droite, parmi les non-bolsonaristes, 67 % soutiennent Flávio Bolsonaro. Quant aux électeurs qui se disent indépendants, ils sont partagés. C’est ce que montrent les chiffres du sondage Quaest du 21 septembre.

Dans ce même sondage Quaest, interrogés sur la possibilité de changer encore leur choix pour le premier tour, 79 % des électeurs affirment que leur décision est définitive, tandis que 21 % disent pouvoir encore changer de candidat.

Cette proportion de 21 % d’électeurs susceptibles de revoir leur choix laisse entrevoir une forte volatilité du vote cette année, avec de nombreux électeurs qui pourraient attendre le dernier moment pour se décider. De quoi entretenir jusqu’au bout le climat d’incertitude qui caractérise cette campagne présidentielle.

L’hypothèse du « vote pour le gagnant »

Mais une autre donnée du dernier sondage Quaest pourrait peser sur cette incertitude. À la question de savoir qui devrait remporter l’élection, 55 % des personnes interrogées répondent Lula – une proportion nettement supérieure à celle de ceux qui déclarent vouloir voter pour lui. À l’inverse, 30 % pensent que Flávio Bolsonaro l’emportera, un chiffre globalement conforme à ses intentions de vote actuelles.

Cet écart entre les intentions de vote et la perception du candidat susceptible de l’emporter pourrait jouer un rôle important. Historiquement, une partie de l’électorat tend à se rallier, au second tour, au candidat perçu comme le futur vainqueur. À ce stade, cette dynamique pourrait profiter à Lula.

Le président sortant pourrait également bénéficier d’un choix pragmatique de certains électeurs : entre Flávio Bolsonaro, qui n’a encore jamais exercé la présidence, et Lula, déjà au pouvoir et dont la manière de gouverner est largement connue.

Flávio Bolsonaro peut toutefois tirer parti de son nom. Malgré ses démêlés judiciaires depuis son départ du pouvoir en 2023, Jair Bolsonaro reste populaire auprès de son électorat de droite. Par ailleurs, certains Brésiliens se montrent lassés par la longévité politique de Lula, qui a accédé pour la première fois à la présidence en 2003.

Une chose est sûre : l’élection s’annonce une nouvelle fois très serrée. Et les électeurs indépendants pourraient jouer un rôle déterminant, alors qu’ils restent pour l’instant très partagés entre les deux principaux candidats. Le résultat de l’élection dépendra également du désengagement d’une partie de l’électorat. Plus l’abstention et le nombre de votes nuls seront élevés, plus leur poids sur l’issue du scrutin sera important.

Un « choc » de septembre ou d’octobre ?

Et qu’en est-il du très probable second tour, prévu le 25 octobre ? En tant que politologue, je considère toujours le second tour comme une nouvelle élection, avec une campagne courte et intense, généralement plus animée que celle du premier tour. Mais je me garde de toute prévision avant de connaître le résultat du premier vote.

La politique brésilienne peut se révéler très volatile. Plusieurs enquêtes en cours pourraient encore faire émerger des informations compromettantes. C’est notamment le cas de l’affaire Banco Master, une vaste affaire de fraude bancaire dans laquelle sont impliquées plusieurs personnalités politiques de premier plan.

L’issue de la crise qui secoue parallèlement le Tribunal suprême fédéral – et qui oppose notamment André Mendonça, juge nommé par Jair Bolsonaro, à Alexandre de Moraes, soutenu par Lula – pourrait elle aussi peser sur le choix des électeurs. Ou ne produire aucun effet.

Les sondages ne permettent pas non plus de mesurer dans quelle mesure les événements du 8 janvier 2023 et l’ensemble du projet de coup d’État qui les a précédés pourraient peser sur la décision finale des électeurs. Si ces événements – au cours desquels des partisans de Bolsonaro ont pris d’assaut les bâtiments des institutions à Brasília et tenté de renverser Lula, tout juste élu – restent présents dans les mémoires, ou s’ils reviennent au premier plan pendant la campagne, ils pourraient eux aussi peser sur le scrutin. D’autant que Flávio Bolsonaro promet d’amnistier les personnes condamnées, y compris son père.

