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13.04.2026 à 11:40

Entrepreneuriat : quand la science balaie les idées reçues sur les start-up, les savoir-être…

Christophe Schmitt, Professeur des Universités en entrepreneuriat, IAE Metz School of Management – Université de Lorraine

Beaucoup d’idées reçues circulent sur l’entrepreneuriat, notamment portées par l’imaginaire des start-up californiennes. Les travaux académiques les remettent en cause profondément.
Texte intégral (1497 mots)

Incubateurs, subventions, formations à la créativité… les dispositifs de soutien à l’entrepreneuriat se multiplient en France. Ces solutions sont-elles vraiment efficaces ? Et si les « bonnes idées » pour stimuler l’entrepreneuriat freinaient en réalité l’innovation qu’elles prétendent pourtant encourager.


L’injonction à entreprendre n’a jamais été aussi forte. Pour dynamiser l’économie et transformer les territoires, la réponse des pouvoirs publics et des acteurs économiques semble invariablement être la même : « Plus d’accompagnement, plus d’incitations, plus de passion. » Pourtant, cette approche intuitive, souvent guidée par de bonnes intentions, se heurte parfois violemment à la réalité du terrain.

Dans l’imaginaire collectif comme dans les discours politiques, l’entrepreneuriat est souvent paré de vertus magiques. Il suffirait de libérer les énergies, de financer l’audace et de multiplier les structures d’accueil pour que l’innovation fleurisse. Mais les politiques publiques, tout comme les stratégies d’accompagnement, gagnent à être évaluées à l’aune de la recherche scientifique. C’est précisément la mission que s’est assignée le réseau R2E.

Alliance scientifique entre l’Université de Lorraine, l’Université de Strasbourg, l’Université de Reims Champagne-Ardenne, Neoma Business School et YSchools, ce collectif fédère plus de 230 chercheurs de différentes disciplines (gestion, économie, sciences politiques), avec l’objectif de faire émerger un « entrepreneuriat par la preuve » (evidence-based entrepreneurship). Par ricochet, il s’agit aussi de mettre en lumière des phénomènes contre-intuitifs qui remettent en question bien des certitudes.


À lire aussi : Y a-t-il une part d’inconscient dans l’entrepreneuriat ?


Trop de soutien tue le soutien ?

L’une des premières pierres d’achoppement identifiées par les travaux récents concerne l’architecture même de l’écosystème entrepreneurial. Pour stimuler l’entrepreneuriat et la création d’entreprises, les dispositifs se sont multipliés, sans réflexion sur l’efficacité globale de ces multiples dispositifs, allant des incubateurs aux accélérateurs et autres guichets uniques, subventions régionales, aides nationales…

Or, l’analyse de terrain révèle un effet pervers de cette générosité publique, provoquant un effet « millefeuille ». La sédimentation des dispositifs crée un environnement illisible. Au lieu de se sentir soutenus, les porteurs de projet se retrouvent aux prises avec une complexité administrative chronophage. Le temps passé à décrypter les critères d’éligibilité ou à naviguer entre des injonctions parfois contradictoires est du temps soustrait au développement du produit ou à la recherche de partenaires ou de clients.

La recherche montre ainsi que, au-delà d’un certain seuil, l’abondance de soutiens désorganisés devient un frein. Il convient de sortir de la logique administrative (remplir des dossiers de subvention), pour favoriser le développement de l’activité de l’entrepreneur. En effet, les différentes structures d’accompagnement doivent rendre des comptes à leurs financeurs créant un effet de justification en cascade. La recommandation qui émerge en est claire : l’efficacité des politiques publiques ne réside pas dans le volume des aides, mais dans leur coordination et leur simplicité. Dit autrement : « Trop de soutien tue le soutien. »

L’illusion des « soft skills »

Les études récentes s’attachent également à déconstruire le portrait-robot de l’entrepreneur idéal, souvent romancé par les médias. On nous présente la figure de l’entrepreneur visionnaire, mû par une passion dévorante et des soft skills relationnels hors normes. On imagine volontiers que c’est l’envie de « changer le monde » (purpose-driven action) qui constitue le moteur principal, notamment chez les jeunes générations.

Pourtant, les données racontent une histoire plus pragmatique. Si la passion est une étincelle, elle ne suffit pas à alimenter le moteur sur la durée. Les travaux empiriques soulignent que l’intention entrepreneuriale se transforme en action concrète principalement grâce à la maîtrise de compétences techniques et financières. Comprendre un business plan, anticiper des besoins de trésorerie ou évaluer un seuil de rentabilité sont des facteurs bien plus déterminants pour « passer le cap » que la seule audace créative.

