12.07.2026 à 10:38
Yann Rigolet, Doctorant en Histoire Contemporaine, Université d’Orléans
Tous les camps politiques se réclament d’elle, de la Manif pour tous aux féministes, en passant par les gilets jaunes, ou des militants pro Gaza. Une proposition de loi Les Républicains veut même rendre son buste obligatoire dans toutes les mairies. Pourtant, chaque tentative de donner un vrai visage à Marianne finit en polémique. Que représente Marianne et comment la représenter ?
De toutes les figures symboliques qui jalonnent l’histoire de France, Marianne est un cas singulier, car elle pose la question complexe de l’incarnation de la République. Peut-on la personnifier et selon quels critères ?
Dès son apparition, la représentation de Marianne est un sujet parce qu’elle repose sur une construction en deux temps, associant tout d’abord un corps puis, plus tard, le célèbre prénom que l’on connaît.
Après l’abolition de la monarchie, le 21 septembre 1792, il devient nécessaire de remplacer le sceau du roi (qui incarnait jusque-là l’État) par un symbole visuel de la Première République naissante. Le 25 septembre, la nouvelle Assemblée nationale, la Convention, décrète ainsi que le sceau de l’État représentera désormais la France « sous les traits d’une femme vêtue à l’Antique, debout, tenant de la main droite une pique surmontée du bonnet phrygien ou bonnet de la liberté, la gauche appuyée sur un faisceau d’armes ; à ses pieds un gouvernail ».
Ce choix d’une allégorie (la représentation concrète d’une idée abstraite) permet notamment aux révolutionnaires de cultiver une certaine ambiguïté. En effet, symboliser la France républicaine sous les traits d’une figure féminine leur permet d’y associer divers modèles interchangeables popularisés dès 1789. L’allégorie de la « République » fusionne ou se confond alors avec celle de « La Révolution », de « la Liberté » ou bien de la « Patrie ».
C’est visiblement dans les semaines qui suivent, entre l’automne 1792 et le début 1793 que débute la seconde phase. Le prénom « Marianne » va alors être progressivement associé à l’allégorie mise en place. Dans une chanson occitane probablement écrite au mois d’octobre, la Guérison de Marianne, le cordonnier poète Guillaume Lavabre l’utilise pour la première fois afin de représenter une France malade de la guerre et de la monarchie, que sa transformation toute récente en République s’apprête à soigner.
Si Marianne signe ici son acte de naissance comme emblème national, il faudra attendre la Troisième République et les années 1880 pour que la fusion du corps et du prénom soit officialisée durablement. Son buste trône alors dans chaque mairie française comme le veut l’usage républicain conseillé, mais non obligatoire.
Entre 1940 et 1944, avec l’abolition de la République et l’avènement de la révolution nationale, le régime de Vichy va multiplier les tentatives de proscrire l’image de Marianne au profit de celle de Jeanne d’Arc, considérée comme sa rivale, ou celle du maréchal Pétain. Si le succès de cette entreprise est limité par manque de temps et de moyens, c’est la IVᵉ et surtout la Vᵉ République depuis 1958 qui permettent enfin à Marianne de s’imposer comme emblème définitif d’un régime stabilisé.
Reste la difficulté à représenter Marianne, figure consensuelle et rassembleuse censée s’adresser à tous. Contrairement à d’autres symboles nationaux tels le drapeau tricolore, aucun modèle officiel réglementaire n’a jamais été proposé pour l’encadrer. Sujet de création libre et mouvant, Marianne, jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, est assez généralement désignée par un modèle féminin parfois vivant et souvent anonyme, portant ses attributs distinctifs : drapeau tricolore, sein nu et bonnet phrygien.
Par la suite, la pratique consistant à régulièrement sélectionner une célébrité pour la personnifier va cristalliser les passions. La transition de l’allégorie à la personnalité identifiée va dès lors métamorphoser Marianne en figure dissensuelle tranchant avec les valeurs de stabilité et d’apaisement supposées l’accompagner.
