
09.03.2026 à 21:01

Du 25 février au 1er mars, les révolutionnaires en herbe des « Villes Jumelles » ont accueilli des centaines de personnes venues dans le Minnesota pour participer à la semaine d’action « Melt the Ice » (« Faire fondre l’ICE »). De nombreux événements ont eu lieu chaque jour, notamment des marches, des blocages, des manifestations bruyantes, des conférences et des formations. Ces actions et ateliers ont permis à la fois de renforcer la résistance contre les agents des services de l’immigration et des douanes (ICE) dans le Minnesota et d’enseigner aux militant·e·s de tout le pays comment exporter le modèle d’intervention rapide des « Villes Jumelles » vers leurs villes d’origine.
Dans ce compte-rendu, les organisatrices et organisateurs reviennent sur la semaine d’action et tirent des leçons pour l’ensemble du mouvement.
Le 27 février 2026.
Depuis trois mois, les habitant·e·s du Minnesota ont soutenu leurs ami·e·s, leur famille et leurs voisin·e·s qui se sont retranché·e·s chez elles et chez eux et qui ont dû faire face à la menace constante d’être kidnappé·e·s par des agents fédéraux. Nous avons été confronté·e·s quotidiennement à des gaz lacrymogènes, à des courses-poursuites en voiture à vive allure et à la menace d’une violence meurtrière. Dans le même temps, nous avons assisté à une avalanche vertigineuse d’analyses sur les raisons pour lesquelles notre résistance était si forte et si solide. Jusqu’à où cette situation pourrait-elle nous mener ?
Pourtant, moins de deux semaines après le meurtre d’Alex Pretti, nous avons commencé à perdre de notre élan. Le tollé international qui a suivi la mort de Pretti a contraint le régime Trump à faire des concessions, à changer de tactique dans le Minnesota et à licencier Greg Bovino, le soi-disant « commandant en chef » des douanes et de la protection des frontières étatsuniennes et la figure publique de l’opération Metro Surge. Ces concessions visaient à couper l’herbe sous le pied de la résistance, et dans une certaine mesure, la stratégie a fonctionné.
Le 27 février 2026.
Cela n’a été possible que parce que notre mouvement n’avait pas d’horizon politique au-delà du slogan « ICE out » (« ICE, dégage »). Alors que la solidarité et le militantisme quotidiens s’étaient développés autour des objectifs communs de vaincre l’ICE et de soutenir nos voisines et voisins, il y avait moins d’élan autour des revendications visant à libérer ces mêmes voisines et voisins des camps de concentration où iels sont actuellement détenu·e·s.
L’un·e de nos camarades a eu l’idée d’organiser une semaine d’action afin de partager les tactiques qui se trouvent au cœur de notre mouvement de résistance et de continuer à construire la lutte révolutionnaire. Cela nous a immédiatement semblé logique. Depuis le meurtre de Renee Good, nos camarades à travers le pays nous faisaient part de leur souhait de venir ici pour se joindre à nous. Et nous étions loin d’être prêtes et prêts à laisser passer le potentiel révolutionnaire d’un tel événement dans les « Villes Jumelles ».
Le 1er mars 2026.
En tant que révolutionnaires en herbe vivant dans les « Villes Jumelles », à la fin du mois de février 2026, nous étions tiraillé·e·s entre des perceptions contradictoires de la réalité. D’un certain point de vue, nous avions triomphé : nous avions chassé une force paramilitaire fasciste déterminée à kidnapper des personnes innocentes. Aux côtés de nos voisines et voisins, nous avions démontré que nous ne tolérions pas l’autoritarisme dans nos villes. D’un autre point de vue, nous n’avions pas du tout l’impression d’avoir gagné. Des milliers d’habitantes et d’habitants du Minnesota avaient été capturé·e·s, au moins trois étaient mort·e·s aux mains de l’ICE, et la plupart des personnes enlevées étaient retenues dans des camps de concentration à travers tout le pays, attendant un sort incertain dans des conditions horribles. Certes, nous avions déjoué de nombreux enlèvements mais nous en étions encore témoins aujourd’hui.
À l’exception de la rébellion qui a éclaté dans le nord de Minneapolis après que l’ICE ait tiré sur Julio Sosa-Celis le 14 janvier, et des zones autonomes que les gens ont brièvement établies autour des lieux où Renee Good et Alex Pretti ont été assassinés, nous avions vu peu de cas de confrontation prolongée avec l’État. Même la journée de mobilisation massive « No Work, No School, No Shopping » (« Pas de travail, pas d’école, pas de shopping ») – que les représentants syndicaux, liés par la loi, ne pouvaient même pas qualifier de « grève » –, ne nous a guère rapproché·e·s d’un conflit direct avec l’ICE et ses collaborateurs. Malgré la participation historique de plus de 300 000 personnes, la logique et la puissance d’une grève générale étaient tellement obscurcies que, lorsque certains groupes ont fait pression pour organiser une nouvelle grève le 30 janvier, – une semaine après la première –, les volontaires à qui l’ont avait demandé de faire passer le mot auprès des petites entreprises ont rapporté : « Iels ne veulent pas fermer à nouveau à cause de la perte de bénéfices, y a-t-il un moyen de leur offrir un soutien financier ? »
Le 1er mars 2026.
Les questions nous assaillaient : comment pouvions-nous faire évoluer ce mouvement vers une lutte révolutionnaire, affiner notre analyse et veiller à ce que cette situation qui accaparait notre quotidien ne se solde pas par un épuisement général dans toute la ville ?
Nos expériences passées nous avaient appris le potentiel qu’il y a à rassembler des personnes venues de tout le pays pour construire une résistance. Parmi celles-ci figuraient les appels massifs à l’action pour stopper la construction de Cop City, la mobilisation « Treaty People Gathering » dans le nord du Minnesota lors de la construction de l’oléoduc Line 3, ainsi que l’héritage des actions de « summit-hopping » au début des années 2000. Les liens que nous avons tissés lors de ces mobilisations ont façonné nos mouvements. C’est de là que sont nées bon nombre de nos amitiés les plus chères.
Nous avons décidé de retenter notre chance. Nous espérions que, si nous parvenions à mobiliser suffisamment de monde et d’énergie, la prochaine fois que l’ICE planifierait une opération de grande envergure n’importe où dans le pays, cette même convergence pourrait avoir lieu à nouveau.
Donc oui, si l’ICE débarque dans votre ville, nous viendrons leur mettre la pression avec vous.
Le 28 février 2026.
