
06.03.2026 à 12:43
Les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran ont profondément bouleversé l’équilibre géopolitique au Moyen-Orient et au-delà. Si l’opération apparaît, sur le plan militaire, comme un succès incontestable, la véritable question concerne désormais ses conséquences politiques et stratégiques. Quel premier bilan géopolitique de la guerre déclenchée le 28 février 2026 peut-on dresser ? Quelles dynamiques cette intervention a-t-elle déclenchées et quelles pourraient être ses répercussions à plus long terme ? De multiples dynamiques sont simultanément à l’œuvre : Washington et Tel-Aviv, qui mènent la guerre de concert, pourraient en réalité avoir des objectifs divergents à moyen et long terme. Les pays du Golfe, ciblés par l’Iran, sont hostiles à une instabilité prolongé, quel rôle pourront-ils jouer ? Les Européens de leur côté font à nouveaux preuve de division à propos du conflit. Qu’en est-il pour les autres acteurs majeurs de la scène internationale, en particulier la Russie et la Chine, partenaires de l’Iran ? Retrouvez mon premier bilan de la situation géopolitique en Iran dans cette vidéo.
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Les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran ont profondément bouleversé l’équilibre géopolitique au Moyen-Orient et au-delà. Si l’opération apparaît, sur le plan militaire, comme un succès incontestable, la véritable question concerne désormais ses conséquences politiques et stratégiques.
Quel premier bilan géopolitique de la guerre déclenchée le 28 février 2026 peut-on dresser ? Quelles dynamiques cette intervention a-t-elle déclenchées et quelles pourraient être ses répercussions à plus long terme ? De multiples dynamiques sont simultanément à l’œuvre : Washington et Tel-Aviv, qui mènent la guerre de concert, pourraient en réalité avoir des objectifs divergents à moyen et long terme. Les pays du Golfe, ciblés par l’Iran, sont hostiles à une instabilité prolongé, quel rôle pourront-ils jouer ? Les Européens de leur côté font à nouveaux preuve de division à propos du conflit. Qu’en est-il pour les autres acteurs majeurs de la scène internationale, en particulier la Russie et la Chine, partenaires de l’Iran ?
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05.03.2026 à 17:30
Une trentaine de kilomètres sépare l’Iran d’Oman. Un passage maritime étroit, quand on place le curseur sur Ormuz. Un détroit qui connecte l’immense océan Indien avec l’exigüe golfe Persique. La guerre qui embrase l’Iran et le Moyen-Orient, derrière les bombes, les drames et les communications politiques, nous propose une formation accélérée de géoéconomie contemporaine. Le golfe Persique d’abord, parlons-en. Un espace de 250 000 km2, dix fois moindre que la Méditerranée, représentant à peine 1 % de l’espace océanique mondial. Mais 50 % des réserves prouvées en pétrole et 40 % dans le cas du gaz[1]. Une taille énergétique et économique colossale, concentrée dans une piscine aux dimensions restreintes, à la profondeur maximale d’une centaine de mètres et à la largeur de 300 kilomètres environ dans son étirement le plus prononcé. Dans ce golfe Persique, huit États riverains, peuplés de 200 millions d’habitants dans leur ensemble, dont 60 à 70 millions de personnes vivant au bord de la mer, sur ces littoraux convoités, où l’eau rassure quand on a un vaste désert dans le dos. Même les champs énergétiques dominants, exploités ou en devenir, sont off-shore, au fond de la mer. La conquête du maritime, pour ces pays riverains, c’est donc avant tout de l’économique. On dessale l’océan pour disposer d’eau potable ou irriguer les quelques cultures agricoles qui peuvent composer avec l’aridité du milieu. On fore les profondeurs pour pomper ces hydrocarbures dont la planète raffole, et qui enrichissent mécaniquement les nations riveraines. Et puis on aspire au maritime car c’est l’accès au grand large, pour exporter ou pour importer. À condition que le robinet du détroit d’Ormuz soit ouvert. Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour ces pays du Golfe persique et un poumon énergétique d’une bonne partie du globe. Quand les flux s’organisent sans anicroches, ce […]
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Une trentaine de kilomètres sépare l’Iran d’Oman. Un passage maritime étroit, quand on place le curseur sur Ormuz. Un détroit qui connecte l’immense océan Indien avec l’exigüe golfe Persique. La guerre qui embrase l’Iran et le Moyen-Orient, derrière les bombes, les drames et les communications politiques, nous propose une formation accélérée de géoéconomie contemporaine.