De Brigitte Bardot à Laetitia Casta, en passant par la Femen Inna Schevchenko, la mannequin Zahia Dehar ou l’actrice Sophie Marceau, chaque nouvelle Marianne choisie déclenche son lot de polémiques sur son apparence et ses formes, son processus de sélection ou la pertinence à privilégier le physique ou la personnalité d’un modèle au détriment d’un visage perçu comme neutre et toléré par le plus grand nombre. Après l’ultime controverse autour de la nomination d’Évelyne Thomas en 2003, la pratique a été abandonnée. Aucune autre Marianne-star n’a depuis été officiellement promue.
Ces débats prouvent que penser le corps de Marianne est un sujet incandescent. Ces célébrités ne lui prêtaient finalement que temporairement une enveloppe, mais l’allégorie peut-elle se risquer à devenir une incarnation ? Marianne serait-elle forte et acceptable uniquement lorsqu’elle reste désincarnée, fictive et sans identité ?
Peut-être une part de cette tension réside-t-elle dans le fait d’avoir choisi de représenter la République par une femme dans un pays historiquement gouverné par des hommes ? C’est ce qu’avance l’historienne Michelle Perrot en insistant sur cette tradition héritée de la loi salique qui « exclut vigoureusement les femmes de la vie politique » dans la France où « l’État est spécialement mâle ».
Lorsque des femmes engagées dans la conquête du pouvoir reprennent les codes de Marianne ou tentent de l’incarner, le symbole républicain cesse d’être une simple représentation décorative : le corps féminin de Marianne devient alors un objet politique et donc conflictuel. C’est ce que soulignait le grand spécialiste de Marianne, Maurice Agulhon :
« La féminité de la représentation allégorique est un handicap pour la République. »
Ce basculement s’opère en 2007 avec la présence de Ségolène Royal à l’élection présidentielle. Une femme représentant la République cesse alors d’être une seule projection allégorique. Marianne pourrait-elle être directement incarnée par une femme politique toute proche de l’investiture suprême ? Plus ou moins consciemment, l’analogie est mobilisée par Ségolène Royal, par les médias et d’autres personnalités politiques. Notamment surnommée « Marianne d’Arc » par Jean-Marie Le Pen et croquée dans le Monde en « Liberté » de Delacroix (que la culture populaire associe – à tort – à Marianne), elle renvoie l’image d’une république féminisée proche et protectrice, cette image d’une « mère de la Nation » que Ségolène Royal défendait encore récemment.
En 2011, Marine Le Pen, fraîchement élue présidente du Front national, tente également de capter Marianne comme figure de résistance idéale d’un peuple souverain menacé. Si l’identification reste suggérée, tout un travail de communication est entrepris, dans et hors du parti, jusqu’à fondre l’image de Marine Le Pen dans celle de célèbres visuels de Marianne.
Dans un registre encore plus ouvertement marketing, l’ancienne ministre déléguée aux droits des femmes Marlène Schiappa use du symbole et multiplie les expositions et les projets tels l’« Initiative Marianne », le collectif Toutes Marianne proposant de créer le visage de la future Marianne par intelligence artificielle, ou le fiasco du Fonds Marianne, ce « véritable fardeau, ce boulet attaché à l’allégorie de la République » comme le mentionne Jean-François Husson, président de la commission d’enquête sur les potentielles malversations liées à ce fonds. De l’appropriation à l’analogie, le pas est franchi en juin 2023, quand Marlène Schiappa accepte une interview dans le magazine Playboy et un shooting photos jouant sur les codes visuels de Marianne, sans s’y identifier ouvertement. Une opération de communication décriée mais assumée sur fond d’émancipation féminine et de pop-trangression, forme de culture populaire cherchant à choquer et à provoquer les normes sociales et morales.
Si le corps de Marianne est devenu un enjeu de concurrence symbolique dans l’ascension des femmes politiques, son incarnation semble toutefois autant relever de la tentation que du fantasme. En effet, comment réussir à concilier la fonction unificatrice et l’unanimité autour d’un seul et unique modèle par essence clivant ?
Même la tentative légitime et saluée de la sénatrice Fabienne Keller de faire de Simone Veil, archétype de l’icône consensuelle panthéonisée, le nouveau visage de Marianne en 2019 a finalement été abandonnée.
