14.08.2026 à 13:13
À la tête de l’ONU, l’heure d’une femme a-t-elle enfin sonné ?
14.08.2026 à 13:13
À la tête de l’ONU, l’heure d’une femme a-t-elle enfin sonné ?
L’ESSENTIEL
Depuis le mois de juin, les auditions ont commencé à New York pour désigner le ou la prochaine secrétaire générale de l’Organisation des Nations unies.
Mais la bataille dépasse largement les murs du siège de l’ONU. À l’international, d’intenses tractations diplomatiques se jouent déjà, à la hauteur des enjeux de cette succession.
Après le mandat du Portugais António Guterres, le poste devrait revenir à une personnalité latino-américaine. Et, qui sait, peut-être enfin à une femme.
En décembre 2026 sera désigné·e le ou la future secrétaire générale de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’occasion, pour la première fois, de désigner une femme ? Et de porter à ce poste une personnalité progressiste et proactive, capable de redynamiser une institution qui en a grand besoin ?
La fin du second mandat du Portugais António Guterres à la tête de l’ONU, prévue pour le 31 décembre 2026, ouvre une nouvelle séquence diplomatique majeure pour les Nations unies. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les tensions sino-américaines, la guerre de Gaza, l’endettement du Sud global, la guerre au Moyen-Orient, le tout sur fond de crise du multilatéralisme, l’élection du prochain ou de la prochaine secrétaire générale apparaît comme un moment décisif pour l’avenir de l’ordre international.
Le poste, souvent décrit comme « le plus impossible au monde », est crucial. Face aux attaques et au désengagement d’États de premier plan comme les États-Unis, qui lui retirent leurs financements et la court-circuitent sans vergogne, l’ONU doit se réinventer. Nommer une nouvelle personne à sa tête en est l’occasion.
La désignation du ou de la secrétaire générale des Nations unies est régie par l’article 97 de la Charte de 1945, qui prévoit qu’il ou elle « est nommé·e par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité ».
Si, en droit, l’Assemblée générale dispose du pouvoir formel de nomination, en pratique le choix est largement déterminé par le Conseil de sécurité, qui ne transmet qu’un seul nom, par l’intermédiaire d’une résolution. L’Assemblée procède ensuite à la désignation, souvent par acclamation.
Concrètement, les États membres proposent des candidat·es, qui sont auditionné·es par l’Assemblée générale. Le Conseil de sécurité arrête ensuite sa recommandation avant que l’Assemblée procède au vote formel. Mais cette dernière étape n’a qu’une portée symbolique, le choix décisif revenant en amont aux cinq membres permanents du Conseil – États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – dont le droit de veto confère une influence déterminante.
Depuis les réformes engagées en 2015, la procédure se veut toutefois un peu plus ouverte. Les candidatures sont rendues publiques et les prétendant·es présentent leur vision de l’Organisation lors d’auditions retransmises en direct sur UN Web TV. Ces échanges permettent également un dialogue avec la société civile. L’ensemble des innovations a apporté davantage de transparence à un processus jugé opaque, sans pour autant remettre en cause le rôle central du Conseil de sécurité.
Les prochaines auditions des candidat·es, prévues en décembre 2026, se tiendront devant l’ensemble des États membres réunis en séance informelle de l’Assemblée générale, sous la conduite du président de l’Assemblée. Chaque candidat·e présentera d’abord sa vision de l’avenir de l’Organisation, puis répondra pendant environ deux heures aux questions des représentant·es des États membres.
Cette année, de manière tacite, il est attendu que le ou la future secrétaire générale vienne d’Amérique latine, par esprit de roulement par continent. À noter, par ailleurs qu’il n’y a jamais eu de secrétaire général·e de l’ONU ni russe, ni chinois·e, ni indien·ne, malgré la forte importance géopolitique et démographique de ces grandes puissances.