Alors que nous diffusions l’idée de planifier cette semaine d’action, des organisatrices et organisateurs locaux se sont montré·e·s enthousiastes malgré la fatigue accumulée au fil du temps. Les premières discussions ont confirmé que cet événement rassemblerait toutes les tendances. Des militant·e·s et des organisations de tout l’État ont adhéré à nos objectifs à long terme : l’abolition de l’ICE, du Département de la Sécurité intérieure, de la police et des prisons. Cette unité trouve son origine dans les soulèvements liés au meurtre de George Floyd, aux cours desquels l’abolition de la police est devenue une valeur dominante dans le Minnesota. Aujourd’hui, même les organisations à but non lucratif peuvent être incitées à adhérer à l’objectif de l’abolition.
Cette exigence a certes rebuté certains groupes, qui n’ont pas adhéré à notre initiative. Mais nous avions largement assez de collaboratrices et de collaborateurs. L’une des erreurs de l’administration Trump a été de nous donner un objectif sur lequel nous pouvons travailler ensemble.
Alors que la semaine d’action commençait à prendre forme, nous savions que nous voulions mettre l’accent sur les tactiques qui, selon nous, sont les plus susceptibles de continuer à éroder le pouvoir de l’État. La plus importante d’entre elles est celle des réseaux d’intervention rapide, réseaux qui ont joué un rôle central dans le fait de déjouer des opérations de l’ICE. Nous voulions mobiliser le plus grand nombre possible de personnes dans la rue pour mettre en pratique les techniques d’intervention rapide, à la fois pour permettre aux nouvelles et nouveaux venu·e·s de s’exercer sur le terrain et pour renforcer les effectifs dans la rue pendant ce que les autorités présentaient comme étant les derniers jours de l’occupation. C’est cette partie du mouvement qui amène les gens vers un affrontement direct avec l’ICE et l’État.
Une réunion le 26 février 2026.
Nous avons également conçu cette semaine d’action comme un moyen d’attirer l’attention sur les « cibles secondaires », à savoir les entreprises et les instances gouvernementales qui collaborent avec l’ICE et soutiennent la machine à expulser.
Le système du logement prédateur constitue un exemple de cible secondaire. Nous savions qu’à partir de la première semaine de mars, de nombreuses personnes vulnérables qui n’avaient pas pu travailler pendant l’opération Metro Surge commenceraient à faire face à des expulsions. Les organisatrices et organisateurs de groupes de locataires locaux avaient commencé à réclamer un moratoire sur les expulsions dès le mois de janvier dernier. En février, iels ont lancé un appel à la grève des loyers pour défendre les familles menacées d’expulsion. Il s’agissait d’une forme de solidarité concrète avec nos voisines et voisins sans papiers et d’une initiative visant à exercer un pouvoir économique sans précédent aux États-Unis depuis des décennies.
De même, nous avons voulu exercer une pression économique sur diverses autres entités qui facilitent les opérations fédérales, notamment Hilton et plusieurs autres chaînes hôtelières sous contrat avec l’ICE, des entreprises comme Enterprise Rent-a-Car qui leur fournissent des véhicules, et des sociétés comme Target et Home Depot qui leur permettent de s’installer sur leurs sites au détriment d’employé·e·s vulnérables. Nous avons également appelé les gens à s’organiser pour rendre leurs lieux de travail aussi hostiles et réfractaires à l’ICE que possible. Les infirmières et infirmiers et autres personnels hospitaliers ont mené la charge dans ce domaine, en particulier dans les établissements qui avaient subi des attaques de l’ICE, comme le Hennepin County Medical Center.
En prévision de cette semaine d‘action, nous avons mis en place des groupes de travail et lancé un site Internet. L’opération Metro Surge a fait l’objet d’une couverture médiatique massive : un flot incessant de contenus inondait les réseaux sociaux, les journaux télévisés locaux étaient dominés par divers reportages sur le sujet, et les médias nationaux et internationaux y consacraient quotidiennement des articles. Nous avons créé des supports destinés à attirer l’attention au milieu de ce déluge d’informations, nous avons inondé les canaux de nos réseaux existants et avons attendu les réponses.
Un entrainement de patrouille à vélo le 26 février 2026.
L’idée de cette semaine d’action avait germé dans les derniers jours de janvier ; les groupes de travail ne se sont réunis qu’au cours de la deuxième semaine de février. Lorsque notre formulaire d’inscription a été mis en ligne, il ne restait plus que deux semaines avant la première de l’événement. Ce calendrier très serré est à l’origine de nombreuses lacunes dans notre initiative. Si nous avions commencé quelques jours plus tard, il aurait peut-être été tout simplement impossible d’organiser une semaine d’action.
L’une des conséquences de ce délai très court a été que cette semaine d’action a attiré des participant·e·s qui avaient fait le choix de s’engager et qui étaient en mesure de quitter leur domicile pour plusieurs jours au pied levé, sans bénéficier d’aucune aide financière pour le transport. Bien que nous ayons pu organiser des repas collectifs tous les jours du 24 février au 1er mars, et que nous soyons profondément reconnaissant·e·s envers les habitantes et habitants qui ont ouvert leur foyer à des inconnu·e·s pour que nous puissions héberger tou·te·s celles et ceux qui en faisaient la demande, cet événement est resté principalement accessible à des personnes blanches issues de la classe moyenne.
Une réunion dans une église le 26 février 2026.
Nous avons apprécié les remarques d’un·e participant·e qui a souligné une dynamique connexe : nos événements ne prévoyaient pas d’espace dédié aux immigrant·e·s et aux personnes de couleur. Le sentiment d’appartenance à une communauté et les liens sociaux sont des éléments qui permettent aux gens de rester ancrés dans les mouvements. Nous aurions pu faire davantage pour développer un sentiment collectif d’appartenance.
Nous n’attribuons pas ces problèmes uniquement à des délais serrés. Ce phénomène est au cœur même de la dynamique du mouvement et soulève une question complexe : comment construire un mouvement interracial et interculturel ? Les cultures des militant·e·s blanches et blancs, de la classe moyenne et des responsables de quartier, qui s’expriment dans les canaux des réseaux d’intervention rapide, coexistent dans une profonde séparation par rapport à leurs homologues de couleur, qui s’organisent avec acharnement pour défendre leurs propres communautés. Les raisons de cette séparation sont nombreuses. Beaucoup de nos voisines et voisins de couleur sont si vulnérables qu’iels restent confiné·e·s chez elleux. Beaucoup d’autres sont immobilisées par la pauvreté ou ne font pas confiance aux organisatrices et organisateurs blanches et blancs qui viennent vers elleux avec des programmes tout prêts. Jusqu’à présent, notre incapacité à construire un mouvement véritablement multiracial continue d’entraver notre efficacité. Le soi-disant « retrait » a révélé la nature de ce mouvement : l’ICE est toujours actif, mais comme ses agents ne sont plus aussi visibles dans les rues où ils seraient directement observés par des personnes blanches, la participation à la résistance a diminué.