Le choix de représenter la République s’est rarement porté sur une figure masculine, même allégorique, car l’image de la femme – considérée comme dépolitisée par essence – s’est imposée pour promouvoir l’unité nationale. Mais si la République accepte qu’une femme la représente, la légitimité du pouvoir féminin demeure cantonné à une image abstraite, sans parole, sans projet et sans corps.
Yann Rigolet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
12.07.2026 à 10:37
Eric Guiochon, Doctorant en sciences politiques, Institut catholique de Paris (ICP); Université Paul Valéry – Montpellier III
Les grandes puissances déploient des initiatives de connectivité qui redessinent la carte du monde. La Chine avec ses Nouvelles Routes de la soie, l’Union européenne et son Global Gateway, les États-Unis et le G7 à travers le Build Back Better World ou B3W/PGII… Tous ces projets traduisent une même ambition : organiser, sécuriser et contrôler l’internationalisation de l’économie, plutôt que la subir.
Depuis plusieurs années, il semblerait que l’ère de la « mondialisation heureuse » soit dépassée, ou, a minima, que cet inexorable mouvement d’interconnexion croissante ait cessé d’apparaître comme une réalité universelle.
Nourrie par des chocs exogènes – rivalité commerciale sino-américaine, pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine ou encore tensions autour du détroit d’Ormuz –, cette perception découle surtout d’un phénomène plus discret de réorganisation, voire de transformation, des flux.
Plusieurs initiatives sont attendues : les Nouvelles Routes de la soie chinoise (Belt and Road Initiative, ou BRI) ; le Global Gateway (GG), un projet de connectivité global européen, lancé par la Commission européenne en 2021 ; l’Indian Middle East Corridor (IMEC), un projet de corridor reliant le sous-continent indien à l’Europe ; l’International North-South Transport Corridor (INSTC), projet de corridor reliant la Russie à l’Inde ; et enfin le Build Back Better World (B3W/PGII), projet de connectivité globale états-unien, porté par l’administration Biden et le G7, partiellement repris à travers le Partnership for Global Infrastructure and Investment (PGII).
Ces projets ne relèvent pas de la même logique. Certains correspondent à des initiatives commerciales géographiquement bornées, articulant parfois l’ensemble des outils de la projection économique – infrastructures, financements, normes, dispositifs logistiques ou encore architectures numériques. D’autres poursuivent une ambition plus vaste : structurer un cadre politique et financier de connectivité globale, intégrant plusieurs corridors physiques au sein d’une stratégie bien plus large.
Dès lors, le corridor n’est plus un simple vecteur qui représenterait une route commerciale ou une infrastructure de transport ; il devient un espace. Regroupant des fonctions de circulation, de dépendance, et de sécurisation des flux, il intègre des logiques économiques, financières, technologiques et géopolitiques.
Cette évolution traduit une transformation bien plus profonde de la mondialisation : depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, le volume et la valeur des échanges mondiaux ont progressé, en moyenne, de respectivement 4 % et 6 % par an. Ces flux, qui n’ont jamais été aussi importants, doivent maintenant s’inscrire dans des logiques et architectures régionales, hiérarchisées et stratégiquement orientées.
En un mot, nous assistons à la « corridorisation » du monde.
À partir de 1945, et de façon plus nette depuis les années 1990, la mondialisation a été pensée puis installée comme un processus de fluidification croissante des échanges. L’abaissement des barrières douanières et la réorganisation des chaînes de valeur ont entraîné une réduction drastique des coûts logistiques et une fragmentation de la production, ce qui a donné naissance à un espace économique mondial de plus en plus intégré.
L’efficacité a primé : produire à moindre coût, transporter sur des routes rentables et rapides, intégrer des marchés utiles, et développer l’interconnexion à tout prix… afin de faire baisser les coûts. Des infrastructures physiques et intangibles – commerciales, financières, réglementaires – ont naturellement émergé en tant que supports techniques de la mondialisation, dans un esprit d’accélération des échanges plutôt que de réponse à des impératifs stratégiques ou de sécurité.
Les crises récentes ont remis en cause cette représentation plutôt prosaïque de la puissance, chacune à sa façon. La pandémie a mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales ainsi que la dépendance occidentale à l’égard des puissances industrielles asiatiques et des Suds. L’agression russe visant l’Ukraine, avec les sanctions qui s’en sont suivies, a rappelé l’importance de la souveraineté énergétique et du contrôle des infrastructures critiques, tout en accélérant le développement de systèmes de paiements internationaux alternatifs. Les tensions dans le détroit d’Ormuz ou, de façon plus diffuse, autour de Taïwan, rappellent enfin qu’une part déterminante des flux essentiels dépend de goulots d’étranglement difficilement sécurisables.