Le golfe Persique d’abord, parlons-en. Un espace de 250 000 km2, dix fois moindre que la Méditerranée, représentant à peine 1 % de l’espace océanique mondial. Mais 50 % des réserves prouvées en pétrole et 40 % dans le cas du gaz[1]. Une taille énergétique et économique colossale, concentrée dans une piscine aux dimensions restreintes, à la profondeur maximale d’une centaine de mètres et à la largeur de 300 kilomètres environ dans son étirement le plus prononcé. Dans ce golfe Persique, huit États riverains, peuplés de 200 millions d’habitants dans leur ensemble, dont 60 à 70 millions de personnes vivant au bord de la mer, sur ces littoraux convoités, où l’eau rassure quand on a un vaste désert dans le dos. Même les champs énergétiques dominants, exploités ou en devenir, sont off-shore, au fond de la mer. La conquête du maritime, pour ces pays riverains, c’est donc avant tout de l’économique. On dessale l’océan pour disposer d’eau potable ou irriguer les quelques cultures agricoles qui peuvent composer avec l’aridité du milieu. On fore les profondeurs pour pomper ces hydrocarbures dont la planète raffole, et qui enrichissent mécaniquement les nations riveraines. Et puis on aspire au maritime car c’est l’accès au grand large, pour exporter ou pour importer. À condition que le robinet du détroit d’Ormuz soit ouvert.
Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour ces pays du Golfe persique et un poumon énergétique d’une bonne partie du globe. Quand les flux s’organisent sans anicroches, ce qui est généralement le cas, car il est rarement intéressant de se priver d’oxygène économique, ce détroit s’exprime avec amplitude : un tiers du commerce mondial en pétrole (avec 12 à 13 millions de barils par jour !), 20 % en gaz naturel liquéfié (GNL), 30 % en gaz de pétrole liquéfié, 15 % en produits pétroliers raffinés ou encore 30 % en engrais azotés[2], pour prendre la moyenne annuelle sur la période 2023-2025. Pour ces matières premières, le déplacement se fait par tankers, méthaniers ou vraquiers. Chaque navire de commerce présente une valeur qui se chiffre vite en plusieurs millions de dollars. La majorité d’entre eux font route vers l’Asie. La Chine capte près de 40 % du pétrole qui sort du Golfe persique, 80 % même de l’or noir iranien depuis quelques années[3]. Ne sous-estimons pas les volumes de pétrole qui transitent par Ormuz et vont en Inde (15 %), en Corée du Sud et au Japon (10 % chacun)[4]. Dans le cas du gaz et des engrais azotés, les destinations sont moins polarisées sur l’Asie, prennent la route de l’Afrique ou de la mer Rouge, pour remonter vers les marchés européens. L’Union européenne importe 8 % de son GNL grâce aux ressources qataries[5], à titre d’exemple. L’importance stratégique de ce passage maritime est considérable pour les économies des nations riveraines du Golfe persique. Les exportations d’hydrocarbures du Koweït et du Qatar dépendent entièrement du détroit d’Ormuz, tandis que celles de l’Irak et de l’Iran y transitent à près de 95 %[6]. L’Arabie saoudite, dont l’essentiel des champs pétroliers est situé sur sa façade orientale, dépend également de cette voie maritime pour environ 90 % de ses exportations[7]. Les Émirats arabes unis sont légèrement moins exposés grâce à leur accès direct à l’océan Indien et leur port commercial de Khor Fakkan, d’où partent 25 % environ des flux émiratis[8]. La géographie dicte sa loi à la logistique, tout comme l’économique, car ces matières premières ne circulent ni par le ciel ni par voies terrestres ferroviaires ou routières, sauf sur les derniers kilomètres à parcourir afin d’éclater en de multiples points les volumes. Mais sinon, c’est bien l’océan qui connecte l’offre et la demande.