Comment pouvons-nous faire avancer ce mouvement, élargir son champ d’action et aller au-delà de la modération ?
Une création artistique le 26 février 2026.
L’éducation politique est essentielle pour renforcer la force, le militantisme et l’analyse collective de nos mouvements. Dans le cadre de la semaine d’action, nous avons organisé plusieurs dizaines de sessions de formation mercredi, jeudi et vendredi. Celles-ci comprenaient des tutoriels sur la mise en place de réseaux d’intervention rapide, des ateliers de partage des compétences sur les premiers soins rudimentaires à apporter en cas d’attaque aux armes chimiques, une discussion sur l’impact du soulèvement de 2020 lié à la mort de George Floyd, des présentations par des enseignant·e·s et des parents sur les patrouilles scolaires et les réseaux d’entraide en milieu scolaire, une table ronde sur la résistance à l’ICE dans d’autres villes, et bien plus encore.
Lors de la préparation de ces sessions, nous avons mis l’accent sur les principes de l’éducation populaire : laisser la place à la participation, favoriser les discussions émanant des participant·e·s et enseigner à travers les contradictions. Nous l’avons fait autant dans l’intérêt des animatrices et animateurs que dans celui des participant·e·s. Nous savions qu’une réflexion active sur nos méthodes à travers l’enseignement nous apporterait autant qu’à celles et ceux qui étaient venu·e·s pour apprendre.
À notre grande surprise, de nombreuses personnes ont proposé spontanément d’animer des ateliers, sans qu’on leur demande. Plus la date de l’événement approchait, plus les idées fusaient sur les thèmes à aborder et la manière de le faire. Les responsables des lieux de mémoire dédiés aux endroits où George Floyd, Renee Good et Alex Pretti ont été assassinés ont proposé d’animer un atelier. Pour chaque atelier d’éducation politique que nous avons proposé, il y en avait des dizaines d’autres que nous aurions voulu proposer, et des milliers de personnes supplémentaires que nous aurions souhaité voir y assister.
Un autre élément central de cette semaine d’action consistait à inviter les participantes et participants à rejoindre les réseaux locaux d’intervention rapide. Après avoir assisté à des sessions expliquant en détail le fonctionnement des systèmes d’intervention rapide et les meilleurs pratiques pour faire face à l’ICE, nous avons proposé aux participant·e·s de choisir entre des patrouilles en voiture et des patrouilles à pied. Les responsables locaux des réseaux d’intervention rapide, qui fonctionnent sur une base géographique, ont mis en place des systèmes permettant d’intégrer des centaines de personnes venues d’autres villes. Des patrouilleuses et patrouilleurs de différents quartiers ont formé plus d’une centaine de participant·e·s. Nous les avons accompagné·e·s lors de patrouilles « ridealongs » dans nos quartiers en suivant des itinéraires de patrouille habituels, nous avons organisé des sessions de patrouille à pied et à vélo, et avons géré la répartition des appels Signal pour les personnes qui suivaient les véhicules de l’ICE à leur sortie du bâtiment fédéral Whipple.
Tout au long de la semaine, de nombreuses et nombreux participant·e·s ont exprimé leur crainte que les systèmes locaux d’intervention rapide ne soient propres qu’au contexte des « Villes Jumelles » et donc difficiles à reproduire ailleurs. Malgré ces réserves, iels ont commencé à réfléchir avec créativité à la manière dont iels pourraient adapter les structures d’intervention rapide pour tenir compte des différences démographiques et de la taille relative de leurs villes. Très peu d’interventions de l’ICE ont été signalées cette semaine-là à Minneapolis et à Saint Paul mêmes, mais des signalements de leurs activités ont été reçus en provenance des banlieues, des zones périurbaines et des zones rurales du Minnesota.
Certain·e·s camarades émettent l’hypothèse que les opérations de l’ICE se sont détournées de la région métropolitaine des « Villes Jumelles » en raison de l’action militante menée ici. Les zones périurbaines et rurales posent des défis géographiques et politiques différents aux équipes d’intervention rapide, mais il serait erroné de dire qu’elles ne sont pas organisées. Les quartiers de la région métropolitaine s’associent de plus en plus aux zones périurbaines et rurales pour renforcer leurs capacités d’action et leur coordination. Les participant·e·s venu·e·s d’autres villes ont trouvé cela inspirant pour réfléchir à des moyens de mettre en place des réseaux d’intervention rapide dans leur propre contexte.
Un lieu de réunion le 26 février 2026.
Le déclin de l’opération Metro Surge soulève une question : quel sera l’avenir de ces structures d’intervention rapide ?
Parallèlement à la sensibilisation politique et aux patrouilles, les organisatrices et organisateurs ont mené diverses actions contre l’ICE dans la région des « Villes Jumelles ». Dans nos rêves les plus fous, cette semaine aurait donné lieu à tant d’actions dans les villes que la police n’aurait pas pu suivre le rythme. Les objectifs étaient de faire pression sur l’ICE et ceux qui travaillent avec l’agence fédérale, de sensibiliser le public aux cibles secondaires (hôtels, sociétés de location de voitures, prisons de comté enfermant des personnes arrêtées par l’ICE) et d’agir contre elles, de perturber la logistique opérationnelle de l’ICE et de proposer des moyens reproductibles permettant à un large éventail de personnes et d’organisations de se joindre au mouvement.
Nos actions ont été organisées par diverses organisations. Certaines actions étaient un peu moins conflictuelles, comme par exemple celle d’un rassemblement organisé devant le Capitole de l’État ou le « micro ouvert » organisé devant le bâtiment fédéral Whipple. Le vendredi 27 février, une « Marche contre les collaborateurs de l’ICE » a sillonné le centre-ville, s’arrêtant devant diverses cibles commerciales, notamment le siège social de Target, Hilton, Enterprise, CBS News et une entreprise de construction appelée United Properties, sans oublier la prison du comté de Hennepin. Les manifestant·e·s ont recouvert les rues de slogans à la craie et ont conclu leur action en lançant des boules de neige sur des effigies du maire Jacob Frey et du « tsar des frontières » Tom Homan.
Le 27 février 2026.
Toujours le 27 février, des centaines d’étudiantes et d’étudiants locaux ont organisé une grève et un sit-in au niveau de la rotonde du Capitole de l’État. Les étudiant·e·s étaient accompagné·e·s des danseuses et danseurs de Kalpulli Yaocenoxtli, un groupe Mexica-Nahua. Le même jour, plusieurs manifestant·e·s ont été inculpé·e·s pour des faits liés à la perturbation présumée d’un office religieux dans une église dirigée par un pasteur qui collaborait avec l’ICE. Ayant appris la nouvelle par les canaux de communication des réseaux d’intervention rapide, les étudiant·e·s qui avaient participé à la manifestation sont monté·e·s dans leur bus et se sont rendu·e·s directement du Capitole au tribunal fédéral.