La pratique veut d’ailleurs qu’un·e secrétaire général·e ne soit pas issu·e d’un des cinq pays membres permanents, afin de préserver son indépendance et son rôle de médiateur ou médiatrice. Cette règle n’est écrite nulle part dans la Charte, mais elle est devenue une convention solidement établie.
La campagne de 2026 se distingue par un enjeu symbolique important : l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme depuis sa création en 1945. De nombreux États et organisations plaident désormais pour une alternance de genre et une représentation accrue du Sud global. Cette revendication favorise particulièrement les candidatures latino-américaines, dans la mesure où la rotation géographique informelle semble cette fois devoir bénéficier à l’Amérique latine et aux Caraïbes, une région du monde qui n’est pas représentée par un siège permanent au Conseil de sécurité, mais qui a déjà fourni par le passé un secrétaire général de l’ONU : le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, de 1982 à 1991.
Quatre principales candidatures dominent actuellement les discussions diplomatiques, sur les six officiellement présentées.
Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, apparaît comme l’une des figures les mieux placées dans la compétition.
À côté d’elle, Rebeca Grynspan, actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) et ancienne vice-présidente du Costa Rica, défend une ligne plus technocratique centrée sur les réformes institutionnelles et le développement.
Quant à Rafael Grossi, diplomate argentin et directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), il insiste davantage sur la crédibilité stratégique de l’ONU et sur la nécessité d’une réforme budgétaire profonde.
Enfin, l’ancien président sénégalais Macky Sall met, lui, en avant une vision davantage tournée vers la représentation du Sud. Il insiste notamment sur le continent africain, actuellement peuplé de 1,5 milliard d’habitants, chiffre qui pourrait atteindre 2,5 milliards en 2050. Macky Sall plaide aussi en faveur d’une amélioration de l’efficacité opérationnelle des agences onusiennes.
Des auditions et débats entre les candidat·es ont commencé dès juin 2026. Les divergences politiques exprimées reflètent les fractures actuelles du système international. Grossi adopte une posture plus réaliste et sécuritaire, privilégiant la réforme administrative et la restauration de l’autorité diplomatique de l’organisation. Grynspan se présente comme une médiatrice pragmatique, attentive aux enjeux économiques et à la gouvernance mondiale. Macky Sall insiste sur la souveraineté des États africains et critique implicitement la domination occidentale dans les institutions multilatérales.
Michelle Bachelet, quant à elle, défend fortement les questions de droits humains, de justice sociale, d’égalité de genre et de prévention des conflits. Elle porte une vision progressiste et humaniste du multilatéralisme, fondée sur la protection des populations civiles et la coopération internationale face aux crises climatiques et sociales.
Sa candidature demeure toutefois politiquement sensible. Son passage au Haut-Commissariat aux droits de l’homme lui a valu des critiques contradictoires. Certains gouvernements occidentaux lui reprochent sa prudence face à la Chine, tandis que les milieux conservateurs états-uniens dénoncent ses positions sur les droits et libertés.
Le retrait du soutien officiel du Chili à sa candidature, après l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite José Antonio Kast en mars 2026, illustre la polarisation idéologique entourant sa candidature. Malgré cela, Bachelet conserve l’appui du Brésil de Lula et du Mexique de Claudia Scheinbaum ainsi qu’un important réseau diplomatique dans les milieux progressistes internationaux.
Alors que l’ONU traverse une profonde crise de légitimité et d’efficacité, aggravée par un déficit budgétaire handicapant, Michelle Bachelet apparaît comme la candidate la plus prometteuse. Son expérience est très solide : deux fois présidente du Chili, ancienne ministre de la défense, directrice exécutive d’ONU Femmes puis haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, elle possède à la fois une connaissance fine des institutions onusiennes et une expérience concrète du pouvoir exécutif.
Surtout, elle incarne une conception du multilatéralisme qui refuse de dissocier paix, développement et droits humains. À l’heure où les logiques de puissance unilatérales fragilisent le droit international, son profil semble le plus à même de redonner une cohérence politique et morale à l’ONU, si cruciale aujourd’hui.