Les événements en cours transforment Ormuz en goulet d’étranglement pour l’économie locale, régionale et potentiellement mondiale. L’Iran prétend pouvoir fermer le détroit. En tout cas, les risques s’y démultiplient suffisamment pour que l’on observe un arrêt brutal des échanges. Le ballet de navires se croisant laisse place à des ronds dans l’eau de la part de bateaux coincés dans le golfe Persique, chargés et loin des quais (près de 500), ou stationnaires dans le golfe d’Oman, car le danger est tel qu’il n’est plus sage de traverser le détroit. Les États-Unis annoncent de potentielles actions sur site pour débloquer le détroit d’Ormuz. D’autres pays y songent, les retombées économiques pouvant cascader à mesure que cette situation perdure. D’ores et déjà, les primes d’assurance explosent. Il est vivement conseillé d’éviter le détroit d’Ormuz, où des navires ont été touchés par des tirs militaires ou des drones sous-marins kamikazes. Après Maersk et MSC, le géant chinois du transport maritime Cosco a suspendu ses services à destination et en provenance de pays du Golfe. La donne géostratégique pourrait s’aggraver si des mines flottantes sont posées pour rendre le détroit d’Ormuz encore moins praticable. Par ailleurs, une marée noire, en cas de tanker coulé, serait une catastrophe écologique dans cette mer quasi-fermée.
Depuis le 28 février 2026, ces tensions géopolitiques extrêmes ont déjà entraîné une hausse significative du prix du pétrole et du gaz. Si le détroit d’Ormuz devait être bloqué pendant un mois, ou plus, un choc énergétique et donc économique mondial est à redouter, sachant qu’il s’inscrit dans un contexte de marchés déjà particulièrement volatiles, nerveux et de plus en plus opaques. Du Covid-19 à l’Ukraine, en passant par d’autres secousses depuis 2020, l’inflation s’est réinvitée dans le vocabulaire du quotidien. Une hausse de plusieurs centimes à la pompe est attendue en Europe d’ici quelques jours. Avec un gaz plus cher, les factures d’électricité pour des pays très dépendant comme l’Allemagne devraient se renchérir. Ormuz est aussi ce détroit vital pour nourrir les populations du golfe Persique, hyper-dépendantes d’approvisionnements extérieurs, venant de loin, pour répondre aux besoins alimentaires d’une zone dépourvue d’agricultures consistantes. Ce sont 15 à 20 millions de tonnes de grains (céréales, soja) qui entrent dans le Golfe persique chaque année[9], avec des fournisseurs principaux nommés Brésil, Russie, Australie, Turquie ou encore Ukraine. Pour plusieurs États membres de l’UE, là aussi, une présence essentielle dans une zone aux consommations croissantes. L’Italie, la France et les Pays-Bas, pour ne citer qu’eux, vendent des biens agro-alimentaires sur ces marchés structurellement importateurs. Les flux en grains, en janvier et février 2026, entrant dans le golfe Persique, ont été deux fois supérieurs aux moyennes. Chaque pays a visiblement anticipé la crise et accru ses stocks, mais ces derniers ne couvrent a priori pas plus d’un semestre.
Le détroit d’Ormuz nous rappelle à la fragilité de ces chaines longues pour des ressources à utilisation mondiale mais extrêmement localisées à la source. Ce qui se joue en ce moment avec l’Iran, le golfe Persique et ce détroit, c’est donc aussi une guerre géoéconomique qui de loin déborde du périmètre régional. Le passage en mer Rouge, déjà complexe depuis deux ans, en raison de tirs Houthis sur les navires de commerce qui passent par Bab el-Mandeb, va de nouveau être sous tensions, puisque le régime iranien réactive les dernières forces de ses proxys. Le commerce maritime se redéploie donc vers le sud de l’Afrique et ce cap de Bonne-Espérance. Le temps est rallongé, le coût du transport est augmenté. Comme souvent, nous devons intégrer ces variables géoéconomiques dans nos grilles de lecture globale sur les conflits ou les rivalités entre puissances. Si la stratégie des Mollahs iraniens est d’aller dans une logique jusqu’au-boutiste, c’est-à-dire de jouer un va-tout dans ce grand soir d’affrontements avec l’ennemi israélien et états-unien, il n’est pas exclu de provoquer le plus de dégâts possibles sur ce terrain économique, quand bien même le blocage ou le saccage du détroit d’Ormuz pénalise l’Iran directement.
Que vont faire les nations voisines, notamment ces monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, qui semblaient plaider pour une non-intervention ces dernières semaines, sans doute par crainte d’une boite de Pandore aux instabilités multiples ? N’oublions pas que le rabibochage entre Téhéran et Riyad est tout frais, qu’il fut réalisé sous l’égide d’une Chine qui pourrait sur cette guerre s’activer en raison de facteurs géoéconomiques, et que par ailleurs peu de nations du golfe Persique ont un appétit coopératif avec leurs voisines. On dialogue, on se compare mais on crée peu de solidarités durables, par primauté d’intérêts souverains et par sécurité… Donc n’oublions pas que le Moyen-Orient est l’un des plus grands magasins d’armements de la planète et que si des journées portes ouvertes sont annoncées, nous pourrions aussi voir l’embrasement s’intensifier et changer de registre. Les vacances à Dubaï, bye-bye.