La manifestation dans les « Villes Jumelles » contre les collaborateurs de l’ICE du 27 février 2026.
Le samedi 28 février, des quartiers ont organisé des fêtes de rues pour renforcer les liens communautaires, passer du temps ensemble et empêcher l’ICE de s’introduire dans les rues. Une coopérative locale de garde d’enfants a organisé un défilé pour les enfants et les familles. Des groupes affinitaires ont organisé des manifestations nocturnes autonomes et bruyantes devant les hôtels où logent les agents de l’ICE. Les participant·e·s à l’une de ces manifestations se sont ensuite rendu·e·s au domicile de certains responsables du DHS (« Department of Homeland Security », le Département de la Sécurité intérieure).
Nous avons invité de nombreuses organisations officielles à nous aider à organiser ces actions : Indigenous Roots, Sunrise Movement, Unidos, 50501, Democratic Socialists of America, Veterans for Peace, Black Cat Workers Collective, et bien d’autres encore. Bien que nous restions critiques à l’égard des organisations à but non lucratif défendant le complexe industriel et les politiques progressistes, toutes ces organisations ont adhéré à la ligne abolitionniste visant à abolir l’ICE, le Département de la Sécurité intérieure, la police et les prisons. Nous visons à résister au sectarisme de gauche et à travailler au-delà des clivages politiques partout où cela est possible. Ces organisations n’ont pas nécessairement organisé les actions que nous aurions menées, mais elles ont collaboré avec nous lors des réunions du comité de coordination et ont proposé aux gens différentes options pour participer à toute une gamme d’activités.
Le 28 février 2026.
Samedi, une manifestation a également eu lieu devant la prison du comté de Sherburne. Dans le Minnesota, l’ICE s’est associé à plusieurs prisons de comté pour pouvoir y incarcérer les immigrant·e·s placé·e·s en détention. Sherburne héberge actuellement de nombreuses personnes sans papiers victimes d’enlèvements, ainsi que des prisonnières et prisonniers issu·e·s du soulèvement en lien avec la mort de George Floyd en 2020. Nous avons apporté des œuvres d’art et une enceinte sur le parking de la prison de Sherburne, tandis qu’un DJ diffusait à plein volume de la musique contestataire. Nous avons dansé pour nous réchauffer. Nous avons scandé « Fuck ICE » (« Nique l’ICE ») et « We love you » (« Nous vous aimons ») dans l’espoir que nos sœurs et frères emprisonné·e·s puissent nous entendre de l’intérieur. Avec des centaines de manifestant·e·s supplémentaires, nous pourrions espérer finir par bloquer l’entrée et ralentir concrètement le fonctionnement de la prison ; pour l’instant, nous rappelons à nos proches incarcéré·e·s que nous ne les avons pas oublié·e·s.
Manifestation devant le centre de détention de l’ICE et la prison du comté de Sherburne, le 28 février 2026.
Le dimanche 1er mars, nous avons défilé jusqu’au bâtiment fédéral de Whipple pour réclamer la libération de nos voisines et voisins en détention et la restitution des terres autochtones spoliées. Nous avons défilé dans les rues situées juste au sud de Whipple, mais nous avons été repoussé·e·s par une ligne de policiers antiémeutes alors que nous tentions de bloquer l’entrée sud du bâtiment fédéral. Des altercations sporadiques avec des shérifs et d’autres agents ont dégénéré en affrontements. Au milieu de ces derniers, les Kalpulli Yaocenoxtli sont arrivé·e·s pour danser et prier. Les agents ont alors déclaré le rassemblement comme étant illégal et ont fait irruption dans la soi-disant « zone de manifestation », arrêtant 29 personnes.
Les danseuses et danseurs Kalpulli Yaocenoxtli, le 1er mars 2026.
Au moment même où ce cortège arrivait du côté sud-est de Whipple, une action autonome de moindre envergure a bloqué la route du côté nord-ouest du bâtiment à l’aide de boucliers et de banderoles renforcées. Les shérifs ont utilisé des armes chimiques et arrêté 11 personnes supplémentaires, portant le nombre total d’arrestations pour la journée à 40. Aucun véhicule de l’ICE n’a pu entrer ni sortir du bâtiment pendant plus de deux heures, même après que les manifestant·e·s aient été dispersé·e·s des deux côtés.
Le 1er mars 2026.
Au fil des sessions de formation politique, des ateliers sur les réseaux d’intervention rapides et des manifestations, nous avons pu constater une grande fatigue chez les organisatrices et organisateurs locaux. La participation des habitant·e·s a été moins importante que prévu, ce qui n’est guère surprenant compte tenu de l’épuisement de la base militante. Néanmoins, au cours de la semaine, nous avons été des milliers à mener diverses actions offensives contre l’ICE. Nous avons augmenté la pression sur des cibles déjà sous le feu des critiques ; nous avons mis en lumière des entreprises contre lesquelles nous continuerons à militer. Nous savons que notre mobilisation et notre action doivent se poursuivre à l’échelle nationale.
Vous pouvez apporter votre aide. Vous pouvez perturber les cibles principales et secondaires de l’ICE dans votre région, qu’il s’agisse de centres de détention, d’hôtels Hilton, d’agences Enterprise, de magasins Target ou d’autres entreprises qui collaborent avec l’ICE.
Manifestation devant le centre de détention de l’ICE et la prison du comté de Sherburne, le 28 février 2026.
Qu’est-ce que cette semaine d’action nous a appris sur la manière dont nous pouvons mener la lutte révolutionnaire à l’heure actuelle ?
Notre réseau regroupe des approches nombreuses et variées en matière d’organisation révolutionnaire. Nous cherchons à tirer le meilleur de chacune de ces tendances, à les concilier et à tenter de résoudre les contradictions qui en découlent. La semaine d’action a constitué une tentative pour aborder ces contradictions. De nombreux groupes communistes et anarchistes qui se sont mobilisés ici ont fait venir leurs camarades de tout le pays.
Dans le contexte des « Villes Jumelles », une tendance politique est plus profondément et largement ancrée dans les communautés pauvres et ouvrières que ne le sont les communistes ou les anarchistes, il s’agit des organisations à but non lucratif progressistes et des syndicats. Dans le meilleur des cas, ces organisations peuvent offrir une certaine forme de pouvoir politique à certain·e·s des membres les plus opprimé·e·s de la classe ouvrière. Leur principal inconvénient est qu’elles ne peuvent résister à l’inertie du complexe industriel à but non lucratif, car elles sont redevables à leurs bailleurs de fonds milliardaires et soumises aux limites de la loi. Par conséquent, elles parviennent rarement à surmonter la bureaucratie ou à s’engager dans une véritable résistance militante contre la classe dirigeante.