Michelle Bachelet a, qui plus est, été une opposante courageuse à la dictature chilienne. Arrêtée en janvier 1975 avec sa mère par la direction nationale du renseignement (DINA), la police politique de la dictature militaire de Pinochet (1973-1990), elle a été incarcérée et torturée avant de partir en exil, une expérience qui a profondément marqué son engagement ultérieur. Bachelet est dotée d’une connaissance approfondie du système onusien et peut se prévaloir d’un bilan positif et concret en matière de défense des droits humains, de l’égalité entre femmes et hommes, du multilatéralisme démocratique et du développement durable.
Ainsi, en 2011, elle a lancé à ONU Femmes un agenda mondial pour mettre fin aux violences contre les femmes, avec des résultats concrets, par exemple au Cambodge – protection juridique des femmes contre les attaques à l’acide – ou encore en Zambie – création de safe spaces dans les écoles. En outre, elle a promu l’égalité économique des femmes, par exemple au Sénégal, permettant l’attribution pour la première fois de licences de pêche à des femmes.
Au-delà de la procédure officielle, la désignation du ou de la secrétaire générale donne lieu à une intense activité diplomatique informelle. Les négociations se déroulent dans les couloirs du siège des Nations unies à New York, lors d’entretiens bilatéraux entre délégations, de consultations discrètes entre les membres permanents du Conseil de sécurité ou encore de rencontres organisées en marge des sessions de l’Assemblée générale.
Cette « diplomatie de couloir » (corridor diplomacy) constitue une dimension essentielle du processus.
Enfin, cette élection intervient dans un contexte de remise en cause de l’idéal du multilatéralisme. La montée des puissances émergentes, le renforcement des BRICS, les rivalités sino-américaines, et les contestations croissantes de la gouvernance internationale onusienne, court-circuitée par le G7, le G20, l’Otan, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et d’autres structures concurrentes, comme le Forum économique de Davos, conduisent de nombreux États à rechercher un ou une secrétaire générale capable de réaffirmer le rôle des Nations unies comme principal forum universel de dialogue et de négociation collective.
Plus encore que lors des précédentes élections, la personnalité du ou de la future titulaire, son aptitude à dialoguer avec des dirigeant·es aux orientations politiques très différentes et sa capacité à restaurer la confiance entre les grandes puissances seront probablement des critères déterminants.
Compte tenu des évolutions récentes de la société, en particulier en matière de représentation des femmes, le temps paraît venu de nommer enfin une secrétaire générale à la tête de l’ONU, une personnalité humaniste, progressiste et charismatique, une personne capable de lancer des initiatives inédites, des idées originales et des propositions innovantes de résolutions de conflits.
Chloé Maurel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
13.08.2026 à 14:17
L’histoire méconnue de la Vierge Marie, sainte patronne des États-Unis

L’ESSENTIEL
Les États-Unis ont une sainte patronne depuis près de 180 ans : la Vierge Marie, sous le titre de l’Immaculée Conception.
Cette histoire éclaire les liens complexes entre catholicisme, identité nationale et mémoire américaine.
En 2025, l’Église catholique a élu le premier pape né aux États-Unis, Léon XIV, et le pays connaît une forte hausse des conversions.
Chaque année, au mois de mars, des dizaines de milliers d’Américains descendent dans les rues et envahissent les bars pour célébrer la Saint-Patrick, le saint patron de l’Irlande. En décembre, ce sont les Américains d’origine mexicaine qui célèbrent la fête de Notre-Dame de Guadalupe, la sainte patronne du Mexique.
Mais saviez-vous que les États-Unis ont eux aussi leur propre sainte patronne ? Il y a près de deux cents ans, en mai 1846, les évêques et prêtres catholiques ont proclamé la Vierge Marie patronne des États-Unis d’Amérique, sous le vocable de l’Immaculée Conception, en référence à la croyance selon laquelle elle a été conçue sans péché originel.