[1] US – Energy Information Administration
[2] Argus-Media
[3] World Energy Council
[4] Eurostat
[5] US – Energy Information Administration
[6] US – Energy Information Administration
[7] US – Energy Information Administration
[8] US – Energy Information Administration
[9] International Grain Council
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05.03.2026 à 12:50
Depuis le coup d’État militaire de 2021 au Myanmar, l’Armée d’indépendance kachin (KIA) a consolidé son emprise sur les principaux sites d’extraction de dysprosium et de terbium dans les régions de Chipwi et Pangwa, générant plus de 200 millions de dollars de revenus annuels en imposant taxes et redevances aux entreprises chinoises opérant sur son territoire. Ainsi, les terres rares birmanes, indispensables aux moteurs électriques et aux éoliennes, sont désormais contrôlées par une entité proto-étatique en guerre ouverte avec son gouvernement central. De ce fait, le contrôle des gisements de terres rares au Myanmar par des groupes armés non étatiques devient une question stratégique majeure pour la sécurité d’approvisionnement en minerais critiques.
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Depuis le coup d’État militaire de 2021 au Myanmar, l’Armée d’indépendance kachin (KIA) a consolidé son emprise sur les principaux sites d’extraction de dysprosium et de terbium dans les régions de Chipwi et Pangwa, générant plus de 200 millions de dollars de revenus annuels en imposant taxes et redevances aux entreprises chinoises opérant sur son territoire. Ainsi, les terres rares birmanes, indispensables aux moteurs électriques et aux éoliennes, sont désormais contrôlées par une entité proto-étatique en guerre ouverte avec son gouvernement central. De ce fait, le contrôle des gisements de terres rares au Myanmar par des groupes armés non étatiques devient une question stratégique majeure pour la sécurité d’approvisionnement en minerais critiques.
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05.03.2026 à 10:38
Pascal Boniface · Guerre en Iran : scénarios militaires. Avec Nicolas Richoux | Entretiens géopo Après une première opération en 2025, de nouvelles frappes israélo-américaines se sont abattues en Iran le 28 février dernier. Cette opération militaire conjointe, contraire au droit international, a notamment entraîné l’élimination du Guide suprême, l’Ayatollah Khamenei, laissant ainsi le régime iranien « décapité ». Du côté de Téhéran, la riposte ne s’est pas fait attendre. Le 1er mars 2026, des missiles iraniens visant des bases militaires occidentales ont été interceptés dans les États du Golfe, plongeant ainsi les différentes parties prenantes dans un nouveau conflit qui pourrait bel et bien se régionaliser. Mais quel était le réel objectif poursuivi par Washington et Tel-Aviv derrière cette opération militaire ? Si Israël a affiché sa volonté d’amoindrir son adversaire systémique dans la région qu’il considère comme une menace, les buts de guerre américains, parmi lesquels ont été évoqués la question du nucléaire iranien ou encore la chute du régime des mollahs, demeurent quant à eux encore flous. Bien qu’ils ne soient pas clairement définis, les buts de cette guerre poursuivis par Washington et Tel-Aviv ont-ils été atteints ? Combien de temps cette guerre est-elle susceptible de durer ? Quel est l’état des capacités militaires de l’Iran face aux États-Unis et à Israël ? Israël peut-il continuer cette guerre sans le soutien des États-Unis ? Quel sera le coût de cette guerre ? Quelles pourraient être les sorties de crise envisageables ? Dans ce podcast, je reçois Nicolas Richoux, général en deuxième section du corps des officiers généraux et consultant défense sur LCI.