La semaine d’action a constitué une tentative de collaboration entre les groupes mentionnés ci-dessus — non pas en raison d’une convergence politique à long terme, mais par nécessité pratique. La création d’un mouvement révolutionnaire exigera une coordination entre toutes ces tendances.
La célébration multiculturelle a constitué un autre élément marquant de cette semaine d’action. Pour venir à bout de l’empire étatsunien, nous aurons besoin d’un mouvement de résistance accueillant et au charme irrésistible. Ensemble, nous avons dégusté des sambusas somaliennes, dansé sur la musique chicano de Las Cafeteras, découvert la puissance de la danse « Indigenous Roots », participé à des cérémonies traditionnelles Dakota et clôturé la semaine par une rave. Nous ne citons pas ces expériences pour mettre en avant le multiculturalisme en soi, mais pour les identifier comme certains des moments les plus euphoriques et les plus importants de la semaine d’action.
Manifestation devant le centre de détention de l’ICE et la prison du comté de Sherburne, le 28 février 2026.
Il est essentiel d’intégrer les pratiques culturelles profondément enracinées dans notre lutte. Les militant·e·s aux États-Unis doivent s’inspirer de leurs camarades révolutionnaires du Sud. Il ne suffit pas que les personnes blanches manifestent simplement en faveur de leurs voisines et voisins sans papiers : nous devons tisser des liens profonds, durables et politisés qui transcendent les frontières culturelles.
Si toutes les personnes ayant déjà participé à une patrouille d’intervention rapide signaient la déclaration de grève du Syndicat des locataires des « Villes Jumelles », nous dépasserions l’objectif de 10 000 participant·e·s et nous pourrions exercer une réelle pression sur la classe dirigeante. De même, si toutes les personnes qui travaillent aux côtés d’un·e immigrant·e étaient prêtes à manifester auprès de leur patron pour elleux et avec elleux, notre mouvement gagnerait en puissance.
Nous devons approfondir et aiguiser notre analyse de la situation actuelle aux côtés de nos voisines et voisins, ainsi que de nos collègues. Pour y parvenir, nous pouvons notamment continuer à organiser régulièrement des séances d’éducation politique afin de prendre conscience et de réfléchir à ce que les habitant·e·s du Minnesota ont accompli au cours des trois derniers mois, ainsi qu’à ce que nous pouvons accomplir ensemble à l’avenir. Sans une réflexion collective et délibérée, nous risquons de ne pas pouvoir progresser.
L’opération Metro Surge est toujours en cours. En effet, nous avons constaté une reprise de l’activité de l’ICE depuis la semaine d’action. Alors que les agents fédéraux se tournent vers des méthodes plus discrètes, la résistance doit continuer à s’adapter et à se renforcer. Nous tenons à remercier toutes les personnes qui ont contribué à cette semaine d’action ainsi que tou·te·s celles et ceux qui y ont participé. Nous invitons à la critique tout en saluant la volonté, le savoir-faire et la détermination qui nous ont réunis.
Dans le grand soulèvement populaire contre l’ICE, la semaine d’action n’était qu’un élément parmi tant d’autres. Tout grand mouvement historique se compose d’une multitude de petits éléments.
Tout le pouvoir au peuple.
Le 26 février 2026.
05.03.2026 à 23:25

Le 1er mars 2026, à l’issue d’une semaine d’action contre l’occupation des « Villes Jumelles » par les services de l’immigration et des douanes (ICE), les manifestant·e·s se sont rassemblé·e·s devant le bâtiment fédéral de Bishop Henry Whipple à Fort Snelling, dans le Minnesota. Au moins quatre cents personnes ont défilé du côté sud-est du bâtiment pour exiger le retrait de l’ICE de l’État du Minnesota et pour que les terres occupées par Fort Snelling soient rendues au peuple Dakota. De nombreuses et nombreux autochtones ont participé à la marche, notamment des membres des tribus Dakota, Ojibwe et Chippewa. De l’autre côté du bâtiment, un groupe d’une cinquantaine de manifestant·e·s a bloqué Minnehaha Avenue à l’aide de boucliers, de banderoles renforcées, de pièges « antichars » artisanaux et de barricades improvisées.
Les shérifs du comté de Hennepin et les policiers de l’État du Minnesota ont immédiatement réprimé les deux manifestations. Dans la zone sud-est, ils ont plaqué au sol et traîné hors du cortège des dizaines de personnes. Au niveau du barrage routier situé au nord-ouest du bâtiment fédéral, ils ont frappé les manifestant·e·s, les ont aspergé·e·s de gaz lacrymogène et ont violemment frappé la tête de quelqu’un contre le trottoir. Une personne a saigné des yeux et a subi des lésions cornéennes après avoir reçu une quantité importante de gaz lacrymogène.
Les shérifs ont arrêté quarante personnes au total. Dix de ces arrestations ont eu lieu au niveau du barrage routier et trente lors de la manifestation. Les premières attaques contre la marche n’ont eu lieu qu’une fois le démantèlement des barricades situées de l’autre côté du bâtiment effectué. On peut donc supposer que le barrage routier a permis de détourner l’attention de la police et d’alléger la pression des autorités sur la marche.
De Chicago aux « Villes Jumelles », les forces de polices locales et étatiques qui répondent aux responsables démocrates ont joué un rôle essentiel en permettant à l’ICE de terroriser les communautés. Sans l’aide et le soutien continus des autorités locales, les agences fédérales auraient été dépassées depuis longtemps par les mouvements de protestation. Chaque fois que la police et les shérifs participent à brutaliser celles et ceux qui s’opposent aux méthodes de l’ICE visant à enlever et assassiner des personnes, cela montre et renforce la complicité des responsables démocrates dans la montée du fascisme.
Malgré les épreuves endurées par les participant·e·s, cette action courageuse prouve que la résistance contre l’occupation des « Villes Jumelles » par l’ICE n’est pas terminée. En remplaçant le soi-disant « commandant en chef » Greg Bovino par le « tsar des frontières » Tom Homan, Donald Trump tente de redorer l’image de l’agence fédérale responsable des meurtres très médiatisés de Renee Good et d’Alex Pretti. (Homan lui-même a accepté un sac contenant 50 000 dollars en échange de la promesse de distribuer des contrats gouvernementaux dans le cadre d’une opération d’infiltration du FBI en 2024, illustrant parfaitement comment la persécution des immigrant·e·s sert de couverture à la corruption du gouvernement et aux complexe militaro-industriel). Pourtant, même après le retrait de milliers d’agents de l’ICE des « Villes Jumelles », plus de 400 d’entre eux sont encore présents sur place – un nombre sans précédent avant l’arrivée massive des mercenaires fédéraux dans la ville il y a deux mois de cela. Heureusement, les gens n’ont pas fini de lutter contre l’ICE.