Pourquoi ? Parce que la compétence financière réduit l’incertitude. Elle transforme une peur irrationnelle de l’échec en un risque calculé et gérable. En survalorisant le discours fondé sur les inspirations au détriment des hard skills de gestion, les formations risquent de passer à côté de l’essentiel. De même, les motivations des jeunes entrepreneurs restent, dans la réalité, fortement ancrées dans des logiques économiques et personnelles, bien loin de l’image d’Épinal d’une génération purement altruiste et naturellement talentueuse.

Se lancer plutôt que se (sur)informer

Ce besoin de compétences tangibles se heurte à un autre phénomène contemporain, le « paradoxe de l’abondance informationnelle ». À l’ère du numérique, les jeunes entrepreneurs ont accès à une quantité illimitée de données : benchmarks, études de marché en ligne, retours d’expérience sur les réseaux sociaux…

L’intuition voudrait que plus on est informé, meilleure sera la décision. Cela ne reflète pas vraiment la réalité du terrain, puisque de l’abondance à la surcharge il n’y a qu’un pas et que cette surcharge tend à paralyser l’action. Les jeunes entrepreneurs surinvestissent la phase de recherche, cherchant la réponse parfaite ou la réassurance absolue dans les données, retardant la confrontation au terrain.

Là où l’entrepreneuriat exige de l’expérimentation et de l’agilité, l’infobésité crée de l’inertie. Apprendre à filtrer et à limiter l’information devient dès lors une compétence critique à enseigner.

La reprise d’entreprise, une voie à creuser

Enfin, l’approche scientifique permet de réévaluer des modèles souvent jugés moins « sexy » que la start-up technologique, comme la reprise d’entreprise. Souvent perçue comme risquée ou réservée à des profils seniors, la reprise souffre d’un déficit d’image.

BPI France, 2023.

Pourtant, les crises successives ont agi comme des révélateurs. Les entrepreneurs ayant vécu une reprise d’entreprise démontrent une résilience supérieure en période de turbulences. Avoir dû s’adapter à une structure existante, comprendre sa culture et la transformer sans la briser constituent tous trois un apprentissage inestimable. La crise ne fait souvent que renforcer ces mécanismes d’adaptation.

Le danger de l’isolement

De plus, l’idée que la reprise est intrinsèquement risquée est contestée par les faits. Ce n’est pas l’opération qui est dangereuse, c’est l’isolement du repreneur. Les dirigeants en sont d’ailleurs pleinement conscients. Selon le sondage ELABE (2023) « Les dirigeants et la cession-transmission d’entreprise », 91 % d’entre eux estiment qu’il est important d’être accompagné par des tiers dans ce type de démarche. La reprise encadrée présente ainsi des taux de pérennité remarquables.

Il y a là un gisement de croissance et de sauvegarde de l’emploi que les politiques territoriales gagneraient à prioriser, plutôt que de tout miser sur la création ex nihilo.

Éclairer les décideurs, ce n’est pas seulement valider leurs choix, c’est parfois, et cela est salutaire, challenger les idées reçues pour éviter le gaspillage de ressources publiques. Pour transformer nos territoires, l’entrepreneuriat ne doit plus être seulement une incantation, mais une science de l’action, lucide et ancrée dans les réalités complexes de la société.


Ce texte a été rédigé avec Élisa Mathieu, ingénieur d’études, membre de R2E.

The Conversation

Christophe Schmitt est membre de R2E (Recherche et Expertise en Entrepreneuriat). Il a reçu des financements de l’Union Européenne dans le cadre du Programme opérationnel FEDER et de la Région Grand Est.

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13.04.2026 à 11:40

L’histoire de notre petite enfance peut avoir un impact concret dans nos relations au travail

Ludivine Adla, Maître de conférences en sciences de gestion et du management, Grenoble IAE, Grenoble IAE Graduate School of Management; Université Grenoble Alpes (UGA)

Anxieux, sécurisant ou évitant, ces styles de relation peuvent se réactiver au travail. Comment comprendre cette psychologie de l’attachement pour accompagner la santé mentale en entreprise ?
Texte intégral (1276 mots)
Trois grandes tendances d’attachement sont observées en milieu professionnel : sécure, anxieux ou évitant. Wbmuk/Shutterstock

En entreprise, tous les salariés ont des réactions différentes. Sécure, anxieux ou évitant, ces styles de relation, remontant à la petite enfance, peuvent se réactiver au travail. Comment mieux comprendre cette psychologie de l’attachement pour accompagner la santé mentale en entreprise (et prévenir les burn out) ?