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Après une première opération en 2025, de nouvelles frappes israélo-américaines se sont abattues en Iran le 28 février dernier. Cette opération militaire conjointe, contraire au droit international, a notamment entraîné l’élimination du Guide suprême, l’Ayatollah Khamenei, laissant ainsi le régime iranien « décapité ». Du côté de Téhéran, la riposte ne s’est pas fait attendre. Le 1er mars 2026, des missiles iraniens visant des bases militaires occidentales ont été interceptés dans les États du Golfe, plongeant ainsi les différentes parties prenantes dans un nouveau conflit qui pourrait bel et bien se régionaliser. Mais quel était le réel objectif poursuivi par Washington et Tel-Aviv derrière cette opération militaire ? Si Israël a affiché sa volonté d’amoindrir son adversaire systémique dans la région qu’il considère comme une menace, les buts de guerre américains, parmi lesquels ont été évoqués la question du nucléaire iranien ou encore la chute du régime des mollahs, demeurent quant à eux encore flous. Bien qu’ils ne soient pas clairement définis, les buts de cette guerre poursuivis par Washington et Tel-Aviv ont-ils été atteints ? Combien de temps cette guerre est-elle susceptible de durer ? Quel est l’état des capacités militaires de l’Iran face aux États-Unis et à Israël ? Israël peut-il continuer cette guerre sans le soutien des États-Unis ? Quel sera le coût de cette guerre ? Quelles pourraient être les sorties de crise envisageables ? Dans ce podcast, je reçois Nicolas Richoux, général en deuxième section du corps des officiers généraux et consultant défense sur LCI.
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04.03.2026 à 20:30
En l’espace d’une quarantaine d’années, l’économie mondiale a été le théâtre d’un certain nombre de bouleversements liés à l’explosion des flux financiers internationaux accompagnant la croissance du commerce international de marchandises et celle des investissements directs à l’étranger. Dans son ouvrage, Julien Briot-Hadar rappelle notamment que 3 % des flux financiers internationaux relèvent du monde de l’illicite. Si 62 à 67 % d’entre eux sont liés à la fraude fiscale, 30 à 35 % seraient liés au blanchiment d’argent dans un contexte où les montages mis en place par les criminels sont de plus en plus sophistiqués et difficiles à détecter. Aujourd’hui, selon l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le chiffre d’affaires engendré par les diverses activités liées au crime organisé — trafic de migrants, d’armes, de drogues, contrefaçons de médicaments — s’élève à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. En France, un rapport récent sur l’économie du trafic de drogues illégales faisait état de l’explosion du chiffre d’affaires de cette économie. Entre 2010 et 2023, celui-ci aurait triplé pour atteindre les 7 milliards d’euros. Des montants considérables qu’il faut blanchir et qui contribuent à l’irrigation de certains secteurs de l’économie nationale et au développement de la corruption de toutes les strates de la société.
L’article Crime et blanchiment : un enjeu stratégique dans la lutte contre le crime organisé est apparu en premier sur IRIS.
En l’espace d’une quarantaine d’années, l’économie mondiale a été le théâtre d’un certain nombre de bouleversements liés à l’explosion des flux financiers internationaux accompagnant la croissance du commerce international de marchandises et celle des investissements directs à l’étranger.
Dans son ouvrage, Julien Briot-Hadar rappelle notamment que 3 % des flux financiers internationaux relèvent du monde de l’illicite. Si 62 à 67 % d’entre eux sont liés à la fraude fiscale, 30 à 35 % seraient liés au blanchiment d’argent dans un contexte où les montages mis en place par les criminels sont de plus en plus sophistiqués et difficiles à détecter. Aujourd’hui, selon l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le chiffre d’affaires engendré par les diverses activités liées au crime organisé — trafic de migrants, d’armes, de drogues, contrefaçons de médicaments — s’élève à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. En France, un rapport récent sur l’économie du trafic de drogues illégales faisait état de l’explosion du chiffre d’affaires de cette économie. Entre 2010 et 2023, celui-ci aurait triplé pour atteindre les 7 milliards d’euros. Des montants considérables qu’il faut blanchir et qui contribuent à l’irrigation de certains secteurs de l’économie nationale et au développement de la corruption de toutes les strates de la société.