Ici, un·e anarchiste de Minneapolis qui a participé à l’action de blocage décrit ce que s’est passé.
Photo de @slunttttt.
C’était une matinée froide et ensoleillée lorsque je suis arrivé·e au parking nord situé à l’extérieur de Whipple. Une quarantaine de personnes étaient déjà présentes sur les lieux. J’étais nerveux·se. Nous étions dangereusement peu nombreuses et nombreux. Nous savions que cette action serait moins importante que les précédentes, mais je me sentais exposé·e. Le vent nous fouettait à l’ombre du centre de rétention en bêton de sept étages. Allions-nous être massacré·e·s ?
Nous avons attendu quelques minutes. Les gens se sont embrassés et se sont regroupés par affinités, chuchotant des mots d’encouragement. Onze autres camarades sont arrivé·e·s au compte-gouttes. J’ai compté chacune et chacun d’entre nous à plusieurs reprises. Deux voitures du shérif du comté de Hennepin nous surveillaient depuis l’autre côté du parking. Nous étions à peine plus de cinquante personnes.
Une camionnette a fait une embardée sur le parking nord et s’est arrêtée dans un crissement de pneu. La première équipe d’intervention en est sortie, déjà équipée de masques à gaz, et a commencé à jeter des boucliers en plastiques peints à la va-vite à l’arrière de la camionnette. Tout le monde s’est précipité pour vider la camionnette, enfiler des masques et des lunettes de protection et s’emparer des boucliers. Les shérifs sont sortis de leurs voitures et ont appelé des renforts en criant dans leurs radios. Une voiture de police qui se dirigeait vers le sud en direction de Whipple a brusquement fait demi-tour et a franchi le terre-plein central pour nous couper la route.
Photo de @slunttttt.
Nous avions à peine quitté le parking qu’un shérif corpulent et moustachu a aspergé de bombe lacrymogène la personne se trouvant à ma gauche. Cette dernière a tressailli et est tombée en arrière, mais elle n’a pas crié. Les medics ont commencé à lui rincer les yeux. Nous avons continué à avancer.
Une ligne de shérifs nous a bloqué la route avant que nous atteignions le point de blocage que nous nous étions fixé. Certains d’entre eux portaient des uniformes normaux, d’autres étaient vêtus d’un équipement tactique complet, ressemblant presque exactement aux agents fédéraux qui gardaient cette même zone dans un passé encore récent. L’un d’eux nous a menacé avec une bombe de spray anti-ours (type de bombe lacrymogène en spray ou en gel ayant une longue portée). J’ai tripoté mes lunettes de protection, essayant frénétiquement d’empêcher ces maudites dernières de s’embuer dans le froid.
« SI VOUS AVEZ UN BOUCLIER, POSEZ-LE IMMÉDIATEMENT PAR TERRE ! » nous a hurlé un shérif. Il a répété la même phrase à deux reprises, puis une troisième fois.
« Pas aujourd’hui connard », a répondu quelqu’un à ma droite. « Ta famille est fière de toi, espèce de porc ? »
Les flics se sont précipités vers nous. Ils ont aspergé quelqu’un de gaz lacrymogène. Ils ont commencé à saisir les boucliers et à les arracher des mains des gens. Je me tenais en première ligne. Un shérif a posé ses deux mains sur le bouclier de quelqu’un pour le lui arracher et iels se sont battu·e·s. La personne a fini par lâcher le bouclier, le shérif a basculé en arrière et est tombé sur le dos.
Quelqu’un a commencé à crier des instructions pour que tout le monde recule. La plupart d’entre nous l’ont fait. Les shérifs ont plaqué au sol deux personnes courageuses qui avaient été plus lentes à battre en retraite. Trois ou quatre agents se sont alors jetés sur chacune d’elles. Le casque de l’une d’elles a volé et elle a eu du mal à se relever. Un shérif s’est de nouveau jeté sur elle pour l’immobiliser, lui cognant la tête sur le trottoir dans un craquement audible.
Une personne munie d’un mégaphone s’est avancée dans la rue, tentant une deuxième fois d’occuper la route. Elle a commencé à entonner un slogan : « À qui appartiennent les rues ? À nous ! » Les flics l’ont immédiatement plaquée au sol. Le reste d’entre nous a suivi le mouvement, essayant à notre tour de reprendre la rue pour former un mur de protection. Deux shérifs ont pris en sandwich la personne se trouvant devant moi et ont essayer de la tirer vers l’avant pour l’extraire du groupe. Les gens dans notre camp ont attrapé la personne par son sac à dos et ont essayé de la tirer en arrière. Les shérifs nous ont attaqué avec un autre jet de spray anti-ours et nous n’avons pas pu sauver la personne en question. Quelqu’un d’autre à l’avant de l’action tenait la ligne du mieux qu’elle ou il pouvait, poussant les agents avec son bouclier dans un mouvement de va-et-vient. Un shérif a essayé de l’attraper par les bras, mais un·e camarade se trouvant derrière la ou le manifestant·e au bouclier s’est accroupi·e et l’a enlacé par la taille, la ou le tirant vers l’arrière. Cette personne a réussi à échapper à la tentative d’arrestation.
À la fin de l’échauffourée, les autorités avaient arrêté dix d’entre nous. Il ne restait plus que quarante manifestant·e·s dans la rue. Le nombre de policiers qui nous faisaient face avait également diminué, car beaucoup d’entre eux étaient occupés à finaliser les arrestations de nos camarades et à les faire monter dans un fourgon. Nous avons reculé à nouveau et avons formé un mur de boucliers, dont le nombre avait désormais considérablement diminué. Quelqu’un a attrapé une palette et un panneau stop cassé sur le bord de la route et les a jetés dans la rue devant nous.
Ce n’est qu’après les arrestations que les shérifs ont émis un ordre de dispersion.
Les dix minutes qui suivirent m’ont semblé durer des heures. Désormais, les shérifs gardaient leurs distances. Je pense qu’ils appelaient des renforts. Quatre véhicules bloquaient la route devant nous et deux autres bloquaient l’intersection de Minnehaha et Hiawatha derrière nous. J’avais peur que nous soyons encerclé·e·s. Nous nous sommes blotti·e·s les un·e·s contre les autres dans le vent glacial, accroupi·e·s derrière nos quelques boucliers restants. Une femme d’âge moyen a garé sa voiture derrière nous. Pendant un instant, j’ai pensé qu’elle pouvait être une membre de l’ICE. Puis elle a crié par la fenêtre côté conducteur : « Vous êtes tou·te·s si sexy et courageux·ses !!! »
À ce moment-là, notre moral était au plus bas, mais ces mots nous ont aidé·e·s à faire en sorte que ce dernier remonte.