Selon le catéchisme de l’Église catholique, qui résume la doctrine catholique, un saint est une personne qui « mène une vie en union avec Dieu par la grâce du Christ et reçoit la récompense de la vie éternelle ». Les catholiques peuvent vénérer les saints et leur demander d’intercéder auprès de Dieu en leur faveur. Certains sont reconnus, officiellement ou non, comme les « patrons » de situations, de conditions, d’identités ou de lieux particuliers, en raison de leur vie terrestre.
Nous sommes bibliothécaires à l’Université de Dayton, dans l’Ohio, où nous travaillons à la Marian Library et à l’U.S. Catholic Special Collection. Nous avons récemment conçu une exposition numérique présentant des objets qui retracent l’histoire de cette dévotion à Marie en tant que l’Immaculée Conception aux États-Unis. Ces pièces témoignent à la fois du patriotisme américain et de la foi catholique.
Marie est connue sous de nombreux noms et titres, parmi lesquels la Vierge Marie, Marie de Nazareth, Notre-Dame de Lourdes, la Sainte Mère de Dieu, la Reine du Ciel, le Siège de la Sagesse ou encore la Rose mystique.
L’un de ses titres les plus importants est celui d’Immaculée Conception, qui renvoie à la croyance catholique selon laquelle Marie a été préservée à sa conception du « péché originel » et était ainsi digne de devenir la mère de Jésus-Christ. L’Église catholique enseigne que tous les autres êtres humains naissent marqués par le péché originel, conséquence de la désobéissance d’Adam et Ève à Dieu dans le jardin d’Éden.
À l’origine, l’idée selon laquelle Marie aurait été préservée du péché originel a longtemps fait l’objet de débats au sein de l’Église catholique. Cette doctrine n’a été érigée en dogme que le 8 décembre 1854 par le pape Pie IX. Depuis, les catholiques célèbrent chaque année la fête de l’Immaculée Conception le 8 décembre. Bien avant cette reconnaissance officielle, la dévotion à l’Immaculée Conception avait déjà profondément influencé l’art et l’enseignement de l’Église catholique.
Comment Marie, sous le titre de l’Immaculée Conception, est-elle devenue la patronne des États-Unis ?
John Carroll, premier évêque catholique des États-Unis (1790), a voué toute sa vie une profonde dévotion à Marie. En 1791, avec d’autres membres du clergé catholique américain, il consacra le diocèse de Baltimore à Marie, lui demandant de « préserver de tout mal » les fidèles du diocèse.
Un demi-siècle plus tard, en 1846, un concile réunissant des prêtres et des évêques venus de tout le pays proclama officiellement Marie, sous son titre de l’Immaculée Conception, patronne de l’ensemble des États-Unis, en lui demandant « le secours de ses prières ».
La dévotion à l’Immaculée Conception demeure aujourd’hui un élément important de la vie spirituelle de nombreux catholiques américains, même si beaucoup ignorent qu’elle est la patronne des États-Unis. Cette dévotion se manifeste notamment par les nombreuses églises placées sous l’appellation de l’Immaculée Conception, les bijoux à son effigie ainsi que par l’inscription de la fête de l’Immaculée Conception parmi les fêtes d’obligation aux États-Unis, des jours où les catholiques sont tenus d’assister à la messe.
Le 7 février 1847, le Vatican approuva officiellement la demande faisant de Marie, en tant qu’Immaculée Conception, la patronne des États-Unis. Cette reconnaissance intervint sept ans avant que le pape proclame officiellement le dogme de l’Immaculée Conception, preuve de la popularité de cette dévotion bien avant sa consécration doctrinale.
