31.01.2026 à 14:00
31.01.2026 à 07:00
30.01.2026 à 18:17
Le Monde. Faut-il qu’ils aient la trouille ! Dans son post de ce jeudi, Jean-Luc Mélenchon expliquait les remous et les dérapages qu’avaient suscités au Medef la simple tenue d’un colloque de l’Institut La Boétie avec des représentants d’organisations patronales de TPE et PME. Qui est immédiatement venu commettre un beau travail de propagande pro Medef – sûrement même pas sollicité d’ailleurs ? Évidemment, c’est « la bourgeoisie faite journal », comme disait Léon Trotsky, le journal de révérence Le Monde.
L’article, signé Sandrine Cassini, est un petit bijou de bêtises accumulées par quelqu’un qui ne comprend rien à l’évènement dans lequel il est immergé. Faute d’imagination, dès les premières lignes, le porte-plume est obligé de piquer à son collègue du Figaro le savoureux « trotsko-poujadiste » qu’il a produit. On ne trouvera malheureusement rien d’aussi raffiné et imaginatif dans les mesquineries du Monde.
À vrai dire, au siège de LFI comme à l’Institut La Boétie, ce genre de papier est devenu un must qu’on se passe avec gourmandise. On dit « c’est du Cassini » pour dire : « c’est nul ». Car l’avis partagé est que les lignes sont moins dictées par l’habituelle volonté de nuire du quotidien que par la sottise et l’inculture de ses rubricards politiques pour la gauche et de leur lamentable chef Olivier Pérou. Des gens capables d’attribuer une requête auprès du « Conseil de sécurité de l’OTAN », qui n’existe pas, comme ce fut le cas récemment, il n’y en a qu’au Monde. Ailleurs, le niveau de compétence est une obligation. Notre article.
Cette fois-ci, c’est jubilatoire. Ainsi, quand est asséné « dans le logiciel économique “insoumis”, il y a les bons patrons et les mauvais patrons » ! Quelle crasse ! Hélas, il n’y a plus au Monde l’armada de trotskistes qui s’y trouvait du temps de Plenel et Jarreau. Avec eux a disparu toute culture de l’historique des idées de la gauche. Elle aurait pu permettre à ce type d’inculte de comprendre de quoi il est question en réalité dans notre analyse. Mais les fragmentations du patronat correspondant à l’évolution du capitalisme de notre époque, c’est trop pour elle.
À charge de preuve, la fine enquêtrice qui commet cet article note que « seules des organisations patronales de petites structures, comme la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), la Confédération nationale de l’artisanat des métiers et des services, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) et l’Union des entreprises de proximité (U2P), étaient conviées. Pas le Medef, incarnation du “grand capital” ».
Ben oui, puisque le sujet, c’était la petite entreprise ! Un simple tour de quelques minutes sur la chaîne YouTube de l’Institut La Boétie lui aurait permis de voir que l’an dernier, l’un des invités des journées économiques de l’Institut La Boétie était précisément le vice-président du Medef, Fabrice Le Saché. Les échanges avaient, à l’époque, été de bonne tenue, et sans aucune agressivité des deux côtés malgré d’évidents désaccords.
Sans prêter attention à ce que Sophia Chikirou, Aurélie Trouvé ou Jean-Luc Mélenchon ont réellement dit lors de ce colloque, les positions y sont volontairement caricaturées. Mais la flemme joue là encore son rôle. Il est vrai qu’il y a eu quatre heures d’échanges, ce qui est beaucoup pour quelqu’un qui n’y connaît rien et ne cherche d’ailleurs pas à comprendre. Restent donc les ânonnements de base de ce type d’ignorance. L’idée, pas très subtile il est vrai, est d’employer les gros mots qui font peur pour bien faire comprendre aux patrons de TPE ou PME, peut-être tentés par le diable, que c’est très mal.
Ainsi, la planification écologique insoumise est-elle présentée comme « une sorte d’économie administrée ». Démocrates chrétiens héritiers de Jean Monnet, républicains de droite héritiers du général de Gaulle seront heureux d’apprendre que leurs familles politiques se sont rendues complices d’un tel soviétisme. Toutes deux ont en effet gouverné la France à une époque où les grands objectifs de l’économie française étaient décidés via un commissariat général au Plan. Mais la plumitive du Monde et son chef de rang savent-ils déjà tout simplement de qui nous parlons ici ?