Puis, enfin, la cavalerie est arrivée. Une deuxième équipe s’est arrêtée à bord dans un camion à plateau. Les gens se sont rassemblés à l’arrière du camion, ont arraché une bâche verte et ont sorti des seaux remplis de charnières, de clous et de morceaux de ferraille. Nous les avons déversés sur la barricade. Nous avons également sorti trois pièges « antichars » : des crics soudés d’environ 1,20m de haut qui ressemblaient aux barricades des plages de Normandie, et nous les avons positionnés pour bloquer la route. Empilées sous tout ce bazar, nous avons récupéré deux banderoles renforcées de 2,40m x 1,20m en acier ondulé. « J’aurais aimé qu’on ait eu ce truc avec nous il y a 20 minutes », ai-je grommelé.
Nous avons tenu la route pendant encore une demi-heure. Les shérifs ne se sont plus approchés de nous. Surpris par la barricade, ils communiquaient sans cesse par radio. À 10h24, j’ai reçu un SMS sur mon téléphone jetable m’informant que la marche de l’autre côté de Whipple ne bloquait plus la rue. Cela signifiait que l’ICE avait un point de sortie au niveau de la porte numéro 3 et qu’ils n’étaient plus piégés à l’intérieur du bâtiment fédéral. C’était le signal pour nous de partir. Nous avons appelé notre équipe d’exfiltration.
Ironiquement, la facilité avec laquelle nous avons réussi à nous échapper semblait avoir déstabilisé les shérifs plus que tout ce que nous avions fait lors de notre action de blocage. Huit voitures se sont arrêtées derrière nous et nous nous sommes entassé·e·s à l’intérieur de ces dernières, abandonnant la barricade et filant vers Hiawatha.
Une voiture a été suivie par un SUV de l’ICE alors qu’elle quittait les lieux. La conductrice ou le conducteur les a entraînés dans une course-poursuite à travers le sud de Minneapolis jusqu’à Powderhorn Park, où iel a utilisé un fil de discussion d’un réseau d’intervention rapide local pour appeler des renforts. Des dizaines de voisin·e·s se sont rendu·e·s au parc et ont filmé la scène avec leurs téléphones. Le véhicule de l’ICE a fait demi-tour et à quitter la zone.
Photo de @slunttttt.
J’étais effrayé·e et stressé·e pendant la majeure partie de l’action du 1er mars, mais je l’ai quand même faite. Beaucoup de choses ont mal tourné pendant la planification et l’exécution de cette action. Nous avons subi une perte de 20% de nos effectifs à cause des arrestations, et certaines des personnes arrêtées ont été accusées de délits mineurs. Nous n’avons jamais eu les effectifs nécessaires pour accomplir correctement notre tâche, mais nous avons quand même réussi à bloquer la route pendant 52 minutes. De toutes les manifestations organisées au bâtiment Whipple au cours de ces trois derniers mois, celle-ci était de loin la plus petite. C’était aussi la première et unique fois où nous avons réussi à entièrement bloquer l’accès au siège de l’ICE pendant un certain temps.
Ce qui s’est passé le 1er mars marque une nouvelle phase dans la lutte contre l’ICE dans les « Villes Jumelles ». Nous sommes clairement passé·e·s de l’autre côté du pic d’activité du mouvement qui a atteint son apogée en janvier. La soi-disant « réduction des effectifs » – qui laisse encore 407 agents de l’ICE dans nos rues – visait à démobiliser notre mouvement, et à cet égard, cette stratégie a en partie réussi. Les milliers de personnes qui ont combattus les agents fédéraux dans les rues en janvier sont épuisées.
Pourtant, nous devons continuer de les combattre.
« Nous ne sommes pas nombreuses et nombreux, peut-être plus que vous ne l’imaginez, mais nous sommes toutes et tous déterminé·e·s à nous battre jusqu’au bout. »
– Plain Words, 1919
28.02.2026 à 11:30

L’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran est moralement répugnante. Elle n’a pour seul but que de profiter à une élite de bellicistes racistes et islamophobes. Elle ne profitera ni aux Iranien·ne·s ni aux gens ordinaires où que ce soit dans le monde.
Il existe de véritables mouvements populaires qui résistent au gouvernement iranien, un régime autoritaire sanguinaire, au même titre que les gouvernements étatsunien et israélien qui l’attaquent. Mais les participant·e·s aux mouvements sociaux iraniens ne veulent pas que Donald Trump attaque l’Iran. Comme certain·e·s d’entre elleux l’ont écrit le mois dernier,
« Toute intervention militaire ou impériale ne peut qu’affaiblir la lutte venue d’en bas et renforcer la mainmise de la République islamique pour mener à bien la répression. »
Les mouvements sociaux en Iran résistent à un gouvernement oppressif depuis des décennies. Mais la mise en place d’un régime fantoche au service des États-Unis et d’Israël ne les aidera pas. En attaquant l’Iran, Trump ne cherche pas nécessairement à renverser le gouvernement, mais simplement à le subordonner à sa volonté, en destituant les personnalités de premier plan afin de se substituer à elles. C’est précisément ce qu’il a fait au Venezuela en janvier 2026. L’enlèvement de Nicolás Maduro n’a en rien changé la répartition du pouvoir dans la société vénézuélienne ; le principal résultat de l’intervention de Trump a été de mettre en place les conditions nécessaires pour piller les ressources naturelles du pays au profit de certains éléments de la classe dirigeante étatsunienne.
Comme d’autres autocrates à travers le monde, Trump cherche à marginaliser les gens ordinaires, réduisant toute politique à une lutte entre tyrans qui se disputent le pouvoir au détriment de celles et ceux qu’ils gouvernent. Il sacrifiera volontiers la vie des Iranien·ne·s, des Israélien·ne·s et des citoyennes et citoyens américain·e·s pour son propre intérêt.
Alors que la spéculation capitaliste se heurte à des limites intrinsèques partout dans le monde, les despotes sont revenus à l’ancienne méthode pour accumuler des richesses : la violence étatique brutale. L’une des choses qui a soutenu l’économie mondiale ces dernières années est l’essor de la spéculation boursière sur une poignée d’entreprises du secteur de la tech qui tentent de vendre des produits d’« intelligence artificielle ». En réalité, il s’agit d’une course effrénée à l’investissement dans la technologie militaire dans le but de se préparer à une ère où celle-ci jouera un rôle encore plus central dans la répartition des richesses et du pouvoir. La preuve en est par le conflit qui a éclaté cette semaine autour de la question de savoir si l’armée étatsunienne devrait être autorisée à utiliser les outils d’IA développés par Anthropic pour surveiller massivement les citoyennes et citoyens américain·e·s et déployer des armes entièrement autonomes à travers le monde.
