
14.04.2026 à 09:00
Son argument central: invoquer l'état de droit face à l'offensive autoritaire, c'est une posture «vouée à l'impuissance». La justice n'est pas un espace neutre mais un outil de gestion du rapport de force entre les classes.
Elle retrace sa génération politique --- celle de Rémi Fraisse, des premières manifestations interdites de solidarité à Gaza en 2014, de l'état d'urgence, des 49.3 sous un Parti socialiste qu'elle qualifie d'«autoritaire». Depuis dix ans, «il y a eu à minima une loi répressive par an». La réponse qu'elle critique à gauche, c'est celle de «supplier le régime qu'il respecte ses propres règles». Sur la Ve République: «La plus grande arnaque du siècle, c'est de nous faire croire que le conseil constitutionnel était le garant des libertés alors que ça n'a jamais été ça.»
Face à la contradiction de plaider devant des institutions qu'on juge illégitimes, elle oppose une troisième voie entre adaptation totale et boycott. Le boycott «abandonne les masses à leurs illusions». Elle cite le Comité Adama comme modèle: transformer une affaire individuelle en mobilisation politique. Sa référence tutélaire reste Vergès et sa formule: «Dans un procès de connivence, il n'y a qu'une volonté de vaincre, celle de l'accusation. Dans un procès de rupture, il y en a deux.»
En acte, elle pratique la «défense massive» à Bobigny — des dizaines de nullités soulevées, plusieurs avocats pour un même prévenu en comparution immédiate — pour «utiliser tous les droits qui sont formellement accordés aux personnes» et ne sont jamais utilisés faute de temps.
À la question rituelle sur ce qu'on a fait pendant 1h26, elle répond simplement: «On s'est préparé à avoir moins peur de l'État.»