La détresse psychologique en entreprise ne résulte pas seulement d’une surcharge de travail ou d’un manque de ressources. Elle se construit dans les interactions quotidiennes. Un feed-back peut être vécu comme une remise en cause. Un silence peut être interprété comme un rejet.

Le Baromètre 2026 de la santé mentale au travail indique que 22 % des salariés français se déclarent en mauvaise santé mentale, contre 26 % en 2025. Cette amélioration reste fragile. Près de six millions de personnes vivent encore une détresse psychologique durable, associée à une baisse de l’engagement et à une dégradation de la coopération au travail.

Face à ces constats, les entreprises ont multiplié les dispositifs de prévention. Par exemple, elles déploient des cellules d’écoute, des formations aux risques psychosociaux et des plateformes d’accompagnement. Ces outils sont nécessaires, mais ils interviennent souvent lorsque les difficultés sont déjà installées. Ils permettent d’identifier des symptômes individuels sans toujours agir sur les mécanismes qui les produisent.

La santé mentale au travail dépend en grande partie de la manière dont les individus interprètent et régulent leurs émotions. La psychologie de l’attachement, initialement développée par le psychanalyste John Bowlby en 1958, permet d’éclairer ces mécanismes. Cette théorie postule que tout individu a besoin d’une relation d’attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui, un caregiver, notamment dans la petite enfance. Cette relation est censée procurer un sentiment de sécurité. Elle conduit à la construction de modèles internes qui orientent la perception de soi, des autres et des situations sociales.

Nos travaux menés dans le cadre du projet de l’Agence nationale de la recherche ATTACHED montrent que ces modèles ne disparaissent pas à l’âge adulte. Ils se réactivent dans les situations professionnelles, en particulier lorsque les individus sont confrontés à de l’incertitude ou à des tensions, comme nous l’avons étudié avec Ange Abalé en 2025.

Sécurisant, anxieux ou évitant

La littérature distingue trois grandes tendances d’attachement, également observées dans nos recherches en milieu professionnel.

  • Un style sécure favorise la confiance en soi et en autrui. Le désaccord peut alors être discuté sans être vécu comme une menace identitaire. Cette posture facilite des échanges ouverts et soutient la coopération.

  • Un style anxieux se traduit par une hypersensibilité aux signaux sociaux. Une remarque peut rapidement être perçue comme une critique. Cette hypervigilance favorise la rumination et le stress.

  • Un style évitant conduit à minimiser l’importance des émotions et de la dépendance mutuelle. Face à la tension, la stratégie consiste souvent à se distancier ou à rationaliser, ce qui peut freiner l’expression des difficultés et retarder leur résolution.


À lire aussi : La prévention, la clé pour protéger la santé mentale au travail


Ces tendances ne constituent pas des profils figés : elles varient selon les contextes organisationnels. Leur intérêt réside dans leur capacité à rendre visibles ces mécanismes implicites qui influencent la manière dont les contraintes du travail sont vécues.

Régulation émotionnelle au travail

Identifier ces mécanismes ouvre des leviers d’action. Lorsqu’un salarié comprend que son agitation face à un feed-back s’inscrit dans un mode d’interprétation particulier, il peut ajuster sa réponse. Lorsqu’un manager identifie sa tendance à se distancier dans le désaccord, il peut apprendre à maintenir le lien sans éviter la discussion. La prévention ne se limite ainsi plus à une logique corrective. Elle devient un travail sur la qualité des interactions.

Certaines entreprises cherchent à intégrer cette dimension relationnelle dans leurs dispositifs de prévention. C’est le cas d’ENGIE qui a mis en place un réseau de « capteurs terrain ». Leur rôle consiste à repérer des signaux faibles, comme une fatigue inhabituelle, un retrait relationnel ou des variations d’humeur, puis à engager un échange avec le salarié concerné.

Ces acteurs de proximité n’ont pas vocation à traiter directement les situations identifiées. Leur fonction est d’écouter, de créer un premier espace de dialogue et d’orienter vers les ressources appropriées (médecine du travail, ressources humaines, accompagnement psychologique), avec l’accord du salarié. Cette approche repose sur une logique de détection précoce et de responsabilisation collective, en s’appuyant sur les interactions quotidiennes de travail.