Depuis le 28 février 2026, la quasi-interruption des circulations dans le détroit d’Ormuz a donné une dimension concrète à cette vulnérabilité. Avant la crise, près de 20 millions de barils de brut et de produits pétroliers y transitaient chaque jour, soit environ un quart du commerce maritime mondial de pétrole. En quelques jours, ces flux ont été réduits à presque rien, immobilisant une partie considérable des exportations d’hydrocarbures du Golfe, renchérissant le transport et l’assurance maritimes, et contraignant les États à mobiliser leurs stocks stratégiques, leurs oléoducs de contournement et leurs capacités diplomatiques ou militaires.
Le 11 mars, les membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont ainsi décidé de rendre disponibles 400 millions de barils provenant de leurs réserves d’urgence – une situation inédite dans l’histoire de l’AIE.
En cela, cette crise ne révèle donc pas seulement la fragilité d’une route, mais démontre que la puissance réside désormais dans la capacité à maintenir une continuité de circulation, à déterminer les flux qui pourront passer et à disposer d’une solution lorsque le passage se ferme. Or, les infrastructures alternatives se sont révélées incapables d’absorber rapidement les volumes transitant jusqu’alors par le détroit. L’enjeu n’est donc plus seulement de posséder des ressources ou d’accéder à des marchés, mais de maîtriser l’architecture qui les relie. Face à cela, ces infrastructures imaginées dans l’esprit d’une mondialisation qui se voulait naturelle révèlent leurs limites. À la suite d’une parenthèse d’optimisation économique constante s’installe un monde de rivalité systémique durable.
La fragmentation géopolitique contemporaine balaie l’hypothèse d’une stabilité politique des flux engendrée par la mondialisation. Désormais, la sécurisation des actifs essentiels à la souveraineté – énergie, minéraux et minerais, alimentation – devient un impératif des politiques économiques nationales. Cette sécurisation implique notamment la protection des routes commerciales, tout comme le contournement d’infrastructures rivales.
Ces contournements ont cependant un coût : en 2024, la distance totale parcourue par les marchandises transportées par mer a augmenté de 6 %, soit près de trois fois plus rapidement que les volumes échangés.
Il ne s’agit donc plus uniquement d’accélérer les échanges, mais aussi de reprendre le contrôle.
Le corridor – sous toutes ses formes, incluant donc les initiatives de connectivité globale – répond précisément à ce besoin de contrôle. L’objectif du corridor est d’organiser des espaces cohérents et résilients face aux chocs exogènes, et de sécuriser les besoins essentiels de ses bénéficiaires. La logique traditionnelle de transport s’accompagne de dimensions complémentaires, allant du développement d’infrastructures portuaires ou ferroviaires – notamment de stockage –, à la confection d’outils de financements, la construction de normes et d’accords commerciaux, voire à l’établissement de mécanismes politico-militaires.
L’intérêt économique de ces dispositifs demeure considérable. Dans le cas des Nouvelles Routes de la soie, la Banque mondiale estimait que la mise en œuvre complète des infrastructures de transport projetées pourrait réduire jusqu’à 12 % les temps de trajet, le long des corridors concernés, et augmenter les échanges de 2,8 % à 9,7 % pour les économies traversées.
Plus qu’un simple axe de passage, le corridor devient un espace économique structuré, au sein duquel les flux restent accélérés tout en étant orientés, hiérarchisés et protégés.
Cette évolution des pratiques du commerce international modifie également la nature des interdépendances, tant le choix d’une route, d’un port ou d’un système de paiement ne relève plus uniquement de considérations pécuniaires ou logistiques. Une forme d’engagement des entreprises et des États à l’égard d’une architecture donnée se forme, au sein de laquelle ils ne maîtrisent pas nécessairement ni les financements, ni les technologies, ni les conditions d’accès.