L’armée israélienne a largement utilisé l’IA pour perpétrer un génocide à Gaza. C’est là le principal usage de l’IA, et non pas le fait d’épargner aux bureaucrates la peine de rédiger leurs propres emails.
Pour le gouvernement israélien, tout le Moyen-Orient est désormais considéré comme étant la Cisjordanie. L’attaque contre l’Iran montre qu’il est déterminé à soumettre des centaines de millions de personnes à la violence qu’il inflige déjà aux populations palestinienne, libanaise et syrienne.
Aux États-Unis, la décision de Trump de déclarer la guerre sans consulter le Congrès montre qu’il se considère déjà comme un dictateur. L’attaque contre les Iranien·ne·s vise à semer la terreur parmi les adversaires de Trump à travers le monde, y compris aux États-Unis.
Nous devons considérer cette attaque comme une menace qui pèse également sur nous. De Caracas à Téhéran, en passant par les « Villes Jumelles », il est facile de voir quel genre de monde ils essaient de créer. Les mêmes armes qui sont utilisées aujourd’hui contre les Iranien·ne·s seront demain utilisées contre toutes celles et ceux qui résistent à Trump et à ses laquais, à moins que nous ne nous opposions ensemble à eux avant qu’il ne soit trop tard.
Nous devons renforcer les moyens dont disposent les mouvements populaires afin de mettre un terme à la machine de guerre. Les centaines de milliers de personnes massacrées sans raison à Gaza, en Syrie, au Soudan, au Yémen, en Irak, au Myanmar et en Ukraine montrent ce qui nous attend si nous continuons sur cette voie.
La véritable libération ne peut venir que de la solidarité entre les mouvements populaires. Nous devons résister à tout prix au bellicisme de Trump.
Imprimez et distribuez ces affiches à grande échelle.
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L’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran est moralement répugnante. Elle n’a pour seul but que de profiter à une élite de bellicistes racistes et islamophobes. Elle ne profitera ni aux Iranien·ne·s ni aux gens ordinaires où que ce soit dans le monde.
Il existe de véritables mouvements populaires qui résistent au gouvernement iranien, un régime autoritaire sanguinaire, au même titre que les gouvernements étatsunien et israélien qui l’attaquent. Mais les participant·e·s aux mouvements sociaux iraniens ne veulent pas que Donald Trump attaque l’Iran. Comme certain·e·s d’entre elleux l’ont écrit le mois dernier,
« Toute intervention militaire ou impériale ne peut qu’affaiblir la lutte venue d’en bas et renforcer la mainmise de la République islamique pour mener à bien la répression. »
Les mouvements sociaux en Iran résistent à un gouvernement oppressif depuis des décennies. Mais la mise en place d’un régime fantoche au service des États-Unis et d’Israël ne les aidera pas. En attaquant l’Iran, Trump ne cherche pas nécessairement à renverser le gouvernement, mais simplement à le subordonner à sa volonté, en destituant les personnalités de premier plan afin de se substituer à elles. C’est précisément ce qu’il a fait au Venezuela en janvier 2026. L’enlèvement de Nicolás Maduro n’a en rien changé la répartition du pouvoir dans la société vénézuélienne ; le principal résultat de l’intervention de Trump a été de mettre en place les conditions nécessaires pour piller les ressources naturelles du pays au profit de certains éléments de la classe dirigeante étatsunienne.
Comme d’autres autocrates à travers le monde, Trump cherche à marginaliser les gens ordinaires, réduisant toute politique à une lutte entre tyrans qui se disputent le pouvoir au détriment de celles et ceux qu’ils gouvernent. Il sacrifiera volontiers la vie des Iranien·ne·s, des Israélien·ne·s et des citoyennes et citoyens américain·e·s pour son propre intérêt.
Alors que la spéculation capitaliste se heurte à des limites intrinsèques partout dans le monde, les despotes sont revenus à l’ancienne méthode pour accumuler des richesses : la violence étatique brutale. L’une des choses qui a soutenu l’économie mondiale ces dernières années est l’essor de la spéculation boursière sur une poignée d’entreprises du secteur de la tech qui tentent de vendre des produits d’« intelligence artificielle ». En réalité, il s’agit d’une course effrénée à l’investissement dans la technologie militaire dans le but de se préparer à une ère où celle-ci jouera un rôle encore plus central dans la répartition des richesses et du pouvoir. La preuve en est par le conflit qui a éclaté cette semaine autour de la question de savoir si l’armée étatsunienne devrait être autorisée à utiliser les outils d’IA développés par Anthropic pour surveiller massivement les citoyennes et citoyens américain·e·s et déployer des armes entièrement autonomes à travers le monde.
L’armée israélienne a largement utilisé l’IA pour perpétrer un génocide à Gaza. C’est là le principal usage de l’IA, et non pas le fait d’épargner aux bureaucrates la peine de rédiger leurs propres emails.
Pour le gouvernement israélien, tout le Moyen-Orient est désormais considéré comme étant la Cisjordanie. L’attaque contre l’Iran montre qu’il est déterminé à soumettre des centaines de millions de personnes à la violence qu’il inflige déjà aux populations palestinienne, libanaise et syrienne.
Aux États-Unis, la décision de Trump de déclarer la guerre sans consulter le Congrès montre qu’il se considère déjà comme un dictateur. L’attaque contre les Iranien·ne·s vise à semer la terreur parmi les adversaires de Trump à travers le monde, y compris aux États-Unis.
Nous devons considérer cette attaque comme une menace qui pèse également sur nous. De Caracas à Téhéran, en passant par les « Villes Jumelles », il est facile de voir quel genre de monde ils essaient de créer. Les mêmes armes qui sont utilisées aujourd’hui contre les Iranien·ne·s seront demain utilisées contre toutes celles et ceux qui résistent à Trump et à ses laquais, à moins que nous ne nous opposions ensemble à eux avant qu’il ne soit trop tard.
Nous devons renforcer les moyens dont disposent les mouvements populaires afin de mettre un terme à la machine de guerre. Les centaines de milliers de personnes massacrées sans raison à Gaza, en Syrie, au Soudan, au Yémen, en Irak, au Myanmar et en Ukraine montrent ce qui nous attend si nous continuons sur cette voie.
La véritable libération ne peut venir que de la solidarité entre les mouvements populaires. Nous devons résister à tout prix au bellicisme de Trump.
Imprimez et distribuez ces affiches à grande échelle.
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