Un Conseil des ministres placé sous le signe des dossiers techniques et économiques. Réuni jeudi au Grand Sérail, le gouvernement a approuvé plusieurs mesures allant de la réforme du secteur de l’électricité à la transition numérique, en passant par des aides au logement, tout en laissant de côté la visite du président Joseph Aoun à Washington et ses implications politiques.
Le gouvernement a ainsi validé un nouveau document sur la politique du secteur de l’électricité présenté par le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, qui a également réclamé un engagement de l’État pour rembourser les 250 millions de dollars dus à Électricité du Liban (EDL). « Le gouvernement a approuvé le document que nous avons présenté sur le plan de l’électricité », a déclaré le ministre à l’issue de la séance. Joe Saddi a également évoqué les créances d’EDL auprès de l’État, estimées à environ 250 millions de dollars. Il a indiqué avoir demandé leur remboursement par mensualités de 50 millions de dollars et exigé « un engagement formel » en ce sens, faute de quoi il envisagerait les mesures à prendre.
De son côte, le ministre de l'Information Paul Morcos a annoncé que « le Conseil des ministres a approuvé la majorité des points inscrits à l’ordre du jour ». Il a précisé que, conformément aux recommandations de la Cour des comptes, le gouvernement a demandé au ministère des Télécommunications de signer l’accord relatif au raccordement du Liban au câble sous-marin de fibre optique Medusa, en coordination avec Ogero. Le ministère des Finances devra également assurer les crédits nécessaires au financement de l’intégralité du projet de forfait internet. Le Conseil a par ailleurs approuvé un accord de prêt à long terme de 150 millions de dollars avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), destiné à soutenir la transition numérique, renforcer la gouvernance électronique et développer les services publics numériques.
« Le Conseil a également décidé de verser des allocations de logement aux habitants des immeubles fortement fissurés et présentant un danger élevé dans la ville de Beyrouth, à l’instar des autres régions », a ajouté Paul Morcos. Le ministre a enfin indiqué que le gouvernement approuvé la prolongation du contrat avec l’Union des municipalités d’Al-Fayhaa pour les opérations de balayage, nettoyage, lavage, collecte des déchets et retrait des affiches.
Réuni au Grand Sérail à partir de 15 heures, le Conseil des ministres examinait notamment plusieurs dossiers liés aux fonctionnaires. M. Morcos ne s'est pas exprimé à ce sujet. Le premier concernait l’octroi éventuel d’une allocation exceptionnelle aux employés des administrations et établissements publics, des municipalités et de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS), en cas d’insuffisance des crédits prévus dans le budget 2026, déséquilibré par la reprise de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Le second point portait sur un projet de décret visant à accorder une indemnité pour les heures d’enseignement supplémentaires effectuées à l’Université libanaise.
La visite de Aoun à Washington absente des discussions
Sur un autre volet, la rencontre entre le président Joseph Aoun et son homologue américain Donald Trump n’a pas été abordée lors de la réunion gouvernementale, selon une source ministérielle citée par L’Orient-Le Jour. Cette absence de discussion pourrait s’expliquer par le fait que la séance s’est tenue au Sérail, et non sous la présidence du chef de l’État.
« Il semble qu’il y ait une décision du tandem chiite Amal-Hezbollah d’éviter tout sujet susceptible d’être perçu comme conflictuel », confie un ministre à L’Orient-Le Jour. Selon lui, « l’appel téléphonique entre Joseph Aoun et Nabih Berry, quelques heures avant la séance gouvernementale, a probablement contribué à cette décision du tandem ».
Alors que le président Joseph Aoun et la Première dame, Neemat Aoun, sont rentrés mercredi soir des États-Unis, où le chef de l'État s'est entretenu avec son homologue américain Donald Trump afin de consolider l'accord-cadre entre Beyrouth et Tel-Aviv et d'obtenir un retrait israélien des territoires occupés, plusieurs hauts responsables et élus ont salué sa démarche et ses potentielles retombées. Le Hezbollah a, lui, qualifié la visite d'« échec », accusant dans le même temps les autorités d'engager le Liban « dans une voie sans issue marquée par des concessions successives » qui portent atteinte « à la souveraineté de l'État » et traduisent « sa dépendance et sa soumission à la tutelle étrangère ».