Le corridor, loin de supprimer les dépendances, les organise et les déplace. Il renforce la centralité ou l’essentialité des États traversés, mais surtout des puissances qui financent les infrastructures, en déterminent les normes et en assurent la continuité. À l’inverse, les territoires contournés ou sous-connectés perdent progressivement leur attractivité et leur influence.
Ensuite, et surtout, la construction de nouvelles routes masque une compétition plus large : il s’agit de maîtriser les conditions et les déterminants de l’économie mondiale. Financer, normaliser et sécuriser les flux constitue une manière d’exercer la puissance qui est loin d’être nouvelle, mais dont plusieurs décennies de mondialisation avaient pu faire oublier l’importance.
Eric Guiochon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
11.07.2026 à 15:58
Jeoffrey Dehez, Chargé de recherche en économie des loisirs et environnement, Inrae
Bruno Castelle, Directeur de Recherche CNRS, Université de Bordeaux
Que signifie un drapeau jaune sur une plage ? À quel moment les courants de baïnes sont-ils les plus intenses ? Que faire si un courant nous emporte au large ? Le point sur les choses à savoir pour se baigner en toute sécurité.
La plage est un environnement exceptionnel, et notre territoire possède une façade maritime extrêmement étendue. Cet été, il est fort probable que le littoral reste la première destination touristique des Français.
Se baigner en mer ou dans l’océan est un plaisir simple qui présente d’indéniables bienfaits pour la santé. Cependant, ce qui en fait l’attrait peut aussi se révéler dangereux, si l’on n’y prête pas un minimum attention.
Voici quelques conseils de sécurité élémentaires, fondés sur la recherche scientifique et l’expertise des nageurs sauveteurs.
Avant d’aller planter son parasol dans le sable ou d’étendre sa serviette sur les galets, on pense généralement à consulter la météo et les conditions de circulation pour accéder aux plages.
Un autre bon réflexe est de se renseigner sur la taille des vagues et l’état de la marée, en particulier sur les plages exposées aux houles océaniques et sur celles sur lesquelles le marnage (c’est-à-dire la différence entre la hauteur d’eau à marée basse et la hauteur d’eau à marée haute) est potentiellement important (Atlantique, mer du Nord, Manche). En effets, dans bon nombre d’endroits, ces deux paramètres conditionnent les aléas (c’est-à-dire les dangers), notamment les courants ou les vagues de shore break, aussi appelées vagues de bord.
En plus de leur hauteur, la « période » des vagues (autrement dit la durée qui sépare deux vagues successives) est une autre information potentiellement importante. Des houles dites « longues » (c’est-à-dire avec une longue période entre deux vagues), formées par des dépressions lointaines plusieurs jours avant, peuvent générer des vagues plus puissantes et des courants plus forts que les vagues dites « courtes ».
Particulièrement recherchées par les surfeurs, les houles longues sont plus rares en été, mais elles peuvent tout de même arriver.
En arrivant à la plage, il vaut mieux prendre quelques minutes pour lire les panneaux d’informations. Ces derniers indiquent la façon dont la surveillance s’organise, la signification des drapeaux et les horaires de présence des nageurs sauveteurs.
Y figurent aussi les conditions du jour (température de l’air et de l’eau, taille des vagues, horaires de marée) et les éléments de vigilance locaux (alerte canicule, alerte orage, présence de méduses, etc.). Parfois même, les courants spécifiques à la plage y sont schématisés, avec la localisation de la zone de bain.
Ces panneaux sont généralement situés à côté du poste de secours ou dans l’accès à la plage. Non loin du poste de secours se trouve également le drapeau indiquant la dangerosité de la baignade. Ce dernier suit un code à trois couleurs :
il est vert si la baignade est surveillée et sans danger apparent ;
il est jaune si la baignade est surveillée, avec un danger limité ou marqué ;
il est rouge si la baignade est interdite ; dans ce dernier cas, les nageurs sauveteurs seront présents sur site.
Si le drapeau est baissé ou absent, alors la baignade n’est pas surveillée : dans ce cas, les usagers se baignent à leurs risques et périls. Se baigner seul constitue naturellement un facteur de risque supplémentaire à éviter.