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04.03.2026 à 11:11
Lors de son discours prononcé le 2 février 2026, le président de la République française, Emmanuel Macron, a annoncé une évolution de la doctrine française sur la dissuasion nucléaire, tout en évoquant l’instauration d’une « dissuasion avancée ». Qu’entend-on par « dissuasion avancée » ? Pourquoi ce discours doit-il être interprété comme une évolution logique de la doctrine française plutôt que comme une révolution ? Ce discours est-il par ailleurs annonciateur d’une souveraineté plus importante de la France sur l’arme nucléaire ? Le point avec Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS. La dissuasion avancée exposée par Emmanuel Macron signifie-t-elle que la France a perdu sa souveraineté sur l’usage de l’arme nucléaire ? Des commentateurs ou personnalités politiques se sont inquiétés avant le discours du président de la République sur le risque que la France apporte la garantie de sécurité nucléaire à nos partenaires européens, en partageant la décision d’emploi de cette arme. Il n’en a rien été et la surprise vient davantage du fait que ce risque ait été évoqué. Une telle évolution était inenvisageable et ce pour deux raisons : La dissuasion avancée ce n’est pas la dissuasion élargie. Ce n’est pas une révolution, ce n’est qu’une évolution tendancielle qui a commencé dès les années 1990. Notre responsabilité mais aussi nos intérêts en matière de défense ne se limitent pas à la défense des frontières de la France : Emmanuel Macron l’a rappelé lors de son discours, François Mitterrand l’avait déjà dit de manière très imagée en citant une anecdote lors de son discours sur la dissuasion de 1994. Répondant en 1987 à une question de Margaret Thatcher sur l’utilisation de l’arme nucléaire française, il indiquait que « si les Russes étaient à Bonn la guerre était perdue », et précisait que la dissuasion nucléaire française devait jouer dès le stade de déclenchement d’un conflit avec l’URSS et non […]
L’article Discours du président sur la dissuasion nucléaire : une évolution logique plus qu’une révolution est apparu en premier sur IRIS.
Lors de son discours prononcé le 2 février 2026, le président de la République française, Emmanuel Macron, a annoncé une évolution de la doctrine française sur la dissuasion nucléaire, tout en évoquant l’instauration d’une « dissuasion avancée ». Qu’entend-on par « dissuasion avancée » ? Pourquoi ce discours doit-il être interprété comme une évolution logique de la doctrine française plutôt que comme une révolution ? Ce discours est-il par ailleurs annonciateur d’une souveraineté plus importante de la France sur l’arme nucléaire ? Le point avec Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS.
La dissuasion avancée exposée par Emmanuel Macron signifie-t-elle que la France a perdu sa souveraineté sur l’usage de l’arme nucléaire ?
Des commentateurs ou personnalités politiques se sont inquiétés avant le discours du président de la République sur le risque que la France apporte la garantie de sécurité nucléaire à nos partenaires européens, en partageant la décision d’emploi de cette arme. Il n’en a rien été et la surprise vient davantage du fait que ce risque ait été évoqué. Une telle évolution était inenvisageable et ce pour deux raisons :
La dissuasion avancée ce n’est pas la dissuasion élargie. Ce n’est pas une révolution, ce n’est qu’une évolution tendancielle qui a commencé dès les années 1990. Notre responsabilité mais aussi nos intérêts en matière de défense ne se limitent pas à la défense des frontières de la France : Emmanuel Macron l’a rappelé lors de son discours, François Mitterrand l’avait déjà dit de manière très imagée en citant une anecdote lors de son discours sur la dissuasion de 1994. Répondant en 1987 à une question de Margaret Thatcher sur l’utilisation de l’arme nucléaire française, il indiquait que « si les Russes étaient à Bonn la guerre était perdue », et précisait que la dissuasion nucléaire française devait jouer dès le stade de déclenchement d’un conflit avec l’URSS et non quand il était trop tard[1]. On peut ajouter que dès la déclaration de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) d’Ottawa en 1974, les pays membres de l’OTAN, dont la France, avaient souligné que les forces nucléaires du Royaume-Uni et de la France étaient « en mesure de jouer un rôle dissuasif propre contribuant au renforcement global de la dissuasion de l’Alliance ».
Alors qu’est-ce qui a changé en ce 2 mars 2026 ?
En premier lieu, il y a un contexte stratégique bien plus menaçant qu’il y a 30 ans avec un pays, la Russie, qui menace clairement l’Europe. Parallèlement les États-Unis souhaitent que les Européens fassent plus pour leur défense, ce qui est légitime, mais on se demande jour après jour si ce pays est toujours prêt à se mobiliser pour défendre l’Europe si nous sommes attaqués : l’effet Trump, avec sa relation au minimum ambigüe avec Vladimir Poutine est indéniable. Il y a donc une demande de la part de nos partenaires européens pour que la France s’engage plus dans la défense de l’Europe alors que la France de son côté souhaite que l’Europe de la défense devienne une réalité et que le rôle de Paris soit affirmé et reconnu dans cette défense de l’Europe. Il y avait donc un intérêt commun à agir afin de reconnaitre plus nettement le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la défense de l’Europe, et ce sans que la souveraineté de la France sur sa force de dissuasion ne soit remise en cause par cet accord.