De nombreux objets conservés dans la collection de la Marian Library, notamment des images pieuses, témoignent également de la dévotion des catholiques américains envers Marie l’Immaculée Conception. Une image pieuse est un petit objet de dévotion, facile à emporter, qui représente généralement Jésus ou un saint sur son recto. Au verso figurent le plus souvent une prière, un texte de dévotion, un passage des Écritures ou la commémoration d’un événement important.
L’une de ces images pieuses représente Marie sous les traits de l’Immaculée Conception, au-dessus de l’inscription :
« Immaculée Marie, patronne des États-Unis, priez pour nous. »
Au verso, elle commémore le bicentenaire des États-Unis, célébré en 1976, et reprend la devise officielle du pays : « In God We Trust » (« Nous plaçons notre confiance en Dieu »).
L’image de Marie est une reproduction de l’Immaculée Conception de l’Escurial, un tableau du peintre espagnol du XVIIᵉ siècle Bartolomé Esteban Murillo, conservé au Museo del Prado de Madrid. Cette œuvre s’inscrit dans une tradition artistique qui traduit visuellement la théologie de l’Immaculée Conception.
Marie est représentée vêtue d’un manteau bleu, une couleur associée à la foi, à l’humilité, au ciel et à la mer. Les pigments bleus étant extrêmement coûteux à la Renaissance, cette couleur était réservée aux personnages les plus importants, en particulier dans les représentations de la Vierge Marie.
D’autres symboles, en revanche, sont propres à Marie l’Immaculée Conception. Elle se tient debout sur un croissant de lune, une image inspirée de la « femme de l’Apocalypse » décrite dans le Livre de l’Apocalypse :
« Une femme revêtue du soleil avait la lune sous les pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête. »
Les théologiens catholiques interprètent cette figure comme une référence à Marie, qui devient ainsi la mère de tous les chrétiens.
Dans d’autres représentations de l’Immaculée Conception, Marie apparaît avec un serpent sous les pieds, une couronne de douze étoiles ou encore un dragon, autant de symboles inspirés du chapitre 12 du Livre de l’Apocalypse.
Autre objet majeur de la dévotion catholique, le chapelet invite les fidèles à méditer sur la vie de Jésus et de Marie. Le mot désigne à la fois un objet matériel – une succession de 50 grains ou nœuds enfilés sur un cordon – et un ensemble de prières, notamment le « Je vous salue Marie » et le « Notre Père ». En faisant glisser les grains entre leurs doigts, les catholiques comptent les prières qu’ils récitent.
L’American Rosary conservé dans notre collection a été conçu en 1956 par Marie George, de New York, même si les archivistes ignorent aujourd’hui qui était exactement cette dernière. Il est composé de grains aux couleurs patriotiques rouge, blanc et bleu et comporte une médaille miraculeuse, qui représente Notre-Dame de l’Immaculée Conception. Une carte jointe au chapelet invite les catholiques à offrir leurs prières « pour la paix dans le monde, dans la justice et la charité ».
Pendant une grande partie de l’histoire des États-Unis, les catholiques ont souvent été victimes de préjugés et de discriminations. Au milieu du XIXᵉ siècle, lorsque Marie en tant qu’Immaculée Conception fut proclamée patronne des États-Unis, la majorité protestante du pays se méfiait profondément de la fidélité des catholiques envers le pape.
L’image pieuse du bicentenaire et le chapelet américain du siècle suivant, tous deux consacrés à l’Immaculée Conception, montrent que les catholiques américains cherchaient encore à démontrer que leur foi et leur patriotisme étaient parfaitement compatibles.
En 2026, année du 250ᵉ anniversaire des États-Unis et du 180ᵉ anniversaire du patronage de Marie, cette histoire peut sembler lointaine. En 2025, l’Église catholique a élu le premier pape né aux États-Unis, Léon XIV, et les États-Unis connaissent en 2026 une forte hausse des conversions au catholicisme. Pourtant, les catholiques continuent de demander à Marie, patronne des États-Unis, d’intercéder non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour leur pays.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
11.08.2026 à 16:35
L’administration Trump veut sanctionner ceux qui jugent : un aveu de la force du droit international
L’ESSENTIEL
En juillet 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé sa volonté de « démanteler » la Cour pénale internationale.