En ce qui concerne la matérialisation des zones de bain, la France se conforme depuis 2022 aux standards internationaux. En théorie, la signalétique utilisée sur les plages françaises va donc être retrouvée dans la plupart des pays où l’on est susceptible de voyager.
Les zones de bain sécurisées et surveillées sont délimitées entre deux drapeaux rectangulaires bicolores jaune et rouge (ceux-ci remplacent les flammes triangulaires bleues utilisées jusqu’en 2022).
En France, ces zones sont exclusivement réservées à la baignade : elles sont donc interdites aux activités nautiques telles que le surf. À l’inverse, des zones consacrées au surf sont parfois signalées par un drapeau rectangulaire à damier noir et blanc, sur la plage.
L’établissement de telles zones de bain sécurisées, implantées dans les secteurs les plus favorables à la baignade, permet une surveillance optimale et permanente par les nageurs sauveteurs, favorise une intervention rapide en cas de besoin et participe à la réduction du risque d’accident et de noyade.
Même si l’envie est forte, à l’arrivée sur la plage il faut toujours prendre le temps d’évaluer les conditions.
Il faut faire attention à l’entrée dans l’eau après une exposition prolongée au soleil (c’est d’ailleurs encore mieux d’éviter une telle exposition…). En effet, un brusque changement de température lors de l’entrée dans l’eau peut entraîner différentes réactions physiologiques, notamment une stimulation vagale, pouvant provoquer un malaise, une perte de connaissance voire, dans de rares cas, un arrêt cardiaque. Ces réactions, maladroitement rassemblées dans le langage courant sous le terme « hydrocution », augmentent le risque de noyade.
Autre recommandation importante : ne jamais plonger la tête la première, a fortiori quand on ne connaît pas le fond. Le risque de se blesser, en particulier aux vertèbres cervicales, est en effet bien réel.
Ce risque est également très élevé avec les vagues de bord, ou vagues de shore break. Ces vagues déferlent brutalement au bord de la plage dans très peu d’eau. Elles ne sont pas nécessairement très grosses, mais peuvent faire chuter violemment les baigneurs et les plaquer au sol. Il ne faut pas essayer de sauter au-dessus de la vague : il est recommandé de passer sous elle et de ne jamais lui tourner le dos afin d’éviter d’être projeté violemment contre le sable.
Pour se baigner en toute sécurité, savoir nager est évidemment un prérequis indispensable. Mais les piscines où se dispense cet apprentissage n’ont rien à voir avec le milieu naturel, en particulier l’océan. Les vagues, les courants ou l’absence de repères changent complètement la donne.
De plus, nous avons forcément une vision subjective de nos aptitudes, parfois soumise à des biais cognitifs documentés dans la littérature scientifique. Lesdits biais nous incitent à retenir uniquement les informations qui nous confortent dans notre sentiment (de compétence, par exemple) et à oublier les autres.
À lire aussi : Prévention des noyades : face à l’océan, aiguisons notre perception du risque
Les études montrent que ces biais sont plus souvent présents chez les hommes que chez les femmes, lesquelles se comportent généralement de façon plus prudente. Selon les données des enquêtes NOYADES 2018 et 2021 analysées par Santé publique France, les noyades graves concernaient davantage les hommes. Il importe donc de rester humble vis-à-vis de ses capacités.
Si les jeunes enfants se noient surtout en piscine, les adolescents et les adultes ont plus d’accidents en milieu naturel.
Les plus petits requièrent une attention de tous les instants. La bouée, le gilet flottant ou les brassards ne remplaceront jamais la surveillance d’un adulte.
Et si l’on préfère rester sur la plage, il vaut mieux faire des châteaux de sable que de creuser des trous avec eux. En effet, les trous creusés dans le sable peuvent s’effondrer brutalement, ensevelissant partiellement ou totalement une personne, en particulier les enfants.
Lorsque les enfants seront devenus adolescents, la prévention ne devra pas se limiter à l’apprentissage de la natation. Même à cette période de la vie, le rôle des parents reste essentiel, notamment en matière d’exemplarité.
Les courants d’arrachement sont des courants intenses et étroits dirigés vers le large qui prennent naissance dans la zone de déferlement, parfois très près de la plage, et qui peuvent s’étendre bien au-delà des déferlantes. Ils se forment lorsque leur eau trouve un passage pour retourner vers le large, souvent par des chenaux sous-marins incisant les bancs de sable.