Transformer les relations au travail

La détresse psychologique ne se comprend pas uniquement à l’échelle individuelle. Elle se construit dans des situations de travail concrètes, au croisement des contraintes, des interactions et des modes d’organisation.

Transformer les relations au travail suppose alors de déplacer le regard. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner des individus en difficulté, mais d’agir sur ce qui structure leurs échanges au quotidien : la manière de coopérer, de donner du feed-back ou de gérer les désaccords.

Cette évolution se manifeste aussi à l’échelle nationale. Par exemple, la Charte d’engagement pour la santé mentale au travail, lancée en 2025, a déjà été signée par plus de 170 entreprises. Elle mobilise notamment plusieurs leviers : former les managers et développer le dialogue social sur la santé psychologique au travail, améliorer en continu la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). Elle invite ainsi à intégrer les conditions relationnelles.

Les expériences de notre petite enfance façonnent encore nos relations au travail. Les comprendre permet de nourrir des échanges plus fluides, une coopération plus solide et une meilleure gestion du stress.

The Conversation

Ludivine Adla a reçu des financements de l'Agence nationale de la recherche.

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13.04.2026 à 11:40

Entre paillettes et éthique : l’influence responsable est-elle un mirage ?

Charlène Carreteiro, Doctorante en sciences de gestion, Université d’Orléans

Aussi critiqués que consultés, les influenceurs sont devenus des acteurs majeurs du marketing. La question d’une influence sensible est d’autant plus essentielle.
Texte intégral (1805 mots)

Entre modèles inspirants et panneaux publicitaires ambulants, les influenceurs suscitent autant d’admiration que de rejet. Malgré son essor fulgurant et son attrait pour les marques, le marketing d’influence et les dérives éthiques qui y sont associées interrogent. Dans ce contexte, l’émergence d’une influence responsable est-elle possible ?


L’intensification récente des conflits armés au Moyen-Orient a vu Dubaï devenir le théâtre de scènes d’agitation : traversées de missiles, incendies, détonations… De quoi faire naître la peur chez les habitants de la ville parmi lesquels des influenceurs expatriés. Ces stars des réseaux sociaux, qui jusqu’ici vantaient les mérites de Dubaï qu’ils considéraient comme un havre de paix, ont, dans les premières heures du conflit, exprimé leur peur et sollicité l’aide de la France et des services de l’État, avant d’adopter une attitude plus discrète, rigueur de la loi locale oblige.

Mais sur la toile, ces prises de parole ont suscité une vague de moqueries. Cette mésestime s’est muée en indignation lorsque certains, pressés de regagner la France, n’ont pas hésité à abandonner sur place leurs animaux de compagnie, pourtant mis en scène quotidiennement comme des accessoires de leur « lifestyle ». Ces comportements, dans un contexte tragique, viennent cristalliser une défiance générale déjà latente nourrie par les nombreuses dérives éthiques qui ont entaché le marketing d’influence ces dernières années.


À lire aussi : Pourquoi il fallait encadrer davantage la publicité faite par les influenceurs


Des dérives commerciales

Les influenceurs sont des relais entre le public et les marques grâce à diverses pratiques telles que le placement de produit souvent accompagné du partage des fameux « codes promo ». De ces pratiques a émergé une remise en cause de l’ensemble du secteur. Les influenceurs ont largement été critiqués pour leur manque de transparence et d’authenticité, pour le doute que certains laissent planer quant au caractère commercial des contenus qu’ils diffusent.

Outre la forme, c’est également le fond de leurs contenus qui suscite des interrogations. Dropshipping (traduit par « livraison directe », il s’agit d’un modèle de distribution consistant à vendre en ligne des produits sans avoir à les stocker ou à les expédier soi-même), promotion de produits inefficaces voire dangereux, de contrefaçon, de formations douteuses, d’arnaques financières, de chirurgie esthétique, telles sont les accusations dont ont fait (et font parfois encore) l’objet certains influenceurs donnant naissance au terme « influvoleur » popularisé par le rappeur Booba.

De façon plus générale, le modèle de l’influence commerciale génère d’importants risques de manipulation et d’exploitation des vulnérabilités des consommateurs, en particulier des jeunes.

Une structuration progressive

Face à l’ampleur des dérives, les instances de régulation ont réagi en particulier avec l’entrée en vigueur de la loi n°2023-451 du 9 juin 2023. Il s’est agi d’établir des définitions légales, d’interdire la promotion de certains produits et d’accroître les contrôles. L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) occupe également un rôle clé dans la responsabilisation des acteurs de l’influence grâce à sa formation pour l’obtention du Certificat de l’influence commerciale responsable ou bien encore à l’Observatoire de l’influence responsable.