La crise du présidentialisme de coalition

La configuration actuelle des candidatures révèle également plusieurs facettes de la crise du « présidentialisme de coalition », qui s’est installée sous la présidence de Jair Bolsonaro. Les amendements parlementaires au budget jouent un rôle central dans cette évolution. Leur fonctionnement et les sommes en jeu ont profondément changé avec la création du « budget secret », négocié par l’ancien président avec Arthur Lira, alors président de la Chambre des députés.

Ces amendements, qui représentent plusieurs dizaines de milliards de réaux, ainsi que les fonds destinés aux partis et au financement des campagnes électorales – qui totalisent à eux deux 6,2 milliards de réaux –, ont donné aux députés et aux sénateurs une plus grande autonomie pour diriger des ressources vers leurs circonscriptions, sans avoir besoin de l’aval du pouvoir exécutif.

Cette évolution a réduit les incitations des parlementaires à soutenir les candidats à la présidence et leur intérêt à participer à une coalition gouvernementale. Ces dernières années, l’allocation de ces ressources a en outre connu d’importantes distorsions, qui ont entravé la mise en œuvre de politiques publiques plus équitables.

Les électeurs comprennent assez mal les mécanismes qui régissent les relations entre l’exécutif et le législatif dans le système du présidentialisme de coalition. C’est peut-être pourquoi ils s’intéressent peu aux amendements parlementaires et, plus largement, à la crise que traverse ce modèle de gouvernement. Ils ont tendance à considérer ces amendements comme une forme de clientélisme.

C’est en partie le cas. Mais ces amendements constituent aussi un moyen légitime de financer des politiques publiques dans les États et les municipalités. Avant la présidence de Jair Bolsonaro, ils faisaient partie des incitations qui poussaient les partis à rejoindre une coalition gouvernementale. Dès lors que les parlementaires ont pu disposer beaucoup plus directement de ces ressources, ces incitations ont fortement diminué, rendant beaucoup plus difficile le maintien d’un équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif.

Cette crise est pourtant directement liée au vote. Et pas seulement à l’élection présidentielle : elle concerne aussi les élections à la Chambre des députés et au Sénat. Toute nouvelle réglementation des amendements parlementaires devra être approuvée par le Congrès. Or, seul le vote des électeurs peut modifier le rapport de forces qui donne aujourd’hui la majorité parlementaire à un ensemble de partis sans véritable cohérence idéologique et jugés très irresponsables par l’auteur, réunis sous l’appellation de « centrão ».

L’importance des élections au Congrès

Si les élections à la Chambre des députés et au Sénat maintiennent le rapport de forces actuel, il sera très difficile de former une coalition efficace et responsable entre le Congrès et le gouvernement fédéral, capable de réformer les règles qui encadrent aujourd’hui les amendements parlementaires et de faciliter ainsi la gouvernance du pays.

Les enjeux de ces élections dépassent donc largement le seul choix du président. Il s’agit à la fois de réaffirmer la démocratie et de préserver la capacité du pays à être gouverné, aujourd’hui fragilisée par les effets des amendements parlementaires sur la volonté des partis de rejoindre une coalition gouvernementale. C’est aussi un défi de taille pour la capacité du prochain président à construire et à gérer une majorité politique.

Lula est aujourd’hui critiqué pour sa gestion de cette coalition. Il dispose pourtant, selon l’auteur, de nombreux atouts pour mener à bien cette tâche : c’est un responsable politique expérimenté, rompu à la négociation, qui connaît les contraintes propres à la fonction présidentielle et maîtrise les dynamiques politiques à l’œuvre au Congrès.

Cette élection pourrait avoir des conséquences importantes sur l’avenir de la démocratie et le bien-être de la société brésilienne. Pourtant, ces enjeux peinent à mobiliser les électeurs. Et l’atonie de la campagne ne fait qu’accroître l’incertitude.

The Conversation

Sergio Abranches ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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