Il existe plusieurs types de courants d’arrachement que l’on peut retrouver sur diverses façades maritimes en France, ou dans le monde.
Dans le sud-ouest de la France, les courants dits de « baine » appartiennent à cette famille de courants. Ils sont généralement plus intenses entre la mi-marée et la marée basse et peuvent être violents, de l’ordre d’un mètre par seconde, même par houle de taille moyenne.
Des courants d’arrachement peuvent également se former en Méditerranée. En outre, des courants d’arrachement spécifiques peuvent se former aux abords des épis et des digues rocheuses.
Si l’on est emporté, il ne faut pas lutter mais flotter et se laisser dériver, pour économiser ses forces, garder son calme, signaler sa présence par de grands mouvements de bras afin d’être repéré pour être ensuite pris en charge par les secours. La panique est souvent la principale cause de l’accident.
Si on peut difficilement l’empêcher, des stratégies peuvent aider à la limiter, par exemple se concentrer sur sa respiration, que l’on essaie de maintenir lente et régulière. Cela permet d’adopter plus facilement des comportements adaptés.
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Chaque année, de nombreuses personnes se noient en tentant de porter assistance à quelqu’un.
Sur la plage, il ne faut absolument pas se précipiter dans l’eau si l’on est témoin d’un accident, au risque de se mettre en danger soi-même. S’il n’y a pas de sauveteurs à proximité immédiate, il faut appeler le 112 ou le 196 (pour les secours en mer) qui basculeront l’appel vers le poste de secours le plus proche.
Si l’on est en train de surfer ou de pratiquer une activité nautique impliquant l’emploi d’une planche, cette dernière peut constituer un précieux support pour se reposer ou aider une autre personne.
Sur les plages, la consommation d’alcool est très souvent interdite par arrêté municipal. Il s’agit en effet d’un facteur de risque très aggravant en matière d’accidents, comme l’ont démontré de nombreuses études scientifiques.
Les vagues de chaleur estivales incitent nombre d’entre nous à adapter nos horaires de visite en arrivant plus tard, par exemple pour profiter d’un pique-nique en soirée. Ces moments festifs constituent une tentation supplémentaire pour consommer de d’alcool, à une période où, qui plus est, la baignade ne sera plus surveillée.
Raison de plus pour ne pas relâcher sa vigilance durant de tels moments : on reste sur la plage et on profite du coucher de soleil…
À la plage, une large part de l’activité des nageurs sauveteurs consiste à faire de la prévention et à communiquer. Il ne faut donc pas hésiter à aller à leur rencontre. Et, pourquoi pas, s’immerger dans leur quotidien.
Dans les Landes, le syndicat mixte de gestion des baignades landaises (SMGBL) a développé le dispositif « NSXL Tour », qui propose de passer quelques heures dans la peau d’un nageur sauveteur, afin d’appréhender les diverses facettes du métier.
Depuis peu, le SMGBL a également mis en place la « NSXL Académie » qui offre des sessions gratuites d’initiation au sauvetage professionnel.
Pour les plus jeunes, un autre programme, « Junior Lifeguard », porté par une association basée en Charente-Maritime, initie gratuitement aux gestes de secours, aux règles de sécurité et à l’environnement côtier.
Qui sait ? Ces premières expériences créeront peut-être des vocations qui pourraient amener certaines personnes à s’inscrire dans des club de sauvetage aquatique à la rentrée ? Et pourquoi pas, viser de participer aux Jeux olympiques de Brisbane, en Australie, en 2032 : le sauvetage aquatique pourrait y faire partie des sports des démonstrations !
Cet article a été co-écrit avec Guillaume Blancart, chef de poste sur la commune de Seignosse (Landes) et coordinateur du dispositif NSXL.
Jeoffrey Dehez est membre du groupe de recherche sur la sécurité de la baignade de l'université de New South Wales (University of New South Wales Beach Safety Research Group) Jeoffrey Dehez a reçu des fonds du Conseil Régional de Nouvelle Aquitaine
Bruno Castelle est membre du groupe de recherche sur la sécurité de la baignade de l'université de New South Wales (University of New South Wales Beach Safety Research Group).