Cette offensive s’inscrit dans une série d’attaques contre les juridictions internationales, notamment à travers des sanctions visant leur action et leurs acteurs.
Si de telles sanctions ont vocation à affaiblir ces institutions, elles témoignent également de la force persistante du droit. Elles montrent que le langage juridique demeure incontournable et révèlent la crainte que suscite l’effet durable de la qualification des crimes.
Dans l’Automne du patriarche (Gabriel García Márquez, 1975), le vieux dictateur ne se réjouit que d’une chose : voir ses anciens collègues déchus jouer aux cartes dans la salle qui est réservée à leur exil et se délecter de leur dénuement et de leur obséquiosité. La mise en scène du pouvoir vieillissant, obsédé par sa propre survie et par le spectacle de la déchéance de dirigeants jadis intouchables, saisit la peur du moment où la puissance cesse de protéger ceux qui l’ont exercée.
Les attaques contemporaines contre la Cour pénale internationale (CPI) et les mécanismes internationaux d’enquête sur les violations des droits humains font écho à cette temporalité, à cette crainte, et font émerger la force du droit. Les sanctions états-uniennes visent moins ce que ces institutions sont capables de faire aujourd’hui que ce qu’elles pourraient déclencher demain : en sus d’un mandat d’arrêt, d’une qualification juridique préliminaire et d’une procédure, un jugement et une condamnation.
L’acharnement des États-Unis contre la justice internationale n’est donc pas le signe d’une souveraineté tranquille et sûre d’elle-même. Il trahit, au contraire, la crainte que les mots du droit survivent aux protections politiques du moment, et que ceux qui se croyaient protégés par la puissance puissent être à tout moment rattrapés par la qualification juridique de leurs actes.
Fin juillet 2026, l’offensive américaine contre la justice internationale a franchi un seuil. Il ne s’agit plus seulement de sanctions ponctuelles contre des responsables de la CPI ou contre des figures isolées des Nations unies. À la mi-juillet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé une campagne diplomatique visant explicitement à « démanteler » la CPI, accusée d’empiéter sur la souveraineté des États-Unis et de menacer leurs agents, responsables politiques et militaires.
Cette annonce prolonge le décret présidentiel 14203 adopté par Donald Trump en février 2025, qui déclarait une « urgence nationale » face aux actions prétendument « illégitimes et infondées » de la Cour visant les États-Unis et leur proche allié israélien. Depuis, le régime de sanctions s’est étendu : magistrats de la CPI, rapporteurs spéciaux des Nations unies, organisations palestiniennes de défense des droits humains et acteurs de la société civile impliqués dans la documentation de possibles crimes internationaux ont été visés ou menacés.
Au cœur de ce régime de sanctions se trouve Gaza. Les sanctions américaines, qui ont explicitement vocation à sanctionner les individus « directement impliqués dans le ciblage illégitime d’Israël », se sont intensifiées à mesure que la CPI, certains mécanismes des Nations unies et des organisations de défense des droits humains documentaient et qualifiaient juridiquement les crimes commis à Gaza et, plus largement, dans les territoires palestiniens occupés.
L’enquête de la CPI sur la situation en Palestine, les mandats d’arrêt visant Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, les rapports des Nations unies et le travail d’ONG palestiniennes ou internationales constituent autant de démarches de qualification juridique des crimes que l’offensive américaine cherche à délégitimer.
Le trait le plus frappant de cette séquence est l’inversion de l’accusation. Celles et ceux qui enquêtent sur des crimes internationaux deviennent les accusés. Les juges, procureurs, rapporteurs et ONG ne sont plus présentés comme des acteurs cherchant à établir des responsabilités, mais comme des menaces envers la souveraineté, la sécurité nationale ou la neutralité politique.