Bien que les pratiques abusives soient davantage sanctionnées et que le nombre de dérives semble diminuer, l’image des influenceurs reste entachée. Et c’est notamment la présence de nombreux influenceurs français à Dubaï qui cristallise les critiques. La ville est devenue un véritable hub pour ces personnalités parfois fortunées, notamment en raison de ses conditions fiscales avantageuses.

Pour le grand public, ce choix est difficile à accepter : des influenceurs qui s’adressent à des communautés résidant en France choisissent de s’installer à l’étranger pour des raisons fiscales. Dans ce contexte, après avoir publié un tweet moqueur, le youtubeur Tibo InShape a déclaré :

« Aujourd’hui le but, c’est de dénoncer l’hypocrisie des influenceurs qui sont à Dubaï, qui fuient les impôts, qui fuient, pour certains, la justice française. Je ne parle pas de tous les influenceurs, mais je parle de ceux qu’on appelle “influvoleurs” qui arnaquent les Français. »

Certains ironisent alors en rappelant aux influenceurs qu’un retour en France pourrait être synonyme de contrôle fiscal immédiat et diffusent des images représentant des gardes-frontières à l’aéroport tenant un panneau sur lequel il est inscrit « À tous les influenceurs et autres exilés fiscaux à Dubaï, l’administration fiscale vous souhaite un bon retour en France ».

Des enjeux éthiques

Le phénomène du marketing d’influence s’inscrit ainsi dans un paysage complexe et évolutif marqué par la nécessité d’en appréhender les enjeux éthiques. C’est notamment ce que nous avons étudié dans notre article « Vers une influence responsable ? Perception des produits à forte charge éthique et vulnérabilité des cibles », dans lequel nous avons introduit la notion de « responsabilité sociale de l’influenceur » (RSI). Cette responsabilité est notamment liée aux choix relatifs aux produits promus à travers les contenus diffusés, la prise en compte de la vulnérabilité des cibles ainsi que l’exigence de transparence quant à la nature commerciale des contenus et des partenariats établis avec les marques.

Malgré une amélioration progressive des pratiques, la situation actuelle montre qu’il y a encore du chemin à parcourir avant de parvenir à rendre l’influence commerciale véritablement responsable. Le rapport parlementaire, déposé en janvier 2026 par Arthur Delaporte et Stéphane Vojetta, souligne notamment la nécessité de continuer de tenter d’améliorer l’encadrement du secteur afin de protéger au mieux les consommateurs.

Cette dynamique de responsabilisation ne repose pas uniquement sur l’action des pouvoirs publics : plusieurs collectifs se forment pour encourager à l’amélioration des pratiques d’influence. C’est notamment le cas de Paye ton Influence. Piloté par Amélie Deloche (@amelie.dlch), ce collectif s’est donné pour mission de dénoncer les pratiques incompatibles avec les limites planétaires et en appelant à une transformation profonde du secteur.

Changer de l’intérieur

Certains influenceurs tentent également de faire évoluer le secteur de l’intérieur. C’est par exemple le cas de Charlotte Lemay (@chamellow), mannequin et influenceuse qui prône une influence à la fois consciente et écoresponsable. Elle est présidente de l’association à but non lucratif Aware Collective qui a pour but de sensibiliser les influenceurs aux pratiques écoresponsables et est co-autrice de l’ouvrage Influenceur·se engagé·e.

De façon générale, de plus en plus d’influenceurs (tels que @girl_go_green, @iznowgood ou @mylittlewayoflife) semblent vouloir s’inscrire dans cet objectif de responsabilisation du secteur, que ce soit en militant pour des causes sociales et environnementales ou en tentant d’adopter des pratiques animées par l’éthique, la transparence et l’authenticité. Cela peut se traduire par la proposition d’alternatives aux marques de fast-fashion, la promotion de marques locales et engagées ou bien encore l’incitation à consommer moins.

In fine, si le monde de l’influence tente de sortir de son « Far West » pour devenir une industrie plus responsable, le chantier reste immense. La plupart des rapatriés que nous évoquions au début de cet article reprendront dès qu’ils en auront l’occasion le chemin du mirage doré de Dubaï et de ses promesses fiscales au détriment de la solidarité et du respect du vivant. La véritable influence responsable ne se décrète pas dans un texte de loi, elle se prouve chaque jour par des actes qui se passent de filtres.

The Conversation

Charlène Carreteiro ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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