Qu’est-ce que la dissuasion avancée ?
En premier lieu, la dénomination de dissuasion avancée ne peut se comprendre que pour la distinguer de la dissuasion élargie des États-Unis dans le cadre de l’OTAN. C’est aussi un moyen d’éviter toute ambiguïté sur une éventuelle automaticité de l’emploi de notre force de dissuasion si l’un de nos partenaires européens était attaqué.
Il y a deux composantes dans la dissuasion avancée.
Le premier est celui d’exercice mettant en œuvre la dissuasion nucléaire en la couplant avec les forces conventionnelles des pays. L’intérêt de ces exercices est de permettre à ces pays d’assimiler en quelque sorte la grammaire de la dissuasion nucléaire. Les exercices sont basés sur des scénarios, ce qui signifie qu’il y aura un apprentissage à la dissuasion nucléaire et donc une meilleure compréhension de celle-ci et notamment de son articulation avec les forces conventionnelles. Cela conduit également à mettre en place une forme de coopération renforcée dans le domaine de la défense avec les pays intégrant la dissuasion avancée avec « un travail commun sur la menace et le renseignement et des moyens de communication spécifiques ». Le mécanisme mis en place ressemble fortement à ce qui avait déjà été initié avec l’initiative européenne d’intervention (IEI) lancée en 2018 : c’est-à-dire créer une culture stratégique commune qui s’applique dans ce cas à la dissuasion nucléaire et non aux opérations extérieures : le Royaume-Uni qui n’est pas membre de l’Union européenne est d’ailleurs intégré dans la dissuasion nucléaire avancée comme il l’était dans l’initiative européenne d’intervention.
La deuxième composante est la possibilité de déployer des capacités nucléaires sur les pays ayant rejoint la dissuasion avancée. Mais il est précisé que ce sera « le déploiement de circonstances d’éléments de forces stratégiques chez nos alliés. », « les forces aériennes stratégiques pouvant se disséminer dans la profondeur du continent européen ». Comme dans tout discours sur la dissuasion, les mots ont été choisis soigneusement et cela signifie sans doute que ces déploiements ne seront pas permanents, à l’instar des armes nucléaires des États-Unis dans le cadre de l’OTAN, mais uniquement en cas de crise ou de menace faisant craindre une action militaire majeure et imminente de la Russie. On est bien dans une configuration complémentaire de la dissuasion qui est complémentaire de celle dans le cadre de l’OTAN avec les moyens nucléaires états-uniens.
Aspects conventionnels et relation avec les États-Unis : les autres points majeurs du discours du président
La dissuasion avancée implique aussi des initiatives relatives aux forces conventionnelles : c’est un des aspects novateurs de la proposition française.
Un des risques qui pèse en effet sur les Européens est celui du contournement par le bas de la dissuasion en raison de l’insuffisance des capacités conventionnelles. C’est d’ailleurs ce qui est demandé par les États-Unis et ce qu’a formalisé le sous-secrétaire d’État à la politique de défense du ministère de la Guerre des États-Unis Edridge Colby lors de la réunion ministérielle de l’OTAN le 9 février 2026. Emmanuel Macron cite trois domaines conventionnels prioritaires en lien avec la dissuasion qui doivent faire l’objet d’un effort particulier : l’alerte avancée, la défense aérienne élargie et les protections antimissiles et antidrones ainsi que les capacités de frappe dans la profondeur. Il faut noter que le deuxième domaine, celui de la défense aérienne élargie, concerne les moyens que l’Allemagne avait décidé de développer dans le cadre de l’initiative European Sky Shield Initiative (ESSI) lancée en octobre 2022. À cette époque la France avait critiqué l’initiative allemande pour trois raisons :
De ce fait le projet de dissuasion avancée semble, pour partie tout au moins, répondre aux attentes et critiques que la France avait formulées en 2022 en réintroduisant l’initiative allemande dans un cadre plus large. Mais il faut attendre bien entendu les développements à venir dans les semaines à venir pour savoir si Français et Allemands partagent maintenant une analyse commune ou tout au moins compatible sur ce sujet.