Le déplacement est décisif. Au lieu de demander si des populations ont été bombardées, affamées, déplacées, persécutées ou privées des conditions élémentaires de survie, le débat est redirigé vers ceux qui formulent ces questions : le procureur aurait-il outrepassé son mandat ? Le rapporteur serait-il militant ? La Cour serait-elle biaisée ? Les organisations qui documentent les crimes seraient-elles politiquement motivées ?
Cette stratégie d’inversion fabrique ce que l’on pourrait appeler une « faute de juger ». Les sanctions américaines transforment l’acte d’enquêter, de qualifier et de demander des comptes en conduite suspecte, hostile et punissable. Ce renversement ne passe pas seulement par le discours. Il s’inscrit dans des mesures concrètes : gels d’avoirs, restrictions de visas, interdictions de transactions, pression sur les institutions qui coopèrent ou entrent en relation avec les personnes ou entités visées.
La personne qui nomme le crime devient celle autour de laquelle s’organise le risque et la gestion du risque.
Il serait tentant de voir dans ces sanctions la preuve de l’impuissance du droit international. C’est en fait l’inverse. Si la CPI, les rapporteurs spéciaux de l’ONU ou les ONG de documentation étaient insignifiants, il ne serait pas nécessaire de les sanctionner.
La sanction est, en ce sens, un aveu involontaire. Elle reconnaît que les rapports, mandats d’arrêt, qualifications juridiques, avis consultatifs et enquêtes internationales conservent une capacité à blesser l’impunité. Leur force ne réside pas toujours dans une coercition immédiate. La CPI ne dispose pas d’une police mondiale ; les rapporteurs spéciaux ne rendent pas de jugements exécutoires. Mais leurs mots circulent et entrent dans les archives, les médias, les mobilisations, les procédures nationales, les débats diplomatiques, et les mémoires collectives.
Ce qui est redouté n’est donc pas seulement la condamnation judiciaire, mais la sédimentation d’une qualification. Le fait qu’une violence soit durablement inscrite comme crime, et non comme simple opération militaire, nécessité sécuritaire ou dommage collatéral regrettable.
Cela ne signifie pas qu’il faille idéaliser la justice internationale. Elle a toujours été traversée par des rapports de puissance et des héritages impériaux. Mais les sanctions actuelles ne contestent pas ces biais, au contraire. Elles les instrumentalisent pour empêcher que certains puissants, ou leurs alliés, soient nommés et jugés par des institutions qu’ils ne contrôlent pas.
L’aveu de la force du droit réside également dans le fait que les États-Unis ne répondent pas seulement par une menace extralégale pour menacer la justice internationale. Ils produisent du droit : décrets présidentiels, listes de sanctions, procédures administratives, obligations de mise en conformité. Des instruments conçus pour lutter contre le terrorisme, la prolifération, le blanchiment ou le financement illicite sont redirigés vers des magistrats, des enquêteurs, des rapporteurs ou des organisations de défense des droits humains.
L’attaque contre la justice internationale se présente donc elle-même dans les formes de la légalité. À ceci près que la logique n’est évidemment pas celle d’un procès contradictoire, avec preuves, débat public et motivation détaillée. Elle est celle de l’inscription sur liste : une personne ou une entité est désignée comme risquée, menaçante ou prohibée. Cette désignation déclenche ensuite des effets en chaîne.
La différence est essentielle. Le jugement suppose une procédure, une contradiction, une motivation, un dossier qui peut être contesté. La sanction administrative ne condamne pas juridiquement au sens classique. L’inscription sur liste impose un autre fonctionnement : elle nomme un risque et laisse les infrastructures administratives, financières et numériques en tirer les conséquences.