Pour aller plus loin : Les insoumis et le patronat des PME proposent ensemble de changer les règles du jeu
Ainsi, la plus grande partie de l’article consiste en un fin triage, découpage et collage de citations pour créer artificiellement des désaccords là où pourtant ils n’existent pas et donner l’impression d’avoir compris. Ainsi, le président de l’U2P déclare avec bon sens dans l’article : « Réserver la commande publique aux PME et aux TPE : oui, ça nous va. S’attaquer aux grandes entreprises ? Non, car cela déstructure toute l’économie ».
Pour Sandrine Cassini, c’est la preuve qu’il est reparti du colloque « plus que dubitatif ». L’exact contraire de ce qu’il a dit à haute et intelligible voix. En réalité, la première partie de la phrase est une proposition faite textuellement dans le rapport de l’Institut La Boétie et partagée par ces organisations. Quant à la deuxième, elle ne fait encore une fois que reprendre ce que Jean-Luc Mélenchon a dit dans son introduction, où il défendait des relations harmonieuses entre champions nationaux et PME.
L’article passe par ailleurs sous silence tous les moments où les représentants des quatre organisations présentes ont eux-mêmes souligné la différence de condition et de traitement avec les grandes entreprises. Ils en ont témoigné avec force. Madame Cassini ne devait déjà plus être là, quoiqu’elle en dise. Loyers et énergie trop chers, retards dans les paiements aux sous-traitants, soumission à une rente numérique ont été dénoncés avec force. Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs proposé d’appeler cela d’un mot simple et connu : l’exploitation.
Bien entendu, il y a des désaccords entre LFI et le patronat des PME ! Bien sûr ! Et personne n’a l’intention de les effacer. Ainsi, sur la question de l’utilité ou non des baisses de cotisations sociales, nous pensons que cette politique a été un échec pendant les 45 ans où elle a été appliquée.
Il est temps, en conséquence, de tourner la page. En tout état de cause, les préconisations de l’Institut La Boétie comme l’Avenir en commun prévoient une « caisse de péréquation inter-entreprises » pour qu’en la matière PME et TPE ne soient pas traitées comme des multinationales. Mais comment ne pas sourire quand Sandrine Cassini tente de présenter un propos pro-salariés de Michel Picon comme un désaccord avec les Insoumis ?
C’est là le sommet du ridicule. Si madame Cassini cherche à poursuivre son enquête sur les positions des uns et des autres à propos des progrès des droits des salariés dans les petites comme dans les grandes entreprises, elle ferait bien de se procurer un exemplaire de « l’Avenir en commun ». Car nous n’allons certainement pas dépenser un timbre et une enveloppe pour lui envoyer nous-mêmes. Sait-elle encore lire ce qui s’écarte de son bréviaire de bigote de la haine anti-LFI ?
Tout ce tissu de bêtises n’a en fait qu’un seul but. Il colle à celui du Medef. Retourner les organisations de PME et TPE contre leurs propres intérêts et leur interdire d’adhérer à une proposition de réforme des règles de représentativité patronale. Présentant une proposition faite par Michel Picon lui-même au cours des échanges comme venant des Insoumis, la redoutable madame Cassini lui fait dire qu’il n’est « pas dupe » !
Et oui, petits patrons, méfiez-vous, grands enfants ! Heureusement que maman Le Monde est là pour vous apprendre la vie politique : faites attention aux pièges des Insoumis ! Ils osent reprendre votre demande d’une proposition de loi pour faire que le Medef ne monopolise pas toute votre représentation ! Danger !
Le compte rendu du Monde ne correspond à rien de l’évènement de samedi dernier, quoiqu’il ait fallu une semaine à l’auteure pour en écrire trois colonnes. À bas les cadences infernales ? « Stratégie de présidentialisation », « tente de séduire », dit cette personne qui n’a aucun respect pour quelque travail intellectuel que ce soit et semble n’identifier que la séduction comme mode de conviction.
Surtout continuez ! Le niveau intellectuel de vos lecteurs nous rendra justice de la nullité sur ce plan de vos commentaires. Et votre situation ne va pas s’améliorer ! Savez-vous qu’il y avait aussi ce matin une réunion de patrons insoumis ? 400 se sont déclarés tels. Dont 200 auto-entrepreneurs ! La fin du monde. Pas le journal. La réalité à laquelle il ne comprend rien.
Par Antoine Salles-Papou