L’autre point concerne la relation avec les États-Unis et l’articulation de la dissuasion avancée avec la dissuasion élargie dans le cadre de l’OTAN. Emmanuel Macron a bien insisté sur le fait que la dissuasion nucléaire française était indépendante de celle de l’OTAN, que l’initiative était complémentaire de ce qui existait dans l’OTAN et que la démarche entamée s’était déroulée « en toute transparence avec les États-Unis ». La déclaration Macron-Merz publiée le même jour semble aller plus loin en parlant de « coordination avec les États-Unis ». Sur ce sujet quelques interrogations subsistent néanmoins. En premier lieu, si Edridge Colby lors de la réunion ministérielle de l’OTAN le 9 février 2026 avait indiqué que les Européens étaient en première ligne avec leurs moyens conventionnels pour défendre l’Europe au sein de l’OTAN c’était aussitôt pour rappeler que les États-Unis continueraient à fournir les moyens de la dissuasion nucléaire élargie. Une question va donc se poser nécessairement en cas de crise majeure : quelle coordination y aura-t-il entre la dissuasion avancée de la France, qui suppose le cas échéant le déploiement de Rafale équipés d’armes nucléaires dans les pays européens participants à la dissuasion avancée, et la dissuasion états-unienne élargie dans le cadre de l’OTAN avec les bombes B61 déployées en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, et en Turquie. Il faudra nécessairement qu’une coordination existe entre les deux ou à défaut que soit la composante otanienne avec les moyens états-uniens s’efface, ce qui signifierait que la garantie de sécurité nucléaire états-unienne n’existe pas, soit la composante française s’efface ce qui signifierait que le déploiement des armes nucléaires françaises dans ces pays européens serait impossible. La dernière explication possible est une démarche délibérée des États-Unis et de la France pour rester dans l’ambiguïté afin de rendre le calcul de la Russie encore plus difficile face à ces deux dissuasions complémentaires. Comme on le voit, il reste beaucoup d’inconnus à lever à ce niveau.
[1] Intervention de M. François Mitterrand, président de la République, sur la politique de défense de la France et la dissuasion nucléaire, le 5 mai 1994 à Paris.
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03.03.2026 à 16:52
Dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques et de priorisation accrue des dépenses sécuritaires et militaires, comment l’UNICEF analyse-t-il la marginalisation progressive des droits de l’enfant dans les stratégies d’aide internationale des États donateurs ? Face à l’émergence de nouveaux acteurs influents de l’aide (pays du Sud, puissances régionales, financements conditionnés), comment l’UNICEF préserve-t-il l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’enfant, sans les subordonner à des intérêts géopolitiques ou diplomatiques ? Un an après les coupes de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et la baisse significative des financements européens, comment l’UNICEF adapte-t-il sa stratégie pour continuer à défendre les droits de l’enfant sans sacrifier les programmes essentiels ? Face à la concurrence accrue entre crises humanitaires, comment l’UNICEF hiérarchise-t-il ses interventions tout en garantissant le respect des droits fondamentaux des enfants, notamment dans les pays les plus fragiles ? Enfin, quel rôle peuvent jouer la société civile, le secteur privé et les citoyens pour compenser la baisse des financements publics et contribuer à remettre les droits de l’enfant au cœur de l’agenda international ? Entretien avec Aïda Ndiaye, chargée de plaidoyer et programmes internationaux à UNICEF France.
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Dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques et de priorisation accrue des dépenses sécuritaires et militaires, comment l’UNICEF analyse-t-il la marginalisation progressive des droits de l’enfant dans les stratégies d’aide internationale des États donateurs ? Face à l’émergence de nouveaux acteurs influents de l’aide (pays du Sud, puissances régionales, financements conditionnés), comment l’UNICEF préserve-t-il l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’enfant, sans les subordonner à des intérêts géopolitiques ou diplomatiques ? Un an après les coupes de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et la baisse significative des financements européens, comment l’UNICEF adapte-t-il sa stratégie pour continuer à défendre les droits de l’enfant sans sacrifier les programmes essentiels ? Face à la concurrence accrue entre crises humanitaires, comment l’UNICEF hiérarchise-t-il ses interventions tout en garantissant le respect des droits fondamentaux des enfants, notamment dans les pays les plus fragiles ? Enfin, quel rôle peuvent jouer la société civile, le secteur privé et les citoyens pour compenser la baisse des financements publics et contribuer à remettre les droits de l’enfant au cœur de l’agenda international ?
Entretien avec Aïda Ndiaye, chargée de plaidoyer et programmes internationaux à UNICEF France.
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