Cette logique est d’autant plus efficace qu’elle repose sur la diligence des intermédiaires. Banques, plateformes numériques, compagnies aériennes, hôtels, universités, ONG, assureurs ou prestataires de services n’ont pas toujours besoin d’être directement contraints. Il leur suffit d’anticiper le risque.
Ces sanctions ne doivent pas être comprises seulement comme des mesures symboliques visant des responsables prestigieux. Leur force se déploie dans les infrastructures ordinaires de la vie et du travail.
Des cas déjà documentés font état de cartes bancaires annulées, de comptes numériques fermés, de services Google ou Amazon interrompus, de difficultés à réserver un hôtel, de relations bancaires perturbées, de financements ralentis ou bloqués. La sanction ne modifie pas seulement ce que la personne ciblée peut faire ; elle modifie ce que les autres sont prêts à faire avec elle. Faut-il maintenir cette invitation ? Rembourser ce déplacement ? Héberger cette conférence ? Coopérer avec cette ONG ? Financer ce programme ? Le risque est contagieux.
Pris isolément, chaque incident peut sembler mineur. Ensemble, ils dessinent une forme de punition infrastructurelle. Or, la justice internationale dépend aussi de conditions très prosaïques : vols, visas, hôtels, bases de données, abonnements numériques, outils de communication sécurisée, remboursements institutionnels, services bancaires, traductions, archives, collaborations universitaires et associatives. Interrompre ces circuits, c’est tenter d’interférer avec la possibilité même d’enquêter, d’écrire un rapport, de préparer un mandat d’arrêt ou de soutenir des victimes.
Cette tentative peut être couronnée de succès puisque, dans un environnement de sanctions, les institutions préfèrent souvent exclure trop largement plutôt que de risquer d’être accusées de ne pas avoir assez exclu. Le faux positif coûte moins cher que le faux négatif : autrement dit, la prudence leur paraît moins coûteuse que la contestation.
L’offensive états-unienne contre la CPI et contre les acteurs de la justice internationale ne vise donc pas seulement une institution particulière. Elle vise la possibilité même d’une autorité tierce : une instance capable de décrire la violence autrement que dans les mots des États qui l’exercent ou la soutiennent.
Le discours de la souveraineté joue ici un rôle central. Il présente la CPI comme une intrusion étrangère, alors même que la Cour est fondée sur le Statut de Rome, adopté par des États souverains, et qu’elle n’exerce sa compétence que dans des conditions limitées. Comme l’a rappelé l’ONU en juillet 2026, la CPI demeure un « rouage essentiel » de la lutte contre l’impunité pour les crimes les plus graves.
Ce qui se joue est moins une opposition simple entre souveraineté et droit international qu’une lutte pour savoir qui peut qualifier la violence. Les États les plus puissants acceptent volontiers le droit international lorsqu’il vise leurs adversaires. Ils le rejettent lorsqu’il prétend s’appliquer à eux-mêmes ou à leurs alliés.
Un droit international devenu totalement inoffensif ne susciterait pas un tel acharnement. Ce que ces sanctions révèlent n’est pas la mort du droit international, mais l’intensité de la lutte autour de ce qu’il peut encore faire : nommer un crime, conclure à une responsabilité, maintenir ouverte la possibilité qu’une violence d’État soit jugée autrement que par ceux qui la justifient.
La revue Cultures & Conflits consacrera, en 2027, un numéro entier aux enjeux soulevées par les sanctions. Il fera suite au numéro 2025-2 sur la force symbolique du droit, disponible sur Cairn. Les propositions d’articles et témoignages autour des sanctions internationales sont à envoyer dès maintenant à Cultures & Conflits redactionagc@gmail.com.
Didier Bigo est co-éditeur au sein des revues Cultures et Conflits (CAIRN-CECLS) et Political Anthropological Research on International Social Sciences (PARISS).
Rebecca Mignot-Mahdavi co-dirige le projet AI-NODES (dans le cadre du cluster PostGenAI@Paris) bénéficiant d'une aide de l’État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-23-IACL-0007.